‹ Histoire du Pape Grégoire VII et de son siècle, d'après les monuments originauxChapitre 18 sur 26 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Grandeur des événements de cette époque — Situation de l'Europe au moment de l'élection de r,rcgoire VII. — Les Romains le choisissent à l'unanimité. — Méconteutement du roi d'Allemagne. — Regrets et rétlexions de Grégoire. — Ses vues. — Investitures t incontinence des clercs. — Premiers actes du nouveau pape. — Légats du saint Siège en Espagne. — Dispositions de Grégoire à l'égard de Henri IV. — Lettre de ce dernier au pontife.

— Exaspération des esprits en Allemagne. — Les Saxons se préparent à la guerre. — Assemblée et serment de Nockmeslau. — Division des partis. — Députation des Stixons à Henri. — Insurrection. — Siège de Harzbourg. — Négociations — Fuite du roi.

— Alliance de la Saxe et de la Thuringe. — Magnus recouvre la liberté. — Alliance de Henri avec lesLuticiens, la Bohême et le Danemark. — Diète de Gerstungen. — Accusation portée contre le roi par Reginger. — Sigefroi convoque une diète à Mayence.

— Dévouement de Worms. — Diète d'Oppenheim. — Exploits des Harzbourgeois.

Maintenant se présente une grande époque : grande, non pas précisément par des événements nouveaux, extraordinaires et féconds en résultats, ou par des scènes terribles et soudaines; mais par l'exécution d'un vaste plan concerté depuis long-

temps : grande, par l'cbranlcment général que cause en Europe le génie d'un seul homme, par la secousse et l'impulsion donnée à toutes les affaires : grande, parce qu'à la voix d'un seul homme les trônes chancellent, les peuples tremblants quittent leurs anciens maîtres; parce que la volonté d'un prêtre fait changer la face de la terre, fait naître de nouvelles lois et de nouvelles institutions, et cela depuis le nord de l'Europe, depuis l'Angleterre, jusqu'au midi, jusqu'aux déserts de l'Afrique, depuis la mer Atlantique jusqu'à la Palestine, où le fondateur de notre religion avait enseigné, combattu et versé son sang; où l'apôtre saint Pierre avait annoncé des paroles pleines de vie : grande, parce qu'un homme sortant de l'obscurité conçoit le projet d'établir une monarchie universelle au centre de la chrétienté, au siège de saint Pierre, siège qui, fondé par de pauvres pêcheurs, s'éleva successivement, soit par lui-même, soit par le secours d'autrui, et s'établit si solidement que les puissances de l'enfer, comme on le croyait, ne pouvaient l'ébranler : grande enfin, parce qu'un simple moine, fds d'un charpentier, se met dans la tête que le soleil de l'ancienne Rome doit éclairer tous les hommes et formerleurs croyances. Si l'on se représente ensuite des peuples qui se soulèvent, bien déterminés à vaincre ou à moujrir pour la défense de leurs droits et de leurs libertés, pour la conservation de la couronne de

leurs empereurs et de leurs princes; un pape aux prises avec l'empereur, et l'empereur avec les princes, ses sujets; toute l'humanité en mouvement ; des États et des familles qui se divisent et se séparent pour soutenir, les uns leur foi, les autres leurs libertés ; si l'on voit des peuples qui combattent contre leurs rois, des parents contre leurs enfants; la fortune qui élève un homme jusqu'à en faire le dominateur universel et qui l'abaisse ensuite jusqu'à le conduire en exil ; qui, d'un autre côté, donne une couronne à un prince lorsqu'il est jeune, et le condamne presqu'à la mendicité lorsqu'il est dans la maturité de l'âge; si l'on se représente toutes ces choses, on voit certainement devant soi une époque grande et extraordinaire. En Allemagne se trouve un roi, jeune et insensé, sans expérience dans l'art de gouverner, longtemps tenu en lisière par des mains infidèles, sans caractère, sans résolution, faible comme un roseau, pliant aux vents des circonstances, toujours le même dans ses habitudes criminelles; cependant brave, bien intentionné, généreux et sensible. Deux peuples aigris et animés d'une haine profonde se déclarent contre lui : les grands qui doivent le soutenir sont d'une fidélité chancelante; d'autres, qui sont blessés dans leur amourpropre, n'attendent que l'occasion de se venger : les favoris sont les seuls sujets qui lui montrent de l'affection. Rien de stable, rien de sûr; les

insliUitions menacent ruine, et elles sont attaquées par la passion dominante de s'enrichir. Telle est la situation de l'Allemagne.

Sur le trône de France est encore la race de Hugues le Grand dans la personne de Philippe F"^, qui règne depuis 1060; il est jeune, téméraire, hardi dans ses projets, ferme et inébranlable dans l'exécution ; il assure le sceptre à sa race par ses talents naturels, consolide les institutions, donne à la majesté royale plus d'éclat, et lui concilie plus de respect. Les seigneurs divisés, ennemis les uns des autres, se rallient autour du trône, les ordres du roi sont mieux respectés. L'Église est plus sous la dépendance du roi qu'elle ne l'est en Allemagne, mais elle offre plus d'unité; ainsi le pouvoir se concentrait en France, et se divisait en Allemagne.

L'Espagne était désolée par la discorde et par une guerre continuelle des Chrétiens contre les Infidèles. La puissante maison des Ommiades était abattue, une foule de princes indépendants se partagèrent le pouvoir aux dépens de l'ancienne famille. L'unité et la paix ne se trouvaient nulle part. Alphonse \ 1 occupait le trône de Castille, d'Aragon et de Navarre; celui de Séville était entre les mains de Mahomet II. Les deux rois étaient mal disposés à l'égard de la cour de Rome; d'accord sur ce point, ils étaient divisés sur tout le reste. L'épée était hors du fourreau, l'anarchie

régnait çà et là, beaucoup de provinces étaient sans règles et sans lois.

L'Angleterre était à une épo(jue de renaissance. Après beaucoup de combats, d'efforts et de souffrances pour repousser l'invasion des Normands; après une heureuse délivrance, due au bras victorieux d'Alfred le Grand ; après de nouvelles guerres sous ses successeurs ; après de grands désastres et une horrible effusion de sang, Canut le Grand parvint au trône et fut reconnu par toute l'Angleterre. Après une nouvelle délivrance, Edouard le Confesseur prit la couronne, qui, après sa mort, passa un instant entre les mains de Harold, duc d'Estanglie; mais Guillaume, à qui Edouard avait légué le sceptre, porta en Angleterre ses armes victorieuses. La fortune se déclara pour lui, et il donna naissance à une dynastie qui existe encore aujourd'hui. Ainsi, du temps de Grégoire, il y avait encore, en Angleterre, guerre, désordres, incertitude en toutes choses, pillage et meurtre dans chaque ville; mais, à la tête de la nation, se trouvait un homme capable de tenir les rênes du gouvernement, de soumettre les esprits rebelles, de s'emparer de tous les privilèges, de commander en conquérant et de régler tout d'après les lois de sa propre volonté. Malgré les divisions du clergé, il était en paix avec l'Église et en bonne intelligence avec Rome.

Dans les trois États du Nord le christianisme était encore faible : il n'y avait pas encore un siècle qu'il y était établi. En Danemark, la lutte qui s'était élevée entre Swen 111 et Adalbert de Brème était à peine terminée : le roi avait été excommunié jusqu'à ce qu'il se fût soumis à la volonté de l'Église; en général, la puissance du pape avait une grande force dans le Nord. C'est pourquoi la famille royale chercha protection près des rois allemands, jusqu'à HaroldlV, qui gagna les faveurs du saint Siège par l'intermédiaire du clergé. — En Suède, la couronne avait passé sur la tête d'une nouvelle famille, celle de Stenkilsch. La foi du Christ était encore aux prises avec la religion païenne; les rois étaient, tantôt pour l'une, tantôt pour l'autre. — En Norvège commandait Olof III, prince paisible, qui cherchait à faire fleurir l'agriculture, les arts et le commerce : humain, favorable au clergé, il était digne de l'éloge de tous ses sujets.

La Pologne, après une longue anarchie, s'allia, par Casimir P'*, avec l'empereur d'Allemagne, et après la destruction du paganisme, qui avait reparu au moment de l'anarchie, elle revint au christianisme sous Boleslas II, et se détacha de l'Empire. Pendant la guerre de la Saxe, il y avait une grande division entre Boleslas et VralislasIIde Bohême ; Henri IV se constitua leur arbitre. En général, il n'y avait aucune institution solide chez

les peuples slaves ; ils étaient partiellement attaqués et subjugués par les Allemands. Le christianisme, propagé par le zèle des missionnaires, répandit quelque lumière et quelque civilisation dans les tribus.

La Russie était livrée à la discorde et à l'invasion de nouveaux peuples; tout était dans le chaos; la succession au trône occasionnait souvent de grands désordres.

Le trône de la Hongrie était disputé par divers princes : de là une grande confusion et une civilisation lente. Le roi était le vassal de l'empereur. Salomon fut mis sur le trône par Henri lY, mais il n'y fut pas tranquille.

Le sceptre impérial de Constantinople passait rapidement d'une main à une autre. Il n'avait plus l'éclat des anciens temps; car, dans l'espace de dix ans, on voyait souvent jusqu'à deux et trois empereurs : rien de fixe et de stable ne pouvait donc s'établir. De là une situation affreuse, des désordres effrayants, et des guerres qui ne cessaient plus. En voyant cet état de faiblesse, d'agonie, d'angoisses, on était étonné que ce vieux colosse, brisé et démembré, pût résister pendant un si long espace de temps. L'Empire, après avoircombattu longtemps contre les hordes innombrables des Hongrois, des Russes, des Rulgares, des Persans et des Arabes, tomba en 1063 au pouvoir de la tribu des Seldshucks, qui s'empara

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siiccessiveiiiciU des diverses provinces, jusqu'à ce qu'en 1071 l'empereur Romain 1\ tomba luimême entre ses mains. Le trône fut occupé par Michel Vlll, qui permit à Soliman d'établir la résidence des Seldshucks à Nicée. La terreur régnait partout, car si quelques individus avaient encore de la noblesse et du courage, il leur manquait l'occasion de s'en servir : une vie oisive et voluptueuse convenait mieux à la plupart que des travaux glorieux au milieu des combats.

Tel était l'état de l'Europe lorsque le pape Alexandre mourut. Contre son ordinaire, la ville de Rome resta tranquille. Hildebrand, en la sagesse de qui le peuple s'était confié, ordonna un jeûne de trois jours, afin de connaître, par la prière, le choix que Dieu avait fait. Un grand nombre de cardinaux, d'évêques, d'abbés, de diacres, de prêtres, de moines et d'autres clercs allèrent processionnellement à l'église de Saint- Pierre. Là se trouvait déjà une foule innombrable de personnes de tout sexe et de toute condition pour célébrer les funérailles du Saint-Père. Soudain une grande agitation se manifesta dans le peuple et le clergé. Tous s'écrièrent ensemble : « C'est l'archidiacre Hildebrand que saint » Pierre a choisi pour lui succéder '. »Cet incident

< Foy. Grégoire VII, Epist., i, 1; Cardiu. Arag., p. 304; Pendulph-Pisan (in Murât., Scr. rer. Ital., t. ni, p. 304); Acta Vatican, de rébus gest^; Greg.apud Baron., ann. 1073;

donna de l'inquiétude à Hiidebrand' . Il monta en chaire pour calmer le peuple et le détourner de ce projet. Mais le cardinal Hugues Le Blanc, voyant le peuple persister dans son choix, se leva et parla en ces termes : « Vous savez , et » vous reconnaissez sans doute, que depuis le rè- » gne de saint Léon, cet archidiacre, cet homme » si sage et si éprouvé, a élevé à un haut degré » de prospérité la sainte Église romaine, et qu'il )) a délivré notre ville de bien des dangers qui la » menaçaient. Comme nous ne trouvons personne » plus propre au gouvernement de l'Église et à la » défense de cette ville, nous tous, évoques et car- » dinaux, nous l'avons choisi unanimement avec » vous pour souverain pasteur de vos âmes. » A ces mots le peuple s'écria encore une fois : « Saint » Pierre nous a choisi Hiidebrand pour seigneur » et pour pape. » A l'instant on le revêtit, suivant l'usage, de la robe de pourpre et de la tiare, puis on l'éleva sur le siège de saint Pierre ^. Alors les cardinaux et les évêques dirent au peuple : « L'archidiacre Hiidebrand est le pape que nous

Paul. Bernr., c. xxvii. Grégoire dit dans sa lettre : « Ortiis est magaus tumultus populi, et fremitiis, et in me quasi vesani insurrexerunt.» Paul. Bernr. dit : «Plurimis lurbis utriusque sexus, diversique ordinis acclamantibus :Eligimus nobis in pastorem et summum pontificem. «

' C'est ainsi qu'il s'exprime dans sa lettre à Didier Ep.,\, 1. Cardin. Arag., apud Murât., Scr. rer. Ital.^ m p. 304.

* Pandulph.-Pisan, ap. Murât., p. 304; Card. Arag., ibid.

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• avons élu, il sera notre seigneur et portera le » nom de Grégoire, nous le voulons, et nous le » choisissons. Vous convient-il? — Il nous con- » vient. — Le voulez-vous? — Nous le vouions. — » L'approuvez-vous? — Nous l'approuvons. »

Plusieurs écrivains rapportent qu'en ce jour Grégoire se livrait de violents combats, qu'il était en proie à une douleur profonde, et qu'il n'acceptait le gouvernement de l'Eglise qu'avec une extrême répugnance'. Ses premières lettres pontificales attestent le môme fait'^. 11 serait à désirer qu'on connût la vraie cause de cette anxiété dont il parle: mais qui peut pénétrer assez avant dans le cœur de l'homme pour y découvrir des pensées et des sentiments secrets qui ne se manifestent pas au dehors? Est-ce peut-être parce que la manière dont on avait procédé à son élection n'était pas conforme à son plan ^, ou peut-être parce qu'a-

« Gard. Afag.

2 Ainsi il demande (Epis t., i, 1) à Didier, abbé u Moiit- Cassin, de venir à Rome, parce qu'on peut compter sur sa prudence. Dans celle leltre il s'applique ces paroles de l'Ecriture : 'i Veni in alliludinem maris, et tem pestas demersil me, Laboravi damans, raucae faclae sunt fauoes mea» [Ps. 68). >' Il dit encore {Epist. 3) à Guiberl, archevêque de Ravenne : « Ad ferendum onus.... mihi invito et valde reluclanti impositum est. » Voy. Epist. 4, à Beatrix. Epist. 8 et 9, au duc Godefroi : <>■ Nostra promotio, qujï". libi celerisque fidelibus piam de nobis exislimationem et gaudium administrât, nobis interni doloris amariludinem et nimia) anxietatis anguslias gênerai. Epist., i, 70, 39.

^ On pourrait le présumer d'après les lettres 3 et 9, lib. I, et d'après Bennon, /7^« HUdebr., 1. i, p. 2.

vaut de s'asseoir sur le trône pontifical, il voulait voir Henri plus clairement prononcé, soit pour le bien, soit pour le mal? ou est-ce parce que la guerre qu'il devait Au re à son siècle', sans aucun appui extérieur, se présentait plus vivement à son esprit, et que, comme cela arrive aux grands hommes dans des moments critiques, il voyait tous les obstacles, toutes les difficultés qu'il allait rencontrer sur la nouvelle route qu'il devait parcourir, difficultés qu'il n'avait pas prévues dans des moments plus calmes * ? On prétend que le lendemain de son

^ Epist., I, lô, 53.

* Celte dernière raison est ia seule cause de l'anxiélé de Gréi^oire. Pour s'en convaincre, il suffit de lire ses premières lettres. Grégoire éprouve d'abord ce que doit éprouver tout homme qui est élevé à un poste éminenl dont il veut remplir tous les devoirs ; ensuite il avait plus que tout autre des raisons de craindre, connaissant parfaitement la situation de l'Eglise, qu'il gouvernait depuis vingt ans. 11 voyait d'un côté les évêques, « qui, comme il ledit » (9" iellre, 1. i), travaillent plutôt à troubler l'Eglise qu'à » la défendre, et qui, ne cherchant qu'à satisfaire leur ava- » rice et leur ambition, s'opposent, comme des ennemis, » à tout ce qui regarde la religion et la justice de Dieu; » de l'autre, la mauvaise volonté des souverains, de l'empereur d'Allemagne surtout, qui, n'écoutant pas ses conseils, le forcera, comme il le dit, d'ensanglanter l'épée, et de lui résister jusqu'au sang, pour la défense de la vérité. Telle est la vraie et unique raison qui tourmentait l'esprit de Grégoire. M. Vidaillan, dans une histoire récente de Grégoire VII, a cru découvrir la cause de son anxiété dans l'attente de la réponse de remj)erenr relativement à son éh'clioii. C'est à quoi n'avait jamais songé aucun auteur ni ancien ni moderne. Cependant M. Vidaillan fait pro-

élection, après avoir réiléclii mûrement sur les dangers qui l'environnaient, il envoya des légats à Henri, roi d'Allemagne, pour le prévenir du choix qu'on avait fait, et le prier de ne pas y donner son consentement *. Il lui déclara que s'il y

fiiSbion de nous faire connaître le caractère et Thistoirc de Grégoire d'après ses lettres, selon l'adage de Barouius : Epistolari enim historia nulla fidelior atque tutior. Eh bien, qu'il lise ses lettres, surtout la neuvième écrite à Godefroi, el il verra la vraie cause des inquiétudes de Grégoire qui est sa situation politique et religieuse. Le refus de l'empereur à son électiou était le moindre de ses soucis, ses lettres n'en disent pas un seul mot. Il était légitimement élu, que l'empereur y consentit ou non; aussi Grégoire, sans attendre sa réponse, exerce déjà les fonctions de souverain pontife, il commande en mai- Ire. Il ordonne à l'évêque de Florence de dissoudre uu mariage illégitime ; il envoie des légats, et rappelle ceux d'Alexandre II. Il prend des mesures relativement au royaume d'Espagne. Grégoire ne mettait donc pas une très-haute importance au refus de l'empereur. Si celui-ci avait refusé, il n'aurait pas moins continué ses fonctions. Quand on veut puiser l'histoire d'un homme dans ses lettres, il faut s'en tenir à ses lettres, et ne pas lui prêter des sentiments dont il ne laisse aucune trace. ( N. du traJ.) *M. Vidaillan, en parlant de cette démarche près du roi d'Allemagne, dit que Grégoire commença son règne par l'hypocrisie. C'est étrangement oublierle devoir d'un historien qui doit raconter l'histoire, mais qui ne doit pas la faire. Grégoire n'est point hypocrite, il agit conséquemment à ses principes. Les bienséances lui prescrivaient d'écrire à l'empereur qui était roi d'Italie. Mais en lui crivant, que devait-il faire ? lui demander son approbation? c'eût été aller contre ses principes, et entrer dans les prétentions de l'empereur. Que fait-il donc? Il lui expose les circonstances dé son élection. Il lui demande un refus, luidéclarant que s'il était pontife, il ne laisserait pas ses crimes impunis. Peut on s'expliquer plus franche-

consentait, il ne laisserait pas impunis les crimes manifestes dont sa conscience était chargée '.

Le roi Henri n'avait pas été consulté sur ce choix^; c'est pourquoi, pour soutenir ses prétendus droits, il se laissa persuader facilement de ne pas l'approuver . Depuis vingt anson connaissait dans le monde les actions, l'esprit, les efforts de Grégoire, les peines continuelles qu'il se donnait pour changer l'esprit pervers de son siècle; et malgré le témoignage de ses contemporains, qui l'appelaient un homme pieux, versé dans la science sacrée et profane, aimant la justice et l'équité, fort dans l'adversité, modéré dans la prospérité, et, selon les paroles de l'Apôlre, distingué par ses bonnes mœurs, pudique, modeste, sobre, chaste, hospitalier, gouvernant bien sa propre maison, élevé convenablement dans le sein de l'Église, et ne devantqu'à son mérite l'honneur de i'archidiaconat*,

ment? Ensuile, il lui demande son consentement, non pas précisément à l'élection qui était déjà faite selon les canons de l'Église, mais à son sacre, acte extérieur qui concernait l'empereur comme roi d'Italie. {Note du tracl.)

* Telles sont les paroles du card. d'Aragon, qui écrivait près de deux cents ans après Grégoire. Aucun autre écrivain ne lait mention de celte circonstance; de toutes les lettres qu'on a conservées, pas une n'en parle *.

* Nous connaissons déjà les mœurs de Henri; celles de son futur antagoniste nous sont connues par son décret

* Grégoire avait alors soixante ans. Il était d'une petite taille, mais doué d'uD génie extraordinaire. {N. du Tiad.)

us VIE ET PONTIFICAT [1073]

on avait néanmoins beaucoup à craindre de sa part, parce que, depuis longtemps, il conduisait les rois et gouvernait l'Église avec une autorité presque absolue. Les évêques allemands, ayant appris cette nouvelle en furent alarmés. Craignant la sévérité de Grégoire et des recherches sur leur vie criminelle ' , ils allèrent tous ensemble trouver

d'éleclioD. Ce décrel est un témoignage solennel rendu à Grégoire parlousses contemporains, parle clergéet le peuple, et qui n'a pas été infirmé par ses ennemis. Les évéqucs allemands le confirment plutôt en exprimant leurs craintes sur sa grande sévérité. Voici ce décret :« Régnante Domino noslro Jesu Christoanno clementissimaeincarnationisejus, millesimoseptuagesirao tertio, indiclioneetlunaundecima, XO kalendas maii, feria secunda, die sepultura- domini Alexandri bonsp memoricc secundi papic, ne sedes aposlo- Hca diu lugeat proprio destiluta pastore, congregati iu basilicaB. Pelri adVincula, nos sanclae romanae catholicie et aposloliCcT Ecclesiee cardinales, clerici,acolythj,subdiaconi, diaconi, presbyteri, prœsentibusvenerabilibus episcopis et abbatibus, clericis et monachis consenlienlibus, plurimisiurbis utriusque sexus diversique ordinis acclamantibus, eligimus nobis in paslorem et summum poulificem virum religiosum, geminœ scienlife prudenlia pollentem, cequitatis et juslitise prœstantissimura amatorem, in adversis forem, in prosperis temperatum et juxta apostoli dictum (Tim., m, 2), bonis moribus ornatum, pudicum, modestum, sobrium, castum, hospitalem, domum suam bene regentem, in gremio hujus matris Ecclesit'e a pueritia salis nobiliter educatum et doctum, alque pro vitse raerito in archidiaconatus honorera usque hodie sublimatum, Hildebrandum videlicet archidiaconum, quem a modo usque in sempilernum et esse et dici Gregorium papam et apostolicum volumus et approbanuis. Placet vobis? Placct. Vullis eura ? Volumus. Laiidalis eum ? Laudamus. — Acla Koma;, 10 kalcnda" maii indictione undecima. « Labb., t. x, p. 6. ( Note du trad. )

* Lamb. : « Ne vir vehcmenlis ing^nii, et acris crga Dcum

le roi, le priant d'annuler cette élection, de la déclarer irrégulière, puisqu'elle avait été faite sans sa participation, et lui assurant que s'il ne prévenait pas de bonne heure l'entreprise de cet homme, personne n'en souffrirait plus que lui. Le roi envoya donc à Rome Eberard, comte de Nellenbourg, avec ordre de demander aux seigneurs romains pourquoi ils s'étaient permis, contre la coutume , d'élire un pape sans l'approbation du roi, et de déposer le pontife élu, si son élection était trouvée irréguliére. Grégoire reçut très-bien l'envoyé, et après avoir entendu ses ordres, il lui dit : « Je n'ai jamais recherché » cet honneur suprême. Dieu m'en est témoin. Les » Romains m'ont élu et m'ont imposé avec vio- »lence le fardeau du gouvernement de l'Église; » mais ils n'ont pu me déterminer à me laisser » ordonner jusqu'à ce que je fusse assuré, par une » députalion, que le roi et les seigneurs de l'em- »pire teutonique consentissent à mon élection. » Je résisterai encore à leurs instances jusqu'à ce «qu'un ambassadeur du roi vienne m'assurer de » sa volonté.» Sur cela le comte retourna en Allemagne. Le roi, satisfait de la réponse de Grégoire, donna des ordres pour son sacre', qui eut lieu le jour de la Purification de l'année suivante, car le

fidei districtius eos pro negligenliis suis quandoque discutcret.

' Lamb., ann. 1073, tl d'après lui, en vieil allemand, TschudiEydsgcn. Geschicht, l"Theil, p. 25.

roi avait envoyé à Uome l'évèquede Verceil, chancelier du royaume d'Italie, pour confirmer l'élection. 11 n'y a donc que les ennemis acharnés de Grégoire qui aient pu soutenir que son élection n'était pas régulière '.

Hildebrand prit le nom de Grégoire par affection et par reconnaissance pour Grégoire M, son ancien maitre. Il se nomma Grégoire VU, pour détruire l'opinion de ceux qui avaient regardé comme irrégulière l'élection de Grégoire VI ^.

Grégoire lit de sérieuses réflexions sur ce qu'il avait déjà fait et sur ce qui lui restait encore à faire pour la poursuite de son plan. Il avait depuis longtemps fixé le but où devaient atteindre tous seseflorts; ce but était l'indépendance del'Église, l'élévation de son autorité au-dessus de celle de toute autre puissance, le triomphe de l'autel sur le trône, le triomphe des choses célestes sur celles de la terre, en un mot le triomphe de l'Église sur l'Étal. Par celte victoire il espérait obtenir la réforme de l'Église. Pour y arriver, deux chemins se présentaient devant lui, celui de la paix et celui de la guerre; mais qu'on suivît l'un ou l'autre, il fallait soumettre un pouvoir qui, jusqu'à présent,

' L'abbé d'Ursperg, an 1073, dit : « Cum absque régis coiisensu, solis lantum Uomanis favenlibus hune apicem cotisccndisset; sunt qui illum non canonice cousliluluni, scd lyrannice papaluui sibimet asseverenl usurpasse, pro <|ua rc et a nonnullis episcopis abdicatus est.

* lîaron., .-innai.^ ann. 1073.

n'avait pas voulu reconnaître la liberté de l'Église, et (jui avait toujours partagé le gouvernement ecclésiastique : ce pouvoir était la puissance temporelle, et surtout son représentant, l'empereur d'Allemagne.

Voici les pensées qui étaient profondément gravées dans l'esprit de Grégoire : L'Église de Dieu doit être indépendante de toute puissance temporelle; l'autel est seulement pour celui qui, par une succession non interrompue, succède à saint Pierre'; l'épée du prince est sous lui, vient de lui, parce que c'est unechose humaine : l'autel, le siège de saint Pierre, relève de Dieu et vient de lui seul^. L'Église est maintenant dans le péché, parce qu'elle n'est pas libre ^, parce qu'elle est attachée au monde et aux hommes mondains^ : ses ministres ne sont pas légitimes, parce qu'ils ont été institués par les hommes du monde et qu'ils ne sont que par eux ce qu'ils sont. C'est pourquoi on trouve dans les oints du Christ, qu'on appelle les inspecteurs des Églises, des désirs et des passions criminelles ^"; ils ne recherchent que des choses terrestres S parce qu'ils en ont besoin, étant attachés au monde; de là, on ne voit, dans

' Epist., III, 18.

* Id., iii, 18; Mil, 21.

* Id., I, 42, principalement.

* Id., I, 35.

» Id.yU, 11.

« /c/., II, 45; 1,42.

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ceux (jiii doivent posséder la paix de Dieu, que dissension, haine, orgueil, cupidité et envie'; de là, l'Eglise se trouve dans un mauvais état, parce <pie ceux tpii doivent la servir ne se mêlent que des choses de la terre ; parce que, soumis à l'empereur, ils ne font que ce qui lui plaît; parce que, servant l'État et le prince, ils sont étrangers à l'Eglise. La religion se trouve dans une crise terrible; lecœur de l'homme est froid pour la parole de Dieu; çà et là la foi est détruite'^. Ainsi l'Église doit être libre, elle doit le devenir par son chef, par le premier homme de la chrétienté, par le soleil de la foi, par le pape. Le pape tient la place de Dieu, car il gouverne son royaume sur la terre. Sans pape il n'y a pas de royaume, sans lui la royauté chancelle, tombe comme un vaisseau brisé. De même que les choses du monde sont du ressort de l'empereur, de même les choses de Dieu sont du ressort du pape. 11 faut donc que celui-ci arrache les ministres des autels aux liens qui les attachent à la puissance temporelle. Autre chose est l'État, autre chose est l'Eglise. Comme la foi est une, l'Eglise est une; le pape, son chef, l'est aussi ; les fidèles, ses membres, sont un. Si l'Eglise est en elle-même, elle ne doit agir que par elle; de même qu'une chose spirituelle n'est visible que par une forme terrestre, que l'àme ne peut

' Epist., vu, 2; viii, 17.

« hl., 1,29-, II, 9, 40, 19. C'est surlout dans celle-ci (ju'il fait cnU'iulre ces plaiules. [t'oy. uole B à la (in ilii volume,^

[iOT3] DU PAPE GRÉGOIRE YII. 253

agir sans un corps , que ces deux substances ne peuvent être unies sans un moyen de conservation : de même la religion n'est pas sans l'Eglise, et celle-ci n'est pas sans des possessions qui assurent son existence \ L'esprit se nourrit de choses terrestres dans le corps; de même l'Église s'entretient au moyen de possessions temporelles. Il est du devoir de l'empereur, qui tient en main le souverain pouvoir, de faire en sorte qu'elle se procure ces biens et qu'elle les conserve. C'est pourquoi les empereurs et les princes sont nécessaires à l'Église^, qui n'existe que par le pape, comme le pape n'existe que par Dieu ^. Si donc l'Église et l'Empire doivent prospérer, il faut que le sacerdoce et la royauté soient étroitement unis et fassent de communs eflbrts pour la paix du monde ^. Le monde est éclairé par deux lumières : l'une plus grande, qui est le soleil; l'autre plus petite, qui est la lune. L'autorité apostolique ressemble au soleil , la puissance royale à la lune^ De même que la lune n'est lu-

' Epis t., I, 7.

2 Id., V, 10; VI, 20 j I, 75.

'^ Id., I, 39.

* Id., I, 15.

'^ Id., vn, 25; VIII, 21. — Wallhram Naumbiirgens. reconnaît aussi deux puissances : « Regalempoteslalem etsacratam pontificum auctoritatem. Eo modo B. Apost. Pauius Ecclesiani Dei ordinal, ut niladversus principes et poteslatis seculi gerens, per quietem et Iranquiliitalem vilœ opus justitiœ et pielalis exerceat. » Lib. de Unitate Ecclesiœ conservanda. Cet auteur est un ardent adversaire du

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niicre que par le soleil, de même les empereurs, les rois, les prinees ne sont que par le pape, parce que celui-ci vient de Dieu \ Ainsi la puissance du siège de Rome est bien plus grande que celle des princes, et le roi est soumis au pape et lui doit obéissance '". Comme le pape est de Dieu, tout lui est soumis; les affaires spirituelles et temporelles doivent être portées devant son tribunal': il doit enseigner, exhorter, punira corriger*^, juger et décider. L'Église est le tribunal de Dieu', et elle y rend compte des péchés des hommes. Elle montre le chemin de la justice, elle est le doigt de Dieu. Ainsi le pape est le représentant du Christ, et au-dessus de tous. C'est pourquoi sa dignité est grande et redoutable % car il est écrit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre » je bâtirai mon Église, et les portes de l'en- » fer ne prévaudront pas contre elle. Je te donne- » rai les clefs du royaume des cieux. Tout ce que » tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout » ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le

pape. Alcuin met trois personnes au premier rang. \h\. Epist. 80, p. 117.

« Epist. ^ H, 13, 31.

2 Id., VIII, 21.

*/r/., VIII, 23; vm, 20, 1, 75.

» Id., I, 35.

^ Id., IX, 9; II, 51; i, 15; vm, 21.

' Id., I, 60; VII, 25.

» Id., I, 53.

» ciel' : » c'est ce que Jésus-Christ dit à Pierre. C'est par Pierre que l'Église romaine existe, c'est en elle que réside le pouvoir de délier, c'est sur Pierre que l'Église du Christ est fondée. Cette Église se compose de tous ceux qui professent le nom du Christ et qui s'appellent chrétiens; ainsi, toutes les Églises particulières sont des membres derÉghsedePierre,quiest l'Église romaine. Celleci est donc la mère de toutes les Églises de la chrétienté^, toutes lui sont soumises comme une fille à sa mère. L'Église romaine se cliarge du soin de toutes les autres églises', elle peut exiger d'elles honneur, respect, obéissance ^ Comme mère, elle commande à toutes les Églises et à tous les membres qui y appartiennent; tels sont les empereurs, les rois, les princes, les archevêques, les évoques, les abbés et les autres fidèles \ En vertu de sa puissance, elle peut les instituer ou les déposer ^j elle leur confère le pouvoir, non pour leur gloire, mais pour le salut d'un grand nombre. Ils doivent donc à l'Église une humble obéissance ' ; et quand ils se jettent dans des voies

* s. Matthieu, 16, 18. 19. Epist., vu, 6; viii, 20. Ces citations se trouvent dans un grand nombre de lettres.

* Epist., VIII. Append.^ ii, 15; ii, 1 ; iv, 28; 1,29. Pétri Damiani, Epist.^ ap. Baron., ann. 1057.

' Epist., Il, 1.

" /<f., I, 60; VIII, 21 (lettre d'une grande importance) « M, VII, 4; 11,18, 32, 5.

' Id., VIII, 21.

Or/G VIE ET PONTIFICAT [1073]

criminollos, celle sainle mère est tCTiuc de les arrêler cl de les mcllre dans de meilleiirs senliers ', aiilremcnl elle [)arliciperait à leurs crimes ". Mais quiconque s'appuie sur celte lendre mère, quiconque l'aime, suit ses conseils, et la protège, reçoit d'elle protection et munificence ^. Quelque résistance qu'éprouve celui qui tient sur la terre la place de Jésus-Christ, il doit lutter, rester ferme cl souffrir, à l'exemple de Jésus-Christ *. Le monde est plein de scandales^; le siècle est de fer ^; sur toute l'étendue du globe, l'Église est dans une grande détresse'; ses serviteurs sont criminels, il faut qu'ils se corrigent et se convertissent ^ C'est du chef que doivent partir la réforme et la régénération^; c'est lui qui doit déclarer la guerre au vice, l'extirper"^ et jeter les fondements delà paix du monde"; c'est lui qui doit prêter main forte à tous ceux qui sont persécutés pour la justice et la vertu^^. La persécution et la violence ne doivent

* £pist., V, 5, II, I.

* Id., m, 4 ; IV, 1 ; ii, 5. Append., 1, ni, 4.

* Id„ I, ôS ; III, n.

* Id., IV, 24.

^ Id., V, 7, 15 ; I, 9, 42 principalement; ni, 15 ; ii, 1. Mansi, Coll. Concil., XX, p. 629.

« Epist., 1,9; II, 5 , (très-forte) ; n, 49. Cf. Pétri Damiani, Epist. ad episc, in Baron., ann. 1057.

' Epist., V, 10; I, 42, el surtout 70 ; vu, 23 ; vm, 9 ; n, 45.

« Id. , I, 27, 28 ; n, 45 ; vîi, 10 ; i, 30.

» Id.,\, 5; IV, 28; IX, 21.

^^ Id., II, 1.

•' Id.,M, 1 ; vni,9.

•« Id., VI, 12.

pas l'en détourner ^ ; car celui qui menace l'Église, qui lui fait violence et lui cause de l'amertume, est un enfant du démon et non de l'Église; elle doit le bannir et le retrancher de la société humaine^. 11 faut donc que l'Église soit indépendante, quêtons ceux qui lui appartiennent soient purs et irrépréhensibles; accomplir celte grande œuvre c'est le devoir du pape ^.L'Église sera libre'*. Voilà les pensées de Grégoire, telles qu'elles se trouvent dans des lettres écrites à diverses époques *. Il n'y a pas de doute qu'elles ne fussent, dans son esprit, un sujet de sérieuses réflexions lorsqu'il monta sur le trône pontifical. Il voyait bien clairement qu'il lui fallait toute l'énergie de son âme, toute l'autorité de son rang pour briser deux liens qui attachaient le clergé à l'État, les évêques aux souverains, et qui mettaient l'Église sous la dépendance du pouvoir. Ces deux liens étaient le concubinage des prêtres, l'investiture ou la simonie.

« Id., App. 11, 15, p. 629, dans Mansi ; v, 7; ix, 2. Voy. principalement ix, 21 ; \i, 1 ; vu, 3.

« Epist., vi, 1 ; IV, 27.

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