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La Galerie de tableaux n'était pas ouverte au public le 1er octobre 1810<t> et déjà elle recevait d'un généreux donateur de nouveaux objets d'art qui allaient, avec les envois du Ministère, la remplir complètement et presque l'encombrer.
{*) V Introduction (p. 20) du catalogue de 1855 admet que la Galerie de Tableaux fut ouverte an public à la (in de 1810 : les lettres de Lacour, citées plus loin, prouvent que cette ouverture eut lieu quelques, mois plus tard — C'est en mai 1812 que la Ville acheva de payer l'entrepreneur. Le 5 mai 1812, le« Maire de Bordeaux Comte de l'Empiré... Vu les arrêtés successifs qui ont ordonné le payement de diverses sommes formant ensemble celle de 25,609 fr. 50, en sorte qu'il ne reste dû au sieur Bacquey sur le montant de son adjudication que la somme de 240 fr. 50, Arrête qu'il sera délivré au sieur Bacquey, pour solde de l'adjudication à lui consentie le 12 septembre 1809, un mandat de payement de la somme de deux cens quarante francs, cinquante centimes. »
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E 25 janvier 1810 avait lieu l'inauguration du nouveau local de l'Ecole de Dessin, transférée dans le bâtiment de la Bibliothèque publique. On avait retardé jusqu'à cette date la distribution des prix que l'on faisait d'ordinaire à la fin de septembre, pour permettre aux deux cérémonies de l'inauguration et de la distribution des prix d'être célébrées le même jour.
Le Bulletin Polymathique^ rapporte que cette solennité fut ouverte par un discours du Maire qui présidait ; puis la parole fut donnée au directeur de l'Ecole. Lacour commença par faire comprendre aux élèves les avantages que leur offrait la réunion de l'Ecole de dessin au bâtiment de la Bibliothèque publique où l'on organisait aussi le Cabinet d'histoire naturelle et le Muséum des tableaux donnés par le Gouvernement. Dans la seconde partie de son discours, le Directeur « parla de la reconnaissance que l'Ecole de dessin doit à un particulier, qui, étranger à notre Ville, n'en a pas moins doté l'École d'une rente perpétuelle de cinq cents francs, et l'a enrichie d'un grand nombre de tableaux et autres objets précieux ».
« ... Nous avons perdu notre protecteur, l'ami de notre École; il
(l) Bulletin Polymathique du Muséum d'Instruction publique de Bovdeau.c, année 1810, p. 73 et suiv.
nous a comblés de bienfaits et rien n'atteste encore notre reconnaissance. Jeunes élèves, que l'ingratitude ne souille point vos âmes; semons encore quelques fleurs sur la tombe de celui que nous regrettons tous, et qu'en vous parlant de l'ami que j'ai perdu, je serve moins le besoin de mon cœur que les sentimens du vôtre.
» François-Lucie Doucet fut cet ami généreux que la mort vient de nous ravir; il vint résider à Bordeaux en 1802. A peine deux ans s'étaient écoulés qu'il en partit pour aller à Nantes, et de là à Paris où il est mort depuis quelques mois. Mais, avant de quitter cette ville, il voulut y laisser des marques de son amour pour les arts, comme il en avait donné de sa bienfaisance pour l'humanité, partout où il a séjourné.
» Sa fortune était le fruit de ses talens ; il avait exercé l'orfèvrerie à Paris. Devenu riche, il n'avait point oublié la classe industrieuse des artistes :je leur dois trop, me disait-il, pour ne pas les aider de mes moyens y pour ne pas partager avec eux le bien qu'ils m'ont procuré. Souvenir bien noble, généreuse reconnaissance, que les riches parvenus repoussent avec dédain ou n'avouent qu'en rougissant.
» J'eus le bonheur de connaître M. Doucet peu de temps après son arrivée à Bordeaux. Quelque bien qu'il avait entendu dire de moi me
mérita son estime; il applaudit mon zèle pour mon Ecole, et alors, m'accordant sa confiance et son amitié, il me fit part du projet qu'il avait de la doter d'une rente perpétuelle de cinq cents francs et de l'enrichir d'une collection nombreuse de tableaux qu'il possédait.
» Telle est, Messieurs, la source de ce don. Je vous confie, me dit M. Doucet en partant, l'administration et l'emploi des fonds que
j'affecte à votre Ecole. Failes-en l'usage le plus convenable pour sp.rvir à l'étude et aux besoins de i>os enfants adoptifs; car c'était toujours ainsi qu'il me parlait de mes élèves.
» Chargé par mon digne ami de seconder ses intentions bienfaisantes, je n'ai point tu à mes élèves le devoir qu'il m'avait imposé, et j'ai la douce satisfaction de pouvoir leur laisser aujourd'hui le soin de rendre compte de la manière dont je m'en suis acquitté.
»... Jeunes élèves, éternisez la mémoire de votre bienfaiteur; je vous remets son image... <*) Que celui d'entre vous qui recevra la première
(*) Exposé dans la salle au milieu des travaux des élèves, ce portrait de Doucet fut donné à la Ville par les héritiers de Laoour, en 1814. Il est placé au Musée (n° &Z2 du catalogue de 1894); sur le cadre se trouve l'inscription mentionnée à lu fin du discours de Laeour. On lit encore dans le catalogue de 1862: «Ce portrait est régulièrement porté dans la salle où se distribuent les prix de l'Ecole. » Je ne sais en quelle aunée a cessé cette pieuse coutume.
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LACOUR (Pierre). - Portrait de M. F.-L. Doucel,
couronne aille la déposer avec vénération sur le portrait de ce généreux protecteur. Que chaque année, à pareil jour, cette scène attendrissante se renouvelle pour que nos successeurs la transmettent à. ceux qui leur succéderont. Quand l'étranger viendra visiter nos travaux, nous nous empresserons de lui montrer ce portrait, objet de nos respects et de notre vénération ; nous ferons plus, nous lui parlerons des dons que nous fit ce noble protecteur, et pour lui prouver que le souvenir en est sans cesse présent à nos yeux, nous lui ferons lire cette inscription dictée par nos sentimens :
» A François-Lucie Doucet, ami des Arts, l'Ecole de dessin de la Ville de Bordeaux reconnaissante. »
Les rédacteurs du catalogue de 1855(1> fournissent quelques renseignements complémentaires sur le premier donateur du Musée de Bordeaux. « Quelques mois avant que le Musée Central eût réparti entre les Musées des Départements les tableaux qui encombraient ses greniers, il était venu s'établir à Bordeaux un ancien orfèvre de Paris, originaire de Nantes et qui avait fait une fortune considérable dans son commerce. M. Doucet ne séjourna guère que deux ans à Bordeaux; mais dans cet intervalle, il s'était lié d'amitié avec M. Lacour, qui seul avait soutenu pendant longtemps, à ses frais, l'ancienne Ecole de dessin de la Ville. Les qualités aimables autant que la sollicitude toute paternelle de M. Lacour pour ses enfants adoptifs, inspirèrent un si vif intérêt à M. Doucet, qu'avant de quitter Bordeaux pour retourner à Nantes où l'appelaient les vœux de sa famille, il voulut donner à la classe industrielle des artistes, à cause de leur représentant à Bordeaux, un témoignage perpétuel de reconnaissance pour les services que les artistes lui avaient rendus. En conséquence, il laissa entre les mains de M. Lacour le capital d'une rente de 500 francs pour l'employer, de la manière la plus convenable, aux besoins et aux études des élèves de l'École de dessin; et, confondant avec raison dans une même
(!) Catalogue de 1855, Introduction, p. 18-19.
pensée le Musée et l'École de peinture, il dojma aussi à la Ville deux bustes en biscuit de Sèvres, quelques gravures, une pendule et une collection de quatorze tableaux, qui se joignant aux cinquante-deux que la Ville possédait déjà, commencèrent à donner une certaine importance à notre Musée. >
Pour assurer, dès son vivant, les donations qu'il voulait faire à l'Ecole de dessin, François-Lucie Doucet avait passé devant le notaire Maillères, le 28 prairial an XIII (17 juin 1805), une procuration par laquelle il chargeait M. Lacour, peintre, et M. Petit, orfèvre, de conserver et d'administrer les objets dont il se dessaisissait « en faveur de l'École de dessin, peinture et sculpture qui doit être établie à Bordeaux >.
Voici le texte de la procuration passée devant Me Maillères et l'état et description des effets mobiliers que cette procuration laissait au pouvoir de MM. Lacour et Petit : je dois la communication de ces deux documents à l'obligeance de M. Castéja, conseiller général de Pauillac et notaire à Bordeaux. — M. le notaire Castéja est le fils de Pierre Castéja, adjoint au Maire de Bordeaux en 1850, Maire de 1860 à 1863, gendre et successeur du notaire Guillaume Maillères, fils lui-même du notaire qui recevait la procuration de François-Lucie Doucet, le 28 prairial an XIII.
« Par devant Me Maillères et son collègue, notaires a Bordeaux,