MARIAGE DE PHILIPPE DE FRANCS, MONSIEUR, AVEC HENRIETTE
ANNE d'aRGLBTER&B.
Extrait des registres des actes de mariage de la paroisse
Saint' E ustache j à Paris.
Le mercredi trentiesme jour de mars mil six cent soixante et un , dans la chapelle du château du Palais^ Royal, situé dans nostre paroisse, furent faictes, pardevant monseigneur Daniel de Gosaac , évesque et comte de Valence et de Die , de nostre consentement et en notre présence, les fiançailles de très hault et très puissant prince Philippes, fils de France, duc d'Orléans,
frère unique du roy, de la paroisse de Sainct-Gennainde-FAuxerrois , et de très haulte et très puissante princesse Henriette -Anne d'Angleterre, sœur unique du roy de la Grande-Bretagne, nostre paroissienne; et le lendemain trente-uniesme dudict mois, fut solennisé le mariage desdicts seigneur et dame , dans la chapelle dudict chasteau , par ledict seigneur Evesque, en notre présence et de nostredit consentement , soubs le bon plaisir du roy, de la reyne mère de sa majesté, et de mondict. seigneur le duc d'Orléans { de la reyne régnante, de la reyne mère du roy de la Grande-Bretagne, et de madicte dame la princesse Henriette-Anne d'Angleterre ; en présence aussy de mc^demoyselle , de mes damoiselles d'Orléans , de monsieur le prince , madame la princesse^ monsieur le duc d'Enguien, et de plusieurs autres priQ<îes et princesses , seigneurs et dames de la cour : le tout ayeo dispense d'un ban non pro* clamé et du temps prohibé par l'église , en datte du vingt -huitiesme du présent mois et an, signée de Contes, vicaire -général; de monseigneur le cardinal de Retz , archevesque de Paris , Beaudoin , et scellée
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dudict sceau dudict archeyesché, faisant lesdictes dispenses mention du bref de nostre sainct père le Pape, qui dispense les susdictes parties sur l'empeschement du second degré de copsanguinité et autres.
Signé LOUIS, Anxe - Marie - Thérèse , Philippe, Henriette- Anne , de Bauffremont; Antione (i), de Beaudeau, et Daniel db GosNAc, E. et C. de Valence et Die.
(Expédition authentique de cet acte est aux archives du Palais-Royal.)
(i) Ce nom est presque illisible sur roriginal.
a5o PfÈOKS JUSTIFICATIVES.
rÉVRIKE 169a.
Lettres-patentes du roy, portant don par sa majesté à monsieur son frère unique^ et h ses enfans mâles, du PalaiS'Rojral , par augmentation d* apanage.
LOUIS, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre : à tous présens et à venir, salut.
L*aiïection singulière que nous avons pour notre cher et très aimé frère unique Philippe, ^s de France, duc d'Orléans , de Chartres , de Valois et de Nemours , nous portant à lui en donner des marques continuelles, nous avons résolu de lui accorder et délaisser , sous le titre et nature d apanage , la maison et hôtel du Palais- Cardinal et ses dépendances, situé en notre bonne ville de Paris, rue Saint-Honoré , donné au feu roi
notre très honoré seigneur et père, par feu notre cou-
PI£C£S JUSTIFIGA.TIVES. !l5l
sin le cardinal duc de Richelieu, afin que notredit frère et sa postérité masculine piûssent y avoir un lo« gement qui réponde à la grandeur de leur çaissance^ A ces causes et autres considéradons à nous mourans, nous avons donné, accordé, octroyé et dâaissé , don* nous , accordons , octroyons et dâaissons par ces présentes , signées de notre main, à notredit frère et à ses enfans mâles descendans de lui en loyal mariage, ladite maison et hôtel du Palais-Cardinal, en toute sou éten* due et consistance, tant en bàtimens, cours, logiemens, jardins, eaux pour les fontaines, qu'autres dépendances, la place devant ledit Palais-Cardinal , et généralement tout ce qui nous appartient en laditemaison et hôtel du Palais-Cardinal et dépendances, sans en rien réserver ni retenir, à Texception des bàtimens qui nous servaient ci-devant de corps^e-garde , et de la partie de ladite place, qui se trouvent compris dans le grand dessin fait pour les bàtimens de notre château du Louvre : pour du tout jouir et disposer aux mêmes droits , autorités et privilèges que du surplus de sondit apanage, conformément. à notre édit du mois de
mars 1661, à commencer à entrer en jouissance du premier du présent mois de février, sans qu'il soit besoin de feure aucune évaluation ou Visitation dudit Palais- Cardinal et de ses dépendances y dont , pour bonnes raisons et considérations ^ nous avons dispensé et dispensons notredit frère , imposant sur ce silence perpétuel à nos procureurs*généraux et autres nos officiers quil appartiendra ; permettons à notredit frère , et en tant que besoin est ou serait, lautorisons par ces présentes de faire en ladite maison et Palais-Cardinal telles augmentations, améliorations ou décorations que bon lui semblera ; du prix desquelles , en cas de réversion , les héritiers de notredit frère seront remboursés par nous , ou par nos successeurs rois : voulons et nous plaît que nos officiers et autres personnes qui ont en leur possession les titres , papiers et enseignemens de ladite maison et Palais-Cardinal et ses dépendances, les remettent incessamment dans les mains du procureurgénéral de notredit frère , à quoi ils seront contraints par toutes voyes. Si donnons en mandement à nos amés ^ féaux conseillers , les gens tenant nos cours de par-
lement , chambre des comptes et cour des aydes à Paris , présidens et trésoriers de France au bureau de nos finances audit lieu , et à tous autres nos justiciers et officiers qu'il appartiendra , chacun en droit soi y que ces présentes ils fassent lire, publier et registrer, et du contenu en icelles jouir et user notredit frère, ses enfans et descendans mâles, pleinement et paisiblement, sans leur donner aucun trouble ni empêchement : car tel est notre plaisir ; et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours , nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes, données à Versailles, au mois de février l'an de grâce mil six cent quatre-vingt-douze, et de notre règne le quarante- neuvième.
Signé LOUIS.
Et sur le repli : Par le Roi , Philypeaux.
Visa. — Signé Bougherat.
Et scellé du grand sceau de cire verte, en lacs de soie rouge et verte.
Registrées^ ouï le procureur-général du Roi^pour jouir par Monsieur y ses enfans mâles et descendans de lui en
lojral mariage j dt leur effet et contenu , et être exécutées selon hurjorme et teneur^ suivant V caret de ce jour.
A Paris y en parlement^ te treize mars mil six cent quatre-vingt-treize.
Signé Du Tillbt.
Le duc d'Orléans, Régent, qui avait le goût des beaux-arts , et qui lui-même dessinait avec grâce , avait formé cette collection célèbre, qui est malheureusement dispersée et perdue pour la France. Elle était très considérable , et composée de tableaux de toutes les écoles. Il serait donc beaucoup trop long d^en présenter le catalogue , qui est à peu près le seul souvenir qui en reste au Palais-Royal. Un ouvrage intitulé Ga^ lerie du Palais^ Royal ^ où ces travaux étaient gravés successivement, avait été commencé quelque temps avant la révolution , par Coucher : interrompu par les événemens , il est resté incomplet.
Le Régent avait commencé sa collection en achetant celle que Christine, reine de Suède, avait formée en Italie. Piganiol de La Force raconte (tome II , page Sap) que plusieurs des tableaux du Corrège , qui faisaient partie de cette collection , avaient servi de paravents
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dans une écurie du palais de Stockholm, jusqu'à ce que Sébastien Bourdon ^ Télève du Poussin , que la reine Christine avait attiré en Suède , crut apercevoir des compositions remarquables à travers la fange dont ces paravents étaient couverts. Il eut la curiosité et la patience de les nettoyer, et il fiit bien payé de Tune et de l'autre , quand il reconnut que c'étaient des chefsd'œuvre. En effet , ces tableaux étaient la Donné (de« venue si célèbre) , F Amour qui tend son arc ^ V Education de V Amour y la Léda^ PEnlèi^ment uTIo^ un Noli me tangere^ une Sainte Famille^ le Portrait dfi César Borgia^ duc de F'alentinois j et enfin ce mulet, dit le
te
Mulet du Corrège, qu'il avait fait pour l'enseigne d'un cabaret où il n'avait pas de quoi payer son écot.
On remarquait encore dans Tançienne collection du Palais-Royal la Descente de Croix^ d*Annihal Carrache^ qui est connue en Angleterre sous le nom des Trois Maries, et qui passe pour être le plus b^tu tableau qu'il ait &it ; les Sept Sacremens , du Poussin , le Frappement du Rocher^ et la Naissance de Baccfiusj du m^e maître, ainsi que plusieurs autres de ses tableaux^ beaucoup de
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tableaux de Raphaël (i) , du Guide , du Dominicpiin , de Paul Véronèse, du Titien, du Tintoret, du Guerchin , de Pietro de Cortone , de FAlbane, de Jules Romain , de TEspagnolet , et enfin de Rubens , de Van-Dyck , de Lesueur et de Lebrun , sans parler des Téniers , des Ostades, des Wouvermans , des Claude Lorraiqs, et autres peintres flamands et allemands.
(i) De ce nombre était une Sainte' Famille qui élait échue à deux sœurs ; elles voulurent en conserver chacune une moitié , et comme le tableau était peint sur bois, elles le firent scier en deux parties égales: d'un côté se trouvait saint Joseph, de l'autre la Vierge, avec la moitié du corps de Fenfant Jésus. Lorsque le régent eu eut acheté une moitié , il eut beaucoup de peine « se procurer la seconde ; cependant on finit par la retrouver , et ce prince la fit rejoindre très adroitement à la première. Ce beau tableau est en Angleterre , chez M. le marquis de Stafford , qui possède aujourd'hui la plus grande partie de cette magnifique collection.
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