CHAPITRE TROISIÈME
Mgr de Mornay Difficultés avec l' Hôpital-Général ^'vét -
du Conseil d'Etat Mgr Dosquet Réparatior/s diy ,
palais Difficultés avec le gouverneur et l'intendant. —i i
Vente d'un emplacement Maison des Carpentier.^
Villa Samos Mgr de Lauberivière Mgr dePontbriaud.
— Réparations au palais Hospitalité de l'évèqiie
Siège de Québec Destruction partielle du palais épis-
copal.
Mgr de Saint-Yalliei avait légué son palais épiscopal à ses successeurs sur le siège de Québec.
Après la mort du prélat, en 1727, Mgr de Mornay, son coadjuteur, qui demeurait en France et qui ne put jamais se décider à traverser la mer, devint évêque de Québec et fit prendre possession de son siège et de son évêché par M. Eustache Chartier de Lotbinière, archidiacre de la cathédrale. Celui-ci, accompagné de deux ecclésiastiques et d'un notaire, se rendit à l'église, puis, après avoir lu les bulles du nouvel évêque, et fait les autres cérémonies d'usage, il se transporta " au-devant du palais épiscopal ... et il en prit corporelle, réelle et actuelle possession par l'entrée au dit palais par
la principale porte et autres portes des chambres et appartements, et par l'entrée dans la chapelle du dit évêché (1) ", Cependant les Sœurs de l'Hôpital- Général se crurent en droit de réclamer, et M. de Saint-Senoch, leur agent à Paris, leur écrivit à ce sujet : " Monseigneur de Mornay, ayant pris le parti de renoncer, purement et simplement, au don que feui Monseigneur de Saint- Valier a fait à ses successeurs, évêques, du palais épiscopal qu'il a fait bâtir à Québec,^ il est certain, mesdames, que vous en devenez propriétaires ... parce que tout évêque qui fait bâtir sur un^ terrain qu'il achète et qui lui appartient, il n'y a nulle difficulté que ce terrain et ces bâtiments n'appartien-. nent à sa succession, à moins qu'il ne fût bien justifié que le prince n'eût fait fournir une partie des deniers ; en ce cas-là, il faudrait faire évaluer le palais épiscopal, et ce qui se trouverait au-dessus vous appartiendrait de droit. Vous devez donc, mesdames, commencer par vous faire informer si effectivement le roi a fait fournir quelque somme pour cela ".
MM. Beauharnois et Hocquart plaidèrent auprès de. la cour la cause de l'Hôpital-Général. Voici un passage d'une de leurs lettres, en date du 24 octobre 1735, copiée aux archives delà marine : " Les guerres ont ... empêché Sa Majesté de contribuer à la construction de la maison épiscopale, qu'il était indispensable de faire
(1) Les évêques de Québec, par Mgr Têtu, page IGO.
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comme la suite de l'acquisition de ce terrain, le peu debâtiments qu'il y avait alors dessus n'étant que d'un trèspetit objet et nullement convenable au logement d'un évêque.
" C'est donc évidemment Mgr de Saint- Vallier qui s'est trouvé seul chargé de faire de ses propres deniers toute la dépense nécessaire pour la construction de la maison épiscopale, dépenses que les religieuses, ses légataires, disent monter à quarante mille écus, et qui paraît n'être pas exagérée, eu égard à la grandeur, à la solidité et à la belle distribution de ce bâtiment.
" M. de Saint-Vallier, en s'engageant dans autant de dépenses, avait plus écouté le zèle qu'inspire la qualité qu'il pouvait justement prendre de fondateur de ce palais, que l'état de sa fortune, quoiqu'il eût, indépendamment des revenus de l'évêché, des biens considérables. Il s'aperçut même que la prodigalité à laquelle il s'était insensiblement laissé aller pour la construction de ce palais, lui avait fait négliger le soin des réparations des abbayes réunies à l'évêché, et dont il était titulaire en qualité d'évêque. La fondation du palais lui parut toujours néanmoins un présent si capable d'exciter la reconnaissance de ses successeurs évêques, que loin de chercher à les en priver, il voulut Is leur assurer par une donation expresse et qui les mît à couvert de toutes discussions avec ses héritiers ou représentants ; mais en même temps il a estimé que les donataires auraient
assez lieu d'être satisfaits de sa libéralité, pour le décharger et ses héritiers ou représeutauts, des réparations qui pourraient être à faire aux abbayes réunies à l'évêché, et dont l'objet ne pourrait jamais aller à la dixième partie du don. Telles ont été les intentions de M. de Saint- Vallier dans cette donation qui est du 1er février
" Mais l'événement n'a pas répondu à son attente. M. de Mornay, sou successeur, a pris le parti de renoncer, le 9 juin 1729, à la donation de 1710, et a fait ainsi retomber sur les religieuses, légataire-s universelles de M. de Saint- Vallier, les frais de réparation de ces abbayes ; elles coûtent aux religieuses légataires plus ■de dix mille francs, somme considérable, mais qui justifie toujours que le don, comme on vient de l'observer, excédait infiniment cette charge.
" Les religieuses légataires comptaient que, si la renonciation de M. de Mornay les avait obligées d'acquitter cette dette, elles en trouveraient le dédommagement dans la revendication du palais épiscopal, laquelle était une conséquence naturelle de la renonciation de M. de Mornay qui, en anéantissant la donation, faisait rentrer de droit le palais épiscopal dans la masse des biens de la succession de M, de Saint- Vallier. Aussi les religieuses légataires ont-elles été sur le point d'en former la demande, qui n'a été jusqu'ici suspendue que sur ce que nous leur avons, Monseigneur, notifié de votre part, en 1732, que Sa Majesté avait trouvé leur prétention
mal fondée, et que son intention était qu'elles s'en désistassent.
" Cependant l'acquiescement tacite des religieuses légataires semblerait n'avoir donné que plus de confiance à M. de Mornay, non seulement pour se maintenir à leur exclusion dans le palais épiscopal, malgré sa renonciation au don de 1710, mais encore pour hazarder la prétention singulière des réparations de ce palais ... ".
Le 27 octobre 1737, les religieuses de l'Hôpital- Général écrivirent à leur tour pour se plaindre des prétentions de Mgr de Mornay, qui voulait les forcer à réparer le palais épiscopal.et pour en réclamer la propriété si on ne voulait pas leur rembourser les dix mille francs qu'elles avaient dépensées pour les réparations de l'abbaye de Bénévent (1).
Cette affaire traîna en longueur, tellement qu'il en était encore question en 1743. Le roi de France ne trouva pas fondées les prétentions des religieuses, et le ministre, M. de Maurepas, écrivit, le 8 mai 1743, à Mgr de Pontbriand, pour lui donner connaissance de la décision royale.
D'après lui, Mgr de Saint- Vallier n'avait jamais regardé cette propriété comme sienne.
Il en donnait pour preuve, que l'évêque n'en avait pas appelé de l'arrêt du conseil supérieur de Québec, par
(1) Lettre copiée aux archives de la marine.
lequel il avait été condamné à remettre le prix et la valeur d'une partie du terrain primitif qu'il avait vendu (1).
Sa Majesté ordonna donc aux religieuses d'abandonner leurs réclamations. " Sur le compte que j'ai rendu à Sa Majesté, écrivait M. de Maurepas, des nouveaux éclaircissements qui m'ont été envoyés concernant les prétentions de l'Hôpital-Général de Québec sur la maison épiscopale, elle n'a point trouvé cette prétention fondée. Et vous veirez par l'arrêt qu'elle a rendu à ce sujet, qu'en réunissant cette maison à son domaine, elle a en même temps bien voulu en assurer la possession et même la propriété aux évêques de la colonie " (2).
Monseigneur Dosquet qui vint au Canada dans l'automne de 1729, en qualité de coadjuteur, demeura quelques mois au séminaire, après lesquels il prit son logement dans le palais épiscopal.
Dès le 5 février 1730, il y fit des ordinations, et à part quelques rares exceptions, ce fut toujours dans la chapelle de son évêché qu'il ordonna ses lévites (3). Cepeudant la maison épiscopale avait besoin de grandes réparations, ayant été à peu près abandonnée depuis le séjour qu'y avait fait l'intendant Bégon, On ne voit pas
(1) Jugement cité plus haut.
(2) Voir appendices C et D.
(3) Le 3 juin 1730, l'évêque ordonna, à Saint-Joachiai, M. Pierre-Thomas Kutin de la Morandière, du diocèse d'Angers. Il fit aussi quelques ordinations dans la cathédrale.
Do
qu'elle ait été occupée ensuite, si ce n'est, comme nous l'avons vu plus haut, par le célèbre docteur Michel Sarrazin qui s'y trouvait en 1728. Le 24 mars de l'année suivante, l'évêque présenta le mémoire suivant au marquis de Beauharnois, gouverneur, et à M, Hocquart faisant les fonctions d'intendant.
" L'évêque a l'honneur de représenter que le palais épiscopal qu'il occupe actuellement, ayant été depuis longtemps abandonné, est en si mauvais état, qu'il faut des sommes considérables pour le réparer, indépendamment des réparations qu'il y a fait faire depuis son arrivée en ce pays, et à ses propres dépens, montant à plus de 7,000 livres, que le mur qui clôt le dit palais du côté du sud et qui soutient les terres de la cour, menace une ruine entière et prochaine, qu'il a quitté son aplomb considérablement et causerait un très grand dommage au dit palais ; que l'évêché n'ayant aucun revenu en ce pays, le dit sieur évêque aurait l'honneur de vous proposer, messieurs, d'agréer, au nom de Sa Majesté que, pour subvenir à la dépense qu'il convient de faire pour le mur d'enceinte du dit palais, il fût par vous autorisé de concéder, du côté du dit mur, qui règne le long de la côte qui va de la Basse-Ville à la Haute- Ville, quelques emplacements, ce qui ne pourrait gêner ni incommoder le dit palais épiscopal. Les dits emplacements à prendre et joignant le chemin laissé pour aller aux fortifications en remontant le long de la rue et côte qui va de la Basse- Ville à la Haute- Ville, et qui
contiendrait sur cette face, " soixante et dix-sept pieds de profondeur ; soixante et deux pieds à compter sur la ligne qui sépare le terrain de l'évêché d'avec le chemin des Eondes sur le rempart, le dit emplacement à concéder terminant à l'autre bout à un point, et formant en total un triangle équilatéral qui contiendrait en superficie soixante et deux toises et vingt pieds.
" De plus, il y aurait à concéder deux emplacements au-dessus du dit Palais, dont l'un qui serait le plus proche de celui de M. Sarrazin, conseiller, aurait de front sur la rue six toises et un pied, et de profondeur sept toises et demie, au bout de laquelle il se trouverait sept toises et un pied de large, qui ferait une figure trapèze ayant quarante-neuf toises et treize pieds en superficie.
" Le second emplacement aurait de front sur la dite rue six toises et un pied, et sept toises et un pied de profondeur, faisant un quarré long de quarante-sept toises et neuf pieds.
" Les premiers de ces emplacements seraient nécessaires pour soutenir les terres et rendre une des cours du palais épiscopal qui se trouve de ce côté, plus régulière, et les seconds ôteraient à l'évêque l'incommodité que l'on souffre dans un jardin trop découvert et exposé à la vue du Palais.
" Ces aliénations et concessions donneraient de la facilité et le moyen de clore le terrain du palais sans en ôter ... la belle vue, et au contraire elles lui donne-
raient une décoration plus belle, plus agréable, et feraient annuellement un revenu pour le dit évêché, et procureraient des lots et ventes qui viendraient à bon profit de temps à autre ".
Le prélat termine en demandant que l'on se transporte sur les lieux pour examiner le tout, et faire un plan et procès- verbal des améliorations et concessions, afin qu'elles puissent être autorisées par qui de droit.
Il en fut fait selon le désir de l'évêque, car, le 15 octobre de la même année 1729,- le gouverneur et l'intendant écrivaient au ministre du roi :
" M. le coadjuteur a fait faire par M, de Léry le devis des ouvrages à faire pour la réparation du palais épiscojjal, qui monte à 22,650 francs, qu'il a l'honneur de vous adresser. Datis le droit, la succession de Mot de Saint- Vallier serait tenue de ces réparations ; mais ce prélat n'a laissé que des ornements d'église et quelques meubles d'une très petite valeur, dont l'Hôpital-Géuéral, où il logeait, a hérité (1). M. l'évêque nous a priés de
(!) "Il n'y a dans le monastère (l'Hôpital-Général), presque aucun lieu où l'on ne conserve précieusement quelque objet donné par notre illustre fondateur ou lui ayant appartenu. Ici, c'est i;n tableau du crucifiement ; là, une antique image de la Mère de Dieu devant laquelle bien des fois, en des temps d'afflictions et d'épreuves, le vénérable prélat a épanché son âme. Un calice d'argent, un ciboire, des burettes avec leur plateau, servent encore tous les jours à la célébration des divins mystères. Nous avons de j^lus à la sacristie, venant de la même source, un crucifix, une clochette, quatre chandeliers, un encensoir d'argent, une ampoule pour les saintes
nous joindre à lui et vous supplier, Monseigneur, d'engager Sa Majesté à ordonner un fonds pour le rétablissement de ce palais ".
Ce fut sans doute pour répondre à cette demande que le roi accorda, l'année suivante, mille écus à l'évêque de Samos, en même temps que pour le dédommager des
huiles, six chandeliers, un encensoir et un bénitier de cuivre argenté ; une boîte à hosties, brodée en fil d'argent, un prie- Dieu, des fauteuils, trois chasubles do différentes couleurs (vert, violet, noir) avec les étoles et les manii^ules, et l'aube magnifique que le prélat reçut en cadeau de madame de Maintenon, un pontifical et un missel romains ; sur le portemissel se trouve sculpté l'écusson des Saint-Vallier ; on peut voir les mêmes armes dans l'église, sur la chaire et sur le gradin du tabernacle. Aux jours de nos réjouissances inaccoutumées, on voit apparaître sur les tables du réfectoire, au lieu des écuelles et des sauciers d'étain du service quotidien, la vaisselle de terre que Mgr de Saint-Vallier avait substituée, pour son usage, à des vases plus précieux. On montre avec complaisance cette vaisselle antique aux personnes de qualité qui, en certaines occasions, sont admises à visiter le monastère. " Mgr de Saint-Vallier, visitant un jour la prison de Québec, trouva parmi les détenus un homme, qui, placé devant un bloc de bois haut de quatre à cinq pieds, sans autre outil qu'un couteau, s'occupait à sculpter une statue de la sainte
Vierge Ravi du spectacle et des pieux sentiments qu'il
reconnut dans le pauvre détenu, le prélat convint avec lui que l'image une fois terminée appartiendrait à l'évêque. Bien plus, par son crédit auprès des magistrats, il obtint l'élargissement du statuaire. Placée d'abord au palais épiscopal, la Madone du Prisonnier ne devint la propriété de nos Mères, qu'après la mort de Mgr de Saint- ValUer ". Monseigneur de Saint-Vallier et V Hôpital- Général de Québec, page 288.
pertes qu'il avait éprouvées dans le naufrage de VEléphant, vaisseau qui l'avait porté eu Canada (1).
Mgr Dosquet avait une fortune personnelle assez considérable, et il vécut en grand seigneur tout le temps qu'il demeura au pays. Ses goûts aristocratiques et ses exigences tant soit peu luxueuses durent paraître extraordinaires, d'autant plus que ses prédécesseurs, les seigneurs de Laval et de Saint- Vallier, avaient mené la vie la plus simple et la plus apostolique.
i\.ussi s'attira-t-il des désagréments, en voulant embellir le séjour de son palais aux dépens de la commodité du public. A cette époque, l'on passait de la côte de la Montagne sur le terrain de l'évêché, par une entrée située à l'extrémité sud (2), et l'on se promenait dans le chemin des Eondes, longeant les remparts et d'où l'on jouissait d'une vue magnifique. Cela ne pouvait convenir à l'évêque, qui voulait être complètement chez lui, et c'est pour en arriver là qu'il se mit en tête de fermer le passage par une porte. Le 22 octobre 1730, MM, Beauharnois et Hocquart en écrivirent ainsi en
France :
" Nous avons vu. Monseigneur, (le ministre du roi) ce que vous nous faites l'honneur de nous écrire au sujet de la porte que M. le coadjuteur nous a proposé
(1) Lettre de Mgr Dosquet, 28 août 1730. Voir à l'appendice B l'arrêt du conseil d'Etat, qui autorise Mgr de Samos ... de vendre cinq emplacements dépendant du palais épiscopal.
(2) Voir le plan où cette rue est tracée.
de faire, au haut de la terrasse qui joint le terrain du palais épiscopal en descendant à la Basse-Ville du côté du rempart. Il est vrai qu'il nous exposa, l'année dernière, les petites incommodités que les allant et les venant lui causaient, qui sont à peu près les mêmes que celles dont il vous a rendu compte. Nous nous rendîmes aux instances qu'il nous fit, et la porte fut construite bientôt après, non sans murmures de la part des habitants ; mais jusqu'à présent elle n'a point été fermée, et nous ne croyons pas même qu'il soit à propos qu'elle le soit ; parce que cet endroit est non seulement un passage commode pour le public, mais même nécessaire en cas d'incendie, qu'elle ne diminuerait en rien le concours de ceux qui vont à la promenade, qui auraient toujours la liberté d'aller à cet endroit par une autre route, à moins que l'on ne fermât des deux côtés le rempart dans toute la largeur du palais épiscopal.
" Le séminaire ne manquerait pas d'avoir les mêmes prétentions. Il n'y a point à craindre que les canons qui sont sur les remparts soient encloués, non plus que ceux des autres batteries ; et d'ailleurs M. le coadjuteur pourrait choisir le bel appartement dans son palais. Ce serait le moyen le plus sûr et le plus convenable pour éviter les inconvénients dont il se plaint aujourd'hui. Nous temporiserons. Monseigneur, et la porte ne sera point fermée que nous n'ayons reçu vos ordres ".
Cependant, après le départ des vaisseaux, l'évêque prit sur lui de faire fermer la porte, du côté de l'évêché ; et,
le printemps suivant, les murmures recommencèrent comme de plus belle. Profitant de l'absence du prélat, quelques étourdis forcèrent le guichet et l'ouvrirent pendant la nuit. Le concierge le referma le lendemain, mais la nuit suivante il fut forcé de nouveau et emporté. C'est en vain que M. Hocquart fit chercher les auteurs de cet acte de vandalisme. Protégés sans aucun doute par l'approbation tacite de la foule, ils ne purent être découverts. Le coadjuteur se plaignit amèrement de ce désordre au gouverneur et à l'intendant, qui s'efforcèrent de le convaincre des inconvénients qui résultaient de la fermeture du passage. Cependant il ne fit pas faire un nouveau guichet et M. de Beauharnois l'exhorta à faire ouvrir comme de lui-même la porte entière (1). Quoi qu'il en soit, l'évêque obtint de Sa :\rajesté la permission de vendre quelques emplacements sur son terrain et, après avoir consulté le chapitre (2), selon le
(1) Lettre de MM. de Beauharnois et Hocquart, 12 nov.
(2) Voici le pi-ocès-verbal de l'assemblée du Chapitre : " L'an 1732 le 2 septembre, le Chapitre extraordinairement assemblé au son de la cloche auquel ont assisté le coadjuteur et tous les dignités et chanoines à l'exception de M. de la Tour et de Lorme, doyen et grand chantre actuellement en France, de M. Hauiel et Fornel, malades, et M. llazeur, grand pénitencier absent, après avoir invoqué les lumières du Saint- Esprit, Mgr le coadjuteur a représenté au chapitre que conformément à un arrêt du conseil d'Etat il aurait souhaité vendre quelques emplacements sur le terrain de l'évêché situés dans la rue de la Montagne dei)uis le rempart en montant vers la porte au palais épiscopal et depuis la dite-
•droit, il vendit, le 14 septembre 1732, à Antoine Carpentier, fils, entrepreneur de maçonne, trente-six pieds •de front sur quarante-cinq de profondeur, bornés d'un côté par la rue de la Montagne, de l'autre par le jardin du docteur Sarrazin, qui se trouvait où est aujourd'hui la rue Port-Dauphin entre l'évêché actuel et le terrain -de l'ancien évêché (1). Le prix fut fixé à deux mille francs que le père de l'acquéreur avait déjà payés en ■ouvrage de maçonnerie au palais épiscopal, avec une
porte jusqu'à la cour de M. Sarrazin pour subvenir aux
réparations faites ou à faire au dit palais épiscopal. Le dit ■seigneur évêque coadjuteur de Québec a témoigné qu'il serait bien aise d'avoir sur cela l'avis de l'assemblée. Sur quoi le dit chapitre ayant fait attention aux raisons qui rendent la dite aliénation utile au bien de l'Eglise, savoir qu'il importait beaucoup pour le bien de l'évêché de réparer le palais épiscopal, lequel sans cette réparation menaçait ruine, qu'il n'y avait pas d'apparence de pouvoir y subvenir d'ailleurs, ■que le terrain en question est d'une fort petite utilité au palais, que les évêques dans la suite par les bâtiments qui y seront construits seront déchargés de la dépense qu'il faudrait faire pour l'entretien de murailles, de clôtures, et ■que les lots et ventes pourront produire un revenu assez considérable. Tout considéré les dits dignités et chanoines ont consenti unanimement à la dite vente aux clauses et conditions que mon dit seigneur évêque jugera les plus convenables pour le bien du dit palais épiscopal. Et ont signé . H., évêque de Samos, coadj. de Québec.
Par Monseigneur,
Boulanger ".
(1) Le terrain du séminaire n'était séparé que par un mur de celui de l'évêché. La rue Port-Dauphin apjîelée d'abord Tue du Prince ne fut percée qu'après la conquête en 1766.
rente perpétuelle de vingt sous et un sou de cens. L'évêque se réservait le droit de rentrer en possession en cas de vente par l'acquéreur ou ses héritiers, en payant le prix alors offert pour le même terrain et la maison qui pourrait y être construite. Le sieur Carpentier s'obligeait à entourer sa nouvelle propriété d'un mur de dix pieds de hauteur afin de n'avoir aucune vue sur l'évêché.
Carpentier ne tarda pas à faire construire une maison en pierre à deux étages sur le terrain qu'il venait, d'acheter (1).
On en trouve comme suit la description intérieure dans des contrats de bail : " deux chambres basses de plain pied avec cuisine dans chacune des dites chambres et un four et deux chambres en haut avec deux cabinets au derrière des dites chambres et grenier ". Pour aider Carpentier à bâtir, Mgr Dosquet lui prêta la somme de onze cent vingt livres, moyennant une rente annuelle et perpétuelle de cinquante-six livres. Après avoir donné sa démission, il transmit tous les droits qu'il avait sur cette maison et sur cette rente à son successeur, par un acte fait à Paris en 1840. Nous ne pensons pas que la famille Carpentier ait jamais habité cette résidence bâtie sur le terrain de l'évêque. On y voit en
(]} Cette maison avait sa façade sur la rue la Montagne et se trouverait aujourd'hui sur les rues la Montagne et Port- Dauphin, en dehors de la grille qui entoure l'emplacement, de l'ancien évêché.
1744 le sieur Charles Pélissier, traiteur, marié à Marie- Josephte Sasseville. L'année suivante il est poursuivi par l'évêque pour arrérages des rentes dues sur cette propriété et, condamné par la prévôté, il est forcé de reconnaître une dette de cent livres. Pendant les trois années 174.', 46, 47, cette maison est louée par Marie Morin, épouse de Claude Lacroix, " absent de cette colonie (1) ". L'année suivante, on j trouve Giles Parisé, maître plâtrier, La maison était estimée à cinq mille livres, et le prix du loyer était deux cent cinquante livres.
Mgr Dosquet ne put vendre des emplacements à l'autre extrémité de son terrain, comme il s'était proposé de le faire. Ennuyé sans doute par les tracasseries dont nous avons parlé précédemment et aussi dans l'intérêt de sa santé délabrée, il loua, le 30 octobre 1730, pour sept ans et au prix de cinq cents francs par an, une ferme sise en la Côte-Saint-Michel et appartenant à M. Fleury de la Gorgendière. Il y avait maison, grange, étable, colombier, bestiaux, volailles. Il en fit plus tard l'acquisition et, en 1732, il fit construire sur le même terrain et sur le bord du cap, une autre maison en pierre à un seul étage avec toit élevé. Cette résidence porta longtemps le nom de villa de Samos, en mémoire du prélat qui en fut le propriétaire. Tout le terrain avait quarante arpents en superficie ; borné au
(1) Etude de Louet, fils.
K.-E. par le ruisseau Belle-Borne (1) qui le séparait de la propriété du général Powell, et au S.-O. par une ligne droite distante de quatre arpents du ruisseau.
A son départ définitif du Canada, Mgr Dosquet céda Samos au séminaire qui s'en déposséda à son tour en faveur du juge Mabane, peu de temps après la conquête. Celui-ci ajouta un étage à la maison et deux tourelles réunies au corps principal par de spacieux corridors. Cette demeure fut habitée pendant plusieurs années par le lord Mountain, premier évêque protestant de Québec (de 1795 à 1802). Elle fut incendiée en 1842. Le terrain sert actuellement de cimetière pour la paroisse de Saint-Patrice.
Mgr Dosquet aimait à résider dans cette charmante villa ; il y avait un oratoire, et, en septembre 1735, il y conféra deux fois la tonsure : " In sacello domiis nostrœ rusticœ ", disent les registres des ordinations.
L'évêque de Samos, passé en France dans l'automne de 1732, revint évêque de Québec, le 16 aoiît 1734.
(1) Belle-Borne a pris son nom de Jean Nicolet de Belle- Borne, qui vint en Canada en 1618, et se noya à Sillery, le 29 octobre 1642. " Au contrat de mariage de Nicolas Bonhomme, il est appelé Jean Nicolet de Belle-Borne... Il a laissé son nom de Belle-Borne au ruisseau qui traversait sa terre sur la route de Sainte-Foye, où se trouve aujourd'hui le monument des Braves de 1760". Dictionnaire généalogique de l'abbé Tanguay.
Mais Jean Nicolet a mieux qu'un ruisseau pour perpétuer sa mémoire ; il a la rivière et la ville de Xicolet et de plus une intéressante notice biographique par l'abbé A. Gosselin.
Mais sa santé depuis longtemps compromise ne pou* vait se faire au climat du Canada. Il s'embarqua la 17 octobre 1735, et, à son retour en France, il donna sa démission qui ne fut acceptée qu'en 1739.
Mgr de Lauberivière succéda à Mgr Dosquet. Le 24 février, il envoya à M. Thierry Hazeur Delorme, grand pénitencier du chapitre de Québec, une procuration en vertu de laquelle celui-ci prit possession de l'évêché en son nom, le 20 juin suivant. On lit ce qui suit dans le procès-verbal de cet acte solennel : " Il (M. Hazeur) s'est transporté au dit palais épiscopal et en a pris possession réelle et actuelle par l'entrée au dit palais épiscopal par la grande et principale porte, aux réserves que fait mon dit sieur Hazeur pour mon dit seigneur de Lauberivière par rapport à l'état où est actuellement le dit palais épiscopal et sans que la dite prise de possession puisse lui préjudicier ". Cette réserve avait sans doute pour cause le procès encore pendant entre l'évêque et l'Hôpital-Général pour la propriété du palais. Il est probable aussi que, malgré les réparations qui avaient été faites, la maison laissait encore beaucoup à désirer. Au reste le nouvel évêque n'eut pas à en souffrir, car il ne l'habita jamais et il avait même décidé de prendre sa résidence au séminaire de Québec. C'est là qu'il descendit à son arrivée à Québec, le 8 août 1740, et il y termina, douze jours après, sa douce et pieuse existence.
Mgr de Pontbriand, qui fut le successeur de l'illustre
défunt, fit son entrée dans sa ville épiscopale le 29 août 1741. Il est probable qu'il demeura deux ans au séminaire ; quoi qu'il en soit, sa prise de possession du palais épiscopal n'eut lieu que le 26 octobre 1743 (1). L'année précédente un arrêt du roi lui avait accordé dix mille quatre cent vingt livres et dix sols pour payer le coût des réparations indispensables qu'il y avait à faire (2). En 1744, le prélat fit une ordination sacerdotale dans la chapelle de son évêché et il continua de s'en servir à cet effet de temps à autres jusqu'à 1758 inclusivement. Kalm, qui écrivit en 1749, ne consacre que quelques lignes au palais épiscopal. " La maison de l'évêque, ditil, est la première habitation que l'on voit à droite, eu montant de la Basse-Ville à la Haute- Ville. C'est un grand et bel édifice, entouré d'un côté par une cour spacieuse et un jardin potager, et de l'autre côté par un mur ".
Le marquis de la Jonquières fait les plus grands éloges de l'hospitalité de Mgr de Pontbriand. Il écrit à sa femme le 19 août 1749: "J'ai pris possession de mon gouvernement le 15 de ce mois, au milieu de l'acclamation générale des grands et des petits... Les harangues du clergé et de tous les corps ont fait beau-
Ci) Greffe de Boisseau. L'acte est mentionné dans le répertoire avec la page, mais, comme bien d'autres documents, il a été enlevé. Voir à l'appendice l'arrêt du Conseil d'Etat du 30 mai 1743 et les lettres patentes sur arrêt.
(2) Voir à l'appendice.
coup souffrir ma modestie par les belles et magnifiques choses qu'ils m'ont dites, n'aimant pas tant d'encens. Les festins n'ont pas discontinué depuis que je suis ici, surtout chez Mgr l'évêque qui est l'homme de France le plus poli et le plus aimable ".
Quelques années plus tard, Montcalm profita à son tour de l'hospitalité épiscopale, et quand il arriva à Québec, le 13 mai 1756, ce fut à l'évêché qu'il prit l'un de ses premiers repas (1). Dans une de ses lettres au chevalier de Lévis, le marquis lui apprend qu'il fréquente la maison de l'évêque, quoique " de loin en loin ". Le prélat lui rendait ses visites et assistait à ses dîners. " Mardi, l'intendant chez moi ; jeudi. Monseigneur ; mais je mange mon bien et je frémis pour l'avenir (2) ".
Si ce distingué prélat savait aussi au besoin proportionner la richesse de ses banquets à la dignité de ses hôtes, il vivait lui-même avec une grande simplicité, tout en exerçant une généreuse hospitalité à l'égard des prêtres de son diocèse. Il choisissait ses domestiques iparmi de jeunes enfants de la campagne, à qui il tenait lieu de père plutôt que de maître; après leur avoir donné dans sa maison une éducation convenable à leur état, il leur procurait un honnête établissement pour Técompenser leurs services (3).
(1) "L'évêque, M. de Pontbriand, prélat respectable, voulut me donner à souper". Journal de Monteahn, page 62.
(2) Lettres de Monteahn.
(3) Oraison funèbre, par M. Jolivet.
Après l'incendie de l'Hôtel-Dieu arrivé le 7 juin 1755, Mgr de Pontbriand offrit aux Sœurs Hospitalières et à leurs malades l'usage entier de son palais, avec son ameublement et toutes ses dépendances. Il indiquait, dans le mémoire qu'il fit à ce sujet, les modifications qu'il faillait y faire pour le rendre propre à cet emploi, et il terminait par ces admirables paroles : " Enfin je livre toute ma maison pour cette bonne œuvre ; et, s'il est nécessaire, je me livre moi-même pour être le premier infirmier de ce nouvel hôpital ".
Les Mères de l'Hôtel-Dieu furent profondément touchées de la charité de leur évêque et de ses offres généreuses, mais elles ne furent pas obligées de les accepter. Eeçues d'abord pendant trois semaines chez tes Ursulines, elles allèrent ensuite occuper une des ailes du collège des Jésuites jusqu'en 1757 où elles prirent possession de leur maison rebâtie.
Le siège de Québec en 1759 rendit bientôt inhabitable le palais de l'évêque, et il se retira à Charlesbourg. Et c'est de là qu'il entendit les canons tonner sur sa ville épiscopale et en briser tous les édifices religieux. Mgr de Pontbriand écrivit au ministre du roi pour lui faire connaître les événements de cette fatale campagne, et il joignit à sa lettre un mémoire qu'il nommait " la description imparfaite de la misère du Canada ".
" Québec, dit-il, a été bombardé et canonné pendant l'espace de deux mois ; cent quatre-vingts maisons ont été incendiée.? par des pots-à-feu; toutes les autres.
criblées par le canon et les bombes. Les murs de six pieds d'épaisseur n'ont pas résisté ... L'église cathédrale a été entièrement consumée. Dans le séminaire, il ne reste de logeable que la cuisine, où se retire le curé de Québec avec son vicaire ... Le 'palais épiscopal est presque détruit et ne fournit pas un seul appartemeiit logeable ; les voûtes ont été pillées ... (1). Mgr de Pontbriand, parti de Québec à la fin de septembre, se rendit à Montréal où il mourut le 10 juin de l'année suivante, 1760.
(1) Les évêques de Québec, page 259.
CHAPITKE QUATRIÈME
Mgr Briand Il demeure au séminaire — Abandon du palais.
Réparations Loyer au gouvernement — Chapelle servant de Chambre d'assemblée Description du palais
par Bouchette. — Mgr Plessis conseiller législatif. — Jardins loués à des particuliers — Maison Morin — Ecole.
Mgr Briand, arrivé, corume évêque, à Québec le 28 juin 1766, accepta l'hospitalité que lui offrirent les messieurs du séminaire, en vertu d'une résolution passée en 1764 et conçue à peu près dans ces termes : " Considérant l'' que le séminaire est fondé pour y élever un clergé, et que, s'il n'y a pas d'évêque pour ordonner les clercs, il devient inutile d'en former ; 2" que le futur évêque de Québec est sans ressources ; les directeurs offriront un appartement convenable au bout de la salle d'étude du petit séminaire, consistant en antichambre, salle, chambre et cabinet, avec la jouissance du terrain situé au-devant ; ils lui offriront la table du réfectoire avec un extraordinaire pour luimême, et cela seulement tant qu'il demeurera au séminaire. Enfin l'évêque n'aura rien à payer tant que ses moyens ne lui permettront pas de le faire facilement ".
Telle fut l'origine de cette pension gratuite que le séminaire accorda si généreusement aux évêques de Québec pendant soixante et dix ans.
Sans songer à habiter le palais épiscopal, Mgr Briand entreprit cependant de le réparer et il y consacra d'abord une somme de onze mille livres, puis une autre de quinze mille qu'il fut obligé d'emprunter et qui lui permit de terminer l'ouvrage. Comme on peut en juger par les gravures du temps, la chapelle était d'assez pauvre apparence, surtout si on la compare avec ce qu'elle était avant le siège. L'évêque n'y ofiicia jamais, pas plus qu'il ne se servit de son palais que le gouvernement prit à loyer depuis le 1er août 1777 et pour neuf ans moyennant une rente de cent cinquante livres sterlings. Lorsque Québec, en 1775, était sur le point d'être assiégé par les troupes américaines, ou voit qu'il se tint plusieurs assemblées publiques des citoyens pour décider si l'on devait se défendre ou livrer la place à l'ennemi. L'une de ces assemblées se réunit, le 13 novembre, dans la chapelle du palais épiscopal, et ce fut pendant les délibérations que le colonel McLean arriva à Québec. " Il entra dans la chapelle et trouva un nommé Williams, premier signataire de la pétition que les marchands anglais avaient adressée au roi, l'année précédente, qui cherchait, du haut de la chaire où il était monté, à persuader aux habitants de livrer la ville à l'armée du congrès ; le colonel McLean le fit descendre, dissuada l'assemblée de suivre un si lâche
conseil et la congédia (1) ". Le même oratoire fut le théâtre de scènes plus dignes et plus intéressantes quand, dix-sept ans après (17 décembre 1792), il vit réunis pour la première fois les députés élus en vertu de la constitution de 1791. Il fut témoin de ces premières luttes parlementaires qui eurent tant d'influence sur l'avenir de la race française en Amérique, et sa modeste enceinte retentit des accents du plus pur patriotisme. C'est là que les Canadiens allaient entendre les deux Papineau, les Bédard, les Panet, les Bourdage, les Neilson, les Lafontaine, les Morin, et tous les autres patriotes qui se succédèrent pendant 40 ans pour la défense de leurs droits les plus sacrés. Car jusqu'en 1832, ce fut dans cette chapelle que se réunissaient les députés de l'Assemblée législative. Le Conseil législatif siégeait dans une autre partie de la maison. Voici du reste la description que fit de tout le palais M. Joseph Bouchette en 1815,
" Le bâtiment appelé le Palais de l'Evêque, a été un bel édifice, et étant placé sur un terrain élevé, il est très apparent; il est situé près de la grande batterie, et s'étend dans la direction de l'est depuis la porte, ou communication avec la Ville-Basse, le long de la rue de la Montagne, à la distance de 118 pieds, et de là, sur une ligne qui forme un angle droit avec le premier bâtiment, à la distance de 147 pieds ; sa largeur est l'une
(1) Garneau. Histoire du Canada,
dans l'autre de 34 pieds ; du côté du sud et de l'est il a trois étages, mais, des autres côtés, il n'en a que deux : il fut bâti pour servir de résidence à l'évêque catholique de Québec ; il contenait une chapelle avec toutes les commodités convenables, et il n'était nullement dénué d'embellissements. Le gouvernement a accordé une annuité en remplacement au chef des catholiques. Il est à présent dans un état de dépérissement qui menace d'une ruine prochaine, quelques-uns des murs sont mauvais même jusque dans les fondements, et si l'on n'y fait au plus tôt des réparations, ils ne soutiendront pas longtemps l'édifice. Les différentes parties du bâtiment sont actuellement occupées par plusieurs des bureaux du gouvernement, le Conseil Législatif, le Conseil Exécutif, la Chambre d'Assemblée, la Bibliothèque Publique, etc., etc. La chapelle, de 65 pieds sur 36, la seule partie qui soit tenue en bonne réparation, sert pour la réunion de la Chambre d'Assemblée j tout auprès sont les différentes chambres des comités, la bibliothèque, etc. Au-dessus de la partie qui forme l'angle du nord-ouest, est l'appartement où le Conseil Législatif tient ses séances, et au même étage sont les chambres des comités, le bureau du conseil, etc., etc., qui dépendent de cette branche du gouvernement. Dans l'autre angle, sont les chambres pour le Conseil Exécutif et les différents bureaux qui en dépendent. A l'autre bout du bâtiment est la bibliothèque publique, au-dessous de laquelle sont les bureaux de l'adjudant-
tro.
général de la milice, de l'arpenteur général de la province, du département du génie, du secrétaire de la province, et quelques autres. Les caves sous le palais, à l'exception de celles qui sont destinées pour le secrétaire de la province et les clercs de la cour, et qui servent de dépôt pour les archives et la plupart des registres publics, sont dans un état de ruine, ce qui même est porté à un tel point sous la chambre du Conseil Législatif, où s'ouvre toujours la session du parlement, qu'il est maintenant dangereux d'y admettre le grand concours de personnes qui assistent ordinairement à cette cérémonie. La commodité publique de ce bâtiment pour les différents usages auxquels il sert maintenant rend surprenant que le gouvernement ne se soit pas occupé de le faire réparer solidement (1) ".
Mgr Plessis, nommé conseiller législatif, le 30 avril 1817, ne manquait pas de siéger régulièrement à la Chambre où il venait d'être appelé, afin d'y prendre les intérêts religieux de ses diocésains.
Cette nomination n'avait pas été sans inspirer des inquiétudes à la Congrégation de la Propagande qui posa à l'évêque un grand nombre de questions concernant les pouvoirs de cette assemblée, sa composition, les prières et les cérémonies religieuses que l'on pouvait y faire, afin de savoir exactement si les membres
(1) Description topographique de la province du Bas- Canada par Joseph Bouchette. A Londres, 1815.
catholiques n'étaient pas exposés à contribuer à une législation contraire aux intérêts de l'Eglise et à communiquer in divinis avec les hérétiques. Le prélat répondit à toutes ces questions de manière à dissiper toutes les craintes. Après avoir expliqué les attributions et la manière d'agir de cette assemblée et parlé de la formule du serment et de la commission donnée par le gouverneur, il ajoute : " 3" Les membres catholiques du Conseil Législatif ne sont obligés en aucun cas d'assister avec les protestants à des cérémonies religieuses. A la vérité, la prière, dont copie ci-jointe, est récitée tous les jours par le greffier du conseil, à l'ouverture de la séance, mais nul des membres n'est obligé de s'y trouver. L'évêque catholique s'en abstient régulièrement et en détourne, autant qu'il peut, les autres catholiques ". Il est évident que Mgr Plessis n'aurait pas été en faveur du fameux congrès des religions de Chicago !
" La nomination de l'évêque de Québec à un siège dans le Conseil Législatif, continue le prélat, loin d'offenser ses diocésains, produisit, au contraire, une grande sensation de joie dans le clergé et dans le peuple catholique de la province, chacun étant dès lors persuadé, comme ill'est encore, que sa présence pourrait y arrêter des mesures tendantes au détriment de la religion... Les propagateurs du Protestantisme ont beaucoup avancé leurs affaires ici, pendant mon voyage en Europe, et continueraient impunément de faire des progrès, si
l'évêque catholique n'était dans le Conseil pour leur en imposer (1) ".
Quelques mois après, Mgr Plessis revient sur le même sujet dans une lettre adressée au préfet de la Propagande : " La dernière session du Conseil Législatif a été très orageuse. J'ai mieux compris que jamais combien la présence de l'évêque était nécessaire pour déjouer lea intrigues des protestants. Forts de l'appui du gouvernement, ils n'ont rien négligé pour s'emparer de l'éducation dans toute la province.' Ils s'appliquent avec énergie à propager leurs erreurs; ils font venir des ministres de partout, érigent des paroisses, construisent des temples là où il n'y a que trois ou quatre familles, protestantes, enfin espionnent malicieusement le clergé catholique, comme pour bénéficier de ses fautes ".
Quels souvenirs, quels regrets et quelles espérances ne devaient pas se presser dans l'âme de ce grand évêque, quand il entrait dans ce palais épiscopal qui était bien le sien mais où il n'avait pas les moyens dedemeurer i Bâti et réparé par ses illustres prédécesseurs, cet édifice destiné au chef de la religion catholique au Canada, était souvent la demeure de ses pires ennemis, et, s'il abritait bien des dévouements, il ouvrait aussi ses portes à bien des haines.
Quoique placé avec la minorité du Conseil Législatif, dont les principaux membres se laissaient guider sur
(1) Lettre au Cardinal Fontana, 10 novembre 1820.
îes matières ecclésiastiques par le docteur Mountain, Mgr Plessis ne manquait jamais de revendiquer avec fermeté les droits des Canadiens catholiques, lorsque •quelques voix ennemies s'élevaient pour les attaquer. En 1821, il se prononça fortement contre une décision de ;ses collègues, en vertu de laquelle la branche populaire •de la législature se trouvait privée d'une partie de ses privilèges, dans le vote de la liste civile. Il résista avec tant de courage, en 1824, à quelques empiétements proposés par le parti ultra-anglican, qu'il fit rejeter des propositions offensantes pour les catholiques ; sa victoire fut complète, et l'évêque anglican quitta la salle ■en protestant contre le peu de dévouement des conseillers à la religion de leur auguste souverain.
Le Conseil Exécutif, qui siégeait également dans le même palais fut, un jour, témoin d'une scène plus amusante et que raconte M. de G-aspé dans ses mémoires. " Grand émoi, grande consternation parmi les autorités soupçonneuses de la ville de Québec. On vient d'apprendre qu'un général de Napoléon est non seulement dans la cité, mais qu'il a même l'audace de recruter un régiment. Le Conseil Exécutif s'assemble et on requiert la présence immédiate du prélat catholique. On lui fait sentir qu'il est assez surprenant qu'il puisse ignorer un fait aussi important, et surtout qu'il n'en ait pas instruit les autorités. L'évêque interpellé répond que la chose lui paraît ridicule, qu'un général français pourrait bien être caché dans la ville de Québec, mais qu'il n'aurait
jamais l'audace d'y lever im régiment. Le procureur du roi tire un papier de sa poche et le passe au prélat. C'était bien un bel et bon brevet de capitaine, revêtu des formes voulues en pareil cas. Le capitaine appartenait au régiment d'un général portant un nom français.
— " Que dites-vous maintenant, Monseigneur, fit le procureur du roi ?
— " Que je me fais fort, répliqua l'évêque, de vous produire, demain, à l'ouverture de la séance du Conseil, le général dont il s'agit ; jusque-là il est inutile de faire d'autres recherches.
" Tout l'aréopage était réuni le lendemain, lorsque Msr Plessis fit seul son entrée dans la chambre du Conseil. On se regarda avec inquiétude et l'on somma l'évêque de tenir sa promesse.
— " Je vais l'introduire, fit celui-ci ; il m'attend à la porte ; et il rentra aussitôt après tenant par la main un enfant de onze à douze ans.
" Voici, messieurs, le général Vallière !
" Quelques membres du conseil, ennemis acharnés, de tous les Canadiens-français, croyant à une mystification, pâlirent de colère, tandis que d'autres, plus sensés, et qui connaissaient le haut caractère du grand prélat, éclatèrent de rire. Tout s'expliqua : " Vallière (plus tard juge, alors élève du séminaire), levait un régiment d'enfants dont il s'était constitué le général.
" Interpellé sur le brevet, si parfait dans sa rédaction, il dit qu'ayant lu par hazard, deux ans auparavant, un.
brevet d'officier, il en avait adopté la forme qu'il n'avait pas oubliée ".
Depuis 1815, à part la rente que touchait l'évêque de Québec pour le loyer de sou palais, il recevait encore mille louis sterlings par année. " Son Altesse Eoyale, ... écrivait Lord Bathurst, au nom de Sa Majesté, veut que désormais les appointements de l'évêque catholique de Québec soient de mille louis par année ; c'est un témoignage rendu à la loyauté et à la bonne conduite du gentilhomme qui occupe maintenant cette place et des autres membres catholiques de la province ". Cette allocation fut continuée aux éveques Panet et Signay, et cessa à la mort de ce dernier.
Pour augmenter leurs revenus, les évêques louaient à des particuliers une partie du terrain de l'évêché. C'est ainsi qu'en 1786, M"^ Lanaudière (1), qui demeurait dans l'ancienne maison du docteur Sarrazin située exactement où se trouve l'évêché actuel, avait un jardin au nord-ouest de la chapelle servant de Chambre d'assemblée. En 1797, M. Gabriel Taschereau, le grand père de S. E. le cardinal, reconnaît que c'est avec l'agrément de Mgr Denaut qu'il jouit d'une partie du terrain de l'évêché de Québec le long de la rue des Remparts, dont
Cl) Marie-Catlierine Lemoine de Longueuil. Sa sœur Marie- Agathe demeurait avec elle en 1784. Cette année-là, elle reçoit 1,000 livres de Mgr Briand, somme qu'elle lui avait prêtée pour les réparations de l'évêché.
il a joui du temps de Mgr Hubert, ancien évêque... (1) ". M. Taschereau était alors propriétaire de la maison où se trouvent aujourd'hui M. C. Holiwell, papetier, 12, rue Buade, et M. William Jacques, et qu'il tenait des héritiers Boishébert. A cette époque il demeurait habituellement à Québec, ayant en même temps son manoir seigneurial à Sainte-Marie-de-Beauce, et il était le tuteur des héritiers Tarieu de Lanaudière. " Il a été par sa piété et son intelligence l'un des hommes les plus remarquables de son époqite (2) ". Le jardin dont il est ici question était celui loué auparavant par M™® de Lanaudière, qui mourut en 1788. Eu 1804, par un contrat sous seing privé, Mgr Denaut loue le même terrain de cent dix pieds de long sur cinquante de large à Marie Ladrechère (Ladrière), épouse d'Hilaire Martin Labadie. Elle était employée comme femme de chambre au Parlement; on l'y trouve encore en 1822. Le terrain loué était, dit le contrat, derrière l'emplacement et maison occupée par James Edie, et faisant partie de l'emplacement total de l'évêché ".
(1) Contrat sous seing privé.
(2) Le premier cardinal canadien. " De talents distingués, mais surtout d'une piété éminente, M. G.-E. Taschereau fut un des hommes les plus marquants et les plus utiles de cette époque ... Il fut tour à tour Conseiller législatif, Grand Voyer et surintendant des Postes. Il était seigneur de Ste-Marie, Linière, Joliet, etc. Il mourut à son manoir, le 18 septembre 1809, laissant sept enfants, quatre du premier lit et trois du second.
Histoire des grandes familles françaises du Canada, p. 339.
Il est évident qu'il s'agit ici de la maison Carpentier mentionnée plus haut et dont l'histoire est assez difficile à faire. Elle fut vendue le 1er avril 1749 par la famille Carpentier (1) à M, Claude Barolet, l'un des notaires les plus connus de cette époque et marié à Françoise Dumontier, Le sièse de la ville en 1759 l'obligea à se retirer avec sa famille à Charlesbourg, et c'est là qu'il mourut et qu'il fut inhumé en 1761, Sa veuve, incapable de rebâtir la maison, qui avait été presque démolie par les bombes, fut obligée de la vendre pour empêcher la perte totale des masures qui restaient encore sur cet emplacement. Et elle le fît de l'avis et consentement de maître Antoine Bedou, ancien conseiller au conseil supérieur de ce pays, et de dame Françoise Barolet, son épouse... de maître Claude Panet, greffier en chef de la jurisdiction supérieure de cette ville de Québec, et de dame Marie-Louise Barolet son épouse...
ses gendres et filles demeurant en cette ville (2) ".
L'acquéreur était M. Joseph Turgeon, marchand, " demeurant ordinairement dans l'Ile-Jésus, paroisse de Saint-Martin (3) ", En 1803, ou le trouve à Terrebonne.
(1) "Antoine Ange de Créqui et Catherine Carpentier sa femme, Pierre Carpentier et Madeleine Ange de Créqui sa femme ". Etude du notaire Du Laurent. Autre contrat du 20 mars 1751 passé par devant Saillant,
(2) Le cardinal Taschereau est l'arrière-petit-fils de Marie-. Louise Barolet mariée à Jean-Claude Panet.
(3) Greffe du nott^ire Sanguinet.
Le prix de cette propriété fut fixé à six mille livrespayables aux héritiers Barolet, et il y avait en outre l'hypothèque de onze cents livres que madame Barolet s'engageait à payer elle-même à l'évêque de Québec (1). Ce terrain était borné d'un côté par l'évêché, et de l'autre par la maison de M. Lanaudière, ce qui prouve que la rue Port-Dauphin n'existait pas encore.
Le 3 mars 1792, Louis Eobitaille, marchand orfèvre, de Québec, procureur de monsieiir et de madame Turo-eon, vend la même maison " aux sieurs William Fraser et James Edie, associés, maîtres-menuisiers et faiseurs de meubles (2) ". James Edie devint seul propriétaire en 1800 et continua d'occuper cette résidence jusqu'en 1803. Cela nous est prouvé par des notes de la main de Mgr Plessis sur le contrat de vente. Mais ensuite, malgré toutes les recherches que nous avons faites,. — et Dieu sait si nous avons cherché ! — nous n'avons pu trouver aucun document jusqu'en 1821. A cette date, la maison appartenait certainement à Mme veuve Jean-Baptiste Morin, puisqu'elle la louait à M. Alfred Hawkins. Ce qui est également certain, c'est qu'auparavant elle servait de bureau de poste, car l'acte de bail dit : " une maison, hangar et cour, près des jardins
(1) Turgeon était marié à Marie-Catherine Lacroix. 11 était l'oncle de Mgr Turgeon. Madame veuve Lacroix, sa belle-mère, demeurait rue Notre-Dame, vis-à-vis l'église de la Basse-Ville.
(2) Greffe de Chs Voyer.
du séminaire, ci-devant occu i:)ée 'par les offi^ces de la poste (1). Dans le guide de Québec de 1822, on trouve Hawkins " Fort street, near Prescot Gâte ". Il y demeura depuis 1821 jusqu'en 1823. Il était marchand de vin et tenait aussi maison de pension. On sait qu'il €st l'auteur de plusieurs publications qui sont aujourd'hui d'un grand secours à ceux qui s'occupent de l'histoire de Québec (2).
Pour en finir avec cette maison qui est indiquée sur un très beau plan de Québec fait en 1793 et que nous reproduisons ici, disons qu'en 1824, M""' Morin, par l'entremise de son procureur Philippe Brown, armurier, son gendre, la louait pour cinq ans au doctevu" John Ptowley (3). En 1829, renouvellement du bail par lequel la propriétaire cède en outre au même locataire
(1) Greffe de Archibald Caaipbell. — Le bureau de poste fut transporté en haut de l'escalier du Freemason's Hall, maison du Chien d'Or.
(2) " The Québec Directory ", <' Picture of Québec ", très ibeau volume,assez rare aujourd'hui, " Historical Eecollections • of Québec ", " Plan of the Battle of Québec in 1759 ", etc.
M. Alfred Hawkins alla demeurer ensuite rue du Parloir, jprès du séminaire. En 1847, il avait sa résidence au Mount iPleasant. Il mourut en 1854, ne laissant qu'un fils M. Alfred •George Hawkins, employé pendant longtemps à la douane de 'Québec, retiré du service depuis l'année dernière. Edwin ;Hawkins, frère du premier, périt d ans l'explosion de la poudrière, appelée le Laboratoire, près de la porte Saint-Jean, •en 1864.
(3) Greffe du not aire Errol Boyd Lindsay. Le docteur avait lun clerc qui demeurait avec lui. Ce fut d'abord Michael Walsh, puis George Vine Taylor.
tout droit qu'elle peut avoir à un bâtiineat eu bois situé en partie sur le terrain du palais épiscopal. Le docteur Eowley cette fois ne termina pas les cinq années de son contrat ; la construction tout à côté du palais législatif rendait la position moins agréable, et il quitta en 1832. M""* Morin loua, le 3 mai de cette année, le deuxième ^tage de la maison à John Ryan, agent pour là compagnie des bateaux à vapeurs (1). Le 1" juin suivant, il menace de partir parce que l'étable et d'autres dépendances non moins nécessaires avaient été enlevées. Le 5 du même mois, le premier étage est loué à M. Eobert Eenuard, minéralogiste, pour y établir une école de filles. Il est probable que ces deux locataires ne purent y rester longtemps, car l'on voit qu'ils n'eurent pas de taxes à payer en 1832, le séjour de cette demeure étant devenu impossible.
En 1833 et 1834, les cotisations sont encore payées par la propriétaire M'"^ Morin; plus rien en 1835. La maison avait dû être achetée par le conseil de ville et démolie (en 1834) pour l'élargissement de la rue la Montagne. Nous n'avons pas pu mettre la main sur le contrat de vente (2).
(1) Greffe du notaire Errol Boyd Lindsay.
(2) Madame Moi'in (Angélique Doiron), dont le mari était forgeron et marchand de poêles, etc., était la grand'uière de M. Théophile Ledroit.
Le 7 octobre 1834, avec l'argent qu'elle reçut de la ville, elle acheta, pour $1,210.00, de John lîarwood, une maison située sur la rue Saint-Joseph, aujourd'hui la rue Garneau. Elle demeurait a Saint-Roch dans la rue Saint- Vallier.
En 1811, on trouve nn monsieur Thomas Giffard qui a l'usage d'un jardin sur le terrain de l'évêché.
Dix ans après c'est M. Jacques Leblond (1) qui pour une rente de vingt schellings obtient un emplacement de vingt-six pieds de front sur trente pieds de profondeur ; borné à l'ouest par la rue Port Dauphin, au sud "par un emplacement appartenant à la veuve Jean-Baptiste Morring (2), à l'est et au nord par le reste du terrain appartenant à l'évêché ". La même année, M. Joseph Dorion, marchand de fer, demeurant Xo. 30 rue de la Montagne, loue, pour la même somme de vingt schellings, un morceau de terre de cent vingt pieds de front sur cinquante de profondeur, au nord du terrain Leblond, et il renouvelle son contrat eu 1825. Enfin en 1827 vient à son toin' M. Michel Clouet qui pour la même somme
(1) M. Jacques Leblond était marchand, demeurant S rue Buade ; sa maison existe encore, elle est occupée maintenant par M. Dobbin et elle porte le No 29. Son magasin qu'il tint pendant plusieurs années en société avec son fils Joseph, était en face de l'église de la Basse-Ville. On verra M. Leblond en 1831-33 commissaire du gouvernement pour la construction de l'hôtel du Parlement. Joseph fut le père de Madame Chinic, de Québec, et de l'abbé Jacques-Edmond Leblond qui mourut à Rome, en 1862, fut inhumé d'abord dans l'église de la Minerve, puis transféré dans les caveaux de l'église actuelle du séminaire Français, rue Santa Chiara. Jacques, frère de Joseph, était avocat. M. de Gaspé parle de lui dans ses mémoires.
(2) Dans le contrat sous seing privé que nous résumons, c'est Morring qui est écrit ; de fait J. B. Morring était écossais, mais il écrivait lui-même Morin et fut marié sous ce nom.
■de vingt schellings aura un emplacement de vingt-huit pieds de front sur treize de profondeur, à l'est de la maison Morin (1).
Après avoir loué ces divers terrains, il restait encore à l'évêque une lisière assez considérable le long de la grande batterie, et il fut question en 1819 d'en céder une partie aux Magistrats, qui faisaient alors l'ofiice du conseil de ville (2), pour y transporter le marché au foin et au bois de chauffage ; mais le prix de soixante louis par année demandé par Mgr Plessis ne fut pas agréé. Il y eut aussi au même endroit un corps de garde à l'usage des troupes régulières comme ou le voit
(1) Michel Clouet, l'un des citoyens les plus influents de la ville, était marchand de fer, et il fut élu deux fois pour représenter le comté de Québec. Son magasin était rue Buade 17, où se trouvent aujourd'hui les bureaux du chemin de fer <:. P. R. Il avait acheté en 1810 et 1817 des héritiers Taschereau, et il agrandit considérablement la maison en 1821. Sa femme devenue folle demeurait dans la i^artie occupée aujourd'hui par l'iiuprimerie de M. Dussault, et ceux qui descendaient la rue de la Montagne l'entendaient souvent crier à tue-tête : " Clouet 1 Clouet ! " Chose vraiment singulière, le jour où on vint lui apprendre la moi"t de son mari, elle recouvra subitement l'usage de la raison et put même s'occuper avec succès de régler toutes les affaires. Elle était la tante de M. Edouard Parant, mort curé de la Pointe-aux- Trembles, et c'est elle qui paj'a en 1840 le voyage qu'il fit en Europe avec M. Holmes, M. Taschereau (aujourd'hui cardinal) et M. J.-O. Fortier. Quand on demanda de l'aide aux citoyens, •en 1844, pour la construction de l'évêché actuel. Madame Clouet donna$40.00 ; c'était l'une des plus fortes souscriptions.
(2) Le conseil de ville de Québec ne fut définitivement •organisé qu'en 1833.
par un plan de 1786, et l'évêque, en faisant clôturer son terrain, avait permis, pour la commodité des soldats, l'usage d'un triangle de terre entre ce corps de garde, la batterie et la rue du Prince (aujourd'hui Port- Pauphin). Ce corps de garde fut rasé en 1797 et remplacé par celui qui couronna depuis la porte Prescott.
" Le palais épiscopal ne servait pas seulement pour les chambres d'assemblée et les bureaux du gouvernement, il était affecté à toute espèce de réunions et de sociétés. On y tint même une école, comme l'indique le Directory de 1790 qui donne le nom de " William Sargent, maître d'école, Bishop's Palace ". Une meilleure preuve, nous en est donnée par M, de Gaspé qui s'y trouvait lui-même au nombre des élèves, lorsqu'on 1796, il entendit le tocsin qui annonçait l'incendie du couvent et de l'église des Eécollets. " J'étais, dit-il, à l'école, dans l'ancien évêché, situé près de la porte de la Basse-Ville, lorsqu'on entendit le tocsin au beffroi de la cathédrale, et un instant après les tambours qui battaient la générale... (1) ".
Les clôtures qui entouraient les jardins sur le terrain de l'évêché et les autres petits bâtiments que l'on avait dû faire pour la commodité des jardiniers ou autres ouvriers, parurent à la fin une véritable nuisance publique, et, le 7 juin 1826, le juge de police reçut l'ordre du
(1) Mémoires de M. de Gaspé.
gouverneur en chef de raser tous les ouvrages en boisqui s'y trouvaient et d'entourer tout l'emplacement d'une nouvelle enceinte semblable à celle du château Saint-Louis, Quant aux bâtiments en pierre, ils devaient être laissés, jusqu'à nouvel ordre (1).
(1) Lettre de 'M. Cochran, secrétaire civil, à M. Robert Christie, chairman, Quarter Sessions, Québec.
Dans les livres de cotisations de l'hôtel de ville, on trouve deux jardiniers établis sur le terrain du Parlement en 1821 et qui paient les taxes.
CHAPITEE CINQUIÈME
Vente du palais éiiiscoi^al au gouvernement Mgr Plessis —
Mgr Panet Contrat Construction du nouveau Parlement Musée Chasseur. — Incendie du palais législatif. — Construction et incendie du dernier hôtel du Parlement bâti sur le terrain de l'évêché Le gouvernement paie le capital de la rente à l'archevêque de •Québec.
L'un des événements les plus importants dans l'histoire du palais épiscopal est sans contredit la vente qui en fut faite au gouvernement de la province eu 1831. Il en était question depuis assez longtemps déjà, et la chose nous est parfaitement prouvée par une lettre de Mgr Plessis au cardinal Fontana, en date du 25 juin
Le prélat s'exprime en ces termes : " Dans le serment que prêtent les évêques le jour de leur consécration, ils s'engagent à no jamais vendre, ni donner les propriétés de la mense épiscopale, avant d'avoir consulté le souverain pontife. Or la seule propriété qui appartienne à l'évêque de Québec, c'est son palais, qu'aucun
évêqiie, depuis la conquête du pays par les armes, britanniques, n'a eu les moyens d'occuper. Il s'est agi plusieurs fois de céder ce palais au Parlement provincial moyennant une rente annuelle et perpétuelle de mille louis sterlings, payable à l'évêque actuel et à ses successeurs. Comme tout le monde admet que cette transaction serait très av antageuse aux évêques, et que l'offre peut en être faite et acceptée, sans que l'évêque ait eu le temps d'en donner avis, je demandedonc avant toute chose que le Saint-Siège Apostolique me donne la permission de conclure ce marché, surtout avec le consentement du coadjuteur et des principaux membres du clergé ",
Les communications à cette époque étaient loin d'être aussi faciles qu'aujourd'hui. Mgr Plessis passa toute une année sans recevoir de réponse ; elle arriva enfin, et elle était favorable au projet proposé. " L'induit dit : " SSimis Dnus Noster Plus D. P. PP. VII ... concessit facultatem cedendi gubernio seu Parlicmiento pro anmco et 'peT'petiio censu mille aureoriim sterlinorum ipsi ejusque successoribus in posterum jpersolvendo- Palatium ad Quehecensem mensam pertinens quod, ut ipse asserit, nulliis Episcoporum pro redituum insufficientia post suhactam armis Britannicis- Canadam occupare potuit ". (12 mai 1822).
Les choses en restèrent là jusqu'en 1826. Mgr Plessis était mort l'année précédente, et ce fut sou successeur,
Mgr Pauet, qui eut à s'occuper de nouveau de cette grave question. Le 27 février, un comité de la Chambre d'assemblée " résolut de recommander la nécessité de pourvoir à des appartements plus convenables pour les séances de la Législature ". De plus on décida de soumettre respectueusement les questions suivantes à Sa Grandeur Mgr l'évêque catholique de Québec : " 1'' S'il consentirait à continuer de laisser à l'usage de la Législature son palais épiscopal pour un temps qui n'excéderait pas vingt-neuf et ne serait pas moins de vingt années ? 2'^ Si, dans le cas où il accéderait à cette proposition, il ne consentirait pas en même temps à laisser, pour l'espace de temps dont il serait convenu, tout le terrain qui en dépend. Le tout qu'il reprendrait à la fin, du bail avec les améliorations qui auraient été faites pendant sa durée ? 3" Si autrement Sa Grandeur consentirait à abandonner l'évêché et tout le terrain qui en dépend, indéfiniment à la Législature, moyennant une rente financière et perpétuelle, et quel serait le montant de la rente qu'il entendrait, en ce cas, stipuler ? "' (Signé) J.-B. Viger, président du comité.
Mgr Panet répondit affirmativement aux deux premières questions, mais à la troisième il fit la réponse suivante : " L'évêque no croit pas, dans les circonstances actuelles, pouvoir prendre sur lui d'abandonner indéfiniment à la Législature l'évêché et le terrain qui en dépend moyennant une rente foncière et perpétuelle ". ^Lettre de Mgr Panet du 2 mars 1826).
Les choses en restèrent là jusqu'en 1829. M. Lagueux, président du comité nommé par la Chambre pour la 'Construction d'un palais législatif, vint alors trouver l'évêque pour lui soumettre de nouveau les mêmes propositions. Plusieurs membres, disait-il, surtout les protestants, voulaient choisir pour site du Parlement le jardin du roi près du château Saint-Louis. Les membres catholiques eux consentaient à voter une rente annuelle et perpétuelle de mille louis sterlings pour l'achat du terrain de l'évêché. Il faisait remarquer que si le Parlement était construit ailleurs, le prélat se trouverait fort en peine de tirer partie des anciens bâtiments et qu'il perdrait la rente de cinq cents louis sterlings, payée pour le loyer depuis 1820 (I).
L'année suivante, le comité revint à la charge et demanda officiellement à l'évêque s'il consentirait à céder à la province la propriété entière du palais épiscopal et de tout le terrain qui en dépendait, moyennant Hine rente fonaière, et quelle serait cette rente. Cette fois Mgr Panet consentit, à condition que la rente •annuelle serait de mille louis sterlings. Cependant rien ne fut décidé alors, et ce ne fut qu'en 1831 que les iparties en vinrent à un arrangement définitif. Le ^comité écrivit à l'évêque, qui répondit en ces termes :
(1) Auparavant cette rente était de cent cinquante louis seulement.
" Québec, 2 mars 1831..
" Ed. Glackmeyer, écuyer,
Greffier des comités de la
Chambre d'assemblée.
" Monsieur,
En réponse à votre lettre du 26 février dernier, j'ai l'honneur d'informer le comité de la Chambre d'assemblée chargé de s'enquérir des moyens d'agrandir la bâtisse où se tiennent les séances de la Législature, que je suis disposé à céder et aliéner à la province la propriété du palais épiscopal communément appelé l'Evêché de Québec, ainsi que le terrain en dépendant, aux conditions suivantes qui sont k peu de chose près semblables à celles qui sont mentionnées dans ma lettre du 2g février de l'année dernière.
1ère condition. — 11 sera absolument nécessaire qu'un plan correct de ce terrain soit préalablement dressé d'après les différents titres qui y ont rapport, surtout d'après les plan et procès- verbal de Maître Lamorille, reconnus par un jugement de M. Bigot, intendant, en date du 23 janvier 1759 (1).
" 2de condition. — Je ne crois pas devoir demander pour cette cession moins d'une rente foncière annuelle
(1) Procès-verbal de l'alignement des Fiefs et Seigneuries de Sa Majesté, de la Fabrique de Québec et du Séminaire des Missions Etrangères, en la cité de Québec. Le Maître Lamorille, arpenteur, 16 mars 1758 et jours suivants ; copie par F. Têtu, N. P.
et perpétuelle de mille louis sterlings, payable de semestre en semestre à l'évêque catholique de Québec, à ses successeurs, ou à la personne ayant l'administration du diocèse pour le temps d'alors, laquelle rente foncière sera toujours considérée comme bien épiscopal et comme représentant la propriété des dits terrains et par conséquent aura toujours la même destination qu'auraient eu le dit palais épiscopal et le terrain en dépendant.
" Dans le cas où il ne serait rien fait à cet égard pendant le présent Parlement, je n'entends aucunement être lié pour l'avenir par les conditions ci-dessus ".
Ce fut le 21 mars qu'on lut pour la l'^'^'^ et la 2' fois ■ le bill(l) " pour mettre Sa Majesté en état d'acquérir la propriété du palais épiscopal de Québec ... pour les usages publics de la province, moyennant une rente foncière de la somme de mille livres sterlings ". Dix jours après, le gouvernement donnait la sanction royale à cette mesure ainsi qu'à un autre bill passé dans la même session pour autoriser la construction, au coût de neuf mille livres courant, d'une aile au nord-ouest de la chapelle servant de Chambre d'assemblée d'après les plans de M. Louis-Thomas Baillairgé, architecte. Le contrat entre Mgr Pauet et le gouvernement ne fut passé que le 1" août 1832 devant Maître Archibald Campbell, notaire de Sa Majesté. Il est signe par Mgr Panet, par les trois commissaires nommés par le Paiie-
(1) I. Guillaume IV, chai>. XVI.
inent pour représenter Sa Majesté, MM. William Burns Lindsay (1), Jacques Leblond, père, et Gustave William Wicksteed (2), enfin par les notaires Archibald Campbell et Edward Glackmeyer (3).
Cependant les commissaires ci-dessus nommés se mirent immédiatement à l'œuvre pour la construction de l'aile nord-ouest du nouveau Parlement. Ils donnèrent le contrat de la maçonnerie à M. Michel Fortier et celui de la menuiserie à M. Charles Casault, et tout se fit selon les plans et sous la direction de M. Louis Thomas Baillairgé. Les excavations furent commencées le 13 juin de la même année 1831, et le 8 septembre suivant on posait la pierre angulaire. En 1833, on démolit la vieille chapelle de l'évêché pour élever en sa place le corps principal de l'hôtel du Parlement. Le 15 juillet les quatre belles colonnes du portique étaient placées, et, avant de les couronner de leurs chapiteaux, on fit la cérémonie accoutumée de la pose de la première pierre et de la plaque comme ni orative. Aux applaudissements de la foule, l'architecte, M. Ls-Thomas
(1; Il était le grand'père de M. l'abbé Lindsay, chapelain actuel des Ursulines. Greffier de la Chambre d'Assemblée, il avait ses appartements et demeurait habituellement dans le Ijalais législatif.
(2) M. W. Wicksteed demeure depuis longtemps à Ottaw.i. Il est âgé de 96 ans et il écrit encore comme un jeune homme. Il a bien voulu, avec une exquise bienveillance, nous donner de précieux renseignements pour ce petit travail.
(3) Voir Appendice F.
Berlinguet (1), et les trois commissaires apparurent debout sur les colonnes. Puis on déposa sous l'un des chapiteaux une plaque en cuivre portant l'inscription suivante :
Salle de la Chambre d'assemblée du Bas-Canada Dans la 11 Je
année du règne de Sa Majesté Guillaume IV Eoi du
Koyaume-Uni de la Grande-Bretagne
le 15 juillet 1833
Sous Son Excellence Matthew Lord Aylmer, gouverneur en.
chef des provinces du Bas et du Haut-Canada etc. etc. etc.
Sa Grandeur Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Joseph Signay, évêque de Québec, Pierre-Flavien Turgeon, vicaire général, coadjuteur, élu de Sa Grandeur l'évêque catholique de Québec.
( William B. Lindsay, écuyer, greffier de la Chambre d'assemblée.
Jacques Leblond, père, écuyer.
G. W. Wicksteed, écuyer, assistant clerc en ^ loi de la Chambre d'assemblée.
Sous la direction des plans et conduite de Ls-Thomas Berlinguet, architecte, depuis le 4 mai 1S33. Maître maçon : François Fortier.
("Louis Fortier.
Ses cautions : 1 y u t) j^-j. i
\^ Joseph Petitclerc, père.
Maître menuisier : Charles Cazeault.
rJoachim Mondoi'.
Ses cautions:- . ,^ ,,, .„^
l^rrançois Vallée (2).
(1) Il était le père de M. F.-X. Berlinguet, comme lui architecte, et demeurant à Québec. M. Ls-Thomas Baillairgé, qui avait commencé à diriger les travaux avec M. Berlinguet, avait abandonné la tâche le 4 mai précédent.
(2) Cette plaque est conservée avec soin dans les voûtes de l'hôtel de ville. M. Baillairgé, ingénieur de la cité, a eu l'obligeance de nous la montrer.
Commissaires de cette salle
On conserva jusqu'en 1851 l'aile sud-est de l'ancien palais épiscopal, qui devait faire uu singulier effet à côté du magnifique édifice auquel elle était attachée. L'intérieur servait à divers usages. Au-dessus du porche, une dame Cross tenait maison de pension, louait des chambres et des bureaux. C'est là aussi qu'avait été transporté le fameux musée Chasseur. M, Pierre Chasseur, sculpteur et doreur, avait commencé en 1824, dans sa résidence de la rue Sainte-Hélène, une collection d'animaux et surtout d'oiseaux du Canada. Quoique peu instruit, ce brave homme, grâce à son talent et à son énergie, parvint à former le musée le plus complet de la province. Il avait réuni cinq cents espèces d'oiseaux du Canada. Le gouvernement l'aida de ses deniers et finit par devenir propriétaire de la collection (1).
(1) La Gazette de Québec disait en 1826: " La cité de Québec doit s'enorgueillir de posséder dans son sein un citoyen dont les travaux doivent nécessairement tourner à la gloire de la i^atrie. Mais si l'industrie et la persévérance de M. Chasseur ont droit à nos éloges, la manière dont il conduit son ouvrage n'est pas moins digne de notre admiration. Il rassemble, autant que possible, autour de chaque objet, tout ce qui tend à le caractériser, de manière à nous donner tout à la fois, en quelque sorte, l'histoire et les habitudes de l'animal en vue. Pour atteindre ce but, il a dû suivre la nature à la piste, et, pour ainsi dire, la prendre par surprise, et il lui a fallu la chercher dans les bois, sur le sommet des monta* gnes. dans les marais et jusque sur les rochers les plus escarpés ". M. Chasseur mourut le 23 mars 1842. Outre les animaux, le musée renfermait bien des curiosités et souvenirs histori-
Comme les Chambres ue siégèrent plus à Québec depuis 1838 à 1852, la maison du Parlement fut convertie en hôtel de ville, et, comme nous l'avons dit plus haut, il y avait des salles et des bureaux pour des sociétés littéraires et de bienfaisance. C'est là que se réunissaient les membres du bureau de santé, et la société littéraire et historique de Québec y tenait sa bibhothèque et son musée. En 1850, ce qui restait de l'ancien palais épiscopal, c'est-à-dire l'aile sud-est, fut démoli, et l'on acheva, en 1851 et 1852, les constructions de l'hôtel du Parlement, d'après les plans de M. G. Brown, architecte (1) ; c'était le plus bel édifice de Québec. La salle du Conseil législatif, où se faisaient les cérémonies solennelles de l'ouverture et de la fermeture des Chambres, passait pour la plus remarquable en ce genre sur ce continent, sans excepter le sénat de Washington.
Il n'entre pas daus le cadre de cette esquisse de faire l'histoire détaillée de ce Parlement, mais comme il
ques. entre autres un canon trouvé dans le fleuve vis-à-vis Champlain. On y montrait aussi une haclie avec la jolie inscription suivante : " C'est ici la hache que Dewey a tué sa femme avec ". Ce Dewey avait été pendu à Montréal le 30 août 1833.
(1) Entrepreneurs, MM. Toussaint Vézina et F. Belleau, contrat pour £7,895. C'est le 14 décembre 1850 que les ouvriers trouvèrent la plaque de plomb dont nous avons déjà parlé sous la pierre angulaire de l'ancien palais épiscopal.
Voir, appendice Gr, quelques détails concernant l'ancien cimetière.
a coexisté avec le palais épiscopal, et que même il en faisait partie, puis lui a succédé, nous croyons devoir rappeler en peu de mots quelle fut sa triste fin, et quelle fut la destination jusqu'à nos jours du magnifique emplacement cédé par les évêques à la province de Québec,
Le 25 avril 1849, des émeutiers en fureur avaient livré aux flammes le splendide édifice où siégeaient à Montréal les députés de l'Assemblée législative. Un peu moins de cinq ans après, ce fut le tour du Parlement de Québec. Cette fois, il est vrai, ce ne fut pas le fait d'incendiaires, mais la perte n'en fut pas moins déplorable.
Voici GommentV Abeille racontait ce triste événement:
" Hier au matin (le 1er février 1854), entre 3 et 4 heures, le feu a éclaté dans l'aile sud de l'hôtel du Parlement, occupée par les bureaux du Conseil législatif, et il a été impossible de l'éteindre. Tout l'édifice a été consumé. Le feu, suivant toutes les apparences, a dû. se communiquer par l'appareil de chauffage. Afin de mieux conserver la chaleur, on avait rempli de sciure de bois l'espace qui séparait le tuyau extérieur du tuyau intérieur des fournaises, mais cette sciure de bois, devenue très sèche, a pris feu et fait rougir le tuyau extérieur.
" Une grande partie de la bibliothèque a été sauvée, malheureusement la portion la plus précieuse et la plus difficile à renouveler, celle qui avait coûté, comme ou le sait, tant de recherches et de travaux à M. Faribault, est perdue.
" Le bâtiment avec tout ce qu'il contenait, a coûté plus de £150,000".
" Les débris de la bibliothèque, dit le Courrier du Canada, sont installés au séminaire dans la chambre autrefois occupée par les évêques de Québec. On sait que le clergé de l'archevêché et du séminaire ont fait des efforts considérables pour sauver la belle bibliothèque de la chambre, à laquelle le dernier, pour compléter son œuvre de dévouement, donne aujourd'hui l'hospitalité ".
Le musée Chasseur périt aussi dans ce désastre (1). Après bien des hésitations,le gouvernement accepta l'offre que lui faisaient les Sœurs de la Charité d'affecter une grande partie de leur maison pour le service des Chambres et consentit à leur payer mille louis par année. Bientôt cent cinquante ouvriers furent employés à transformer l'hospice en Parlement et les travaux étaient déjà très avancés, quand, le u mai, le feu qui semblait à la poursuite des Parlements détruisit toute la partie neuve de l'édifice (2). Le gouvernement loua en déses-
(1) Les élèves dn Séminaire sauvèrent cependant un certain nombre de sujets, entre autres un ours blanc qui leur fut abandonné et qui amusa pendant longtemps les petits de la petite salle.
(2) '• Encore un Parlement canadien en cendres ! L'église et la partie du couvent des Sœurs de la Charité où. devait se tenir le Parlement dans le mois de juin prochain, ont été consumées cette nuit. Vers 10 h., le feu a été aperçu dans les appartements supérieurs au-dessous de la coupole, et, en moins d'une demi-heure, la coupole, l'église et tout le grenier de l'édifice n'étaient plus qu'une masse de flammes. On y
poir de cause la salle de musique pour l'Assemblée législative, et le palais de justice pour le Conseil législatif. Le conseil de ville acheta, en 1858, les murs incendiés de la Chambre d'assemblée et en fit le marché Champlain. Enfin en 1859 et 1860 on bâtit un nouvel hôtel du Parlement, en brique réfractaire anglaise, pour le prix de S6 1,514.77. Cet insignifiant édifice était d'abord destiné à servir de bureau de poste, mais il ne fut jamais affecté à cet usage. Le gouvernement provincial y installa ses bureaux, et les Chambres s'y a,ssemblèrent jusqu'en 1883, alors que cet édifice fut, à son tour, détruit par un incendie (19 avril 1883).
Depuis la Confédération, le gouvernement fédéral était le possesseur du terrain de l'évêché, mais il le transporta en 1871 au gouvernement local de Québec, qui à son tour le lui remit en 1887. La rente de mille louis sterling était fidèlement payée par l'un ou par l'autre, depuis cinquante-sept ans, quand, cette même année 1887, les ministres fédéraux décidèrent de rompre le contrat et de payer à l'archevêque de Québec le capital •de cette rente calculée à six par cent d'intérêt, ce qui donnait $74,074.00.
Le 28 octobre le secrétaire de Sir Hector Langevin,
avait transporté depuis quelques jours le mobilier sauvé de l'incendie du 1er février et un lot considérable de livres parlementaires venant de l'imprimerie. Tout a été consumé, ^insi que la plupart des outils qu'y avaient laissés les ouvriers. Un tapis de £150 acheté et payé la veille a subi le même sort ..." (L'abeille).
ministre des Travaux Publics, écrit au secrétaire de Son Eminence pour offrir cette somme, afin d'obtenir la radiation d'une rente de $4,444.44 dont est grevé en faveur de l'archevêque de Québec le terrain ci-devant occupé par l'hôtel du Parlement. Le 3 novembre, le cardinal fait répondre par son secrétaire qu'il ne croit pas pouvoir accepter cette offre. Le 26 janvier 1888, Sir Hector insiste et dit que l'honorable ministre de la justice auquel la question a été soumise, est d'opinion que l'art, du code civil, P. Q., autorise le locataire à se libérer d'une rente à long terme, à sa volonté, en en payant la somme capitalisée.
Le 24 février suivant, Son Eminence adresse un long plaidoyer au ministre pour énumérer les raisons de son juste refus.
Après avoir rappelé les circonstances du contrat solennel passé entre les évêques de Québec et le gouvernement, et l'acte du Parlement qui l'autorisait, le cardinal expose le but et les conditions de cette rente foncière^ annuelle, 'perpétuelle et non rachetable et la déclaration positive ajoutée à la clause quatrième : nonobstant toutes lois, coutumes ou usages à ce contraires. Puis il demande si un gouvernement a bien le droit " de manquer à sa parole et d'exiger d'un sujet un sacrifice qui n'est pas absolument nécessaire. "
" Peut-il, sans violer la justice naturelle, rendre plus mauvaise la position d'un sujet qui a contracté avec lui ? Ce serait certainement ce qui arriverait s'il impo-
sait sa volonté dans le présent, car le capital offert au taux de 6% ne donnera pas le même revenu que la rente, parce que le taux ordinaire est de 5% et même souvent de 4%. De plus l'archevêque de Québec aurait bien des risques à courir ". Mais il était décrété que les intérêts du cardinal seraient sacrifiés sur l'autel de la patrie, et, le 25 juin suivant, l'honorable ministre s'appuyant toujours sur la science légale de son collègue sir John Thompson, répondit que la rente était rachetable, et il terminait en priant le cardinal de lui désigner quelqu'un qui fiit autorisé à recevoir le capital le 30 du même mois. C'était indiquer d'une manière assez claire qu'il fallait clore la discussion et se soumettre ou plaider.
Le cardinal ne crut pas devoir prendre ce dernier parti, et il écrivit (30 juin 1888) que " cédant à une force majeure et contre sa conviction intime ", il acceptait l'offre du gouvernement. Les conséquences étaient faciles à prévoir et le cardinal les connaissait bien ; l'archevêque de Québec aura désormais l'ennui de trouver un placement pour la somme de §74,000.00, il aura le risque d'en perdre une partie ou même le tout, et en tous cas, il perdra régulièrement et sûrement une somme de sept cents à mille piastres par année.
Quelles ont été les graves raisons qui ont engagé le gouvernement à imposer un pareil sacrifice à l'archevêque de Québec, nous n'avons pas encore pu les découvrir. Peut-être était-ce pour rendre plus facile à
la " Québec Hôtel Company " l'achat qu'elle voulait faire du terrain de l'ancien Parlement ? En supposant que la loi civile pût autoriser cette mesure et que celleci fût regardée comme nécessaire, ce que nous ne sommes pas du tout prêt à admettre, il semble que l'on aurait dû au moins offrir au cardinal une somme suffisante pour compenser le dommage évident qu'on lui faisait subir.
C'est là la fin de l'histoire de ce palais épiscopal bâti par Mgr de Saint- Vallier, habité par ce prélat pendant six années seulement, même nombre d'années par Mgr Dosquet, et seize années par Mgr de Pontbriand. Il avait duré, pour une partie du moins, cent cinquantesept ans, l'aile du sud n'ayant été démolie qu'en 1851, et ce fut sa destinée de servir à l'Etat plus longtemps qu'à l'Eglise et d'entendre plus souvent les discours des hommes politiques que les sermons des évêques. Il n'en fut pas moins très utile aux uns et aux autres, et nous serons heureux si nous pouvons contribuer à perpétuer le souvenir de cette vénérable maison qui appartient à l'histoire politique comme à l'histoire religieuse de Québec.