‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 8 sur 26 · I OO HISTOIRE · texte numérisé non relu

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Cependant Philippe Y, sous l'inspiration d'Aïberoni , regrettait du haut du trône d'Espagne d'avoir renoncé à la couronne de France , dont y sans cette renonciation solennelle , il n'eût plus été séparé que par la vie d'un faible enfant. Des communications secrètes furent établies entre les ennemis du duc d'Orléans, à la tête desquels était la duchesse du Maine ; et on organisa une conspiration qui avait pour but de s'emparer de la personne du duc d'Orléans , de déclarer Philippe Y régent du royaume à sa place, mais de ne lui en laisser que le titre et d'en attribuer les fonctions au duc du Maine; on devait en outre révoquer l'arrêt du conseil de régence du a juillet 171 7, qui, annulant l'édit de 1714 et la déclaration de 1 7 1 5, déclarait le duc du Maine

« il ferait savoir à la compagnie la résolution qui aurait été « prise pour la tenue du lit de justice. » Extrait des registres du parlement.

Galerie historique du Palais-Royal : tableau de M. Schmith.

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et le comte de Toulouse inhabiles à succéder à la couronne.

C'était le prince de Cellamare , ambassadeur d'Espagne à Paris, qui dirigeait les fils du complot. Alberoniy pressé de satisfaire le roi son maître, que ses sombres vapeurs faisaient alternativement passer de Tespérance au découragement, écrivit à Cellamare : mettez le feu aux mines l II était impatient d'avoir les manifestes qu'on avait rédigés à Paris et que la cour d'Espagne devait faire paraître au moment où la.

conspiration éclaterait. Pour lui faire cet envoi y. l'ambassadeur choisit l'abbé Porto-Carrero; il fit arranger pour lui une chaise à double fond, et employa ses secrétaires à copier les papiers qu'Alberoni voulait connaître. On ne s'accorde pas sur le véritable moyen par lequel on découvrit la conspiration; les uns prétendent que ce fut par findiscrétion d'un secrétaire d'ambassade chez* une courtisane; d'autres, que la chaise de Porto-

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Carrerô ayant versé près de Poitiers, on découvrit les papiers; suivant les mémoires de la régence, ce serait un copiste employé à la bibliothèque qui aurait tout révélé à l'abbé Dubois. Quoi qu'il en soit, le régent, maître des secrets de la conspiration formée contre lui, a n'eut, dit « M. Lacretelle^ que les raouvemens de la plus (c belle ame ; ce fut alors que l'on put comprendre <c combien le crime était étranger à un homme ce qui voyait à regret l'occasion d'une juste ven- «geance. Jamais il ne s'exprima avec plus de <c noblesse et moins de passion que lorsqu'il eut <fà rendre cotapte au conseil de régence d'un « complot qui appelait en France la guerre civile ce et la guerre étrangère. Il était impatient de faire a grâce et de produire aux yeux des Français toute « la bonté de son caractère : il traita comme une «intrigue ce que des hommes d'état, moins hu- « mains et moins habiles, auraient puni comme «une conspiration; il fit remettre en liberté

feste j et Berwick passa les Pyrénées à la tête de Farinée française. Philippe V prit lui-même le commandement de l'armée espagnole, mais cette guerre fut dç courte durée, et Alberoni, qui avait flatté son roi d'espérances chimériques, ayant été sacrifié, Philippe Y accéda au traité de Londres, et la paix fut rétablie entre là France et l'Espagne. Le régent profita de ce repos pour achever d'embellir son palais (i). Il y rassembla à grands

( i) U est à remarquer que ce fut avec ses propres deniers que le régent acquitta toutes ces dépenses, car ce prince, qui mettait autant de générosité que de bonne grâce dans tout ce qu'il faisait, ne voulut rien prélever pour lui surles revenus de l'état, ni sous la forme de liste- civile , ni autrement, pendant tout le temps de sa régence.

Ce fut aussi pendant la régence que le corps-de-garde des gardes du cardinal fut remplacé par le ChâteaU'-d'Eau. Cet édifice fut construit par ordre du régent, tel qu'il existe encore aujourd'hui , sur les dessins de Robert de Cotte , architecte du roi. L'emplacement qu'il occupe avait été spécialement excepté de la donation de 169!%, comme compris dans le plan delà réunion du Louvre et des Tuileries, et par conséquent

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frais cette collection de tableaux de toutes les écoles y qui acquit en Europe une si juste célébrité (i).

La princesse Palatine Elisabeth-Charlotte de Bavière, sa mère, avait apporté en venant en France un grand nombre de médailles d'or et de pierres gravées: le régent en augmenta beaucoup la collection. Non seulement il l'enrichit par de nouvelles. acquisitions, mais il la doubla en quelque sorte par les emprein tes en pâte de verre qu'il tirait lui-même des plus belles j)i erres.

Ses salons étaient le rendez-vous de tout ce que la cour et la ville avaient de plus aimable et de plus brillant, et sa nombreuse famille n'en formait pas le moins bel ornement. Là se faisait remarquer cette duchesse de Berri si jolie, si spirituelle, qui expia par une mort prématurée

depuis cette époque, comme auparavant,. le Château-d'Eau n'a jamais fait partie des dépendances du Palais-Royal. (i) Voiries pièces justificatives, lettre D.

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SOU penchant immodéré pour les plaisirs (i); et Mademoiselle de Chartres, plus connue sous le nom d'abbesse de Chelles, qui, née avec tous les agrémens, tous les charmes, toutes les grâces, préféra aux séductions du monde les austérités du cloître (a) ; et Mademoiselle deValois, au regard

(i) Marie-Louise- Elisabeth d*Orléans, femme de Charles de France, duc de Berri, morte à l*âge de 24 ans , en 17 19.

(i)Louîse-Â.déIaïde d*Orléans, devenue abbesse deChelles; elle prit le nom de sœur Bathilde. Les exercices religieux n'occupaient point tous ses momens ; elle avait conservé dans le cloître quelques-uns des goûts qu'elle avait dans le monde; elle se livra à Fétude de la chimie , de l'astronomie , de l'histoire naturelle , et composa un livre de dévotion. «Elle s'a- « musait en même temps avec de la poudre , faisait des fusées , « des feux d'artifice, avait une paire de pistolets , et tirait au « blanc. «Vers Tannée i73i, elle se démit de la dignité d'abbesse de Chelles, et se retira à la Madeleine de Trcsnel , rue Charonne, à Paris. Cest laque lui furent adresses ces vers, que nous avons copiés manuscrits dans les œuvres de Racine (ils:

ff Plaisirs, beauté, jeunesse > honneurs , gloire , puissance , Ambitieux cspoii* que permet la naissance ,

si fin, au sourire si séduisant, qui vit dans Modène plutôt un exil qu'une seconde patrie (i); et MademoiselledeMontpensier, quimonta à quinze ans sur le trône d'Espagne , et revint mourir à

Tout aux pieds de Tagneau fut par elle immolé ; Elle s'immole encor dans sa retraite même.

Assise au premier rang , son cœur en est troublé ; De ce rang descendue, au seul objet qu^elle aime En silence attachée , elle embrasse sa croix , Victime par Pamour devant Dieu consumée , Vierge qui jour et nuit tient sa lampe allumée , En attendant Pépoux dont elle avait fait choix. Dans notre siècle impie éclatantes merveilles ^ Les princes sont changés en humbles pénitens , Et voilà par quels coups , Dieu puissant, tu réveilles , Même en ses derniers jours , la foi des premiers temps. »

Elle mourut dans sa retraite de Tresnel, le 9 févrieri743.

(i) Charlotte- Aglaë d'Orléans , mariée à François-Marie d'Est, duc de Modène. Elle partit pour l'Italie le désespoir dans le cœur et les yeux remplis de larmes. A Modène, elle avait sans cesse la pensée tournée vers sa patrie , et s'écriait à chaque instant : « Ah, que je m'ennuie ici, que je m'ennuie ! » Elle vint finir ses jours à Paris , et mourut au Luxembourg en 1761.

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trente ans dans le palais du Luxembourg (i); enfin Mademoiselle de Beaujolois (a) et la princesse de Conty (3) , qui toutes deux avaient les grâces et l'esprit de leur mère, et qui toutes deux ne brillèrent qu'un jour dans ce monde.

Mais les fêtes et les plaisirs (4) ne détournaient

(i) Louise-Elisabeth d'Orléans, feinme de Louis V^, Comme si c'était une disposition naturelle aux princesses françaises de ne point se plaire dans une Cour étrangère, mademoiselle tieldontpensier, quoique reine d'Espagne , s'ennuyait à Madrid comme sa sœur à Modène. Devenue veuve peu après son mariage, elle revint en France, et mourut en 174a-

(a) Philippe-Elisabeth d'Orléans. Cette princesse avait été fiancée à l'infant don Carlos , troisième fils de Philippe V, depuis Charles III ; mais , lorsque la Cour de France renvoya Tinfante qui devait être unie à Louis XV, pour faire asseoir sur le trône Marie Leczinska , la Cour d'Espagne fit par représailles renvoyer mademoiselle de Beaujolois. Elle mourut en 1734 ,dans sa vingtième année.

(3) Louise -Diane d'Orléans, mariée en 173^ à Louis- François de Bourbon, prince de Conty, et morte en 1736.

(4) Pierre-le-Grand étant venu à Paris dans le cours de ses voyages, en 17 17, le régent le reçut avec magnificence,.

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point le régent des soins de Tadministration du royaume. Louis XIY avait laissé pour plus de deux milliards de dettes. Tandis que le conseil cherchait en vain les moyens d'éviter une banqueroute , ua aventurieiti&cosaais, nommé Law^ arrive à Paris et offre son systèntè comme la pierre philosophale qui doit mettre un terme à tous les embarras. Ce sys-^ tème, fondé sur un jeu de crédit public, inconnu jusqu'alors en France , consistait à émettre deux sortes de billets négociables et représentant dès valeurs.Ij une de cessortes debillets avait caractère de biens-fonds, et portait des revenus, ou plutôt des intérêts susceptibles d'accroissement ; l'autre était tout simplement du papier-monnaie. Ce sys«« tème eût pu réussir et produire des effets salut taires si l'on n'en avait £ait qu'un usage modéré,

et lui fit plusieurs fois les honneurs de sa loge à l'opéra, qui était alors au Palais-Royal *.

* Galerie historique du Palais-Royal.

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mais on en abusa. Le début fut très brillant : tout Paris fut séduit; tous les yeux furent fascinés; grands-seigneurs 9 bourgeois, artisans , tout le monde courait à la banque de la rue Quincampoix pour y échanger son or contre d^ billets , comme on court aujourd'hui à lâ^ bourse. Une sorte de démence financière s'était emparée de toutes les têtes; on se croyait au pays ai Eldorado; mais ces illusions ne durèrent qu'un jour; les émissions disproportionnées de ces effets les discréditèrent promptement; leur chute fut rapide et terrible, car elle entraîna la ruine d'une multitude de familles qui avaient embarqué leur fortune dans ces spéculations , et Law , nouveau Midas , que le peuple adorait , lorsqu'on croyait qu'il changeait tout en or, fut assailli par l'indignation publique; contraint de s'enfuir, il alla cacher à Venise sa honte, sa misère et son tombeau.

Cette magie du papier-monnaie était un moyen

d'administration si séduisant que, lorsque le régent le vit s'échapper de ses mains, il tomba dans une espèce de langueur, dont son favori, l'abbé Dubois , sut habilement profiter. Cet abbé voyait que les dignités de l'Église pouvaient seules lui fournir un moyen de parvenir à être premier ministre. Nommé d'abord archevêque de Cambrai, il fut fait cardinal sous le pontificat d'Innocent XIII (le cardinal Conty); quelque temps après, il entra au conseil de régence, et, le a a août 1722, le duc d'Orléans eut la faiblesse de le faire premier ministre ; mais Dubois mourut bientôt après.

Dès qu'il fut mort, le jeune roi Louis XV, qui avait été sacré le a5 octobre 1722, pria le duc d'Orléans de se charger du ministère ; et ce prince, qui paraissait absorbé par les plaisirs, sentit pourtant qu'il devait à sa propre gloire et au bonheur de la France de consacrer de nouveau à l'administration du royaume ses soins et

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ses talens: il s'occupa des affaires avec une activité infatigaj^le ; et le monarque et la nation payèrent ses efforts de leur reconnaissance.

Mais Fexcès du travail ne lui avait pas fait renoncer entièrement à ses goûts; il exigea de la nature plus que les forces humaines ne pouvaient accorder, et il en fut victime. On prétend que son médecin l'ayant menacé d'une mort subite, il avait promis de se modérer, et qu'il mourut le jour où il devait adopter ce nouveau régime.

C'était le 2 décembre i723;ildîna beaucoup, et, en attendant l'heure de son travail avec le roi , il s'enferma avec sa maîtresse, la duchesse de Phalaris; il était à peine auprès d'elle qu'un coup de sang le fit tomber sans connaissance et sans mouvement. I^a duchesse, effrayée, remplit l'air de ses cris , mais les secours, peut-être trop tardifs, furent inutiles; le duc d'Orléans expira. Il était âgé de quarante-neuf ans.

Deux causes principales ont influé sur la con-

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duife et sur la réputation de Philippe duc d'Orléans régent. La première ^ ce sont les roœurs et l'esprit du temps daps lequel il vivait ; la seconde , c'est la supériorité de ses talens, sa place auprès du trône et sa position à la cour. Louis XIVjaloux de la gloire acquise par son frère à la bataille de Cassel , comme il l'avait été peut-être aussi de celle du grand Condé, avait toujours manifesté quelque répugnance à accorder un commandement militaire à son neveu malgré sa brillante conduite à Leuse et à Nerwinde ; et lorsqu'il se décida à le mettre à la tête de ses armées en Italie et en Espagne, il plaça tou jours à côté de lui des généraux qui , munis d'ordres secrets , paralysaient ses talens et son cou» rage. Rendu par ses dégoûts à l'oisiveté , le duc d'Orléans retombait dans le tourbillon du monde et des plaisirs. L'esprit de dévotton et d'hypocrisie qui envahit la Cour ^ous la domination de madame de Maintenon , et qui n'était qu'un

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