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CHAPITRE XLIV

Des lettres, des sciences et des arts pendant la période du Moyen Age.

Lorsque Constantin parvint à l'empire, on comptait encore un assez grand nombre d'hommes d'une érudition plus ou moins profonde : mais les guerres extérieures, les déchirements intérieurs et les persécutions hâtaient la décadence de la littérature dans tous les genres. Quant aux sciences et aux arts, les Piomainsles avaient à peine cultivés, et les Grecs ne songeaient depuis longtemps qu'à étudier et à copier leurs grands modèles. Ou oubliait que, dans tout ce qui tient à l'intelligence et à l'imagination, l'esprit

humain ne peut rester stationnaire, et qu'il recule par une loi nécessaire, dès qu'il a cessé d'avancer.

Constantin transporta le siège du gouvernement à Byzanee. Rome en souffrit : mais l'Occident y perdit plus encore sous le rapport littéraire. Les écoles les plus célèbres étaient dans la Grèce et à Alexandrie. Attirés en Orient pour s'instruire, les savants y demeurèrent, retenus par les encouragements et la faveur des princes. Aussi nous voyons à | eine quelques noms surnager dans les provinces occidentales : c'est un Boive, un Symmaque, un Ausone de Bordeaux, et Cluudien , le dernier poète du paganisme. L'Orient, au contraire, nous offre Synésius , Coluthus, Agathias, Longus, Zozime, une foule d'autres noms moins célèbres, les pères de l'Eglise et tous les philosophes de l'école néo-platonicienne d'Alexandrie. La peinture, la sculpture, l'architecture trouvèrent aussi plus de développement dans la Grèce et dans l'Asie mineure. Tandis que des guerres nombreuses ravageaient presque chaque année l'Italie et les Gaules, les successeurs de Constantin et de Théodose ornaient à l'cnvi dos monuments les plus magnifiques les principales villes de leur empire.

Le christianisme protégea les arts, parce qu'ils servaient à élever et à orner des temples de jour en jour plus nombreux : mais s'il imprima d'abord à la littérature une impulsion nouvelle, il ne tarda guère à lui nuire avec d'autant plus de persévérance, qu'il croyait obéir à un devoir et servir la cause de Dieu même. Dans l'origine, il n'eut pas moins à combattre les arguments captieux des philosophes que les persécutions des tyrans. Les pères de l'Eglise étudièrent donc, dans les premiers siècles, les auteurs de la Grèce et de Rome, mais surtout les écrits philosophiques d'Arislote et de Platon. En se plaçant ainsi sur le terrain même de leurs adversaires, ils eurent bientôt amené à la religion chrétienne tous ceux qui cherchaient de bonne foi la vérité, et les autres ne pouvaient cacher du moins leur infériorité sous le rapport du talent et des lumières. La défaite et l'opiniâtreté des philoso-»

phes païens nuisirent également aux études profanes. D'un côté, on méprisait les lettres et la philosophie. parce qu'elles s'avouaient vaincues par une religion nouvelle; de l'autre, les chrétiens se livraient à une injuste défiance de la science humaine, parce qu'ils la voyaient s'opiniàtrer à défendre l'erreur: et personne ne remarquait que si le christianisme triomphait, il avait dû souvent ses victoires à la philosophie et aux lettres.

En Orient, ces causes prochaines de décadence fuient toujours contre-balancées par celte activité d'imagination que nous retrouvons partout chez les Grecs. Justinien et Léon d'Isaurie faillirent porter aux éludes un coup mortel : le premier en détruisant les écoles païennes, qu'il regardait comme des foyers d'irréligion et d'erreur; le second, en persécutant les images et aussi les savants , parce qu'ils protégeaient contre son hérésie la doctrine catholique. Mais il fallait au clergé des connaissances pour combattre les hérésies qui s'élevaient presque chaque jour, et en général la protection des princes ne manqua pas aux lettres. Aussi il serait difficile de citer un siècle qui n'ait compté en Orient aucun homme remarquable par les talents ou par la science. On y trouve, dans le cinquième siècle, le poète Synésius, l'historien Zozime, le philologue Hésychius, peut-être le romancier Longus, et Diophaute. à qui l'on doit l'invention des premiers procédés algébriques; dans le sixième. les historiens Procope et Ménandre, les poètes Coluthus et Agathias, le grammairien Musée, le jurisconsulte Tribonien , que Justinien nomma le premier pour rédiger son code, et Anlhémius de Tralles. qui traça le plan de Sainte-Sophie; dans le septième, le médecin Paul d'Egine, le mathématicien Etienne d'Alexandrie, le philologue Stobée, et Callinicus, qui inventa le feu grégeois; dans le huitième, le jurisconsulte Piufus et saint Jean Damascène, qui avait étudié chez les Arabes; dans le neuvième, Photius. dont on s'accorde à vanter l'érudition immense, et b mathématicien Léon , que les premiers Abassides

demandèrent à l'empereur sans l'obtenir, bien qu'ils eussent menacé d'appuyer leur demande par les armes. Léon le philosophe , qui régna l'an 887 , cultiva lui-même les lettres, et Constantin Porphyrogénète, à qui nous devons des extraits de Polybe . établit dans son palais une académie, dont les premiers personnages de l'état se glorifiaient d'être les maîtres. L'époque des croisades fut une nouvelle ère pour l'histoire. On vit successivement paraître Théophylacle , Zonare, Cédrénus, la princesse Anne Comnène, Pachymère et Jean Cantacuzène. L'empire était presque réduit aux seules mu -railles de ConsUmlinople, que l'érudition y conservait encore ses droits; et quand cette ville tomba sous la puissance de Mahomet, les Chaleondyle, les Argyropule, les George de Trébizonde , échappés à son glaive et recueillis par les villes d'Italie, perpétuèrent en Occident les germes précieux dont ils étaient dépositaires. Si le christianisme avait appelé pour se produire . une discussion libre et la lumière , ce que la vérité ne redoute jamais, Mahomet, au contraire, n'espérait fonder que sur la force et sur l'ignorance sa monstrueuse doctrine. Jusqu'aux Abassides, il fallait plier devant ses sectateurs et croire aveuglément ou mourir. Des médecins chrétiens portèrent les premiers chez les Arabes le goût des lettres. Bientôt les califes empruntèrent aux Grecs ou leur demandèrent en tribut les ouvrages de l'antiquité et les firent traduire. On étudia d'abord la médecine et la philosophie dans Galien etdans Aristote,puisla géométrie dansEuclide. et l'astronomie ou plutôt l'astrologie dans les écrivains du moyen âge. Mais l'imagination vive des Arabes commenta souvent sans comprendre : de là une foule d'erreurs qui passèrent d'Orient en Espagne, et de l'Espagne dans les autres pays occidentaux. Parmi les noms les plus célèbres, on distingue, chez les Arabes. le médecin Avieenne, les historiens Edrisi, el Macin cl Aboulféda; chez les Perses, les historiens Mirkhoud et Chefféreddin et le poêle Sàdi-, en Espagne, l'historien juif Benjamin de Tolède, les médecins juifs

\ben-Ezra pt Maymonide. qui cultivèrent encore la physique et l'astronomie, aussi bien qu'Averroès, le plus célèbre des commentateurs d'Aristote. L'Europe dut encore aux Arabes le papier de linge, qu'ils avaient inventé, et la poudre à canon, dont on attribua la découverte à Roger Baron, mais qui était depuis longtemps connue à la Chine. Le premier usage du canon eut lieu a la défense de ÎSiébla par les Maures, l'an 1252. Après environ un siècle et demi, l'on inventa les mousquets, puis les bombes Malatesta de Kimini, inv. vers l'an 1450, et enfin les mines, que les Génois pratiquèrent les premiers l'an 1487. Les armes à feu. repoussées par les chevaliers, ne devinrent d'un usage général que vers la fin du XVe siècle. 11 résulte de ce qui précède, que les lettres furent presque toujours cultivées et protégées en Orient, tandis que dans les sciences et dans les arts, on trouve à peine quelques noms et une seule découverte. Mais en Occident, au contraire, tout parait mort pendant quatre siècles. La littérature seule survécut quelque temps à l'invasion des barbares. Le chrisiianisme en recueillit les débris, et les écrits des Ambroise, des Augustin, les Jérôme, des Sulpice Sévère et des Grégoire de Tours, quoique portant plus ou moins les signes de la décadence, contribuèrent jusqu'au VIIe siècle à porter les bons esprits vers les et udes sérieuses. On voyait cependant, dès le quatrième, cette tendance de la religion chrétienne à détourner de l'antiquité. Les évèques les plus instruits engageaient les chrétiens à abandonner les écrivains de la Grèce et de Rome, et particulièrement les poètes. Leur motif n'avait rien que de louable : ils craignaient que la poésie, plus étroitement liée au polythéisme, n'entraînât par ses charmes les nouveaux convertis ; mais le goût devait succomber d'autant plus vite sous une proscription semblable, qu'ils prétendaient remplacer les chefs-d'œuvre des grands maîtres par des poésies chrétiennes, qui offraient, à côté de grandes beautés, les défauts inhérents à leur siècle. Le pape saint Grégoire en vint jusqu'à proscrire entièrement toutes

les études païennes, déclarant qu'il ne convenait pas à un laïque pieux d'enseigner les humanités, que luimême négligeait dans ses écrits Tordre et le style, et qu'il était indigne d'un chrétien d'assujettir les paroles de récriture aux règles de la grammaire.

C'était l'époque où, dans les différents pays, on commençait à abandonner la langue latine pour se créer une langue nationale. Toutes les bibliothèques avaient été brûlées et détruites par les barbares. Celle qu'Auguste avait fait bâtir sur le mont Palatin, renfermait encore des restes précieux de l'antiquité : mais un incendie, attribué par certains auteurs, quoique sans fondement, à la malveillance de saint Grégoire lui-même, vint enlever au monde littéraire cette dernière ressource. Il devint donc extrêmement difficile de se procurer des livres. Les moines recueillirent dans leurs cloîtres et copièrent, sans discernement pour l'ordinaire et sans goût, ceux que Le hasard ou une providence particulière fit tomber entre leurs mains. C'étaient des asiles respectés où restèrent enfouies pendant plusieurs siècles des richesses dont on ignorait alors tout le prix. 11 arriva même quelquefois que les moines, ayant besoin de parchemin pour reproduire les chroniques saintes ou profanes, qui faisaient la littérature unique de l'époque, effacèrent les chefs-d'œuvre de Rome et de la Grèce qu'ils ne comprenaient pas et qu'ils savaient à peine lire. Ces parchemins deux fois écrits portent le nom de palimpsestes. On a découvert de nos jours l'art de déchiffrer leur écriture première, et nous lui devons déjà la restauration plus ou moins complète de quelques ouvrages, notamment de la République de Cicéron.

.Nous avons vu la protection que Charlemagne accorda aux lettres, et ses efforts pour faire rougir de leur ignorance les peuples qu'il avait soumis par les armes. Les écoles fondées par ce grand homme disparurent au milieu des guéries de ses successeurs : mais toutefois le goût des études se propagea, et surtout dans le clergé et (liez les moines. Malheureusement

on avait pris pour guides Cassiodore, sénateur romain, qui avait écrit sur les arts et les sciences dans le sixième siècle, et saint Augustin, dont l'étude aurait pu être utile, si Ton avait su le lire avec fruit. Ce fut d'après eux que l'on arrêta le plan des études. On en fit deux cours : dans l'un, appelé trivium, on enseignait la grammaire, la rhétorique et la dialectique; dans l'autre, appelé quadrivium, la musique, l'arithmétique, la géométrie et l'astronomie. Il est facile de penser combien ces différentes études devaient être superficielles. En général, on ne s'occupait guère du second cours que pour apprendre, sous le nom de musique, le chant d'église tel que nous l'avons encore, inventé par saint Grégoire; et l'astronomie n'était que l'astrologie judiciaire, par laquelle on prétendait lire dans les cieux la destinée des hommes.

Les lettres furent protégées en Angleterre par Alfred le Grand, qui fonda l'école d'Oxford; en Italie et en Allemagne, par les Othons, mais avec peu de succès. Cependant Gerbert, précepleur d'Olhon III , et depuis souverain pontife sous le nom de Sylvestre II, avait étudié en Espagne les connaissances des Arabes. Il rendit au reste de l'Europe les ouvrages d'Aristote, mutilés et traduits, il est vrai; mais ce n'en fut pas moins le premier signal d'une régénération littéraire. Les idées nouvelles qu'ils développaient, forcèrent à sonder plus avant dans la philosophie et la dialectique. Alors on vit fleurir en France, comme philosophes, Roscelin, qui ressuscita de vieilles querelles: l'Italien Lanfranc, son adversaire, et Abélard, non moinscélèbre par ses amours avec Héloïse que par sa science et ses malheurs A côté de ces noms et de beaucoup d'autres moins connus, se rangent saint Bruno, saint Bernard, saint Bonaventure, saint Thomas d'Aquin et Duns Scot, qui sont ordinairement comptés parmi les docteurs de l'église. En même temps l'école de Salerne , célèbre pour Tétude de la médecine jusque sous les Lombards, reprenait son ancien éclat; celle de Bologne développait, éclairait les premiers éléments du

droit civil ; celle de Montpellier réunissait à lu fois les deux enseignements, et enfin Frédéric II appelait ù ISaples les professeurs les plus célèbres, et cherchait par tous les moyens à propager dans tout son empire les sciences que cultivaient les Arabes.

Ce fut au commencement du treizième siècle que Philippe Auguste sanctionna par une charte la réunion des professeurs de Paris en une corporation qui prit le nom d'Université. Cet exemple fut suivi dans le même siècle par plusieurs autres villes de France, et par presque tous les royaumes de l'Europe. On s'adonna de nouveau à la littérature latine : mais la langue grecque était entièrement ignorée. Boecace fit établir à Florence la première chaire de grec, l'an 13(37. Celte étude ne fut cependant suivie que vers la fin du siècle. Un envoyé de Manuel, nommé Chrysoloras, attira à Florence les savants que transportaient tant de chefs-d'œuvre. D'autres Grecs, et surtout Bessarion, qui fut honoré de la pourpre romaine, vinrent successivement s'établir en Italie, jusqu'à l'époque où Constantinople succomba sous Mahomet II.

Les langues modernes commencèrent à se former vers le onzième siècle. Elles se développèrent avec lenteur, parce que tous les bons esprits qui auraient pu les fixer, se portaient vers la littérature ancienne, pour en étudier les merveilles, et parce qu'un préjugé, reste de la servitude romaine, ne permettait d'étudier qu'en latin les sciences, la théologie, la médecine et la jurisprudence. Cependant on trouve dès lors, dans presque toutes les langues , des essais plus ou moins informes de littérature. Mais tandis qu'elles balbutiaient à peine, la France, et plus encore l'Italie, acquéraient sur l'Europe entière, dans les arts et dans la littérature, une incontestable supériorité.

Au latin avait succédé la langue romane, qui en fut une imitation corrompue. Celle-ci produisit avec, le temps trois dialectes, que l'on appela langue d'oc (provençal) , langue d'oui (français) , et langue de si ^italien), selon qu'ils se servaientde l'une de ces trois particules pour exprimer l'affirmation. Le provençal

eut ses troubadours, et le français ses trouvères, poètes improvisateurs qui parcouraient avec les jongleurs les châteaux et les cours, et qui faisaient éprouver aux seigneurs et aux princes un plaisir aussi vif, mais plus pur que celui des armes. Bientôt les rois eu\;mêmes ne dédaignèrent pas ces délassements de la paix. Parmi les troubadours, on trouve à côté de noms inconnus Guillaume IX de Poitiers, Alphonse H d'Aragon. Richard Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre, et le dauphin d'Auvergne ; et parmi les trouvères, Marie de France, Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, et Thibault IV de Champagne, roi de Navarre, qui soupira longtemps, mais en vain, pour la reine Blanche, mère de saint Louis. Enfin la poésie française commença dans le quatorzième siècle, avec Jean de Meung, et surtout dans le quinzième, avec Villon de Paris, qui sut le premier, dit Boileau, débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers.

Lorsqu'à l'époque des croisades, il y eut de beaux faits d'armes à raconter, et toutes les merveilles des pays lointains à reproduire, on vit naître aussitôt, et particulièrement en France, une multitude d'historiens. Guillaume de Tyr, Ville-Hardouin . Joinville. Froissard, Monstrelet et Juvénal des Lrsins, furent les plus célèbres. La plupart nous charment encore aujourd'hui, malgré leur vieux style. On aime toujours à les relire, soit qu'ils racontent les grands coups des chevaliers, soit qu'ils consacrent les victoires de la patrie, ou les vertus qui assurent à un Louis IX la vénération de tous les siècles.

Mais de quelque gloire que la France ait brillé a celte époque même de ténèbres, elle est presque entièrement éclipsée par la lumière vive et resplendissante qui éclaira l'Italie. Les efforts de Frédéric II avaient été couronnés du succès; et quand la maison d'Anjou lut montée sur le trône de Naples, Charles Ier, Charles II, Bobert et Jeanne elle-même, malgré les troubles qui agitèrent son règne, ne négligèrent rien pour faire fleurir dans leur capitale le commerce, les lettres et les arts. Leur exemple fut suivi par les princes et les

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républiques d'Italie, surtout par les Medieis à Florence. Tandis que les autres nations se concentraient dans leur pays ou n'en sortaient que pour porter la guerre chez leurs voisins, Venise, Gênes. Florence cl beaucoup d'autres vides couvraient les mers de leurs vaisseaux, et de toutes parts le commerce entretenait l'abondance. Les esprits se portèrent alors vers les choses de goût et d'imagination. Gui d'Arezzo, qui mourut Tan 4301. avait inventé les notes de musique. Peu de temps après, Pise produisit les premiers architectes, et l'un des morceaux les plus curieux de celle époque, est la tour de la cathédrale, qui offre une inclinaison assez hardie. Bientôt les palais et les monuments de tout genre se multiplièrent de tous côtés. Le vieux palais etl'église de Sainte-Marie, à Florence, sont de la fin du treizième siècle-, et vers le commencement du quinzième, le Florentin Briinelleschi donna le dernier coup au genre gothique, dont les plus beaux ouvrages sont la basilique de Notre- Dame et la Sainte-Chapelle, à Paris; les cathédrales de Rouen, de Chartres, de Strasbourg; et la chapelle de Westminster, qui a manqué d'être anéantie dernièrement par un affreux incendie.

Ce fut aussi vers l'an 4300 que vécut Cimabué. le restaurateur de la peinture. Giolto, son disciple. marcha sur ses traces; mais il eut encore peu d'imitateurs. Un siècle après eux. le Flamand Jean de Bruges inventa, ou du moins importa d'Allemagne en Italie la peinture à l'huile, qui devait nécessairement ajouter à la perfection du coloris et à la durée des ouvrages.

Dans les lettres, les plus anciens ouvrages sont des chroniques de Venise, qui datent du quatrième siècle. Pour trouver de bons historiens, il faut arriverai! quatorzième. Vers l'an 1330, le doge André Dandolo, qui n'avait pas dédaigné de se faire recevoir docteur à l'université de Padoue. écrivit une histoire encore estimée; et, à la même époque, les historiens Jean et Matthieu Villani, de Florence, commençaient à fixer la prose italienne par leurs écrits. Déjà avaient paru Dante Alighieri et Pétrarque. Le premier, né ù

r20 HISTOIRE DU MOYEN AGE.

Florence l'an 1265, en fut chassé avec les guelfes, quand Charles de Valois y entra en vainqueur 1301) : il trouva un asile à Vérone et à Ravenne, et mourut l'an 1324 ; son poëme, intitulé la Divine Comédie, est une satire, où il dépeint en traits hardis les mœurs de son siècle. L'autre, proscrit avant de naître, à la même époque et pour la même cause que le Dante, naquit dans l'exil à Arezzo, étudia pendant sa jeunesse à Avignon, qui appartenait aux papes, fut persécuté comme hérétique, parce qu'il était instruit, lit rougir par ses ouvrages les Florentins, qui le rappelèrent, et mourut à Arcqua l'an 1374: ses poésies, quand il n'écrivit pas en latin, montrèrent toute la douceur et la délicatesse d'une langue, qui avait prêté au Dante des accents si énergiques. Boccace. qui naquit l'an 1313 et qui mourut l'an 1375, dans une petite ville de la Toscane, fit pour la prose italienne ce que les deux autres avaient fait pour la poésie, et mérita, comme eux, de servir de modèle à la postérité.

L'Allemagne se recommande par une découverte unique , mais la plus importante qui ait été faite à quelque époque que ce puisse être. On avait inventé déjà la gravure en bois, lorsque Jean Guttemberg, gentilhomme de Mayence, imagina, vers l'année 1436. de réunir des caractères mobiles, et de les appliquer sur le papier, après les avoir enduits d'une encre particulière. Ces caractères furent d'abord en bois : mais Schœffer découvrit bientôt (1452; la fonte. Guttemberg s'élant associé Faust, offrit à l'admiration générale les premiers exemplaires de la Bible et du Psautier. L'imprimerie, une fois découverte, ne tarda pas à se perfectionner. Les Junte et les Manuce publièrent le plus grand nombre des auteurs anciens qui avaient échappé au moyen âge. Dès lors l'immortalité fut acquise aux chefs-d'œuvre du génie; et les livres, jadis si rares, n'étant plus la propriété particulière de quelques hommes privilégiés, répandirent dans tous les pays le goût de la littérature antique, et provoquèrent les nombreuses merveilles des âges qui suivirent

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