AVERTISSEMENT
Ce n'est par aucun motif de détractîon, dans aucun but hostile que nous avons écrit cette histoire* Nous avons cherché à faire connaître le pontificat d'Alexandre Vl, comme toute autre époque où nous aurions cru trouver quelque leçon pour Fâge présent. L'histoire > si elle est exacte, autant du moins qu'il est possible de la rendre telle , ne saurait jamais passer pour un acte de médisance. Il faut éviter seulement qu'elle n'arrive à la calomnie. Les personnages dont nous avons à retracer les actions ont su faire en sorte d'ôter cette crainte à leurs historiens futurs.
Ne pas confondre l'Église occupée d'objets terrestres avec l'Église telle qu'elle fut instituée pour nous faire marcher dans la route du bien , ttl a été constamment notre soin. C'est le désir> et V usage du pouvoir temporel qui a corrompu
tant de pontifes, et qui, de nos jours eiicore, nuit assez gravement au clergé. Quand l'Église se mêle smi affaires de ce maud^^^elle n'a pas droit de se plaindre, si ses actes sont jugés par des mondains.
Les auteurs italiens chez qui nous ayons puisé la connaissance des faits ont eu cette même attention ) qui a été obligatoire pour nous , de né pol confondre tes deux point» de vue sous lesquels se présente l'Église. Ces auteurs, pour la plupiurt contemporains d'AleiKandre YI et de César Borgia^ sont MachiaTel, Paul Jove, le eardii^al Bembo , Guichardin , Tommaso Tom-> îaasL Le récit publié sous le nom de ce dernier étant. le plus counpkt, nous l'aTons presque toufoots suivie
Que si qùelques^esprits timides ou pieux sont alarmés d'Un tableau où la cour d^s Papes est présentée aux yeux dans une nudité si épou-^ tantable, et qui n'est voilée que par la dignité de l'hîdtoii^ , nous nous peroiettrons de leur rappeler u» de ces contes de Boecace, qdtont un si gr£lnd air de vérité ; c'est celui où ua riche iDiarchând de draps, de Paris', le bonhomme Giannotto ou Jeànnet de Civigni, fait tant- d'ef^-
forts pour convertir à la religioil chrétidiine'an de se» confrères , trèsh-rî^he aussi , le juif Abra^ haiD. L'enfant de Jacob résiste Icœg-tenips ; mais ^fin dans les paroles de sou ami ^ il trouve unecbaleur désintéressée qui lesédtût.Mc voilà prèt| lui dito-il» à me faire chrétien ^ mais il faut auparavant que j'aille à Rome pour voir oehîi qui est le vicaire de Dieu sur la terre. Je prendrai coonaisSanoe de ses façon^ d agir ^ eonnne aussi de ce que font ses frères les cardmatix^et^ s'ils me paraissent tels qu'il convient à des hom'» mes dont la religion prétend être meilleure que Id mienne 9 }e. me ferai chrétien. L'i(tée de ce Yoyage à Rome épouvanta le bon Jeanne! de Civigni. Il pensait à tout ce que l'Hébreu allait trouver dans la capitale du Papisme. II voulait détourner Abraham de ce voyage; mais Abraham insista , et le pauvre convertisseur crut que toutes ses peines allaient être perdues. Abraham vit Rome , le Pape et ses cardinaux , puis retourna à PariSà Mon ami , c'en est fait , dit-il à son confrère, qui en fut dans le ravissement, }e veux être chrétien comme toi. Ces gens delàbas font tout ce qu'ils peuvent pour perdre la religion chrétienne, pour la réduire à rien; et, si elle subsiste , si , loin de s'affaiblir , son empire augmente, il n'y a que l'Esprit-Saint qui
puisse faire un tel miracle , et prouver par la qu'elle n*â pas besoin d'autre fondement qu^elle même. Quelques jours après, le bon Jeannet de. Civigni mena sén ami Abraham à Notre- Dame , et pria les clercs de lui conférer le baptême. H fut 9 avec toute 4a joie qu'on peut imaginer, son parrain.
Nous n'avons pas 'besoin d'aller à Rome pour nous convertir. Nous n'avons qu'à rester où noua sommés, et comme nous sommes. Seule* ment il est à désirer que certaines gens d'intrigue et d'ambition ne cherchent pas trop à nous déranger.