ARRÊTE
Article 1er. — L'Ecole de Dessin entretenue aux frais de la Ville et la Galerie de Tableaux dont le Professeur de cette Ecole est le Conservateur, jusqu'ici placées dans les attributions du Secrétaire Général, passeront sous la Direction de Monsieur l'Adjoint délégué pour les Travaux Publics.
Article 2me. — Le présent arrêté sera transmis à notre Adjoint et expédition en sera adressée à Monsieur le Professeur Conservateur.
Fait en l'Hôtel de Ville, les jour, mois et an susdits.
Le Maire, (Si^né) Vicomte du Hamkl.
En 1827, on ne relève aucun événement notable pour l'histoire du Musée, exception faite, bien entendu, de la lettre de M. de la Bouillerie (5 octobre) et de la délibération du Conseil Municipal (28 novembre), lettre et délibération relatives l'une et l'autre à la collection Lacaze et dont il a été parlé dans la partie de ce Chapitre consacrée aux laborieuses négociations qui devaient, en 1830, aboutir à l'achat de la galerie du Marquis de Lacaze.
En 1828, le Gouvernement accorda à la Ville de Bordeaux le don d'un certain nombre d'objets d'art.
Le 7 juillet, l'Administration des Beaux-Arts écrivait au Préfet de la Gironde :
« J'ai l'honneur de vous informer que, conformément à la décision de S. Ex. le Ministre de l'Intérieur, je vous ai fait expédier une caisse renfermant un tableau de M. Drolling, représentant Saint-Seurin, accordé à la Cathédrale de Bordeaux... »
Le tableau de Drolling n'a jamais appartenu à la Cathédrale.
Le 11 août, le Préfet écrivait au Ministre :
«: J'ai reçu la lettre que V. Ex. m'a fait l'honneur de m'écrire le 7 juillet dernier, par laquelle vous me faisiez expédier un tableau représentant Saint-Seurin pour la Cathédrale de Bordeaux, par M. Drolling. Je prends la liberté de rappeler à V. Ex. que ce tableau avait d'abord été donné à Saint-Seurin. Notre Eglise est une des plus belles de Bordeaux ; elle est dépourvue de tableaux et le sujet traité sera placé d'une manière convenable. »
Les raisons du Préfet prévalurent et le tableau donné d'abord à Saint-Seurin fut rendu à sa destination première. C'est la « Réception de Saint-Seurin par Saint- Amand, » grande toile de 3 m. de haut sur 1 m. 60 de large, qui se trouve dans l'Eglise Saint-Seurin, et dont Ch. Marionneau fait la description suivante : « Saint- Amand s'avance sur le seuil de sa maison pour se jeter dans les bras de Saint-Seurin. Plusieurs personnages
sont les témoins attendris de cette scène, et, sur le premier plan du tableau, un jeune clerc tient la mitre et la crosse épiscopale de Saint- Amande). » Michel-Martin-Drolling(Paris7 mars 1786- 9 janvier 1851), prix de Rome en 1810, a exercé une grande influence sur la peinture de son temps et formé, dans son atelier, de nombreux élèves aujourd'hui disparus ; il est représenté au Musée de Bordeaux par une grande figure nue, La Prudence , que l'Etat a envoyée en dépôt à Bordeaux en 1876 *2).
C'est également en 1828, mais aucun document ne nous apprend la date précise de l'envoi, que le Musée reçut le Portrait du Duc de Bordeaux^, œuvre d'Alexandre-Jean Dubois-Drahonet(4), qui avait un certain renom sous la Restauration.
Mais nous connaissons la date de l'envoi d'une statue en marbre, œuvre de Lemot. Le 9 juin 1828, le Ministre écrivait au Préfet de la Gironde :
« J'ai l'honneur de vous annoncer que je viens d'accorder au Musée de Bordeaux une statue à9 Apollon Lycéen, exécutée en marbre par M. Lemot, de l'Institut. J'ai donné des ordres pour que cette figure fût encaissée avec soin et promptement pour sa destination. »
Les divers catalogues du Musée, depuis celui de 1855 jusqu'à celui de 1894 <5), admettent que l'œuvre de Lemot <6) n'arriva au Musée qu'en 1833 : cependant elle figure au Catalogue de 1832^ et deux lettres officielles, datées l'une et l'autre du mois de juillet 1828, semblent démontrer qu'à ce moment Y Apollon était
(l, Ch. Marionnkau : Description des œuvres d'art, etc., p. 168.
(*j Catalogue de 1894, n° 516. Drolling : La Prudence.
(*) Catalogue de 1894, n° 535. Dubois-Drahonet : Portrait du Duc de Bordeaux*.
I4) On trouvera la liste de très nombreux portraits de ce médiocre artiste dans le Dictionnaire des Artistes de VÊcole Française, commencé par Emile Bellier de la Chavignerie et terminé par Louis Auvray, tome 1, p. 456. Paris, Renouard, 1882.
(5) Catalogue de 1894, n° 934. Lemot : Apollon. « Donné par l'État en 1833.»
(6) François-Frédéric Lemot (Lyon 1773 Paris - 1827), Grand-Prix de Rome en 1890, membre de l'Institut en 1805, professeur à l'École des Beaux-Arts en 1810, est un des statuaires les plus célèbres de l'Ecole Française du commencement de notre siècle.
^7) Notice des tableaiuc et figures exposées au Musée, Bordeaux, Duvilla, 1882. p. 3. Salle d'Antiquités, n° 1. Apollon, statue en marbre blanc.
bien arrivé au Musée. Le 5 juillet 1828, l'Administration des Beaux- Arts écrivait au Préfet de la Gironde :
« J'ai l'honneur de vous informer que, conformément à la décision de S. Ex. le Ministre de l'Intérieur, je vous ai adressé deux caisses renfermant, l'une la statue d'Apollon Lycéen de M. Lemot terminée par M. Cortot W. L'autre, un buste héroïque en marbre représentant S. A. R. Mtr le Dauphin , par Gayrard <2>. . . »
11 était déjà question de ce buste dans une lettre adressée par TAdministratiou des Beaux-Arts au Préfet, le 21 juin :
« J'ai l'honneur de vous informer que je vous ai fait expédier par ordre de S. Ex. le Ministre de l'Intérieur une caisse contenant le buste héroïque de S. A. R. M*r le Dauphin exécuté par M. Gayrard et accordé à la Ville de Bordeaux. »
Le buste et la statue arrivèrent à Bordeaux dans le courant du mois de juillet 1828. Le 24 juillet, le Maire écrivait au Préfet :
€ Dès la réception de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 21 courant, j'ai fait retirer les deux caisses contenant le buste du Dauphin et V Apollon Lycéen de l'Hôtel de la Préfecure.... »
Nous ne savons rien du buste du Duc de Bordeaux. Il est permis de supposer qu'il n'entra jamais au Musée. En effet, nous avons une lettre du Maire, en date du 25 novembre 1828, où le Vicomte du Hamel annonce à Lacour qu'il fera directement acquitter le montant d'une lettre de voiture relative à la statue de S. A. R. M*T le Duc de Bordeaux, « ayant décidé que
(*) Jean-Pierre Cortot (Paris 20 août 1787 - 12 août 1843), Grand-Prix de Rome en 1>09, fut nommé membre de l'Institut (24 décembre 1825) en remplacement du sculpteur bordelais Dupaty, dont il a fait le buste qui se trouve au Musée (n« 915 du Catalogue de 1894). Cortot est l'auteur du marbre fameux Le Soldat de Marathon iSalon de 1834) placé au Jardin des Tuileries.
(*) Raymond Gayrard (Rhodez, 25 octobre 1777 - Paris 4 mai 1858), auteur de nombreux bustes officiels.
cette statue resterait placée où elle est déjà, dans une des salles de l'Hôtel de Ville, pour en être l'ornement w. >
Il est probable que le buste du Dauphin était comme la statue du Duc de Bordeaux, destiné à l'Hôtel de Ville, dont ces deux œuvres de sculpture cessèrent, sans doute, l'une et l'autre de faire « l'ornement », à la suite des journées de juillet 1830.
Il est bon de signaler une décision prise par la Municipalité à la fin de la Restauration : cette décision a eu beaucoup plu» d'influence sur les progrès du goût de la sculpture à Bordeaux que ne pouvaient en avoir les envois de bustes et de statues faits par le Gouvernement.
L'Administration désirait avoir un statuaire attaché à la Ville. Avant de voter le crédit nécessaire, « le Conseil Municipal voulait connaître le nom de cet artiste, son maître, les travaux qu'il avait faits, les prix qu'il avait obtenus. »
L'artiste en question se nommait Dominique Maggesi ; il était né à Carrare, le 29 avril 1807; ses maîtres étaient Bartolini et Raggi; ce jeune homme de vingt-deux ans n'avait pas encore fait de travaux importants. Mais on ne pouvait appeler à Bordeaux un maître de l'art pour un traitement de 1500 francs, attaché à la place de statuaire municipal, et pour des appointements de 500 francs accordés au statuaire chargé de faire un
cours de sculptux^e aux élèves de l'Ecole de dessin.
C'est ce que le Maire essaya de faire comprendre au Conseil Municipal par l'entremise de M. Émérigon, Conseiller Municipal, avocat subtil et persuasif, qui avait une grande influence sur ses collègues. Voici un fragment de la lettre adressée par le Vicomte du Hamel à M. Émérigon, le 9 juin 1829 :
« Nous avons du adresser ces questions à M. le Baron d'Haussez qui s'était occupé de ce choix ; voici la réponse que lui a faite le sieur Raggi dont le sieur Maggesi est l'élève... $).
(') On se rappelle qu'en 1828 la galerie et l'Ecole faisaient partie de la division des Travaux publics. Le Maire n'avait à payer directement que les frais concernant les objets d'art qui n'étaient destinés ni a la Galerie de tableaux ni à l'École do dessin. t
(') Nous n'avons pas le texte de la lettre de Raggi que le Maire communiquait a M. Émérigon.
» Sans doute le Conseil Municipal, comme nous, aurait désiré un artiste d'une réputation mieux établie ; mais il voudra bien considérer que, pour les médiocres avantages que nous offrons, un artiste d'un nom connu ne voudra pas se fixer dans notre Département; que l'on ignore encore si le goût de la sculpture prendra à Bordeaux et que ce ne sera que lorsqu'on verra que le sieur Maggesi a pu vivre honorablement parmi nous, que la place de notre statuaire sera recherchée.
» Je laisse à votre bon esprit à faire valoir ces motifs auprès du Conseil, et je vous prie de hâter la déeision de cette affaire, elle devient importante : dans le moment actuel, nous commençons la construction de l'Eglise St-Seurin; il y a de nombreuses sculptures, et l'artiste en commençant à présent n'aurait que le temps de le finir pour l'époque où le dépôt sera déterminé. »
L'intervention de l'avocat Emérigon amena le Conseil Municipal à confirmer la décision prise par l'Administration. Le 20 juillet 1829, le Maire pouvait écrire au Préfet :
€ D'après les renseignemens que vous avez eu la bonté de me transmettre de Paris sur le compte du sieur Maggesi, j'ai proposé cet artiste pour la place de statuaire de la Ville, et il a été agréé et admis en cette qualité par le Conseil Municipal, qui a voté les fonds nécessaires pour subvenir au traitement qui lui est alloué.
» En conséquence, j'ai pris un arrêté pour régulariser la nomination de ce nouvel employé de la Ville, et pour indiquer les obligations qui lui sont imposées. J'ai l'honneur de vous adresser une expédition de cet acte pour que vous ayez la bonté d'ajouter à toutes les complaisances que vous avez eues en cette affaire, celle de faire parvenir cette même expédition au sieur Maggesi à Paris.
» Je ne doute pas, Monsieur le Préfet, que la présence à Bordeaux d'un artiste élève de deux grands maîtres et déjà distingué lui-même par quelques travaux importans ne soit d'un avantage inappréciable pour le progrès des Arts. Les habitans de cette ville aimeront à reconnaître dans ce nouveau bienfait, la constante sollicitude du premier magistrat de ce Département, dont les soins empressés ont applani les difficultés qui d'abord pouvaient contrarier l'exécution d'un projet aussi utile.
* P. S. — Si le sieur Maggesi voulait se rendre de suite à Bordeaux nous pourrions commencer à l'occuper pour la façade de l'Eglise St-Seurin, et ainsi lui faire gagner la portion de ces 1500 francs qui se rapporte-
raient à cette année ; quant aux 500 francs de sa place de professeur, ils ne peuvent commencer à courir qu'en 1830. »
C'est Pierre-Alexandre Poitevin (Bordeaux 24 février 1782 »- 7 avril 1859), peintre (1) et architecte renommé, qui était chargé de construire la façade de Saint-Seurin. Il s'occupa de faire obtenir un atelier à son collaborateur Maggesi, chargé des sculptures de la façade de l'Eglise. Le Maire écrivait à M. Poitevin, le 18 septembre 1829 :
« J'ai communiqué à M. Lacour, conservateur du Musée des tableaux, la proposition que renferme votre lettre du 14 de ce mois au sujet de l'atelier de M. Maggesi, sculpteur de la Ville, qui pourrait être établi dans une partie de la salle des Antiques, en attendant que Ton puisse disposer d'un local convenable dans les bâtimens de l'ancien hôpital.
»M. Lacour ne voyant pas d'inconvénient à ce que cette disposition soit exécutée, je vous prie d'ordonner toute chose nécessaire pour que l'atelier de M. Maggesi soit établi conformément à ce que vous avez proposé. »
Depuis septembre 1829, l'atelier de Maggesi a souvent changé de place ; mais l'artiste y a travaillé plus d'un demi-siècle, de 1829 à 1886. Et de cet atelier sont sorties, sans parler des œuvres qui figurent à la Cathédrale et au Palais de Justice, les statues en marbre de Montaigne et de Montesquieu, qui sont aux Quinconces, et les six statues ou bustes de marbre que Ton voit au Musée &h
En 1828 commencèrent des négociations, moins longues que celles dont l'acquisition de la collection Lacaze avait été l'objet, mais qui durèrent cependant deux années : il ne s'agissait, d'ailleurs, que d'un seul tableau, La Leçon de labourage®, toile de François- André Vincent (Paris, 5 décembre 1746-3 août 1816), Grand-Prix de Rome en 1768, l'ancien maître du Conservateur du Musée, Lacour^.
Au commencement de la Révolution, ce tableau avait été
(*) Catalogue de 1894, n°* 734-737, tableau sur toile et aquarelles donnés en 1S59 par la veuve de l'artiste.
(*) Catalogue de 1894, n°» 942-947. Bustes et statues en marbre, œuvres de Maggesi, entrés au Musée de 1833 à 1858.
(*) Catalogue de 1894, na 815. Vincent : La Leçon de labourage.
(*) Voir Chapitre II, p. 75.
commandé à Vincent par un riche manufacturier, Bernard Boyer-Fonfrède, frère du Girondin Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède, qui fut guillotiné le 31 octobre 1793, et oncle du journaliste Jean - Etienne - Henri Fonfrède (Bordeaux, 21 février 1788- 21 juillet 1841), qui fonda, en 1820, la libérale Tribune de la Gironde, et qui, ensuite, dans l'Indicateur, combattit le Gouvernement de Charles X et défendit la monarchie de juillet. Bernard Boyer-Fonfrède avait établi à Toulouse une fabrique de toile de coton dans le genre anglais, qui lui donna d'abord de grands bénéfices et l'amena ensuite à la ruine. C'est au temps de sa prospérité que le manufacturier avait commandé à un peintre en renom un vaste tableau où il se fit représenter avec sa femme et son fils. Le Catalogue de 1855^ donne une description très exacte de La Leçon de labourage :
« Ce tableau n'a pas besoin d'être daté pour qu'on reconnaisse l'époque à laquelle il a été fait; il y a des scènes qui caractérisent mieux une époque que les costumes des personnages. La Révolution commence : aux bergers en paniers et aux souliers de satin ont succédé des agriculteurs en bas de soie et en gants jaunes. Un riche propriétaire, accompagné de sa famille, fait donner une leçon de labourage à son fils aîné pour compléter son éducation et lui faire honorer l'agriculture. »
Paul Mantz note dans « La Leçon de labourage, de Vincent, un curieux exemplaire de cette peinture vertueuse, sensible et agricole, qui eut son jour de succès vers la fin du xvme siècle, et à laquelle les drames de Mercier peuvent, en littérature, servir de pendant^. »
Arsène Houssaye(3) analyse avec complaisance tous les détails de ce tableau :
€ C'est au commencement de la Révolution. Un père de famille, un riche propriétaire en culottes courtes et en bas de soie, donne à son fils
(*) Catalogue de 1855, p. 247.
(*j Paul Mantz : Le Musée de Bordeaux, dans Y Artiste, 1846, tome VIII, p. 49 et suiv. Par une curieuse coïncidence, Paul Mantz, devait bien des années plus tard, devenir possesseur de la charmante esquisse originale de ce tableau. Nous la trouvons, en effet, mentionnée et détaillée dans le catalogue de la collection del'éminent écrivain, collection vendue à l'Hôtel Drouot. les 10 et 11 Mai 1895. — Cette petite esquisse présentait les dimensions suivantes : L. 0. 38, H. 0. 31.
(*) Arsène Houssaye : Les Musées de Province, Le Musée de Bordeaux, VI, dans le Moniteur du 24 mars 1858.
une leçon pratique d'agriculture et lui apprend à pousser la charrue. L'adolescent a déposé son habit sur le gazon ; sa chemise légère flotte au vent et laisse voir ses bras nus : il semble prendre un plaisir mêlé d'orgueil à l'utile récréation que lui offre son père. On sait que les personnages de ce tableau sont des portraits, ceux de la famille Boyer- Fonfrède. Figures, paysage, accessoires, les vêtements, les terrains, le ciel, tout cela est peint avec ces tons clairs de Vien qui reposent l'âme et le regard. La jeune femme qui, debout de l'autre côté de la charrue, regarde complaisamment et avec un sourire la scène qui se passe sous ses yeux, est peinte d'une manière charmante et avec une fraîcheur exquise. Tout son ajustement, le chapeau de paille, l'écharpe légère, la robe blanche à petits plis presque drapée à l'antique, raconte naïvement et sans insister l'esprit d'une époque. Les peintres naïfs seront toujours, involontairement même, les meilleurs historiens de leur temps. Il n'est pas besoin de regarder deux fois ce tableau pour revoir en imagination les jours, où, devant le culte de la raison et delà philosophie, s'évanouissait le monde romanesque créé par l'art des Watteau, des Lancret, des Boucher et des Vanloo. »
Sans tenir compte de l'intérêt documentaire d'une toile qui porte si naïvement, comme Arsène Houssaye le faisait remarquer avec esprit, la marque d'une époque et d'une école, Clément de Ris critique rigoureusement ce qui lui paraît ridicule dans la composition de l'œuvre de Vincent :
« Le sujet du tableau la Leçon de labourage, de Vincent, le rival de David, est parfaitement ridicule; mais ce n'est pas un mauvais tableau, tant s'en faut. Ce jeune homme en veste de pékin, en pantalon gris de lin, dessinant les rotules, saisissant le manche de la charrue par un geste à faire tressaillir d'aise tous les académiciens passés et futurs, cet honnête cultivateur, taillé sur le patron de Minos ou d'Aristomène, ces respectables parents suivant d'un œil attendri le geste prétentieux de leur fils, nous font sourire, nous qui savons tout ce que ces éducations systématiques, cette sensibilité affectée pour la nature et les travaux des champs, ont développé de passions farouches et d'instincts pervers. Bergers de 1783 ou laboureurs de 1792 étaient aussi faux, aussi fades et aussi antinaturels les uns que les autres. Mais l'artiste qui a signé cette ridicule églogue savait évidemment son métier et était habile à composer un tableau. La couleur est encore légère et transparente et les
figures des parents en extase, au second plan, sont d'une solidité de ton et d'une franchise de touche que Ton admirerait partout W. »
Bernard Boyer-Fonfrède avait payé 6,000 francs La Leçon de labourage au peintre Vincent. Au commencement de 1828, ce tableau se trouvait en vente à Bordeaux.
Le 12 février 1828, un ami de Lacour, Roques, membre de l'Académie de Toulouse, lui écrivait de cette dernière ville pour lui demander des renseignements précis sur l'état de conservation de la Leçon de labourage. « Dis-moi aussi si on veut l'acheter à Bordeaux, quel est le prix qu'on en demande, ou bien celui avec lequel on pourrait l'obtenir. J'ai besoin de tous ces renseignemens pour les transmettre à une personne qui voudrait l'acheter, mais qui voudrait être bien fixée avant de donner des ordres à cet égard. »
Nous n'avons pas la réponse de Lacour à l'académicien de Toulouse; il est probable que cette réponse donnait des renseignements favorables sur l'état de conservation et sur les chances de vente du tableau, car le propriétaire fit prier le Conservateur de l'exposer dans son Musée : il n'était pas sans exemple que Ton exposât dans la Galerie des œuvres qu'on désirait vendre. Ainsi, en 1821, on avait exposé au Musée une partie delacpllection Lacaze; le 22 juin 1822, une note du Maire « autorise Monsieur le Conservateur de la Galerie de tableaux à laisser exposer dans une des salles du Musée le Plan en relief du Château de Pau». Ce plan avait été exécuté < par un jeune artiste recommandable et malheureux > dont la note ne nous révèle pas le nom. Le
17 mars 1830, le Maire prie Lacour de faire ouvrir du jeudi
18 mars au dimanche 21 inclusivement la salle du Musée où « M. Bergeret a exposé un tableau de sa composition représentant Ariane abandonnée ».
Boyer-Fonfrède faisait recommander sa requête par le Dr Gouteyron, qui lui était allié, étant fils de Marie-Anne Fonfrède. La lettre du Dr Gouteyron est datée du 3 mai 1828 ;
(*) Clément de Ris : Les Musées de Province, tome II, p. 358.
je la cite, car elle est une des dernières qui aient été, sinon écrites, du moins signées par le vieux médecin, né le 16 octobre 1743, qui devait mourir le 30 août de cette même année 1828.
« Mon ami, M. Boyer-Fonfrède, connaissant l'intimité qui existait entre Monsieur votre père et moi, m'a prié de vous faire parvenir la lettre incluse*1). Je regrette que mon âge et mes infirmités, qui me retiennent dans mon appartement, me privent du plaisir de vous la remettre moi-même et de vous renouveler de vive voix l'assurance de mon sincère attachement.
» M. Boyer-Fonfrède est propriétaire d'un tableau de Vincent, d'un grand prix que sa fortune ne lui permet plus de garder. Il désirerait le vendre, mais avant il voudrait le faire connaître. A cet effet, il réclame de votre complaisance la faculté de le faire exposer, soit au Musée Royal, soit dans tout autre établissement public.
» Si par votre position, comme Conservateur de notre Musée, il dépendait de vous de faciliter la vente de ce tableau, j'ose réclamer vos bons offices en faveur de M. Boyer-Fonfrède dont je suis l'ami, après l'avoir été de toute sa famille, depuis plus de soixante ans. »
Le 14 mai 1828, Lacour transmet « à Monsieur Lucadou, adjoint de Monsieur le Maire de Bordeaux pour les travaux publics et les beaux-arts » la lettre de Boyer-Fonfrède qu'il appuie d'un avis favorable : « La demande de M. Boyer-Fonfrède ne me parait offrir aucun inconvénient; elle a même l'avantage de présenter un nouveau sujet d'étude à l'émulation des artistes et des élèves de cette ville. En conséquence, je prendrai la liberté de l'appuyer et de vous demander l'autorisation nécessaire pour que je lui écrive, afin qu'il m'envoie les ordres dont j'ai besoin pour faire prendre ce tableau et le faire porter au Musée. » L'autorisation demandée est accordée par une lettre signée de Lucadou et datée du 17 mai :
(*) La lettre de Boyer-Fonfrède ne se trouve pas dans les papiers de Lacour; elle doit avoir disparu dans l'incendie des Archives, en 1862. Lacour écrit, en effet» en marge de la lettre de Gouteyron : « La lettre de M. Boyer F. a été envoyée à la Mairie le 14 mai 1828. M. B. demeure à Tarbes; sa lettre est datée du 29 avril. 11 me prie de faire placer ce tableau au Musée et d'en faciliter la vente. Le tableau a été restauré par M. Durand. »
< Vous m'avez adressé avec votre lettre du 14 du courant ceDe que vous a écrite M. Boyer-Fonfrède, de Tarbes, pour demander qu'il lui fût permis d'exposer dans une des salles du Musée un tableau de Vincent dont il est propriétaire, je reconnais avec vous qu'il ne peut résulter aucun inconvénient de cette exposition et qu'elle doit, au contraire, être d'un avantage inappréciable pour nos jeunes artistes à qui vous procurerez par ce moyen l'occasion de connaître et d'admirer l'ouvrage d'un grand maître. Vous pouvez, en conséquence, réclamer l'agrément de M. Fonfrède pour faire prendre ce tableau dans le lieu où il est déposé. »
Lacour écrit dans ce sens, dès le 24 mai, à Boyer-Fonfrède une lettre qui ne nous est connue que par l'intéressante réponse que le propriétaire du tableau adressait de Tarbes au Conservateur, le 19 juin 1828 :
<c J'ai reçu en son tems la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 24 du passé et je vous remercie de votre appui pour faire placer mon tableau au Musée.
» Mon désir est de le vendre. Je ne suis plus aussi fortuné qu'au tems où l'ami Vincent et Meynier W travaillaient pour moi; cet ouvrage me coûta 6,000 francs et j'en demande quatre pour obtenir à peu près ce prix, il les vaut bien.
» Sans doute, il serait à désirer que la Ville de Bordeaux pût l'acquérir, et quant à la question financière, je serais fort traitable pour le prix, comme vous le voyez; et sur le mode et l'époque du payement, îe le serais également. Je charge mon neveu, M. Henry Fonfrède, de s'en entendre sur ce point avec vous, Monsieur, ou toute autre personne qui voudroit en traiter.
(*) Charles Mey nier (Paris, 24 mars 1768-7 septembre 1832), élève de Vincent, Grand- Prix de Rome en 1789, membre de l'Institut, a exposé à presque tous les Salons de 1795 à 1827. Il est représenté au Louvre et dans certains Musées de province, celui de Rennes en particulier (n° 288 du catalogue de 1884). Boyer-Fonfrède avait commandé à Meynier, pour sa galerie de Toulouse, neuf tableaux représentant la suite des Neuf Muses, Le meilleur de ces tableaux, Êrato inspirée par V Amour y eut un grand succès au Salon de Tan VIII. Le Marquis de Lacaze crut acheter ce tableau et en paya 1,500 francs une simple copie qui a passé au Musée de Bordeaux avec la plus grande partie de sa collection. On trouve, en effet, derrière là toile (n° 684 du Catalogue de 1894), cette inscription qu'on a essayé d'effacer : Copié par Mademoiselle... (Voir, plus haut, p. 412.) — J'ignore à quelle collection appartiennent aujourd'hui les Neuf Muses composées par Meynier pour la galerie de Boyer-Fonfrède.
500 HISTOIRE Dl* MUSÉE DE BORDEAUX
» L'on m'avait dit dans le tems que M. SchicklerW pourrait en faire l'acquisition.
» Le souvenir qne vous gardez du bon Vincent m'est un sûr garant que vous accorderez à son ouvrage une place favorable au Musée et je vous le demande.
» Si pour la translation du tableau il faut faire quelques frais à ma charge, MM. Th. Ducos P) et Gouteyron vous les rembourseront. Voici un ordre pour mon fils, afin qu'il vous délivre le tableau... »
Les missions de confiance dont Boyer-Fonfrède chargeait ses neveux Henry Fonfrède et Théodore Ducos et son vieil ami Gouteyron, alors qu'il ne remettait à Lacour qu'un « ordre > pour son fils, semblent prouver une certaine défiance à l'endroit de ce fils; cette défiance n'était que trop justifiée.
En effet, le 26 juin 1828, Lacour recevait du fils Boyer- Fonfrède une lettre étrange dont je détache quelques passages:
« ... Je vous préviens que je vous livre le tableau en place et ne veux répondre en rien des accidens qui pourroient lui arriver, pendant que vous le transporterez... Comme il paraît que vous avez donné à son égard des renseignemens qui ont fait penser à mon père qu'il n'étoit nullement dégradé, je vous prie en venant le prendre de vouloir bien vous préparer à me fournir une décharge détaillée de l'état dans lequel je vous remets ce tableau, afin que, si, plus tard, mon père venoit à s'appercevoir de dégradations, il ne pût me soubsonner (sic) de les avoir faites à plaisir... »
Le même jour, Lacour répondit aux deux grandes pages d'aménités insanes dont le gratifiait le fils Boyer-Fonfrède par une lettre très sèche dont voici la fin :
« Comme ce n'est pas moi que j'ai prétendu obliger, mais bien Monsieur votre père, comme en croyant l'obliger, je ne savais pas que j'aurais le chagrin de vous déplaire, je lui répondrai que je ne puis recevoir ce tableau et je verrai quelles raisons je pourrai lui donner pour motiver mon refus. >
(*) M. Schickler était nu riche négociant bordelais.
(*) Neven des deux Girondins Jean-François Ducos et Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède, Théodore Ducos, né à Bordeaux le 22 août 1801, est le député de la Gironde, bien connu, qui mourut Ministre de la Marine, le 17 avril 1855.
Le 14 juillet 1828, Boyer-Fonfrède père prie Lacour de revenir sur sa décision : « J'espère que vous ne me refuserez pas de m'obliger en faisant placer mon tableau au Musée et en m'aidant à le vendre, quand l'occasion s'en présentera. La demande que vous a faite mon fils étoit tout au moins indécente et elle ne pouvoit qu'avoir mon improbation. Je vous prie de l'oublier. »
Il est plus que probable que Lacour se laissa fléchir et qu'il exposa au Musée le tableau dont il devait proposer l'achat pour la Ville dans une lettre adressée au Maire, le 11 mai 1830 W :
« Je suis chargé par M. Boyer-Fonfrède, de Tarbes, propriétaire du beau tableau du Laboureur, par Vincent, d'en proposer l'achat à la Ville. Je me suis chargé volontiers de cette commission parce qu'elle offre une occasion d'enrichir le Musée d'un très bel ouvrage et que le prix qu'on en demande est infiniment au-dessous de la valeur réelle du tableau. Il a coûté, dans le principe, 6,000 francs et M. Vincent le faisait alors pour un ami; le propriétaire n'en demande aujourd'hui que 2,000 francs et encore il laissera à la Ville les facilités qn'elle pourra désirer pour le payement.
» L'originalité de cet ouvrage est incontestable; son mérite frappe tous les yeux; aux miens il est supérieur à tout ce que le Musée possède. J'ai vu peindre ce tableau, j'étais élève chez M. Vincent lorsqu'il le peignit, et, malgré le sentiment que m'inspire la mémoire de ce grand et excellent maître, je ne crois pas être aveuglé par la reconnaissance.
» M. Roques, professeur à, l'école de dessin de Toulouse, m'écrivit, il y a un an(2) au sujet de ce tableau qu'on voulait, sans doute, achetter(sic) pour le Musée de cette ville où le mérite de M. Vincent est connu par un grand tableau de Guillaume-Tell &h Mais cette affaire en resta là, par suite des regrets que le fils de M. Boyer-Fonfrède paraissait avoir de
(*) Entre la lettre de Boyer-Fonfrède au Conservateur (14 juillet 1828) et celle du Conservateur au Maire (11 mai 1830), les papiers de Lacour ne contiennent aucun document qui se rapporte au tableau de Vincent.
(s) On a vu plus haut, que la lettre de Roques est du 12 février 1828. Elle est donc antérieure de plus de deux ans au 11 mai 1830.
(8) Clément de Ris (Les Musées de Province, tome II, p. 301) est aussi sévère pour le Guillaume Tell du Musée de Toulouse que pour La Leçon de labourage an Musée de Bordeaux : « Le Guillaume Tell, de Vincent, porte avec lui le cachet de l'époque à laquelle il fut composé. Exposé en 1795, le sujet alors était tout et l'exécution fort peu de chose. En 171)5, il put produire beaucoup d'effet; maintenant il est ridicule. »
cette vente. M. Boyer-Fonfrède père ne s'en défait lui-même qu'à regret et parce qu'il n'a pas, m'a-t-il dit, une place suffisamment large pour le recevoir chez lui. On conçoit qu'il lui est plus agréable de le savoir dans le Musée d'une grande ville que dans la galerie d'un particulier.
» Vous avez admiré, Monsieur le Maire, cet ouvrage; et pour ceux qui ne pourraient en juger faute de connaissance, il me semble qu'ils le peuvent du moins par inférence : l'homme dont l'école fut constamment la rivale de celle de David et qui a formé des artistes célèbres ne pouvait qu'être un grand artiste lui-même. Qu'ils parcourent le Musée de la Ville; ils verront qu'à l'exception du tableau de Gros, les ouvrages les plus beaux ou les plus marquants sont dus aux élèves de Vincent. Je cite. Ce sont le tableau d'ANSiAux représentant Louis XIII qui remet au Poussin le litre de premier peintre; une Muse, d'après Meynikr dans la collection du Marquis de Lacaze (je le cite, quoique copié, parce que Meynibr est encore supérieur en mérite à Ansiaux) ; le beau tableau de La mort de Clorinde, par Mauzaisse ; le Tobie, par Léon Pallière et son Berger. Je crois même que Heim fut l'élève de Vincent*1). Parmi les autres élèves, quoique la Ville n'ait point de leurs ouvrages, je citerai encore Thévenin, parce qu'il a été directeur de l'Académie de France à Rome.
» Enfin, le célèbre Vien, appelé le restaurateur de la peinture en France, et qui fut le maître de David et de Vincent, avait recommandé son fils à ce dernier. M. Bcrgeret, qui quitta M. Vincent pour M. David, doit peut-être à son premier maître la plus grande partie de son talent; il lui doit, du moins, l'idée du genre qu'il a principalement adopté. Je pourrais en dire autant de M. Roques, de Toulouse.
» Je crois donc, Monsieur le Maire, devoir recommander à votre attention l'offre faite par M. Boyer-Fonfrède. Il serait bien regrettable qu'elle fût rejetée, faute d'une allocation déterminée ; et je crois qu'il serait facile d'appliquer à cet achat une partie des trois mille francs portés au budget pour l'encouragement des arts ...»
L'achat du tableau de Vincent fut voté à la suite d'une dôlibération du Conseil Municipal, en date du 21 mai 1830. Mais, comme il ne reste rien du texte de cette délibération, nous ignorons si les deux mille francs qui payèrent La Leçon de labourage étaient pris sur les « trois mille francs portos au
(M François-Joseph Heim fut, en effet, l'élève de Vincent, à partir de 1803.
budget pour l'encouragement des arts, > en vertu d'une décision du Conseil Municipal dont nous aurons bientôt l'occasion de parler.
L'acquisition du tableau de Vincent est la dernière qui ait été faite par la Ville de Bordeaux sous le règne de Charles X. Au commencement de 1829, on avait exposé chez Maggi deux tableaux qu'on désirait vendre à la Ville. L'adjoint Lucadou avait prié Lacour de les examiner. Le 16 février 1829, Lucadou écrivait à Lacour :
« J'ai eu l'honneur de vous entretenir de deux tableaux déposés chez Maggi et que j'aurais désiré être autorisé par le Conseil Municipal à acquérir pour la Ville. Comme je vous l'ai dit, on les céderait pour 3,000 francs. Mais le propriétaire ne veut pas que cela soit connu, dans la crainte que ses tableaux ne perdissent de leur prix si la Ville n'en voulait pas. Veuillez donc vous joindre à M. Poitevin et me faire un rapport sur ces tableaux et la valeur que vous leur accordez. . . »
Le rapport fut envoyé à la Mairie dès le lendemain, 17 février. Les deux rapporteurs n'osent pas se prononcer sur l'authenticité des deux tableaux : « D'après l'invitation que vous nous en avez faite verbalement et par votre lettre du 16 du courant, nous avons revu les deux tableaux exposés chez Maggi, et dont l'un est attribué à Martin de Vos et l'autre, à Sébastien del Piombo. Eloignés depuis longtemps de la capitale, ayant perdu de vue la manière de ces deux maîtres dont les ouvrages sont très rares, il nous serait difficile d'affirmer si ces deux tableaux sont des maîtres dont ils portent le nom. » Quels que soient les auteurs, les œuvres méritent d'être achetées : « Nous pensons que la Ville, lors même qu'elle consacrerait à l'acquisition de ces deux tableaux une somme de quatre ou de cinq mille franes, ne ferait pas une mauvaise affaire, et encore moins, si, comme vous l'espérez, elle pouvait avoir ces deux tableaux pour trois mille francs. »
La Ville ne dépensa pas trois mille» francs à l'achat de ces deux tableaux; elle devait consacrer la môme somme à acquérir tout un lot de toiles contemporaines sans valeur. Cette dernière
acquisition est, il est vrai, postérieure de quelques mois à la fin du règne de Charles X ; il semble cependant utile d'en parler dans ce Chapitre qui s'arrête à la fin de la Restauration, car cette acquisition malencontreuse était une conséquence inattendue d'une utile mesure prise, en 1828, par le Conseil Municipal, qui, comme Lacour le rappelait au Maire dans sa lettre du 11 mai 1830, avait décidé de porter au budget trois mille francs pour l'encouragement des arts.
On a vu*1* l'histoire des origines de la Société des Amis des Arts de Bordeaux, jusqu'à son Exposition de novembre 1821 . Ces Expositions se continuèrent : les journaux n'en font aucune mention. En 1825, elles devaient, grâce à Fieffé, prendre une importance nouvelle ; voici la lettre qu'il adressait, le 9 novembre au Président de la Société Philomathique^ :
€ Deux Sociétés des Amis des Arts existent à Bordeaux sous cette même dénomination ; Tune s'occupe de peinture, l'autre de musique.
> Cette première dont je suis fondateur avec M. le Comte de Tournon existe en cette ville depuis 1819. S. M. le Roi, ainsi que L. A. R. les Princes n'ont pas cessé d'être souscripteurs depuis sa fondation.
» Chaque année, avec les fonds de la souscription, on achète des tableaux d'artistes vivans et à la fin de Tannée, ils sont lotés entre les souscripteurs.
» C'est, Monsieur, pour vous demander l'autorisation d'exposer les tableaux de cette Société, dans une des salles du Vaux-Hall, que je m'adresse à vous, pensant que les sociétés cultivant les arts et les sciences, comme celle dont vous êtes président, doivent se prêter un mutuel secours et resserrer les liens qui les unissent, surtout lorsqu'aucun inconvénient n'en peut résulter pour elles. En effet, cette exposition ornant une des salles de notre Société, ne présentera que de l'agrément à vos Sociétaires, un petit nombre de nos souscripteurs auront seulement la faculté d'aller voir ces tableaux, et vers la fin de l'hiver une seule séance d'une heure pendant le jour, présidée par M. le Baron d'Haussez, sera employée à la loterie des tableaux de la Société des Amis des Arts.
» Veuillez, Monsieur, me faire connaître le plutôt (sic) possible, si
{*) Chapitre III, p. 335-343.
(l) Il a déjà été fait allusion à celte lettre, p. 335, note 2.
cette proposition vous est agréable et dans cette espérance recevoir mes remerciemenst1). »
Les deux Sociétés des Amis des Arts dont parle Fieffé étaient la sienne, la « Société des Amis des Arts pour la protection de la peinture > et la « Société musicale des Amis des Arts >, présidée par M. Albrecht. Cette dernière Société possédait, en commun avec la Société Philomathique, une partie du local du Waux-Hall, vaste bâtiment qui s'élevait sur le côté sud des Fossés [Cours] de l'Intendance, entre la rue de la Vieille-Tour (anciennement rue du Canon) et l'emplacement où devait s'ouvrir la rue Vital-Caries. La Société Philomathique ne pouvait disposer du local commun sans l'assentiment d'Albrecht. Le post-scriptum de la lettre de Fieffé prouve qu'il avait obtenu cet assentiment :
<c Je puis vous donner l'assurance que M. Albrecht, président de la Société musicale des Amis des Arts, m'a donné plusieurs fois verbalement du plaisir (sic) qu'il aurait en ce qui le regarde de voir nos tableaux exposés au Vaux-Hall. »
Dans ces conditions, la Société Philomathique ne pouvait qu'accorder son autorisation. Elle le fit de la manière la plus gracieuse :
« La Société Philomathique me charge de vous écrire qu'elle a accueilli avec la plus vive satisfaction la demande que vous lui avez faite. Les Sociétés qui cultivent les sciences et les arts doivent, comme vous le dîtes fort bien, se prêter de mutuels secours et resserrer les liens qui les unissent. La nôtre, Monsieur, ne néglige rien pour parvenir à ce but. Non seulement elle vous autorise à disposer du local qu'elle occupe, mais elle vous prie de croire qu'elle s'estimera toujours heureuse de pouvoir vous donner des preuves de la haute estime qu'elle a pour la Société dont vous êtes le fondateur, et pour vous-même, Monsieur, en particulier *). »
(1) Je dois communication de cette lettre à M. Jacques Boucherie.
En 1826, M. Fieffé adresse la même requête, comme le constate cet extrait du procès-verbal de la séance tenue le 12 décembre 1826 par le Comité de la Société Philomathique*1).
« M. Fieffé demande au Comité la salie des séances publiques pour l'exposition des tableaux à lolter (sic). Exposition qui aurait lieu l'un des jours du 20 au 25, et qui durerait 3 heures.
» Cette demande est accueillie par le Comité.
» M. Fieffé demande en outre si la Société Philomathique voudrait recevoir de la Société des Amis des Arts (Peinture) les tableaux qui lui seraient envoyés pour l'exposition, qu'elle a le projet de faire des arts et de l'industrie. »
Le Comité s'empressa de faire droit à cette deuxième demande, en écrivant au Président de la Société des Amis des Arts (Peinture), pour lui témoigner le désir de voir cette Société concourir à l'Exposition Philomathique.
La première « Exposition des produits de l'industrie et des arts » eut lieu au Waux-Hall du 20 mai au 20 juin 1827. Mais, du moment que la Société expose pour son propre compte, elle tient à ne pas confondre son Exposition avec celle des Amis des Arts : témoin cette lettre^) que Fieffé adressait le 16 mai 1827, à « Messieurs les Membres de la Commission de la Société Philomathique pour l'Exposition » :
« D'après ce que m'a dit M. Gaullieur-l'Hardy, il parait que vous désirez ne pas mêler ensemble les tableaux de notre Société avec ceux qui pourraient être présentés à la vôtre. Je ne vois pas d'obstacle à votre désir. Je ne demande autre chose que vous vouliez bien me désigner la salle soit de la Lanterne ou du Comité, pour y faire faire les dispositions nécessaires pour recevoir les tableaux; bien entendu que ce sera notre Société qui en fera les frais... »
Le Mémorial du 19 mai 1827 annonce pour le dimanche 20 mai, l'ouverture au Waux-Hall des deux Expositions, celle
il; Communiqué par M. Jacques lioueherie.
des Amis des Arts et celle de la Société Philomathique. Les journaux ne donnent d'ailleurs aucun compte rendu de ces deux Expositions; nous ne savons rien des tableaux envoyés aux Amis des Arts, mais un « Rapport sur les tableaux mis à l'Exposition de la Société Philomathique de Bordeaux en 1827 »W cite de Raimond-Oscar Bonheur, père de Rosa Bonheur (Bordeaux, 20 mars 1796 - Paris, 23 mars 1849), un tableau d'histoire, Le Baiser de Judas, et un Paysage; — de Louis Burgade (Bordeaux, 12 janvier 1803-Bazas, 7 février 1876), élève de Lacour, Deux marines d'après nature, prises à Royan (Gironde) (sic)^\ — de François Colin (Bordeaux, 16 juin 1798-15 février 1864), un Petit Paysage pris à Bouliac, d'après nature, une copie du tableau du Baron Gros, représentant le Départ de la Duchesse d'A ngoulême® ; — de Jean-Louis Gintrac (Bordeaux, 7 novembre 1808-Caudéran, 20 juillet 1886), des paysages originaux et des copies d'après Brascassat(4); — de Cyrille Durand (Bordeaux, 1790-8 octobre 1840), plusieurs tableaux de genre <6> ; — d'Eugène Ramade (né en 1802), une Vue intérieure de l'Eglise de Marmande fort appréciée par le Rapport <6) ; — de Mme Feytaud, « un portrait remarquable »<7); —des Portraits et tableaux de genre de M,le de Pichon Longueville ; — des Portraits très appréciés de Léon Mousquet (Bordeaux, mai 1805-
(4) Je dois communication de ce rapport à l'obligeance de M. Jacques Boucherie. Le Rapport est daté du 12 juin 1827.
;*) Le Rapport accorde de nombreux éloges à Louis Burgade dont la Ville devait, en 1830, acheter une Marine (n° 446 du Catalogue de 1894).
[*) Le Musée possède trois œuvres de Colin (Catalogue de 1894, n°» 469-471).
(*) Le Musée de Bordeaux possède de Gintrac, qui devait être un des fondateurs de la nouvelle Société des Amis des Arts, en 1851, et l'un des artistes les plus assidus à ses Expositions jusqu'à 1867, trois tableaux achetés par la Ville, en 1830, à l'Exposition de la Société Philomathique (Catalogue de 1894, n°* 587-589).
(*) Cyrille Durand est représenté au Musée par un Intérieur (n° 539 du Catalogue de 1894), acheté par la Ville à l'Exposition de la Société Philomathique, en 1830.
(•) La Ville a acheté à l'Exposition de la Société Philomathique, en 1830, une vue intérieure d'Eglise, œuvre de Ramade : cette vue, d'après Lacour, son maître, représente YÉglise de la Réole (ne 300 du Catalogue de 1855) ; d'après M. Vallet, Y Église de Bazas (n° 759 du Catalogue de 1894).
("Ô La Ville a acheté à l'Exposition de la Société Philomathique, en 1830, une petite toile, Deux Ramoneurs (n° 554 du Catalogue de 1894) de Mme Sophie Tavel- Feytaud. Le Dictionnaire de Bellier de la Chavignerie cite divers portraits exposés par cette artiste aux Salons de 1835 à 1843, mais ne donne ni le lieu ni la date de sa naissance et de sa mort.
7 décembre 1874), qui a été longtemps un portraitiste très en vogue à Bordeaux; — de Gibert*1* (Bordeaux, 6 octobre 1806- 16 décembre 1875), des copies et des tableaux de genre; — de Lacaze, des gouaches et des « portraits admirables par la pureté du dessin, la finesse et la recherche du détail »(2); — du mouleur municipal Landi, un moulage très sévèrement apprécié : « M. Landi nous a remis un Faune en plâtre moulé. Cette profession en elle-même exige si peu de connaissances que nous croyons être dispensés d'entrer dans le détail de ces productions. >
Le Rapport se termine par des observations générales. « Votre commission a le regret de n'avoir pas à vous rendre compte de l'état florissant de l'art de la peinture dans notre ville. > C'est le genre du portrait qui est seul en honneur et qui seul donne à Bordeaux des résultats satisfaisants. On regrette également l'abstention d'un amateur et de trois artistes « qui ont déclaré ne vouloir pas concourir pour les médailles que la Société Philomathique devait décerner ». L'amateur est Ferdinand Marandon de Montyel (Bordeaux 1782-Paris 1854), peintre de paysage et auteur dramatique, dont le Musée possède deux Paysages, l'un donné par l'auteur en 1838, l'autre par l'Etat, en 1839 <8). Les artistes sont J.-P. Alaux, G. de Galard, bien connus l'un et l'autre, et le peintre miniaturiste Pierre-Edouard d'Agoty (Florence, 1776 - Bordeaux, 1871), dont le Musée ne possède qu'une Gravure en couleur d'après la Vierge à la chaise de Raphaël, donnée par la famille de l'auteur, en 1895.
Les médailles de la Société sont décernées « Tune à MmeFeytaud, comme artiste, l'autre à M. Roger comme amateur >. Elève de Lacour père, Augustin Roger (Bordeaux, 7 mars 1778- 3 août 1830) est plus avantageusement connu par son anisette — il est un des fondateurs de la maison Roger-Marie Brizard — que
f1) La Ville a acheté a l'Exposition de la Société Philomathique, en 1830, un Chef de Clan écossais (n° 579 du Catalogue de 1894), œuvre d'Antoine-Placide Gibert, dont le Musée devait acquérir d'autres œuvres en 1872 et en 1875 (n#l 580 et 581 du Catalogue de 1894).
(*) Pierre-Théophile Lacaze (Libourne, 14 juin 1799 - 5 septembre 1846), peintre d'histoire très fécond, n'est pas représenté au Musée de Bordeaux.
(») Catalogue de 1894, n" 670 et 671.
par ses aquarelles. Les deux médailles « offertes à la Société par M. le Préfet pour être données aux élèves qui montrent le plus de disposition >, sont attribuées à Burgade et à Ramade.
En 1828, la Société Philomathique n'organisa pas d'Exposition; et son Comité, dans sa séance du 22 janvier, accueille favorablement la demande d'une partie de son local qui lui est adressée par les Amis des Arts. Cette Exposition semble avoir été la dernière de l'ancienne Société des Amis des Arts, où se produisaient des dissentiments dont \e Mémorial nous porte l'écho. Ce journal, dans son numéro du samedi 23 août 1828, insère la lettre suivante adressée au Rédacteur, par un Sociétaire, qui signe F., l'initiale de Fieffé :
« La Société des Amis des Arts a déjà fait choix des tableaux des artistes de Paris. Mais ceux de Bordeaux, sur-tout, ont besoin d'être encouragés ; il est donc à présumer que les fonds que la Famille Royale fait chaque année pour cette Société, recevront la destination qui leur est assignée, car c'est sur-tout pour les artistes de notre Ville qu'ils doivent servir d'encouragement. Paris offre assez de ressources à ses artistes pour qu'ils ne viennent pas enlever à ceux de Province la récompense de leurs travaux... »
Quelques jours après, le même Sociétaire adresse au Rédacteur du Mémorial une nouvelle lettre que le journal publie le 31 août :
« Monsieur, notre espoir a été trompé. La Société des Amis des Arts n'a employé qu'une faible partie de ses fonds pour l'achat des tableaux de Bordeaux, quoique ses règlemens portent que la moitié, au moins, des souscriptions doit être consacrée pour les artistes de cette ville. On ne peut se dissimuler qu'une choquante partialité a présidé au choix des artistes privilégiés... »
Il est probable que cette réclamation ne fut pas isolée et que c'est pour remédier à la violation des règlements de la Société des Amis des Arts que, par une délibération prise dans sa séance du 9 septembre 1828M, le Conseil Municipal décida d'acheter
j1) Je ne connais cette délibération du Conseil Municipal que par la mention qui en est faite dans le Catalogne de 1855, Introduction, p. 32.
des tableaux à des artistes bordelais jusqu'à concurrence de la somme de 3,000 francs. Ces achats ne furent faits ni en 1828, ni en 1829.
Dans les journaux de 1829, on ne trouve aucune allusion à une Exposition organisée cette année par la Société des Amis des Arts. Nous savons seulement que, dans son Assemblée générale du 2 septembre 1829, elle nomma Lacour, président et Cantegril, trésorier. Dans sa séance du 17 novembre, présidée par Lacour, la Société qui prenait le titre de Société d'Encouragement pour Les Arts à Bordeaux, adoptait un Règlement dont je cite les articles qui intéressent l'art, laissant de côté ceux qui ont rapport à l'administration intérieure.
Article m. — La Société n'achète de tableaux et ne propose de prix qu'aux artistes bordelais. Par artistes bordelais, la Société entend ceux nés dans le Département de la Gironde, quel que soit d'ailleurs le lieu de leur résidence, et les artistes étrangers qui y sont domiciliés.
Article xi. — La Société propose, chaque année, un prix dont la valeur est de deux cents francs, pour un dessin lithographique. Les concurrens ne peuvent être autres que ceux désignés dans l'article III. La Société détermine le genre de dessin qu'elle désire avoir; mais elle laisse à chaque artiste le choix du sujet qu'il veut traiter.
Article xii. — Tous les ans, la Société fait une Exposition publique des ouvrages des artistes bordelais. Elle choisit le local et se charge de tous les frais que cette Exposition peut occasionner pour le placement des tableaux.
Article xiii. — L'Exposition commence le 15 juin et finit le 15 du mois d'août.
Les sociétaires, au nombre de cent au maximum, artistes ou amateurs, doivent souscrire au moins une action de vingt-cinq francs. On achète, suivant leur mérite, un certain nombre de tableaux, pour un prix variant de 50 à 400 francs. Ils sont mis en loterie entre les sociétaires, de manière qu'il y ait environ un lot pour huit actions. On publie chaque année un livret explicatif de l'Exposition.
L'Exposition de la « Société d'encouragement des Amis des
Arts » s'ouvrit le 15 juillet 1830 « dans les salons du Musée de la Ville », et le livret explicatif fut imprimé par H. Faye, rue du Cahernan, 44.
C'est également dans les salons du Musée de la Ville qu'avait eu lieu, en 1829, une « Exposition des produits des Beaux-Arts », organisée par la Société Philomathique, qui en avait également fait imprimer le catalogue chez H. Faye.
Il est nécessaire de donner quelques renseignements sur les œuvres qui avaient figuré à cette Exposition. Nous retrouvons parmi les exposants de 1829 les noms de la plupart des artistes qui avaient pris part au Salon de 1827 : Louis Burgade (une douzaine de Marines et de Vues de Bordeaux, de Lormont, des Chartrons, etc.); Colin (La Famille du Fossoyeur); Gintrac (neuf Vues, Paysages, Portraits, Marines) ; Durand (dix Paysages); Ramade {Vues intérieures d'Églises, Chambre de Montesquieu); Mme Feytaud (sept Portraits et Tableaux de genre); Mousquet (six Portraits, quatre Paysages ou copies) ; Gibert (quatorze Portraits, Tableaux de genre, copies); Lacaze (deux Aquarelles). L'amateur et les trois artistes dont le Rapport de 1827 regrettait l'abstention au premier Salon de la Société Philomathique, Marandon de Montyel, J.-P. Alaux, G. de Galard et Pierre-Edouard d'Agotv, ne prennent aucune part à l'Exposition de 1829.
Par contre, les 156 numéros du Catalogue présentent bien des sujets étranges et bien des noms d'artistes inconnus. Voici par exemple des Portraits et des copies exposés par MlIe Delorme (n08 28-32) et par Mme Soubiran (n°8 119-121), élèves, l'une et l'autre, de Mme Feytaud. Voici une douzaine de Bouquets découpés aux ciseaux, de Vaisseaux et Tombeaux en cheveux (n08 81-89, 155-156), chefs-d'œuvre de M,,e Lêvesque, rue Maucoudinat, n° 5, et de ses élèves, M,,e8 A., D., L., M. Voici les deux tableaux d'écriture (n08 124 et 125) de Taupier, rue Judaïque-Saint-Seurin, n° 72.
Je n'ai trouvé aucun renseignement sur l'œuvre artistique d'un certain nombre de peintres qui exposaient en 1829 : Borie, d'Aiguillon, Gredille. Lachouque, Laugier, Petraud,
MathisW, Tahan, Thibault et autres. Mais on peut noter six Paysages (n°8 8-13) de Joseph Burgade, père et premier maître de Louis, dont il a déjà été parlé; trois Vues (n08 77-79) d'Emile Lassale (Bordeaux, 30 décembre 1813-Paris, 2 février 1877), élève de Pierre Lacour fils, qui fit ses vrais débuts au Salon de Paris en 1834, et acquit une certaine notoriété comme lithographe; cinq Paysages (n08 90-94) de Lila, c'est-à-dire de Fort Puyreniez, dit Lila, né à Bordeaux en 1805, élève de M. de Galard, cfont la Ville devait acheter deux Paysages en 1830(2); deux Portraits (n08 103-104) de Jean-Pascal- Adolphe Papin, dont le Scythes tendant Varc de son père a déjà été mentionné.
Les journaux de 1829 ne nous donnent aucun renseignement sur le succès obtenu par V * Exposition des produits des Beaux- Arts dans les Salons du Musée de la Ville ».
Quant à l'Exposition de la « Société d'Encouragement des Amis des Arts », exposition qui s'ouvrit « dans les Salons du Musée de la Ville », elle aussi, le 15 juillet 1830, le Mémorial du 18 juillet lui consacre un long article très élogieux pour un tableau d'ALAUx, qui ne s'abstenait pas de figurer à cette exposition, comme il faisait pour celle de la Société Philomathique<8), Portrait équestre de S. M. Charles X, d'après Horace Vernet^; pour le Tartuffe de Quinsac Monvoisin<6); pour une Marine de Colin <6). Après quelques lignes émues à l'adresse du jeune Balat, représenté, après sa mort, par deux toiles dont l'une n'était pas terminée (7), l'article du Mémorial
(*) Un peintre, nommé Auguste Mathis a exposé aux Salons de Paris, de 1844 à 1850.
(*) Catalogue de 1894, n°' 756 et 757. Puyreniez (Fort) : Vues prises d Floirac.
(•) Alaux exposait vingt-six ouvrages (noa 1-26) sur cent quarante qui formaient l'Exposition.
(*) Exposition de 1830, n- 1. Alaux : Portrait équestre de S. M. Charles X, d'après Horace Vernet.
(B) Exposition de 1830, n° 103. Mon voisin (Quinsac), de Bordeaux : Le Tartuffe.
(fl) Exposition de 1830, n° 54. Colin : Le retour de la pèche. — Cet artiste exposait cinq tableaux (noa 51-55).
C) Exposition de 1830, n- 27 et 28. Balat (décédé) : La Vierge et V Enfant Jésus ; — La Résurrection de Lazare. (Ce tableau n'est pas terminé.)
se terminait par ces mots : « Nous parlerons des autres ouvrages exposés, lorsque le Musée aura reçu tous ceux qui nous sont annoncés par le livret. > C'est, apparemment, la Révolution de Juillet qui empêcha le Mémorial de publier ce second article.
Les artistes qui avaient envoyé leurs œuvres à la « Société d'Encouragement des Amis des Arts > étaient à peu près les mêmes que ceux dont nous avons remarqué les noms aux Expositions de la Société Philomathique. Si Marandon de Montyel et Pierre-Edouard d'Agoty s'abstiennent de tout envoi à la Société d'Encouragement aussi bien qu'à la Société Philomathique, Pierre-Georges de Galard fils, suivant l'exemple d'Alaux,
expose cinq Portraits, Etudes ou Natures mortes (n08 74-78). Voici encore Borie, d'Aiguillon, Burgade père et fils, Durand, Mme Feytaud, Gilbert, Gintrac, Goethals, Mousquet et Ramade.
A cette Exposition, une autre succède bientôt : c'est 1' « Exposition des produits de l'Industrie de la Gironde et des Départements circonvoisins » qui, organisée par la Société Philomathique, s'ouvre dans les salles du Waux-Hall, au commencement du mois de septembre 1830.
Je ne crois pas que le catalogue de cette Exposition ait été imprimé ; mais le « Rapport fait au jury par une commission prise dans son sein », — rapport conservé dans les Archives de la Société Philomathique <*>, — nous permet de prendre une idée de ce qu'était cette Exposition.
Dès ses premières lignes, le Rapport constate la scission qui avait divisé la Société d'Encouragement des Amis des Arts et la Société Philomathique ; les journaux de 1830 et les documents qui se trouvent aux Archives Municipales ne nous renseignent en rien sur cette scission.
€ Votre Commission n'a pu s'empêcher de gémir sur les véritables causes qui ont privée (sic) cette troisième Exposition de la faveur qui avait été si justement accordée aux précédentes, et cela en parvenant à
(!) Je dois à l'obligeance de M. Jacques Boucherie la communication de ce Rapport.
faire détourner parties (sic) des tableaux des jeunes artistes appelés à concourir aux récompenses que la Société Philomatique (sic) a eu Fhonneur la première, de fonder à Bordeaux, dans le but d'être utile aux artistes, aux arts et à l'orgueil national. Par suite de ces mêmes causes, des productions d'artistes de Paris ont été aussi détournées de cette Exposition. »
Après ces « gémissements », le Rapport analyse les œuvres que la Commission a dû juger.
Sujets d'histoire. — Il n'y a lieu de signaler que des copies exécutées par MM. Tahan et Philadelphe.
Sujets de genre. — Il n'y a aussi qu'à signaler des copies dues à MM. Fallot et Georges de Galard fils et à Mlle Delorme. Toutefois, G. de Galard a fait plus que des copies. « Ce jeune artiste a encore exposé une étude d'après un petit ramoneur. Ce tableau confirme votre Commission dans la bonne opinion qu'on a conçue des dispositions de ce jeune émule des talens de son père. »
Intérieurs. — « M. Ramade, de Bordeaux, a exposé deux vues intérieures peintes d'après nature, l'une de l'Eglise de Bazas, et l'autre d'une chapelle à Langon; ces deux tableaux, par leurs couleurs et leurs touches franches ont prouvé à votre Commission que ce jeune artiste n'a pas trompé les hautes idées qu'on avait conçues de lui. M. Ramade a vu ses ouvrages couronnés dans nos précédentes Expositions, et, aujourd'hui, il a l'heureux avantage de voir ses tableaux achetés M par des membres de l'autorité supérieure de notre ville. Il ne reste plus au jury qu'à lui décerner les mentions les plus honorables. >
Parmi les Copies, la Commission « a remarqué avec un sentiment de surprise un intérieur de prison, peint par le jeune Bertrand (de Bordeaux}. Cette production vous paraîtra, Messieurs, bien extraordinaire, sans doute, lorsque vous apprendrez qu'elle appartient aux pinceaux d'un enfant de treize ans ! Que d'espérances !» Il ne semble pas que ces espérances aient
(*) Ce rapport est donc postérieur a l'arrêté municipal du 20 octobre 1830, dont il va être question.
été réalisées, car le nom du jeune prodige Bertrand est absolument inconnu dans les annales de la peinture bordelaise.
Paysages. — - « M. F. Lila, de Bordeaux, a débuté en 1828. Il a exposé quatre tableaux peints d'après nature. Ce jeune artiste est aussi du nombre de ceux qui avancent à grands pas vers le but qu'ils ont entrepris d'atteindre. Votre Commission ne peut s'empêcher de réclamer de vous une médaille pour couronner le mérite de ce jeune artiste et pour soutenir son beau zèle. >
Dans la section des Paysages, encore <c M. Miailhe (Frédéric), de Bordeaux, a exposé pour son début trois tableaux représentant, l'un, l'apparence d'un orage prochain; l'autre, un effet du matin ; et, le troisième, une vue prise du Mont-Bretagne, près Marseille. Ce jeune artiste fait espérer à votre Commission que le jury prochain aura à lui décerner une médaille, s'il continue avec la rapidité de son premier élan. Votre Commission, ayant appris que M. Miailhe est à Paris, elle pense que ce sera au jury de cette capitale qu'appartiendra de couronner notre jeune compatriote. > Elève de Lacour, à Bordeaux, puis de Picot, à Paris, Pierre -Toussaint -Frédéric Mialhe (Bordeaux, 14 avril 1810 -Paris, 19 février 1881) n'a pas réalisé les vœux dont la Société Philomathique entourait sa vingtième année. Après avoir exposé au Salon de Paris, à partir de 1831, il fut directeur de l'Académie de peinture de la Havane (1845-1854). Rentré en France et fixé à Paris, il recommença à envoyer des œuvres au Salon, en 1857. En 1859, la Société des Amis des Arts a exposé de lui Une Forêt dans Vile de Cuba.
Dans la section des Portraits d'après nature, « Mme Feytaud (à Bordeaux) a exposé trois portraits qui prouvent que cet artiste soutient toujours avec distinction la réputation qu'elle s'est si justement acquise. Votre Commission instruite que cet artiste a reçue (sic) des précédens jurys une médaille en 1827, elle regrète (sic) de ne pouvoir lui offrir aujourd'hui que des mentions aussi franches qu'honorables. M. Philadelphe (de Bordeaux), dont la réputation est au premier rang, a
exposé cinq portraits, un cadre de miniature, l'intérieur d'un couvent, une figure d'après nature et des fruits d'après nature. Parmi ses productions variées, toutes dignes de captiver l'attention, votre Commission a distingué le portrait à l'huile d'une demoiselle, sous le n° 99, à ce point de le juger digne de vous demander une médaille pour couronner son auteur. »
La Commission, « après avoir fait part du résultat de son examen sur les productions des artistes appelés à concourir >\ estimait qu'il ne lui restait plus « qu'à se répandre en éloges et en mentions honorables sur toutes les productions dont nos artistes de Bordeaux ont bien voulu décorer notre Exposition. De ce nombre sont MM. de Galard père, Gintbac (de Bor ' deaux), à présent à Paris... Votre Commission vous prie encore de porter votre voix reconnaissante plus haut, afin qu'elle soit entendue dans Paris, auprès de MM. Renoux, Leprince (Léopold), Leprince (Gustave), Caron, Baocuel, Lapito, Pernot, Féréol, Auguste de Chatillon, Berlot, pour les sublimes productions dont ils veulent bien décorer nos Expositions. Votre Commission vous prie, Messieurs, de ménager vos derniers accens pour témoigner à M. Berthon, de Paris, peintre d'histoire et de portraits, non pas des éloges, sa modestie les fuit, mais bien des remerciemens pour la générosité qu'il a eue d'enrichir votre Exposition de la pureté de son dessin, de sa brillante couleur, de sa touche large, suave et harmonieuse, qui prouvent bien mieux que tout ce qu'on pourrait dire sur ce véritable artiste qu'il est digne de rappeler le siècle des Guide, des Vandik, des Mignard, et de tant d'autres grands peintres. »
C'est Fieffé qui s'était trouvé en relations avec ces divers peintres parisiens et qui avait entretenu une active correspondance avec eux afin d'obtenir quelques-unes de leurs œuvres pour l'Exposition bordelaise. Les Archives Municipales possèdent un certain nombre de lettres adressées par ces artistes à Fieffé, et la suscription même de ces lettres nous fait hésiter, en l'absence de tout document, sur le titre exact que possédait, en 1830, le fondateur de la première Société des Amis des Arts, qui n'appartenait pas à la Société d'Encouragement des
Amis des Arts et qui prêtait son concours dévoué à une Exposition organisée par la Société Philomathique.
Une lettre de Berlot, « peintre d'architecture, rue Saint- Lazare, 57 », est adressée à « M. Fieffé, secrétaire de la Société des Amis des Arts, au Wauxhal ». Auguste de Châtillon, qui devait débuter au Salon de Paris, tout jeune, en 1831 — il était né en 1813 — et se faire connaître à la fois comme peintre, comme sculpteur, comme lithographe et comme poète, adressait de Paris, le jeudi 16 septembre 1830, une réclamation assez vive à « Monsieur Fieffé, président de la Société des Amis des Arts de Bordeaux ». Ailleurs, Fieffé n'est que le « Commissaire de la Société », ou simplement, un « négociant de Bordeaux ». Tout cela ne nous instruit en rien de la place que la Société des Amis des Arts occupait, à la fin de 1830, entre la Société d'Encouragement des Amis des Arts et la Société Philomathique.
Les Archives Municipales ne possèdent aucune lettre adressée à Fieffé par René-Théodore Berthon (Tours, 1776 - Paris, 7 avril 1859), l'auteur célèbre de la Reddition d'TJlm (1806) et de bon nombre de commandes officielles faites par l'Empire et par la Restauration, le peintre que le Rapport de 1830 comblait d'éloges hyperboliques; mais il est permis de supposer que les admirateurs de Berthon étaient nombreux à Bordeaux, et que le peintre parisien ne dédaignait pas l'admiration bordelaise : le Mémorial Bordelais et l'Indicateur citent avec éloges, en juin 1831, « la brillante exposition des tableaux et portraits de M. Berthon », faite, à Bordeaux, au profit dçs pauvres, car <c le prix d'entrée est consacré aux classes indigentes ». J'ignore si les amateurs de notre ville firent beaucoup d'achats à cette exposition. Ce qui est certain, c'est que le peintre célèbre exécuta, — probablement à cette époque, — le portrait du principal auteur du Rapport de 1830 et que le Musée de Bordeaux possède en vertu d'un legs de M. Fieffé, une œuvre de Berthon où l'honorable amateur d'art est représenté sur un rocher, tenant un album où il parait dessiner <!).
(*) Catalogue de 1894, n# 404. Berthon (René-Théodore) : Portrait de M. Fieffé.
Le 29 octobre 1830, un peintre, beaucoup moins connu que Berthon, écrivait à Fieffé : « Permettez qu'avant de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, j'aie celui de vous faire mes complimens sincères sur les nouvelles fonctions où vous avez été appe.lé. La France serait trop heureuse si elle n'avait que des fonctionnaires qui vous ressemblassent. >
A la suite de la Révolution de Juillet, Fieffé avait été nommé adjoint au Maire; et, au moment où Renoux lui envoyait ses compliments sincères, un arrêté, funeste au Musée, venait d'être pris par le Maire, probablement sur la proposition du nouvel adjoint.
Il a déjà été fait allusion(1) à une délibération du Conseil Municipal qui décidait, le 9 septembre 1828, le vote d'une somme de trois mille francs pour achat de tableaux d'artistes bordelais. Nous ne connaissons que par X Introduction du Catalogue de 1855 l'adoption de « cette sage mesure, destinée à procurer peu à peu au Musée de la Ville une collection composée des œuvres des artistes distingués de Bordeaux »<2).* Une somme annuelle de trois mille francs, importante pour le temps, aurait évidemment contribué à former au Musée la salle de l'École Bordelaise, qui lui manque encore aujourd'hui. Mais aucun achat ne fut fait par le Conseil Municipal de la Restauration, ni en 1829, ni en 1830; « et — dit X Introduction du Catalogue de 1855 — dans l'intervalle, la Révolution de juillet, qui survint, retarda et dénatura, en quelque sorte, le but de cette mesure. »
Le Conservateur du Musée et l'architecte de la ville, Lacour et Poitevin, qui formaient à eux deux une sorte de Comité des Beaux- Arts<3), proposèrent d'utiliser les trois mille francs votés depuis longtemps et encore inemployés, à l'acquisition de quelques bons tableaux, œuvres d'artistes bordelais résidant à Paris ou
(*) Voir plus haut, p. 500.
(*) Catalogue de 1855. Introduction, p. 32.
(•) On a vu (p. 503), que Lacour et Poitevin avaient été au commencement de 1829, chargés par l'adjoint Lucadou de faire un rapport sur des tableaux exposés chez Maggi et dont on proposait l'acquisition à la Ville.
domiciliés à Bordeaux. Le choix était facile parmi les toiles qu'on avait pu apprécier successivement à 1' « Exposition de la Société d'Encouragement des Amis des Arts », dont Lacour était le président, et à l'Exposition Philomathique « des produits de l'Industrie et des Arts > dont Fieffé avait organisé la section artistique. Lacour et Delpit parlent en termes modérés de l'étrange procédé dont usa la nouvelle Administration Municipale dont Fieffé faisait partie : on n'achata rien aux Amis des Arts et on se procura à vil prix un grand nombre d'œuvres médiocres qui avaient figuré au Waux-Hall. « Le nouveau Conseil Municipal décida qu'il fallait acheter avec la somme votée le plus grand nombre possible de tableaux exécutés à Bordeaux. Il y avait une centaine de tableaux exposés, on en fit acheter dix-huit. Il est facile de deviner ce que pouvaient être les tableaux achetés au-dessous du prix moyen, lequel les faisait ressortir à 166 fr., cadre compris. Ce début de l'Administration nouvelle ne fut pas heureux et dut naturellement s'opposer au retour d'une dépense qui avait amené de pareils résultats W. >
Voici le texte de l'arrêté, en date du 20 octobre 1831, par lequel le Maire décidait l'emploi de 1' « Allocation de 3,000 francs pour l'achat de tableaux devant orner le Musée, provenant de la Société Philomathique » :
« Le Maire de Bordeaux,
» Vu l'allocation au budget de 1830 d'une somme de 3,000 fr. destinée pour fonds d'encouragement à l'École de peinture de Bordeaux ;
» Vu la délibération du Conseil Municipal du 24 septembre 1830, portant emploi du crédit précité à l'acquisition des Tableaux de l'exposition de la Société Philomathique, selon l'estimation agréée desquels tableaux le Conseil Municipal a fait choix pour être placés au Musée de la Ville ;
» Vu la lettre de Monsieur le Conservateur de la Galerie des Tableaux du 16 octobre 1830 portant réception des dits Tableaux dans le local qui leur est destiné ;
^l) Catalogue de 1855, Introduction, p. 32.
» Arrête :
» article premier. — Les tableaux ci-après acquis par la ville pour
le Musée, dont les prix ont été fixés et agréés, seront payés ainsi qu'il
suit :
Savoir :
Au sieur Mialhk, tableau n° 112 150 fr. ) ^ f
id. n" 99 et 100. . . 180 fr. j
Au sieur Gintrac, id. n° 163 150 fr. \
id. n»167 150 fr. ( 450 fr.
id. no 90 150 fr. )
Au sieur Lila, id. n° 82 100 fr. ) ^rv-
id. ». » ioo fr. ! 200fr-
Au sieur Durand, id. n° 67 100 fr.
Au sieur Galard père, id. n° » 200 fr.
Au sieur Galard fils, id. n° 135 190 fr.
Au sieur Burgade, id. n° 130 150 fr.
Au sieur Philadelph, id. n° 101 150 fr.
Au sieur Ramade, id. n° 173 300 fr.
Au sieur Feytaud, id. n° 69 240 fr.
Au sieur Allaux, id. n° 2 240 fr.
Au sieur Albain, id. n° 128 300 fr.
Au sieur Gilbert, id. n° 150 fr.
Totai 3,000 fr.
» Article 2. — La somme de trois mille francs mentionnée ci-dessus sera ordonnancée collectivement en faveur des parties prenantes et imputée sur le crédit alloué pour cet objet au budget de 1830.
» Fait à Bordeaux, en l'Hôtel de Ville, les jour, mois et an que de
l'autre part.
» Le Maire>
» M» de Bryas. »
Voici la désignation de ces tableaux dans le Catalogue de 1894 :
N° 687. — Mialhe (Pierre-Toussaint-Fr^déric), Vue prise au sommet du Mont-Bretagne, près de Marseille.
N° 685. — Vue prise à Sassenage.
N° 686. — Un moulin à eau.
N° 587. — Gintrac (Jean-Louis), Un chasseur à l affût.
N° 588. — Habitants des Landes.
N<*589. — Moines en quête.
N° 756. — Puyreniez (Fort), Vue prise à Floirac.
N° 757. — Vue prise à Floirac.
N° 539. — Durand (Cyrile), Intérieur.
N° 566. — Galard (Comte Gustave de), Vue prise à la Teste.
N° 568. — Galard (Georges de), Étude d'après un Ramoneur.
N° 446. — Burgade (Louis-Emile), Frégate française en vice d'une côte.
N° 673. — Martineau (Louis-Joseph-Philadelphe), Intérieur d'un Couvent.
N° 759. — Ramade (Eugène), Intérieur de l'Église de Bazas.
N° 554. — Feytaud (Madame Sophie Tavel), Deux Ramoneurs.
N° 360. — Alaux (Jean-Paul), Vue prise à Floirac (Gironde).
N° 363. — Alban de Lesgalery (Jean- Jacques), Intérieur d'une cour de roulage à Paris.
N° 579. — Gibert (Antoine-Placide), Chef de clan écossais.
Tous ces peintres bordelais, dont la notoriété est généralement médiocre, ont déjà été mentionnés à propos des Expositions de 1827 et de 1830. Il convient cependant de mentionner un élève de Lacour, dont je n'ai pas eu l'occasion de citer le nom, Jean- Jacques Alban de Lesgalery, né à Bordeaux le 20 septembre 1808, auquel le Catalogue de 1855 consacre la notice suivante : € M. Alban a depuis longtemps abandonné la peinture d'histoire et de genre où il a obtenu quelques succès, pour s'adonner exclusivement à la peinture de décoration et à la gouache. Il a publié plusieurs vues lithographiées des monuments de Bordeaux. »
Les acquisitions d'octobre 1830 n'enrichissaient pas le Musée.
Dans ses articles publiés par Y Artiste, en 1846, Paul Mantz n'a pas daigné leur consacrer une ligne. Arsène Houssaye énumère, sans un mot de jugement, les dix-huit tableaux achetés à l'Exposition de la Société Philomathique : « Voici sommairement^ l'inventaire des œuvres de l'École de Bordeaux, ou plutôt des peintres bordelais; on jugera bien vite que ce n'est pas le meilleur côté du Musée M. » Dans Les Musées de Province, Clément de Ris n'a pas un mot pour les treize artistes bordelais entrés au Musée à la suite de l'Exposition Philomathique. Tout en faisant remarquer qu' « une part considérable revient aux artistes bordelais dans la composition du Musée(2) >, M. Vallet n'accorde aucune part aux artistes dans les œuvres furent achetées à vil prix, en 1830, car il ne cite aucune de ces œuvres.
L'arrêté du 20 octobre 1830 encombrait le Musée d'une foule d'œuvres de camelote et de pacotille; le 25 février 1831, sans le courage et l'habileté de Lacour, un ordre du Maire aurait fait détruire toutes les œuvres d'art « qui pourraient rappeler le souvenir de la dynastie déchue <8) >. Les débuts du règne de Louis-Philippe ne promettaient rien de bon pour l'avenir du Musée de Bordeaux. Il était à craindre que l'esprit mercantile et étroit du Gouvernement de juillet ne frappât d'une décadence irrémédiable, s'il ne la vouait pas à une destruction totale, une galerie qui, en 1830, grâce aux envois du Consulat, à la sollicitude des Ministres bordelais de la Restauration, à la munificence personnelle de Louis XVIII et de Charles X, et aussi à quelques heureuses acquisitions effectuées de 1816 à 1830, commençait à prendre rang parmi les plus importantes galeries provinciales de tableaux et de sculptures.
(*) Arsène Houssaye : />.* Musées de Province, Le Musée de Bordeaiuv. VIII, dans le Moniteur du 2 mai 1858.
(*) E. Vallet : Le Musée de Bordeaux, troisième article, dans la Gironde littéraire et scientifique du 2 avril 1882.
(*) Voir, plus haut, Chapitre III, p. 263.