UXTI INTRODUCTION
qui ^laît ordinairement celui d'un an, on n'était
pas réconcilié avec l'Eglise ^
£ichb<H*ny après avoir fait Ténumération des droits qu'avait l'empereur comme chef de la chrétienté, ajoute : Ce pou^r, V empereur le tient de DieUy mais il est obligé, à son couronnement^ de jurer au pape fidélité et obéissance \
Voyez l'harmonie admirable de ces témoignages; leur ensemble forme, selon nous, la démonstration la plus complète du pouvoir des papes au moyen âge. Ce pouvoir était alors ce que sont nos constitutions modernes; il servait
' Ce poiot est solidement établi par TaïUeiir de la Rewe des OEuvres de Fénelon, qui nous a indiqué un grand nombre des témoignages que nous venens de produire, et cela avec une complaisance dont nous lui serons toujours reconnaissants.
* Voir la glose de l'art. 1, lib. i, du Droit saxon. Ce serment est antérieur à Grégoire VII et fut prêté par Henri ILYoîci comme le fait est raconté par Dithmar de Mersebourg (1018) : «Henricus adEcclesiam Sancti Pétri, papa cum clero exspectante, venit, et antequam introdnceretur ab eodem interrogatns : si fidelis ydlet Romans patronus et defensor Ëcclesiie ? sibi autem suisqne suc. cessoribus per omnia intimus fidelis? devota'professione se sic facturum respondit : et tnnc ab eodem inunetionem r^lem et coronam, cum contectali sua, accepit.» {Toy. Leibnitz, Ser,rer, Brunswic.y t. i, p. 400.) En pesant tontes les paroles de cette narration, on a lieu de croire que le serment qu'exigeait Grégoire VII de Rolodphe, n'était que le serment ordinaire prêté par les empereurs aux papes, au moment de leur couronnement. Voy. ce serment, Labb., Concil.rt x, p. 279.
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LVTRODUCTIO». imw«
d'équilibre à l'autorité souveraine et de base à la liberté civile. « Le fondement de la liberté » allemande y dit M. Voigt, reposait sur Tautorité » du pape et des princes, qui, réunis, metâaieni ^ un frein à la puissance impériale ^ x> Le pour «voir des papes, stipulé par les peuples, re*connu et accepté par les souverains, f^i^it partie de la constitution des États; il entrait, pour me servir de cette e;i^pressioi3, dans lu charte du moyen âge^ jamais pouvoir ne fut donc plus légitime.
Voilà ce que nous offrons à la méditation d^s hommes qui aiment à réfléchir; car, pour tant d^ignorants déelamateurs qui ^e sont élevés contre Grigpire Yfl^ nous n'avons pas besoin de si grandes recherches, quelques réflexions simples suffisent pour les confondre.
En effet, faisons-leur les plus laides eonces* sions ; supposons contre l'histoire, contre l'évidence des faits et contre les autorités les plus graves, que le pouvoir des papes ne fut qu'une usurpation, celui dont Grégoire se sert n'en sera
* Denn darin lag die Grandfeste der deutscfaen Fretheit, das darch den Papst und die Fûrsten die Kaisermacbt im zûgel gehaUen ward. (Hildebrand, und sein zeitalter, p. 461. Ouvrage dont nous donnons la traduction.)
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Lxxxvm INTR ODUCTICMNf.
pas moins légitime. Tout se réduira à savoir si les princes allemandsavaient, dans la circonstance où ils se trouvaient, le droit de déposer leur roi; car s'ils avaient ce droit, ils pouvaient constituer un tribunal^ et lui confier la décision de leur afiaire. Or, que les princes d'AUeniagne eussent ce pou^ voir, cela est certain, car il entrait dans la constitution de l'Etat ^. D'ailleurs, le roi d'Allemagne n'était pas roi de naissance, il était électif ^ ce qui suppose nécessairement entre lui et la nation un pacte sociaP; et lorsque ce pacte était violé, les princes devenaient libres de leurs engagements, et pouvaient choisir un autre roi. Que ce pacte ait été violé par Henri, c'est ce dont on jugera
^ Sachs. Landrecht ( Droit de Saxe ), liv. m, art. 54.— Stoad. Landreeht (Droit de Souabe) , art. 25.
* On sait que ce n'est qu'one demi-soaTeraineté.
' Ce pacte n*est pas une conjecture, il est réeK Car le roi, à son élection, était obligé de jurer à TEmpire Thommage {hom~ ma^m)y et de promettre par serment ade raffermir la justice, » d'affaiblir l'injustice, de présider à l'Empire pour l'intérêt de >» tous et selon tout son pouvoir (Droit saxon) .«LeDroitde Souabe, art. 22, ajoute qu'il a doit tendre sans cesse à augmenter l'Em- » pire, et à ne pas te laisser s'appauvrk. » Le roi élu n'était pas au-dessus de la loi, il pouvait être jugé au tribunal du comte Palatin, près du Rhin (Droit de Souabe, art. 21) , et lorsqu'il devait être condamné à une peine corporelle ou infamante, il fallait le déposer auparavant. Sachs. Landrecht, liv. m, art. 54. — Schwab. Landrecht. y art. 25.) — Voy. Eichhorn, t. ii, p. 368 et 369.
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INTRODUCTION. lxxxix
quand on aura lu cette histoire; on sera étonné, comme on Tétait alors, que les princes aient eu une si longue patience*
Ainsi ils avaient le droit de déposer leur roi, mille fois Henri avait mérité cette punition. Ce droit, ils ne l'ignoraient pas, ils en parlent dans tous leurs discours ; ils se lattribuaient à Gerstungen, ils en firent usage à Forcheim en choisissant Rodolphe. Paul de Bernried Ténonce d'une manière bien claire, et personne ne peut réfuter son raisonnement : a Des hommes libres, » dit-il, ont choisi Henri pour roi, à condition » qu'il jugerait et gouvernerait ses électeurs se- >» Ion les droits de la couronne. Or, comme Henri » n'a cessé de violer le pacte qu'il avait juré dans » son élection ; ainsi, sans le jugement du pape, ils » auraient pu déposer leur roi^ » Mais non, ils
* Prœterca liberi bomines Henricam eo pacto sibi proposue- Tant in regem, ut electores svos judicare et regali providentia gobernare satageret; quod pactum ille postea prœTaricari et contemnere non cessavit, videlicct quoslibet innoxios, ,tyrannîca crudelitate opprfmendo, et omnes quos potuît Christian» religion! repughare constringendo. Ergo et absque Sedis apostolicœ judicio, principes eum pro rege merito refatare possent, cum pactum adimplere contempserit quod eis pro electione sua promiserat , quo non adimpleto, nec rex esse polerat. Nam rex nullatenus esse potest qui subditos suos non regere, sed in errorem mittere studuerit. Bolland.y 25 maii, c. 10.
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xc INTRODUCTION,
s'adressent au pape; mais, en s'adressant à lui ils le constituent juge et le revêtent de la pléni-^ tude de leur pouvoir ^: Grégoire était donc entièrement dans ses droits.
Mais il recourt à sa prudence ordinaire; ce* pendant il agit avec vigueur et avec fermeté. 0 Vie dépose pas Henri tout de suite^ comme le dési* raient les princes d'Allemagne, quoiqu'il connût parfaitement la vérité de leurs griefs; mais il le cite devant son tribunal. Il lui envoie, pa^ ses légats, l'an 1076, l'intimation de comparaître à Rome devant un concile qui devait, s'y tenir le lundî^e la seconde semaine de carém^^ sous peine^^ s'il ne s'y trouvait ce jour-là, d'être retranché du corps de l'Eglise.
Henri repousse les légats, il assemble un conciliabule à Worms, dépose le pape, et le Uxi fait notifier en termes outrageants.
loL circonstance était grave et^ périlleuse ; les peuples de la Germanie, privés de leur seulappui^^ étaient menacés d'une entière ruine; l'Eglise, suc-?.
« Voltaire avoue que s^adresser au pape, c'était le reconnattrev pourjage. «Il paraît, dit-il, que des princes qui aTaient le droit )^ d'élire Tempereur, avaient aussi celui de k déposer ; mais » vouloir faire présider le pape à ce jugement, c'était le recon- » naître pour juge naturel de l'empereur et de l'Empire. y> E»êaisur les mœurs, t. ii, di. 46.
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INTftODUCTIOjPr. xci
çombani; déjà sous le poids de tant de maux, allait être déçtdréê par le schisme; l'immoralité, com* primée par upe main vigoureuse, allait relever la tête et triompher de la vertu ; c'en était fait de la société chrétienne. Que fait Grégoire? Il s'agrandit avec les événements; concevant dans son gé* nie toute la profondeur des mau^^ il s'élève audessus des modèles. Appuyé sur le suffrage et sur la sollicitation des peuples, il concentre son pouvoir, recourt à la dictature, et s'en sert à l'instante Non-seulement il frappe Henri de l'analhème^ mais il lui ôte son empire, et délie ses sujets du serment de fidélité, il retranche ensuite de la oom^ munion de l'Eglise tous ceux qui avaient pris part au conciliabule de Worms. La terreur est dans tous les cœurs, et ce qui est bien remarquable, aucun souverain de l'Europe ne proteste.
On a beaucoup raisonné sur cette démarche hardie et audacieuse. Bossuel ^ a écrit de gros volumes pour prouver qu'elle était une nouveauté dans l'Eglise; n^aîs il fallait examiner avant tout
* Nous ne pouvons nous empêcher d'observer la contradiction palpable où est tombé le beau génie de Bossnet. D'un côté, il condamne hautement Grégoire VU, pour avoir déposé Tempereur Henri ; et de Tautre, comme nous l'avons vu, pag. lxxx, il reconnaît des principes qui justifient pleinement sa conduite.
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xcii INTRODUCTION,
si elle était nécessaire, et c'est ce qu'on n*a pas fait; car si elle était nécessaire, elle était légitime. Jamais le salut de la société ne doit être sacrifié au caprice d'un seul : Salus popuU, suprema lex est(h Grégoire, dit-on, a dépassé son pouvoir. Esprits étroits, il a dépassé son pouvoir; eh bien, soit ! il Ta dépassé. Mais quel pouvoir n^est pas sorti de ses limites lorsque la patrie était en danger? N'avezvous jamais vu la dictature, lorsque les circonstances étaient impérieuses et ne souffraient aucun délai ^? Etes-vous aussi ignorants en histoire?
* On nous comprend, sans doute. Noos raisonnons indépendamment de ce qui précède, disant que si Grégoire n'avait pas eu d'autre droit, il lui eût été permis d'agir^ comme il a fait, en raison de sa position. Nous avions déjà écrit ceci lorsque nous trouvâmes dans deux célèbres historiens des réflexions dont le fond revient au même argument.
« Au commencement, dit le docteur Lingard, les papes se con- » tentèrent; de faire usage des censures spirituelles ; mais, dans )» un siècle où toutes les notions de justice étaient formées sur » le modèle de la jurisprudence féodale, il fut bientôt reçu que les princes, par leur désobéissance, devenaient traîtres à Dieoi; y> que, comme traîtres, ils encouraient la privation des royaumes » et des fiefs qu'ils tenaient de Dieu, et qu'il appartenait au pon- » tife, vicaire de Jésus-Christ sur la terre, de prononcer contre y> eux une sentence de déposition. »
<i Leur souveraine puissance, ditMichaud, vint de leur position
>) et non de leur volonté Sans vouloir justifier leur domina.-
» tion, on peut dire qu'ils furent amenés à s'emparer du pouvoir » suprême par les circonstances où se trouvait l'Europe dans » les XI" et xu" siècles. La société européenne, sans loi, plongée ))dans l'ignorance et Tanarchie, sciait jetée entre les bras des
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IMTRODUCTION. xcin
U a dépassé son pouvoir ! Mais pourquoi donc nous parler toujours de Grégoire et jamais de Henri? celui-ci n'a-t-il pas aussi franchi la limite de ses droits? n'a-t41 pas commencé ? Tous deux ont donc dépassé leur pouvoir ; mais l'un pour briser tout frein, et pour poursuivre plus à son aise le cours de ses atroces forfaits ; l'autre pour protéger les peuples et pour les empêcher d'être écrasés. De quel côté est l'honneur?
Et comment donc, Grégoire ne peut trouver grâce devant vous! Cependant que voulait-il en définitive, oui, que voulait ce fougueux^ cet impi^ toyable Grégoire dont vous vous faites une pein-
» fOj^eè, et croyait se mettre sous la protection du Ciel. Comme » les peuples n'avaient d'autre idée de la civilisation que celle wcpi'ils recevaient de la religion chrétienne, les souverains » pontifes se trouvèrent naturellement les arbitres suprêmes des » nations. Au milieu des ténèbres que la lumière de TEvangile » tendait sans cesse à dissiper, leur autorité dut être la première » établie et la première reconnue ; la puissance temporelle avait » besoin de leur sanction ; les peuples et les rois imploraient » leur appui, consultaient leurs lumières; ils se crurent autori- » ses à exercer une dictature universelle. Cette dictature s'exerça » souvent au profit *de la morale publique et de Tordre social; » souvent elle protégea le faible contre le fort, elle arrêta l'exé- » cutîon de projets criminels, elle rétablit la paix entre les États, » elle %awûa la société naUsarUe de l'excès de l'ambition, de la 1» licence et delà ^rftanV. »—(Lingard, Histoire é^ Angleterre, t. III , année 1215, note; — Histoire des Cm«a(^<^ par Michaud, t. IV, p. OT; t. VI, p. 230-234. Viyyex aussi le 1. 1, p. 101.
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iciv INTRODUCTION,
ture si noire? riionneur et rindépendaoce de l'Eglise. Que voulait -il encore? la liberté des peuples, les droits de l'humanité, un frein au pouvoir absolu qui avait dégénéré en tjrran* nie : et vous ne pouvez lui pardcMiner, vous qui, dans des circonstances bien différentes^ avez versé des torrents de sang pour les mé-* mes principes, et qui avez porté en triomphe ceux qui vous avaient aidés à les conquérir ! Et l'on sait avec quelle admirable douceur vous avez traité les rois que Vous croyiez opposés à vos sentiments. Mais votre rigueur et vos contradictions ne nous étonnent pas ; quand il s'agit d'un prêtre et surtout d'un pape, on ne lui tient compte de rien. Si Grégoire avait été un philosophe politique, et qu'il eût fait ce qu'il a fait, il n'y aurait pas eu d'éloges qu'on ne lui eût prodigués. On l'aurait proclamé immortel, le grand bienfaiteur de l'humanité, peut-être le défenseur des droits de Vhomme^ et on lui aurait érigé une statue sur la place publique. Mais non^ Grégoire est prêtre, il est pontife, cela suffît pour le flétrir.
Mais pour le flétrir, suivez du moins un printcipe. Grégoire a déposé Henri, mais il était in-
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INTRODUCTION. ici
timement convaincu qu'il en avait le pouvoir. Cette idéei il ne la cache pas^ il l'énonce dans tous ses écrits. Idée fausse, dira-t*on : eh bien, fausse tant qu'on voudra ! mais il n'en était pas moins persuadé. Ainsi, dans tous les cas, Grégoire ne sera jamais coupable que d'une erreur involontaire. Or, oserez-vous lui faire un crime de s'être trompé involontairement? a £st-il juste, )»ditM. Voigt en parlant de Grégoire VII, de * reprocher à un homme de concevoir une idée^ » de s'en emparer, de s'y attacher fortement, » de la nourrir et de s'en laisser dominer? »
Grégoire ne pensait sârement pas aller aussi loin ; mais les circonstances l'y ont forcé. Les excès étaient au comble et ne supportaient plus aucun délai. Pour apprécier un tel acte, il ne iiotis manque que d'avoir vécu au temps de Grégoire ; car, comme tous les peuples, nous aurions applaudi à une démarche qui tendait à sauver la chrétienlié; nous aurions été contents qu'il se trouvât encore sur la terre une autorité capa*« ble d'arrêter le cours de tant de for&its.
Cependant Grégoire, tout en déposant Henri, n'avait pas l'intention de le perdre; non, il s'en faut, il voulait le faire entrer en lui-même, et le
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xcvi INTRODUCTION,
sauver. C'est ce qu*il dit aux princes d'AUemagne^ qui recourent à lui pour le prier de les éclairer et de les consoler dans leurs affreux malheurs ^
« Dieu nous est témoin, dit-il, que nous ne »' sommes animés contre Henri, ni par l'orgueil » du siècle, ni par une vaine ambition; que la » discipline et le soin des églises sont les seuls » motifs qui nous font agir; nous vous deman- » dons donc, comme à des frères, de le recevoir » avec douceur, s*il revient à Dieu, et de le » traiter, non avec cette justice qui lui enlève » Tempire, mais avec cette miséricorde qut efface » ses crimes*. » *
C'est ce qu'il fait voir encore, lorsqu'il lui accorde l'absolution à Canosse ; car si Grégoire avait eu de mauvaises intentions, il n'avait qu'à la refuser ou la différer, et Henri était déchu du trône, selon la déclaration de l'assemblée de Tribur.
Ce qui prouve encore qu'il ne voulait pas le perdre, c'est la lenteur qu'il met à reconnaître Rodolphe, lenteur qui lui attire les reproches des princes allemands, parce qu'ils ne
* Quibus ut vel per se vel per nuntiam genti pêne perdito consolator adesset, sappliciter orayerunt. Bruno.
• Epist,, IV, 3.
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INTRODUCTION. xcvii
connaissaient pas toute sa pensée. Il voulait toujours conserver le trône à Henri, et le rendre digne de Foccuper. Ce n'est qu'à l'extrémité qu'il l^nce contre lui un nouvel anathème, et qu'il se déclare pour Rodolphe.
On parle beaucoup des guerres et des troubles qui ont suivi. Sans doute, ils sont déplorables, i^iais faut-il les attribuer à Grégoire, qui n'a janiais cherché que la paix.^ Est-ce à lui qu'il faut attribuer si l'empereur rompt tous ses engagements, s'il viole les promesses les plus solennel-* les, s'il porte la désolation dans l'Allemagne, et force les princes à élire un autre roi? Est-ce à lui la fau te, si les princes ont été trop précipités dans leur chpix? s'ils n'ont pas attendu son av* rivée en Allemagne, ayant de procéder à l'éleotion du nouveau roi, comme il l'avait prescrit? Est-ce à lui la fa^te, si les électeurs se sont divisés? non, ce n'est pas ce que voulait Grégoire. Son inten-» lion était de se transporter sur les lieux, de réunir les espril/s par sa présence, d'enchaîner Henri par un traité solennel, ou de le déposer d'un coipmun accord. Si les princes n'ont pas suivi ses conseils, ce n'est pas à lui qu'il faut s'en prendre.
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xcvHi INTRODUCTION.
Ënsuiie^ il me semble qu'il faut eiïvisager les choses de plus haut. Il est impossible de relever une société de su raine safis^roubles, sans guerre, sans combats. «Les choses humaines ne vont pas » autrement; dit un célèbre écrivain. Jamais aa- » cunet^onstitution ne s'est formée^ jamais aucun y amalgame politique n'a pu s'opérer atitrement, V que par le mélange de dilTërents éléments qui, » s'étant d'abord choqués, ont fini par se pénë- » trer et se tranquilliser ^ » Les grsmds hommes qui paraissent dans ces moments critiques, instruments ^e la Providence, travaillent non pas précisément pour l'époque où ils paraissent, mais pour l'avenir. Ils laissent quelques troubles sur leur passage, troubles affreux sans doute, quand on les considère isolénient, mais qui ne sont rien dans l'histoire générale de l'humanité. La postéri'té vient jouir de leurs efforts et de leurs travaux. L'ordre qui reuak de ses cendres, l'anarchie qui rentre dans le néant, les institutions solides qui s'établissent, sont des avantages qui font le bonheur des siècles suivants. Ceci s'applique à Grégoire; car, malgré tous les obstacles, malgré tous les efforts de la puissance im-
• Dii Pape, par le comte De Maislre, liv. D,ch. 7.
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liNTRODUCTlON. xcix
périale^il meurt vainqueur; seulement il ne jouit |>as de sa victoire : Guibert^ l'antîpape, ne montera pas sur le trône pontifical, Henri ne mourra pas empereur^ les investitures seront abolies, l'Église aura de dignes ministres, une nouvelle ère fenaitra; c'est le xu® siècle, époqi^ si remarquable dans l'histoire. U est enUèremeot l'ouvrage de Grégoire,, car quand on ccKnpare le x"" siècle avec le xii% on, voit, le passage d'un grand homme. Ce grand homme est Grégoire^ c'est l'Hercule du moyen âge, il a> enchaîné les monstres, il a écrasé l'hydre féodale, il a sauvé l'Europe de la barbarie,, et, ce qui est encore plus beau^, il. a illustré la société chrétienne par ses vertus. L'Église reconnaissante lui a dressé des autels,, et jamais hommage n'a. été mieux mérité ; cav Grégoire est couvert d'une gloire immortelle, gloire pure et. sans tache, qui, malgré toutes les préventions, a toujours tr4;>uv^ des appréciateurs, et qui, commue on la rapporte, faisait dire au plus illustre capitaine de nos temps modernes : « Si je n'étais pas Napoléon, je voudrais » être Grégoire VU. »
Ce jugement n'a rien rpii doive nous étonner. INapoléoa se connaissait en hommes et en vrai
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c INTRODUCTION,
mérite. Grégoire n'a été méconnu que par des esprits faibles^ qui ne pouvaient sortir du cercle étroit de leurs préjugés, ou par des ignorants qui ne connaissaient pas niistoire du xi® siècle, ou enfin par d^s hommes qui craignaient son pouvoir. Crainte puérile ! car les bons princes n'ont jamais rien eu à redouter de la papauté. L'histoire nous démontre que les papes n'ont employé leur pouvoir que contre des êtres exceptionnels, contre des génies malfaisants, qui étaient nés pour le malheur de l'humanité* Ce fait est incontestable, et reconnu de tous les hommes éclairés. Un jurisconsulte protestant du dernier siècle n'est que l'interprète de l'exacte vérité, quand il dit : c< On peut assurer » à bon droit qu'il n'y a pas dans Thistoire un » seul exemple d'un pape qui ait procédé con- )) tre les souverains qui, se contenant dans )> leurs droits, ne songeaient point à les outre- » passer *. » Grégoire, lui-même, loin d'être l'ennemi des rbisj étaiit leur soutien, leur ami, leur
* Jure affîrmari poterit, ne exemplum quidem esse in omni reruin memoria, ubi pontifex processerît adversus eos qui, jurifous suis inU^nli, uUra limites vagari ia animuni non iûdaxerunt suum.. Senkenberg, Melkodm jurisprudentiœ ; addit. i, de liberlàic Ecdesiœ Germ.y § 3.
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IINTRODUCTION. ci
conseiller et leur confident : témoin Giiillaufne le Conquérant^ qui lui demande des conseils de bon gouTernement; témoin ce roi des Russes, qui met sa couronne à ses pieds. D'ailleurs les temps où Grégoire a vécu ne sont plus, et ûe revien* dront plus. Le régime féodal, qui avait confondu tous les pouvoirs, a disparu avec ses lois. 11 ne dépend de personne dé le rappeler ; car l'histoire a aussi sa logique, et aucune puissance humaine ne peut se soustraire à ses conséquences. Aujourd'hui, où les limites des deux pouvoirs sont si nettement tracées^ les papes ne déposeront pas plus les rois que les rois ne déposeront les papes^ , et si les rois avaient à craindre^ ce ne serait sûrement pas du côté de Rome. Ceux donc qui flétrissent la mémoire de ce grand pontife, pour plaire au pouvoir, ne lui rendent aucun service, outre qu'ils se flétrissent eux'-mémes, en se couvrant de la honte attachée au mensonge et à la calomnie. C'est ce que certains auteurs
* Il est bien certain que le saint Siège est bien éloigné do vouloir maintenir les anciens droits temporels que lui donnait le moyen âge. Les papes connaissent aussi bien que personne la différence des temps. On peut consulter à ce sujet la lettre du cardinal ÀrUonelli, préfet de la Propagande, aux archevêques d'Irlande, en date du 23 juin 1791. —L'Ami de la religion et du roi, tom. xviii, p. 198, et tom. xxi, p. 737.
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€11 INTRODUCTIONv
n'ont pas craint de faire en France et en Ah'gleterre \ Indigné de tant d'outrages prodigués à un grand homme que FÉglisç a mis au nombre de ses saints , nous ayons voulu venger sa mémoire : et pour cela, il suffisait de le représenter tel qu'il est ; c'est ce que nous avons cherché à faire au moyen de celte introduclion, de l'ouvrage de M. Voigt^, et des notes que nous y. avons ajoutées, Si^ malgré tous nos soins, il restait encore quelque ombrage^ les détracteurs de Grégoire n'ont qu'à s'expliquer, nous sommes en mesure de leur répondre, et nous prenons l'engagement de ne pas y manquev.
* tJn auteur anglais, Sir Roger Oreisley, est celui qui aie plus déGgurè rbistoire de Grégoire Tll. On ne peut le lire sans avoir pitié et de son animosité contre les papes, et de son ignorance^ de répoque de Grégoire VU.
' On a reproché à M. Voigt d*ètre entré dans trop de détail» sur rAUemagne. Ce reproche nous semble peu fondé, car pour comprendre l'histoire de Grégoire, il faut connaître Henri, son principal adversaire; or^ pour faire connaître Henri, il fallait montrer ses actes. C*«st ce que M. Voigt a fait, et son idée est une des plus heureuses. En nous exposant les actes de Grégoire et de Henri, il nous met à même de juger de Tun et de l'autre.
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DU