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ARIMANT, MIRAME, ALMIRE, ANTÉNOR

AKIMAITT.

Mon astre dans la nuit éclaire en ce bocage.

£h! dieux ! en cet abord, que j'ai peu de courage!

Est-ce vous , 6 beauté , reine de mes désirs.

ALMIRE

Quoi ! tous vos entretiens se passent en soupirs !

ABIMANT.

Adorable beauté ! Je sens mon ame atteinte De transports, de respects, de désirs et de crainte; Vous causez mon silence, et lorsque je vous voi, Pour être tout en vous, je suis tout hors de moi. JDevant Taimable objet des beautés que j'admire,

a 98 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

Ayant trop à penser, je ne sais que vous dire ; Suppléez , ma princesse, au défaut de ma voix ; Vous êtes dans mon cœur, vous y donnez des lois; La peine que j'y sens vous est assez cognue , Ma pensée à vos yeux s'y trouve toute nue :

Ou y si vous ne pouvez y voir mon sentiment, Souffrez que devant vous je l'ouvre hardiment, Et que, l'ayant ouvert, je vous y fasse lire Ce que dans mon transport je ne saurais vous dire.

MIUAME.

Levez-vous, Arimant.

ariWnt.

Souffrez-moi.

MI&AME

Je ne puis.

ARIKANT.

Je vous adore mieux en l'état où je suis;

Ainsi que mon amour , mon respect me l'ordonne.

MIRAME

Quoi ? prince , voulez-vous que je vous abandonne ? Voulez -vous me déplaire et ne m'obéirpas?

ARIMANT

Admirable princesse , ah ! plutôt yê trépas : Donc , je vous obéis.

MIRAME

Quelle cause soudaine Avec tant de vaisseaux à nos bords vous amène?

ARIMANT

C'est pour vous apporter en triomphe mon cœur : Pour faire que du roi mon amour soit vainqueur : Vous avoir de son gré , sinon à force ouverte. Enfin, je viens chercher mon bonheur ou ma perte, Ou mourir à vos yeux , ou bien vous enlever Si la force d'amour vous porte à l'approuver.

MIRAME

Prince, vous m'obligez et m'offensez ensemble, Je veux bien votre coeur, et qu'hymen nous assemble, Quoi que tout funivers puisse penser de moi; Mais m'enlever par force à mon père , à mon roi , C'est chose injurieuse à «mon père , à moi-même ; Mon cœur aime l'honneur, tout autant qu'il vous aime.

ARIMANT

Encore que des rois soient auteurs de mon sang,

3oO PIÈCES JUSTIFICATIVES.

Tout mon espoir s'éteint, pensant à votre rang. Mais, par mon seul amour, mon espoir ressuscite ,. Car Texcès en amour fait l'excès du mérite.

Un père ne veut pas que je sois votre époux , Mais amour, qui le veut , est le père de tous. La violence est propre au dieu qui nous anime ^ Et porte en même temps Texcuse avec le crime. Ses feux sentis de tous, sont de tous approuvés ; Dans un fleuve de biens ses crimes sont lavés.

MIRAME

Mon cœur vous suit partout, esclave volontaire „ Et me vouloir ravir, c'est me vouloir déplaire.

▲RIMAHT.

Dieux ! que ferai-je donc en l'état où je suis ? Mourrai-je loin de vous , outré de mille ennuis? Par la force d'amour , ni par celle des armes , Ne puis-je, malheureux, conquérir tant de charmes? Mirame avec le roi s*oppose à mes amours j L'un refuse sa fille , et l'autre son secours. Consentez pour le moins que je porte la guerre A cette bienheureuse et malheureuse terre , Heureuse de porter un miracle parfait ^

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 3o I

Mais qui se doit sentir du refus qu'on me fait. Mes armes ne feront qu'augmenfer votre gloire , Car si dans vos états j'acquiers une victoire , Je remets à vos pieds ma conquête à genoux ; Et le roi , trop heureux , la reprendra de vous. Et vous rendrez par moi, quand je serai le maître. Et le bien et l'honneur à qui vous devez Tétre.

ttIRAME.

Puis-je avoir de la gloire avec tant de malheur ?

ARIMANT

En faveur d'un amant, souffrez quelque douleur.

mihame.

Si mon père à l'hymen se tient toujours contraire ?

ARIMAIÎT.

J'aurai l'heur de vous voir, qu'à tout heur je préfère.

MIRAME

Alors tous vos désirs seront-ils satisfaits?

ARIMANT

c'est le but de la guerre et non de mes souhaits. Ayant reçu l'arrêt d'une triste défense , Je n'ose plus parler d'une autre récompense.

Nous désirons des biens hors de notre pouvoir,

3oa PIÈCES JUSTIFICATIVES.

Qu*on ne peut mériter, mais qu'on petit recevoir. Cest assez m'expliquer; mon amour, sois modeste I Votre esprit pénétrant peut bien penser le reste. Mais puisqu'un tel espoir me flatte vainement , Puisque je vois Mirame injuste à son amant, Puisque ce qui se peut, pour moi n'est pas loisible, Par la guerre mon bras tentera l'impossible.

Je meurs de ne pas faire encor ce que je doi.

XlftAMtE.

Ce discours d'Arimant est plus séant à moi;

Quand je pense aux faveurs que mon amour lui donne,

Je ne suis pas des lois que mon devoir m'ordonne.

Je meurs de ne pas faire ici ce que je doi,

Car je fais trop pour lui, s'il fait trop peu pour moi.

ARIMANT

Faire trop peu pour vous , malheureuse impuissance! Recevoir trop de vous, quelle obligeante offense î

MimAME.

Je sais que doublementj'offense mon devoir.

Sans témoins et de nuit ici me laisser voir.

C'est mettre dans mon cœur cent témoins qui sans cesse

Lui pourront reprocher son crime et sa faiblesse.

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 3o3

Mais je veux bien faillir ; et, par ce seul effet, Je fais plus que pour moi vous n'avez jamais fait. Si le malheur voulait qu'on sût notre entrevue , Arimant ne perd rien , mais Mirame est perdue ; Il peut bien arriver que vos projets soient vains :

Mais vous n'aurez jamais qu'honneur de vos desseins. Pour moi , je puis des miens recevoir de la honte ; Ainsi hasardant plus , mon amour vous surmonte. Toutefois cette honte a pour cause un amour De qui la pureté peut bien paraître un jour, Un amour où reluit une innocente flamme.

Oui , pourvu que les dieux , Arimant et Mirame Sachent qu'à d'autre mal je ne puis consentir , Je le commets sans honte et sans m'en repentir; Ma vertu répondra toujours à ma naissance.

Mais que prétendez- vous avec tant de puissance ? Attaquer mon pays est s'attaquer à moi.

Me vouloir voir par force est m'imposer la loi. Pensez-vous m'obliger, me cherchant de la sorte ? • Je ne puis excuser l'amour qui me transporte. Vous m'armez contre vous , armant contre mon roi; Vous aimant , vous m'armez moi-même contre moi.

3o4 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

En ce cas, mon honneur au combat se prépare.

Et contre mon amour ma raison se déclare.

ABIMANT.

Vous armer contre vous? ah ! que vous m'affligea! Que si vos sentimens se trouvent partagés , Mettez ce cœur en deux, afin qu'il puisse prendre Tous les divers partis dont vous voudrez vous rendre.

HIRAME.

Et toutefois, je crains.

ARIHANT.

Quoi? vous suis- je suspect De trop d'ambition et de peu de respect?

Craignez-vous mon épée ? Ah ! je brise mes armes: Et puisque vous doutez du pouvoir de vos charmes, Je quitte mon épée , et déteste mon bras.

Je ne veux plus de cœur; mais , dieux ! je ne puis pas

Me passer de mon cœur pour vous aimer sans cesse. Je renonce à sa force et garde sa tendresse.

MIRAME

Etes-vous raisonnable , Arimant ? quel transport l Êtes- vous furieux, ctes-vous vif ou mort?- Un mot vous désespère et vous met en furie.

PlèCES JUSTIFICATIVES. 3o5

Je ne veux plus parler.

ARlMANTw

Ah ' parlez , je vous prie.

MIRAttE.

Votre épée , An ténor , mais ne la rompez pas , Je vous en fais présent et vous offre mon bras. Mais , quant à votre cœur, le partage m'en blesse : Je le veux tout entier avec force et tendresse. , Mais vous aurez le mien ; et , seul vous animant , Vous vivrez pour moi seule, et par moi seulement; Si vous avez le mien à la place du vôtre, Vous aurez tous les deux , puisque l'un est dans l'autre.

ABIMANT.

Ah! quel excès de gloire! Ali! quel excès de bien! Ce présent, votre bras, votre cœur. pour le mien? Votre cœur? et le mien? tout me sera possible; £t je me ferai voir désormais invincible.

ALMIRE

Un moment en amour peut troubler les plus forts : Puis un autre moment apaise leurs transports.

ARIMANT

Je veux suivre vos lois dans l'ardeur qui m'inspire.

3o6 PltCES JUSTIFICATIVESV

Qu'ordonnez- vous de moi?

■iBAm.

Je ne sais que tous dire^ Mais J!d tremble. en pensant que je vais engager Mon père et mon honneur, et vous dans le danger. Je puis les perdre tous , si Mars n'est pas propice ; Et perdant l'un des troi^, il faut que je périsse.

AUUKR.

Comment perdre le roi 2 quelle inutile peur?

Sera-t-il au eomb^?

m&AME.

J'ai son sang dans le cœur;^ Je sens qull y veut être.

AI.MIRB.

Il a l'ame bien haute ;.

Mais BOUS le retiendrons, il ferait une faute.

XIBAME.

Au moins je vous hasarde et mon honneur aussi. Tous deux seront vainqueurs.

MIRAME

Le ciel le veuille ainsi!

TlicCS JUSTIFICATIVES* 3o7

Cest là Tunique espoir pu mon esprit se fonde.

Mais si je perds l'honn^iiry je ne puis vivre au nMHide :

Si je perds Arimant, je mourrai de douleur,

Et si je perds le roi , je suivrai son malheur. ^ '

Vous cberche^i vainement des sujets de vous plaindre : Perdez tous ces soupçons » vous n'aurez rien à craindre.

MIRAHE.

Qui peut cacher aux dieux les injustes desseins?

Ils lisent dans les cœurs; je dois craindre, et je crains.

A&IMANT

Rien n*est injuste en vous , bannissez toute crainte.

MTXAME.

Si mop honneur pourtant souffre la moindre attente. Je ne puis être à vous.

AEIMANT.

Peut-il être blessé ?

Peut-il être pour moi par moi-même offensé ?

MIRAME

S'il l'est , je suis indigne et de vous et de vivre. Dans vos hardis desseins j'ai honte de vous suivre , £t ne les suivant pas, avec raison je croi

3o8 FliCES JUSTIFICATIVES*

Que qm me veut par force, est indigne de moL

AMMANT.

Je vois donc sans espoir cet objet plein de gloire Dont même je serais indigne en ma victoire.

Quoi ! j*en suis donc indigne , et le serai toujours. Pleure 9 Arimant, le sort de tes tristes, amours. Quoi I je ne l'aurai pas, et ne la puis prétendre? Consomme-toi, mon cœur, et te réduis en cendre l Peux-tu vivre , Aximant , sans posséder son cœur 1$ Qu*Amazor, mon rival y soit plutôt mon vainqueur, Veux-je la posséder lui faisant une injure?

Y penser est un crime horrible à la nature,.

A la terre , à moi- même , aux puissances des Cieux ^ Qu'on ne peut expier qu'en mourant à vos yeiuu

MIRAME

Eh quoi ! dé mon épce?"

ARIMAHT.

Et de plus, par vos charmes^ Par vos divins attraits , pour vous et par vos armes^

ALMIRE

Il faut vivre, Arimant , sans plus vous tourmenter.

«lÈGES IUSTiFIGA.TlV£S. 3og

ARIMANT

Qu4M ! vivre sans pouvoir jamais la mériter?

MIBABIE.

Cest trop la mériter que de vivre pour elle^

ALMiaE.

Il faut vaiacffe (bî-plus.

▲aiMANT.

Bien , je vivrai fidèle ;^ Et, si Mirame veut, je vaincrai sûrement.

ALUIRE. .

Suivez tous vos desseins, allez, heureux amant.

MIIUME.

J*y consens.

Cest assez.

VXAAME.

Surtout, que cette épée,, Au sang de mes parens ne soit jamais trempée.

ARIMANT

Mais bien plutôt au mien , je vous en puis jurer.

MIRAME

Le jour commence à naître , il faut se retirer.

3fO PIÈGES XUSTIFIGATIYE».

AmiMAlIT.

Mais non y ee sont vos yeàx qui font cette lainiène^

MlftASE.

Le soleil toutefois coumience sa carrière.

ÀHIlUirT.

Ah I soleil ^ trop jaloux ou plein de vanité , Qui crois sur rhorisoii faire voir ta beauté, Sais*tù bien qu'en éclat Mirame te surmonte?

Ne te hâte pas tant , pour paraître à ta' honte. Ah ! retarde un moment, cesse un peade courir : Hélàs l til fôis tout vivre , et tn ine fois moorir.

MIEAICS.

Il vous chasse, et sans fruit vos discouirs Tetitl^tiennent,

▲EIMANT.

Un astre me bannit : deux plus- beaux me retiennent»

KIEAME.

Il faut nous séparer.

ARIMANT

Je le veux , et ne puis.

Comment le puis-je faire en l'état où je suis ? Malgré tous les appas que vos regards répandent^ Votre bouche le veut , vos yeux me le défendent.

PIÈCES J17STIFICâ.TiySS. 3l f

Détournés vos reganfe.

Je n'ai pas le pouvoir De perdre un des momens qui restent à vous voir» Prince, retirez-vous.

' ARIMANT

Que faut-îl que je fasse ?

Mirame en même temps me retient et me chasse* Je veux vous obéir et ne puis vous quitter.

Retardant mon départ, que dois-je redouter ?

La mort? en vous laissant je vais perdre la vie. Les jfers? ma liberté par vous me fût ravie.

Les tourmens? sans vous voir j*aurai mille douleurs.. La honte-? le mépris? l'outrage? les malheurs? La perte de l'espoir d'une graidae victoire ? Sans vous voir, je ne veux ni puissance ni gloire. Àmbitiéiisè ârdëtir' i]ui fiattiéz ines désirs ,

Autorité , Fortuné ; èclàt , pompé , plaisirs , Honneurs, palmes, lauHers, grandeurs, sceptre, couronne, Pour voir cette beauté mon cœlir vous abandohtie. Venez , tous les ennut$ , yentz , tous les tourmens; Pertes , craintes , daàgersj douleurs , saisissemens ,

3l2 Pl^XES TUSrrFIGATIVSS.

Venez tous à la fois pour renverser ma joie i Je ne vous fuirai point, pourvu que je la voie.

XIBAME.

Prince , consolez -vous : votre vive douleur

£n même temps m'oblige et me perce Te cœur.

Pensez qu'en demeurant au cœur de votre amante,.

Vous ne la quittez point, elle vous est présente.

Elle vous suit partout: vous quitterez ce lieu,

£t sans nous séparer, et sans besoin d'adieu.

Le quitter est un mal , mais j'en crains bien un autre.

ARIMANT

M*éloigner est ma perte , et tarder est la vôtre. Doncques il faut quitter ce bienheureux séjour.

MI&AME

Oui , je vous en conjure au nom de notre amour^

Quoi donc , contre lui-même Amour me sollicite ; Amour m'a fait venir, veut-il que je vous quitte?

MXBAVE,

Il le veut, il le faut

ABIMANT.

Dur combat de mes sens!

PIÈGES JUàTIFICATIVKS. 3l3

MIRAX£.

Prince , je ne dis pas tout Tennui que je sens^ C'est trop, retirez-vous?

A&IMàNT.

Adieu donc, ma lumière.

Je ne puis vous quitter, quittez-moi la première.

MIEAHE.

Que ne puis-je plutôt me noyer dans mes pleurs. Adieu donc !

ARIMANT

Ah ! ma vie ! ah ! mon ame ! ah ! je meurs.

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