‹ Histoire du pape Grégoire VII et de son siècle (volume 2)Chapitre 4 sur 18 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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un honnête charpentier : son nom était Bouizo ^; il eut, je ne sais pas précisément dans quelle année, un fils, qu'il nomma Hildebrand ^.

Ce fils montra de bonne heure des dispositions remarquables, qui portèrent peut-être son père à cultiver son esprit. Un hasard, qu'on regarda comme un pronostic de sa grandeur future, vint confirmer et soutenir ces intentions. Hildebrand ne connaissait pas encore les lettres, quand un jour, dans Fatelier de son père, il réussit à former, avec des rognures de bois, ces prophétiques paroles de David : « Il régnera d'une mer

Platina, Mansi, Collect. Conc.^ t. xx, p. 55. Quelques écrivains la nomment Seoi. Hugo Flaviac, in Chrome. Virdun., s'exprime ainsi : « Il était fils d*uD bourgeois de Rome *. »

* Bouizus ou Bonicus {Paul Bernr.), Bonicius, Bouato, Bonito. Des auteurs plus modernes rapportent qu'il était ISSU de nilustre famille des Aldobrandiui ^ présomption fondée sans doute sur la similitude des noms. Papebroch a aussi cru pouvoir prouver la naissance distinguée de Hildebrand.

* Son nom a donné lieu à une foule de contes et d'explications. Paul Bernried est peut-être l'inventeur d'un grand nombre, car il en a rempli les i*', m* et iv* chapitres de son ouvrage. « Hiltebrandus teutooiœ lingus vernacula nuncupatione perustionem significat cupiditatis terrenœ. » Puis viennent ensuite une foule de merveilles que Grégoire opéra par le feu. Ainsi, par exemple, on vit, dit gravement notre auteur, des étincelles de feu jaillir des habits de l'enfant, «ad praenotandum sine dubio sancti zeli fervorem, quo et ipse igniendus erat, contra gravissimas insolentias Henricianœ vesaniae, etc. »

* C'est la petite ville de Saône ou Soano en Toscane, à 16 lieues de Sienne. {ÀudUy.)

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[1046] DU t>AP£ GRÉGOIRE VU. S

» à l'autre.» Bonizo le confia donc à l'abbé du monastère de Notre-Dame de Saint- Aventin^ pour l'instruire dans les arts libéraux et en même temps pour former son caractère. Le jeune homme eut encore pour maître l'archiprètre Jean Gratien» qui porta plus tard la tiare, sous le nom de Grégoire VI. Peu de temps après, la chrétienté fut divisée en trois fractions; car trois souverains pontifes^, Benoit IX, Sîlvestre III et Grégoire VI, se disputaient le gouvernement de l'Eglise. Un tel schisme exerçait sur les esprits et sur les événements une influence extraordinaire. Pour ne rien dire de la discorde qui régnait parmi les évêques, qui s'attachaient tantôt à l'un, tantôt à l'autre des compétiteurs, les belles et consolantes idées de Tunité et de l'immutabilité de l'Eglise, ainsi que la foi à la sainteté du pasteur suprême, étaient ébranlées et détruites; en même temps que la vie ascétique, l'esprit monastique et la discipline religieuse perdaient de leur pureté, de leur considération et de leur prix. En voyant les représentants de Jésus- Christ, livrés à des passions haineuses, se disputer le pouvoir, les honneurs et les richesses, qui pouvait se croire lié par des idées de devoir et d'équité? Aussi la conduite des autres prêtres se ressentait

^ D'après Paul Bernr., c. ix, cet abbë était son oncle; il possédait en outre Tévéché d*Amalphi et s'appelait Lan* rentias. Pierre Damien nous le donne pour l'homme le plus saint de son temps.

' Platina les appelle tria teterrima monstra.

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(le ce qui se passait à Rome; les maux de T Eglise romaine étaient les mêmes que ceux de toutes les églises particulières; partout une foule toujours renaissante achetait à prix d'or les dignités supérieures,et, par Taugmentation des richesses ainsi acquises, stimulait encore la convoitise d* autrui. A la vue de pareils désordres, il n'était personne qui ne demeurât convaincu de la nécessité d'une réforme dans l'Ëglise; maison sentait aussi que, pour être utile et salutaire, elle devait provenir du saint Siège lui-même ^ . Ce fut dans ce but que l'empereur Henri III vint en Italie en l'an 1046 ; il déposa d'abord les trois papes, ce qu'il regarda comme un premier pas vers le bien*. Sa seconde démarche fut de placer sur le trône pontifical Surger, évêque de Bamberg, qui prit le nom de Clément II. Le jour de Noël, "Henri se fit couronner avec sa femme ; mais en même temps il exigea de Clément une promesse, et du peuple romain le serment

* Jean de Mulier, Hist, de Suisse, t. iii, p . 99. « Pour les hiérarchies comme pour les républiques, il n'existe point de remède plus certain que d'opérer leurs réformes par elles-mêmes, et non par Télranger^ qui communément se laisse guider par la passion plutôt que par le zèle du bien.» Machiavel, Discors., t. m, c. 1.

* On ne peut dire qoe Henri le Noir ait déposé les trois papes. Grégoire 11 se rendit an concile de Salri dans Tespoir d*ètre reeonna senl pontife légitime; maïs quelques doutes ayant été élevés sur la manière dont il était parvenu au saint Siège» Grégoire re* nonça de lui-même à la tiare, se dépouilla des ornements pontifleaux et remit le bâton pastoral. Foy. Baron., an. 1046. (Audlejr.)

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de ne jamais procéder à Télection d'un nouveau pontife sans Tordre de l'empereur, attribuant à l'ancien mode d'élection tous les maux que le monde venait d'éprouver ^ Bientôt après, Henri retourna en Allemagne en traversant la Fouille.

Grégoire avait renoncé plus volontiers que les autres à la dignité papale, et l'empereur l'emmena avec lui en Allemagne. Il est probable que Hildebrand demeurait en Italie auprès de son ancien précepteur, et que celui-ci voulut qu'il le suivît en Allemagne. Il partît donc à regret^ et se rendît avec Grégoire à Cluny, où il fut initié à la vie du cloître^. Ce monastère se faisait remarquer entre tous par une discipline et une piété exemplaires ; sa position magnifique tendait à rendre la vie douce et agréable ^ Une situation si nouvelle ,

* Platina, Fita Clémentes; W^altram rfumbarg., lyact. de invest. in Goldast, Apolog. pro Henrico^ p. 232.

' « Invitas ultra montes cum D. papa Gregorio abii, » dit-il lui-même. Voyez Collect. Conc.^ t x. Otto Frisiog. Chron.\iy 32, lui attribue les mêmes paroles.

' Amalaricus Angorius l'appelle puer claustralis monas' teriù De Biterbis, HisU rom, pontif,

* Pierre Damien dans ses lettres (Hb. vi), et particulière* ment dans la quatrième, parle de ce cloître en termes magnifiques ; il rappelle un paradis, hortum deliciarum diversas rosarum ac liliorum grattas germinantem ; et quid aliud Cluniacense monasterium nisi agrum Domini plénum dixerim, uhivelut acervus est cœlestium. Dans sa cinquième lettre il dit, en parlant de la règle, que, dans loutle jour, les frères pouvaient à peine se livrer au plaisir de causer ensemble pendant une demi-heure.

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cette sév^ité, cette uniformité, cette précision de la règle monastique, enfin cette constante di^ rection de l'esprit vers un seul but , le salut , tout cela dut faire sur la jeune âme de Hildebrand une impression profonde, et y jeter des germes qui devinrent féconds dans la suite de sa vie ^ Du moins est-il certain que sa prédilection constante pour une vie religieuse, austère et ré^ glée, prit naissance dans ces lieux* Ce fut là qu'il ipipprit à modérer la fougue de la jeunesse, et à acquérir sur lui-même un empire extraordinaire^. D'après le sévère règlement de l'ordre, il fit vœu de pénitence et de chasteté^, sans toutefois cesser de donner une attention assidue à la culture de son esprit. Hugon^alorsabbé, lui accorda son amitié, et sous Odilon ou Majolus ^ il marcha à grands pas dans la vie spirituelle, en sorte que cet abbé fondait sur Hildebrand de brillantes espérances^. Peu après, il se rendit à Rome, d'où il ne tarda pas à revenir à Cluny, dont il fut élu prieur. Il parait aussi qu*il passa quelque temps à la cour de l'empereur,

* Paul. Bernr.; Orderic Vital, surtout au liv. vu.

* Adolesceutiam, assumpto saoctitatis proposito iuter mundi conlemptores, non sine magnis perfectiouis indiciis, perdomuit. HogoPlaviac, in Chron^ Virdun,

* In eccksiastico rigore coDstaotissimus. OlloFrising. Chron.y 1. vi, c. 82.

* Paul Bernried lui donne ce nom, mais d*une manière dubitative.

« Il lui appliquait ces^mots de saint Jean-Baptiste : « Iste puer magnus erit coram Domino. »

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[1047] DU PAPE GRÉGOIRE Vil. 7

ea qualité de précepteur de son fils Henri V^àis il est impossible de déterminer si ce fut avant ou après sa nomination au prieurat. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'empereur remarqua bientôt les dispositions peu communes de Hildebrand, et faisait le plus grand cas de sa confiance en Dieu^. Henri eut un jour un songe assez bizarre. Hildebrand était assis à table avec son fils, mais il avait des cornes qui s'élevaient jusqu'au ciel, et il roulait le jeune prince dans la boue. L'impératrice prétendait trouver dans ce songe une indication que l'héritier de la couronne devait être un jour détrôné par Hildebrand, et l'empereur le jeta dans un cacbot pour l'y faire mourir . de faim. Mais Agnès ayant intercédé pour lui, Henri lui rendit la liberté '.

Cependant le nouveau pape prouva qu'il entrait dans les vues du monarque allemand pour une

* Du moins, Theodorîcus Engeihusîus rappelle « paedagogum Henrici filii ejus. » Canonici Hildesheim, in Vitis imperaU ex domo Brunsw» oriundorum»

'L'empereur disait qu'il n'avait jamais entendu quelqu'un prêcher la parole de Dieu avec autant d'assurance : « Nunquam se audisse homînem cum tanta fiducia verbum Dei praedîcantem. » C'est ce qu'ion peut voir surtout dans Paul Bernrîed. c. x et xi. .

' Voir laVie de GrégoireVII, par Paul Bernried .L'anonyme saxon {Histor. imper, ^ an. 1040) raconte que l'empereur donna Tordre de l'enfermer dans le château d'Hamerstein. Mais l'impératrice lui ayant représenté qu'il était indigne de lui d'emprisonner un clerc sur la foi d'un vain songe, il le fit relâcher au bout d'une année. In Menken^. ^ Script, rcr. GtfrOT.,t. m, p.. 88.

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réforme» et cet empereur eut le bonheur d'accomplir ce que ses prédécesseurs n'avaient pu obtenir et ce que ses descendants ne surent point conserver ^ Peu après son avènement, Clément convoqua un concile pour la répression de la simonie^. L'importance que mettait Henri à détruire ce vice du clergé, on la vit bientôt par l'aigreur de ses paroles dans un autre concile qu'il ouvrit lui-même à Constance en 1047 : « Vous, qui devriez répandre » des bénédictions, s'écria-t«il, corrompus que vous » êtes par l'avarice et la cupidité, vous vous rendez » dignes d'anathèmes , soit en donnant , soit en » recevant. Hélas! mon père, pour Tâme duquel » je ne crains que trop, mon père se livra bien aveu- 2> glément à ce funeste vice ^. Quiconque parmi » vous est souillé d'une pareille infamie doit être » exclu des fonctions sacrées. Car ce sont de sem-

* « Utvidelicet, dit Pierre DamieD, ad ejusnutum^sancta romanaËcclesia uunc ordinetur, ac prêter ejus auctoritatem apostoUcae sedi nemo prorsus eligat sacerdotem. » Glaber, Histor,^ v, 5; Hugo Flaviac, Chron. Firdun. D'après la chronique de saint Bénigne, an. 1046, les Romains vendirent leurs droits pour de l'argent. Sigebert, Gemblac, Chron., an. 1046.

' Pierre Damien en parle, mais les Actes en sont perdus.

* Voyez Wippo, de Vita Conrad,^ pag. 431, sur l'installation d'Uldaric, évéque de Bàle.

*A quel degré fallait-il que le mal fût arrivé, pour qu'un caprice de l'empereur {nutus) décidât de la nomination du père des fidèles? Sous un pareil régime était-il étonnant que la simonie fût à Tordre du jour, et que les vices les plus honteux déshonorassent le clergé? Si Jésus-Christ voulait sauver son Église, il fallait nécessairement que rinfluence.de l'empereur fût affaiblie. {Judley.)

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» blables méfaits qui attirent sur les hommes la » famine, la mort et la peste. » Les Pères anéantis demandaient grâce, mais Henri donna cet ordre : « Aucune fonction sainte ne doit être le prix de » For, et celui qui la recherche de cette façon » doit être privé de ses honneurs. » La plupart des Romains regardaient l'élévation du nouveau pontife comme irrégulière, parce que l'empereur seul y avait contribué; quoiqu'il en soit, il ne régna que neuf mois et huit jours, et quelques-uns croient, non sans fondement, qu'il a été empoisonné \

Le jour de Noël de l'année 1047, des ambassadeurs vinrent trouver l'empereur à Poletha, pour lui annoncer la mort du saint Père, et lui demander un successeur ®. Le prince avait déjà appris qu'il pouvait placer sur le trône pontifical un homme qui lui fût dévoué par reconnaissance pour son élévation. Son plan de réforme avait déjà un heureux commencement, et il lui fallait maintenant plus que jamais, un pontife habile, pour continuer l'œuvre, car Benoît s'était de nouveau introduit dans Rome. Dans celte vue, Henri jeta les yeux sur Poppo, évêque de Brixa^, qui prit le nom de Damase II.

'Romani pontificem injussu suo creatum, venetio e me- <lio sustulere. Platina. — Glementi, ut putatur, per iutoxicum expedilo. — D'autres, tels que Léon d'Ostie (l. ii, 81 ) , disent que Clément mourut au delà des monts,

* Lamb. Schaffn., an. rt48, et Mascou, Comment, de re-. bus imper, , 1. v, p. 830, D. 3.

' Platina lui donne le surnom de Bagniarius, et ajoute : // était Bavarois. Au contraire, suivant Herman Gornerius^

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Les Romains approuvèrent ce choix ^ quoique quelques auteurs disent le contraire*. Il n'occupa le siège pontifical que vingt-trois jours, et son influence sur les projets de Henri ne put être que très*insignifidnte.

L'empereur se trouvait à Freisingen quand les députés arrivèrent encore une fois de Rome, avec la nouvelle dé la mort du pape et la demande d'un nouveau pontife'. Il assembla tous les évêques et les grands de l'Empire, pour prendre leur avis sur le meilleur choix à faire ; tous se déclarèrent à l'unanimité pour Bruno, évêque de Toul. C'était un cousin de l'empereur Conrad S originaire de l'Alsace, où il possédait le domaine d'Egisheim^; d'ailleurs un homme pieux, zélé, prudent et versé dans les sciences ^. Henri ne pouvait nommer un Allemand ^ dans la crainte de déplaire aux Romains; aussi Hildebrand, connaissant

il était Syrien, tandis que d'autres assurent qu*il était patriarche d'Aquilée. Annal scucon»

^Pour se conformer à Pusage, les Romains relurent et le consacrèrent: «Suffragiis omnium electus et comprobatus et consecratus. » Telle est aussi l'opinion de Herman Gornerius.

» Pontificatum per vim occupât, nullo cleri populique consensu. Platina,

'Larab. Scbaffn., an. 1049, Anselm. Remensis, /f/wer. Leonis papœ^ dans Baron., Annal., t. xi, p. 176.

^ Annal saxon,, an. 104S. « Gonsobrinus. »

• Engeneheim. Corn, dit natiBne Allemanus,

• Le pape Victor III en parle dans ce sens. Victor, Dialog. > lib. III.

^ Herman Corn.

Li048] DO PAPE GRÉGOIRE VII. 11

leurs dispositions, résolut d'en profiter, et fit les premiers pas importants vers l'exécution du plan qu'il avait conçu. C'était de séparer l'Eglise de l'Etat, le pouvoir spirituel de la puissance temporelle, d'élever l'un au-dessus de l'autre, de rendre le pape indépendant de l*empereur, d'assurer même au premier la supériorité sur le dernier, et, par cette indépendance, faire paître l'unité et développer dans l'Eglise une réforme qui s'étendit sur toute la chrétienté et procurât le salut du genre humain ^ Certes pér* sonne ne pourra révoquer en doute ce qu'il y avait de grand, de sublime et de saint dans un pareil projet. On peut même expliquer comment Hildebrand eut l'idée que l'Eglise était au-dessus de l'Etat, et que le pape devait s'élever au-dessus de l'empereur. En recherchant dans le passé, qu'il connaissait si bien, il voyait toujours l'esprit prévaloir sur le glaive, les choses d'en haut prédominer sur les sens et sur les choses de la terre. En général, Hildebrand était d'accord avec son temps. Pour comprendre la pensée de cet homme, ilfaut, comme toujours, regarder la vie humaine comme un grand tout, comme un jour sans finj car la marche qui s'est manifestée, en tout temps, dans la transformation de cette vie , s'est manifestée également dans la religion.

^ On verra plus bas que telles étaient ses intentions.

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Ce a'est pas ici le lieu de faire connaître la manière dont l'Eglise s'enrichit; comment elle obtint son pouvoir et ses droits; comment les papes acquirent leur considération ; ni enfin, comment se forma la hiérarchie telle que l'histoire nous la représente ^ Il est certain que les empereurs contribuèrent à l'élévation des papes, et que le temps les a faits ce qu'ils sont^. Déjà depuis longtemps les hommes pieux avaient doté l'Eglise, parce qu'ils étaient convaincus qu'elle avait besoin de posséder^. Déjà depuis longtemps on avait immiscé les prêtres dans les affaires du monde, parce qu'on a^ait besoin d'eux et de leur raison mieux cultivée; on leur avait donné des richesses, de l'influence et du pouvoir, la décision dans les affaires ecclésiastiques et même dans les tribunaux laïques ; on avait élevé lesévêques ou permis leur élévation ; ils se considérèrent comme des barons spirituels et prirent les seigneurs temporels pour modèles de leur conduite. Ils cherchèrent donc à rendre leurs dignités et leurs fiefs héréditaires; les évêchés furent regardés comme des fiefs, parce que les fiefs y étaient attachés. Le résultat de cet état de choses fut que les prélats dégénérèrent, qu'ils s'occupèrent de querelles et de guerres : ainsi les Pères de l'Eglise, qui auraient

* Vofyez sur ce sujet MuUer, Hist, des Suisses^ vol. m.

* L'auteur parle de la puissance temporelle des pape6 .

{N. du trad.) "^ Gbarlemagne et ses successeurs.

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dû être les apôtres de la paix, prenaient part à des dissensions et à des luttes qui la troublaient^ Aussi, dans la nomination d'un évêque, on finit par considérer, non pas tant rtiomme qui pouvait accomplir efficacement l'œuvre de Dieu, que celui qui savait manier l'épée et commander habilement une armée. Comme d'ailleurs les gens d'Eglise se livraient,danscebut,àlachasseetàd'autresexercices de ce genre, le relâchement de la discipline et la négligence dans les fonctions sacrées s'ensuivirent naturellement; en sorte que le prêtre se distinguait par son habit, et non par sa façon de penser et ses actions \ Plus les églises et les charges ecclésias-» tiques étaient riches, plus ceux qui les possédaient ou en disposaient voulaient s'enrichir ; le commerce et le trafic des bénéfices étaient à l'ordre du jour ^

* Voici les paroles remarquables de Pierre Damien sur ce point ( EpUt. 1,16):

« Tanto muDdaose vertigiois qootidie rotantur impulsa ut eos (clericos) a ssecularibus barbirasium quidem di vidât, sed actio non discernât, nec sacrarum meditentur eloquia scripturarum, sed scita legum, et foreuse litigium. Multitudini sacerdotum non sufûciunt tribunalia judicum et aulœ regise, dum clericorum ac monachorum evomunt turbas, brevitatis sua conqueruntur angustias. Claustra vacant, Evangelinm claudilur, et per ora ecclesiastici ordi* nis forensiajura àecvLvrxxiii.^rmapotius^ arma corripimusy vibrantia telis tela conserimus, et non verbo, sed ferro contra nostri ordinis regulam dimicamus. »

' Voici quelques strophes de Pierre Damien sur ce sujet: Cédant equi phalerati, Cédant c«sci rabulae,

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11 élait impossible de réprimer tous ces abus tant que le clergé était dépendant du pouvoir temporel, Tévêque subordonné au baron, l'Eglise confondue avec l'État, le pape choisi par l'empereur, car un seul mal engendrait tous les autres. Une réformation était donc indispensable, et chacun en sentait la nécessité ^ Hildebrand fit le premier pas pour l'obtenir, lorsque Bruno, évêque de Toul, fut choisi pape sous le nom de Léon IX, par Henri dans un synode à Worms. Ce choix montra à Hildebrand qu'il avait deux obstacles à vaincre. 11 lui fallait d'abord rompre une fois pour toujours le lien qui jusque-là avait tenu l'évêque attaché à l'empereur, parce que son alliance avec ce dernier lui donnait une telle considération à la cour, qu'on n'y faisait rien d'important sans le consulter^; ensuite représenter comme non valide et irrégulier le choix qu'avait fait Henri sans l'as-

Gedant canes yenatores Ac mimorum fabulae.

Et accipitrices rapaces Nec non a?es garrulae.

Dat hsec Simonis leprosam Execrate haeresin ; Sacerdotum simul atque Scelus adulterii ; Laicorum dominatUs Cedat ab ecclesiis.

^ Il est impossible de déterminer quels changements projetait Henri HI.

* Muratori nous fait connaître dans son Histoire d'Italie (V. an. 1049) différentes preuves de cetteparenlé.

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sentiment du peuple et du clergé de Rome ^ Hildebrand accomplit ces deux choses de la manière suivante. En quittant Worms, Bruno repassa par Toul, et de là se rendit- en trois jours à Cluny % où il arriva, en habits pontificaux, le jour de NoëP. Le prieur Hildebrand et Tabbé de Cluny allèrent au-devant de lui , et lui firent l'accueil le plus cordial. Bruno ne tarda pas à apprécier de plus en plus les qualités du prieur * : aussi se laîssa-t-il persuader par lui de se dépouiller de la pompe papale ^ pour revêtir Thabit de pèlerin et se rendre ainsi à Rome, où il déclarerait luimême que le choix de l'empereur ne lui donnait aucun droit au siège de saint Pierre. L'abbé et Hildebrand soutenaient devant Bruno que l'empereur n'avait aucun pouvoir dans l'élection des souverains pontifes, ce droit appartenant essentiellement au peuple et au clergé de Rome ^ Il

* ut liberlasEcclesise in electione canonica renovetur. OltoFrisiûg., loc. cit.

* Maosi.

» Les opinions diffèrent à cet égard. « Eumque adsumpta purpurea, ditOlhon deFrisingue (vi, c. 33), pontificali per GaUiasiter ageret, contigit eum Cluniacuui venire, etc.» Platina> pag. 160, dit : «Leoni ponlificio habitu pelenti. »

* Paul Bernried, c. xm.

»Pagi in Baron., Annal, ad an. 1049, n. 6. Olhon de Frisingue, ch. i, dit : «HildebrandusLeonemadiens..,co/2stanter eum de incepto redarguit, illicitum esse inquiens, per manum iaicam summum ponlificem ad gubernationem totius Ecclesiœ violenter introirc. »

* Platina, p. 160. D'après la vie de Léon, ce pontife aurait commencé par refuser d'accepter sa dignité après sa nomi-

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t6 VIE ET PONTIFICAT [1049]

est probable que, pour mieux réussir dans son grand projet, le prieur accompagna Bruno à Rome, après l'avoir convaincu complètement de ses idées et obtenu de lui la promesse de se laissa en tout guider par ses conseils K A son arrivée, Bruno traversa la ville nu -pieds, et comme il trouva le peuple et le clergé ras*semblés chantant des hymnes et poussant des cris de joie, il s'avança et dit : « Le choix du » peuple et du clergé, ainsi que l'autorité des ca- » nons, l'emportent sur toute nomination supé- » rieure ; je suis donc prêt à retourner dans ma » patrie, si mon élection n'a pas le suffrage de » tous. » D'après le conseil d'Hildebrand ®, on observa les anciens usages; il prit le nom de Léon IX ^ fut consacré le 2 février, et le 12 du

Dation à W^orms, et il aurait dit : « Vado Romam, ibîque, si clerus et populus sna sponte me sibi in pontificem elegerit, faciam quod rogatis. » Mais, suivant Platina, il s'était accusé lui-même, « quod imperatori maluerît quam Deo oblemperare. » Les envoyés romains approuvèrent l'explication de Bruno.

*■ Léo, natura simplex atque mitissimus, patienter ei satisfecit, reddita de omnibus, sicut iile voluerat, ratione, Bruno, in FitaLeon,; Wibert, in Vita Leon.^heo Ostiens.> 1. II, 81.

' Suadente Hildebrando : consilio Hildebrandi. Otto Fris.

' On raconte là-dessus plus d'une merveille. Ainsi, avant qu'oc eût encore pensé à son nouveau nom, un coq s'é* cria : Léo papa ! Léo papa ! voilà ce que dit une chronique; une autre ajoute que, lorsqu'il se rendait à Rome, on entendait le chant des anges. On lui attribua aussi pln« «ieurs guérisons. Platina, Annal, Saxo,

même mois intronisé. Il demeura donc constaté que l'empereur n'avait pas un pouvoir absolu sur l'élection des pontifes ^ Peu après Léon ouvrit un synode dans lequel on s'éleva avec force contre la simonie *. Il s'y montra reconnaissant pour les services de Ilildebrand, en le nommant cardinal sous-diacre de l'Église romaine, en même temps qu'administrateur du couvent de Saint-Paul; en sorte que Léon et Hildebrand paraissaient simultanément les protecteurs, l'un de l'église de Saint-Pierre, Tautre de celle de Saint-Paul.

Après avoir réussi dans cette démarche, le nouveau cardinal devînt, pour ainsi dire, l'âme de tout ce qui se faisait d'important à la cour du pape. 11 étudia et approfondit plus que jamais l'art de gouverner les hommes, tout en leur laissant croire qu'ils se gouvernaient eux-mêmes. Aussi les pontifes ne furent plus que les instruments de sa prodigieuse activité^. Au bout de quelque temps,

^Platina, p. 160, in Vita Leonis.

• Quelles en furent les décisions ? Wibert, in Vita Leonis 11^ c. III, en cite plusieurs.

' Ut quasi consors pontificis muneris secum videretur*.

* Les pontifes que Hildebrand contribua à faire élire étaient des hommes non moins éclaiiés que religieux, ainsi que l'auteur a soin de nous le dire plus tard : ils entrèrent donc dans les Tues du moine de Cluny sans devenir ses instruments, et leurs efforts communs, soutenus pendant si longtemps, finirent par triompher du mal. Les papes comprenaient les besoins de l'époque du xi" au XII" siècle, ils ont sauvé le christianisme en sauvant l'Eglise. {Audley:)

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le pape se rendit auprès de Tempereur, qui se trouvait alors en Belgique \ à Foccasion de sa querelle avec Godefroi le Barbu, concernant la haute Lorraine. Cette lutte intéressait tellement l'Eglise et F Etat, qu'il est nécessaire d'en dire quelques mots. Cette portion de la Belgique Gauloise, qui, jusqu'alors, avait fait partie de l'Âus-^ trasie, portait le nom de Lorraine, et était divisée en deux parties : la basse Lorraine, qui s'étendait jusqu'à la mer, et la haute Lorraine, ou Mosellanie, dont le territoire touchait à la Bourgogne et allait jusqu'à Bâle; l'une et l'autre étaient gouvernées par des ducs. Après les contestations qui avaient éclaté pour la possession de ce pays, en 921 , entre Henri l" et Charles le Simple, les Lorrains s'étaient donné d'eux-mêmes, pour seigneur, Giselbert, qui n'avait jamais aimé les rois des Francs occidentaux , étant attaché à la maison d'Autriche par plusieurs liens étroits *. La vigoureuse main d'Othon le Grand sut conserver la suprématie sur le duché, et il confia la tutelle de Henri, fils de Giselbert, à Odon, comte de Verdun '.

Après la mort de l'un et de l'autre, Othon donna ce gouvernement à Conrad le Roux, comte français, dont il sut se faire un partisan en lui accor-

«HerrmaD., Co«/r.,ann. 1048;OltoFrising.,CAro/i., iri,33; et surtout Adam Brem., Hist. Eccles.^ m, 31.

* Gerberg, sa femme, était fille de Henri r% et il se montra toujours fidèle vassal de l'empereur.

* Fiorentini.

dant la main de Luisgarde. Le duché passa ensuite à Bruno^ archevêque de Cologne et frère de Vem^ pere^r Conrad. Sous Otbon H, la possession de h Lorraine se consolida encore par la guerre contre Lothaire, roi de France, qui n* avait pas voulu con-r sentir à ce qu'Othon donnât à Charles, frère de Lothaire, l'investiture de la basse Lorraine; mais Othon s'avança rapidement jusqu'aux portes de Paris, où il lui arracha son consentement. A Charles succéda (991) Otbon, son fil^. La haute Lorraine échut, par droits héréditaires, h Thierrî, fils de Godefroi, comte de Verdun, sous Othon IIL L'an 1005 succéda à Othon, Godefroi, fils de Go^ defroi, comte des Ardennes, et à Thîerri, le duc Frédéric, son fils. Après la mort de Godefroi (1019) Go^selo, son frère, gouverna la h^sse Lorraine jusqu'à l'an 1044, et r$çut plus tard (1033)^ de l'empereur Conrad, le gouvernement de la haute Lorraine, à la mort de Frédéric, le der^ nier descendant de la famille des Borr. Cette réunion déplut à l'empereur Henri III \ Il restait à Gozzelo mourant, up fils, nommé Godefroi le Houx, jeune homme d'un caractère actif, élevé, et qui s'était distingué dans le métier des armes ^ L'empereur lui laissa la posseissiopde la basse jLorr

t Sigebert de Gemblour (ann. 1038) raconte ainsi comment cela éuit arrivé : « Quia (Fredericas) mares filios non h^r hebat, quibus dacatuscompeteret.»

2 Jjàmh, Schafn., ann. 1044, |

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20 VIE Et PONTIFICAT {1049]

i^ihè, qu*fl avait déjà administrée du vivant de son père sous le titre de duc; mais il lui refusa la haute Lorraine, qu'il donna à Adalbert d'Alsace, parent de l'empereur Conrad '. Le fier et bouillant Godefroi dédaigna la portion qu'on lui avait laissée, ^t,en prenant possession de l'une, il ne voulut pas rattre renoncer à l'autre. Plein de confiance en sa propre valeur et dans les ressources que son père lui avait laissées, il se rendit auprès de Baudouin, {;omte de Flandre, lui mit sous les yeux l'injustice de l'empereur, l'entraîna dans son parti avec quelques autres hommes remuants, et se déclara enfin ennemi de l'Empire. Henri était occupé d'une expédition contre la Hongrie, lorsque Godefroi, avec ses confédérés, attaqua Adalbert et le tua dans le combat*. Le fer, le feu et le pillage dévastèrent les bords du Rhin; en peu de temps, tout ce que de bonnes murailles ou de fortes rançons ne protégeaient point fut réduit en cendres'. Gérard d'Alsace s'empara du duché d' Adalbert, dont il était le neveu ; tandis que Frédéric de Luxembourg prît la basse Lorraine, dont Godefroi venait d'être dépouillé comme ennemi de l'Empire \ Ce dernier, cédant aux conseils de quelques hommes fidèles et honnêtes, changea d^ plan; et l'empereur ayant forcé son château

* Sigebert. GembL, ann. i044.

* Sigebert place sa mort après la prise de Verduii. 1048. ' Lamb. Schafn., ann. 1044.

* Sigeb. Gembl., ann. 1048.

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de Begelheim, il vint demander grâce. Mais sa soumission et sa démarche humiliante ne furent pas couronnées du succès qu'il en attendait. Henri le fit garder étroitement à Gibichenstein, sur la Saal^ et donna par là quelque repos à r£mpire ^. A la prière des princes, Tempereur, qui se trouvait à Aix-la-Chapelle pour la Pentecôte, le relâcha à condition qu'il laisserait son fils en otage'. Mais son duché ne lui fut pas rendu. L'amour que le duc portait à son fils put à peine retenir sa vengeance; aussitôt que ce fils fut mort, il renoua une nouvelle ligue avec Baudouin de Flandre, et recommença la guerre *. Bientôt Godefroi marche contre Nimègue, parce qu'il savait que Henri aimait cette ville, et livre aux flammes un magnifique édifice dont il avait fait son palais^. De là il tourne se$ armes cpntre Verdun, où ses troupes mettent le feu à la belle église de Notre-Dame^; mais bientôt touché de re-f

* Lamb. Schafo., en 1045 ; Herrm., Contr.^ en 1044, 1045.

* D'après Sigebert» en 1045: d'après Lambert, en 1046. » Herrman Corneri Chron., ann. 1047.

* Prœlextebat comité tum Verdunensem quem à majori* bus suis possessum sibi deberi contendebat, imperator autem Richardo episcopo nuper concesserat. Moscou, J, c, p. 325.

<* Domum regîam miri et incomparabilis operis. Lamb. (Garoli-Magni opus).

* Sigebert. Gembl., an. 1047, dit : « Urbem quoque Clabrorum, quse Yirdunus dicitur, cum majori Sanctœ Mariœ Ecclesià incendit. Lambert confirme le même fait pour Vannée 1046.

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pentir^ il la rebâtît avec splendeur, faisant souvent, pour sa pénitence, la besogne de simple ouvrier \ Dès lors les progrès de Godefroi devinrent dé plus eli plus importants; car Thierri, comte de Hollande ^ s'était aussi joint à lui. Henri, craignant des événements fâchetij^ , âe hâta de faire quitter Tltalie à ses troupes et de les transporter dans la Frise ', en les embarquant sur le Rhin; il prit lui-même deux fortes places, Rheinsbourg et Blaarding \ C'était précisément au moment où le pape Léon arrivait eii Allemagne pour rendre la paix à l'Église et à l*Etat^, et pour informer l'empereur des dispositions de Tltàlie et de Rome. II avait convo^iué un synode à Mayence. Il y trouva quarante-deux prélats réunis, et avec eux l'em* pereur, Bardo, archevêque de Mayence, Eberhard de Trêves, Hermann de Cologne, et enfin Engelhard, évêque de Magdebourg, qui honorèrent te synode de leur présence^. On s'occupa beau-

* Lamb. ScliafOi ; Herl-m. Corner. Chroti.

' CTést probablement celui-ci, car Lamb. ne dit point quel était ce Thierri. La Chronique de Herrman Cornerius rappelle comt« de Holtande. Rerrm., Contr.^ Mardiio de l^hladirtinga.

> Qui s'étendait alors jusqu'à la Moselle.

^ Reinesbourg, Rynsbourg, Flerdingen^Fleerdingen. Le premier est aujourd'hui un village, le second un bourg. Au iieu de Reinesbourg, quelques- uns vèuttsnt lire Keenc» bourg.

B Lamb., Sigebert Gembl.

* D'après les Aîinates saxonnes (anti. lt)51^ et Adam Brem.« m, 31 )f tous ces personnages s'y trouvaient ; mais kl

coup des besoins de TÉglise % particulièrement de la simonie et du mariage des prêtres ^. Pendant que le synode durait encore, les sollicitations du saint Père et des princes réussirent à obtenir la grâce de Godefroi de Lorraine^, L'empereur marcha ensuite contre Baudouin de Flandre, qui résistait toujours avec opiniâtreté; mais en voyant la dévastation de ses domaines, il offrit de donner satisfaction à Henri, à Aix-Ia-'Chapelle^; puis ayant fourni des otages, un traité fut conclu entre les deux partis ^. Thierri, comte de Hollande, fut assassiné peu de temps après ^ à Dordrecht, et comme il était sans enfants, son frère Florentius lui succéda.

.Chronique de saiot Pantaléon assure qu'il n'y avait que Herrman de Cologne. Les chroniqueurs ne sont pas non plus d*accord sur la date de ce synode. Lambert le place en 1050^ Tabbé de Stade (abbas Stadensis) en 1051, et Herrman, Contract., ainsi que Baronius et Mansi, en 1049.

^ Les actes en sont perdus. Mansi {ConciL collée t. ^ t. xix, p. 750) n*a fait que répéter ce qu'en dit Adam de Brôme^

^ Simoniaca hseresis, eX nefanda sacerdotum conjugia holographa synodi manu perpetuo damnata est.

* Suivant Herrman, Contract. (ann. 1060), Godefroi et Baudouin étaient au ban de Tempire, et ils vinrent d*abord à Aix-la-Chapelle, pour rentrer en grâce avec Tempereur, à la sollicitation du pape, qui ensuite alla à Mayence. Herr« man parait ici en contradiction avec la chronologie. On sait positivement qu'au concile de Reims le pape défendil; à Baudouin de donner sa fille en mariage à Guillaume le Normand. Mansi, Coll. xix, p. 742.

^ Sigebert Gembl., ann. 1049.

* Herrman, Contract,, ann. 1050.

* Herrman Corner. Chron.^ donne Tannée 1048%

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^ VIE ET POMTIFICAT [1060J

Avant que Godefroi eût opéré sa réconciliation par l'entremise du pape, celui-ci avait d^à présidé un concile nombreux à Reims en l'année i049 ^ Les délibérations roulèrent pendant trois jours sur le salut de l'Eglise; on parla contre les abus qui s'étaient glissés dans son sein , contre la simonie et les empiétements multipliés des laïques sur la juridiction spirituelle ^; on s'^eva encore contre les unions illégitimes, contre le divorce, contre le relâchement et la conduite irréguliôre des moines ; enfin on proscrivit à la fois le service militaire des clercs, la spoliation et l'oppression des pauvres, le crime de sodomie et d'autres méfaits honteux qu'on peut à peine nommer. Mais les actes du concile prouvent que la simonie était un vice général. On fit douze canons pour la réformation de l'Eglise, et tous sont contre des vices dont Hildebrand avait juré d'être l'éternel ennemi ^.

A Noël, le souverain pontife se trouvait encore avec l'empereur à Worms, d'où il retourna à Rome, en traversant Augsbourg dans la compagnie de Godefroi et de son frère Frédéric \ Quand Henri

' Maosi, dans sa préface à ce concile (xix, 730, 735), raconte en détail quels obstacles et quelle opposition on eut à vaincre de la part du roi de France. Cet écrit montre combien étaient brillantes de pareilles assemblées.

' De ministeriis ecclesiaslicis, et altaribus, quœ à laïcis tenebantur, de pravis consuetudinibus, quœ ab eis in atriis ecclesiarum tenebantur.

» InMansi Coll., donc, xix, p. 742.

* Qui fut ensuite le pape Victor II.

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vit combien le pape agissait dans ses vues, il oublia volontiers tout ce qui s'était fait à Rome, contre son autorité, dans la nouvelle élection ; et comme Léon se conduisait toujours d'après les idées et les intentions de Hildebrand, celui-ci resta son conseiller intime. Cependant , après tout, ce que ce pontife fit pour l'Eglise ne fut^ pour ainsi dire, qu'une disposition préliminaire de ce qu'on devait Élire dans la suite.

A partir de cette époque, Léon fut plutôt guer* rier que pacificateur dans les affaires de l'Eglise. Depuis le commencementdu xi^ siècle,la basse Italie était menacée d'un ennemi qui, par son accroissement et ses progrès rapides, influa d'une manière extraordinaire sur ces temps et sur ceux qui les suivent^ : c'étaient les Normands. Leurs établissements étaient faibles dans l'origine : on avait demandé leur appui contre les Sarrasins. La beauté du ciel en attira un grand nombre. Us avaient fait la guerre aux Grecs et s'étaient enrôlés sous les drapeaux de l'empereur Henri IL Puis, s'étant soumis au commandement de l'habile et vaillant Rainolf, ils se rendirent maîtres de la petite forteresse d' A versa, que Raynolf reçut ensuite, avec ses dépendances, comme fief et comté, de Pandolphe lY, seigneur de Capoue, en récompense de*

' Voyez sur ce sujet Sismoodi, Histoire des république» d'Italie^ 1*' \olume, p. 343 et suiv.; aussi Annal. Sax.^ an. 1053, et surtout Giannone, 2"" partie.

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secours qu'il lui avait prêtés dans ses démêlés avec Sergius. £n 1055^ sur une invitation amicale de Rainolf, arrivèrent, de Normandie en Italie, les fils atnés de Tancrède de Hauteville. Guaimar IV, prince de Salerne, fit un heureux usage de leurs armes pour étendre ses conquêtes. Pour reconnaître leurs services^ il détermina l'empereur Conrad, alors en Italie, à ériger le nouveau comté deRainolf en fief de l'empire. Après la mort de Guaimar les Normands se mirent au service de l'empereur Michel, et bientôt Maniaces, patricien delà Grèce, les prit à sa solde. Mais plus les Normands apprenaient à compter sur leur force et sur leur vaillante épée, plus ils méprisaient ce Grec lâche et énervé. Ayant donné leur confiance à un noble Lombard^ nommé Ardouin, que Maniaces avait offensé, ils résolurent de faire la guerre aux Grecs, et de leur enlever leurs possessions en Italie, la Pouille et la Galabre. Ardouin fut mis à la tête de leur armée : la Pouille leur coûta seulement deux cam* pagnes. Amalfi (Melfie) était leur capitale en 1043, et Guillaume Bras-de-fer leur chef. Mais le vol, le pillage et des incursions continuelles sur les do* maines de leurs voisins, formèrent bientôt leur occupation journalière ^ ; ils ne respectaient ni le sacré ni le profane , tout leur était indifférent. Léon IX crut qu'il était de son devoir de réprimer

* Voyez surtout jLeo Osliens., n, c 67. Herrmao, Cont,^ ann. 1052, et GianbODe, 29. ;

tî054î DIJ PAPE ÊRÉGOIRE Vil. '^?

cette audace sans frein. On lui avait d'ailleur$ adressé de la Pouille de nombreuses plaintes con*tre les Normands. Cependant il n'osa pas engager la lutte tout seul, et il tourna ses penséesvers Tempe*teut Henri . Celui-ci i^e trouvai talors en Pannonie à la tête de son armée ; Léon s'y rendit. De là ils allè-^ rent ensemble à Ratisbonne, à Bamberg \ et enfin descendirent le Rhin jusqu'à Worms, d'où le pape revint à Rome, accompagné de cinq cents guer-^ riers allemands, qu'il avait obtenus du monarque. Léon avait même demandé aux Grec^ de concourir à la délivrance de l'Église, et ils y avaient consenti. D'un autre côté, les Apuliens, les Campaniens, les habitants d'Ancôneet des Etats de l'Eglise vinrent aussi se ranger sous ses étendarts. L'ennemi n'était pas supérieur en nombre ; mais il l'était en habi-^ leté, en discipline, en cavalerie, en soldats et en chefs, auxquels ceux du pape ne pouvaient être comparés. Robert Guiscard, fils aîné d'un second mariage de Tancrède ^, avait récemment abordé en

« Annal. Sax.y ann. 105à. «Papa ejusdemloci privilégia a eâncellario suo Frederico... perspici, el coram imperalore populoque proDunliari mandavît, suaque aactoritate iila coDfirmavit.» — PlatÎDa raconte que Henri avait élevé en rhonneur de saint Grégoire une église qu'il voulait voir consacrée comme une cathédrale. Benoit VIII y consentît, mais l'Eglise fut)tenue de payer chaque année au saint Siège cent marcs d'argent ( census nomine) et un cheval blanc caparaçonné. Léon prît Bénévent à la place et abandonna le tribut de l'église de Bamberg.

^ OttaFrâing., vi, 83, duce Roberto, humiliconditionis viro, sed strenuissimo.

Italie atec de nouvelles troupes , et jB^était joint aux siens. Le pontife, guidé par sa piété, comptait principalement sur une heureuse intervention du Ciel K Les Normands eux-mêmes avaient conçu quelque frayeur en apprenant qu*il se trouvait dans l'armée du pape des troupes allemandes pleines de zèle, d^ardeur etd^expérience. Léon rejeta un accommodement amiable qui lui fut offert, et exigea, comme dernière condition, que les hommes du Nord évacuassent Tltalie. La bataille $e livra près de Civitella*, et elle n'aurait pas même mérité le nom de bataille, si les Allemands n'eussent opposé une résistance désespérée aux Normands» dont iU méprisaient la petite taille. Mais bientôt l'audace et le courage germains échouèrent contre le glaive normand qui les ût périr tous. En effet, pendant que tout le reste fuyait avec le saint Père, les Allemands combattaient comme des héros et mouraient ensemble^. Les Normands se saisirent du

* Zelum quidem Dei habens, sed non fortasse scieDtiam» Bruno.

2 Lamb. prope Beneventum. Giannoae (p. 46) l'appeUe Civitade, dans la province Capitauala, au milieu d*une grande plaine.

* Guil. Apul., 1. II ; Lamb. : « Teutonici omnes pêne a4 unum interfecti sunt. » Otto Frising., I9 c, rapporte que, de son temps, on voyait les os de ceux qui avaient péri. Gotefridi. Viterb. Chron.; Muratori {Storîa d'Italia), (an 1053) raconte, d'après Léon d'Ostie, qu'à la suggestion de Gebhard, évêque d'Ëichsladt, Tempereur avait rappelé la majeure partie de ses troupes, en sorte qu*il n'isn restait qu'un petit nombre à la solde du pape.

pontife inême^ qui contemplait le combat à quelque distance,et se jetèrentà ses genoux *, lui demandant de leur pardonner et de les bénir ; mais ils ne remmenèrent pas moins captif dans leur camp.

Au bout de quelque temps il se vit réduit à leur proposer une réconciliation, et pour prix de sa liberté, il accorda ce qu*ils lui demandèrent, c'est-à-dire l'investiture, au nom de saint Pierre ^t comme fief de l'Église, de toutes les conquêtes déjà faites ou à faire dans la Pouille, la Calabre et la Sicile *. Ceci fut pour le Siège de Rome d'une importance bien plus grande que s'il eût gagné la plus belle victoire ^, car il acquit ainsi un droit de suzeraineté sur des

*Sismondi, i, p. 359.

■« Sisnlondi, p. 3eo.-Gaiifred* Maîaterra, t. ii, 14: « Omnem terrain, quam perverserant, et quam ulterius adversus Calabriam et Siciliam lucrari possent de S. Petrô bsereditali Feudo sibi et hâeli'edibus suis possidendam coDcessit. »

* On pourrait révoquer en doute que le pape ait réelletnent regretté cette défaite sa vie durant, « cunctos dies, qiiibuB supervixit tanl^e calamitatis, in luclu et mœrore egit, » parce qu'il ne passait plus pour un grand général, ainsi qu'il croyait Tètre à la tète de son armée. Mais plusieurs personnes le blâmaient de ce qu'il ne pouvait accorder sa conduite avec ce qu'il avait lui-même décrété peu de temps auparavant à Reims dans le sixième canon du Concile : « Ne quis clericorum arma militaria gestaret, aut mundanœ militiae deserviret; » c'est pourquoi il fît appeler cette guerre, du nom de guerre sacrée. Ce qui n'empécbe pas Pierre Damien, dans sa lettre à l'évéque Firmin, de le lui reprocher : « Cumhâc de re, quasi malam rem, et ecclesiastico ordini inconvenientem egerit, reprehendit ac sugillat »

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terres auxquelles il ne pouvait prétendre, et le$ Normands demeurèrent satisfaits, parce que leurs conquêtes et leurs possessions devenaient sacrées aux yeux des peuples.

Dans le courant de cette même année (1053) le pape envoya à Constantinople, en qualité de légat apostolique, Frédéric ^, qu'il avait nommé ar«» chidiacre et chancelier de l'Ëglise romaine. Gode-* froi résolut de l'accompagner. Les deux autres légats étaient Humbert, cardinal-évéque de Silvacandida, et Pierre, archevêque d' Amalfi *. Ils firent connaître, en arrivant, l'objet de leur mission; ils voulaient savoir, disaient-ils, ce qu'il eii était de ce cri qui s'élevait depuis leur église jusqu'à Rome^ et si les opinions hérétiques attribuées au patriarche et à ses partisans étaient vraies^. Le saint Père avait lui-même écrit une longue lettre au patriarche Michel. S'appuyant avec force sur d$9

« Qui, d*après Fiorentini, p. 52, « pregatone anca da Leone, in compagnia del fratello Godofredo per aiuto délia Chiesa contra i Normanni in Italla si condasse. «

2 Comme la supériorité imposante qu'affecta l^glise ro« maine vis-à-vis de celle d*Orient ressort surtout dans cette occasion, j'ai cru devoir citer les documents fournis par Mansi à ce sujet.

' Dans la bulle d'excommunication contre Michel, on trouve énoncées toutes les opinions erronées de Michel et de sa secte, savoir : « Sicut Donatîstae affirmant, excepta Grœcorum Ecctesiâ, Ecclesiam Christi, et verum sacrificium atque baptismum ex toto mundo periisse : sicut Nicolaitœ, carnales nuptias concedunt et defendunt sacri ai-

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passages de rEcriture, il lui prouvait que la paix et la concorde doivent régner parmi les vrais chrétiens; que l'orgueil et la présomption sont les avant-coureurs de l'Antéchrist; que malheureusement l'Église d'Orient a été la mère féconde d'une foule d'hérésies que l'Église romaine a toujours étouffées et anéanties. Car, puisque l'Église romaine a conservé constamment purs et sans tache les enseignements de Notre*Seigneur, elle est juge de toutes les autres Églises; et ce qui le prouve, c'est que quatre conciles généraux inspirés par l'Esprit saint ont établi, comme article de foi, qu'après le Seigneur Jésus le saint Siège de Rome est le chef de toute l'Eglise '. C'est pourquoi les fidèles de l'Eglise grecque doivent cesser d'appeler, dans leur arrogance, Azymîtes* les vrais catholiques attachés au siège de Pierre^, puisque de longtemps cette Église ne peut montrer cette obéissance simple et pure, dont celle de Rome a hérité. Enfin ils doivent faire un retour sur eux-mêmes

taris mÎDistrîs : sicutya1erii,hospites suos castrant, et noa solum ad clericatum, sed insuper ad episcopatum promovenl. » Trois opinions qui alors trouvaient des partisans.

* Mansi, Collect. Conc.y xix, p. 635-6^6.

* Sanctam Romanam et apostolicam sedem post domi*num Jesum caput esse omnium ecclesîarum Dei.

* Azymitas; nom que les Grecs donnent aux Latins, parce que, pour la consécration de Thostie sainte, ceux-ci font usage de pain sans levain.

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et recODoaître la poutre qui est dans leur propre œiP.

Mais ie patriarche ne voulut ni rétracter ses écrits, ni avoir une entrevue avec les légats; et en conséquence ceux-ci prononcèrent une sentence d'excommunication ^ contre lui et contre tous ceux qui recevraient la sainte communion de sa main. Us la mirent sur l'autel en présence du clergé et du peuple. Puis, avec la permission de l'empereur, ils repartirent : sortis de la ville, ils secouèrent la poussière de leurs souliers, à la manière des apôtres ^. Cependant le peuple se souleva, et bientôt Michel se montra disposé à un accommo-* dément, en sorte qu'à la prière de l'empereur, les légats consentirent à revenir de Selymbric, A leur retour, le patriarche voulut tenir une assemblée générale et les faire maltraiter par le peuple irrité; mais l'empereur, en ayant été informé, défendit toute réunion à laquelle il ne serait pas présent,

< Dans cette lettre, le pape parle beaucoup des écrits d'un certain moine, Nicetas de Constant inople, qui avait parlé contre le siège apostolique et TÉglise de Rome, sur le mariage des prêtres et le pain sans levain ; mais à Tarrivée des légats, ces libelles furent brûlés en présence de l'empereur.

* Chartam excommunicationis super principale altare posuerunt sub oculis prsesentis cleri et populi. Foy. Mansi, Collect. Conc, xix, p. 67S.

* Lambert attribue tout aux manœuvres de Frédéric, et donue comme motif au départ des légats que Tempereur et le patriarche primatus sui majestatem vindicantes, dicto obtemperare dedignarentur.

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et congédia encore une fois les envoyés. Michel,îiTÎlé, soulevala populace; dés lors l'empereur fit faire une enquête, dévoila les honteuses menées de ce prêtre, bannit ses amis et ses parents qui occupaient des emplois, et voua une haine profonde au patriarche lui-même ^ .

Mais Léon IX ne vécut pas jusqu'au retour de ses légats, car il est mort au mois de mai ^. 11 est assez probable que Godefroi de Lorraine était revenu en Italie à l'époque du départ des envoyés pontificaux^, afin de faire ratifier son mariage avec Béatrix de Toscane * . Béatrix était fille de Frédéric, duc de la haute Lorraine. Son premier époux, Boniface, avait été assassiné en 1053, en allant en pèlerinage au Saint-Sépulcre ^ Les riches domaines de cette maison relevèrent la puissance de Godefroi, qui conçut le projet de conquérir non-

* Lambert et Fiorentini font jouer au patriarche un rôle bien plus paisible : ainsi, il fît pénitence avec l'empereur, revêtus tous deux d'un sac et couverts de cendres ; puis, dans cet état, ils allèrent au-devant deslégats, et, prosternés à terre, ils adorèrent l'autorité apostolique dans la personne du frère de Godefroi. L'annaliste saxon (ann. 1051) ne rapporte pas les faits de cette façon.

' Lamb., 13 caiendas maii.

* D'après le Commemoratio brevis rerum a legatis apo» stolicœ sedis, etc, qui est dans Mansi, ce retour eut lieu vraisemblablement vers la fio d'août 1054.

^ Fiorentini, i, p. 53.

* F. Gontelorio, Genealog, Mathildis comitis.

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seulement la Lorraine, mais encore une grande partie de l'Italie \ Une pareille tentative déplairait souverainement à l'empereur ; car celui qu'il voyait naguère suppliant et humilié, cependant jus- . que dans le malheur l'ennemi implacable de sa famille, était devenu encore une foi$ puis^am; et redoutable. Il résolut sa perte, et flt tous f^es préparatifs pour cet effet.

Cependant Hildebrand, qui n'était encore que simple sous-diacre de l'Église de Rome, fut envoyé, par le clergé et le peuple de cette ville, en Allemagne, afin d'obtenir de l'empereur la permission de choisir, au nom des Romain?, c^lqi qu'il jugerait le plus digne de la papauté^ parco qu'à Rome il ne se trouvait personne qui méritât cet honneur ^.

Hildebrand fit avec prudence et à paj^ JwJts, tout en suivant ses vues, ce que le peuple et le clergé voulaient, parce que tous deux craignaient le pouvoir et Fœrl pénétrant de l'empereur', et qu'il ^vait lui -méuèe que odui qui v€ut to«l, ne doit pas vouloir tout à la fois. On doit bien penser qu'il mit en œuvre toute son habileté K

* Lamb., ann. 1053. « Marchiam et cetera^ eju,s pos^essioaes, conjugii prœtextu, sibi vindicavit. »

* Léo Os tiens. 9 Chron. casin,, ii, 89.

» Verebatur enim clerus populuj^que roixi^^n^s JJ^riei poteDtiam, quem ia creaadis nqvis pbgQtijSLcjibus alîq vaado lasserant. {Platina.)

* L'auteur de la Fie de Grégoire, un ennemi déguîsé de

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[1064] DU PAPE GRÉGOIRB YII. 35

Pour ne pas offenser l'empereur ni aller contre le serment qu^il avait prêté, il lui proposa pour pape Gebhard, évêque d'Eichstadt, et se rendit à Mayence, où Henri avait convoqué un concile\

Hildebrand eut certainement une grande part dans Télection du nouveau pape. Le désaccord même des écrivains sur ce sujet le prouve : car, selon quelques-uns ^ il le nomma tout seul; selon d'autres, ce fut de concert avec les évêques'. 11 est certain que Hildebrand a proposé Gebhard, homme d'une prudence consommée, conseiller estimé à la cour, et qui d'ailleurs ne paraissait pas avoir un grand désir de s'asseoir sur le trône pontifical ^; aussi l'empereur présenta d'au-

Hildebrapd, dit : « Intérim Hildeb., novus Proteus noyis prœsumens tergfversationibus, deRoioaad imperatorem, de impuoratore ad Roniam, abaque consilio romanœ Ëcde. siae, cÛscurrebat. » Cependant Piatina et Fiorentini assurent que Hildebrand était parmi les légats. Le premier dit : « Gui (HUdebrandus) emnia ex sententia romanr cleri imperatori^qua perfeq^t. »

* Herrm. Corneri. Ckron*

^ HildebraAdus Gebehardum Viotoris nomen imponens, romanum papam cunctorum assensu constituit. Léo Osisè/wû.*— Une biographie de Victor, qui se trouve dans la ooUectioii de Mansi^ dit : « Jussu cleri romani per Hildebvandum Ëoelesiœ romanee subdiaconam ab ^imperatore postulatus. »

* Herrman, CbAir.^ ann; 1054'.

^ Quelques auteurs disent : « Ab Hildebrando invitas in pontificem electus ; » suivant Léon d'Ostie, « propter quod utiq^ post modum dictus est mon^rchos non amasse, v

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très noiûs. Hildebrand persista dans son choix*; Henri, de concert avec le clergé, l'approuva, espérant influer par là plus efficacement sur les affaires de l'Italie. Bientôt Gebhard se mit en route pour Rome avec les légats. Sa réception dans la ville éternelle fut brillante ; mais il fut de nouveau élu et confirmé par le peuple et le clergé, et cela, sans aucun doute, à l'instigation de Hildebrand. Le nouveau pontife prît le nom de Victor IL Dans tout cela on voit que le cardinal sous-diacre travaillait sans relâche à faire regarder la nomination impériale comme une pure formalité, et le choix du clergé et du peuple comme l'acte constitutif de la véritable élection, soutenant déjà de fait ce que plus tard sa bouche devait proclamer.

Peu de temps après, le nouveau pontife envoya Hildebrand en France pour déraciner la simonie, qui y étendait de plus en plus ses ravages^. Le légat se hâta d'assembler un concile. Il s'y trouvait un archevêque, homme savant d'ailleurs, auquel on reprochait ce crime, mais qui,

*■ Ce ne fut certainement pas autant par égard pour la personne que pour la forme dans laquelle on le demanda à Tempereur. Car si Benzo, sans doute mauvais critique, dit vrai, Hildebrand ne fut jamais en bonne intelligence avec Victor. Foy, Benzo, in Paneg. Henr.^ vu, 2.

2 II est probable que ce fut en Tannée 1056. Foy. Victor, Dialog. lu, p. 896, et Petrus Damian., £pist. i, 9. l\ devait aussi amener Bérenger à rétracter ses doctrines héré*' tiques.

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en donnant l'or, s'était fait des amis de ses accusateurs. Le lendemain de l'ouverture du synode, le prélat se présenta hardiment devant les Pères réunis et dit : « Où sont ceux qui m'ac- » cusent? Qu'il se présente, celui qui veut me » condamner! » Tous se taisaient, lorsque Hildebrand se tournant vers lui : « Crois-tu, lui dit-il, » que le Saint-Esprit soit de la même substance » que le Père et le Fils? — Je le croîs. — Eh bien! » prononce ces mots : Gloire au Père, au Fils et au » Saint-Esprit, » reprit le légat. Mais le prélat neput jamais dire au Saint-Esprit^ quoiqu'il l'essayât à diverses reprises. Un pareil événement fut regardé comme un jugement du ciel : le criminel se jeta aux pieds du sous-diacre, se reconnut coupable de simonie, et on le déposa de ses dignités ecclésiastiques \ Après cette démarche il prononça sans difficulté les mots qu'on lui avait indiqués. L'impression fut si profonde, que vingt-sept autres dignitaires de l'Eglise, outre quarante-cinq évêques, confessèrent le même crime, et se démirent de leurs fonctions, sans qu'on eût besoin de les pour-

suivre *.

Dans la même année (1055), le cardinal réunit encore un synode à Tours, où Bérenger, après

* Suivant Pierre DamieD, il en avait déjà déposé six.

" Tel est le récit de Paul Bernried, de Desiderius, abbé du Mont-Cassin, de W^illielm. Malmesbur., Pierre Damien et Baronius.

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38 VIE ET PONTIFICAT [lo55]

avoir anathématisé et abjuré ses erreurs, fit une profession de foi catholique ^ Si par là Hildebrand ne gagna rien pour l'exécution de son grand projet, il fit néanmoins un second pas bien important vers son but.

En effet, Ferdinand le Grand, roi de Castille et de Léon, fils de Sanohez le Grand, avait refusé l'hommage qu'il devait à Henri, et avait été môme jusqu'à usurper le titre d'empereur. Celui-ci dénonça le coupable par les députés qu'il avait envoyés au synode*.

Hildebrand avait réussi sans peine à persuader l'empereur que sa dignité, la première de la chrétienté, était compromise par cette usurpation, et de plus, qu'il serait plus facile de faire rentrer Ferdinand dans les bornes de son devoir par la persuasion de l'Eglise, que par la guerre, toujours bien coûteuse. Henri demanda donc au concile que si le roi de GastîUe ne renonçait pas à son titre,

^ C'est ainsi qu'en parle Guitmand, évéque d'Âversa, et contemporain dont Coletus cite les paroles, si toutefois ce synode n'est pas le même que le précédent. Tout ceci est incertain.

* Mariana, dans son Histoire tPEspagne, \. ix, c* v, représente Hildebrand comme un homme « cujus magna erdt opidio pr obiiatis et ingenii dexteritate âd versandos hominum animos valebat maxime; » et ensuite indique en ces termes le point principal de la plainte : « Regem Ferdinandum contra majorum morem et legum praescripta facere, qui se imperiî romani jure exemptum ferret, et incredibili arrogantia ac levitàte in ipsum imperîi nomen invaderet.

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imS] DU PAm GRÉGOIRE TII. 3d

I*Êglîse Fexcommuniât et mft son royaume en Ttttetâît *. Les Pérès, avec Fantorisation du pape, reconnurent la justice de la cause de Tempereur, et députèrent vers Ferdinand des légats pour lui faire des menaces, et en même temps pour lui signifier qu*îl devait , d*après la décision du saint Père et du concile, donner satisfaction et renoncer à son titre usurpé j qu*autrement les peines les plus sévères de FEglise pèseraient sur lui et sur l'Espagne. Le roi assembla sur-le-champ les évoques et les grands de l'Etat, pour les consulter sur la réponse qu'il devait donner. La majorité déclarant qu'il fallait obéir au saint Siège, Ferdinand annonça aux légats qu'il était prêt à accomplir ce qu'ordonnait la cour de Rome ^.

Par cet acte , Henri III reconnaissait , ou du moins laissait mettre en principe que le pape seul pouvait faire un empereur, lui accorder ou lui enlever ce titre. Si les conséquences de ce principe ne se manifestèrent pas encore d'une manière visible, la cause en résidait dans les événements qui vont suivre.

Henri craignait tellement la puissance et l'influence de Godefroi sur les af&ires d'Italie,

' L'empefear regardait lui-métne ce commeiiceiiieiit comme trè»-fàcheux pour TÉglise. ^qr* I^s lettres de Fempereur au synode, dans Mariana.

^ f^ojr. surtout Mariana et Baronius, ann» 1055.

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qu'il donna au pape, lorsque celui-ci s'en retourna à Rome avec Hildebrand, des lettres secrètes pour tous les princes de cette contrée, afin de s'assurer de leur fidélité, et de se les attacher, par la promesse qu'il leur fit de passer bientôt lui-même les Alpes à la tête d'une armée, dans le but de s'opposer aux projets de Godefroi^ Il fit donc ses préparatifs, après avoir fait couronner roi son fils Henri, à Aix-la-Chapelle, par Hermann de Cologne. Il venait de passer les fêtes de Noël à Goslar, lorsqu'il arriva de Rome un message qui l'exhortait à hâter sa marche, parce que la puissance toujours croissante de Godefroî rendait l'exécution de ses projets plus facile et compromettait de plus en plus la tranquillité de l'Empire. Henri rassembla ses troupes à la hâte et partit pour l'Italie. Le duc de Lorraine envoya des ambassadeurs au-devant de lui ^; car, déguisant ses intentions hostiles, il alla jusqu'à inviter l'empereur à passer les Alpes : « Il savait, disait-il, ce dont on l'accusait ; mais » il ne pensait à rien moins qu'à troubler l'Etat. » Depuis qu'il a obtenu son pardon, il a tou- » jours gardé une fidélité inviolable à l'empe- » reur, ne désirant, ne voulant que la prospé- » rite de son règne. L'unique vœu de son cœur » est de se conformer au serment qu'il avait prêté; » d'ailleurs il sera toujours prêt à verser son sang

■ Fiorentini, p. 54 ; Lamb. Scharfo., ann. 1054. ^ Herrman. Corner, prétend qu'il étail luî-méine parmi les envoyés, mais ceci n'est guère vraisemblable.

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» pour son souverain. Dans cette vue, il ou- » bliait volontiers qu'il a été banni de sa pa- » trie et privé de ses biens héréditaires, qu'il » se voyait réduit à vivre, chez l'étranger, sur les » biens de sa femme; enfin, il a épousé Béatrix » sans arrière - pensée, sans violence, et de son » libre consentement ^ . » Bientôt arriva Béatrix elle-même, parente de l'empereur^, accompagnée de sa mère Mathilde; elle venait sans crainte et feignant pour Henri les dispositions les plus loyales et les plus sincères. Son fils Boniface, qui mourut quelques jours après, n'osa pas suivre sa mère, car celle-ci pressentait ce qui devait lui arriver. Béatrix, ayant obtenu audience, parla avec hardiesse, disant « qu'elle n'était coui)able » d'aucun crime, qu'elle n'avait rien fait contre y> ses droits et la dignité de son rang; que l'agi- » talion de l'Italie, et les armes victorieuses » des Normands, demandaient un homme dans » chaque maison; que la mort l'avait privée de » son premier époux, et que ce qui était accordé à » toute femme noble du royaume, devait aussi lui » être permis au sein de la paix, et suivant tou-

* Lambert et FioreDtini.

' Heori ni était petit-fils de Gisela, femme de Conrad H et sœur de Mathilde, qui fut veuve du duc (}onrad, puis femme du duc Frëdëric de Lorraine, et eofin mère de Mathilde. Gisela descendait de Charlemague et Frédéric de Lothaire, et deOlhon 1**" du côté de sa mère. De Geneaîog. Mathilâis, etc., et Pozzo, Maraviglie heroiche délia duchés. Mathild,y p. 107.

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4i tlË ET POVi^mCAT ttOSdJ

» tes les Idées de droit et dé justice ^ » Telle lut sa jiîstîâcatîôti. L'empereur pesa tous ces motifs, et trouva que les raisons de Mathîlde pouvaient avoir quelque fondement; il était d^ailleurs à craindre que dodefro! ne formât une ligue contre lui avec les Norraartds, et ne jetât Tltalie dans de nouveaux troubles. Henri assembla donc les grands du royaume, et déchargea Godefroi des accusations portées contre lui*; mais comme il savait bien que| celui-ci n'avait pas Tintention d'accomplir ses promesses, afin d'arrêter désormais ses funestes projets, il garda Béatrix comme prisonnière de guerre, sous prétexte qu'elle avait donné, sans permission, sa main et ses biens à un ennemi de TËtat '. Toutes les mesures de Henri, en Italie, tendaient à humilier Codefroi et à le priver des domaines de sa femme; plusieurs princes lombards reçurent l'invitation de se ligner contre lui *; d'autres, voyant leur salut dans son abaissement, se réunirent d'eux-mêmes à l'empereur. Cependant Godefroi, révolté de l'offense ftiîte àsafemme, était parti pour TAUemagne, afin d'y exciter des troubles, et Henri fut obligé dô songer au retour. Il s6 rendit donc de Piseà Florence, Où le pape venait de défendre l'aliénation des biens de l'Ëglise ^ L'em-

^ Laiabarti eif d'après lui, Fiorentini.

* liAioli/, anii. 105é.

^ jyi«b«i*t dit ; « HofiU piiblioolUliaiD prod^isaet »

* Léo OstieDS., ii, c. 88.

» Léo Ost.; Petrus Damian. , Epist. iv, 12 ; Hist. d'Italie^ vi.

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[1056] DU PArtÈ ÔÈÊGômÊ iTII. à

pereur chercha à s'assurer de Prédléric, frétée de Godefroî, qui était revenu de ComstaDtitiôpk et qui lui paraissait tin ennemi dangereux eh Italie^; îtiaî» celui-ci se déroba, fit à TEglise romaîiîe les Inàgnîfiques présents qu'il avait reçus de rempereuî» d'Orient, et, profôndéilieht affligé du sort de soii frère*,' il se retira dans le monastère du Mont-Gàssin , avec une santé déjà délabrée. A son arrivée en Lor- . raine, Godefroî ne pensa plus qu'à sa vengeance, et Baudouin, comte ae Flandre, tira encore une fois l'épéepour sa cause, car depuis ce temps il n'avait presque jamais déposé les armes ^. Bientôt ils marchèrent à la tête d'une armée vers Anvers, où ils assiégèrent Frédéric, duc de la basse Lorraine; mais une insurrection en Lorraine ne tarda pas à les forcer de lever le siège ^.

Ces circonstances, jointes à d'autres encore, obligèrent l'empereur à hâter son retour ; il em«mena avec lui Béatrix et sa mère. A son passage à Zurich, vers Noël, il fiança son fils Henri à Berthe, fille d'Othon, margrave de Sure, qui avait un peu plus de cinq ans ^ Suivi de toute sa cour, il conti-

1 Parce que Tempereur croyait (Murât., p* 806) qu'il avait fait une ligue contre l'Etat avec l'eoipereur grec.

^ Xjambert dit que e'était à cause de la mort «lu pape Léon et de l'ëlectioii du nouveau pontifei FiorentiDif pour éviter la persécution de Henri.

' Sigeb. GembL, anii. 1068*

* Sîgebart doQn«106é; Bardniaa elFiorentini ê'aceordent sur l'année lOâa.

^ Herrman,Ce>7i/rac^.^ann. 1055; Tschudi, ad ann. 1056.

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nua sa route, au temps de Pâques, par Paderborn, siège épiscopaP. De là il se rendit à Goslar, où il passa quelque temps, puis à Pérois^, résidence royale, sur les frontières de France et d'Allemagne. Dans ce lieu il eut une vive contestation avec Henri V de France ^, qu'il provoqua même en duel; mais le prudent monarquejugea à propos de se retirer sans bruit à la faveur des ténèbres ^ Bientôt l'empereur revint à Goslar pour y célébrer la nativité de la sainte Vierge. Là se trouvaient réunis presque tous les grands de l'Empire, pour recevoir le pape Victor ^; ils lui fi-

Ce1ui-ci, ainsi que Lambert (ann. 1066)9 appellent Othon, margrave dltalie.

' Padelbrunna, Lamb.

» C'est ainsi que l'appelle Lambert; d'autres disent Ivois, Ipsch, Yvoix.

^ Lambert (ann. 10ô6) en rapporte la cause : « A rege Francorum contumeliose atquebosliliter objurgatus(imperator) quod multa sœpe sibi mentitus fuisset, et qnod par- Lem maximam regni Francorum doio a patribus ejus oc* cupatam, reddere tamdiu distulisset. »

* Proxima nocte fuga lapsus.

'^ Ce voyage du pape a été contesté. Platina [de Fitis Pontif, roman.y p. 161) dit : « Sunt qui scribant, Victorem ad Henricum profectum : sed ego solum Hildebrandum eo profectum puto, qui auctoritate legationis fretus, Henricum tertium (iy),Henrici filîum, Caesarem créât. » Lambert (ann. 1056) dit, au contraire : « Imperator Nativitatem S. Marise Goslariœ celebravit, ibique Victorem papam, qui et Gebehart, magnifico apparatu suscepit hospitio, coîlectis scilicet ad ornandam tantœ diei solemnitatem cunctis pêne regni opibus et principibus. » Il en est de même de l'annaliste saxon, ann. 1057. Foy. aiissi Chron, Hirsaug,^ ann. 1056; Tschudi, ann. 1056. Cëtait vers l'automne, et Tem-

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[10661 DU PAÏ^E GRÉGOIRE Vil. 45

renl une réception brillante, et raccompagnèrent ensuite avec l'empereur, jusqu'à Botfeld^ Henri se livrait là au plaisir de la chasse, qu'il aimait beaucoup, lorsqu'il reçut la nouvelle qu'une puissante armée qu'il avait confiée à Guillaume, margrave de Saxe, et au comte Thierri, pour repousser les Luticiens, peuple barbare qui habitait la Saxe septentrionale, venait d'essuyer un grand échec ®. Les temps étaient bien malheureux : une épidémie violente enleva une foule de princes et répandit le deuil dans tout le pays'; la sécheresse des années précédentes fit naître une famine cruelle dans les provinces, et causa une misère générale. Ces malheurs réunis pesaient de tout leur poids sur l'âme de Henri ; une maladie subite le réduisit bientôt à l'extrémité \ Il repassa alors avec un sérieux repentir tout le cours de sa vie, demanda pardon à ceux qu'il avait lésés à son insu, et restitua toutes les terres qu'il avait enlevées injustement. En présence du pape et de tous les

pereur désirait que le pontife consacrât la cathédrale de SaiDt-Simon et de Saint-Jude à Goslar.

' Bourg impérial, entre Harz et Boda; aujourd'hui Quedlinbourg. Les empereurs saxons y allaient souvent à la chasse du cerf.

^Herrm., Contr,, ann. 1056. — Chron, Ursperg.^ p. 167, attribue la victoire aux Saxons, en sorte que les Luticiens payèrent un tribut, et livrèrent des otages. Le margrave périt dans le combat.

^ Annal. Saxonn^ ann. tO^\Chronogr,Wurtzburg.;AnnaL Hildesheim.

^ Gorreptus molestia corporis.Lamb.

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46 VIE ET PPWTIFICAT [IQ^

^nds de TEglii^e et de TEtat, il désigna son fils pour lui succéder ^5 la tutelle du je une prince de vaît être confiée à Timpératrice et au pape Victor. Sept jours après ^ ces dispositions prises, la mort vint l'enlever, au grand regret du pape, dupatriarche d'Aquilée, son oncle, frère du dernier empereur, de révoque de Ratisbonne, et d'qne foule d'autres seigneurs temporels et ecclésiastiques qui entouraient son lit. Janjais empereur, disait-on, n'était mort au milieu d'une réunion aussi illustre ^5 jamais perte n'avait causé une douleur si profonde et de maux plus funestes. Son corps fut transporté à Spire, et enterré, avec les honneurs •accoutumés, le jour de la fête de saint Simon et de saint Jude.

* 'B^PQù.yjinn., tnn. lûlifi ! « £lectioB6 regem constituit.» Bruno, ffisf.^ de st^xon, B^lUi : a IgleqUone communi. »

^ Le 5 octobre. Tschudi.

> NuHa FetPoraajor»i|iiiiie»oria, sine publica indietione, t0i Ulili»tr«9 p^r^pai» in umm confluxisse. Lamb.

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lum DU PAPE aejs&oïftE V4i. 47

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