Il s'agit de la question romaine
609 HISTOIHK DU I' \l. MS-ROYAL
Pondiuit rKxpo3itioi) do 181)7 :
« Priiicpsso.
«« .Tt> tremble tonjoiirs (jmnd j«» \n\^ tontes rea fêtes monntreH : La folle n tant de clia lices do s'y ^jlissor.
« Tour moi, ce sont moins encore les fous (pii m'indij^neiit (jne les sois, cen avocnU en robo ^\m, l;i vrille, insultent nn hùto, cumpromcttent la France et font une K'aniinerit' inili^ne (l;ins le i):uvis même où siège la justice'. (Oh! la lo^^ique n'«"-l p !>< in>||i' foil.) m
Au lendemain des fûtes, l'ami de l;i princesse voit plus noir encore, sans cesser de voir juste.
Ce 9 octobre 1807.
« Que de mécomptes en ce moment I et laissez-moi vous le dire, princesse, quel désarroi de l'opinion! Comme tout semble flotter au hasard! (Comment personne ne préseute-t-il à l'empereur, dans un court tableau résumé, létat vrai des esprits, l'espèce de démoralisation politique qui s'est emparée de l'opinion et iju'on a le tort de laisser durer depuis des mois ?Ou'attend-ou? Pourquoi faire des parties sur mer', par un mauvais temps là-bas, quand on pourrait si bien jouir ici, à Paris, du mauvais temps et peut-être conjurer aussi des vents contraires? Je ne conçois rien à cette façon de faire ou plutôt de ne pas fiire. Connaît-on bien le caractère de ce peuple-ci, qui passe sans cesse de l'extrême coniiance à l'extrême contraire, qui est toujours le même à travers les siècles et les régimes divers, sur lequel il ne faut jamais compter, hormis dans les instants où Ton peut tout en elTet? Mais ces moments passés et quand on reprend l'accès opposé, on ne saurait trop veiller, trop avoir la main au gouvernail, être présent, attentif à tout et toujours. Et surtout pas de ces apparences d'interrègne. Voilà ce que disent ou pensent tous ceux qm sont attachés de cœur à ce grand régime (quand ils n'y tiendraient pas par le devoir et par tous les intérêts) et qui ne désirent autre chose que de voir les grandes et nobles qualités auxquelles la France doit tant, se manifester d'une manière efficace, présente et vive, de manière à dissiper ces vilains brouillards qu'on laisse de plus en plus s'épaissir et dont l'effet est de dérouter.
« Une nouvelle intervention à Rome serait une faute mortelle. On ne s'enchaine pas avec obstination à une telle caducité! Je veux parler du pouvoir temporel. Qu'on relève ce qu'en a dit Napoléon P"" : Non. on ne saurait refaire une telle faute 3. »
sieur ! »
1. Lorsqu'Alexandre II visita le Palais de justice, M. Floquet cria : •• Vive la Polo<^oe, mon-
■ ur ! »
2. .\llusion à une partie faite à Biarritz, dont nous avons parlé dans VUfitmre d's Twleries.
3. Quelques jours plus tard, un article du prince Napoléon sur Ment.ma, et qui devait paraître 3S le Siècle, fut interdit.
Ce moment venu, elle criu: Qui vive?
A plusieurs reprises, S:iinte-Beuve insiste sur le danger de l'inllueiice cléricale :
« 27 mai 1808. — Princesse, t.àcliez que l'empereur soit pénétré de ceci : ces hommes noirs sont odieux au fonds généreux de la France. C'est compromettre l'avenir que de laisser croire qu'on est lié à eux ou avec eux. Ils sont messagers de mal et conseillers de malheur. *
isz
LiV. ./5. A. Fayard, éditeur.
694 llisroim; hi- l'\l.\IS-UOYAL
Au cnintnniicoiniml ilu janvier IHOn, cetto ainitiù (jin drpuis si longtomps liait li> priiic- ilo la criliiiuo et 1 1 priucesso M itliil I •. se refroidit subitcîineiit. Il y eut un froissement dont la prino.^sse soulFrit et qui probablement (Hait «lil h riitimeur chagrine cl de moins en moins sociable de son correspondant. Depuis plusieurs années Sainle-Houvo h luifriiit do la piern-, < t depuis un an il no quittait plus sou fauteuil ou son lit.
La princesse était venue lo voir dans les premiers jours do janvier; elle ne revint plus et n'écrivit plus.
i " J'ai beau c horilier et nriiiten<>i,'('r, lui écrit Sainte lîeuvoje no puis décou-
vrir que j aie eu aucun tort personnel envers Votre Altesse. Vous m'aviez accoutmiié, princesse, h une amilii' toute dinércntc, si différente (jue je n'ai pu considérer l'entrevue de lundi qno comme un accident < xtraordinaire, quelque chose qui n'était pas de vous, mais d'un autre.
« Pour moi, j'ai mis le siynet après la visite du dimanche. Le livre se ferme pour moi ce jour-là à cinq heures et demie du soir ; se rouvrira-l-il jamais un jour ? »
L'ami de la princesse disputa sa vie pendant quelques mois encore à la cruelle maladie (jui le dévorait.
Dans les derniers jours d'octobre la princesse fut prévenue de son état désespéré. Elle oublia toute rancune et accourut rue Montparnasse au chevet du malide. Le prince son frère était à Prangins. Il s'empressa de revenir; lorsqu'il a .riva, le célèbre critique venait d'expirer.
Sainte-Beuve, par son testament, avait recommandé que son corps fût porté directement au cimetière, sans passer par l'église. Cette façon si simple et si di^'iie de mettre d'accord sa conduite avec ses principes, souleva une tempête d'injures dans la presse qui préfère l'hypocrisie à la franchise et à la loyauté; — naturellement Paul de Gassagnac se distingua par sa grossièreté et sa violence systématiques.
Un journal du soir avait publié les lignes suivantes :
« Le prince Napoléon, de retour de Prangins, a manifesté l'intention formelle d'assister aux funérailles de M. Sainte-Beuve; il se pourrait même qu'il conduisit le deuil. »
Mais il y eut contre-ordre des Tuileries; et le prince dut observer la disci-* pline imposée aux membres de la famille impériale.
La princesse ayant réclamé se> lettres au légataire universel du défunt, elles furent rendues en échange de celles que l'on réunit en un volume en 1878 '.
Elles suffisent, croyons-nous, à nous donner une idée exacte des opinions, des goûts, des occupations d'esprit de la femme à laquelle elles étaient adressées
1. Lettre? à la Prioce«se par Sainte-Beuve. — AJichel Lé%7, éditeur, 1873.
et par là même elles jettent une lumière de plus dans la vie intime du Palais- Royal.
On sait que le prince Jérôme vivait en parfaite harmonie avec sa sœur. Au Palais-Royal on avait un franc-parler plus viril, plus gaulois. La présence d'une femme oblige toujours à certains ménagements de parole, et l'on sait que la princesse Glotilde se montrait peu, se tenait fort à l'écart. La circulation n'était donc pas absolument interdite aux épigrammes politiques. Tant que la situation générale ne devint pas trop inquiétante, on put y railler même l'empire et l'empereur. Nous citerons comme échantillon de ces audaces quelques couplets d'une chanson dont le manuscrit fut égaré dans les salons du Palais-Royal. Les couplets sont écrits sur l'air des deux gendarmes de Nadaud.
« Deux hommes d'État ua beau dimanche —
Pataugeaient le long du budget, {bis)
L'un umet le poing sur la hanche,
L'autre ruminant son projet,
S'écria : Quel vide sonore
Résonne dans notre caisson!
Monsieur Fould, répondit Pandore,
Monsieur Fould, vous avez raison.
Mais autour de nous tout s'embrouille Comment museler les braillards?
Nous avons mangé la grenouille; Nos extras sont de trois milliards I Je veux bien que l'on me décore Si quelque emprunt n'est de saison.
Monsieur Fould, grimaça Pandore, Monsieur Fould, vous avez raison.
Tentons pour forcer la recette.
Le procédé de Bilboquet, Vendons et pour que l'on achète, Abolissons le tourniquet; Puisque le versement colore Le déficit de la maison.
Monsieur Fould, répondit Pandore, Monsieur Fould, vous avez raison.
Renonçons (c'est un artifice) Au droit de prendre indiscuté; Couronnons un peu Tédifice, Essayons de la liberté !
Je vois grâce à ce météore La peau qu'alla chercher Jason, Monsieur Fould, murmura Pandore, Monsieur Fould, vous avez raison.
«06 IIISTOIIU-: DU rAL\IS-h< iV \l.
ni n^ii n < (iiri.r.T :
liirnlAt rovirni In mnlliinr^ ; l.'i'iii|inint iioiivran nall ilii rr^dil, ÏA'» iiii|>iUi plruvffot «ur la Frniica, Kt lii rrflii<-<> rl|tl^rl< a|>|ilaii>lit. I.r* motitoni) fli'vnnrent rniirnro l'iitir liy|iutlii'-<|U(>r leur Idmom.
Mi)iiitii'iir i'iMiM, rriMluiinnil Pniiilitrc, Mouiticur rmilil, vdiih nvrr rniftuii.
Avocqui s'ontrctonait M. Fould ? Avec celui dont la main n'avait qu'il s'ouvrir coinnu^ la boitt^ mytlj(tlo;^'i«iue pour ripainlre tous les biens ou touslos maux. Il a fallu le inourtro commis par le prince Pierre, les tentatives d'émeute et les injures de Marotteau dans le /'rre Durhomp de lK(i!) pour ri-froidir le n'-publicanisme des Altesse impériales et les empêcher de chanter la Marseillaise.
I)'ailleurs, ces idées assez élranj^es chez des princes, n'était point l'apanage exclusif de ceux dont nous parlons. Dans une lettre de Mi'riinée, nous voyons qii'à Biarritz, il a été présenté à la grande-duchesse Marie, fille de l'empereur Nicolas, et (}ue le fils de celle-ci, le prince de Leuchtenberg, ne lui a point dissinp.ilé les opinions politi(jues les j)lus avancées.
« Il m'a jtaru, dit-il, très bon diable, aimable, un peu républicain et socialistenihiliste par-dessus le marché ; car les princes ne trouvent pas, dans ces temps-ci, que la république fasse des progrès assez rapides. »