LE ROI, ALMIIŒ, AZAMOR, MIRAME; ACASTE, ALCÏNE, L'AMBASSADEUR
LE ROI
Mirame n'est point morte ? Almire , est-ii possible?
3l4 PIÈCES ICSTIFICÂTIVBS.
. ALXXBE.
Sire y elle ne Test pomt
LE EOI.
Comment?
ALMIEE.
Ne pouvant pas L*empecher par raison de courir au trépas , Tai feint que j'approuvais un dessein si tragique , Qu'elle pouvait mourir par une herbe colchique , Qui de la seule odeur tuait en un moment ; Mais au lieu de tuer, elle endort seulement ; Et Médée en usa pour siller la paupière Du dragon qui jamais ne perdait la lumière.
J'en gardais en secret , je courus la quérir; J'en porte y elle la sent , et dort pensant mourir. Je l'ai sentie ausii , mais non si long-temps qu'elle; Aussi j'ai moins dormi.
AZAMOB.
L'agréable nouvelle !
LE ROI
J^estinic ton esprit, j'approbve ton conseil. Allons la secourir.*
PISGES JUSTIFICATIVES. 3l5
AZiHOK.
CoUrcfÈis à soii réveil ; Puis tâchons d'apaiser le transport qui l'cthime.
Que le ciel pour le moins ihe décharge d*un crime ^ Mais y cher frère , ton sang en ces lieux é{ianché Sans cesse par mon sang me sera reproché.
LE EOI.
Son somne est éternel , tu nous trompes, Almire.
▲LCIHE.
Grand prince , elle dit vrai , la princesse respire ! Elle s'éveille enfin.
nnuME.
Sodobres et tristes lieux, Au mohns IdisseK-mol voir le souhait dé tnés yeux.
AZiSHOft.
O bons dieux I elle vit ! /
itltlAME.
Où sommes-noQs, Aimire.
D'où vient ce jour si grand dedans le noir empire? Chère Almire , vient-il de l'éclat radieux Que l'ame d'Arimant répand dans ces bas lieux ? Je ne puis soutenir sa brillante lumière.
3l6 PrÈGES JUSTIFICATIVES.
Prince , mon espérance et première et dernière , Venez me recevoir, je cours après vos pas.
Faites qu*on vous entende où l'on ne vous voit pas.
ALMIEB«
Il n'est point en ces lieux.
MIEAMB.
O cruelle aventure !
Il erre au bord du fleuve étant sans sépulture. Que vois-je ?
AUIIBE.
Votre père.
MimoiE.
Almire , il est donc mort?
£t le roi de Phrygie ? ont*-ib suivi mon sort? Pardon , mon roi , mon père.
LE EOI.
Eh bien I je vous pardonne.
Ma fille ) il ne faut pas que je vous abandonne.
Oui , je vous viens chercher en ce lieu bien heureux,
Mais admirez l'ardeur de ce prince amoureux.
Il vous cherche en tous lieux : il veut toujours vous suivre.
Nous vivrons tous ensemble.
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 3l7
IHRâME.
Ah ! parlez-vous de vivre ?
Ce mot est-il permis où domine la mort ?
LE EOI.
Oui, Mirame, il faut vivre , et, par un bel effort.
Vaincre de votre cœur la douleur obstinée.
Agréez d*Azamor le royal hyménée.
Nous ne sommes point morts > ni lui, ni vous, ni moi;
Arimant de la Parque a seul senti la loi.
Mais s'il vivait encore , il vous prirait lui-même
D'accepter les désirs d*un frère qui vous aime.
Azamor est son frère, et vous prendrez plaisir
D*en apprendre l'histoire avec plus de loisir.
Ici sont les jardins de la belle Héraclée ,
Ici de vos amis est la troupe assemblée.
MIEAME.
Ah î traîtresse, je vis.
ALMIRE
Quittez votre fureur.
IflEAME.
Ah ! son sang en autrui me donne de l'horreur. Son frère pour époux? O nialheureuse'amante ,
3l8 PIÈGES JDSTIFIGA.TIVES.
Qui même sans ton ame est encore vivante; Faut-il qa*en ta douleur pour comble de tourment. On te présente encor son frère pour amant? * .£t qu*on pense qu'un nœud peut être légitime Où son sang pour jamais ce reprochât ton crime? Son frère pour époux I propos injurieux Dont mon amour s'irrite et se rend furieux. Son frère pour époux I ptus il lui serait proche, Je croirais de plus près en senlijr le reproche. C'est inceste en amoi^r et digne d'un bourreau^ Que de s'unir au sang d'un amant au tombeay.