‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 31 sur 126 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

BUUTUS, TORQUATUS.

BHUTOS. — Nous voilà seuls! Bon 1 Voyons si les 20,000 livres sont encore dans le carton. Convieu? ((u'elles nous arrangeraient bien.

TOBQUATUS. — J'aurious chacun dix mille francs, j'dis que fa en vaut la peine.

BRUTUS. — La nation est assez riche; 20,000 livres pour elle, c'est...

TORQU.\Tus. — Une goutte d'eau dans la rivière.

BRUTUS. — Et puis il faut convenir que nous nous donnons assez de mal pour èlre im peu indeuruisés.

TORQUATUS. — Ah! mou Dieu! les 10,000 livres ne m'feront tant seulement pas cent francs par chaque incarcellation que j'avons faite depuis trois mois; ainsi vois si c'est trop. Mais connais tu bien le carton?

BRUTUS. —Tiens, c'est celui-ci. Pour ne pas mo tromper j'y ai mis une petite marque avec de l'encre.

TORQUATUS. — Pas SI bèto ma foi! Cours vile au carton avant que qeu-z-uu ne vniront; moi j vas à la porte pour écouter. [Brutus ouvre le carton et n'y trouve rien).

BRUTUS. — Les oiseaux sont dénichés.

TORQUATUS. — Bah! Tu badines! [il voit dans le carton). C'est mordié vrai ! J'avions bien dit que c'fripon d'Scévola... Il n'en fait jamais d'autre. N'y apas d'plaisir à être son collègue.

BRUTUS. — Encore moins de profit.

TORQU.^TUS. — Queuqu'un vient. Remets vite le carton,

SCL.NL VIII

VILAIN. HIU'Tl S, ToUOlATUS.

ML\IM I ( 'le Irttrr en tililin, ii-ritnniii.i.iant itin/wiHiM lieu» i r i-^t Irlu i»r ri'iii|iiillli-iir ItMiijMut

dont', iiitiu iitui Kt^Ui.

K'uviATis. - yu'n|i|M'|lfK-tu Kélii y .le mouiiui;» TonjualUH.

MLAi:<. - Va |iuiir Tor<|imlii!«. CV?«l piH qu'uni- ra^c, ou ne rucuuuail pluit nujourd'ljui iti li*» lioiMiuin ni II-» rues.

TUKUUATU8. - Li.'s palrioleti H'u|t|ielli!nt tou» par iIi-h iihuih ruinaiiin. Tieut, j'vuuliuUH U: débnp- Uttertoi, et t'appelor Ci^aar. Dam! i''<t!>t nli là qu'élait nu tii>r républicain!

VILAIN. — Tais-toi donc, c'est le uoiii d'un cliicn de ba!<i>e-cuur ; je in'uppello Vdaiu, et Vdoiii je resterai. Mai» toi, vj'ux-tu rempailler les chaises du roiuilé?

TOH^rATL'^. — J'siimiuiues bien, s'il vuus pluit, membre du comité révululiouuoire.

vii.AiM. — Ça n'est pas possibi"'!

TOHui'ATUs. — Uemuude b plutùl...

VILAIN (reconnaissant Briilus;. — Tiens! c'est Ficelle!

BRi'Tis (ai-ec /i«m/i'</i j. — Brutus! monsieur!

\ILAI5. — Jusqu'au citoyen Ficelle qui s'en mêle? Vous fttes fous par ma foi. .lavais rru nm q lit n'y avait que les liions qui chanp>aieut ib' noms...

iiHLTHs. — Mosieur Vilain, songez que vous parlez à un fonctionnaire publie.

Mi.Ai». — Moi ! je parle à un portier de maison.

BRUTUS. — Un foucliounaire public, vous dis-je. Je suis membre du comité révolutionnaire.

MLAiî». — Toi aussi? C'est donc de plus belle. Où di.ible a-ton Hè pécher des ostro^/oths de voln* esi.èee? Si eu lontiuue, je ne désesiK-re pas d'être un jour général d'armée; mais, puisque vous êtes iiK-mbres du comité, voici une lettre à voire adresse.

TOH0UATU8. — De queu part ?

VILAIN. — De l'accusateur public.

loRQUATUS. — Comment, est-ce que tu serais ju(fe par hu.-ard?

viLMN. — Pas tout à fait: je suis le commissionnaire du parquet, dont bien j'enrage... Il n'y a |nib de jour que je ne voie des miilheureu.x qui me font une peine, mais une peine...

BRiTis. — Ce sout des coiisiiirnteurs.

MLAiN. — Je n'en sais rien, mais ils n'en ont pas la mine : Si tu voyais comme ils sont décent», avec quel courage ils entendent leur ju^'.Tnent.

BRiiTUS. — C'est de l'impudence et rien de plus.

VILAIN (avec force). — Oh 1 dis plutôt le calme de linnocence ! Je ne sais pas, moi, comment vous êtes bâtis, messieurs les révolutionnaires: pour moi je ne peu.x pas voir ce spectacle sans metroav«r mal. Pourquoi la nature in'a-t-ellp disjiracié? Je serais à présent aux frontières, et je ne mangerais pas un pain douloureux, qui me semble arrosé du sang des innocents.

BfiTfs. — Monsieur Vilain songez que vous êtes au comité révolutionnaire et que...

viniN. — On n'y comprend pas lelauga^je des honnêtes gens.

BRCTfs. — On n'est pas plus insolent!... Vilain, tu te souviendras de cette conversaliou.

VILAIN. — Qu'est-ce que tu me feras? Monter au fauteuil? bh bien, je m'y trouverai en meilleure compaLrnie qu'avec vous.

BRtrrrs. — 11 suffit. Donne ta lettre, et ivlire-toi.

viL\i>, — H me faut une réponse.

BRCTis. — Tout de suite?

viLALS — Ou attend après.

TORQiATrs [^as à Brulits]. — Bi'utus, sais-lu lire, mon ami?

BRCTIS [has à Torquntus . — Hélas! je n'en suis encore qu'à l'alphabet: si tu savais comme c'est difficile d'apprendre à lire !

TOBQu.MCs — Eh! mon Dieu ! Cxïiument que j'allons faire, je ne savons pas lire non plu*.

BRLTus. — Vilain, est-ce pressé?

VILAIN. — On m'a recommandé de ne pas revenir sans réponse.

UCTC3. — Et sais-tu ce que l'accusateur public nous demande ?

viuiN. — Parbleu ! Lisez.

TORQUATOS. — Li?ez, lisez! Il fiiut savoir.

VILAIN. — Comment, tu ne sais pa.s lire! Eh bien, voilà jnsti'inont une plnme. de l'encre et du papier. Fais-moi au moins un mot de réponse par écrit.

TORQUATCs. — Je u'savous tant seulement pas signer not'nom.

VILAIN. — Brutus du moins sait lire, lui, un ci-devant portier de maison c'est savant ça.

BiiLRUS. — Brutus n'ira pas à votre école. Monsieur Vilain.

MLAiN. — Vilain no voudrait pas non plus d'un pareil écolier, Monsieur Brutus. Puisque vous *avez lire voyons, lisez donc cette lettre.

liiu lUS. — Où sont les lunettes?...

VILAIN [prenant des lunettes sur la table). — Vos lunettes? Tenez en voici une paire justement.

RRiTus [à part), — Je suis pris!...

VILAIN {lui offrant In plume). — Monsieur Brutus veut-il bien prendre la plume?

TOKQUATiis [bas ù Vilain). — Mon p'tit Vilain, si tu vouliiis tant seulement nous dire comme c'est qui n'a sur c'te lettre.

VILAIN. — Moi ! fi donc ! en ma qualité de commissionnaire, il ne m'appartient pas de lire une lettre qui m'est confiée. Je sais pourtant lire. Aussi je ne suis pas étonné de ne pas être membre du comité révolutionnaire.

BRUTUS. — A propos ! J'oubliais que le président nous a défendu d'ouvrir aucune lettre en sou absence. Vilain, garde la lettre, je vais le chercher, [il s'enfuit).

TOBQUATns. — Et moi j'allons chercher le secrétaire fil s'pnfuit).

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