AVANT PROPOS
Ce n'est qu'après beaucoup d'hésitations que nous nous sommes décidé à publier une Histoire du palais épiscopal de Québec. L'intérêt que peut offrir une pareille esquisse est nécessairement très restreint, et l'auteur, en se passionnant peu à peu lui-même pour des découvertes d'une valeur purement relative et locale, s'expose à constater que sa passion n'est pas partagée par le public, et à s'adresser à des indifférents qui se demanderont comment l'on peut attacher tant d'importance à de si petites choses. On est médiocrement intéressé à savoir l'histoire d'une maison, on se met peu en peine d'en connaître les dimensions, d'apprendre quels en étaient, à telle ou telk époque, les propriétaires ou les locataires ; et c'est pourtant cela qui fournit en partie du moins la matière de ce livre. Une fois parti à la poursuite des petits faits et des minutieux détails, nous avons cru qu'il valait mieux aller jusqu'au bout, et qu'après tout le travail serait d'autant moins ennuyeux
qu'il serait plus complet. Aussi nous n'avons épargné ni nos peines ni nos recherches. Puissamment aidé, dans cette œuvre ingrate parfois, par M. l'abbé Ehéaume, du séminaire, et accueilli partout avec la plus grande bienveillance, nous avons consulté les greffes d'une cinquantaine de notaires, les archives de l'évêché, du séminaire, du gouvernement et de l'hôtel de ville, et nous espérons que notre ouvrage, s'il n'est pas agréable, sera au moins de quelque utilité.
Il se divise tout naturellement en deux parties ; car en faisant abstraction de quelques résidences passagères des évêques, il y eut deux palais épiscopaux proprement dits : celui de Mgr de Saint- Vallier, situé sur l'emplacement de l'ancien palais législatif, et celui de Mgr Turgeon, qui est l'évêché actuel. Nous avons tâché de suppléer à l'aridité du sujet, en l'agrémentant de gravures qui feront mieux comprendre le texte, et si nous ne pouvons raconter ici la vie des évêques — ce que nous avons déjà fait (1) — nous dirons un mot en passant des principaux personnages qui ont habité ou visité le palais, et des événements les plus remarquables dont il a été le théâtre.
(1) Les évêques de Québec — Notices biographiques.
DU
PEEMIERE PARTIE
CHAPITEE PREMIER
Arrivée de Mgr de Laval à Québec. — Diverses résidences —
Le premier palais épiscopal Le séminaire Incendies.
— Mgr de Laval dans le palais de Mgr de Saint- Vallier
Sa mort au séminaire Le séminaire en 1705.
Quand Mgr de Laval arriva à Québec, le 16 juin 1659, il n'y avait pour le recevoir ni presbj^tère, ni maison épiscopale.
La ville ne contenait encore que cinq cents habitants, logés pour la plupart à la Basse- Ville, où se trouvaient le magasin du roi, quelques comptoirs, une batterie et des quais plus ou moins primitifs. En gravissant la côte de la Montagne alors très étroite et surtout très escarpée, le prélat ne manqua pas de remarquer, à sa
droite, un enclos au milieu duquel était plantée une grande croix entourée de quelques humbles monuments funéraires. C'était le plus ancien cimetière de Québec. Immédiatement à côté, son œil s'arrêta avec complaisance sur une jolie maison en pierre à deux étages, dont nous aurons à parler plus tard, et qui était alors la propriété du sieur d'Auteuil, l'un des premiers conseillers, et maître d'hôtel ordinaire du roi. Cet édifice était entouré de cours et de jardins embellis par des ormes séculaires qui couronnaient ce magnifique plateau, embrassant dans son enceinte tout le terrain de l'ancien évêché, de l'évêché actuel et du séminaire.
Un peu plus loin, on voyait l'église paroissiale bâtie en pierre, puis les maisons des Jésuites, des Ursulines et de l'Hôtel-Dieu, avec leurs églises respectives également en pierre. Ajoutez le fort ou château du gouverneur situé sur l'emplacement de la terrasse Dufferiu, le moulin du sieur Denis perché sur la cime du cap Diamant, le logis de M. D'Ailleboust sur la rue Saint- Louis, le palais de la Justice où est aujourd'hui la cathédrale anglicane, le jardin du Fort, au même endroit qu'aujourd'hui, quelques batteries, deux à trois rues à peine tracées, une vingtaine de maisons au milieu de massifs d'arbres de toutes sortes, puis l'épaisse forêt au nord et à l'ouest, et vous saurez à peu près ce qu'était Québec, quand le premier évêque y fit son entrée pour la première fois.
ri
fi
■g ■- «s SI s -
Mgr de Laval reçut d'abord l'hospitalité des ER. PP. Jésuites, puis des Sœurs de l'Hôtel-Dieu chez lesquelles il resta près de trois mois.
" Il alla loger ensuite dans le pensionnat sauvage des Ursulines, qu'on appelait Séminaire (1) ". Il y était déjà en novembre 1659, car Marie de l'Incarnation écrivait à cette date : " Nous lui avons prêté notre séminaire qui est à l'un des coins de notre clôture et tout proche de la paroisse. Il y aura la commodité et l'agrément d'un beau jardin. Et afin que lui et nous soyons logés selon les canons, il a fait faire une clôture de séparation. Nous en serons incommodées... Mais le sujet le mérite, et nous porterons cette incommodité avec plaisir, jusqu'à ce que la maison épiscopale soit bâtie ".
Cette partie du monastère des Ursulines occupée par Mgr de Laval, était la maison de M"' de la Peltrie, appelée aussi VExternat, située au coin des rues Desjardins et Donacona. Les traditions désignent encore l'endroit où le prélat célébrait tous les jours la sainte messe. Son séjour aux Ursulines dura jusqu'au 6 novembra 1661, c'est-à-dire l'espace de deux ans. Il nous apprend lui-même qu'il avait loué cette petite maison de M""® de la Peltrie pour deux cents livres par année : " Nous, la trouvons assez riche, disait-il, parce qu'elle suffit à notre pauvreté. Nous avons avec nous trois prêtres,
( 1 ) Latour. Mémoire sur la vie de Mgr de Laval.
qui sont nos commensaux, deux serviteurs, et c'est tout (1) ".
A la fin de 1661, Mgr de Laval quitta les Ursalines pour aller passer l'hiver chez les révérends Pères Jésuites. Au printemps de 1662, il acheta une vieille maison, située à l'extrémité ouest du presbytère actuel ■de Québec, et s'y logea avec sa petite famille (2).
11 ne l'occupa que quelques mois, car le 12 aoiit suivant, il s'embarquait pour la France, en confiant l'administration du vicariat apostolique à M. de Charny et à M. de Beruières (o). Le prélat revint à Québec le 7 septembre de 1663, et dès son arrivée il prit possession ■d'une demeure très convenable que M. de Bernières venait de faire construire, dans le courant de l'été, sur le même emplacement que la vieille maison mentionnée plus haut, et qui fut en réalité le premier palais épiscopal et le premier séminaire de Québec. Cet édifice, d'après le certificat donné, le 14 novembre 16()3, par les experts nommés à cet effet (4), avait une valeur de
(1) Nulla item est doinus Episcopalis ; aliénant domumlocatam tenemus pretis ducentarum librarum in annos singiilos, et ■eam quidem divitem satis^ quia paiipertatinostrœ suffîcit. Ego très habeo meeum sacerdotes commensales, et duos omnino servos nec amplins ". Relatio missiouis canadensis 16(50.
(2) Vie de Mgr de Laval par l'abbé Gosselin, et notes manuscrites de l'abbé L. Beaudet.
(3) Vie de Mgr de Laval par l'abbé Gosselin.
(4) Jean Monfort et Jean Charlet, maîtres-maçons ; Jean Lemire, maître-cliarpentier ; Jean et Pierre Levasseur, maîti'es-menuisiers. La présence des deux maîtres-maçons indique ■clairement que la maison était en pierre.
huit mille cinq cents livres. En conséquence le Conseil ordonna de payer à M. de Bernières, c'est-à-dire au séminaire, les six mille francs qui avaient été souscrits autrefois par la communauté des habitants pour la construction d'un presbytère, et cette somme fut en effet payée, comme il est prouvé par un reçu signé par M. de Bernières, et daté du 17 février 16G4 (1),
Le 30 décembre précédent, Mgr de Laval avait assemblé à la sacristie les paroissiens de Québec avec les messieurs du séminaire, pour fournir à ceux-ci l'occasion de demander le terrain dont ils avaient besoin, pour se bâtir une maison où ils pussent se loger eux et leurs ecclésiastiques.
Ils voulaient aussi avoir le droit de retenir le dit emplacement avec tous les bâtiments et augmentations, " s'engageant à faire bâtir un presbytère en lieu commode pour desservir l'église, valant la somme de six mille livres, si tant est qu'à la suite des temps l'on eût besoin d'un presbytère séparé du dit séminaire ". La paroisse accorda tout ce qu'on demanda (2). A cette
(1) C'est la première fois, cro3'ons-nous, que ces détails sont mis en lumière, les historiens n'en ont pas encore parlé. Nous les avons trouvés aux archives du séminaire, grâce à M. l'abbé Rhéaume. On avait cru jusqu'ici que Mgr de Laval, de 1661 à 1666, n'avait eu ijour résidence que la misérable l^etite maison qu'il avait achetée lui-même.
(2) Le procès-verbal de cette imi^ortante assemblée est signé : Ruette D'Auteuil, M. Huboust Delonchamps, Juchereau de la Ferté, Bourdon, Damours, Gloria, Maduy, H. de Bernières, Delestre, Louis Ango, Dudoiiyt, et François, évêque de Pétrée.
ëpoqiie, Mgr de Laval avait auprès de lui dans son humble demeure, M. de Bernières, M, Thomas Morel, M. Jean Dudoiiyt, M. de Maizerets, prêtres, et MM. Morin, Jolliet, Forest et Lèche valier (et un autre inconnu), ecclésiastiques. Dans son rapport à Rome, de 1664, le prélat écrit: "J'ai établi mon domicile dans mon séminaire ; il y a là avec moi huit prêtres, que j'envoie, suivant les besoins et à ma discrétion, dans les différentes missions de mon vicariat, ou que j'occupe sans relâche à d'autres fonctions ecclésiastiques ".
Cependant les messieurs du séminaire profitèrent de la faveur que leur accordait la paroisse, et en 1666, ils firent construire une grande maison en bois qui fut comme un agrandissement de la maison épiscopale et curiale. Elle touchait d'un côté au chevet de l'écrlise et se trouverait aujourd'hui, d'après nous, dans le jardin du presbytère actuel. Le corps principal, qui faisait angle droit avec l'autre partie de l'édifice, devait avoir cent vingt pieds de longueur environ.
Tout cela semble clairement indiqué sur un plan de 1670, fait par l'architecte Villeneuve, que nous devons à l'extrême obligeance de M. Philéas Gagnon, et que nous avons l'avantage de pouvoir rejoroduire en partie dans cette esquisse. Cette maison était le grand séminaire d'alors; le petit séminaire où logèrent, en 1668, les premiers pensionnaires, se trouvait dans l'ancienne résidence de madame Guillaume Couillard, achetée, en 1666, par Mgr de Laval, en même temps qu'un magni-
iîqiie terrain de seize arpents. Cet édifice est aussi indiqué sur le plan, et, comme on peut facilement s'en rendre compte, il était situé où se trouve aujourd'hui l'entrée du vieux séminaire sur le jaidin. En 1678, il fit place à une grande maison en pierre, l'une des plus belles du pays, et capable de loger tous les élèves du grand et du petit séminaire. Il ne paraît pas cependant que Mgr de Laval l'ait habitée. Il continua d'occuper le presbytère (bâti en 1663), et il est probable que Mgr de Saint- Vallier y résida lui-même, pendant les quelques mois que les deux prélats demeurèrent ensemble.
On allait d'ailleurs au séminaire pour les repas, la récréation et les exercices religieux qui se faisaient en commun (1). La grande maison en bois périt avec le presbytère dans l'incendie qui détruisit tout le séoiinaire en 1701 (2). Mgr de Laval, retenu à sa chambre par la maladie, ne put se sauver qu'avec peine, et ou le
(1) Dans " l'Etat 23résent de l'Eglise et de la colonie française dans la Nouvelle-France", relation bien connue, publiée à Paris en 1688, Mgr de Saint-Vallier, en faisant l'éloge de son prédécesseur, Mgr de Laval, parle des vertus '' qu'il lui voit l^ratiquer tous les jours dans le séminaire où il demeure avec lui ". Si l'on ne fait attention à l'époque exacte où ces lignes ont été écrites, on est porté à croire qu'il s'agit ici du Séminaire de Québec. Or tel n'est pas le cas, puisque Mgr de Laval était demeuré à Paris tout le temps que son successeur passa à Québec, de 1685 à 1687. Le prélat veut donc i)arler de leur cohabitation dans le séminaire des Missions Etr:ru gères de Paris,
(2) Vie de Mgr de Laval par l'abbé A. Gosselin.
porta chez les Pères Jésuites, où il demeura jusqu'au 4 décembre. " Mgr l'Ancien, disent les Annales des Ursulines, et plusieurs de ces messieurs ont demeuré chez les RE. Pères, depuis le 15 novembre jusqu'à la saint François-Xavier, où ils prirent tous congé de leurs hôtes, qui auraient bien souhaité les garder au moins j usqu'au printemps.
" Enfin, après avoir consulté entre eux, ils résolurent d'occuper les bâtiments de Mgr de Québec, et firent accommoder à leur usage ces bâtiments qui n'étaient pas encore achevés (1) ". Par ces bâtiments, l'annaliste veut parler du palais épiscopal commencé, comme on le verra, par Mgr de Saint- Vallier, en 1693. Quant aux élèves du séminaire, on les logea, soit au palais épiscopal, soit chez les Jésuites, et les classes ne furent interrompues que quelques jours.
" Nous ne savons au juste, dit M. l'abbé Gosselin (2), combien de temps il demeura dans le palais de Mgr de Saint-Vallier, après le premier incendie du séminaire. Mais il n'y était certainement plus lors du second incendie, qui arriva dans l'automne de 1705 ; il était retourné au séminaire et logeait dans une salle appelée l'infirmerie. C'est l'intendant, dont la maison ellemême avait été détruite par les flammes, qui occupait
(1) Histoire des Ursulines.
(2) Vie de Mgr de Laval.
Si
fi
et o — , C V. V- -.
. ^ — ""^ *^ oi r "
5lK t;
. fH -M ÏO M" r-( eO ^ O
^ Cl
- O'îSt»
alors le palais épiscopal. Mgr de Laval, forcé de changer encore une fois de résidence, fut porté chez les Jésuites où il demeura deux mois. On se hâta ensuite de lui préparer un petit appartement dans l'endroit du séminaire que les flammes avaient épargné et que l'on appelait alors la 'porterie, situé à la place de la chapelle actuelle (1) ". Et c'est là qu'il mourut, le 6 mai 1708.
Voici la description que faisait du Séminaire de Québec, vers 1705, le sieur -de Lamarche, neveu de M. Boucher, gouverneur des Trois-Eivières, et qui se dit, dans un long mémoire adressé à M. de Pontchartrain, employé au service de cette maison " sans aucun salaire que sa nourriture et entretien ". Il était sans doute l'im des dix ou douze frères donnés qui faisaient alors partie du personnel. " Le séminaire, dit-il, est bâti d'une manière fort avantageuse tant pour les commodités que pour l'agrément de la vue ; il est situé sur une hauteur, dans la plus belle place de la Haute-Ville ; il consiste en deux grands corps de logis qui forment une équerre, aux coins desquels il y a deux pavillons qui font symétrie l'un à l'autre, et qui ont ciuq étages de hauteur. Les deux grands corps de logis contiennent environ cinq cents pieds de bâtiments sur quatre étages de hauteur, sans les caves et greniers. Ensuite il y a
(1) Vie de Mgr de Laval.
une grande cour entourée de muraille qui borne de bien près la cathédrale ; de l'autre côté, il j a un très grand jardin potager rempli d'arbres fruitiers, ensuite il se trouve un clos qui contient six ou sept arpents, dans lequel il y a une basse-cour, ensuite plusieurs maisons et emplacements concédés à des particuliers (1) ".
(1) Copie des archives de la marine à Paris.
CHAPlTPtE DEUXIEME
Mgr de Saint-Vallier. — Le deuxième palais épiscopal
Achat du cimetière. — Construction du troisième palais
épiscopal Description par La Potherie Synodes
Les intendants Le docteur Sarrazin Vente d'un
terrain à Jacques Page. — Mort de l'évêque à l'Hôpital- Général.
A son premier voyage à Québec, en juillet 1685, Mgr de Saint- Vallier, n'étant encore que vicaire général, descendit au séminaire et y fit sa demeure tout le temps qu'il séjourna dans la ville épiscopale.
Mais nous croyons qu'avant de quitter Québec pour la France, où il allait être sacré, il avait fait choix dès lors du terrain et de la maison où il voulait demeurer après son retour. Il aurait même acheté l'un et l'autre, soit à cette époque soit pendant son séjour à Paris, car il écrit dans son fameux mémoire publié eu 1688 et avant son départ de cette dernière ville : " Le Eoi ... par un surcroît de bonté et de magnificence, m'a accordé ... de quoi payer uon seulement mes Bulles, mais encore une maison épiscopale que j'ai cru devoir acheter
pour loger à l'avenir mes successeurs, sans être à charge au séminaire, où j'ai fait jusqu'ici, à l'exemple de mon prédécesseur, ma résidence (1) ".
(1) Dans un mémoire adressé au P. de la Chaise, en 1707, et cité par le E. P. de Rochemonteix dans " Les Jésuites et la Nouvelle - France ", Mgr de Saint- Vallier parle de ses démêlés avec les MM. du Séminaire de Québec, et dit que ce fut leur conduite à son égard qui le décida à acheter une maison. Tome III, p. 317.
Comme ce mémoire est peu ou point connu, nous reproduisons l'extrait cité par le P. de Rochemonteix. *' Feu Monsieur du Douy, prêtre, directeur principal du séminaire des Missions Etrangères de Paris et procureur de celui de Québec, ayant fait entendre au feu P. Valois, par les avis duquel je me conduisais, qu'il était nécessaire, si je voulais faire du bien dans ce pays-là (en Canada), de me réunir au séminaire des Missions Etrangères de Paris, et d'entrer dans l'esprit de communauté et de désappropriation de celui de Québec qui lui est particulier et qui ne se pratique pas au séminaire de Paris ; il me conseilla de me mettre du corps de celui de Paris et d'essayer de la désappropriation du séminaire de Québec. Je suivis ce conseil du P. Valois avec tant de latitude de cœur, que m'étant resté de ma charge d'aumônier du Roi, quarante-cinq mille francs, mes dettes payées, je leur fis remettre cette somme dont je fis don au séminaire de Québec, en retenant seulement Vtisufruil ma vie durant. Je demeurai environ trois ans dans cette désappropriation, durant lesquels je reconnus que l'esprit de cette désappropriation se terminait : à prendre pour le séminaire tout le revenu du clergé séculier du Canada, sans en faire de part à personne, et à m'empêcher de jîouvoir répandre sur les pauvres de la campagne et sur les communautés pauvres du diocèse, le peu de moyens que je pouvais avoir, qui se dépensaient tous au séminaire, où je remarquai que, dans une seule année, il se fit pour cent mille francs de dépenses, comme il me parut par le premier compte que je les engageai de faire, n'en ayant pas fait jusque-là.
Arrivé à Québec le 3 juin 1G88, le prélat passa trois mois au séminaire, et au commencement du mois d'août, il se transporta dans la maison qui devait lui servir de
Le P. Valois ayant par moi et par d'autres su comment les choses se conduisaient dans ce pays-là, il me dit qu'il n'y avait pas à hésiter et qu'il fallait quitter cette désappropriation, pour pouvoir aider de mes revenus les autres communautés et les pauvres du diocèse, la grâce d'un évêque devant être commune et égale à tous, et non pas iiarticulière à une seule communauté. Je me rendis à ce bon conseil, d'où deux choses furent la conséquence.
La première que Messieurs des Missions Etrangères voulurent me faire passer en France pour un esprit particulier qui donnait dans les erreurs des illuminés, et qu'après m'être mis en oraison, je suivais, disaient-ils, mes propres jDensées, croyant suivre ce que l'esprit m'avait inspiré. Ce fut ce que j'eus à souffrir en France dès mon premier voyage ; mais il arriva bien d'autres choses au Canada, à mon retour, où l'on me refusa les missionnaires pour mettre dans les missions, et où l'on ôta les chapelles des missions où elles étaient nécessaires pour dire la messe, et où elles étaient auparavant. On voulut de plus garder ma bibliothèque, et ne me laisser aucun livre ni logement. Cette conduite fut cause que j'achetai une maison, dont le Roi eut la bonté de payer la plus grande partie de ce qu'elle coûtait, et je demandai au Roi le règlement qui fut fait par feu Monseigneur l'archevêque de Paris et le révérend Père de la Chaise".
Le séminaire, de son côté, avait bien des plaintes à porter contre l'évêque.
Citons quelques passages d'un mémoire intitulé : •' Etat de l'Eglise du Canada, depuis l'arrivée du nouvel évêque ".
" Les personnes les plus sages de Paris en qui M. l'abbé de Saint- Vallier avait confiance, lui avaient fortement recommandé dans son premier voyage de Canada, avant son sacre, de ne rien changer dans la visite qu'il y allait faire ; mais seulement de s'y instruire de l'état des choses, et de se souvenir que n'étant encore que vicaire général de son prédéces-
palais, en attendant la construction d'un édifice plus digne et plus spacieux. Il avait acheté cette maison et le terrain sur lequel elle était bâtie de M, François
senr, il n'était ni de la bienséance, ni de la sagesse, de faire aucun changement, mais qu'il était à propos de suivre ce qu'avait fait celui dont il exerçait l'autorité et qui par sa démission volontaire l'avait mis en place.
" Il parut à tout le monde qu'il partait dans cet esprit ; il fut descendre dans le Séminaire de Québec pour y faire sa demeure et se conformer en tout à l'ancien évêque ; cependant quoiqu'il ne pût s'empêcher d'approuver le bien qu'il voyait si bien commencé et qu'il affectât de s'écrier en diverses circonstances que tout était fait et qu'il n'avait plus rien à faire, à peine avait-il vécu dans le séminaire, quinze jours, que dans les premières visites qu'il fit, il voulut faire plusieurs changements, et en fit effectivement quelques-uns, mettant de nouveaux règlements dans le séminaire, ôtant le chapelet, pour augmenter, disait-il, le temps de l'oraison mentale, augmentant le nombre de trente enfants jusqu'à soixante et soixante-dix, tant à Québec qu'à une terre du séminaire qui est à sept lieues, et faisant faire, sans mesure et sans consulter personne, des aumônes excessives et des établissements prématurés aux dépens de son clergé, se regardant comme le maître et le dispensateur absolu de tous les biens ecclésiastiques ; de sorte qu'en un an, quoiqu'il eût apporté de grosses sommes de France, il se vit sans argent, et, repassant en France, il laissa le séminaire chargé de huit à dix mille francs de dettes, étant au sur2jlus brouillé avec les directeurs du séminaire et surtout avec M. de Maizeret, qui en était le supérieur, dont la vertu et la droiture devaient lui avoir insi^iré beaucoup d'estime, mais dont le crédit dans tout le pays et la liberté à lui représenter les inconvénients de sa conduite le lui avaient rendu peu supportable.
" Lorsqu'il s'embarqua pour repasser en France, les communautés, les curés, et les peuples furent si frappés de sa manière d'agir avec tant de vivacité et de précipitation, et du peu d'égai'ds qu'il avait eus pour la conduite de son
Provost, major du château et ville de Québec. Ce ne fut que le 12 novembre 1688 que le contrat d'achat fut passé, mais il y est dit expressément que l'évêque en avait déjà pris possession depuis son retour de France. Il paya le tout quinze mille louis, somme que le roi devait lui donner dans l'espace de trois ans (1). Le site était admirablement choisi, il n'y en avait pas de plus beau dans la ville ; le seul inconvénient était la distance assez grande où se trouvait l'évêché, de la cathédrale. D'après les notes du regretté M. Louis
prédécesseur, et pour la personne et les avis de ses vicaires généi-aux, que dès lors on prévit ce qu'il oserait entreprendre quand il serait évêque, et on écrivit de toutes j^arts en France, qu'on appréhendait son retour, et qu'il serait peutêtre de la gloire de Dieu de lui persuader de ne point y revenir et de ne se point faire sacrer.
'' Il n'était arrivé en Canada qu'au mois de juin 1688, et depuis ce temps-là jusqu'en novembre suivant, tant durant les trois mois qu'il passa au séminaire en attendant qu'il pût aller loger ailleurs, que lorsqu'il fut établi dans sa maison épiscopale, il fit connaître ouvertement tout ce qu'il avait dans le cœur pour changer autant qu'il pouvait l'ancienne manière de gouverner "
Suivent cinq articles de plaintes, et des réponses à celles de l'évêque. Quoiqu'il en soit, le prélat gagna sa cause à la cour et le règlement que l'on fit lui fut favorable. Voir '' Les évêques de Québec ", page 109.
Dans l'important ouvrage cité plus haut : " Les Jésuites et la Nouvelle-France ", le R. P. de Rochemonteix porte sur Mgr de Saint-V allier le même jugement que nous avons porté nous-même dans la notice biographique que nous lui avons consacrée. (Les évêques de Québec).
(1) Voir copie du contrat à l'Appendice A.
Beaudet, les Eécollets semblent avoir été les premiers occupants de ce vaste terrain, et en 1616 ils y avaient un jardin pour la culture des légumes. Deux ans après, ils échangèrent avec Louis Hébert qui leur concéda une propriété sur les bords de la rivière Saint-Charles, et c'est là qu'ils construisirent leur monastère de Notre- Dame-des- Anges.
Le 4 février 1623, Louis Hébert reçut ses lettres patentes de Sa Majesté le roi de France.
En 1626, il obtint un titre de concession de ce terrain renfermant le futur emplacement du séminaire. Son héritier Guillaume Couillard céda, en 1637, à la Compagnie de la Nouvelle-France, trois arpents de ce terrain dont environ deux cent quatre-vingts perches de désertées, y compris le cimetière.
On voit ensuite, le 20 septembre 1649, la même compngnie concéder à " dame Anne Gagnier, veuve de M. Jehan Clément du Waulx, seigneur de Monceaux, un arpent de terre ou environ, dans l'enclos sur le Saultau-Matelot, tenant au N.-O. aux teiTCS du sieur Guillaume Couillard, au S.-E. à une terre où est placé un fourneau à briques de MM. de la compagnie; au N.-E. au Sault-au-Matelot ; au S.-O. à un chemin qui court N.-O. et S.-E. et qui fait la séparation entre la dite terre et la grande place ". Le 19 février 1652, M. Jean de Lauzon concède à la même dame de Monceaux " un hangar situé à l'endroit de la descente au magasin, tenant d'un côté à la concession d'un arpent de terre à elle
appartenant, et ensemble la terre qui se trouve depuis cet arpent jusqu'au chemin par lequel on va au fourneau à chaux, formant en tout environ deux arpents et demi de terre en supeificie. " Ce terrain est mesuré, le 16 avril 1655, par Bourdon, qui en dresse un procèsverbal.
Vient ensuite Denis-Joseph Euette, sieur D'Auteuil, gendre de madame de Monceaux, qui, le 26 juillet 1656, est reconnu comme propriétaire du même emplacement. Il le cède, le 3 juillet 1667, à Octave Zapaglia, écuyer, sieur de Eessan, pour M. Jean Talon, conseiller du roi, intendant de justice, police et finance en la Nouvelle-France.
Enfin M. Jean Talon, représenté par M""' de la Guide, femme de M. Perrot, gouverneur de Montréal, vend le même terrain, eu 1682, à M. Provost, qui le cède à son tour à Mgr de Saint- Vallier.
L'évêque devint ainsi le propriétaire d'un magnifique terrain et d'une maison tout à fait convenable, l'une des plus belles de la ville à cette époque, maison en pierre à deux étages, couverte en ardoise, avec cuisine séparée, et hangar, cour et jardin (1). Eien d'étonnant, si l'on fait attention à la qualité des personnes qui l'avaient occupée auparavant. 11 s'y rendit dès le 15 août 1688, avec son vicaire général, M. Merlac, et son secrétaire,
(1) Contrat passé devant Genaple, reproduit à l'appendice A.
M. Foucault. Le plan reproduit ici indique clairement que ce petit palais épiscopal de Mgr de Saint- Vallier, construit par M. Dauteuil — nous le croyons du moins — se trouvait à l'extrémité du terrain qu'il venait d'acheter, touchant d'un côté à l'ancien cimetière et de l'autre à la rue de la Montagne.
Le prélat fit commencer, en 1639, un mur d'enceinte pour enfermer sa propriété, et l'on trouve dans le greffe de Genaple plusieurs contrats qui s'y rapportent. C'est ainsi que le 27 avril de cette anuée, il charge le sieur Pierre Maufet, habitant de la côte Saint-Michel, de voiturer toute la pierre, chaux et sable dont le maçon avait besoin pour exécuter cet ouvrage, " à prendre la dite pierre et chaux sur la grève devant la Ville-Basse, ou bien au bas de la montée du séminaire, à l'entrée de la petite rivière, et quaut au sable à prendre à la Pointeaux-Lièvres ".
Le prix était de douze sols par voyage.
Le 10 décembre 1600, autre contrat avec " Claude Baillif, entrepreneur de bâtiments, de cette ville, lequel entreprend tous les ouvrages de maçonnerie pour parachever le portail commencé de la cour du palais épiscopal ". Ce portail devait avoir vingt-quatre pieds et demi de hauteur, et être couronné " par une corniche, frise et architrave de l'ordre toscan, l'arcade du dit portail bombée et formée de claveaux bien joints, taillés proprement et faits de la forme et manière conforme au dessin qui en a été signé par les parties... Plus fera
ce qu'il conviendra faire de murailles pour l'enceinte du dit palais épiscopal, et ce de la pierre du lieu, réservé le côté qui en sera exposé au nord-est, lequel sera de pierre de Beauport ". Prix de cette entreprise, six cent vingt livres pour le portail, et dix-neuf livres pour chaque toise de muraille. Sur l'une des gravures de 1759 que nous reproduisons, l'on voit encore le mur et le portail dont il est question dans ce contrat et répondant exactement à la description qui en est faite.
Pour agrandir la magnifique propriété qu'il venait d'acquérir, Mgr de Saint-Vallier fit consentir la fabrique à lui concéder tout le terrain de son cimetière (1) qui se trouvait entre la terre du palais épiscopal et le bord de la côte qui regarde la Basse-Ville et le chemin qui conduit de la Basse à la Haute-Ville. Il lui donna en échange une propriété de même étendue située sur la rue Desjardins et qu'il acheta, le 31 décembre 1689, d'Olivier Morel, sieur de la Durantaye. Mais quoique ce terrain fût accepté par les paroissiens, il faut croire qu'on ne le trouva pas convenable, car on ne s'en servit jamais ; et le 21 février 1691, le prélat acheta des Messieurs du séminaire pour la même fin et au prix de quatre mille livres, " une espace de terre ... de pareille étendue et quantité de terre que l'ancien cimetière cédé et transporté au dit seigneur acheteur par les sieurs curé et marguilliers de la dite paroisse, suivant le
(1) On y enterrait depuis 1655.
■contrat qui en a été passé ... le 31 décembre 1688. C'est à savoir le nombre de quatre cent soixante et dixneuf toises de terre en superficie, faisant demi-arpent trois perches et deux toises d'étendue de terre, borné d'un côté par les murailles de l'église Notre-Dame ... ; d'un bout par allée de communication de la dite église au grand logis du dit séminaire ; d'autre bout par la porte et clôture qui sont sur la place Notre-Dame près du portail de la dite église, et de l'autre côté, par la ligne et clôture qui renfermera la dite espace tendant droit de la dite allée de communication à la dite clôture qui est et regarde sur la dite place Notre-Dame ".' Ce cimetière fut appelé le cimetière Sainte- Anne,
Le 9 mars de la même année, le prélat rendit à ce sujet l'ordonnance suivante : " Ayant connu la nécessité qu'il y avait de chercher un autre lieu pour faire un cimetière, la place de celui-ci n'étant point commode ni pour le clergé, ni pour le peuple, à cause qu'il ■se trouve au milieu de la ville, où l'air pouvait incommoder en de certaines occasions le peuple, et qu'il est ■dans un penchant qui est de difficile accès pendant l'hiver. Désirant d'ailleurs pouvoir renfermer notre maison épiscopale d'une manière à n'être point exposée à l'entrée de tout le monde, ayant fait assembler les anciens et nouveaux marguilliers, et ayant eu leur consentement pour le mettre ailleurs, nous avons cherché et trouvé une place très commode auprès de l'église, que nous avons achetée des messieurs du séminaire,
laquelle commençant d'être en état d'y pouvoir enterrer et qui sera bientôt enfermée de pieux, nous avons cru devoir faire bénir le nouveau cimetière, et interdirel'ancien, c'est ce que nous faisons par cette présenteordonnance, déclarant que notre intention n'est plus qu'on enterre dans l'ancien, voulant que sans perdre detemps monsieur..., député par nous, bénisse le nouveau".
Le 22 avril 1703, une assemblée très importante fut. tenue au palais de l'intendant, à laquelle aî5sistaient les prêtres du séminaire, les marguilliers anciens et, nouveaux, les officiers du Conseil et de la Prévôté et les principaux paroissiens de Québec, et cette réunion avait pour but de régler toutes les affaires pendantes, entre le séminaire et la paroisse, au sujet du terrain cédé par celle-ci en 1663 et dont elle voulait recouvrer la possession.
Nous en parlons ici, parce qu'il fut aussi question d'un cimetière et d'autres sujets mentionnés plus haut.. D'après le procès-verbal de cette assemblée, l'ancien presbytère existait encore (on l'avait rebâti après l'incendie de 1701), et le terrain était " composé du logement du curé du lieu, pour les petites écoles et autres, logements servant à l'usage de la sacristie de l'église,, cours et jardins et lieux appelés aujourd'hui cimetière de la Sainte-Famille et de Sainte-Anne ".
Pour le bien de la paix, les prêtres du séminaire cédèrent ce qu'ils se croyaient en droit de garder, c'est-. à-diie tout ce qu'ils avaient obtenu en 1663, étant par-
là môme déchargés de l'obligation qu'ils avaient alors contractée de bâtir au besoin un nouveau presbytère de la valeur de six mille livres. La fabrique reconnaissait leur droit d'avoir un passage couvert entre leur maison et l'église, tant qu'ils auraient la desserte de la paroisse et le soin de l'éducation des enfants. On ajouta de plus que les messieurs du séminaire, pour s'acquitter envers Mgi-de Saint- Vallier de l'obligation de lui fournir un cimetière de quatre cent soixante et dix-neuf toises en superficie, cédaient à cette fin un terrain de six cents toises à prendre le long de la clôture de l'Hôtel-Dieu. Ce cimetière porta pendant longtemps le nom de cimetière des Picotés ; il est maintenant occupé par la rue Cliarlevoix.
On pourrait se demander comment et pourquoi le séminaire, qui avait vendu pour quatre mille livres à Mgr de Saint-Vallier le terrain du cimetière Sainte- Anne, se trouvait encore endetté envers lui et obli<ïé de fournir un nouveau cimetière. Mais on doit se rappeler que le séminaire s'était chargé de la desserte de la paroisse et qu'il en avait tous les revenus. Quand Mgr de Saint-Yallier voulut changer cet état de choses et faire remettre à la paroisse tout le terrain qu'elle avait cédée, eu 1663, le cimetièie Sainte-Anne se trouva compris avec tout le reste, et le séminaire reconnut qu'il devait donner un autre terrain pour les quatre mille livres qu'il avait reçues de l'évêque.
A peine était-il installé dans st)n petit palais, que
Mgr de Saint-Vallier se donna la commodité d'y avoir un oratoire où il disait la messe, les jours où il n'avait pas à officier à la cathédrale ou dans quelque maison religieuse de la ville. On voit même que dès le 26 mars 1689, il y faisait des ordinations, et ce jour-là il conféra le sacerdoce dans la chapelle de son iKtlais à M. Philippe Boucher, fils de Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières. Ce digne prêtre fut toute sa vie curé de Saint-Joseph-de-Lévis où il mourut en 1721 (1).
Mgr de Saint-Vallier quitta Québec au mois de mai de la même année 1689 (2), pour se rendre à Terre- Neuve, puis en Acadie, et ne fut de retour que le 15 octobre suivant. Le 9 novembre 1690, il convoqua le premier synode diocésain, et ce fut évidemment dans son palais épiscopal que le prélat réunit son clergé et lui fit connaître les sages règlements qu'il avait faits pour la conduite des âmes et l'administration des
(1) Plusieurs curés canadiens, sous la domination française, avaient de belles bibliothèques, dit l'abbé A. Grosselin dans LeP.de BonnecamiJS ; celle de M. Philippe Boucher (1690- 1721) comptait au delà de cinq cents volumes. {Le curé Philippe Bouclier, par J.-E. Roy, dans la Revue Canadienne, 1891).
(2) Voir " Bulletin des Recherches Histoï-iques ", novembre 1895. M. l'abbé Casgrain établit clairement que Mgr de Saint- Vallier se rendit en Acadie en 1689, voyage qu'aucun historien, pas même l'annaliste de l'Hôpital-Grénéral, n'avait encore mentionné. Dans " Les évêques de Québec " il n'en est pas non plus question, et nous sommes heureux de voir que ce fait historique ne peut plus être contesté.
paroisses (1), Le prélat passa en France une partie des années 1691 et 1692. et, de retour à Québec, il réunit de nouveau, dans son palais épiscopal, le 5 février 1693, " une assemblée de tous les confesseurs de la ville et de la campagne du voisinage de Québec, à l'occasion du jubilé accordé par le pape Innocent XII (2) ". Quelque temps après, il faisait commencer la construction d'un vaste palais qui devait remplacer celui qu'il avait occupé jusque-là. Le contrat avait été donné, le 10 janvier précédent, au même architecte et entrepreneur de bâtiments, Claude Baillif, qui avait fait le mur d'enceinte, quelques années auparavant, et un autre contrat pour la charpente, le 12 novembre de la même année, à Jacques Rédard, de Charlesbourg.
Baillif était chargé de faire le corps principal du bâtiment ; les murailles du pourtour devaient avoir trois, pieds et demi d'épaisseur dans les fondations, jusqu'à la voûte qui serait faite dans toute la longueur, et ensuite deux pieds et demi d'épaisseur au-dessus. " Tous les parements, dit le contrat, et dehors en pierre de Beauport, et par le dedans en pierre de cette ville. La voûte susdite aura dix pieds de sous-clef et le connexe d'icelle sera élevé de deux pieds de plus haut qu'est le plancher d'en bas du premier étage ou rez-de-chaussée de l'ancien palais dans lequel l'évêque est présentement logé ".
(1) Mandement des évêques de Québec, 1, page 270.
(2) Idem, page 309.
jl I.'
-ii-~-:^L/^
.--ilr-J
Il ,'
F^ C GJ
tf
rj
•il
tC'
Te
ai ~ i
aï
rr.
co
es
GJ
te
sô
Cela indique clairement que l'ancien palais existait encore, et ce ne fut qu'en 1697 qu'il fut détruit, et sod emplacement occupé par les nouvelles constructions. En 1694, on posa la pierre angulaire du corps principal, et on mit au-dessous une plaque en plomb avec l'inscription suivante :
" Anno Domini MDCXCIV, Innocentii Papœ XII, anno III, Ludovic! XIV, Francorum Eegis LI, primum palatii Sui Episcopalis lapidem posuit Joannes a cruce de St. Vallier Ecclesise Quebecensis Episcopus, Deipara et Divo Ludovico Eiusdem Ecclesise patronis, auspicibus ".
[traduction]
" L'année du Seigneur 1694, la 3e du pontificat de Innocent XII, la 51e du règne de Louis XIV, roi des Français, Jean de la Croix de Saint-Vallier, évêque de l'église de Québec, a posé cette première pierre de son palais épiscopal, sous les auspices de la Mère de Dieu et de saint Louis, patrons de cette église ".
Cette plaque fut trouvée en décembre 1850, pendant les travaux de démolition de l'hôtel du Parlement. Elle devait être à l'extrémité sud du corps principal. On la conserve avec soin à l'évêché.
Forcé de repasser en France, dans l'automne de la même année, pour le règlement d'une foule de difficultés, Mgr de Saint-Vallier n'en revint qu'au printemps de 1697, et à son arrivée, il prit possession de sa. nouvelle demeure.
A cette époque, la chapelle devait être construite ainsi que le corps principal. En octobre suivant, le prélat signa un nouveau contr at avec le sieur Joseph Mailloux, maçon, pour faire une aile au palais épiscopal du dit seigneur, du côté du terrain de l'ancien cimetière. Cette aile devait couvrir à son extrémité tout l'emplacement de la première maison de l'évêque.
Voici la description que fait La Poterie de tout cet édifice en l'année 1700 :
" Le palais épiscopal est sur la côte. C'est un grand bâtiment de pierre de taille, dont le principal corps de logis avec la chapelle qui doit faire le milieu, regarde le canal ; il est accompagné d'une aile de soixantedouze pieds de longueur, avec un pavillon au bout, formant un avant-corps du côté de l'est. Et dans l'angle qui fait le corps de logis avec cette aile, est un pavillon de la même hauteur, couvert en forme d'impériale, dans lequel est le grand escalier. Le rez-de-chaussée de la principale cour, étant plus élevé que les autres cours et le jardin, fait que dans cette aile, le réfectoire, les offices et la cuisine sont en partie sous terre, tous voûtés de brique, et ne prennent jour que du côté de l'est, La chapelle est de soixante pieds de longueur ; son portail est de l'ordre composite, bâti de belle pierre de taille qui est une espèce de marbre brut. Ses dedans sont magnifiques par son retable d'autel, dont les ornements sont un raccourci de celui du Val-de-Grâce. Il y aurait peu de palais épiscopaux en France qui pussent l'égaler
€n beauté, s'il était fini. Tons les curés de campagne qui ont des affaires particulières à la ville, y trouvent leur chambre, et mangent ordinairement avec monsieur l'évêque, qui se trouve presque toujours au réfectoire ".
D'après les notes manuscrites du regretté M. Bois, Mgr de Saint- Vallier avait appelé son palais " Maison commune du clergé de Québec et de Paris ". Malheureusement, comme il arrive trop souvent à cet historien, il n'indique pas où il a pris ce renseignement. Deux personnes, d'après le même auteur, furent inhumées dans la chapelle.
Le palais n'avait cependant que la moitié de l'étendue que comportait le plan projeté. La chapelle devait occuper le centre du bâtiment principal, tandis qu'elle se trouva toujours à l'une des extrémités, la partie nordouest de l'édifice n'ayant jamais été construite. La croix qui la surmontait, fut donnée au séminaire après la conquête, et elle dominait le clocher qui, avec la chapelle, fut brûlé dans l'incendie à jamais déplorable du 1er janvier 1888 (1).
C'est dans la grande salle de ce palais que, le 23 février 1698, Mgr de Saint-Vallier réunit son troisième synode diocésain.
Le mandement de convocation, en date du 13 du même mois, avait été signifié par un des ecclésiastiques de l'évêque, à " MM. les Doyen, Dignités et chanoines de
(1) Cette croix est conservée à l'Université Laval.
la cathédrale, et aux trois supérieurs des communautés» et envoyé aux curés et missionnaires du voisinage (1) ".
On comprend qu'à cette époque de l'année, il était difficile aux prêtres plus éloignés de se rendre à la ville épiscopale. On voit figurer dans cette réunion solennelle plusieurs personnages éminents et bien connus dans l'histoire de l'Eglise du Canada.
De chaque côté de Mgr de Saint- Vallier se tenaient ses deux vicaires généraux, MM. Charles de Glandelet et François Jolliet de Montigny (2) ; puis venaient le supérieur du séminaire, M. Louis Ango de Maizerets, le supérieur des Jésuites, le E, P. Jacques Bruyas, le supérieur des Eécollets, le E, P. Joseph Denis, le supérieur du couvent de N.-D,-des-Anges, le E. P. Séraphin Georgené, les chanoines Henri de Bernières, Germain Morin, le premier prêtre canadien, Amador Martin, le deuxième, J.-F. Buisson de Saint-Cosme, Etienne Le Vallet, Jean Pinguet, curé de Beaumont, Nicolas du Bos, Philippe Boucher, curé de Saint- Josephde-Lévis, et Joseph Seré de la Colombières, secrétaire de l'évêque. Ce dernier devint quelques mois plus tard vicaire général, et c'est lui qui, le 4 juin 1708, prononça l'oraison funèbre de Mgr de Laval. A paît les membres du chapitre ci-dessus nommés, Ton voyait au synode M. François Dupré, curé de Québec, et M.
(1) Mandements des Evêques de Québec.
(2) Il demeurait au palais épiscopal.
Etienne Boulard, curé de Beauport; en ajoutant à peu près huit jésuites et huit récollets qui devaient ce jourlà se trouver à Québec, on verra que l'assemblée se composait de trente-trois prêtres.
Le S octobre 1700, Mgr de Saint-Vallier présida, ■dans la même salle de son palais, son quatrième et dernier synode. Il ne devait pas revoir son clergé de si tôt, car on sait que cinq jours après il quitta Québec pour la France et pour Eome. Fait prisonnier en revenant, il fut retenu neuf ans en Angleterre et ne fut de retour au Canada que le 17 août 1713.
L'incendie du séminaire qui eut lieu le 15 novembre 1701, força, comme nous l'avons vu, Mgr de Laval à se retirer chez les Jésuites. Mais le 4 décembre suivant, après avoir fait préparer pour son usage les appartements du palais épiscopal, il alla s'y réfugier avec quelques-uns des messieurs du séminaire. Et c'est dans la chapelle de ce palais qu'il fit toutes les ordinations au nombre de vingt-six, depuis le 1er avril 1702 jusqu'au 27 avril 1704. Il le quitta alors pour ne plus y retourner, et mourut dans un appartement du séminaire. En 1705 ce fut le tour de MM. Beauharnois et Eaudot d'aller occuper la vaste maison de l'évêque absent, ■chassés eux-mêmes par l'incendie du palais de l'intendant. Huit ans après, le 5 janvier 1713, le feu réduisait de nouveau en cendres cette maison du gouvernement, ■et l'intendant M. Bégon se transporta avec sa famille
dans le palais de Mgr de Saint- Vallier (1) et c'est là qu'il présidait les séances du conseil supérieur. Il y était encore le 17 août de la même année, quand le vénérable propriétaire fut enfin de retour à Québec,, après une absence forcée de treize ans. " Monseigneur passa huit jours à Québec, disent les annales de l'Hôpital-Général... Le dernier jour, il administra dans la cathédrale le sacrement de Confirmation à un çjrand nombre de personnes de tout âge... Après la cérémonie qui ne finit qu'à une heure de l'après-midi, il alla prendre le dîner chez les messieurs du séminaire. Là, en présence de tous les membres du clergé, il exposa la résolution où il était de ne pas occuper son palais épiscopal.
" Ses revenus étant très modiques, il ne se croyait pas en état de soutenir une telle dépense. Il venait de perdre considérablement par la réduction des rentes sur l'hôtel de ville ; les constructions commencées depuis quelque temps à l'Hôpital Général étaient coûteuses et se faisaient à ses frais... Les religieuses Ursulines des Trois-Eivières avaient, elles aussi, grand besoin de ses attentions. Il était endetté en France de plus de vingtcinq mille francs pour des effets qu'il avait achetés pour les distribuer aux pauvres ; il prévoyait, en outre, qu'il serait dans la nécessité de contracter de nouvelles
(1) " 30 janvier 1713. Le conseil s'est assemblé à l'évêché en conséquence de l'incendie du Palais, arrivé la nuit entre les 5 et 6 du mois ". Edits et ordonnances, page XXXIII.
dettes, après avoir fait la visite de son diocèse. Toutes ces raisons l'obligeaient à user personnellement d'une stricte économie, et pour cela il était dans l'intention de se retirer à l'Hôpital-Général. Ces messieurs durent se rendre à l'avis du prélat ; il fut conclu qu'il aurait une chambre réservée au séminaire, pour s'y retirer quand ses affaires l'appelleraient à la ville.
" Le jour même, il vint prendre possession de son appartement", Mgr de Saint- Vallier y demeura jusqu'à sa mort, arrivée le 26 décembre 1727. C'est là que Ip P. Charlevoix le vit en 1720, quand il visita Québec, " Le prélat fondateur, dit-il, a son appartement dans la maison (l'Hôpital-Général) et y fait sa résidence ordinaire ; il a loué son palais, qui est encore son ouvrage, au profit des pauvres ".
Et voici ce qu'il dit de l'évêché : " Le palais épiscopal n'a de fini que la chapelle et la moitié des bâtiments que poite le dessin, suivant lequel ce doit être un quarré long. S'il est jamais achevé, ce sera un très bel édifice. Le jardin s'étend jusque sur la croûte du rocher et domine toute la rade.
" Quand la capitale de la Nouvelle-France sera aussi florissante que l'ancienne (et il ne faut désespérer de rien, Paris a été longtemps beaucoup moins que n'est Québec aujourd'hui), qu'autant que les yeux pourront porter, ils ne verront que bourgs, châteaux, maisons de plaisance, et tout cela est déjà ébauché ; que le fleuve
de Saiut-Laurent, qui roule majestueusement ses eaux, et les amène de l'extrémité du Nord ou de l'Ouest, y sera couvert de vaisseaux ; que l'île d'Orléans et les deux bords des deux rivières qui forment ce port, découvriront de belles prairies, de riches coteaux et des campagnes fertile s, et il ne leur manque pour cela que d'être plus peuplées ; qu'une partie de la rivière Saint-Charles, qui serpente agréablement dans un charmant vallon, sera jointe à la ville, dont elle sera sans doute le plus beau quartier ; que l'on aura revêtu toute la rade de quais magnifiques; que le port sera environné de bâtiments superbes, et qu'on y aura trois ou quatre cents navires chargés de richesses, que nous n'avons pas encore su faire valoir, et y apporter en échange celles de l'ancien et du nouveau monde, vous m'avouerez, madame, que cette terrasse offrira un point de vue que rien ne pourra égaler, et que dès à présent ce doit être quelque chose de fort beau ".
Cette vue prophétique de l'avenir de Québec prêterait à bien des commentaires. Plusieurs des embellissements et des progrès rêvés par le P. Charlevoix se sont réalisés, les autres se font attendre. Paris en 1720 avait son demi-million d'habitants. Québec n'est pas encore rendu à cent mille. La terrasse dont il parle a été remplacée par une autre, plus vaste et plus élevée, et d'où le regard embrasse l'un des plus beaux panoramas du monde.
Mais c'est en vain que de cette éminence coiirounée jadis par le château Saint-Louis et aujourd'hui par le superbe hôtel Frontenac, son œil voudrait contempler ces quais splendides que son rêve lui avait montrés et ces centaines de navires qui devaient remplir la rade incomparable de la cité de Champlain. Il chercherait inutilement le palais épiscopal dont il donne la description. Le site lui-même en est désert, et sa solitude n'est troublée que par des troupes d'enfants qui viennent y prendre leurs ébats et fouler inconscients la poussière de ses murs. Mais que ne dirait pas le P. Charlevoix si, arrivant à Québec par un beau soir d'été, il contemplait à distance la ville couronnée de ses centaines de lampes électriques comme d'un diadème enrichi de ■diamants ! Et quels changements n'admirerait-il pas à l'intérieur, dans les églises, le séminaire et tous les principaux édifices publies ! Il verserait sans doute bien des larmes sur les ruines du collège des Pères Jésuites, mais sa douleur serait mêlée de joie, en voyant les religieux de la Compagnie de Jésus travailler avec tant de zèle et de succès dans cette même vigne du Seigneur fertilisée par le sang de leurs premiers missionnaires. Enfin il admirerait cette Eglise de Québe c sortie triomphante de toutes les épreuves, sanctifiée par les vertus de ses pieux évêques et honorée à jamais par les gloires du cardinalat.
Comme, en écrivant l'histoire du palais épiscopal,
nous croyons devoir parler de tout le terrain qui en faisait partie, il faut mentionner ici un contrat de vente (1), en date du 28 janvier 1716, par lequel Mgr de Saint- Vallier céda à Jacques Page un morceau de vingt-neuf pieds de front sur la rue de la Montagne, joignant au N.-O. la maison de Guillaume Page (son père), par une ligne triangulaire de cinquante pieds de profondeur ; au S.-O. le terrain de l'évêque par une ligne de quarante-deux pieds de profondeur ; le derrière du terrain joignant la propriété d'Antoine Girard par une ligne de vingt-deux pieds et demi, pour le prix de dix-huit cents livres et d'une rente foncière et perpétuelle de trois livres. Mais, on ne sait pourquoi, l'acheteur, mécontent de son achat, espérant sans doute faire plus tard un marché plus avantageux, poursuivit le prélat devant la prévôté, pour faire annuler la vente. Le 3 mars 1717, le conseil supérieur auquel la cause avait été référée en appel, déclara le contrat nul^ " attendu, dit le jugement, que le dit terrain est inaliénable ... ce faisant, a condamné et condamne mon dit sieur l'évêque à rembourser au dit Page, appelant, la somme de dix-huit cents livres ... avec intérêt d'icelle du jour de la demande et avec dépens. (.Signé) Bégon ". On voit par le jugement que " le terrain vendu était alors occupé par une batterie située à l'entrée du chemin
(]) Etude du notaire Kivet.
des Eondes, vers la montée de la Basse-Ville à la Haute, avec défenses de bastion (1) ".
Cependant l'évêqne ne se tint pas pour battu, et, le 8 janvier 1722, pour éviter un procès ou les frais que voulait lui faire le même Jacques Page, il lui vendit de nouveau la même propriété, mais à des conditions moins avantageuses que la première fois, car Page ne s'obligeait, à payer que six livres de rente perpétuelle (2),
Celui-ci se plaignait que les eaux de l'emplacement de l'évêché tombaient sur le- sien, depuis que Monseigneur l'évêque avait fait relever les corps qui étaient sur son terrain servant de cimetière, et fait jeter des terres à dix ou douze pieds de hauteur contre le mur de la maison Carcy. Il voulait que l'évêque fît ôter cet amas de terre, détournât le cours des eaux, et fit réparer le mur qui séparait les deux terrains. Mgr de Saint- Vallier aima mieux se tirer d'affaire en vendant une petite partie de sa propriété à laquelle il ne tenait pas beaucoup, comme le mentionne le contrat de vente, vu qu'elle était séparée du reste, par le chemin que les ingénieurs avaient tracé le long du terrain de l'évêché et de celui du séminaire, pour le service de la grande batterie,
La rente de six hvres, prix de la propriété, fut payée
(1) Eegistre du Conseil Supérieur. Nous devons ce document et plusieurs autres à l'obligeance de M. Eudore Evanturel.
(2) Greffe de Barbel.
'aux successeurs de Mgr de Saint- Vallier jusqu'en 1852, époque où le conseil de ville acheta ce terrain avec celui ■qui l'a voisinait pour élargir la rue de la Montagne. Nous publions à l'appendice H les noms des différents propriétaires qui se sont succédé depuis 1722 jusqu'à 1852. Entre l'ancien cimetière et la rue de la Montagne, la fabrique avait concédé dès l'année 1680, un terrain de cinquante-neuf pieds sur trente au sieur Guillaume Page, maître-taillandier, père de Jacques. Il s'y bâtit une maison en 1685, et c'est cette maison qu'occupait son fils en 1722, quand il agrandit sa propriété en achetant une partie du terrain du pahiis épiscopal.
En 1727, il se construisit une autre maison sur ce dernier emplacement acheté de Mgr de Saint-Vallier, et suivant les instructions détaillées que lui donna le •sieur de Léry, ingénieur royal, il dut laisser une rue de vingt-quatre pieds de large entre sa maison et le mur 'de l'ancien cimetière, ou de l'évêché, fermer cette rue par un mur en pierre de taille le long de la rue de la Montagne, et faire dans le dit mur une porte de pierre de taille de quatre pieds de large et huit pieds de haut, bombée, le milieu de la porte devant se trouver au milieu de la rue. L'entrée de la maison de Page devait donner sur la rue de la Montagne (1). Après l'intendant Bégon que nous avons vu installé pendant plusieurs années dans le palais épiscopal, ce fut le tour
(1) Etude de Lacetière.
du fameux docteur Sarrazin, qui paraît en avoir été. l'unique locataire de 1720 à 1729. Il y était certainement en 1728, car nous lisons dans un contrat passé par le notaire Dubreuil, le 21 juillet de cette année, qu'il avait élu son domicile en sa demeure au palaisépiscopal de cette ville. On verra plus loin, qu'à cette date il avait commencé la construction d'une maisoq^ sur l'emplacement de l'évêché actuel.