Claude Lorrain : Magnifique paysage. Berger et Bergère
causant auprès des ruines d'un temple entouré d'arbres<U). 40. — Albert Kuip : Espèce de grange ou de grenier où sont
plusieurs paysans flamands qui s'amusent à boire et à
jouer (16).
I1) Lacour ne désigne pas plus clairement ce tableau qui doit être le na 116 du catalogue de 1894, Un groupe de soldats.
(*) Catalogue de 1894, n° 669. Maire Poussin (attribué à Pierre Le) : Intérieur d'un temple avec figures.
(*) Catalogue de 1894, n0 198. Diepenbebk : Enlèvement de Ganymède.
(*) Catalogue de 1894, n° 262. Lutherburg : Paysage avec figures.
(5I Catalogue de 1894, n° 261. Lutherburo : Paysage avec figures.
Ie) Catalogue de 1894, n° 190. Coosemans : Guirlande de fruits.
(7) Lacour désigne ainsi, apparemment, le plus grand des quatre paysages deJan vun Goyen, qui faisaient partie de la collection Lacaze, paysage de 1*65 de haut sur 1 "44 de large, qui porte le n° 232 dans le catalogue de 1894.
(8) Cataloguo de 1894, n° 315. Kuisdael : Paysage.
(9) Catalogue de 1894, n* 347. Waterloo : Paysage.
<10) Catalogue de 1894, n0 330. Teniers (le jeune) : L'Évocation. (ll) Catalogue de 1894, n° 170. Bkoa (École de Kornelis Begyn, dit) : Scène <f*V té rieur.
(lt) Tableau retiré par M. de Montpezat, le 13 août 1822.
(l3) Catalogue de 1894, n° 179. Brakknburo : Intérieur d'estaminet hollandais. I14» Catalogue de 1894, n° 572. (tellée (Claude) : Paysage. (lB) Catalogue de 1894, n* 194. Cuyp (Benjamin) : Intérieur d%une grange.
4L — Tiepolo : Rachel (sic) et le serviteur (F Abraham M, 42.— Bonzel, de Parme : Lièvres, bécasses et pigeons @K 43. — Carpioni : Bacchus entouré de Bacchantes^. 44. — Carpioni : Fête de Silène^.
45. — Benedetto Castiglione : Cyrus découvert par une bergère^). 40. — Benedetto Castiglione : Marche d'animaux conduits par une femme montée sur un cheval blanc®).
Nous ignorons quels étaient les tableaux que Lacour classait parmi les bons et parmi les moins bons ou médiocres. Mais ce qui reste du rapport de 1822 nous permet de remarquer que des quarante-six tableaux que le Conservateur jugeait très beaux, quarante et un sont entrés au Musée, qui, depuis l'incendie du 7 décembre 1870, n'en possède plus que trenteneuf.
Mais ces quarante et un tableaux ne devaient pas devenir la propriété de la Ville immédiatement après le rapport de Lacour. Il semble même que la délibération prise par le Conseil Municipal, le 28 juin 1822, avait mis fin à toute idée d'achat, et Ton ne comprend guère pourquoi, au lieu de retirer toute sa collection, le Marquis de Lacaze s'était borné à faire retirer par M. de Montpezat quatorze tableaux seulement, le 13 août, puis quatre le 16 août 1822. Pondant les années suivantes, le possesseur de la collection la laissa en dépôt au Musée, se contentant d'enlever puis de remettre, à diverses époques, quelques-uns des principaux tableaux.
« Les tableaux de M. le Marquis de Lacaze étaient toujours dans une des salles du Musée. Le public s'était, pour ainsi dire, accoutumé à les, regarder comme lui appartenant; mais rien n'avait encore été conclu.
f1) Catalogue de 1894, n8 137. Tiepolo : Elièzer et Rébecca.
(*) Catalogue de 1894, n° 16. Bonzi : Lièvres, geais et perdrix.
p) Ce tableau, qui portait le n* 72 dans le catalogue de 1855, a été brûlé dans l'incendie du 7 décembre 1870.
(*) Catalogue de 1894, n° 20. Carpioni : Suite d'une fête d Silène.
<5; Ce tableau, qui portait le n° 83 dans le catalogue de 1855, a été brûlé dans l'incendie du 7 décembre 1870.
(6) Catalogue de 1894, n* 36. Castiglione : Une Bergère et son troupeau.
Le 5 octobre 1827, M. le Marquis de La BouillerieW, Ministre de la Maison du Roi, écrivit que S. M. Charles X, voulant donner à la fois un témoignage de sa munificence à la Ville de Bordeaux et une marque d'intérêt à un serviteur dévoué, consentait à payer 40,000 francs sur sa cassette pour Tachât de cette galerie <2). »
Voici le texte de la lettre que le Ministre d'Etat, Intendant général de la Maison du Roi, écrivait au Maire de Bordeaux, le 5 octobre 1827 :
« ... Monsieur le Marquis de Lacaze, membre de la Chambre des Députés, ayant éprouvé des pertes considérables, a exposé au Roi la fâcheuse position où il se trouvait, et il a sollicité des bontés de Sa Majesté l'acquisition de la Collection des tableaux qu'il possède pour en faire don à la Ville de Bordeaux. Le Roi a daigné me faire connaiire qu'il était disposé à contribuer à cet achat pour une somme de 40,000 francs, payable en quatre ans, à partir du 1er janvier 1828. Mais avant de prendre définitivement les ordres du Roi i>our terminer cette affaire, je désirerais savoir si la Ville de Bordeaux est toujours disposée à fournir le reste de la somme nécessaire pour cette acquisition, laquelle, d'après les pourparlers qui ont eu lieu à ce sujet, devait s'élever en totalité à la somme de 80,000 francs. Je vous prie de vouloir bien me donner ces renseignemens le plus tôt possible. . »
Le 17 octobre, l'adjoint au Maire Lucadou prévenait Lacour de la démarche gracieuse faite par le Ministre de la Maison du Roi et le priait de le fixer sur la valeur approximative de la collection.
» M. le Ministre d'Etat, Intendant général de la Maison du Roi, m'apprend que M. le Marquis de Lacaze, membre de la Chambre des Députés, a sollicité des bontés de S. M. l'acquisition de la collection des tableaux qu'il possède, pour en faire don à la Ville de Bordeaux.
» M. l'Intendant ajoute (pie S. M. a daigné faire connaître qu'elle était disposée à contribuer à cet achat pour une somme de 40,000 francs, payable en quatre ans, à partir de 1828.
(*) Le Ministre de la Maison du Roi était non pas le Marquis, mais bien le Baron François-Marie- Pierre Roullet de la Bonillerie (27 avril 1764-6 avril 1833). père de M*r de la Bouillerie (1er mars 1810-8 juillet 18S2), qui fut, de 1872 jusqu'à sa mort, coadjuteur du Cardinal Donnet, Archevêque de Bordeaux.
(*) Catalogue de 1855, Introduction, p. 29.
» D'après les- pourparlers qui ont eu lieu à ce sujet, il y a environ cinq ans, la somme à laquelle on avait porté la valeur des tableaux de M- de Lacaze s'élevait à 80,000 francs; mais, depuis cette époque, plusieurs tableaux ont été retirés de la galerie et cette réduction dans le nombre doit diminuer de beaucoup la valeur de la collection actuelle.
» M. l'Intendant général, avant de prendre les derniers ordres du Roi, désirerait savoir si la Ville est disposée à fournir les fonds nécessaires pour le complément de la somme demandée par M. de Lacaze.
» Vous savez que le Conseil Municipal, appelé, en 1822, à délibérer sur cette acquisition, décida qu'il n'y avait pas lieu à s'en occuper; et cette décision fut motivée sur la situation financière de la Ville. Aujourd'hui que les bontés du Roi viennent lever en partie les difficultés qu'on avait entrevues, le Conseil croira-t-il, peut-être, devoir changer sa première détermination .
» Je me propose de lui soumettre prochainement cette affaire ; mais avant de faire aucune démarche, je tiendrais infiniment à connaître votre opinion et votre avis sur la proposition qui se reproduit.
» Veuillez me fixer à cet égard le plus tôt possible et me donner en même temps quelques renseignemens sur la valeur approximative de la galerie de M. de Lacaze dans L'état où elle se trouve maintenant. »
Quelques jours plus tard M Lacour répondait en ces termes :
« A l'époque où M. le Marquis de Lacaze proposa son cabinet de tableaux à la Ville, je fus chargé par M. de Gourgues d'étudier cette collection, d'en apprécier le mérite, sans m'occuper d'en préciser la valeur pécuniaire.
> Cette collection a 260 ou 270 tableaux ; je reconnus qu'il y en avait au moins 30 de très beaux, une centaine de plus ou moins bons et que la moitié restant pouvait être classée dans le nombre des tableaux ordinaires ou des copies anciennes portant la plupart le caractère de l'originalité.
» Par approximation, il était facile de voir que les 30 très beaux tableaux pourraient valoir de 20 à 25,000 francs; qu'en mettant l'un dans Fautre les 100 tableaux reconnus bons à 300 francs, on s'éloignait peu de leur valeur réelle, de même qu'en estimant les 130restans à 100 francs chacun, ce qui ferait 08,000, soit 12,000 francs de moins que le prix auquel M. de Lacaze évaluait toute la collection.
(*) Le brouillon de la lettre de Lacour, conservé a la Bibliothèque, n'est pas daté. Mais Lacour écrivait évidemment avant la délibération du 28 novembre 1827.
€ Depuis cette époque, M. de Lacaze a fait retirer une vingtaine des plus beaux tableaux qu'on peut estimer 20,000 francs ; en se rapj)ortant au prix déterminé de 80,000 francs, cette collection n'en devrait plus valoir que 60,000. »
Cette fois non plus, l'affaire ne devait pas aboutir. « Une nouvelle commission fut nommée dans le sein du Conseil Municipal et conclut, le 28 novembre 1827, que la Ville ne pouvait pas encore accepter ce marché (1). > Mais l'Administration, qui désirait l'achat de la collection Lacaze et qui ne se tenait pas pour battue, continua les négociations et en présenta, quelques mois après, le résultat au Conseil :
« Au commencement de Tannée 1828, le Conseil Municipal de Bordeaux fut de nouveau saisi de l'affaire de l'achat des tableaux de M. le Marquis de Lacaze. M. Lucadou, adjoint au Maire, écrivit que M. le Marquis de Lacaze, ayant retiré quelques tableaux de sa collection et consentant à réduire ses prétentions à 60,000 francs, il serait peut-être possible de conclure cette affaire sur de nouvelles bases W. »
En effet, dans sa séance du 8 février 1828, le Conseil Municipal prenait la délibération suivante :
€ Article I. — M. le Maire est prié d'écrire à M. le Ministre d'Etat, Intendant générai de la Maison du Roi, pour lui demander d'offrir à Sa Majesté l'hommage de la respectueuse reconnaissance du Conseil Municipal de la Ville de Bordeaux pour ses bienveillantes intentions.
» Art. IL — Dans le cas où Sa Majesté voudrait faire don à la Ville de la collection de tableaux de M. le Marquis de Lacaze, la Ville s'oblige d'ajouter une somme de 20,000 francs à celle qui serait payée par les ordres de Sa Majesté.
» A cet effet, il serait porté une somme de dix mille francs dans le budget de 1829 et une pareille somme dans celui de 1830.
» Art. III. — La somme de vingt mille francs ne sera payée que sous la condition préalablement remplie par M. de Lacaze de rétablir
ll) Catalogue do UCm, Introduction, p. 29. [*) Catalogue de 1855, Introduction, p. 29.
dans le Musée de la Ville la totalité des tableaux compris dans son catalogue, en y rétablissant ceux qui fesaient partie de sa collection qu'il en a retirés.
» Art. IV. — La présente délibération sera soumise à l'approbation de M. le Préfet. »
Le 29 mars, le Maire écrivit au Ministre d'Etat pour lui faire connaître cette délibération du Conseil Municipal.
La réponse de M. le Baron de la Bouillerie au Maire est datée du 18 avril 1828.
« .... Je me suis empressé de mettre sous les yeux du Roi la délibération du Conseil Municipal de la Ville de Bordeaux que vous m'avez transmise par votre lettre du 29 mars dernier et qui décide qu'une somme de 20,000 francs sera payée pour concourir à l'acquisition de la collection de tableaux que M. le Marquis de Lacaze offre de céder, pour en faire don à la Ville de Bordeaux.
x Sa Majesté, par une décision du 11 de ce mois, voulant donner à la Ville de Bordeaux un nouveau témoignage de sa bienveillance particulière, a consenti à contribuer à l'acquisition de cette collection de tableaux pour une somme de 40,000 francs qui sera payée en quatre années par paiemens égaux de 10,000 francs, à dater du 1er janvier 1828, ce qui portera à 60,000 francs le montant de cette acquisition.
» Je vous serai obligé de vouloir bien communiquer cette décision de S. M. au Conseil Municipal de la Ville de Bordeaux et de me faire connaître l'époque où cette collection de tableaux sera remise à votre disposition. »
Le 23 avril 1828, M. Dupuch, adjoint au Maire, délégué pour les Finances, écrivait au Marquis de Lacaze pour lui communiquer la lettre de M. de la Bouillerie et l'inviter, suivant la délibération du Conseil Municipal, à rétablir dans sa collection déposée au Musée les tableaux qui en avaient été retirés entre les deux délibérations du 28 juin 1822 et du 8 février 1828.
Le 20 juin 1828, M. Selme, 26, rue du Ponceau, à Paris, annonça l'envoi qu'il faisait au Maire de Bordeaux d'une caisse contenant sept tableaux retirés par le Marquis de Lacaze du Musée; le même jour, M. de Lacaze écrivait au Maire que ces
sept tableaux étaient, à cette date, les seuls manquant à la collection placée en dépôt au Musée.
Les deux lettres et la caisse contenant les tableaux arrivèrent à Bordeaux à la fin du mois de juin. Le 1er juillet 1828, le Maire écrivait à Lacour :
« J'ai l'honneur de vous transmettre, avec prière de me la renvoyer après vérification des objets dont elle annonce l'envoi, afin que j'en puisse accuser réception dans l'état où ils seront trouvés, une lettre en date du 20 du mois dernier que je reçois d'un sieur Selme, de Paris. Les tableaux que cette lettre annonce font partie de la collection de M. de Lacaze, pour laquelle la Ville est en marché. Je vous serai obligé de me dire s'ils la complètent et si elle est aujourd'hui tout entière dans le lieu du dépôt. Je vous serai obligé aussi de faire retirer de l'Hôtel de Ville, où elle est, la caisse ou balle qui renferme ces tableaux... »
Lacour répondit que la collection était désormais complète.
« La Ville de Bordeaux était enfin propriétaire d'une collection qui se composait alors de deux cent soixante-cinq tableaux. D'après les prix d'achat affirmés par M. le Marquis de Lacaze, ils avaient coûté ensemble 159,174 francs, ou, en moyenne, 600 francs 65 centimes. La vente avait eu lieu pour 60,000 francs ; mais, le Roi faisant à cette occasion cadeau de 40,000 francs à la Ville, celle-ci ne pavait ces deux cent soixante-cinq tableaux que 20,000 francs, c'est-à-dire, en moyenne, 75 francs 47 centimes chacun, ou un huitième de leur valeur; car, si quelques-uns des prix cotés par M. le Marquis de Lacaze peuvent être considérés comme exagérés, le plus grand nombre de ces toiles avait été acquis pour un prix évidemment inférieur à celui de leur valeur réelle (*). »
On s'empressa de faire connaître par la voie des journaux de Bordeaux et de Paris la conclusion de cette importante affaire, non seulement aux Bordelais, mais à toute la France. Voici la note que Le Moniteur Universel insérait dans son numéro du mercredi 8 octobre 1828 :
« Une collection précieuse de près de trois cents tableaux de différées
f1) Catalogue de 1S55, Introduction* p. 30.
maîtres, appartenant à M. le Marquis de Lacaze, était déposée depuis quelques années dans les salles du Musée de Bordeaux. Tous les amis des arts désiraient vivement que cette collection fût achetée par la Ville, afin qu'elle pût servir toujours à l'embellissement de notre Musée et à l'instruction des élèves de l'Ecole gratuite de dessin et de peinture. Mais le prix élevé de ces nombreux tableaux ne permettait pas d'espérer que la Ville, avec ses ressources ordinaires, fût jamais en mesure de faire une pareille acquisition. Une main auguste et chérie vient d'aplanir à cet égard toutes les difficultés financières qui se présentaient. Grâce à la munificence royale, le Conseil Municipal a pu se livrer à l'espoir de posséder bientôt, au nom de la cité, la belle collection de M. de Lacaze. Une somme a été votée et, jointe au bienfait considérable accordé dans cette circonstance par le meilleur des Rois, elle permettra de conclure sans délai une acquisition généralement désirée par les magistrats et par le public. »
Le même journal insérait dans son numéro du samedi 18 octobre 1828, la communication suivante qui lui était envoyée de Bordeaux :
On écrit de Bordeaux :
« Le Musée de peinture et de sculpture de la Ville est fermé depuis quelques jours à cause d'arrangemens intérieurs. On nous apprend qu'une disposition nouvelle dans le placement des tableaux qui appartiennent à la Ville a permis d'exposer en même tems tous ceux qui proviennent du riche cabinet de M. le Marquis de Lacaze. Ainsi le public pourra maintenant apprécier le mérite de cette collection qui, jusqu'à ce jour, n'avait pu être vue que par un très petit nombre d'amateurs.
» On a réuni dans une des salles tous les bustes et toutes les statues en marbre, malheureusement en petit nombre jusqu'à ce moment, mais dont la collection vient d'être augmentée par le don précieux du buste héroïque de S. A. R. M. le Dauphin et de la statue (Y Apollon, par Lemot, envoyés tout récemment au Musée de la Ville par un de nos compatriotes, S. Ex. M. le Ministre de l'Intérieur. On a également placé dans cette salle la statue antique de Poli/ m nie, en marbre de Paros. Il serait à désirer qu'on y plaçât aussi la statue en marbre du Maréchal d'Ornano; les deux bas-reliefs qui décoraieut le piédestal de la statue de Louis XV ; l'autel votif dédié à Auguste par nos pères, les Bituri-
ges Vtrisques et le beau piédestal trouvé dans les fouilles de l'Intendance et dont la conservation est due au savant archéologue.M- Jouannet. » Indépendamment des trois grandes salles connues du Musée de peinture et de sculpture, il paraît qu'on va ouvrir au public une autre salle carrée, qui sera affectée aux artistes de Bordeaux et aux amateurs qui, dans l'intérêt des arts ou dans d'autres vues, désireraient faire connaître les tableaux ou dessins qu'ils possèdent. x>
Mais on n'en avait pas fini avec les difficultés de tout ordre suscitées par cette longue et pénible négociation.
« La conclusion de cette affaire éprouva encore une certaine opposition dans le Conseil Municipal. Depuis le dépôt de cette collection dans le Musée, en 1821, M. le Marquis de Lacaze avait à différentes reprises retiré et remis quelques-uns des principaux tableaux dont l'absence ou la rentrée avaient été soigneusement constatées. Les opposants en avant été instruits en firent l'objet des attaques les plus vives contre l'Administration dans le sein même du Conseil Municipal ; ils prétendirent que M. de Lacaze n'avait pas livré tous les tableaux qu'il avait vendus et que la Ville payait ainsi des objets qu'elle ne recevait pas<1>. »
Le 24 juillet 1828, un ami de M. de Lacaze, M. de Bessé, Intendant militaire à Bordeaux, avait fourni à la Ville deux catalogues manuscrits, qui n'étaient ni signés ni datés, qui ne concordaient pas absolument et qui étaient intitulés, l'un, Désignai ion des tableaux composant la galerie de M . le Marquis de Lacaze,Va,utrc, Notice sur les tableaux formant la galerie de M. le Marquis de Lacaze. Ces quelques contradictions de détail n'avaient pas empêché le Maire d'envoyer, le 7 novembre 1828, à M. de Lacaze le récépissé de sa collection et de confirmer à M. de la Bouillerie que les tableaux de la collection enlevés du Musée y avaient été replacés.
Et, au commencement de 1829, la collection Lacaze, déposée au complet dans les salles du Musée, était si bien considérée comme propriété municipale que le Maire, se fondant sur la nécessité de faire restaurer un certain nombre de tableaux
(*) Catalogue de 1855, Introduction, p. 30.
anciens de cette collection, nommait' par arrêté un restaurateur des tableaux du Musée. Beaucoup de tableaux de la collection avaient déjà été restaurés depuis qu'ils appartenaient à M. de Lacaze. Le catalogue manuscrit des tableaux du cabinet particulier de M. de Lacaze donne la liste des soixante- trois œuvres de diverses écoles réparées par le célèbre marchand et restaurateur Lebrun, et des vingt-trois tableaux d'Italie qui avaient été confiés aux soins d'un restaurateur espagnol, Ruiz. Malgré ces réparations récentes et celles qui avaient dû être faites antérieurement, Lacour jugea nécessaire la création d'un emploi de restaurateur, chargé spécialement des tableaux de la collection Lacaze.
Un candidat se présenta, chaudement recommandé par une lettre de Lacour adressée au Maire, le 9 décembre 1828 : ce candidat était le fils du Belge Hyacinthe Goethals (Courtrai, 23 novembre 1760-Bordeaux, 14 juin 1841), qui, établi à Bordeaux à la fin du xvme siècle, avait été l'ami et le biographe du peintre Lonsing W, le fondateur avec Rodrigues du Muséum d'Instruction publique (1801), où Lacour père avait enseigné <2), le directeur avec Rodrigues, du Bulletin Polymathique du Muséum, où les articles de Lacour fils avaient été accueillis avec empressement <3>. Goethals devait encore honorer les dernières années de sa carrière d'amateur éclairé des arts en aidant les débuts du peintre Brascassat. Lacour ne faisait qu'acquitter une dette de reconnaissance envers le Directeur Au. Bulletin Polymathique en appuyant auprès du Maire la candidature de Raymond- Eugène Goethals.
Né h Bordeaux le 11 septembre 1804, élève, à Paris, du peintre Gudin, Eugène Goethals devait se faire un nom comme peintre de marine et comme paysagiste. Le Musée de Bordeaux ne possède aucune de ses nombreuses toiles qui ont figuré aux premières expositions bordelaises, vers 1830, aux Amis des
(*) Voir Chapitre 1, p. (54.
(*) Voir Chapitre II, p. 176.
(») Voir Chapitre III, p. 220.
Arts do 1852 à 1857, et aux Salons de Paris, de 1835 à 1864, année de sa mort.
Le 14 février 1829, « considérant que, par l'acquisition de la galerie de M. de Lacaze, la Ville a en sa possession un grand nombre de tableaux anciens qui ont besoin d'être restaurés; considérant qu'il est utile d'attacher au Musée de Bordeaux une personne instruite, intelligente et qui offre des garanties morales pour le (sic) charger de cette opération délicate >, le Maire nommait le sieur Goethals fils, restaurateur des tableaux appartenant à la Ville de Bordeaux. Il était entendu que, « malgré le nombre des tableaux qui peuvent avoir besoin d'être réparés, puisque ce travail ne doit jamais être considéré que comme une chose temporaire >, il ne serait pas attribué de traitement fixe au restaurateur. « Il conviendra que son travail lui soit payé chaque fois qu'il aura exécuté une des restaurations qui lui auront été ordonnées, soit par nous, soit par le Conservateur du Musée. »
La collection Lacaze, considérée comme faisant partie intégrante du Musée, avait déjà son restaurateur attitré, quand le Conseil Municipal, soupçonnant des actes de mauvaise foi de la part du vendeur, prétendit rompre le marché.
Le 15 mai 1829, l'adjoint de Vaulx écrivait à son collègue Lucadou :
* J'ai oublié de vous parler d'un objet qui occasionna des criailleries au dernier Conseil Municipal et me mit dans le cas d'y répondre un peu vivement.
» ("est à propos de la Galerie des tableaux. On a prétendu que M. de Lacaze n'avait pas livré tous les tableaux qu'il nous a vendus, qu'il en détient sept à huit des meilleurs. On s'est plaint à ce sujet que l'Administ ration ne veillait pas aux intérêts de la Ville et à l'exécution des délibérations du Conseil, quelle payait le prix de vente sans avoir les objets acquis.
» J'ai dû repousser avec chaleur ces reproches, mais, en même tems, annoncer que je nie ferai rendre compte de cet objet et que je serai à même d'éclairer sur ce point le Conseil.
» Je crains qu'on n'v revienne ce soir, et je voudrais bien avoir de vous quelques renseignemens satisfaisans... »
L'adjoint Lucadou s'empressait de communiquer à Lacour la lettre de son collègue :
« Jô reçois dans l'instant la lettre ci-jointe de M. de Vaulx, faisant par intérim les fonctions de Maire. Vous voyez qu'il me demande des explications sur les tableaux que M. de Lacaze devait fournir et qu'il a gardés ; comme je n'ai jamais eu le catalogue de cette collection, je viens vous prier de me fixer le plus tôt possible, afin que je puisse répondre au Conseil Municipal et à M. de Vaulx... »
Nous n'avons pas la réponse de Lacour; mais nous pouvons en conjecturer le sens d'après ce que disent à ce sujet les rédacteurs du catalogue de 1855. — Il ne faut pas oublier que Lacour était l'un d'eux :
« Le fait est que M. le Marquis de Lacaze, qui s'en rapportait complètement à la loyauté du Conservateur du Musée, avait déposé ses tableaux sans en retirer de reçus, et n'avait remis aucun catalogue certifié de sa collection. Il en avait donné deux inventaires informes, faits à différentes époques, lesquels présentaient quelques différences résultant de fausses attributions ou d'autres erreurs, et trois des tableaux mentionnés dans un de ces inventaires n'avaient jamais été déposés au Musée. Les prix payés par M. le Marquis de Lacaze pour l'acquisition de ces trois derniers tableaux s'élevaient ensemble à 360 francs. Cette différence était de trop peu d'importance pour que l'Administration s'y arrêtât, et la Ville fut enfin mise en possession de cette belle et riche collection de tableaux, qu'elle payait, comme nous l'avons dit, l'un dans l'autre, environ 75 francs chacun <1>. »
Le 1er février 1830, le Vicomte de Chasteigner, qui avait succédé à M. de Montpezat dans la fonction de mandataire du Marquis de Lacaze, annonçait au Maire qu'il était chargé de terminer le règlement de l'affaire.
Cette communication officieuse était suivie, le 9 février 1830, d'une « Signification à la requête de M. Louis-Henry Déclot, avocat, demeurant à Paris, rue des Orties-Saint-Honoré, n° 9;
j1) Catalogne de 1855, Introduction, p. 31,
poursuites et diligences de M. le Vicomte de Chasteigner, demeurant à Bordeaux, rue Bouhaut, n° 54, son mandataire. > Voici les conclusions de cette signification :
€ 1° Par acte notarié du 15 décembre 1829, M. Louis-Antoine-Eusèbe Gauldrée de Boileau, demeurant à Paris, rue de Bondy, n° 24, agissant au nom et comme mandataire de M. Denis-Charles-Henry Gauldrée de Boileau, Marquis de Lacaze, chevalier des ordres royaux de Saint-Louis et de la Légion d'honneur, demeurant à son château de Lacaze, commune de Parlebon, département des Landes, a cédé et transporté avec toutes garanties à M. Louis-Henry Déclot, requérant, la somme de 20,000 francs due à mon dit sieur Marquis de Lacaze par l'Administration Municipale de la Ville de Bordeaux (Gironde) pour portion du prix moyennant lequel la Ville de Bordeaux a acquis de M. le Marquis de Lacaze une collection de tableaux.
» 2° Par acte notarié du 16 décembre 1829, M. Déclot, requérant, a fait et constitué pour son mandataire général et spécial M. le Vicomte de Chasteigner, pour recevoir de M. le Maire de Bordeaux, ou de tout autre qu'il appartiendra, la somme de 20,000 francs, désignée ci-dessus, due à M. le Marquis de Lacaze et par celui-ci transportée à M. Déclot, auquel elle appartient maintenant. »
Le 20 février, l'adjoint délégué aux finances, Dupuch fit part de cette signification au Conservateur. Il lui envoyait, en même temps, le dossier des pièces concernant la collection Lacaze et un historique complet de l'affaire depuis le mois d'août 1821 jusqu'au mois de février 1830. « J'ajouterai — disait Dupuch — que les 20,000 francs maintenant réclamés de la Ville par M. le Vicomte de Chasteigner, mandataire de M. Déclot, aux droits de M. le Marquis de Lacaze, ont été alloués ainsi qu'il suit : Budget de 1829, article 134, 10,000 francs; budget de '1830, article 144, 10,000 francs. J'ajouterai encore que cette somme est disponible. » Mais, avant de pouvoir disposer de cette somme, il fallait soumettre à l'approbation du Préfet un acte administratif, en double original, constatant « que M. le Marquis de Lacaze vend à la Ville de Bordeaux, sous toute garantie de droit, une collection de tableaux, dont la
consistance est indiquée dans un catalogue authentique de ces tableaux, annexé à l'acte de vente : que dans ce catalogue figure l'universalité des tableaux proposés à la Ville, antérieurement à la délibération du Conseil Municipal du 28 juin 1822, c'est-à-dire que M. le Marquis de Lacaze déclare avoir rétabli dans cette collection tous les tableaux qui en avaient été momentanément détachés; et que le Maire reconnaît que cette remise a été, en effet, effectuée conformément à l'article 3 de la délibération du Conseil Municipal du 8 février 1828. >
En conséquence, Lacour était chargé de « la prompte et régulière rédaction de ce catalogue méthodique >. Il fallait se hâter d'établir ce document nécessaire pour le paiement des 20,000 francs disponibles. < L'honorable Vicomte de Chasteigner, mandataire de M. Déclot, cessionnaire de M. le Marquis de Lacaze, est pressé de conclure cette affaire et je vous saurais gré de votre diligence à remplir sa juste attente. >
Le travail était long et le Vicomte de Chasteigner, très impatient : le 24 mars, Lacour recevait une lettre de rappel de l'adjoint délégué" pour les finances.
Enfin, le 2 avril 1830, le Conservateur envoyait au Maire « le catalogue fait double, sur papier timbré, certifié exact, et constatant que les tableaux que la Ville a entendu acheter de M. le Marquis de Lacaze sont déposés dans la Galerie du Musée de la Ville ».
A la fin de ce catalogue se trouve la note suivante :
« Total des tableaux provenant du cabinet de M. le Marquis de Lacaze et reconnus exister au Musée de la Ville, 263. — Suivant la notice de M. de Lacaze même, son cabinet se composait de 266 tableaux; mais en comptant un à un les tableaux décrits dans la notice, on n'en trouve réellement que 264 et Ton découvre un double emploi aux articles Poelemburg et Verthangen, lesquels doivent se rapporter à un seul tableau attribué même dans un premier catalogue à Boucher.
» Sous le rapport du nombre, la Notice de M. le Marquis de Lacaze est donc parfaitement exacte avec ce que nous avons reconnu exister de tableaux de son cabinet au Musée de la Ville.
» Sous le rapport de l'originalité de ces tableaux, de l'exactitude des
dénominations attachées à chacun d'eux dans ce catalogue, c'est une matière trop délicate et sur laquelle ni nous, ni personne ne voudrait et même ne pourrait répondre.
» Parmi ces 263 tableaux il y en a dix-neuf dont les dénominations ont été changées ou qui, par erreur de mémoire, ont été introduits dans la notice de M. de Lacaze, tandis que dix-neuf tableaux déposés au Musée, et parmi lesquels il en est d'aussi et même de plus remarquables, ont été totalement oubliés, tel qu'un estaminet par Brackenburar, deux esquisses par Gamelin et la copie, d'après Van Dyck, d'une descente de croix, etc.
» Ces erreurs ont été rectifiées dans ce catalogue. Quant aux noms que nous avons donnés à ces tableaux, ce sont ceux qu'ils avaient dans un ancien catalogue fait par M. de Lacaze, avant qu'il eut déposé son cabinet de tableaux dans les salles du Musée de la Ville. »
L'envoi que le Conservateur faisait au Maire du catalogue rédigé en double exemplaire sur papier timbré et certifié exact était la dernière formalité nécessaire pour l'acquisition définitive de la collection Lacaze. Le 24 mai 1830, le Maire pouvait écrire au Préfet :
« J'ai l'honneur de soumettre à votre approbation l'acte administratif en double de la vente faite à la Ville de Bordeaux par M. Denis-Charles- Henry Gauldrée de Boileau, Marquis de Lacaze, de 263 tableaux dont le Musée de la Ville est déjà en possession, ainsi que cela résulte du catalogue en double que j'ai eu l'honneur de soumettre à votre visa.
» Cette affaire, son origine, son instruction, sont clairement indiquées dans ma lettre à M. Lacour, du 20 février 1830, que j'ai l'honneur de placer sous vos yeux avec le dossier de cette affaire, lettre et dossier dont je vous serai obligé de me faire le renvoi en me transmettant revêtues de votre approbation les deux pièces en double qui constatent définitivement l'acquisition dont il est question... »
Le même jour, le Préfet répondait au Maire :
« En réponse à votre lettre de ce jour, j'ai l'honneur de vous envoyer revêtu de mon approbation en double expédition l'acte relatif à la vente faite par M. le Marquis de Lacaze à la Ville de Bordeaux de 263 tableaux.
» Vous trouverez également ci-joint le dossier de cette affaire que vous avez eu la bonté de mettre sous mes yeux. »
L'acquisition de la collection Lacaze, qui augmentait de plus de deux cent soixante tableaux un Musée qui en possédait moins d'une centaine, acquisition proposée dès le mois d'août 1821, était donc une affaire conclue le 24 mai 1830. Les marchandages avaient duré neuf ans ; mais, malgré la mauvaise volonté du Conseil Municipal et grâce aux concessions du vendeur, grâce surtout à la munificence de Charles X, le cabinet du Marquis de Lacaze ne coûtait que 20,000 francs à la Ville de Bordeaux. « Cette importante affaire avait tellement traîné en longueur qu'elle était à peine conclue lorsque la Révolution de 1830 arriva, et qu'une nouvelle dynastie se trouvait installée, avant que l'ancienne monarchie eût achevé de payer les tableaux dont sa générosité venait de nous enrichir W. »
(*) Catalogue de 1855, Introduction, p. 31.
e crois utile de reproduire ici textuellement la liste des tableaux de la collection Lacaze, telle que Lacour l'a établie dans son Catalogue manuscrit de 1846. On remarquera que cette liste comprend 265 tableaux, alors qu'en 1830, il n'était question que de l'acquisition de 263, aussi bien dans le catalogue envoyé, par le Conservateur au Maire, le 2 avril, que dans les lettres échangées entre le Maire et le Préfet, le 24 mai. Lacour rectifiait lui-même dans son Catalogue définitif deux erreurs qui s'étaient glissées dans le travail hàtif rédigé en mars 1830 : le Catalogue de 1846 mentionne deux paysages de Molenaer, l'un < avec un pont et une auberge », l'autre « où l'on voit des pêcheurs >. Le Catalogue de 1830 ne mentionnait qu'un seul « paysage > de l'artiste d'Anvers. Il omettait aussi un Renaud et Armide d'A. Van Dick, enregistré par le Catalogue de 1846.
Pour faciliter les recherches, je donne à chacun de ces tableaux un numéro d'ordre que je fais suivre, entre parenthèses, du numéro correspondant du Catalogue de 1894.
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