‹ Histoire du Musée de BordeauxChapitre 17 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'Administration de Pierre Lacour fils. I. Pendant la

Restauration : b) de 1821 à 1830.

Le premier Catalogue du Musée.

La Collection Lacaze.

Les envois du Gouvernement et les acquisitions

de. la Municipalité.

Les Expositions artistiques.

Le Catalogue de 1821. — Date des premiers catalogues des principaux Musées de France. — La Notice des tableaux et des figures exposés au Musée de la Ville de Bordeaux, publiée par Lacour, en 1821. — Œuvres appartenant à la Ville, qui ne sont ni exposées au Musée, ni cataloguées dans la Notice. — Le portrait de Batanchon. — Analyse de la Notice. — Les envois de l'Etat. — Les œuvres provenant du legs Doucet. — Les moulages achetés par la Ville ou donnés par l'Etat.

Proposition faite à la Ville d'acheter la collection Lacaze. — Demande d'exposer au Musée quelques tableaux de cette collection (30 août 1821). — Rapport de Lacour au Maire sur la collection Lacaze (mai 1822). —

Le Conseil prend une délibération défavorable à l'achat de la collection Lacaze (28 juin i822). — Charles X offre de contribuer pour une somme de 40,000 francs à Tachât de la collection. — Nouvel avis défavorable du Conseil Municipal (28 novembre 1827). — Efforts persistants du Maire et de l'Administration supérieure. — Délibération favorable à l'achat prise par le Conseil Municipal dans sa séance du 8 février 1828. — Articles du Moniteur Universel qui font connaître la conclusion de l'affaire Lacaze (8 et 18 octobre 1828). — Goethals fils nommé restaurateur des tableaux appartenant à la Ville, par arrêté du Maire (14 février 1821)). — Nouvelles difficultés suscitées par le Conseil Municipal au sujet du marché conclu avec le Marquis de Lacaze (mai 1821>)- — Règlement définitif de l'affaire (février 1830). - Lettre du Maire soumettant au Préfet l'acte de la vente faite par le Marquis de Lacaze à la Ville de Bordeaux (24 mai 1830). — Approbation du Préfet (24 mai 1830).

Le catalogue de la collection Lacaze établi par Lacour. — Opinions des critiques d'art sur les principaux tableaux de cette collection.

Naissance de Rosa Bonheur (10 mars 1822). — Travaux littéraires de Lacour : Le Musée d'Aquitaine (janvier 1823-juin 1824). Mon Portefeuille (1820). L'Album autographique (1830). — Succès de Balat et de Papin, élèves de l'École de dessin (1823-1825). — Les deux tableaux de concours de Balat et de Papin, Scythes tendant Varc de son père, au Musée de Bordeaux. — Entrée de la Chasse de Méléagre, tableau couronné de Brascassat, au Musée de Bordeaux (décembre 1825). — Articles des journaux bordelais sur ce tableau. — Opinions d'Arsène Houssaye et de M. Vallet sur l'œuvre de Brascassat. — Envois du Gouvernement : le Buste du Duc d'Angoulême, par Valois (1824); la Statue de Phocion, par Delaistrc (1825). — Souscription pour élever à Bordeaux une statue colossale de Louis XVI (1824-1825). — Pose de la première pierre du piédestal de cette statue (25 août 1820). — La statue colossale de Louis XVI enfermée au Musée de Bordeaux. — Inauguration de la statue de Tourny, par Marin (27 juillet 1825). —

Achat de moulages pour le Musée au sieur Landi (1825). — Le Portrait de V acteur Dps forges, par Gustave de Galard, placé au foyer du Grand- Théâtre (1825), transféré au Musée (1880). — Restitution du Buste du Cardinal de Sourdis à l'Eglise Saint-Bruno (2 septembre 1826). — Arrêté municipal du 3 novembre 1826, qui fait passer la Galerie des tableaux et l'Ecole de dessin du Secrétariat de la Ville à la Division des Travaux Publics. — Envoi par le Ministère du tableau de Drolling, Réception de Saint Seurin par Saint Amand, à l'Église Saint-Seurin (août 1828). — Le Portrait du Duc de Bordeaux, par Dubois-Drahonet, donné par l'Etat au Musée (1828). — Envoi au Musée de Y Apollon Lycéen, par Lemot, et du Buste du Duc de Bordeaux, par Gayrard (juillet 1828). — Le Buste du Duc de Bordeaux n'entre pas au Musée. — Dominique Maggesi nommé statuaire de la Ville et professeur municipal de sculpture (juillet 1829). — L'atelier de Maggesi (1829- 1886). — Négociations relatives à l'achat de la Leçon de Labourage, par Vincent (1828-1830). — Jugements portés sur ce tableau par Paul Mantz, Arsène Houssaye et Clément de Ris. — La famille Boyer- Fonfrède. — Vote de l'acquisition de la Leçon de Labourage par le Conseil Municipal (21 mai 1830). — Les Expositions organisées par la Société des Amis des Arts. — Importance nouvelle qu'elles prennent, grâce à Fieffé, à partir de 1825. — La première Exposition de la Société Philomathique, distincte de l'Exposition de la Société des Amis des Arts (mai 1827). — Exposition de la Société des Amis des Arts en 1828. Réclamations. — Le Conseil Municipal décide d'acheter des tableaux à des artistes bordelais (9 septembre 1828). — Règlement de la Société d'encouragement pour les arts à Bordeaux (17 novembre 1829). — Exposition des produits des Beaux-Arts organisée par la Société Philomathique en 1829. — Exposition de la Société d'Encouragement des Amis des Arts (juillet 1830). — Exposition de tableaux organisée par la Société Philomathique (septembre 1830). — Arrêté du Maire qui décide l'achat, pour la somme de trois mille francs, de dix- huit des tableaux exposés par la Société Philomathique (20 octobre 1830).

u moment que le Musée se trouvait installé d'une manière qui pouvait paraître définitive, il était grand temps qu'il eût enfin son catalogue. Assurément, il devait y avoir un répertoire manuscrit, puisque le 17 août 1816, le Maire demandait à Lacour de lui « adresser une copie du catalogue ><*> : mais le public n'avait pas à sa disposition une notice explicative des tableaux et sculptures de la Galerie.

Cette notice existait depuis plus ou moins longtemps pour lés Musées d'un certain nombre de villes, généralement moins importantes que Bordeaux.

En 1821, le Musée d'Angers avait déjà été l'objet de deux catalogues dont l'un, le deuxième, réimprimé quatre fois : la Notice, par Marchand, an X (1801) ; le Catalogue, par Delusse, an XIV (1805), réimprimé en 1806, 1808, 1816 et 1820 <2>.

Le premier catalogue du Musée du Mans fut imprimé en 1800<3>. Celui d'Avignon est postérieur de peu d'années. « Il existe — dit Clément de Ris<4> — une notice du Musée d'Avignon publiée en 1802 par un citoyen Meynet, conservateur et ancien chanoine de Saint- Agri col. >

(«) Voir Chapitre III, p. 245.

(*) Henry Jouin : Catalogue du Musée (V Angers. Angers 1821, Préface, p. VII. (') Catalogue du Musée du Mans. Le Mans, 1892. Xotice historique, p. 8. {*) Clément de Ris : Les Musées de Province, tome II, p. 142.

En 1821, Lyon publiait le cinquième de ses catalogues dont voici la liste :

Notice des antiquités et tableaux du Musée de Lyon, par F. Artaud, Directeur du Conservatoire des Arts et antiquaire de la Ville. Lyon, Ballanche, MDCCCVIII, in-8° de 106 pages pour les antiquités et 42 pour les tableaux.

Notice des inscriptions antiques du Musée de Lyon, par F. A. Lyon, Pelzin, 1816, in-8<> de 88 pages.

Cabinet des antiques du Musée de Lyon, par F. Artaud. Lyon, Pelzin, 1816, in-8<> de 134 pages.

Notice des Tableaux du Musée de la Ville de Lyon, par F. Artaud. Lyon, Lambert-Gentot, 1817, in-8° de 32 pages.

Notice des tableaux du Musée de la Ville de Lyon, par F. Artaud, Directeur du Musée et de l'École Royale des Beaux- Arts. Lyon, Lambert-Gentot, 1821, in-8° de 40 pages (1>.

Le plus ancien catalogue de Grenoble date de Tan IX. C'est la « Notice des Tableaux des Ecoles Française, Italienne, Allemande, Flamande et Hollandaise, des statues, sculptures, gravures, dessins et autres objets d'art exposés dans le Musée de Grenoble, dont l'ouverture aura lieu le 10 nivôse an IX. Grenoble, David cadet, an IX. > Quelques années plus tard, en 1809, Jay, l'auteur de la Notice de Tan IX, publiait à Grenoble, chez Allier, une nouvelle « Notice des tableaux, statues, bustes et dessins du Musée de Grenoble *® ».

Le premier catalogue du Musée de Rouen, œuvre du Conservateur J.-B. Descamps, a été publié eu 1809 (3); le plus ancien qui ait été consacré au Musée de Nancy, date de Tan XIII (l).

Plus ou moins longtemps après Angers, Le Mans, Avignon, Lyon, Grenoble, Rouen et Nancy, Bordeaux avait enfin, grâce à Lacour, au commencement de 1821, une Notice des Tableaux et des Figures exposés au Musée de la Ville.

Cette Notice est une petite brochure in- 12 de 96 pages.

(l) Catalogue sommaire des Musées de la Ville de Lyon, Lyon, 1887, p. IX. (*) Catalogue du Musée de Grenoble. Grenoble, 1891. Notice historique, p. 11. (*) Catalogue du Musée de Rouen. Rouen, 1890. Notice, p. XX. (*) Musée de Nancy, Catalogue, Nancy, 1897. Notice historique, p. III.

imprimée en gros caractères. Un «Avis > préliminaire porte les deux indications suivantes : « Les jours d'entrée pour le Public sont le samedi et le dimanche de chaque semaine; les autres jours, excepté le vendredi, sont pour l'étude des artistes et pour les voyageurs, sur la présentation de leurs passeports. Les personnes qui entreraient au Musée avec des cannes ou des parapluies sont priées de les déposer entre les mains de la personne préposée pour les recevoir. >

Le prix de la brochure imprimée par André Brossier, rue Royale, n° 13, était « un franc, consacré aux besoins de l'établissement >.

Une lettre adressée par Lacour au Maire, le 29 décembre 1821, donne des renseignements intéressants sur l'histoire de ce catalogue :

«c Lorsqu'il fut question d'un livret explicatif pour les tableaux et les statues du Musée de la Ville, il fut convenu que la reefition des comptes relatifs aux dépenses occasionnées par l'impression de ce livret et celle des comptes relatifs à l'emploi des bénéfices s'il y en avait, aurait lieu du Conservateur du Musée à Monsieur le Maire, attendu que de semblables détails et calculs n'étaient pas de nature, pour beaucoup de raisons, à entrer dans le budget des revenus et des dépenses de la Ville....

» Le livret du Musée se compose de quatre feuilles d'impression, format in-12. Il en a été tiré 1,5Q0 exemplaires à raison de 100 francs la feuille. Le prix du livret est d'un franc.

» Depuis l'ouverture du Musée jusqu'à ce jour, il a été vendu 900 livrets, lesquels ont donc produit une rentrée de 900 francs. Le produit de cette vente étant destiné à l'entretien du Musée, à une foule de dépenses qu'il est impossible de prévoir et pour lesquelles la Ville n'a pas encore destiné de somme, l'emploi de ces 900 francs a eu lieu de la manière suivante. »

Suit, avec les comptes à l'appui, l'indication de l'emploi des fonds. Le compte de l'imprimeur Brossier s'élève à 400 francs ; celui du relieur, pour le brochage des exemplaires, à 130 francs; la remise de 10 pour cent consentie au concierge Voxin, chargé de la vente du livret, coûte, pour 900 exemplaires vendus,

90 francs; soit, pour ce qui a rapport au livret, impression, brochage et frais de vente, 620 francs.

Puis viennent, pour une série de menues dépenses se rapportant à l'entretien du Musée, divers comptes dont l'ensemble s'élève à 93 fr. 65 c.

€ Il me reste donc en mains — conclut Lacour — pour les dépenses imprévues du Musée, une somme de 186 fr. 35 c. Comme il n'est pas permis d'espérer que Tannée prochaine puisse produire une somme égale à celle obtenue cette année, et sans doute il s'en faudra de beaucoup, je pense, Monsieur le Maire, que vous jugerez convenable que ces 186 fr. 35 c. restent réservés pour le même genre d'emploi, car la Ville ne faisant aucun fonds pour ces sortes de dépenses, c'est éviter les retards et les entraves qui pourraient en résulter. >

Par lettre du 5 janvier 1822, le Maire autorisait le Conservateur à « faire suite de cette comptabilité spéciale ».

Il n'est pas nécessaire d'insister sur l'intérêt documentaire et anecdotique présenté par un certain nombre des articles qui accompagnent l'indication des tableaux portés au catalogue de 1821. Depuis les renseignements donnés sur Lacour père et sur Taillasson, jusqu'aux appréciations personnelles de Lacour fils sur le tableau de Gros et les derniers envois du Gouvernement, j'ai reproduit, à propos de chaque œuvre, ce qui se trouve d'utile ou de curieux dans la Notice des tableaux et des figures.

Mais il convient de donner une analyse méthodique de cette Notice.

Le catalogue de 1821 se compose de 115 numéros. Les 82 premiers sont attribués à 84 tableaux, bustes ou statues, rangés à peu près suivant l'ordre alphabétique des noms d'auteurs M. Les numéros 83 à 115 désignent des plâtres d'après l'antique.

Les ouvrages qui forment le fonds antérieur aux envois

(*) Le même tableau est répété deux fois sous les numéros 23 et 25 ; par contre, il y a deux numéros 43, un n° 5S et un n° 58 bU; enfin, une Copie du Titien est cataloguée sans numéro, entre le n* 75 et le n° 76.

adressés au Musée en vertu de l'arrêté de fructidor, sont ainsi catalogués :

N° 72. — Taillasson : Le Tombeau d'Elisée. N° 30.— Franck (le jeune) : Le Christ sur le Calvaire. N° 31. - Franck (le jeune) : Le même sujet, plus petit que le précèdent.

Les autres œuvres d'art que le Musée possédait dès l'origine, et qui ont déjà été passées en revue M, n'étaient pas exposées dans les salles du Chàteau-Royalet ne portaient pas de numéros au catalogue.

Le 28 février 1822, M. Batanchon écrivait au Maire :

« Je viens réclamer de votre bienveillance la remise d'un tableau qui existait jadis dans une des salles de l'ancienne Académie des Arts de cette Ville : ce tableau représentant M. Batanchon, ancien secrétaire perpétuel de la dite Académie, a dû être déplacé et transporté, sans doute, dans le nouveau local consacré aux arts, ou peut-être relégué dans quelque réduit, faute de place suffisante. Il est permis à un fils à (sic) chercher à se procurer l'image d'un père chéri, et c'est sous ce rapport que je sollicite de votre bienveillance la remise de ce tableau(2). »

Le 15 avril 1822, l'Administration accueillait favorablement cette demande, à la suite d'une lettre adressée le 15 mars au Maire par Lacour, et dont voici le texte :

« J'ai l'honneur de répondre à votre lettre du 7 du courant, relative à la demande faite par M. Batanchon fils, du portrait de son père. Ce portrait existe effectivement parmi les tableaux non exposés de la Ville ; il faisait partie de quelques autres morceaux de peinture qui appartenaient à une Société qui n'existe plus et dont tous les membres ou presque tous sont morts. Ces objets ont si peu de mérite réel qu'ils n'ont jamais été exposés dans les salles du Musée, du moins depuis que j'en suis Conservateur. Le portrait réclamé par M. Batanchon n'a réellement d'autre mérite que celui de la ressemblance, mérite particulier

(*) Voir Chapitre I, p. 45-52.

(*) Voir Chapitre I, p. 49.

rement appréciable [jour un fils. Je pense donc que laVille peut, sans difficultés ni préjudice, sVn dessaisir au profit du réclamant. »

Le portrait de Batanchon, par Thomire, était donc au nombre des ouvrages non exposés dans les salles du Musée, à cause du peu de mérile réel que le Conservateur leur attribuait. C'est apparemment pour les mêmes causes, puisqu'on leur attribuait peu de mérite et parce qu'ils n'étaient pas exposés, que ne figurent pas au catalogue de 1821, le Portrait de Douai, par Thomire; le Saint Jérôme, par le prétendu Gedam; le Portrait de Jacques d'Augeard, le Portrait d'un homme qui écrit, œuvres l'un et l'autre d'un inconnu, et enfin le buste en marbre du Cardinal de Sourdis, qui ne cessa d'être propriété municipale qu'en 1826.

Les tableaux envoyés par le Gouvernement en Tan XI et en l'an XIII étaient tous exposés et catalogués. En voici la liste et la désignation, suivant l'ordre donné par 1' « État des tableaux* qui se trouve pages 91-98 de ce volume :

- Philippe de Champaigne : Le Songe de Joseph.

- Gaspard de ("rayer : L'Adoration des Bergers.

- Le Guerohin : Saint Bernard recevant sa règle de la Vierge.

- Antoine van Dyck : Portrait de Marie de Mëdicis.

- Pierre-Paul Rubens : Le Martyre de Saint-Georges.

- Le Caravage : Le Couronnement d'épines.

- Titien : Lucrèce et Tarquin.

- Le Bassan : Sortie de l'arche.

- Pietro de Cortone : La Vierge et l'Enfant Jésus.

- Titien : La Magde laine.

- Giordano : Hercule chez Omphale.

- Antoine van Dick (copie) : La Vierge, l'Enfant Jésus et Saint Jean, Anges et Saint François à genoux.

- Rubens (copie) : Chasse aux lions.

- Le Perugin : La Vierge, Saint Augustin, Saint Jérôme.

- Restout : La présentation de Jésus au Temple.

- Michel Corneille (attribué à) : Le Baptême de Constantin.

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N° 13. — Le Caravage : Saint Jean dans le Désert.

N° 17. — Noël Coypel : Allégorie relative à la Religion et à la

Sainte Epine.

N° 26.— Ecole Flamande : Adoration des Anges à la Crèche.

N° 7. — Le Bassan : Le Christ entre Marthe et Marie.

N° 51. — Pierre Mignard : Portrait d'un guerrier ressemblant à

Louis XIV.

N° 3. — Auteur inconnu : Cérémonie turque représentant la

réception d'un Ambassadeur.

Auteur inconnu : Repas qui suit la présentation.

Marianne Loir : Portrait de Madame Duchâlelet.

Rubens (attribué à) : Le Christ en Croix.

Véronèse (attribué à) : L'Adoration des Rois.

Véronèse (attribué à) : La Femme adultère.

Ecole Flamande : Portrait inconnu .

Poussin (copie d'après le) : Sainte- Famille.

Ecole italienne : Tête de guerrier.

• Véronèse (Ecole de) : Sainte-Famille.

Giordano : Tête de Vieille.

Solimène : Joseph expliquant les songes de VEchanson et du Panetier de Pharaon.

Ferdinand Bol : Abraham et ses Serviteurs.

Ferdinand Bol : Appolon (sic) et Marsyas.

Peintre inconnu : Portrait d'un homme entre deux miroirs.

■ Véronèse : Sainte-Famille.

Titien : La Femme adultère.

Maître inconnu : David devant Saûl.

Maître inconnu : Jésus donnant les clefs à Saint-Pierre.

■ Restout : Le Prophète Ezéchiel.

Bunel : L'Assomption de la Vierge.

Trevisani (d'après) : Tête de femme.

Otto Voenius : Tête de femme (d'après le Corrège).

Le catalogue de 1821 enregistre tous les tableaux envoyés par le Gouvernement en Tan XI et en Tan XIII, y compris même ce Portrait d'un homme entre deux miroirs (n° 58), dont, on l'a déjà vu<4), nous ignorons la date d'entrée au Musée

(*) Voir plus haut, p. 82.

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et la date de sortie, la première antérieure à 1821, la deuxième antérieure à 1832.

Voici les numéros que portent au catalogue les œuvres d'art provenant du legs Doucet :

N° 68. — Sneyders : Un lion mort.

N° 69. — Sneyders : Une chasse au renard.

N° 70. — Sneyders : Une chasse.

N° 36. — Grimoux : Un capucin.

N° 37. — Grimoux : Une cuisinière.

N° 38. — Grimoux : Un jeune Pèlerin.

N° 39. — Grimoux : Une joueuse d'instrument.

N° 23. — Ecole italienne : Venus endormie^).

N° 28. — Ecole de Natoirr : Venus sur les eaux.

N° 29. — Ecole de Natoire : Vénus endormie et Adonis.

N° 58 bis — Peintre inconnu : Une Hêbè, déesse de la jeunesse.

Sans n° (entre les n08 75 et 76,. — Titien (copie) : Vénus et V Amour.

Le Catalogue de 1821 omet : Le buste de Guillaume Tell par Boizot; les Baigneuses, de Caresme; le tableau d'un inconnu représentant Une nourrice et son nourrisson; les diverses gravures mentionnées dans V « Etat et description des objets mobiliers » légués par M. Doucet à l'Ecole de dessin. On a vu que, seuls de ces divers objets d'art, le Guillaume Tell et les Baigneuses sont entrés au Musée postérieurement à 1821^ .

Voici les numéros et la désignation des envois du Gouvernement reçus dans les dernières années de l'Empire :

N° 43. — Lallemant : La Fuite en Egypte.

N° 06. - Copie ancienne et en tapisserie du Tableau, connu sous le

nom de Madona délia Sedia, peint par Raphaël. N° (>.">.— Copie du Portrait de Rubens.

Le catalogue ne mentionne pas le Buste de Napoléon I", envoyé à Bordeaux à la fin de l'Empire, mais il enregistre les

<l) Le catalogue enregistre une seconde fois le même tableau sous le numéro 25: « Vénus endormie (École italienne). Tableau donné par M. Doucet. » (*) Voir Chapitre II, p. 174.

deux. tableaux de Lacour donnée par ses héritiers à la Ville au commencement de 1814 :

N° 42. — Lacour (Pierre de) : Saint-Paulin, Evêque de Noie. N° 43.— Lacour (Pierre de) : Portrait de M. Doucet, bienfaiteur de l'Ecole de dessin M.

Le Portrait de Louis XIV, par Mignard, que la Ville avait acquis en 1816, n'est pas porté au catalogue où figurent les divers envois faits par le Gouvernement de la Restauration à partir de 1816.

Envois de 1816 :

\° li). — Dedreux (Dorey) : Bajazet et le Berger. N° 35.— Oranger : Figure de Ganimède (sic). N° 41. — Heim : Arrivée de Jacob en Mésopotamie.

Envois de 1817 :

N° 40. — Menjaud : S. A. R. Madame Duchesse cTAngoulème au lit de mort de Vabbé Edgeioorth de Firmont.

N° 3. — Ansiaux : Louis XIII remet au Poussin le brevet de premier peintre du Roi.

N° 48. — Mauzaize : Le Baptême de Clorinde.

N° 61. — Romagnesi : Buste de Monsieur, sculpté en 1816.

N° 78. — Valois : Le Buste de S. A. R. Madame, Duchesse gTAngoulême.

Envois de 1819 :

N° 1. — Albane (répétition de Y) : Vénus et Adonis.

N° 10. — Breenberg : Vue de l'intérieur d'une Caverne habitée par

des Bohémiens.

N° 22. - Van Dyck (copie) : Portraits de Charles i, Duc de Bavière

et celui (sic) de Robert son frère.

N° 50. - Menjaud : S. A . R. Monseigneur, Duc oTAngoulême,

recevant Chevalier de Saint Louis un militaire blessé.

(4) On a déjà vu qu'il y a doux n*' 43 dans le Catalogue : l'un désigne le Portrait de M. Doucet, par Lacour; l'autre, La Fuite en Egypte, par Lallemant.

N° 52. — Mon voisin (Quinsac) : Jésus guérissant un possédé.

N° 54. — Pallière (Léon) : Tobie rend la vue à son père.

N° 55. — Pallière (Léon) : Un Berger en repos.

N° 77. — Trézel (Félix) : Les Adieux d'Hector et d'Andromaque.

Ne sont pas inscrits au Catalogue une œuvre de Kinson, Portrait en pied du Duc d'Angoulème, qui fut placé dans le cabinet du Maire jusqu'à la Révolution de 1830, et Un Fleuve poursuivant une Nymphe (École de Le Brun), toile qui était peut-être exposée dans quelque salon de la Mairie.

Le Catalogue mentionne l'André del Sarto que la Ville avait reçu en échange de son Jordaens :

N° 2. — André del Sarto : La Vierge et l'Enfant Jésus, accom-

pagnés par deux anges, reçoivent Sainte Elisabeth et Saint Jean.

Envois de 1820 :

N° 40. — Gros (Antoine- Jean) : S. A. R. Madame, Duchesse d'An- , goulême, s' embarquant à Pauillac, près Bordeaux, le

1er Avril Î815.

N° 46. — Mansion : Statue en marbre représentant Cydippe. N° 67. — De Seine (de l'ancienne Académie de France à Rome) : Le Buste en marbre de Michel Montaigne.

Il a déjà été dit que, dans le Catalogue de 1821, les numéros 83-115 désignent des plâtres d'après l'antique. La plus grande partie de ces plâtres provenaient des vingt-cinq caisses de moulages données par le Gouvernement et reçues à Bordeaux en mars 1821.

N° 86. — Minerve colossale, dite la Pallas de Velletri (caisses

n°s 1, 2, 3 et 4).

N° 85. — Laocoon (caisses n08 5 et 6).

N° 105. — Silène et le Jeune Bacchus de la Ville de (sic) BorghHe (caisse n° 7).

N° 106. — Castor et Polluœ; la petite figure que Ton voit sur le côté gauche est celle de Léda (caisse n° 8).

Diane (caisse n° 9).

Le Gladiateur Borghèse; cette statue porte le nom d'Agasias, sculpteur inconnu, mais d'un grand mérite (caisse n° 10).

V Achille Borghèse (caisse n° 11).

Orateur Romain, dit Germanicus (caisse n° 12).

L'Hermaphrodite Borghèse (caisse n° 13).

Diane ajustant sa chlamyde (caisse n° 14).

Julie 9 fille d'Auguste (caisse n° 15).

Euterpe (caisse n° 16).

Polymnie (caisse -n° 17).

Cêrès assise (caisse n° 18).

Le Petit Faune Borghèse (caisse n° 19).

Le Tireur d'épine (caisse n° 20).

Bas-relief représentant une Bacchante (caisse n° 20).

Bas-relief représentant trois prêtresses et un prêtre de Bacchus (caisse n° 20).

Génie suppliant (caisse n° 21)

Vénus accroupie (caisse n° 21 ).

Rome colossale, buste (caisse n° 22).

Bas-relief représentant le combat des Amazones (caisse n°23).

Les trois Provinces, bas-relief (caisse n° 23).

Portrait d'Alexandre le Grand (caisse n° 24).

Esculape et Thélesphore (sic), le Dieu de la convalescence. On le représente couvert d'un grand manteau fermé, sans manches, qui, lui enveloppant les bras, descend audessous des genoux et auquel tient une espèce de capuchon qui couvre sa tête (caisse n° 25). • Euripide assis (caisse n° 25).

Ulysse consultant Tirésias (caisse n° 25).

- Latone, Diane et Apollon (caisse n° 25). Combat d'Hercule et d'Apollon pour le trépied de Delphes

(caisse n° 25).

Jupiter, Junon et Thètis (caisse n° 25).

- Victoire choragique avec Bacchus et Diane (caisse ^ 25).

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Le Catalogue de 1821 ne mentionne pas : le Buste d'Alexandre Sévère (caisse n° 8), les bustes d'Hippocrate, de Claude (caisse n° 10), de Laocoon père (caisse n° 22), d'Esculape, du Faune (caisse n° 17), d'Homère (caisse n° 18), de la Pallas de Velletri, de Rome, des Deux fils de Laocoon (caisse n° 22), de Cariatide, de la Vénus d'Arles, d'Auguste, de Bacchm Indien (caisse n° 24) et de la Vénus du Capitole (caisse n° 25).

Mais il enregistre deux des plâtres achetés avant 1821 sur les arrérages de la rente Doucet :

N° 83. — Apollon Pythien, dit Y Apollon du Belvédère. N« 114.— Cérès.

Il est probable que les bustes envoyés en 1821 et non mentionnés par le catalogue étaient, ainsi que les divers moulages, achetés antérieurement à 1821 et dont il n'est pas question dans le catalogue, réservés aux études des élèves et conservés dans les salles de l'Ecole de dessin. Les autres reproductions, les plus importantes, pouvaient, comme l'écrivait Lacour père, le 2(î août 1811, offrir aux visiteurs du Musée « l'ombre d'antiques à définit de réalité ».

Le Catalogue fut imprimé de nouveau par Brossier en 1824 : la réimpression diffère très peu de l'édition de 1821.

Il y a toujours 115 numéros. Mais le Catalogue de 1824 enregistre les deux tableaux suivants qui ne figuraient pas dans celui de 1821 :

N° 10bis. — Ecole de Le Brun : Une Nymphe poursuivie par un

Fleuve.

Il a déjà été dit que ce tableau, envoyé par l'Etat en 1819, aurait dû être inscrit au Catalogue de 1821. Nous ne savons s'il a été oublié ou si, en 1821, il était exposé dans quelque salle de la Mairie. Le Portrait de Louis XIV, par Mignard, ne figure pas plus au Catalogue de 1824 qu'à celui de 1821.

N° 721)is. — Le Thièke, ancien directeur de l'Académie de France à Rome : Saint Louis visitant les pestiférés dans les plaines de Carthage.

On a vu M que ce tableau, annoncé dès 1819, ne fut reçu qu'en 1822. Il .paraît qu'il ne fut pas exposé aussitôt après son arrivée à Bordeaux. Le 4 novembre 1822, M. de Gandruque, adjoint au Maire, écrivait au Conservateur :

€ J'ai été au Muséum pour y voir le tableau représentant Saint Louis et les pestiférés dont le Roi vient de faire cadeau à notre Ville. J'ai vu avec un vif regret que le public était privé de la vue de ce tableau ; je crois que nous devons nous occuper à le faire placer sur des chevalets dans la salle qui est ouverte au public, sn attendant qu'on puisse le placer dans celle où il est maintenant ; on évitera ainsi d'avoir à appréhender que ce tableau ne coure aucun danger et les amateurs de bonne peinture s'empresseront à aller voir un tableau qui enrichit si éminemment notre Musée. Je suis surpris que le public ignore le beau cadeau que le Roi a daigné faire à notre Ville; et toute une notice sur le tableau de Saint Louis serait parfaitement accueillie par les amis des arts. Je livre cette réflexion à celui qui les cultive avec autant d'avantage que vous... »

Le Catalogue de 1824 ne donne pas « toute une notice sur le tableau de Saint-Louis »; il se contente de l'enregistrer. Mais, suivant le désir de M. de Gandruque, et peu de jours après sa lettre, la toile de Le Thière fut exposée dans une des salles de la Galerie de tableaux. On lit, en effet, dans le Mémorial du dimanche 10 novembre 1822 :

« L'École gratuite de dessin et de peinture de la Ville fera l'ouverture de ses cours demain lundi 11 du courant, à cinq heures du soir. La distribution des prix aux élèves de cette Ecole aura lieu le 17 dans une des salles du Musée; le nouveau tableau dont le Gouvernement vient de faire présent à la Ville y sera exposé. Ce bel ouvrage, qui représente Saint Louis visitant les pestiférés dans les plaines de Carthage, est de M. Le Thiers (sic), directeur de l'Académie de peinture à Rome(2). »

Pas plus que le Portrait en pied du Duc d'Angoulème, par Kinson, qui était placé dans le cabinet du Maire, le Catalogue

(i) Chapitre III, p. 273.

(*) Cet article est textuellement reproduit dans Y Indicateur du 11 novembre avec cette unique variante, nécessitée par la date du journal, « aujourd'hui lundi 11 du courant ».

de 1824 ne mentionne le Portrait en pied de la Duchesse d9 Angoulème^\ œuvre de Mme Desperiers, donnée par l'État en 1823, et placée apparemment à la Mairie. Mme Desperiers est un médiocre peintre de portraits qui eut quelque célébrité sous la Restauration. Sa Duchesse d'Angoulême, envoyée par Louis XVIII au Musée de Bordeaux, avait un certain intérêt anecdotique pour la « cité du 12 mars » : la Duchesse est représentée debout, la main droite posée sur des papiers où l'on remarque le plan de la Ville de Bordeaux et la date du 12 mars.

Le peu d'envois faits à Bordeaux entre 1821 et 1824 indique un ralentissement dans les dispositions bienveillantes du Roi et de ses Ministres : mais, avant la fin de la Restauration, la munificence de Charles X devait, en facilitant au Conseil Municipal Tachât d'une importante collection, enrichir de près de trois cents tableaux à la fois le Musée qui n'en possédait pas cent encore en 1824.

(*) Catalogue de 1894, n° 504. Despkrikrs (M"e) : Portrait de Madame la Duchesse dWnguuleme.

e 30 août 1821, le Vicomte de Gourgues, Maire de * Bordeaux, écrivait au Conservateur de la Galerie de tableaux la lettre suivante :

4t M. le Préfet m'a renvoyé une demande qui lui a été adressée par M- de Montpezat, dans l'objet de permettre l'exposition au Musée de la Ville de quelques-uns des tableaux que M. le .Marquis de la Gaze offre de lui céder. Je vous invite à me donner votre avis sur cette proposition. Les démarches que j'ai faites durant mon séjour à Paris pour obtenir de la munificence du Gouvernement de nouveaux dons qui remplissent les vides de notre Galerie ont été accueillies avec un intérêt qui m'assure qu'à l'issue de la prochaine exposition du Louvre nous aurons une bonne part dans la répartition des compositions destinées à enrichir les Galeries des Départemens. Cette attente doit régler la disposition de l'espace qui nous reste. Quelques facilités que nous donne M. de la Caze, l'acquisition d'une partie des tableaux de cet amateur distingué est bien éloignée par la situation des finances de la Ville. Je n'ai pas dû le dissimuler à M. de Montpezat en l'engageant à se concerter avec vous pour le placement des tableaux que nous pourrons recevoir. Le certificat de dépôt que vous en donnerez devra contenir une colonne dans laquelle seront émargés les mouvemens, soit que le propriétaire veuille retirer quelque pièce, soit que l'espace qu'elle occupera devienne nécessaire au placement successif de ce que nous pourrons recevoir... »

Cette lettre est le premier en date des trop rares documents officiels que nous possédons au sujet des longues et laborieuses négociations auxquelles donna lieu la demande d'achat que le Marquis de Lacaze, possesseur d'une importante galerie de tableaux, avait adressée à la Ville de Bordeaux.

Né le 15 juillet 1773, Denis-Charles-Henrv Gauldrée Boilleau, Marquis de Lacaze, avait* été commissaire ordonnateur des guerres. En cette .qualité, il avait parcouru l'Europe ; et il pouvait dans le « Catalogue des tableaux du Cabinet de M. le Marquis de Lacaze > qu'il soumettait à l'appréciation de la Municipalité de Bordeaux, faire précéder un paragraphe comprenant cent neuf ouvrages de ce titre : « Catalogue des tableaux achetés dans mes voyages ou qui m'ont été donnés par des souverains. > Ces souverains sont, principalement, Je Roi de Bavière et le Prince Henri de Prusse.

En 1821, le Marquis, membre du Conseil Général des Landes, habitait son château de Lacaze, près Gabaret, par Roquefort-des -Landes. Le 20 novembre 1822, le collège de son Département l'élut député royaliste par 72 voix contre 10, données au fameux général Lamarque, qui ne devait entrer à la Chambre qu'en 1828. Le Marquis de Lacaze fut réélu le 6 mars

1824. « A la Chambre législative — dit la Biographie des députés de la Chambre septennale — M. de Lacaze tient comme orateur un juste milieu entre ceux qui parlent et ceux qui ne disent rien. Son nom figure quelquefois dans les Commissions. Il a parlé, dans la dernière session, en faveur de la loi du sacrilège. A propos de profanations et de sacrilèges, il trouva l'art de placer adroitement dans son discours l'éloge de Monseigneur le Garde des Sceaux. Dans la séance du 19 mars

1825, M. de Lacaze fit un éloge de la loi sur la réduction des rentes. » Non réélu en novembre 1827, le Marquis de Lacaze rentra dans la vie privée et mourut le 25 mai 1830.

Nous ignorons à quelle date la collection Lacaze fut exposée dans les salles du ChAteau-Royal et à quelle date Lacour envoya au Maire l'avis qui lui était demandé sur cette proposition d'achat. Les Archives Municipales ne fournissent aucun docu-

ment et nous ne trouvons dans les papiers de Lacour, conservés à la Bibliothèque, qu'une lettre de M. de Lacaze au Conservateur et des fragments de la première rédaction du rapport que le Conservateur devait adresser au Maire.

La lettre, écrite au château de Lacaze, est datée du 3 avril 1822; antérieure au rapport attendu, elle atteste l'impatience et confirme les offres de vente les plus avantageuses à la Ville, faites parle possesseur de la collection de tableaux.

« Voilà plus de cinq mois que j'ai quitté Bordeaux ; vous aviez eu la bonté de me promettre que, six semaines au plus tard après mon départ vous auriez la bonté de faire un rapport sur mes tableaux, de manière à fixer le Conseil de la Mairie sur l'achat qu'il a résolu d'en faire. Vous avez, sans doute, rempli la mission dont vous étiez chargé; mais, comme je n'entends parler de rien, veuillez me permettre de m'adresser à vous pour savoir où en sont les choses.... Vous me rendriez un vrai service de presser un peu cette affaire. Je laisse à la Ville, dix, douze ans pour le payement et jamais elle ne trouvera une pareille occasion. Bordeaux n'est pas la ville des arts, mais vous y entretenez le feu sacré et vous sentez la nécessité que son Muséum réponde à sa réputation d'opulence. Il faut que les étrangers ne soient plus étonnés de la médiocrité des œuvres de votre Galerie... »

Postérieur apparemment au !i avril, date de la lettre du Marquis de Lacaze, le rapport de Lacour est évidemment antérieur au 28 juin 1822, jour où le Conseil Municipal prit une délibération défavorable à l'achat de la collection : cette délibération ne nous est connue que par l'allusion qui y est faite dans Y Introduction du Catalogue de 1855.

« L'importante collection du Marquis de Lacaze, déposée dans une des salles du Musée, fut soumise, par ordre de M. le Maire, à l'appréciation de M. Lacour, Conservateur des tableaux de la Ville. Le rapport de M. Lacour constata que cette collection, composée de deux cent soixante-dix-neuf tableaux, pouvait être divisée en trois classes : la première, renfermant des tableaux très beaux et hors ligne, lui paraissait comprendre quarante tableaux; la deuxième, cent trente bons tableaux, et la troisième cent neuf moins bons ou médiocres. M. Lacour

concluait néanmoins en demandant l'acquisition d'une collection qui augmenterait tout à coup et d'une manière si heureuse l'honneur et l'utilité de notre Musée. Le zèle que déployèrent en cette occasion le Préfet, Monsieur le Baron de Breteuil*1) et le Maire. M. le Vicomte du Hamel M ne put amener aucun résultat, à cause du mauvais état des finances de la Ville. M. le Marquis de Lacaze qui, primitivement, demandait 156,000 francs de sa collection, offrait alors de la céder pour 80,000 francs. Une commission, prise dans le sein du Conseil Municipal, avait fait un rapport favorable à cette proposition, et demandait que la collection fût payée en huit pactes annuels de 10,000 francs chacun <*. Mais le Conseil Municipal, par une délibération du 28 juin 1822, refusa de conclure le marché à ce prix. Cette grande affaire fut donc indéfiniment ajournée, et ce n'est qu'après neuf années que nous la verrons arriver à une conclusion (*). »

Ce qui reste de la première rédaction du rapport de Lacour consiste principalement en considérations générales fort justes. Le Conservateur insiste d'abord sur la difficulté qu'il éprouve à fixer la valeur marchande des tableaux de la collection.

« L'appréciation des tableaux exige des connaissances particulières, une habitude de comparer, de classer les productions de chaque maître, qui ne se trouve généralement que chez les spéculateurs dont la profes-

(*) Parent du Ministre qui succéda à Necker et dont l'administration provoqua la journée du 14 juillet 1789, le Baron de Breteuil, né à Paris le 29 mars 1781. avait occupé diverses Préfectures sous l'Empire et sous la Restauration, quand il fat nommé à Bordeaux, le 9 janvier 1822. Sa courte administration dans le Département de la Gironde — il fut nommé pair de France le 23 décembre 1823 — a laissé peu de traces. Après avoir passé fort obscurément les douze dernières années de sa vie au Sénat, où Napoléon III l'avait appelé, le 26 janvier 1852, le Baron d? Breteuil mourut très vieux, le 3 juin 1864.

(*) C'est par anachronisme que les rédacteurs du Catalogue de 1855 font intervenir, comme Maire dans les événements de Tannée 1822, le Vicomte André-Gui- Victor du Hamel, qui ne fut nommé Maire de Bordeaux que par une ordonnance royale du 26 novembre 1823.— Né à Paris le 17 janvier 1776, le Vicomte du Hamel était membre du Conseil Général de la Gironde depuis 1816, quand Louis XVIII l'appela a succéder au Vicomte de Gourgucs. Le Mémorial et l'Indicateur du 8 décembre 1823 donnent tous les détails de l'installation du nouveau Maire, qui eut lieu le 7 décembre 1823.

(') Comme la délibération du 28 juin 1822, le rapport de la Commission, rapport dont les rédacteurs du Catalogue de 1855 ne donnent pas la date, doit avoir disparu dans l'incendie des Archives, le 13 juin 1862.

(*) Catalogue de 1855, Introduction, p. 27.

sion est d'acheter des tableaux pour les revendre. Les artistes sont fort peu habiles en ce genre; entraînés par leur enthousiasme, ils apprécient au-dessus du cours du commerce certaines productions et souvent au-dessous beaucoup d'autres. Un peintre d'histoire, par exemple, estimera bien plus les chefs-d'œuvre de l'Ecole italienne que ceux de l'Ecole flamande, et, cependant, les amateurs éblouis par le babil des marchands de tableaux, payeront dix fois plus une composition de Téniers qu'un tableau du Poussin ou du Guide. »

Ces réserves faites sur sa compétence comme expert, Lacour démontre quelle excellente occasion d'accroître le Musée est offerte par l'achat de cette collection qui est proposée à la Ville. Et, reprenant un thème déjà traité bien des fois, il s'attache à prouver qu'une ville de commerce doit, plus que toute autre, tenir à honneur d'augmenter ses richesses d'art.

« Cet accroissement est fait pour intéresser, je ne dis pas seulement Fartiste et l'amateur, mais le commerçant lui-même. Je parle ici plus en philosophe qu'en artiste. L'utilité des arts frappe tous les hommes ; il en est peu qui ne sachent que les arts ont civilisé le monde, bâti nos villes et facilité le perfectionnement de tous les arts industriels et manufacturiers. La supériorité qu'ils donnent à beaucoup de produits de notre industrie active les échanges commerciaux. Les progrès des arts sont donc utiles au commerce et c'est, en effet, sur cette utilité reconnue que sont basés tous les considérans des lettres patentes par lesquelles les Rois de France, depuis Louis XIV, ont encouragé la formation des académies de peinture, de sculpture et d'architecture dans les provinces. Les avantages que le goût et l'industrie retirent des écoles gratuites de dessin dans ces mêmes provinces frappèrent tellement les nations voisines qu'elles se hâtèrent de nous imiter. Je pourrais insister sur ces faits : citoyen d'une ville de commerce, tout ce qui peut l'élever aux yeux des étrangers me touche encore plus que l'amour des arts et, d'ailleurs, les arts et le commerce sont-ils si étrangers les uns aux autres (sic)? Le même sang les anime : la prévention seule les divise. « Les artistes et » les négocians, a dit Laharpe, sont enfans de la paix ; bienfaisans comme » elle, c'est par elle qu'ils se perpétuent. » Il existe, de plus, entre eux une véritable consanguinité ; nés de la même mère, ils ont également pour père le dieu qui porte le caducée... »

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