‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 7 sur 26 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le Palais-Royal socs Philippe , duc d'Orléans , régent.

Avant la mort de son père, ce prince, qui portait le titre le duc de Chartres , s'était distingué dès rage de dix-huit ans, dans la campagne de Flandre en 1691 , tant au siège de Mons qu'au combat de Leuze. Après cette campagne, il revint à Versailles, où il épousa, le 18 février 169a, Françoise-Marie de Bourbon , dite Mademoiselle de Blois, fille légitimée de Louis XIY. C'était une femme charmante: elle avait les yeux; adn^ira*»

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Lies 9 les dents belles^ une. jolie bouche. Oii retrouvait en elle cette finesse d'esprit particu*lière à madame de Montespan , sa mère. Naturellement indolente^ elle passait la plus grande partie de son temps dans son lit. La représentation la fatiguait, et pourtant elle était très sévère sur l'étiquette: elle affectait les grands airs du Roi son père; aussi le duc d'Orléans, qui d^ailleurs la traitait à merveille, riait des scènes de dignité dans lesquelles elle se complaisait ; il s'amusait à l'appeler Madame Lucifer.

Après son mariage , ce prince retourna à l'ar^ mée, se trouva à la prise de Namur, fut blessé au combat de Steinkerque , et comraapda avec honneur la cavalerie française à la bataille de Nerwinde le a 7 juillet lôgS,

Devenu en 1701 , après la mort de son père, l'héritier de son nom, de ses titres et de sa fortune, il porta dans les embellisseraens intérieurs du Palais-Royal la passion qu'il avait pour

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les arU. Oppenort passait alors pour le plus habile architecte : le duc d'Orléans le choisit pour directeur-général de ses bâtimens et jardins. Un des premiers travaux qu'il lui confia fut le grand salon qui servait d'entrée à la vaste galerie construite par Mansard(i). Ce salon, qui prit le nom d'Oppenorty était surchargé d'ornemens, dont le bon goût n'avouait pas toujours la har* diesse ou la bizarrerie; car, pour me servir des expressions de M. Fontaine, aies architectes «d'alors semblaient avoir pris le caprice pour € guide, la singularité pour maxime^ et l'afféterie « pour but »

La guerre enleva bientôt le duc dXDrléans à ces tranquilles occupations. En 1706, le duc de Vendôme ayant quitté le commandement de l'armée d'Italie, pour venir commander celle de

(i) Ces bâtimens, qui s'étendaient jusqu'à la rue de Ri7 chelieuy ont été démolis , lorsqu'on a construit la salle du Théitre-Français.

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Flandre, le Roi le remplaça par le duc d'Orléans ; c'est à cette occasion que furent publiées ces lettres-patentes : oc Ayant jugé à propos de choi- < sir un chef pour prendre le commandement «général de nos armées d'Italie, nous avons ré- « solu d'envoyer notre très aimé neveu le duc «d'Orléans, tant pour répondre à Tardent désir « qu'il témoigne depuis long-temps de se voir à la c tête de nos troupes , et de pouvoir, en signalant «sa valeur, se rendre utile à notre gloire et au «bien général de l'état, que parce que nous «reconnaissons qu'outre l'élévation d'esprit et « les sentiniens qu'il a dignes de sa grandeur et «de sa naissance, il a par ses soins et son appli- «cation acquis de bonne heure l'expérience et « les talens nécessaires pour le commandement « des troupes , ainsi qu'il l'a fait assez paraître dans « celui de notre cavalerie, qu'il a exercé avec toute «l'habileté d'un grand capitaine.» Jeune, avide de glctre , et fier d'avoir à se mesurer avec le

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prince Eugène et le duc de Savoie, le duc d'Orléans brûlait de donner la bataille sous les murs de Turin. Le conseil de guerre partageait soil impatience , lorsque le maréchal de Marsin , qui était d'un avis contraire, exhiba l'ordre secret du Roi , qui défendait de tenter le combat. Le moment favorable au succès fut perdu; le lende*' main le prince Eugène attaqua l'armée française, qui fut mise en déroute : le maréchal de Marsin fut tué; le duc d'Orléans courut les plus grands dangers, On déplora l'impérieuse nécessité qui avait enchaîné sa vaillance, et lorsqu'après avoir mis le reste de ses troupes en quartiers d'hiver, il reparut à la cour, Louis XIV, écoutant l'opinion publique, fît un accueil gracieuse au guerrier qu'il avait empêché de vaincre, et lui donna le commandement de l'armée d'Espagne.

A la tête de cette armée, le duc d'Orléans prit la ville de Lérida, en 1707, et fit rentrer le royaume d'Aragon sous l'obéissance de Philippe V.

£n 1 708 il prit Tortose ; mais le bruit de sa gloire éveilla l'envie tant à Versailles qu'à Madrid. I^ princesse desUrsins^ dévouée à madame de Main* tenon, qui n'aimait pas le duc d'Orléans, parvint à faire craindre au trop tirédule Philippe V que ce prince n'aspirât à sa couronne. Le vainqueur de Lérida ne recueillit donc pour prix de ses services que d'odieuses insinuations. Un ordre de Louis XrV enleva au duc d'Orléans le commandement de l'armée , la veille du jour où il se préparait à livrer la bataille d'Almanza, et ce fut le maréchal de Berwick qui recueillit dans cette victoire la gloire qui aurait dû appartenir au duc d'Orléans* Ces symptômes de défaveur et de jalousie^ouau moins cette crainte que le duc d'Orléans ii'acquît trop de gloire et de célébrité, ne pouvaient pas échapper à la perspicacité des courtisans. Aussi, dès son retour en France, on vit un grand nombre d'entre eux s'éloigner de lui , et s'efforcer de lui nuire par tous les moyens; mais en toutes cir-

constances le duc d'Orléans fut Tivement défendu par le duc de Bourgogne, dont Tame généreuse était supérieure à l'envie et à la défiance qu'on avait cherché vainement k lui inspirer. Ces prétendues accusations contre le duc d'Orléans res* tèrent dans l'onibre et ne furent jamais accréditées par Louis XIV.

«Jamais peut-être, dit le cardinal de Bausset, ((. ce monarque n'a mieux montré la grandeur d^ « son caractère que dans ces affreux momens. Seul, a il opposa la conviction de son ame aux injustes «clameurs de la calomnie; il' ne changea rien à «c son accueil et à ses bontés pour son neveu, en et présence de sa cour ni dans l'intérieur de sa « société. Son exemple avertit la cour de se taire et «détrompa la prévention populaire. La postérité d équitable a confirmé le jugement de LouisXIV.» On pourrait ajouter que c'est Louis XV qui a fait le jugement de la postérité, lorsqu'il a dit:

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«Ce qui prouve le mieux FinnoceDce du duc « d'Orléans , c'est que j'existe. »

Cependant Louis XIY touchait à ses derniers momens, et il ne restait de la branche aînée de la famille royale qu'un enfant incapable de supporter à lui seul le fardeau de son vaste héritage* Aussi les courtisans qui avaient fui le duc d'Or* léaas lorsqu'il était éloigné du pouvoir^ se rapprochèrent insensiblement de lui lorsqu'ils aperçurent que le droit de sa naissance allait rappeler à la régence du royaume. Le duc d'Or* léans*, rendu à la tranquillité et à la douceur naturelle de son caractère, dédaigna ces oscilla*^ tions de la cour, et accueillit avec sa grâce ordi* naire ce reflux d'hommages et d'adulations. Cependant les mêmes personnes dont la haine l'avait si odieusement calomnié, veillaient encore ftupnès du lit de mort de Louis XIY, et là elles ne ces«» saient de solliciter le roi d'exclure le duc d'Orléans de la régence. Le monarque ne céda point entier

remeiit à ces nouvelles attaques ; mais la faiblesse lui fit souscrire un testament dans lequel il remettait nominalement la régence ainsi que la tutelle du jeune roi à un conseil, dont il entendait, à la vérité, que le duc d'Orléans serait le chef, mais sans autorité personnelle, et sans autre prérogative que la prépondérance de sa voix , en cas de partage: Quant à la personne du roi, elle était confiée au duc du Maine, comme surintendant de l'éducation , et , à ce titre , la maison du roi, tant civile que militaire, devait ,lui obéir, et n'obéir qu'à lui. Si le duc du Mafne

venait à manquer, le comte Toulouse devait pren*

« dre sa place.

Louis XIV n'avait pas dissimulé qu'il n'avait

pas suivi dans ce testament toute sa volonté : «c J'ai

ixfait mon testament, disait-il à la reine d'Angle-

« terre; on m'a tourmenté, on ne m'a donné ni

<c paix ni repos qu'il ne fut fait ; » et en disant ces

mots, ses yeux avaientpassésur madame de Main-

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tenon. Après avoir reçu les sacremens, le 2S août 171 5, il fit appeler le duc d'Orléans, l'embrassa deux fois y l'assura qu'il l'avait toujours aimé, et que dans son testament il ne lui aidait fait aucun tort, a Je vous recommande , ajouta-t-^ <c il , le dauphin ; servez-le comme vous m'avez «servi. S'il vient à manquer, vous serez le maiatre, et la couronne vous appartient » On sent que Louis XIY, juste appréciateur des hautes qualités du duc d'Orléans , avait voulu, par ces paroles et par ces caresses , imprimer un désaveu solennel, tant aux calomnies dont ce prince avait été l'objet , qu'à son propre testament qui n'était pas l'expression réelle de ses dernières volontés.

Cette scène attendrissante et remarquable eut une grande influence sur l'opinion publique dans tous les rangs de la société. Comme le testament ne devait être ouvert qu'après la mort du roi, la cour s'imagina que la régence était dévolue au

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duc d'Orléans , et elle vint au Palais-Royal adorer le soleil levant.

Le parlem^it, fatigué des querelles théologiques et du joug de Rome que Louis XIV expirant avait voulu lui imposer, désirait un prince connu pour n'avoir point un respect aveugle pour les volontés du Saint-Siège , et se décida avec joie à lui décerner la régence. Aussi, lorsque, le 2 septembre 1 7 1 5 , le lendemain de la mort du roi, le

duc d'Orléans se présenta au parlement, les Gham bres assemblées, il y fut accueilli avec la plus grande faveur. Il s'éleva avec autant d'adresse que de fermeté contre les dispositions du testament de Louis XIV; il rappela avec éloquence les der* nières paroles recueillies de ce monarque au Ut de mort : «A quelque titre, ajouta-t-U, que j'aie a droit à la régence , j'ose vous assurer, Messieurs , «que je la mériterai par mon zèle pour le service «du roi, et par mon amour pour le bien public, « surtout étant aidé par vos conseils et par vos

«sages remontrances; je vous les demande d'a- « vance , en protestant devant cette auguste assem- <K blée que je n'aurai jamais d'autre dessein que *f de soulager les peuples, de rétablir le bon ordre «dans les finances, de retrancher les dépenses <( superflues, d'entretenir la paix au dedans et au « dehors du royaume, de rétablir surtout l'union «et la tranquillité de l'Église et de travailler enfin « avec toute l'application qui me sera possible à «tout ce qui peut rendre un état heureux et «florissant (i). »

Ces paroles, suivies d'un discours de l'avocatgénéral Joly deFleury, ^ui soutint éloquemment les droits du duc d'Orléans, produisirent un grand effet. <« Les gens du roi retirés au parquet, « la matière mise en délibération , M* le duc d'Or-

( I ) « Le duc du Maine voulut parler : comme il se découvrait, M. le duc d'Orléans avança la tête par-devant M. le duc , et dit au duc du Maine d*un ton sec : « Monsieur, vous « parlerez à votre tour. »

(Mémoires du duc de Saint-Simon, tom. XIIL)

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a léans fut déclaré régent en Fraoce, pour avoir a l'administration du royaume, pendant la mino- « rite du roi. »Le duc d'Orléans, après avoir remercié la compagnie du titre qu'elle venait de lui déférer, demanda que, malgré la clause du testament qui portait que le duc de Bourbon n'aurait entrée au conseil de régence qu'à vingt-quatre ans accomplis, ce prince, qui avait vingt- trois ans, y fût admis sur-le-chump. Le parlenaent s'empressa de sanctionner par un arrêt cette proposition; il déclara également que les troupes de la maison du roi, même celles employées à la garde de sa personne, dont le commandement avait été destiné, par le testament de Louis XIV, au duc du Maine, ne reconnaîtraient que l'autorité et le commandement du duc d'Orléans régent. Le duc du Maine fut nommé sur'intendani de r éducation du roi.

Après avoir communiqué au parlement le nouveau plan qu'il se proposait de suivre pour

l'administration du royaume , le régent sortit du palais de justice , au milieu des acclamations du peuple, et s'en retourna comme en triomphe au Palais-Royal (i).

(i) « Ce jour, 7 septembre i7i5, toutes choses disposées « pour le lit de justice que devait venir tenir le roi , Louis « quinzième du nom, pour la publication de Tarrét du a de « ce mois, qui confère la régence au duc d'Orléans, les « chambres assemblées , les conseillers et présidens en robes « rouges, et la plupart des pairs ayant pris place, vint sur « les dix heures du matin le secrétaire de M. le chancelier, « qui dit à la Cour que M. le duc d'Orléans luy avait ordonné « de luy venir dire qu'il venait d'apprendre que le roy avait « eu la nuit dernière une légère indisposition qui l'empêchait « de venir ce jourd'huy tenir son lit de justice; qu'il priait « M. le premier président et le procureur général du roy de « venir au Palais-Royal, oili était M. le chancelier, pour « aviser ce qu'il conviendrait de faire ^ et le rapporter à la « compagnie. M. le premier président et le procureur gé- « néral du roy partirent aussitost, et environ une heure après « ils revinrent, et M. le premier président dit : qu'encore « que l'indisposition du roy fut très légère, même qu'elle fut « finie dès le matin , néanmoins sa santé était si précieuse , « qu'on avait jugé à propos de ne la point hasarder; que « M. le duc d'Orléans s'en allait à Versailles, et que demain

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