CHAPITRE DEUXIÈME
Mgr de Saint-Vallier. — Le deuxième palais épiscopal
Achat du cimetière. — Construction du troisième palais
épiscopal Description par La Potlierie Synodes —
Les intendants Le docteur Sarrazin. — Vente d’un
terrain à Jacques Pagé. — Mort de l’évêque à l’Hôpital- Général.
A son premier voyage à Québec, en juillet 1685, Mgr de Saint-Vallier, n’étant encore que vicaire général, descendit au séminaire et y fit sa demeure tout le temps qu’il séjourna dans la ville épiscopale.
Mais nous croyons qu’avant de quitter Québec pour la France, où il allait être sacré, il avait fait choix dès lors du terrain et de la maison où il voulait demeurer après son retour. Il aurait même acheté l’un et l’autre, soit à cette époque soit pendant son séjour à Paris, car il écrit dans son fameux mémoire publié en 1688 et avant son départ de cette dernière ville : “ Le Roi ... par un surcroît de bonté et de magnificence, m’a accordé ... de quoi payer non seulement mes Bulles, mais encore une maison épiscopale que j’ai cru devoir acheter
pour loger à l’avenir mes successeurs, sans être à charge au séminaire, où j’ai fait jusqu’ici, à l’exemple de mon prédécesseur, ma résidence (1) ”.
(1) Dans un mémoire adressé au P. de la Chaise, en 1707, et cité par le R. P. de Rochemonteix dans “ Les .Jésuites et la Nouvelle - France ”, Mgr de Saint-Vallier parle de ses démêlés avec les MM. du Séminaire de Québec, et dit que ce fut leur conduite à son égard qui le décida à acheter une maison. Tome III, p. 317.
Comme ce mémoire est peu ou point connu, nous reproduisons l’extrait cité par le P. de Rochemonteix. “ Feu Monsieur du Douy, prêtre, directeur principal du séminaire des Missions Etrangères de Paris et procureur de celui de Québec, ayant fait entendre au feu P. Valois, par les avis duquel je me conduisais, qu’il était nécessaire, si je voulais faire du bien dans ce pays-là (en Canada), de me réunir au séminaire des Missions Etrangères de Paris, et d’entrer dans l’esprit de communauté et de désappropriation de celui de Québec qui lui est particulier et qui ne se pratique pas au séminaire de Paris ; il me conseilla de me mettre du corps de celui de Paris et d’essayer de la désappropriation du séminaire de Québec. .Je suivis ce conseil du P. Valois avec tant de latitude de cœur, que m’étant resté de ma charge d’aumônier du Roi, quarante-cinq mille francs, mes dettes payées, je leur fis remettre cette somme dont je fis don au séminaire de Québec, en retenant seulement l'usufruit ma vie durant. Je demeurai environ trois ans dans cette désappropriation, durant lesquels je reconnus que l'esprit de cette désappropriation se terminait : à prendre pour le séminaire tout le revenu du clergé séculier du Canada, sans en faire de part à personne, et à m’empêcher de pouvoir répandre sur les pauvres de la campagne et sur les communautés pauvies du diocèse, le peu de moyens que je pouvais avoir, qui se dépensaient tous au séminaire, où je remarquai que, dans une seule année, il se fit pour cent mille francs de dépenses, comme il me parut par le premier compte que je les engageai de faire, n’en ayant pas fait jusque-là.
Arrivé à Québec le 3 juin 1G88, le prélat passa trois mois au séminaire, et au commencement du mois d’août, il se transporta dans la maison qui devait lui servir de
Le P. Valois ayant par moi et par d’autres su comment les choses se conduisaient dans ce pays-là, il me dit qu’il n’y avait pas à hésiter et qu’il fallait quitter cette désappropriation, pour pouvoir aider de mes revenus les autres communautés et les pauvres du diocèse, la grâce d’un évêque devant être commune et égale à tous, et non pas particulière à une seule communauté. Je me rendis à ce bon conseil, d’où deux choses furent la conséquence.
La première que Messieurs des Missions Etrangères voulurent me faire passer en France pour un esprit particulier qui donnait dans les erreurs des illuminés, et qu’après m’être mis en oraison, je suivais, disaient-ils, mes propres pensées, croyant suivre ce que l’esprit m’avait inspiré. Ce fut ce que j’eus à souffrir en France dès mon premier voyage; mais il arriva bien d’autres choses au Canada, à mon retour, où l’on me refusa les missionnaires pour mettre dans les missions, et où l’on ôta les chapelles des missions où elles étaient nécessaires pour dire la messe, et où elles étaient auparavant. On voulut de plus garder ma bibliothèque, et ne me laisser aucun livre ni logement. Cette conduite fut cause que j'achetai une maison, dont le Roi eut la bonté de payer la plus grande partie de ce qu’elle coûtait, et je demandai au Roi le règlement qui fut fait par feu Monseigneur l’archevêque de Paris et le révérend Père de la Chaise ”.
Le séminaire, de son côté, avait bien des plaintes à porter contre l’évêque.
Citons quelques passages d’un mémoire intitulé : ‘‘ Etat de l’Eglise du Canada, depuis l’arrivée du nouvel évêque ”.
“ Les personnes les plus sages de Paris en qui M. l’abbé de Saint- Vallier avait confiance, lui avaient fortement recommandé dans son premier voyage de Canada, avant son sacre, de ne rien changer dans la visite qu’il y allait faire ; mais seulement de s’y instruire de l’état des choses, et de se souvenir que n’étant encore que vicaire général de son prédéces-
palais, en attendant la construction d’un édifice plus digne et plus spacieux. Il avait acheté cette maison et le terrain sur lequel elle était bâtie de M. François
seur, il n'était ni de la bienséance, ni de la sagesse, de faire aucun changement, mais qu’il était à propos de suivre ce qu’avait fait celui dont il exerçait l’autorité et qui par sa démission volontaire l’avait mis en place.
“ Il parut à tout le monde qu’il partait dans cet esprit ; il fut descendre dans le Séminaire de Québec pour y faire sa demeure et se conformer en tout à l’ancien évêque ; cependant quoiqu’il ne pût s’empêcher d’approuver le bien qu’il voyait si bien commencé et qu’il affectât de s’écrier en diverses circonstances que tout était fait et qu’il n’avait plus rien à faire, à peine avait-il vécu dans le séminaire, quinze jours, que dans les premières visites qu’il fit, il voulut faire plusieurs changements, et en fit effectivement quelques-uns, mettant de nouveaux règlements dans le séminaire, ôtant le chapelet, pour augmenter, disait-il, le temps de l’oraison mentale, augmentant le nombre de trente enfants jusqu’à soixante et soixante-dix, tant à Québec qu’à une terre du séminaire qui est à sept lieues, et faisant faire, sans mesure et sans consulter personne, des aumônes excessives et des établissements prématurés aux dépens de son clergé, se regardant comme le maître et le dispensateur absolu de tous les biens ecclésiastiques ; de sorte qu’en un an, quoiqu’il eût apporté de grosses sommes de France, il se vit sans argent, et, repassant en France, il laissa le séminaire chargé de huit à dix mille francs de dettes, étant au surplus brouillé avec les directeurs du séminaire et surtout avec M. de Maizeret, qui en était le supérieur, dont la vertu et la droiture devaient lui avoir inspiré beaucoup d’estime, mais dont le crédit dans tout le pays et la liberté à lui représenter les inconvénients de sa conduite le lui avaient rendu peu supportable.
t‘ Lorsqu’il s’embarqua pour repasser en France, les communautés, les curés, et les peuples furent si frappés de sa manière d’agir avec tant de vivacité et de précipitation, et du peu d’égards qu’il avait eus pour la conduite de son
Provost, major du château et ville de Québec. Ce ne fut que le 12 novembre 1688 que le contrat d’achat fut passé, mais il y est dit expressément que l’évêque en avait déjà pris possession depuis son retour de France. Il paya le tout quinze mille louis, somme que le roi devait lui donner dans l’espace de trois ans (1).
Le site était admirablement choisi, il n’y en avait pas de plus beau dans la ville ; le seul inconvénient était la distance assez grande où se trouvait l’évêché, de la cathédrale. D’après les notes du regretté M. Louis
prédécesseur, et pour la personne et les avis de ses vicaires généraux, que dès lors on prévit ce qu’il oserait entreprendre quand il serait évêque, et on écrivit de toutes parts en France, qu’on appréhendait son retour, et qu’il serait peutêtre de la gloire de Dieu de lui persuader de ne point y
revenir et de ne se point faire sacrer .
“ Il n’était arrivé en Canada qu’au mois de juin 1688, et depuis ce temps-là jusqu’en novembre suivant, tant durant les trois mois qu’il passa au séminaire en attendant qu’il pût aller loger ailleurs, que lorsqu’il fut établi dans sa maison épiscopale, il fit connaître ouvertement tout ce qu’il avait dans le cœur pour changer autant qu’il pouvait l’ancienne
manière de gouverner . . ”
Suivent cinq articles de plaintes, et des réponses à celles de l’évêque. Quoiqu’il en soit, le prélat gagna sa cause à la cour et le règlement que l’on fit lui fut favorable. Voir “ Les évêques de Québec ”, page 109.
Dans l’important ouvrage cité plus haut: “ Les Jésuites et la Nouvelle-France”, le R. P. de Rochemonteix porte sur Mgr de Saint-Vallier le même jugement que nous avons porté nous-même dans la notice biographique que nous lui avons consacrée. (Les évêques de Québec).
(1) Voir copie du contrat à l’Appendice A.
Beaudet, les Bécollets semblent avoir été les premiers occupants de ce vaste terrain, et en ICI 6 ils y avaient un jardin pour la culture des légumes. Deux ans après, ils échangèrent avec Louis Hébert qui leur concéda une propriété sur les bords de la rivière Saint-Charles, et c’est là qu’ils construisirent leur monastère de Notre- Dame-des-Anges.
Le 4 février 1623, Louis Hébert reçut ses lettres patentes de Sa Majesté le roi de France.
En 1626, il obtint un titre de concession de ce terrain renfermant le futur emplacement du séminaire. Son héritier Guillaume Couillard céda, en 1637, à la Compagnie de la Nouvelle-France, trois arpents de ce terrain dont environ deux cent quatre-vingts perches de désertées, y compris le cimetière.
On voit ensuite, le 20 septembre 1649, la même compagnie concéder à “ dame Anne Gagnier, veuve de
M. Jehan Clement du Waulx, seigneur de Monceaux, un arpent de terre ou environ, dans l’enclos sur le Saultau-Matelot, tenant au N.-O. aux terres du sieur Guillaume Couillard, au S.-E. à une terre où est placé un fourneau à briques de MM. de la compagnie; au N.-E. au Sault-au-Matelot ; au S.-O. à un chemin qui court
N. -O. et S.-E. et qui fait la séparation entre la dite terre et la grande place ”. Le 19 février 1652, M. Jean de Lauzon concède à la même dame de Monceaux “ un hangar situé à l’endroit de la descente au magasin, tenant d’un côté à la concession d’un arpent de terre à elle
appartenant, et ensemble la terre qui se trouve depuis cet arpent jusqu’au chemin par lequel on va au fourneau à chaux, formant en tout environ deux arpents et demi de terre en superficie. ” Ce terrain est mesuré, le 16 avril 1655, par Bourdon, qui en dresse un procèsverbal.
Vient ensuite Denis- Joseph Ruette, sieur D’Auteuil, gendre de madame de Monceaux, qui, le 26 juillet 1656, est reconnu comme propriétaire du même emplacement. Il le cède, le 3 juillet 1667, à Octave Zapaglia, écuyer, sieur de Ressan, pour M. Jean Talon, conseiller du roi, intendant de justice, police et finance en la N ouvelle-France.
Enfin M. Jean Talon, représenté par Mme de la Guide, femme de M. Perrot, gouverneur de Montréal, vend le même terrain, en 1682, à M. Provost, qui le cède à son tour à Mgr de Saint-Vallier.
L’évêque devint ainsi le propriétaire d’un magnifique terrain et d’une maison tout à fait convenable, l’une des plus belles de la ville à cette époque, maison en pierre à deux étages, couverte en ardoise, avec cuisine séparée, et hangar, cour et jardin (1). Rien d’étonnant, si Ton fait attention à la qualité des personnes qui l’avaient occupée auparavant. 11 s’y rendit dès le 15 août 1688, avec son vicaire général, M. Merlac, et son secrétaire,
(1) Contrat passé devant Genaple, reproduit à l'appendice A.
M. Foucault. Le plan reproduit ici indiqrre clairement que ce petit palais épiscopal de Mgr de Saint- V allier, construit par M. Dauteuil — nous le croyons du moins — se trouvait à l’extrémité du terrain qu’il venait d’acheter, touchant d’un côté à l’ancien cimetiere et de 1 autre à la rue de la Montagne.
Le prélat fit commencer, en 1G39, un mur d’enceinte pour enfermer sa propriété, et l’on trouve dans le greffe de Genaple plusieurs contrats qui s’y rapportent. C’est ainsi que le 27 avril de cette année, il charge le sieur Pierre Maufet, habitant de la côte Saint-Michel, de voiturer toute la pierre, chaux et sable dont le maçon avait besoin pour exécuter cet ouvrage, “ à prendre la dite pierre et chaux sur la grève devant la Ville-Basse, ou bien au bas de la montée du séminaire, à 1 entree de la petite rivière, et quant au sable à prendre a la Pointeaux-Lièvres ”.
Le prix était de douze sols par voyage.
Le 10 décembre 1600, autre contrat avec “ Claude Baillif, entrepreneur de bâtiments, de cette ville, lequel entreprend tous les ouvrages de maçonnerie pour parachever le portail commencé de la cour du palais épiscopal ”. Ce portail devait avoir vingt-quatre pieds et demi de hauteur, et être couronné “ par une corniche, frise et architrave de l’ordre toscan, l’arcade du dit portail bombée et formée de claveaux bien joints, tailles proprement et faits de la forme et manière conforme au dessin qui en a été signé par les parties... Plus fera
ce qu’il conviendra faire de murailles pour l’enceinte du dit palais épiscopal, et ce de la pierre du lieu, réservé le côté qui en sera exposé au nord-est, lequel sera de pierre de Beauport Prix de cette entreprise, six cent vingt livres pour le portail, et dix-neuf livres pour chaque toise de muraille. Sur l’une des gravures de 1759 que nous reproduisons, l’on voit encore le mur et le portail dont il est question dans ce contrat et répondant exactement à la description qui en est faite.
Pour agrandir la magnifique propriété qu’il venait d’acquérir, Mgr de Saint- Vallier fit consentir la fabrique à lui concéder tout le terrain de son cimetière (1) qui se trouvait entre la terre du palais épiscopal et le bord de la côte qui regarde la Basse- Ville et le chemin qui conduit de la Basse à la Haute-Ville. Il lui donna en échange une propriété de même étendue située sur la rue Desjardins et qu’il acheta, le 31 décembre 1689, d’Olivier Morel, sieur de la Durantaye. Mais quoique ce terrain fût accepté par les paroissiens, il faut croire qu’on ne le trouva pas convenable, car on ne s’en servit jamais ; et le 31 février 1691, le prélat acheta des Messieurs du séminaire pour la même fin et au prix de quatre mille livres, “ une espace de terre ... de pareille étendue et quantité de terre que l’ancien cimetière cédéet transporté au dit seigneur acheteur par les sieura curé et marguilliers de la dite paroisse, suivant le
(1) On y enterrait depuis 1655.
contrat qui en a été passé ... le 31 décembre 1688. C’est à savoir le nombre de quatre cent soixante et dixneuf toises de terre en superficie, faisant demi-arpent trois perches et deux toises d’étendue de terre, borné d’un côté par les murailles de l’église Notre-Dame ... ; d’un bout par allée de communication de la dite église au grand logis du dit séminaire ; d’autre bout par la porte et clôture qui sont sur la place Notre-Dame près du portail de la dite église, et de l’autre côté, par la ligne et clôture qui renfermera la dite espace tendant droit de la dite allée de communication à la dite clôture qui est et regarde sur la dite place Notre-Dame . Ce cimetière fut appelé le cimetière Sainte- Anne.
Le 9 mars de la même année, le prélat rendit à ce sujet l’ordonnance suivante : “ Ayant connu la nécessité qu’il y avait de chercher un autre lieu pour faire un cimetière, la place de celui-ci n’etant point commode ni pour le clergé, ni pour le peuple, à cause qu il se trouve au milieu de la ville, où l’air pouvait incommoder en de certaines occasions le peuple, et qu’il est dans un penchant qui est de difficile accès pendant l’hiver. Désirant d’ailleurs pouvoir renfermer notra, maison épiscopale d’une manière à n’être point exposée à l’entrée de tout le monde, ayant fait assembler les anciens et nouveaux marguilliers, et ayant eu leur consentement pour le mettre ailleurs, nous avons cherché et trouvé une place très commode auprès de l’église, que nous avons achetée des messieurs du séminaire,
laquelle commençant d’être en état d’y pouvoir enterrer et qui sera bientôt enfermée de pieux, nous avons cru devoir faire bénir le nouveau cimetière, et interdire l’ancien, c’est ce que nous faisons par cette présente ordonnance, déclarant que notre intention n’est plus qu’on enterre dans l’ancien, voulant que sans perdre de • temps monsieur. ...député par nous, bénisse le nouveau”.
Le 22 avril 1703, une assemblée très importante fut tenue au palais de l’intendant, à laquelle assistaient les prêtres du séminaire, les marguilliers anciens et nouveaux, les officiers du Conseil et de la Prévôté et les principaux paroissiens de Québec, et cette réunion avait pour but de régler toutes les affaires pendantes entre le séminaire et la paroisse, au sujet du terrain cédé par celle-ci en 1G63 et dont elle voulait recouvrer la possession.
Nous en parlons ici, parce qu’il fut aussi question d’un cimetière et d’autres sujets mentionnés plus haut. D’après le procès-verbal de cette assemblée, l’ancien presbytère existait encore (on l’avait rebâti après l’incendie de 1701), et le terrain était “ composé du logement du curé du lieu, pour les petites écoles et autres logements servant à l’usage de la sacristie de l’église, cours et jardins et lieux appelés aujourd’hui cimetière de la Sainte-Famille et de Sainte-Anne ”.
Pour le bien de la paix, les prêtres du séminaire cédèrent ce qu’ils se croyaient en droit de garder, c’està-diie tout ce qu’ils avaient obtenu en 16G3, étant par
là meme déchargés de l’obligation qu’ils avaient alors - contractée de bâtir au besoin un nouveau presbytère de la valeur de six mille livres. La fabrique reconnaissait leur droit d’avoir un passage couvert entre leur maison et l’église, tant qu’ils auraient la desserte de la paroisse et le soin de l’éducation des enfants. On ajouta de plus que les messieurs du séminaire, pour s’acquitter envers Mgr de Saint-Vallier de l’obligation de lui fournir un cimetière de quatre cent soixante et dix-neuf toises en superficie, cédaient à cette fin un terrain de six cents toises à prendre le long de la clôture de l’Hôtel-Dieu. Ce cimetière porta pendant longtemps le nom de cimetière des Picotés ; il est maintenant occupé par la rue Charlevoix.
On pourrait se demander comment et pourquoi le séminaire, qui avait vendu pour quatre mille livres à Mgr de Saint-Vallier le terrain du cimetière Sainte- Anne, se trouvait encore endetté envers lui et obligé de fournir un nouveau cimetière. Mais on doit se rappeler que le séminaire s’était chargé de la desserte de la paroisse et qu’il en avait tous les revenus. Quand Mgr de Saint-Vallier voulut changer cet état de choses et faire remettre à la paroisse tout le terrain qu’elle avait cédée, eu 1663, le cimetièie Sainte-Anne se trouva compris avec tout le reste, et le séminaire reconnut qu’il devait donner un autre terrain pour les quatre mille livres qu’il avait reçues de l’évêque.
A peine était-il installé dans son petit palais, que
Mgr de Saint- Vallier se donna la commodité d’y avoir un oratoire où il disait la messe, les jours où il n’avait pas à officier à la cathédrale ou dans quelque maison religieuse de la ville. On voit même que dès le 26 mars 1689, il y faisait des ordinations, et ce jour-là il conféra le sacerdoce dans la chapelle de son palais à M. Philippe Boucher, fils de Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières. Ce digne prêtre fut toute sa vie curé de Saint- Joseph-de-Lé vis où il mourut en 1721 (1).
Mgr de Saint- Vallier quitta Québec au mois de mai de la même année 1689 (2), pour se rendre à Terre- Neuve, puis en Acadie, et ne fut de retour que le 15 octobre suivant. Le 9 novembre 1690, il convoqua le premier synode diocésain, et ce fut évidemment dans son palais épiscopal que le prélat réunit son clergé et lui fit connaître les sages règlements qu’il avait faits pour la conduite des âmes et l’administration des
(1) Plusieurs curés canadiens, sous la domination française, avaient de belles bibliothèques, dit l’abbé A. Gosselin dans Le P. de Bonnecamps ; celle de M. Philippe Boucher (1690- 1721) comptait au delà de cinq cents volumes. {Le curé Philippe Boucher, par J.-E. Roy, dans la Revue Canadienne, 1891).
(2) Voir “ Bulletin des Recherches Historiques ”, novembre 1895. M. l’abbé Casgrain établit clairement que Mgr de Saint- Vallier se rendit en Acadie en 1689, voyage qu’aucun historien, pas même l’annaliste de P Hôpital-Général, n’avait encore mentionné. Dans “ Les évêques de Québec ” il n’en est pas non plus question, et nous sommes heureux de voir que ce fait historique ne peut plus être contesté.
paroisses (1). Le prélat passa en France une partie des années 1691 et 1692, et, de retour à Québec, il réunit de nouveau, dans son palais épiscopal, le 5 février 1693» “ une assemblée de tous les confesseurs de la ville et de la campagne du voisinage de Québec, à l’occasion du |hbilé accordé par le pape Innocent XII (2) Quelque temps après, il faisait commencer la construction d’un vaste palais qui devait remplacer celui qu’il avait occupé jusque-là. Le contrat avait été donné, le 10 janvier précédent, au même architecte et entrepreneur de bâtiments, Claude Baillif, qui avait fait le mur d’enceinte, quelques années auparavant, et un autre contrat pour la charpente, le 12 novembre de la même année, à Jacques Bédard, de Charlesbourg.
Baillif était chargé de faire le corps principal du bâtiment ; les murailles du pourtour devaient avoir trois pieds et demi d’épaisseur dans les fondations, jusqu’à la voûte qui serait faite dans toute la longueur, et ensuite deux pieds et demi d’épaisseur au-dessus. “ Tous les parements, dit le contrat, et dehors en pierre de Beauport, et par le dedans en pierre de cette ville. La voûte susdite aura dix pieds de sous-clef et le connexe d’icelle sera élevé de deux pieds de plus haut qu’est le plancher d’en bas du premier étage ou rez-de-chaussée de l’ancien palais dans lequel l’évêque est présentement logé
(1) Mandement des évêques de Québec, I, page 270.
(2) Idem, page 309.
a. Basse-marée.
Cela indique clairement que l’ancien palais existait encore, et ce ne fut qu’en 1697 qu’il fut détruit, et son emplacement occupé par les nouvelles constructions. En 1694, on posa la pierre angulaire du corps principal, et on mit au-dessous une plaque en plomb avec l’inscription suivante :
“ Anno Domini MDCXCIV, Innocentii Papæ XII, anno III, Ludovici XIV, Francorum Eegis LI, primum palatii Sui Episcopal is lapidera posuit Joannes a cruce de St. Vallier Ecclesiæ Quebecensis Episcopus, Deipara et Divo Ludovico Eiusdem Ecclesiæ patronis, auspicibus ”.