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de Saint-Laurent, qui roule rajestueusement ses eaux, et les amène de l'extrémité du Nord ou de l'Ouest, y sera couvert de vaisseaux; que l’île d'Orléans et les deux bords des deux rivières qui forment ce port, découvriront de belles prairies, de riches côteaux et des campagnes fertiles, et il ne leur manque pour cela que d’être plus peuplées ; qu’une partie de la rivière Saint-Charles, qui serpente agréablement dans un charmant vallon, sera jointe à la ville, dont elle sera sans doute le plus beau quartier ; que l’on aura revêtu toute la rade de quais magnifiques ; que le port sera environné de bâtiments superbes, et qu’on y aura trois ou quatre cents navires chargés de richesses, que nous n’avons pas encore su faire valoir, et y apporter en échange celles de l’ancien et du nouveau monde, vous m'avouerez, madame, que cette terrasse offrira un point de vue que rien ne pourra égaler, et que dès à présent ce doit être quelque chose de fort beau ”.
Cette vue prophétique de l'avenir de Québec prêterait à bien des commentaires. Plusieurs des embellissements et des progrès rêvés par le P. Charlevoix se sont réalisés, les autres se font attendre. Paris en 1720 avait son demi-million d'habitants. Québec n’est pas encore rendu à cent mille. La terrasse dont il parle a été remplacée par une autre, plus vaste et plus élevée, et
d’où le regard embrasse l’un des plus beaux panoramas
du monde,
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Mais c’est en vain que de cette éminence couronnée jadis par le château Saint-Louis et aujcurd’hui par le superbe hôtel Fronteua:, son œil voudrait contempler ces quais splendides que son rêve lui avait montrés et ces centaines de navires qui devaient remplir la rade incomparable de lu cité de Champlain. Il chercherait inutilement le palais épiscopal dont il donne la Gescription. Le site lui-même en eat désert, et sa solitude n’est troublée que par des troupes d'enfants qui viennent y prendre leurs ébats et fouler inconscients la poussière de ses murs. Mais que ne dirait pas le P. Charlevoix si, arrivant à Québec par un beau soir d'été, il contemplait à distance la ville couronnée de ses centaines de lampes électriques comme d’un diadème enrichi de diamants ! Et quels changements n’admirerait-il pas à l'intérieur, dans les églises, le séminaire ettous les principaux édifices publics ! Il verserait sans doute bien des larmes sur les ruines du collège des Pères Jésuites, mais sa douleur serait mêlée de joie, en voyant les religieux de la Compagnie de Jésus travailler avec tant de zèle et de succès dans cette même vigne du Seigneur fertilisée par le sang de leurs premiers missionnaires, Enfin il admirerait cette Eglise de Québec sortie triomphante de toutes les épreuves, sanctifiée par les vertus de ses pieux évêques et honorée à jamais par les gloires du cardinalat,
Comme, en écrivant l’histoire du palais épiscopal,
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nous croyons devoir parler de tout le terrain qui en fdisait partie, il faut mentionner ici un cnntrat de vente (1), en date du 28 janvier 1716, par lequel Mgr de Saint-Vallier céda à Jacques Pagé un morceau de vingt-neuf pieds de front sur la rue de la Montagne, joignant au N.-O. la maison de Guillaume Pagé (son père), par une ligne triangulaire de cinquante pieds de profondeur ; au S.-O, le terrain de l’évêque par une ligne de quarante-deux pieds de profondeur ; le derrière du terrain joignant la propriété d'Antoine Girard par une ligne de vingt-deux pieds et demi, pour le prix de dix-huit cents livres et d’une rente foncière et perpétuelle de trois livres. Mais, on ne sait pourquoi, l'acheteur, mécontent de son achat, espérant sans doute faire plus tard un marché plus avantageux, poursuivit le prélat devant la prévôté, pour faire annuler la vente, Le 8 mars 1717, le conseil supérieur auquel la cause avait été référée en appel, déclara le contrat nul, “ attendu, dit le jugement, que le dit terrain est inaliénable … ce faisant, a condamné et condamne mon dit sieur l’évêque à rembourser au dit Pagé, appelant, la somine de dix-huit cents livres .. avec intérêt d’icelle du jour de la demande et avec dépens. (Signé) Bégon ”,
On voit par le jugement que “ le terrain vendu était alors occupé par une batterie située à l'entrée du chemin
(1) Etude du notaire Rivet,
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Cependant l’évêque ne se tint pas pour battu, et, le 8 janvier 1722, pour éviter un procès ou les frais que voulait lui faire le même Jacques Pagé, il lui vendit de nouveau la même propriété, mais à des conditions moins avantageuses que la première fois, car Pagé ne s’obligeait à payer que six livres de rente perpétuelle (2).
Celui-ci se plaignait que les eaux de l'emplacement de l'évêché tombaient sur le sien, depuis que Monseigneur l’évêque avait fait relever les corps qui étaient sur son terrain servant de cimetière, et fait jeter des. terres à dix ou douze pieds de hauteur contre le mur de la maison Carcy. Il voulait que l’évêque fit ôter cet amas de terre, détournât le cours des eaux, et fit réparer le mur qui séparait les deux terrains, Mgr de Saint- Vallier aima mieux se tirer d’affaire en vendant une petite partie de sa propriété à laquelle il ne tenait pas. beaucoup, comme le mentionne le contrat de vente, vu qu'elle était séparée du reste, par le chemin que les. ingénieurs avaient tracé le long du terrain de l'évêché et de celui du séminaire, pour le service de la grande batterie,
La rente de six livres, prix de la propriété, fut payée
() Registre du Conseil Supérieur. Nous devons ce document et plusieurs autres à l’obligeance de M. Eudore Evanturel.
(2) Greffe de Barbel.
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aux successeurs de Mgr de Saint-Vallier jusqu’en 1852, époque où le conseil de ville acheta ce terrain avec celui qui l’avoisinait pour élargir la rue de la Montagne. Nous publions à l’appendice H les noms des différents propriétaires qui se sont succédé depuis 1722 jusqu’à 1852. Entre l’ancien cimetière et la rue de la Montagne, la fabrique avait concédé dès l’année 1680, un terrain de cinquante-neuf pieds sur trente au sieur Guillaume Pagé, maître-taillandier, père de Jacques. Il sy bâtit une maison en 1685, et c’est cette maison qu’occupait son fils en 1722, quand il agrandit sa propriété en achetant une partie du terrain du palais épiscopal.
En 1727, il se construisit une autre maison sur ce dernier emplacement acheté de Mgr de Saint-Vallier, et suivant les instructions détaillées que lui donna le sieur de Léry, ingénieur royal, il dut laisser une rue de vingt-quatre pieds de large entre sa maison et le mur de l’ancien cimetière, ou de l'évêché, fermer cette rue par un mur en pierre de taille le long de la rue de la Montagne, et faire dans le dit mur une porte de pierre de taille de quatre pieds de large et huit pieds de haut, bombée, le milieu de la porte devant se trouver au milieu de la rue. L'entrée de la maison de Pagé devait donner sur la rue de la Montagne (1). Après l’intendant Bégon que nous avons vu installé pendant plusieurs années dans le palais épiscopal, ce fut le tour
(1) Etude de Lacetière.
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du fameux docteur Sarrazin, qui paraît en avoir été l'unique locataire de 1720 à 1729. Il y était certainement en 1728, car nous lisons dans un contrat passé par le notaire Dubreuil, le 21 juillet de cette année, qu'il avait élu son domicile en sa demeure au palais épiscopal de cette ville. On verra plus loin, qu’à cette date il avait commencé la construction d’une maison sur l'emplacement de l'évêché actuel,
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