‹ Histoire du pape Grégoire VII et de son siècle (volume 2)Chapitre 5 sur 18 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Airiaement de J^enri lY. — Premier roi des Romaips. tt- Réj^e&ce ^ Agnès. — Réaetioa centre l'autorité rofrale.— TurbiiieBoe dea grands. «^ tXéyuhm ^ Rodolpl)^4« $oaiibie. -^Otti/oi» 4£ JUor^' heim prÎTé de son dadië de Bavière. — Mission de Hildebrand auprès de Hemn IV.— Élection de Nicolas IL— Hildebrand porté â la tête des affsnres. — Concile de Sutri et de Latran. — Canons sur rélectlen des pontifes romalnfl.-^ erapfétemeiits des Nor- MABds. ~- Robert Guiseard deviest feudataire d« pape.>-Micol#« seuQiet les graada d« RiMue. r- ïcoubtes ée lftf«n. — $#iAr- Ariald. ^ Mort du p»pe. *— CooetUiMbe ^ 3é)43 et éiepU^n 4|b VantipApe Gadalous. — LeUr€;s ^ Pi&n(i D^çûf n. -^ M<»urs ^ temps.— Expédition de l'antipape C^dalottj» contre BAme. -- ^^taille du Mont-d'Or, — Anarchie de ritali^.— Afceodant de Annon de Cologne dans les çonseij^ du roi allemanc) , qui est 90JIStrait à la tutelle de sa mèfe* — Calomnies répandues contre Agnès* — Mauvatoe éducation de Henri.— Querelle entre Fabbé de Fttlde et l'éféque de l^desiielfli. ---Retraite d'Agnès.

Le Jeune Henri n'avait que cinq aijiS, et iji tenait le sceptpaV Mai^ m mèv^ A&m prÀt ^n wsÂn im rênes du gowfemement* : c'était une femme dîsl^qée par son esprit ^t par la &rin^té de «on earactère^, Daps son attitude caime, ellç savajl dé-

* h&» auieura ae mr^ ]MM d'4€eor4 supioe poÎAt ' Coneiorum jus^ii f>rÎBc|{Miiii. Bruno.

* YenereiïÀlii iniiil«r, -prodens, «t industrift wayiiaris. 4ShreH. Hlrsaog. — £11 çéoérM, tons le» ni.ofiliinèiît$ font f ëloge d« cettcfemme.'

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48 VIE Et PONTIFICAT. [1057]

tourner les orages, ou comprimer la fureur de ceux qui éclataient ^ Grâce à son administration, elle conserva le royaume tranquille^, en même temps que son amour maternel veillait soigneusement sur l'éducation de son fils^. La présence du pape exerça aussi une grande influence sur le caractère du jeune prince, tout en contribuant d'ailleurs à pacifier l'Empire ^ Le pontife, après avoir

'Quselantaarte periclitantis reipublicae staUimtutataest, ut Dihil in ea lumuUus, nihîl siraultalis tantœ rei novitas generaret. Lamb.-^EWe gouverna avec sagesse et fermeté, disent \esJ/inales siu:onnes.A.sen\inyJnn,^ Boior. lv:« Ipsa non muliebriter sunima industria, non minore prudentia atque justitia, festa omnium quiète atque otio, aviti paternique imperii liabenas quinque annos temperavit.

^ Anonymi Fita Henrici^ in Reuberi veter. script.

' Baron., Annal, Arnulf. Mediolan., iii^ 4.

^ Qui exinde compositis mediocriter, prout tune copia erat,regninegotiis {Xxx£^i. ^ Annal. Siixon.^ ann. 1057). Plurimum contulit ad firmamentum novi régis admodum pueri prsesentia romani pontifîcis.— Par sa médiation, les comtes Baudouin et Godefroijusque-là ennemis deFEmpire, furent réconciliés avec le roi à un concile tenu à Cologne. Que le pape ait eu une grande part dans les affaires de l'Etat et même dans Télection du nouveau monarque, c'est ce qui devient très-croyable, si ces paroles de Paul Bernried, c.60, sont vraies : «Henri ixsX^xk^permittente romanopontifice * ».

* Un des faits qui honorent le plus les papes au moyen âge, c'est la noblesse et la justice avec lesquelles ils administraient les Etats des princes mineurs, dont la tutelle leur était confiée. Sans appuyer sur l'exemple donné ici par Victor II, nous rappellerons au lecteur des traits non moins frappants dans la seule irîe d'Innocent III, qui eut tant de rapports avec Grégoire Vil, son illustre devancier. Jean-sans-Terre meurt en Angleterre au milieu d'une réprobation générale (1216), mais en laissant son fils au berceau k la garde du pontife romain. Un étranger est au sein du royaume : Louis d'Outremer, fils de Philippe-Auguste, voit tous les barons pour lui ; que

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réglé une foule de choses de concert avec les princes et le clergé, s'en retourna en Italie, où il mourut peu de temps après.

Cependant les grands s'aperçurent bientôt quel bras puissant leur avait été enlevé par la mort de Henri III; ils s'étaient montrés dociles, parce qu'il le fallait; ils avaient gardé la paix, parce qu'ils redoutaient un bras victorieux. Mais le désir de se venger sur sa postérité, la honte d'être gouvernés par une femme % et, par-dessus tout, l'esprit de révolte qui les dominait, les portèrent à profiter de la jeunesse du souverain, pour mettre leurs volontés à la place du droit.

* Verum cum postea principibus non vidcretur hones* tum nec lolerandum diutius^ a muUere imperium gubernari romanum. Chron, Hirsaug., ann. 1056.

deTÎendra l'orphelin royal ? Innocent veille sur lui avec une tendresse paternelle, excommunie ses adversaires, lui suscite des partisans, et en peu de mois le roi enfant est solidement assis sur son trône. « C'était dans le même esprit, dit un historien, qu'il (le pape) » veillait.... jusque dans les pays les plus lointains, sur le sort des » orphelins royaux des légitimes héritiers de la couronne; qu'il » sut maintenir dans leur droit et leur héritage les princes de » Norwége, de Pologne, d'Arménie (1199), les infantes de Portugal, » le jeune roi Ladislas de Hongrie, et jusqu'aux fils des ennemis de » l'Eglise, tels que Jacques d'Aragon, dont le père avait été tué en » combattant pour les hérétiques, et qui, captif dans l'armée ca« » tbolique, fut libéré par ordre d'Innocent ; tels encore que Fré- » déric II, l'unique héritier de la race impériale de Hobenstaufen, » le rival le plus redoutable du saint Siège; mais qui, laissé or- » phelin à la garde d'Innocent, est élevé, instruit, défendu par lui » et maintenu dans son patrimoine avec une affection et un dé* » Touement non plus de tuteur, mais de père. » (JÛdley,) T. n« 4

50 VIE KT JPONTmCAT [10Ô7]

La Saxe se souleva la première; là, led seignêtfi*d tinrent conseil^; ils rappelaient tout ce qu'ils avaient souffert sous l'empereur, et tout ce qu'ils devaient souffrir sous son fils, qui paraissait vouloir suivre les traces de son père *. Plusieurs étaient d'avis de détrôner le roi'. Cependant, tant qu'il leur manquait un chef, leur esprit turbulent n'avait rien d'arrêté. Mais il arriva que le comte Othon, frère naturel * du margrave Ouillaume ^ homme de génie et habile dans les affaires, ayant appris la mort de son frère, et voulant prendre possession de son héritage, revint de la Bohême , où il était relégué depuis longtemps. Les princes saxons lui donnèrent leur confiance; encouragé par eux, il conçut de hautes pensées, il voulut s'élever jusqu'au trône. Les grands favorisèrent ses prétentions, lui promirent fidélité, en lui offrant en même temps leur appui. On résolut donc de mettre à mort le jeune prince, dès que l'occasion se présenterait ^. Les parents de l'empereur, et tous ceux qui avaient à cœur les intérêts de l'Etat, prirent de leur côté la résolution

' i)e injuriis qitibus sub linperatore af fecti fuerant.

* Nec procul a fide aberat, fîlium in mores Vi&amque pa* tris pedibus^ ut aiuDt) iturum esse. Lamb.

' Le même qui avait combattu contre les LUticiè&s.

* Matrimonio imparii matre scilicet slavicâ nAltts. » Jâm a puero exulaVerat. Lamb.

^ Suivâût Lambert, aâti. 1057.

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[1057] DU PAPE GRÉGOIRE TH. 6t

de se rendre avec le jeune Henri en Saxe, pour y étouffer la révolte et s'assurer de la soumission de ce pays.

Vers là fête de saint Pierre et de saint Paul, ils se rendirent à une assemblée à Mersebourg\ pour délibérer sur les affaires du royaume : les seigneurs saxons y étaient invités. Chaque prince y alla à la tète dé ses troupes. Le comte Bruno ^ et Ecbert, tous deux cousins du roi et fils de Lîudolf de Brunswick, rencontrèrent, près de Mindorf, sur la Saal^, Tarmée d'Othon, qui marchait sur Mersebourg. Bruno et Othon nourrissaient l'un contre l'autre une haine alimentée autant par une inimitié personnelle que par des motifs politiques, lisse défièrent au combat*, les deux armées en vinrent aux mai^is; des deux côtés régnait une égale audace, une égale fureur. Le combat resta longtemps indécis^; enfin Bruno et Othon se montrent à la tête de leurs troupes; enflammés de colère, ils se précipitent l'un sur Fautre avec une telle violence qu'ils tombent de cheval

* Ërsenburg Lamb. adcurtem régis inMersburg. ArmaL Saxon.

3 Annal. Saxon.^ ann. 1057. Lambert l'appeUe Brun.

* Patrueles régis.— Lambert: Filii Liudolfî de BruDswick, oncle du roi.— Aventinles appelle «rébus militaribus praefcctî. »

^ Juxta vUlam qu» dicitur Nienthorp, secus fluvium Salicum.

" D'après Aventin^ Othon donna le premier : « Otho, signo dato, illos inyadit ; nec illi pugnam detractant,

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tous deux mortellement blessés ^ Quoique privées de leur chef, les deux armées continuèrent de combattre, sans que la victoire se déclarât*. Ecbert était aussi grièvement blessé; mais, plus affligé encore de la mort de son frère Bruno, il se jeta en furieux au milieu des plus épais bataillons ennemis, et tua le fils du comte Bernard, encore à la fleur de Tâge, et pouvant à peine porter les armes ^. Son glaive terrible mit bientôt les autres en déroute ; car ils résistaient plus mollement depuis la mort de leur chef. Ce combat rendit la tranquillité à la Saxe. Comme dans Othon on avait perdu la tète, les autres membres n'agirent plus ^ Tant il est vrai que, pour le bien comme pour le mal, rien n'est plus utile qu'un chef autour duquel les autres membres se réunissent et exécutent ce qu'ils veulent et ce que veut leur chef ^

Mais le feu n'était pas éteint en Saxe ; il couvait sous la cendre pour se rallumer bientôt avec plus de vivacité ; car il y avait dans ce peuple une cer-

* Ancipiti forttina, modo hue, modo UIuc inclinante. Asfentin,

^ D'après Lambert et Fannaliste saxon.

' Anceps pugna.

* Aventin l'appelle « alterum hujusce tumultns aucto« rem. »

* La quai cosa dimostra appunto Tinutilità d'una moUitudine sçqza capo. Macchiav,, Discorsiy i, c. 44. Maxime fort sage.

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li06T\ DU PAPE GRÉGOIRE VIL 5â

taine rudesse de caractère et un esprit guerrier qui ne lui permettaient pas de supporter patiemment un échec, ni de l'oublier sans en avoir tiré une vengeance éclatante; chacun était avide de pillage, et porté à vivre aux dépens de ses voisins *. Dans la même année, un certain Frédéric et ses frères ^ suscitaient des troubles dans différentes parties de l'Allemagne : mais les grands de l'Empire surent bientôt les contenir dans le devoir. Dans d'autres contrées, on vit aussi des germes de troubles et de divisions. La Souabe était jusque-là gouvernée par Othon, margrave de Schweinfurt : il mourut ^, et sur-le-champ Rudolf de Rheinfeld \ fils du comte Cuno, entra en pos-

' Saxonum gens efferata, nempe adhuc cruda carne vescuntur, finitîmorum spoliis qua&sluosa, vivere rapto more veterum Germanorum insneta..... obsequentes latrones cognominati. Aventin.

^L'annaliste saxon et la Chronique d'Ursperg s'expriment d'une manière aussi vague : « Tyrannidem in partibus Germaniae exercuerunt. »

' Lambert place sa mort en 1058; il en est de même de \di Chronique August, — Herrman, Co/ifr., met le mariage de Rudolf en 10ô7 et 1059, les Annales saxonnes en 1057. La C^n7/ii^ttedUrsperg l'appelle « dux Suevorum. »

* Rinveldon. Son histoire est décrite dans le savant recueil de Gerbert, abbé de S. Biaise, sous le titre de : De Rudolpho suevico^ comité de Rinfelden, duce^ rege, deque ejus inlustrifamilia, etc. ; per Martinum Gerbertum^monast, S. Blasii, in silva Nigra abbatem. Typis S. Blasianis, 1786. Ce fut lui surtout qui illustra sa famille; auparavant elle ne portait que le titre de comte Rheinfeld.

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U VIE JST PONTIFICAT [lOW*]

session d^ son, fi^f, à l'aida de rimpératrice Agpè$. Celui-ci prit d'abord le titre de duc de Rheinfeld» qui était une partie de la Souabe, Pour attacher 4 rjEmpire nn aussi vaillant guerrier, Agnès le fiança à sa fille Malthide, jeune princesse dont l'éducation était confiée à Rumold, évêque de Constance \ Mais, du vivant même d'ûthon, l'empereur Henri avait promis ce duché à Bertold d^ Zaringen, et lui avait même donné son anneau, afin qu'il pût s'en servir comme preuve de cette promesse. Après la mort de Henri et d'Otbon, le comte apporta cet anneau à l'impératrice, et lui rappela l'engagement. Elle 1^ reconnut ; mais le fief avait déjà été donné à Rudolf. Bertold en fut fort mécontent. L'impératrice, qui connaissait sa bravoure et sa prudence, lui offrît, en compensation, la seigneurie de Carinthie, qui se trouvait alors sans maître, parce que Cuno, duc de ce pays ^, venait d'être tué dans une tentative contre ses propres sujets *. Bertold

1 D'appès la Chronique d'Ursperg, p. 168, Rudplf parait avoir enlevé Matbilde à Pëvéque, et avoir alors obtenu d'Agnès le duché : « Mok post obitum imperatoris, filiam ejug Eumpldp Coiïst^iptiçim epi^copo coinmepdataiïî , utrum cpnsilip r^ptamîlP dolo nescilur, uxorem duxil, receptaim jaflfj ip gra^apï, eumdem duc^tuw ilH, cau3^ éliae, imperatri^ àe^it. i Larpbert le racoqte autrement, ^nn. 1058, stinsi que les ^an, saa:.^ anp, 10^7»

2 II fut le premier duc de ce pays. Lamb.

* Cuono, duxCapentiporvim, contractis ipgentibus copiis

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iXm] BU PAPE GRÉGOIKB VIL 55

S€t réQonciliâi, après avoir transmis sa nouvelle possesfiiipn à son fils, qui portait le même mm ^ Mais Henri IV, à l'instigation de quelques intrigants, donna ce même duché à un de ses parents, nommé Luitolf , et s'attira, par cette démarche imprudente, la haine de deux ennemis, S^rtold» toiqours si fécond en plans, chercha à tirer vengeance et du roi et de Rudolf. L'occasion qe tarda pas à se présenter. La Bavière avait pour duc le prince Othon, issu d'une antique famJllQ de S^Wi de la maison Boimenburg de Nordheim ; fils de Benno de Nordheim, homme de caractère, h^hile, prudent et sage dans tout ce qui pouvait le conduire à la puissance et à la gloire. Son frèra Sigefried, de concert avec deux frères Henri et Udon de Catalembourg, avait attaqué le margrave Eclcart, fils de Gonthier. On s'en plaignit au roi, qui fit retirer à Othon de Bavière son duché ^. Dans la Souabe, où tout était en désor* dre et en confusion , où les violences des grands vassaux excitaient à une haine implacable contre le pouvoir impérial, un vassal, nommé Conrad, fut tué par les troupes royales, et l'on répandit

ad oocopandiim ducatum sunm, quem tanto tempore, meta rebellionis, non inviserat, primam profectionem parabat ; scd morte prœyentus, cœptum lier non împlevit. Zam^.

I Annal, 5aj7o/i.,anu. 1057.

^ Ibid.

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le bruit que c'était par ordre du roi ^ Il n'en fallait pas davantage à Bertold pour soulever la Souabe et tramer une ligue contre le jeune souverain, avec le puissant Othon de Saxe. Beaucoup d'autres choses excitaient du mécontentement contre Henri; car tout ce qui se faisait contre la coutume et la loi, les malveillants l'attribuaient à la volonté royale.

Le jeune prince était à Mersebourg, avec sa mère et les princes de l'Empire, lorsqu'il vit arriver, de la part du saint Siège, Hildebrand, qui était alors abbé du monastère de Saint-Paul *. Victor II avait eu pour successeur Etienne IX , ce même Frédéric, frère du duc Godefroi, que nous avons vu entrer au couvent du Mont-Cassin; mais il est mort dans le courant de la même année, après avoir dirigé les affaires de l'Eglise pendant sept mois. Etienne n'avait pas les meilleures dispositions pour Henri ^; on lui a même attribué le projet d'élever son frère Godefroi sur le trône impérial, et de chasser les Normands de l'Italie; la mort en empêcha l'exé*

' Annal, Saxon, Ursperg.

2 Lamb., en 1058. Celui-ci appelle Hildebrand dans un endroit « virura et eloquentia et sacrarum Utterarum eruditione valde admiranduni. »

* Siint qui dicant S. pontificem in Henricum imperatorem hœreseos nomine invectum esse quod summorum pontiûcum auctoritatem diminueret, contempta religione, sprelo immortali Deo. Plat'ma,

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cution. L'évéque de Vclletri, nommé Mincius \ avait gagné par son or quelques grands, et entre autres le comte Grégoire de Tusculum ou Frescati ; aidé par eux, il parvint au trône pontifical ^, et prit le nom de Benoit X. Un grand nombre de personnes, parmi lesquelles étaient Godefroi, Hildebrand et Pierre Damien, trouvaient cette voie d'arriver à la papauté, non moins indigne qu'irrégulière. D'ailleurs Benoît, ignorant les choses saintes, sans esprit et sans énergie, était incapable de gouverner l'Eglise '. Aussi son élévation éprouvait beaucoup de difficultés. Etienne, même au moment de sa mort, avait recommandé qu'on ne fît aucune nouvelle élection avant que Hildebrand, qui devait être envoyé auprès de l'impératrice Agnès, fût de retour, afin que l'Église pût être dirigée par ses conseils *. Mais le parti de l'usurpateur domina dans Rome ; les autres furent obligés de quitter la ville pour

* Aventin l'appelle Jean, mais Amalric Auger, Mincius, Celui-ci ajoute : « Tune erat episcopus Valestiénsis, deîode per violentiam papa fuit factus, quare postea ipse papatui renuntiavit. » Lambert l'appelle Lateranensis quidam.

3 Platina : « Factiooe quorumdam nobilium. » Aventin : « Corruplis quibusdam Romanis pecunia. » Paul Bernried : « Iniquis atque importunis hominibus.«

» Suivant Muratori {Annal, d*ItaX.^ v), Pierre Damien parle de lui en ces termes : « Ita est homo slolidus, deses ac nullius ingenii, ut credi possit nescisse, per se talia {sa criminelle usurpation) machinari/»

« Pelrus Damian., Epist.^ m, 3. Léo Ctet., ii, 100.

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58 TIR BT FONTIFIGAT imT]

ne pas ixposer leur vie. Dés qm V'mpémrm eut appris, par Hildebrand, cq qui se passait à Rome, ellç l'y renvoya sur-le-champ pour réprimer ces désordres, de concert avec Godefroî- Tous deux reconnaissaient dans l'évèque de Florence un homme estimé par sa vertu et ses rares talents. Ce fut alors sans doute qu'ils envoyèrent ^ la çQur d'Allemagne une nouvelle ambassade, car dans Rome il n'y avait personne qui fût digne de porter la tiare. Les députés trouvèrent Henri a Marpuva (Nissa), sur les frontières de la Hongrie et de la Bulgarie, et lui parlèrent en ces termes : « Autant qu'il sera en leur pouvoir \ les Romains » vous conserveront la même fidélité qu'à votre » père. C'est pourquoi ils n'ont encore choisi » personne pour le trône pontifical actuellement » vacant; ils ont voulu connaîtra auparavant vos » intentions; ils demandent donc que vous en^ » voyiôï celui que vous jugerez le plus digne. » Personne ne s'opposera à vos ordres, si ce n'est » celui qui est arrivé à cette dignité non par une ^ élection légale*, mais par des voies détournées- » Pendant que Henri délibérait avec les grands sur ce choix, qui tomba enfin sur Gérard de Florence',

* Quoad possent.

^ Lftaib.,«Qji. 1069 3 U eat certain qm Gérard da Florence fut proposé.

' la quam et Eemanorum et Taiiionicomm studio çonsenseraot. Lamb.

Voigt n'f st point ici «s^aot. Par les çoio» de Hild^brand,

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£t068] DU PAPE OWlGaiRi TH. S»

Hildebrsind tenait en Toscane nm dSiambléç qù Benott fi|t condamné, et Gérard promu ^t con^ firme \ Hildebrand se conduisit en cette oooa^ion avec une prudence consommée; il voulut Mw comprendre par cette élection que la volonté royale ne suffisait pas pour faire un pape. J^e nouveau pontife prit le nom de Nicolas II ^,

Comme Hildebrand avait le plus contribué à ce choix, le pape suivait en tout ses conseils; et Hildebrand savait d'avance qu'un tel homme oon*^ viendrait admirablement à raccomplissement de sesvues. Tout oe qui se fit sous le règne de Nicolas tendit à Texécution du plan que HildelMranddéve-^ loppa toujours davantage dans la suite, L'^stim^

rëlection oanQnique était faite avant qu'on eût envoyé à Tempereur. Celui-çi, ou plutôt sa mère AgQès, ne fit que confirmer le choix fait par l'Eglise. F, Tabbé Flewry. Au surplus, on voit ici un coup d'adresse de Hildebrand. Il voulait, avant tout, rendre l'électioi) canonique, el mena' ger ensuite la susceptibilité du roi dont on pouvait 9Yoir besoin pour chasser l'intrus. ( Note du Traducteur,)

<Quod non per ostium, quemydmodum dicebat, sed per vim et largitionem intrasset.

' Peut-être sera-t-il possible de concilier les différentes opinions, en disant: !<> que l'élection eutlieu:«Hildebrando instante » (Platina) ; 2^ qu'il fut choisi en Allemagne et en Italie en même temps. Paul Bernried dit : « Illi (legati) in Germaniam, ubi Augustam devenere Gerhardum pastorem postulant. » Platina : « Sunt tamen qui scribant ha ne electionem Senis (Siena) factam, cum libéra suffragia Romœ et faclionem quorumdam potenfium haberi pon po#9«nt. » Fiorentini dit même que la consécration ne put a^ fair^} 4 Rome, parcç que Benoit y ^tait eA<:oro.

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60 VIE ET P0N11FICAT [1069]

et la réputation de savoir et de piété qu'avait le nouveau pape ^ donnaient à tout ce qu'il faisait du poids et de la dignité. Protégé par les forces militaires que l'impératrice avait mises à la disposition de Godefroi, il se dirigea vers Rome, mais se rendit auparavant à Sutri, à un concile auquel assistaient les évéques de la Lombardie et de la Toscane, ainsi que la plupart des seigneurs de l'Italie*. Benoit y fut déposé et exilé à Velletrî', vers le commencement de Tannée 1059. Il ne paraît pas que ce concile ait rien fait pour la réforme générale de l'Église. Cependant, aux yeux de tous les hommes sages et clairvoyants, elle devenait plus que jamais nécessaire; suivant l'opinion universelle, il fallait un changement complet depuis le chefjusqu'aux membres. Le scandale qu'avaient fait naître l'élévation et la déposition de l'antipape dépréciait trop le saint Siège pour que le nouveau pape ne se laissât pas guider facilement par Hildebrand, qui était résolu a se servir de Nicolas pour faire un pas de plus vers l'accomplissement de ses désirs.

' Pelrus Damiao., Episi,, m, 4: « Bene litteralus est, et viyacis iogenii, sine suspiciooe caslus, in erogandis elee* mosynis pius. »

* Godefroi s'y trouvait avec Mathilde. Platina.

* Fiorentiol : « Oche spicito dal rimorso deU a propria coDScienza, o che dal zelo de' buoni cattoHci doppo la canonica elletione di Nicolao ne fusse cacciato. »

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Jusqu'alors Télection du souverain pontife avait l'affaire du clergé et du peuple romain réunis à l'empereur *. A chaque vacance ces trois partisse laissaient guider par leurs propres intérêts : de là des discordes, des schismes, et toutes sortes de maux. Le clergé, corrompu et livré à la débauche, ne semblait plus digne de nommer un pontife. Le peuple venait de montrer le vice de ses élections par son appui donné à Benoit; enfin, les choix de Henri III avaient clairement démontré que l'empereur n'avait pour but que d'étendre sa puissance en Italie par le moyen de celle du pape. Hildebrand voulait remédier à tout par l'entremise de Nicolas. Au mois d'avril de l'année i059, un concile fut convoqué à Latran; cent treize évoques s'y réunirent K Les schismes qui eurent lieu précédemment au sujet des élections pontificales furent le principal objet de leurs délibérations. Il en résulta une règle fixe et précise sur cette matière. « Pour écarter à jamais ces désor- » dres, dit Nicolas II, nous ordonnons, suivant

* Cependant Tauteur a admis plus haut que le consentement de Tempereur était une innovation, et que son unique but était de mettre fin aux scandales qui désolaient le monde chrétien lors des élections papales. Les contemporains le présentent aussi sous le même jour : le mot jusqu'alors est donc employé faussement ici. {Audley,)

« Labbe, Collect. ConciL^ t. ix, p. 1103. Les canons se trouvent dans Coleti, Sacro-Sancta Conciliay t. xii, p. 50, ou dans Muratori, iScr. rer, Ital^ t, if, p, 2; in Chron. Far-^^ /ens,, p. 645,

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I» tlE tnt JWNTIPICAT [109*1

n les dispositions des Pères, que, le pape venant » à mourir^ les évèques-cardinaux, avant tout le » monde^ traitent ensemble de l'élection , qu'ils 9 y appellent ensuite les clercs-cardinaux % et V que tout le reste du clergé et le peuple y » donnent leur consentement, prenant bien garde » que le venin de la cupidité ^ ne s'insinue quel- » que part; que les hommes les plus religieux » soient à la tête de l'élection, et que les autres 9 suivent ; que le pontife soit choisi dans le sein » même de l'Eglise de Rome, s'il y a un sujet ca- » pable; sinon dans quelque autre^ sauf l'honneur » dû à notre cher flls Henri, présentement roi, et » qui sera^ s'il plaît à Dieu, empereur, comme » nous le lui avons déjà accordé*; qu'on rende le » même honneur à ses successeurs, à qui le saint » Siège aura personnellement accordé le même

' Clericos cardinales adbibeant.

2 Morbus venalitatis.

^ CoieiijSacr.'Sanct,ConciL'—liSLronms{Jnnal,y aDD.1059) donne ce canon en ces mots : «EUgatur autem de ipsius ecclesiœ gremio, si reperitur idoneus ; vel si de îpsa non inyenilur,exaliaassumatur, salve débite honore et reverentia dilecti filii nostri Henrieî, qui in prœsentiarum rex habetur et futurus imperator, Deo concedente, speratur, sicut jam sibi concessimus et successoribus illius, qui ab apostolica sede personaUter hoc jui impetraverint. Quod pravorutn atque iniquorum hominum ita perversitas invaluerit, ut pura, sincera atque gratuita fieri in Urbe non possit electio, Cardinales episcopi cum religiosis clericis, calholicisque laicis liéftt pauds, jus potestalis oblineant eîigere apostolicaë SCdîs pontificem, ubl congrue viderint.» (To^. aussi Labbe.)

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[imi] DU PAPE eHÉGOttE Vtl. 63

» droit. Si le pouvoir des ûièchâhtâ empèdhe » de faire à Rome une élection légitime, leià j> Cardinaux- éirêques, unis au clergé et aux » laïques , quoique en petit nombre , auront » droit d'élire le pape dani; le lieu qu'ils jugeront

* à propos. Si, après Télection faîte, ott s*Op-

* pose, au moyen de troubles et d'autres actes dé » méchanceté, à ce que l'élu soit intronisé dans » le saint Siège selon la Coutume, il n*en aura jf pas moins l'autorité de gouverner l'Eglise et de V disposer de ses biens, comme saint Grégoire » Ta fait avant sa consécration *. Si quelqu'un^ » par violence ou par présomption, est élu, or^ n donné ou intronisé au mépris dé ce statut, qu'il » soit anathématisé et déposé avec ses complices, » qu'il soit rejeté comme l'Antéchrist, comme « l'ennemi et le destructeur de toute la chrétienté*; » qu'il soit frappé d'un anathème perpétueFj qu'il » soit du nombre des impies qui ne ressuscite- » ront point au jour du jugement; qu*îl ressente » la colère du Tout* Puissant; que le Courroux » des apôtres saint Pierre et saint Paul, dont il ose » troubler l'Eglise, le poursuive dans cette vie et » dans l'autre; que sa demeure soit déserté^ et

* que personne n'habite dans sa maison ; que ses

* Disponendi ûmneà facuUatieâ ejus.

■ Bârbd., Jnnal.y atin. 1059 ; Pktina^ de t^ila îficôL II. ' Isndn ApôstoUctiS, sed apôstàticus.... liceat, illuiu et praedonem anathematizare. Platina.

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* enfants soient orpfielins et sa femme veuve * ; )» qu'il soit saisi de frayeur, lui et ses enfants ; » qu'ils soient contraints de mendier et chassés » de leurs demeures ; que l'usurier recherche et » enlève ses biens, et que les étrangers lui ravis- » sent le fruit de ses travaux ; que la terre entière »et les éléments conspirent contre lui; que les » mérites des saints le confondent et amènent sur yf lui une vengeance éclatante * . »

Environ quatre-vingts personnages, tant archevêques qu'évêques, diacres et prêtres, parmi lesquels étaient Hildebrand et Pierre Damien, signèrent ce décret. Ils furent donc couronnés du plus heureux succès ces efforts constants faits avec tant de prudence et de zèle, et qui tendaient à laisser à l'Eglise seule le droit d'élire les papes, et à ôter leur élection aux caprices des

* Certaines gens du monde ont cru découvrir dans ces paroles le mariage des pontifes. C'est une niaiserie qu*on a de la peine A concevoir, quand on connaît la sévérité dé Hildebrand à ce sujet, et qu'on considère que le concile se sert ici des malédictions de l'Ecriture, et des Psaumes en particulier, oh l'on trouve ces mots : Fiant filii ejusorphani et uxorejus vidua, ps. 108. {Note du Trad,)

* Comme ce décret menaçait d'enlever à Tempereur toute son influence sur Télection du pontife, on dit que Fantipape Guibert l'avait altéré aliqua addenda atque minuendo^ ainsi que le prouve le cardinal Deusdedit dans son livre Contra invasores simoniacos. On a aussi prétendu que ce fut lui seul qui inséra Tanathème qui se trouve à la suite du décret. (Baron. A. C.) Quoi qu'il en soit, l'homme avait besoin d'un plus fort aiguillon et d'avertissements terribles dans un temps oii il n'agissait point par persuasion.

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princes temporels. Il est certain que ce canon était le chef-d'œuvre de la sagesse pontificale, ou plutôt de celle de Hildebrand. Il enlevait à l'empereur le droit d'approuver l'élection des papes , droits que jusqu'alors on ne lui avait pas contestés. Le canon n'en parle pas expressément; mais il ledit assez en exigeant que l'empereur obtienne du pape même le droit d'approuver les élections.

Dans le même temps, les Normands, après avoir conquis tout ce que leur avait accordé l'investiture du saint Père, s'emparèrent de la Pouille, sous la conduite de Ilumphred , le même qui avait combattu contre Léon IX. Robert Guiscard, de son côté, avait soumis la Calabre,d'oà il faisait souvent des excursions sur le territoire greCi Quand Humphred fut mort (1057), et son fils Bacelard chassé du pays ', il fit venir de Normandie son frère Roger ^. C'était un jeune homme d'une beauté extraordinaire, d'une taille svelte, quoique robuste; éloquent dans les conseils, plein de prévoyance dans l'exécution, aimable et accessible à tous, et pourtant brave jusqu'à l'héroïsme sur le champ de bataille ^. Il entra dans la Calabre. La terreur de ses armes et de ses stratagèmes jeta partout l'effroi ; les villes envoyaient demander

* Sigonius, Hist. Ital.^ lib. ix. Platina , in Fita Nicoh Gianuone, p. 54.

* Si&mondi, Hist. des RépubL ital., i, p. 863. ' Gaufred. Malat., i, c. xix.

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06 VIB ET PONTinCAT [10S9]

la paix; comme prix de leur soumission, ap« portaient de riches rançons» et s'obligeaient par serment et par otages. Robert avait cru arriver au comble du bonheur en appelant à son secours Roger; son frère; mais celui-ci n'épargna pas même les possessions et les biens de Guiscard. L'envie alla jusqu'à l'ol^ense : de là la guerre entre les deux frères.

Robert, croyant la Galabre perdue pour lui, et voyant dans la Fouille un théâtre continuel de désordres, dépécha un messager vers son frère pour lui proposer un traité, et puis il lui donna la moitié de la Caiabre avec une partie de son armée pour assiéger Reggio. Cette place fut bientôt emportée. A mesure que croissait la bonne for-^ tune de Robert, son orgueil et son arrogance dépassaient toute limite, tellement que le titre de comte ne lui semblait plus en proportion avec sa puissance : il prit donc celui de duc de la Ga« labre et de la Fouille ^ Tel fut l'orgueil de ces princes, parce qu'ils ne redoutaient personne et qu'ils ne se confiaient qu'en euX'^mémes.

Les empereurs grecs passaient sur le trône comme des ombres; uniquement occupés de leur propre salut, ils sacrifiaient toutes les possessions

* Léo Ost, III, 16.D'autres disent qu'il obtint ce titre du pape (du moins qu'il lui fut confirmé), ou bien des grands de la Fouille. Comparez Giannone, p« 54«

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d'Italia à une vie indolente. Quant à Henri, le duc s'en inquiéta si peu, qu'il lui écrivit des let« très insolentes et traita avec ûe^té les grands de la cour ^ Bientôt il ne respecta pas même le ter-< ritoire de l'Eglise ^; le pape en fut indigné, et après l'avoir averti inutilement, il le frappa d'excommunication. Robert pensa qu'une rupture avec le pontife lui serait plus funeste qu'avec tous les princes temporels. Hildebrand avait déjà dis-" posé Nicolas à la paix, lorsque le duc lui envoya une ambassade pour lui offrir satisfaction et lui signifier qu'il voulait vivre en bonne intelligence, Nicolas se rendit à Melfe^ où il avait convoqué un synode et donné un rendez^^vous au duc. Celui-ci y vint avec toute la noblesse normande. Le pape recouvra les terres que TÉglise avait perdues, et après avoir levé l'excommunication, il attacha si bien le duc au siège de Rome, qu'il consentit à recevoir de ses mains une bannière, comme vassal du saint Siège, et à accepter la PouiUe et la Calabre à titre de fiefs ecclésiastiques ^. Nicolas

* Aventin., Annal, Boior, « Soli Deo immortali se dicto audîentes esse, cunctos mortales pro ho^ibus ducere qui cum vellent, congrederentur, iatellecturos quid virtute IHormanni possent. » Baron., AnnaL, ao. 1058, 1069.

' Platina dit que Robert avait étendu sa puissance jusque sur Troie, « quae pontificibus Romanis parère oonsueverat. »

* Léo Ostiens., ui, Id. Piatina* Cependant Robert avait pris ces deux contrées aux empereurs grecs.

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6S VIE ET PONTIFtCAT [1059]

lui confirma ses prétentions sur la Sicile, moyennant une redevance annuelle \ et Robert, le reconnaissant pour son seigneur, prêta entre ses mains serment de fidélité ^. Le pape reconnut son titre de duc '; et Guiscard promit de son côté d'être soldat de TEglise et de la protégerdans toutes ses nécessités *. « A partir de cette heure, » dit-il, moi, Robert, par- la grâce de Dieu et de i> saint Pierre, duc d'Apulie, de I9 Galabre, et, » par la suite, de la Sicile, je jure d'être fidèle à » la sainte Eglise romaine, et à vous, mon seigneur » pape Nicolas. Je n'aiderai ni de mes conseils ni » de mes actions ceux qui conspireront contre » votre vie ou votre liberté. Je promets de sou- » tenir contre tous les hommes, et selon tout mon » pouvoir, la sainte Eglise romaine, chaque fois » qu'il s'agira de la conservation et de l'acquisition » des biens de saint Pierre, de ses domaines. Que » mon appui vous soit assuré, afin que vous gou- » vernies honorablement l'Eglise, le pays et la ;i^ principauté de saint Pierre. En outre, je ne » me permettrai jamais ni invasion, ni conquête,

* Ils devaient lui payer « censum quotannis per juga boum singula deoarios duodecim. » Léo Ostiens.

^ Dans lé serment, il l'appelle son seigneur. ' Dueem créât.

* S. Rom. ecclesiœ ubîque adjutor ero ia^ tenendum et ad acquirendum regalia S. Pétri ejusque successojces pro meo posse, contra omnes homines, et adjuvabo te, ut secure et bonorifice teneas papatum roixumum, terraia S. Pétri et principatum.

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» ni pillage sans votre autorisation ou celle de vos » successeurs. Toutes les églises qui se trouvent »dans mes domaines, je les remets entre vos > mains avec leurs dépendances, m'engageant à » les défendre fidèlement. Et si vous ou un de vos » successeurs mourez avant moi, alors, de l'avis » des cardinaux, du clergé et des laïques, je veillerai » à ce qu'on choisisse et qu'on consacre un pape » qui soit digne du siège de Pierre. Voilà ce que » je m'engage à remplir fidèlement envers l'Eglise » romaine, envers vous et tous vos successeurs, qui » voudront me confirmer l'investiture que vous » m'avez donnée'. »

C'était là un troisième pas vers l'exécution du plan de Hildebrand. Il n'est pas facile de déterminer la part qu'il eut dans toutes ces négociations. Qu'il y ait beaucoup travaillé, cela est d'autant plus probable, que Nicolas, sans ses conseils, n'aurait pas réussi dans une démarche de cette importance, et que Hildebrand exerçait déjà une haute influence dans toutes les affaires de l'Eglise. Ainsi, outre la puissance de la parole , le pontife avait maintenant la force du glaive; et, outre une armée permanente d'ecclésiastiques répandus dans

*Le serinent se trouve dans Baromus,^/2/2a/.,ann. 1059* Les dernières paroles sont : « Qui mihî firmaverint învestituram, a te mihi concessam. » Le sénateur, à Rome, faisait à TEglise romaine un serment tout à fait 'semblable, du temps d'Innocent III. Voy. Storia diplom, de senatori di Roma, p. 82.

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yo VIB ET PONTIFICAT [10503

toute la chrétienté, il avait à ses ordres une armée de laïques, avec laquelle il pouvait accomplir ce qu*il désirait.

Aussi Nicolas résolut de montrer sur-le-champ tout ce que le saint Siège avait gagné par la coalition avec le prince normand. D'après son avis, Robert rassembla une armée formidable ^; et comme, avant cette époque, les comtes dte Tuscu^ lum et d'autres princes qui vivaientà Rome avaient souvent nui au saint Siège et l'avaient déshonoré par des sujets indignes élevés sur le tr6ne pontifical^ il se jeta à la tête d'une armée normande dans la Campanie, dans le territoire des Prénestins, des Tusculans et des Nomentains, et se vengea de tous ceux qui résistaient à ses avertissements. Passant ensuite le Tibre avec une infenterie nombreuse, et avec des frondeurs, il attaqua Galère, qui fut ruinée. Il attaqua également les villes du comte Gérard, reprit toutes les forteresses jusqu'à Sutri, brisa ainsi l'orgueil des grands *, délivra TEglise de leur tyrannie, et fit respecter les possessions du saint Siège.

L'Eglise de Milan était alors dans une hor-

* Platina, in Fita NicoL Aragonîus, cardinal. Baron., JLnnal.

* Po8t mulla denique damna, et exspoliationes, capitaneorum cervicositas valde destructa, redire ad mandatum et subjectibnem damni pontifiais coacta est, liberata urbé ab eorum tyrannide, et in suum statum Ëcclesia restituta. Aragon, cardinal., dans Muratori, Scr. rer. ItaLy t. m, p. 801*

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limH DU PAPE GRB60IRB VW 71

rible confusion. Un diacre nommé Ariald, issu d'une famille distinguée, et natif du bourg de Gutiaco S entre Milan et Gôme, homme remarquable par sa piété et son zèle dans les choses de Dieu, avait depuis longtemps éprouvé un violent dégoût et une tristesse profonde à la vue des divisions des Milanais et des habitants de Pavie, occasionnées par la dissolution du clergé. Aimé et vénéré de tous, il laissait échapper dans son zèle phis d'un mot piquant contre les ecclésiastiques^. Il trouvait qu'il était contre les Ecritures qu'un évéque suivit ses penchants et allât jusqu'à oublier ses fonctions dans le tourbillon des passions humaines. Il s'en expliqua souvent en ces termes devant le peuple. La vérité lui attira des ennemis : il s'unit donc volontiers à un puis* sant bourgeois nommé Landulf, qui avait les mêmes sentiments. Par eux, le peuple s'irrita contre le clergé; il en résulta bientôt des injures, des sarcasmes et des scènes violentes. Les chefs de l'Eglise délibérèrent souvent pour savoir comment ils pourraient étouffer l'esprit de révolte, sans toutefois abandonner complètement leurs coupables habitudes. Mais quand une idée s'est

* CiUi Domen Gutiacum.

^ Dum litterarum vacaret studio severissimus est legis divinœ înterpres, dura exercens in clericos solos judicia. Arnulf., Hist. MedioL, n, c. S.~-« Diumultumque pro custodio sacrarum legum adversus Simouiacos et Nicolaitas in defesso studio laboravit. » Baron.» Annal.^^jm. 1066*

une fois emparée d'un homme, il est immuable dans ses volontés et dans ses actions. Le peuple ne se laissa pas mener hors des églises, il poursuivait les prêtres de ses railleries et de ses huées, il les insultait sur la place publique. Etienne IX gouvernait encore l'Eglise. Le clergé de Milan lui fit des plaintes sur la violence d'Ariald et de Landulf. D'après le conseil du pape, l'archevêque Gui convoqua un synode à Fontanetum. Mais Ariald et Landulf, quoique sommés d'y comparaître, ne s'y rendirent pas et encoururent Texcommunication. Alors, partout où ils allaient, il se rassembla autour d'eux une foule nombreuse qui ne respectait plus ni les églises ni le service divin , donnant le nom de simonie à tout ce que faisaient les clercs, ets'écriantà la vue d'un prêtre : Vous êtes despatarins^. Ariald se rendit à Rome, où il exposa la malheureuse situation de Milan, ses vues et celles de Landulf. Les Romains se laissèrent persuader. Pi^re Damien, récemment élevé àl'évêché d'Ostie par Nicolas, fut informé de cette affaire. Le pape résolut de traiter avec douceur les prélats dont la conduite était irrégulière, afin de ne

' On ne peut donner aucune bonne explication de ce sobriquet. Arnulf,dans son Histoire de Miian,iv^ c. ii, le fait dériver de [«aôoç, trouble ; ainsi PafaW/z< signifierait pertur^ hatoresy fauteurs de troubles. Sigonius, 1. ix, en donne une autre signification : « Sacerdotes, qui uxores habebant, prse pu dore separatim a cœteris, rem divinam facere cogebantur in loco, qui patarla dicltur; unde a pueris Patarini dicebantur. » Baron., Annal,^ ann. 1059.

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point déshonorer leur ministère par une sentence publique. Il chargea donc Pierre, en lui donnant toute autorité, de négocier secrètement avec eux, afin de les ramener à de meilleurs sentiments. Mais révoque d'Ostie, n'ayant point réussi, engagea le pape à se servir de son autorité apostolique, sans s'arrêter à des considérations humaines \ Le saint Père suivit le conseil d'un homme aussi pieux ; il résolut d'arracher l'ivraie sans pitié. Il envoya donc à Milan quelques hommes sûrs parmi lesquels figuraient ce même Pierre Damien et Anselme, évèque de Lucques^. Hildebrand, qui avait été récemment nommé archidiacre de l'Eglise ro-

* La lettre de Pierre Damien au pape est dans Barouius, Annal. Il s*y élève avec une grande énergie contre la vie condamnable des prêtres du temps : « Si hoc malum esset occultum, faerat fortasse utcumque ferendum, sed heu scelus! onmi pudore postposito, pestis haec in tantam prorupit audaciam, ut per ora populi volitent loca scortantinm, nomine concubinarum, etc., et nequid his assertionibus déesse videatur, testimonio sunt discursio nuntiorum, effusio muuerum, cachinnantium joca^ sécréta colloquia *• »

* Arnulf {flisu Mediol.^ ii, c. xii) met Hildebrand au nombre des légats. Mais ceci n'est guère probable à cause de la lettre de Pierre à Hildebrand, dans laquelle il lui rend compte de sa mission. Foy, la lettre dans Baronîus» Annal. , ann. 1059, n"* xlv.

* Si le mal était grand dans TEglise, Dieu animait anssi ses servitears d'un xèle ardent de le détruire. Pour en donner une idée au lecteur, nous avons placé cette lettre de Damien (n. E) à la fin du volume. {Audley.)

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74 VIE ET PONTIFiOAT [iWlS\

indiiie> s'intéressait vivement à toutes ces affiaii* res. Pierre lui envoya un rapport détaillé de tout ce qu'il avait fait* Le lendemain de son arrivée, le peuple s'ameuta d'une manière effrayante; on murmurait de ce que l'Eglise de saint Ambroise dât se soumettre aux ordres de Rome, puisque jusque-là elle avait été libre. L'Eglise romaine, ajoutait-on, n'avait aucun droit de juger ou de régir celle de Milan. La foule se précipita vers le palais épiscopal ; on sonna le tocsin, et quelques amis conseillèrent au légat de mettre sa vie en sûreté, parce que, dans sa furie, le peuple avait soif de son sang. Ce qui augmenta encore l'exaspération, c'est que, dans l'assemblée du clergé milanais, le légat plaça l'archevêque à sa gauche, et Anselme de Lucques à sa droite. Damien se présenta lui-même au peuple, et parvint, par ses paroles, à calmer sa fureur. Il prouva la préséance et la supériorité de l'Eglise romaine, de laquelle était sortie celle de Milan, comme une fille de sa mère. Gui, de son côté, exhorta avec énergie les assistants à laisser cet habile médecin guérir les maladies du clergé ; il lui fit sentir qu'il fallait bannir des fonctions saintes la vénalité et la vie déréglée, comme le plus grand fléau des serviteurs de Dieu. Puis le saint homme s'en alla droit à l'autel, et jura que^ conformément aux vœux de l'Eglise, il travaillerait

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désormais sans relâche à l'extinûtion de la simo* nie et de l'hérésie des Nicolaïtes^; que^ s'il man*' quait à ce serment^ il appelait sur 6a tête l'anathéme de l'Eglise, la malédiction du ciel, et l'exil perpétuel. Tous les ecclésiastiques présents, et Ariald avec eux, firent le même serment entre les mains du légat. Le clergé s'imposa une pénitence publique, et Pierre les reçut tous avec joie dans le sein de l'Eglise.

Nicolas avait occupé le saint Siège pendant deux ans et demi, lorsqu'il mourut en 1061. Sa mort fit éclore de nouveaux troubles. Le temps était venu où les statuts de ce pape, sur l'élection pontificale, devaient porter leurs fruits. Les car^ dinaux, sur l'invitation de Hildebrand, s'assem-^ blérent, selon l'usage établi, avec la noblesse ro* maîne, et leur choix tomba sur Anselme, évêque

* s. Clément d'Alexandrie (Strom., 1. lu, c. 4, p. ê21 et 523) raconte que des hommes corrompus abusèrent d'une maxime de Nicolas, un des sept diacres de Jérusalem, établis par les apôtres. Il disait qu'il faut exercer la chair, et par là il entendait qu'il faut la mortifier et la dompter. De là le nom de Nicolaltes donné aux voluptueux.

D'un autre c6té, S. Irénée nous apprend que les Nicolaïtes étaient une secte de Gnostiques qui enseignaient les'mémes erreurs que les Cérinthiens, et il s'accorde avec leê autres Pères de TEglise en leur attribuant les maximes et la conduite des Gnostiques débauchés.

Vers l'an 582, sous Louis le Débonnaire et dans le xi" siècle, on nomma Nicolaïtes les prêtres, diacres et sous^iiacres, qui prétendaient qu'il leur était permis de se marier et qui Tiraient d'une manières candaleuse. f7<I.Baron., ann. 1059 ; Petr. Damiau.t et Bergier, Dict, théol {Audley.)

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y« VIE ET PONTIFICAT [10613

de Lucques, né à Milan, l'ami et le confident du roi; on lui donna le nom d'Alexandre II ^ Son humanité, sa douceur, son savoir, et Taustérîté de ses mœurs lui avaient concilié l'estime de tout le monde ^; en sorte que lestroubles naissants fu« rent bientôt étouffés. Robert Guiscard, fidèle à sa promesse, s'était trouvé à cette élection. Le moment était critique; tout reposait sur cette question, savoir si les règlements sur l'élection pontificale peuvent rester et passer en coutumes. Hildebrand travaillait de tout son pouvoir à les maintenir; il fallait des efforts prodigieux pour procurer à l'Eglise une complète indépendance; surtout parce que Nicolas, par son imprudente sévérité à l'égard des comtes de Tusculum, de Galère et de plusieurs autres seigneurs, avait créé au saint Siège et au conclave des ennemis irréconciliables, dont on prévoyait facilement la vengeance. Le peuple se joignit à eux en foule : on les appelait le parti du roi. Ils envoyèrent en Allemagne des messagers au roi Henri; et pour se l'attacher, ils lui firent présent d'un diadème en or, et lui donnèrent le titre de patrice des Romains '. A la tète de la légation, se trouvait le comte de Galère, qui était excommunié. On assembla à Bâle les évoques qui étaient restés fi-

* Baron., Annal, ann. 1061. Léo Ost., m, 20.

* Piatina, in VitaAlex, Sigon., ann.ioei.

' Herrmaii, Contr,^ continuation ^xxn, 1060.

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[1061] DU PAPE GRÉGOffiE VD, 77

dèles au roi et aux anciens usages. La plupart venaient de la Lombardie, guidés par Guibert de Parme, chancelier du roi\ L'assemblée était nombreuse ; on y résolut de prendre un chef de l'Eglise parmi les Lombards *. On s'éleva avec violence contre les canons de Nicolas II , on chercha à les faire rejeter comme erronés et illégaux. C'est à quoi travaillèrent principalement les archevêques dévoués à la cour.

Aussitôt que le conclave eut été informé de ces événements, il envoya au roi, en qualité de légat, Etienne, cardinal - prêtre et moine de Cluny, homme recommandable par sa sagesse et sa naissance. 11 avait des lettres de la part du saint Siège ; mais il ne put même obtenir audience; après sept jours d'attente, il eut à essuyer les injures du conciliabule, et se vit obligé de revenir à Rome, où il rendit compte de sa mission ^. Hildebrand voyait bien que c'en était fait de son plan et de toutes les autres institutions, s'il laissait monter sur le trône pontifical un des prélats lombards, qui étaient tous livrés à la simonie et à une vie dé-

* Homo nequissimus. IfîcoL Aragon,

* On avait appelé celte contrée le Paradis de l'Italie.

* D'après Muratori {Annal, d'ItaL^Bnn. 1061),il parut devant le roi au boul de sept jours. Dans Baronius, le dé* fenseurde l'Eglise romaine, et, d'après lui, Fiorentlni, soutiennent que les courtisans (aulici administrantes) ne voulurent point le laisser paraître.

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réglée ^ Il convoqua donc les cardinaux et la noblesse romaine, et, dans les premiers jours d'oo* tobre, on confirma l'élection d'Anselme après une vacance de trois mois ^. On pensait qu'en faisant cboixd'un telhomme^ on gagnerait plus sûrement le roi; mais dès que la nouvelle en arriva en Allemagne, chacun se mit à crier à l'illégalité et au renversement de tout ordre, parce qu'on s'était permis de nommer un pontife à l'insu et sans l'approbation du roi. A l'instigation du chancelier Guibert, on procéda aussitôt à la nomination d'un nouveau pape. En présence du comteGérard de Ga« ière, les évêques de Plaisance et de Verceil élurent Cadaloiis, évèque de Parme \ Aussitôt après cette élection, Pierre Damien écrivit à Gadaloûs, qui s'appelait Honorius II, une longue lettre % où il le suiq[)lia, dans les termes les plus énergiques, de rendre la paix à l'Eglise par un prompt retour à l'ordre; de ne point déshonorer encore une fois le saint Siège, et de travailler au contraire, comme

* Nicol. Aragon., in Fita Alexandri.

' Fiorentjni dit qu'il conserva en même temps son diocèse de Lucques, et signa toujours évêque de Lucques, à l'exemple de Léon IX (AnnaL)^ qui conserva son évéché de Toul, comme Mcolas II avait conservé celui de Florence. Lamb. Schaffn.

' Suum ipsius domesticum et familiarem aullcœ regiœ quasi alumnum.

^ Plusieurs auteurs appellent ce Gadaloûs un homme vil, un réceptacle de péchés et de vices.

^ Baron., AnmU., ann. 1061,

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tlàei] DU PAPE GREGOIRE YIIi 79

tous leâ autres, à éteindre le schisme ^ Cada-* loÛ6 vit dans ces paroles de paix, non Texpression d'un homme qui, renonçant à tout intérêt particulier, ne songeait qu'au salut de TËglise, mais d'une créature de son adversaire; il fit ses pré-paratifs de départ pour Rome. Alexandre avait déjà pris en main l'administration de l'Ëglise, et condamné l'antipape, lorsque celui-ci ramassait des troupes et de l'argent, dans le dessein de se mettre en état de menacer le pontife sous les murs de sa capitale au commencement de l'année suivante.

11 est évident que Hildebrand était le principal moteur de tout ce qu'on faisait pour l'Eglise, et de tout ce qui émanait d'elle. Gela était connu de tous ; il s'était donc attiré l'amitié des uns et la haine des autres. Le pape le fit son chancelier % lui confia la direction de toutes les affaires importantes; ainsi il s'approchait tous lesjoursdeplus

*■ Une pièce de vers termine celte lettre. En voici le commencement :

Heu ! sedea apostolica, Orbis olim glorîa Nuno proh ! dolor, effeoeris Offleina Simonls....

Ut quisquia apostolicam Sedem semel comparât, Redimere non desinat Donec maie pereat.

* Gancellarium pênes, quodofficiamuniyersaEeelesi» romance administratio veteretur.

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près de son but. Sans doute Pierre Damien n'approuvait pas tout ce qui se faisait, peut-être par envie, car les lettres qu'il écrivait dans ces temps en fournissent plus d'une preuve. Il demanda donc au pape et à Hildebrand la permission de se démettre de l'évéché d'Ostîe et de tout autre gouvernement; mais Hildebrand s'y opposa et refusa son consentement, quoique le saint Père trouvât convenable de soulager la vieillesse de cet homme laborieux ^ Cependant, malgré la résistance de Hildebrand, Pierre se démit de son évêché, et le pontife ne put le déterminer à rester plus longtemps près de lui. Il se retira dans la solitude, peut-être parce qu'il se trouvait éclipsé par le génie de Hildebrand '^. C'est vers ce temps qu'il

* Baron., Annal,, ann. 1061.

'* M. Voilât me semble attribuer k Pierre Damîanl des motifs iû- 4ignes de lui, et que je n'ai pu trouver dans ses lettres. Préoccupé longtemps par les idées de l'auteur, j'avais de la peine à me rendre compte de cet antagonisme subit de Pierre pour un bomme tel que Hildebrand. Une lecture sérieuse de ses lettres et des écrits de Baronius m'ont fait considérer la conduite du célèbre évéque d'Ostie sous un tout autre point de Tue. Damien éprouva de la part de Hildebrand une vive résistance, lorsqu'il manifesta le désir de se démettre de son évéché : c'était un homme trop précieux et les temps étaient trop difficiles pour que Hildebrand le vit s'éloigner sans regret. Cette opposition put vexer le vénérable réformateur, et peut-être lui inspirer ce singulier mélange de plaisanterie et de sarcasme qu'on trouve à cette occasion. « Il appelle l'archidiacre saint Satan, dit Baronius : Satan, c'est-à-dire son adversaire; etsaint^ parce qu'il agissait dans de bonnes intentions, et non pour lai-méme. C'était entre eux une sainte querelle, l'un voulant retenir un homme qui soupirait après la retraite, l'autre ne voulant pas être retenu. » Cette interprétation me semble jeter beaucoup de jour sur cette prétendue animosité, le style ampoulé de Pierre a

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fit un distique par lequel il donne à entendre que Hildebrand se servait du pape comme d'un instrument, et que lui seul mettait en mouvement tous les ressorts de la hiérarchie ecclésiastique. Voici ses vers :

Papam rite colo, sed Te prostratus adoro ; Tu facis hune Dom'inum, Te facit ipse Deum '.

Damien écrivit bientôt de sa solitude, au saint Père et à Hildebrand, des lettres dont une entre autres avec cette adresse : Au très-chéri élu de l'Eglise romaine et au fléau Assur^ Hildebrand^ de la part de Pierre^ etc.

Dans cette épitre il dit que Cadaloûs cherchait à gagner les Romains par la corruption^, ce qui Ta porté à se retirer des affaires publiques; puis il parle de Hildebrand avec ce ton singulier : « Peut-être ce tyran flatteur, qui s'est toujours

* BsLVon.yj^nnaL, ann. 1061.

' Les paroles de Pierre sont remarquables, môme sous le rapport du style. « Nunc etiam cum Simon ille, alternosus scilicet trapesita malleum et iacudem réparai, cum Romanam urbem veluti officinam sibi per monetarios pestiférée negotiationis usurpât. »

fait le reste. U est d'ailleurs à remarquer qu'après avoir arraché le consentement du pontife (extorsit ab invitîs), il se tint toujours à portée de répondre à tout appel que celui-ci lui ferait : « Namque in proposito sibi fuisse alibi narrât, ut manens in solitudine, semper cum obedientiajuberetyiade recederet, veioccasionesynodicelebrandœ, ?elsuscipiendœ l^ationis. » Baron.» ^/i/i., ann. 1061 , p. 285 et 288. {Audley.)

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apitoyé sur moi avec la compassion d'un Néron ' ; qui m'a aiguillonné en me donnant des soufflets; qui m'a, pour ainsi dire, caressé avec des serres d'aigle, se plaindra de moi en disant : Voyez, il cherche un coin pour se retirer, et, sous prétexte de pénitence et de mortification, il s'eflForce de quitter Rome, et cherche^ la fraîcheur de l'ombre pendant que les autres se précipitent dans le combat. » Mais je dirai à mon saint Satan? ce que les enfants de Ruben et de Gad répliquèrent à Moïse, leur chef : « Nous marcberops au combat » ceints et armés devant les fils d'Israël, jusqu'à » ce que nous les ayons conduits à leur demeure. S'il a renoncé au monde, dit-il, c'est « qu'il ne pou- » vait plus vivre avec ceux dont les mœurs s'éloi- )> gnaient si étrangement des siennes ^. Les temps » ne sont plus où la pudeur, la vie austère et la pu- » reté ecclésiastique étaient en honneur. Car, » pour déverser le blâme sur moi seul, vous

* Qui mihi nerooiana semper pletate condoluit, qui me colaphisando demulsit.

* Il Lui donne souvent ce titre; il l'appelle encore « fiostilis amicus meus dominus archiepiscopus v (epist. i, 2). Comme un jour Damien se plaignait d'une maladie dont il souffrait, il dit : <i Sed hoc uberius non exaggero quia dum gemitum et compassionem ex fraternà cœterorum sodaltum meorum carilate requiro, à suromo m/eorum amicorum domino videlicet archidiacono (Hildebraad) rifiuiQi extorquentem non ambigo. »

3 Ses lettres, quoique très*hyperboliques, sont très-inslructiyes pour ces temps.

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n voyez qu'aussitôt que je parais auprès de vous, » on n'entend plus que des saillies, des plaisante- » ries, des bons mots, des propos mondains, des 1^ conversations inutiles, qui nous font prendre » plutôt pour des parleurs que pour des prêtres. » Si nous entamons une conversation, elle tombe » toujours tôt ou tard sur l'adultère et la débau. » che, qui ôtent toute la vigueur à notre âme; au » lieu d'un entretien sérieux, on n'entend que des » éclats de rire et des facéties déshonaêtes. Tout ^ respei^ pour le prêtre est pa^du^ et cette con*^ » duite exemplaire qui doit servir de modèle aux » autres ne se retrouve plus. Etâfors, si, pénétrés » de honte et de crainte, nous voulons nous te-* » tirer, nous sommes des êtres inhumains, rusti- » ques, des hommes de pierre, nés du tigre de » l'Hircanie. L'auteur ajouta à tout cela la chasse, ]» la fureur des jeux de hasard, des échecs, toutes » choses qui fpnt du prêtre un bouffon -, et en elfet, « on le prenait pour tel à son regard, à son lan-* » gage et à fi^ actions \ »

« Un jour je voyageais avec, tévéqne de Flo- » renoe. Arrivéa le soir à une hôtellerie, je me « retirai daQ$ k cellute d'un prèfcre^ lailéi# que » l'é vêque resta dans la cohue des autres voyageurs.

* Voici uapassagedela leUv«de PierreàCadaloûs (Baron., Jim.^ aon. 1062) : «Sacerdote»Dei..„iBsuperl»»9é coritibir» » élevant^ et noa sacerdotaieoi^ s^ regirkm, ioM» tyran- »nicam ferulam arrlpere super horuiiaiiuia genitô anke- 1» lant. »

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» Le lendemain 9 mon serviteur me rapporta que » révêque avait passé toute la soirée au jeu d'é- » checs ^ Cette nouvelle me perça le cœur comme » une flèche, et me jeta dans une profonde afflic- » tion. Je pris mon temps pour aller trouver cet » homme et pour lui faire de vifs reproches, dî- » sant que si un certain individu présentait son » dos, je le ramènerais à la pénitence par le fouet » et les coups, « Si j'ai commis une faute, réplî- » qua-t-il, je ne refuserai pas d'en faire pénitence. » — Quoi! repris-jc, est-il juste, convient-il à ton » état de passer la soirée à jouer aux échecs, de » souiller par le jeu et le divertissement la main » qui porte le corps du Seigneur, la langue qui » le rend médiateur entre Dieu et les hommes ^ ? » Les saints canons déclarent que les évéques qui » se livrent aux jeux doivent être déposés. » Il » chercha à se justifier en jouant sur des mots. « Autre chose, disait-il, sont les jeux de hasard et » autre chose les échecs ; les premiers sont défen- » dus, tandis que les seconds ne le sont pas. — Le » décret, il est vrai, ne parle pas des échecs, répli- » quais-je; mais en proscrivant tous les jeux de » hasard, il proscrit également les échecs, » L'a-

* Ces détails, qui ne sont malheureusement que trop vrais, montrent que TEglise avait besoin d*un bras de fer; Pierre Damien, désespéré de trouver un remède, se retira dans la solitude. Hildebrand, plus courageux que lui, resta à son poste. {JYote du trad.)

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> vare se rendit, promettant de ne plus côm- » mettre cette faute, et s'offrant à en faire pé- » nitence. Je lui recommandai de réciter trois » fois le psautier en le méditant avec attention, » de partager une somme d'argent entre douze » pauvres, de leur laver les pieds et de soulager » leurs misères. »

Damien s'élève avec tout autant de force contre les banquets splendides, contre le luxe et les énormes dépenses des prélats et des cardinaux. Dans une lettre à ces derniers, il écrit ce qui suit^ : « La discipline ecclésiastique est presque univer- » sellement négligée ; les prêtres ne reçoivent plus » le respect qui leur est dû, les saints canons » sont foulés aux pieds; on ne s'applique qu'à » suivre ses passions; pour les mariages, l'ordre » établi est renversé ; enfin, ô honte! il en est » beaucoup qui vivent à la manière des Juifs. En » eflFet, où ne voit-on pas le vol, le larcin, le par- » jure? Qui a honte d'une vie déréglée ou d'un » vol sacrilège ? Qui craint de commettre des » crimes dont le ciel demande vengeance ? 11 » y a déjà longtemps que nous rougissons de » pratiquer la vertu, et que la corruption dé- » borde partout*... Un mauvais esprit précipite » violemment le genre humain dans un abîme

* Ëpist. II.

» Epist. IV. 9.

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» de forfaits, et fait nattre en tons lieux Téntie, » la haine et Thypoôrisie. Déjà nous sommes » à la fin du monde, comme sur les bords de la » mer, où nos cœurs sont battus par les vagues » furieuses du schisme et de la dissension ^ » 11 trouve nécessaire dé rappeler aux évéques que la véritable dignité d'un pontife ne consiste pas dans une belle frisure ^, dans des peaux d'animaux étrangers ou de martre teintes en'rouge et mises sous le menton , ni dans des harnais dorés, des compagnies, de soldats ou dans de beaux coursiers ; mais bien dans des mœurs honorables et dans la pratique des vertus chrétiennes ^.

L'évoque d'Ostie parle d'une manière noïi moins curieuse des gens du monde à cette époque^ « Les » hommes du siècle, dit-il, détruisent les droits » de l'Eglise,* ils enlèvent toutes les ressources de » la vie, s'emparent des possessions ecclésiasti^ » ques et se glorifient de piller la substance du * pauvre, comme si c^était un butin pris sur Tert- » nemi* Ils s'arrachent leurs propres biens ; Tuh » se jette sur l'autre ; et comme ils sont renfer- » mes dans une même commune, ne pouvant » vivre seuls, ils s'attaquent saHs pitié. Puis ils » s'en vont, la torche à la main, brûler la chau- » mière du laboureur et verser sur des pauvres

« Turrilis Gebelinorum.

* Non in flammaotibus martorum submeatalibits rosis.

* Lettre rapportée par Baronius, Annal.

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[IdM] DU PAPE GRË&OIRE Vil. È7

9 te bite qu'ils n'ont pu décharger sur leurs tt ennemis. Un vaillant et honorable guerrier res- » peete ceux qui sont désarmés; l'ambitieux > ne se livre* pas au pillage dans les lieux qui » renvironneni, il va chercher plus loin un bu- » tifl qui lui coûte des peines; tandis que 9 ces hommes lâches prennent les armes contre » le fliible et punissent l'innocent ^ . Aussi le monde » n'est plusqu^un gouflre d'envie et d'impudicité. » Et comme autrefois il était soumis à trois prin- » ces, de même aujourd'hui le genre humain » courbe sa tête esclave sous ces trois vices, et » obéit avec joie aux lois de ces tyrans. Car, ainsi y^ que le dit rÉoriture, la cupidité les asservit tous, » depuislesplus petits jusqu^aux plus grands. Que » dire de la erapuleuse sensualité à ce siècle ? C'est » la sourfte première de l'impureté qui a atteint » son apogée ^.. Le pape Léon IX, en s'adressant » aux AuximaUs, nous dit de quelle manière le » peuple sd venge quelquefois de l'injustice qu'on » lui fait'? J'ai entendu dire, dit«il, que, d'après » une terrible et exécrable coutume, à la mort d'un

* £pist. 1. 15.

* Celui qui Veut avoir des détails doit recourir à la lettre eUe«inétiiet On peut y trouver des mœurs plus modernes connues ici : « Hinc est quod nonnullae mulieres ante pariendi tempas abortiunt, aut certe mutilata, vel laesa eorumdem parvulorum tenera adhuc membella reperîunt. Kt hoc modo dum ad libidinis deferuntur incentlva prsecipites, ante parricidse sunt quàm parentes.

' Ëpist. 1. 10.

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» évèque, la foule court attaquer sa maison, enle- » ver ses meubles à l'instaf des voleurs, brûler les » édifices, arracher les vignes et les arbres avec » une brutale furie. »

C'est ainsi que cet homme parle de son siècle. Sans doute il est exagéré dans certaines expressions qui proviennent d'un zèle trop ardent; cependant, en consultant les monuments contemporains, on voit que souvent ses peintures ne sont que la vérité. D'ailleurs les faits parleraient assez, si les renseignements manquaient, etHildebrand avait bien raison d'appeler son siècle un siècle de fer ^

Au reste, Pierre Damien attendait le salut du Siège de Rome : c Si Rome, dit- il*, ne revient » pas dans la voie des améliorations, nul doute » que le monde entier ne reste encore longtemps » dans un abîme d'erreurs. 11 faut que la réforme » parte de Rome, comme de la pierre angulaire » du salut des hommes; au milieu des dangers 1» imminents et des abîmes sans fond qui me- » nacent d'engloutir l'univers chancelant sur » ses bases, l'Eglise romaine est le seul, l'uni- T^ que port, étant à la fois le chef des élus, la » mère, le pôle et la sommité de toutes les égli-

* Ces peintures nous font voir que le monde, aussi bien que TËglise, avait besoin d'un homme de fer. {Note du traduct.)

" Epist. n, 19.

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» ses, en un mot, Féglîse des églises, la sainte » des saintes \.. Oui, il faut que la réforme parte » du haut clergé, car le vice n'est jamais plus » pernicieux que quand il se trouve au sein du » sacerdoce. Puisque nous sommes à la fois les » sept yeux placés sur une seule pierre, que nous » portons l'image des astres, que nous avons » la dignité des anges, nous devons briller aux » yeux des peuples et leur prêcher la parole de » vie non-seulement de bouche, mais encore par » notre conduite. La langue annonce les mots » de la science et la vie les conJûrme. Le Siège » de saint Pierre doit montrer à tous la vraie ma- » nîère de se conduire, et donner l'exemple de » toutes les vertus ^. »

* Ëpist. ii> 1. Surtout vojr. Baronius, Jnn., ann. 1061.

^ C'est à regret que je passe sous silence une foule d'autrès passages magnifiques pleins d'énergie, de sentiment, de droiture et de piété. Partout on aperçoit un désir ardent d'une amélioration. Le monde lui pesait, et c'est pour cela qu'il en sortit. Il est difficile de savoir pourquoi Hildebrand ne fut jamais son ami. Pierre se plaint beaucoup (Ëpist. ii, 8) de ce que Hildebrand Taime si peu et lui écrit si rarement; cependant, ajoute-t-il, il l'a toujours soutenu, « tuis cœptis tuisque conalibus semper obtemperare contendi, et in omnibus certaminibus atque victoriis, ego me non commilitonem sive pedissequum, sed quasi fulmen injeci. Quod enim certamen unquam cœpisti, ubi protînùs ego non essem et litigator et judex? Ubi scilicet non aiiam auctoritatem canonum, nisi solum tuœ voluntatis sequebar arbitrium, et mera tua voluntas mihi canonùm auctoritas erat. IVec unquam judicavi, quod visum est, sed quod placuit tibi«'

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90 TIB ET I^ONTIPICAT [1062]

Le commencement de cette année, déjà pleine de troubles à cause du schisme, s'annonça par des prodiges effrayants: tremblements de terre, éclairs et tonnerre au mois de février, épizooties, grande mortalité, dommages considérables causés dans les champs et les vignes \ tous les fléaux se mon^ traient à la fois. Au printemps, Gadaloûs, sous le nom d'Honorius II, voulant se faire consacrer à Rome$ partit pour cette ville, à la tête d'une forte armée et avec une somme considérable d'argent ^.Bucco, évoque de Halberstadt, l'accompagnait. Honorius était appelé par les Romains qui étaient mal disposés pour Alexandre. Après avoir passé les Alpes, il fut arrêté par Béatrix^ qdi avec sa fille Mathilde, à peine âgée de quinze ans, s'opposa à sa marche ; il ne put donc pas s'établir dans la Lombardie, il crut qu'une tentative sur Rome déciderait mieux de son affaire '. Il leva le camp, l'établit entre Sutri et Rome, dans l'espoir que les Romains accourraient à lui et aban*donneraient Alexandre. Ses partisans s'emparèrent, en effet, de la tour de Grescentius et d'une autre près du pont de Milve. Enfin, apprenant les préparatifs du parti d'Alexandre, Gadaloûs se remit en marche et parut sous les murs de Rome le

* Herrmâi], Contract., Chron. 1062.

* Lamb. Schaffn., ann. 1064.

* Fiorentini, ann. 1062.

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[106S] DU PAPE GRÉ&OIftE TIL 91

14 avril \ bien déterminé à se frayer un chemin jusqu'au trône pontifical, par la force des armes, comme il avait déjà essayé de le faire par soii or. Il arriva à Fimproviste; les Aomains se laissèrent séduire, l'appuyèrent de tout leur pouvoir : surtout les grands®, et entre autres un nommé Pierre Léo, dont la famille jouissait d'une grande con* sidération. Honorius campait dans la prairie de Néron '; ce fut là qu'Alexandre conduisit ses troupes ; le palais de Latran était gardé par Godefroî de Toscane. Une lutte acharnée s'engagea au pied du mont d*Or ; des deux côtés, les combattants tombaient en foule; mais la victoire se déclara pour Honorius, et déjà lui et Guibert, se regardant d'un air de triomphe, allaient atta-^ quer Rome, quand arriva soudain Godefroi, l'époux de Béatrix \ à la tète de troupes fraîches et enflammées d'ardeur. En un instant il enfonça l'armée ennemie d'ailleurs indisciplinée, en culbuta une partie dans le Tibre ^, et mit le reste

' Aventio., Hist. Soior,

**Cardin. Aragon., lo Yita Alex. « Capilanei Rômanorum volentes urbem dcprimere. » Léo Ost., m, 21.

* Ad urbem LeoDinam.

^ Qui auspicio Gœsaris rébus Italicia praesidebat. Jvent.

** AventiDos raconte le fait suivant « Au commencement de Faction, les troupes d'Alexandre se sauvaient vers le Tibre, et un grand nombre d'entre eUes s'étaient précipitées dans un bateau. Un soldat d'Honorius lança une flèche au milieu de cette foule, et, pour l'éviter, tousse portèrent

• Digiti

92 VIE ET Ï^ONTIFICAT [1062]

en fuite. Honorius, craignant d'être enveloppé, songea à une prompte retraite \

Cependant Tltalie était dans une affreuse confusion. Tout était ébranlé; la fidélité ne se trouvait nulle part, les partis devenaient plus violents

du même côté, ce qui fit chavirer la barque, et ils furent engloutis dans les flots. « Hisce peractis nomen, factis favor Honorii gliscit, Alexandri pars diminuitur. »

•Suivant Muratori,-*^/?/?. d'Ital., ann. 1062, le duc se serait laissé gagner par des prières et des dons, afin de favoriser révasion d'Honorius. Fioreotini est de la même opinion. Sigonius (Hist. ItaL^ ann. 1062), ainsi que Piaiina, d'après Fiorentini (mais je n'ai pu découvrir où il rapporte ce fait), soutiennent que Mathildeeut aussi une part dans cette victoire. S'il en était ainsi, elle se trouvait sous les drapeaux de son beau-père qui, au rapport de Damiea, combattait contre l'antipape avec Béalrix. On a fort soupçonné Godefroi d'avoir favorisé le parti d'Honorius, parce que, dit-on, s'il l'avait voulu, il aurait pu s'emparer de sa personne et ainsi terminer promptement les maux de l'Eglise. Pierre Damien (Ëpist. vu) parait aussi pencher vers cette opinion. Suivant Aventin, au contraire, Godefroi n'assistait même pas au combat ; il aurait ordonné une suspension d'armes, aurait fait venir devant lui les deux papes; puis, leur ayant adressé des paroles sévères, il les aurait renvoyés devant le roi en Allemagne, pour que celuici, aidé des grands et des évêques, donnât le pontificat au titulaire légitime. Ils se rendirent donc auprès de lui, chacun se fiant sur la bonté de sa cause. Mais le roi était alors occupé dans une expédition contre la Hongrie ; on ne put convoquer un concile, et rien ne fut décidé.Cependant celui qui était sacré et déjà en possession du Latran devait continuer à porter le nom de pape jusqu'à nouvel ordre. Alexandre se retira donc à Rome, et Honorius à Parme ; le premier réunit un synode dans lequel il condamna le second comme coupable d'homicide : l'antipape lui rendit la pareille.

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que jamais. Pour se soustraire aux embûches de ses ennemis, Alexandre se retira à Lucques et accorda aux Lucaniens un grand nombre de privilèges pourrécompenser leur dévouement. Béatrix, de son côté, lui donna une garde. Pierre Damîen, ayant appris qu'Honorius n'avait pas encore renoncé au trône pontifical et qu'il faisait de nouveaux préparatifs, lui écrivit à Parme une seconde lettre dont voici quelques passages^ : « Vous ne cesserez donc jamais de vomir, comme un volcan, des flammes infernales pour perdre l'Eglise, et de corrompre les cœurs par l'appât de l'or. Les troupes que vous commandez sont achetées avec ce vil métal ; ce n'est point la trompette guerrière, mais le son de l'argent qui les fait courir sur le champ de bataille. L'or n'a jamais sauvé personne , ni Ptolémée l'Egyptien , ni Néron qui péchait avec des filets d'or : Justin n'a pu éviter sa ruine malgré ses trésors. Rarement on a vu, dans les temps passés, un homme aussi impie que vous; les païens mêmes n'ont jamais montré autant de fureur. » Mais les paroles du saint homme ne pouvaient changer l'esprit d'Honorius. Il s'armait de nouveau, quand sa fortune fut ébranlée par un coup auquel il ne s'attendait

* Dans cette lettre, comme dans les autres, Damieo montre une profonde connaissance de l'histoire et surtout de celle de Rome. Foy, plusieurs lettres à la fin du premier livre de ses lettres. Baron., Ann^

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94 YIE ET PONTIFICAT [lOÔÎ]

pas. Car, vers celte mêinfe époque, les graiuls de r Empire enlevèrent le jeune roi Henri des mains de sa mère, pour le remettre entre celles d'An* non, archevêque de Cologne, qui prit dès lors les rônes du gouvernement. Déjà, depuis long* temps, cet évéque voyait avec peine qu'Agnès donnait à Guibert tant de pouvoir en Italie; il lui ôta donc sa charge de chancelier pour en investir Grégoire, évèquedeVerceil.Tout, ou presque tout ce que faisait le roi, se fit par le conseil des évê* ques; car, roi et gouvernement, tout était en leurs mains ^

Agnès qui, pendant sa régence, avait doté l'Empire de sages et de belles institutions, suivait, dans le gouvernement de l'Etat, les conseils de Henri, évéque d'Augsbourg, qui lui inspirait une confiance justement méritée. Les autres chefs de l'Eglise se crurent humiliés par cette préférence, qui devint pour eux une source de jalousie et de calomnie. Poussé par ee sentiment d'envie qui porte les hommes à regarder comme mauvais tout le bien qui ne se &it pas par eux et pour eux, on accusa l'impératrice et l'évéque d'Aogs* bourg d'un commerce criminel. Parmi les ennemis d'Agnès étaient Annon^ de Cologne et Siegfried,

* £ducatto r^gis atque ordinatio omnium rentm pubticarum peues epi&capos erat Lamb. 1063.

* L'hi&tçirQ ecclé^ia&liqueooiis représente Annon comme un homme de bieu et d'ua giaad mérite. (Ifo$e du tntd.)

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[1062] DU PAPE aRBGOIRE VII. 96

archevêque de Mdyen<>e9 qui mirent dans leurs intérêts Adalbert, archevêque de G^me. Dans leurs réunions ils attirèrent encore dans leur parti quelques seigneurs laïques, tels que le comte Ec^ bert, cousin du roi, et Othon, duc de Bavière. « Malheur à notre folie, disaient-ils, voyess quelle » femme commande à tant d'hommes d'Ëtat, à des j» princes, à des administrateurs habiles, à tant » de vénérables pères, de savants prélats, à une » nation qui est la reine du monde, à un peuple » qui est le vainqueur de tous les autres peup pies! Vraiment, c'est un sombre et triste pré- ¥ sage pour l'Ëtat! La vertu d'une femme est » plus fugitive que l'eau et le vent. Aujourd'hui » elle affirme, demain elle nie; tantôt elle hait, » tantôt elle aime. Une intimité criminelle a mis » tout entre les mains d'un seul homme, qui jouit » des avantages et des revenus de l'Etat j tandis » que nous autres, quoique non moins nobles et » braves, nous végétons sans faveur et sans con** » sidération : tout est vénal, même la justice. Le » pouvoir et les honneurs isont à la disposition » d'un seul ; mépris et ignominie sont pour la » Germanie guerrière. Le souverain, dont l'âge » commence à mûrir, est éloigné des hommes, » élevé au milieu des femmes, assujetti à des oc- » cupations d'esclave. Cependant il est un temps » où le chef de TEtat doit se former par une » éducation publique, paraître dans les assem*

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> blées, s'initier aux affaires de l'Etat, s'exercer » aux armes et s'occuper de l'administration de » la guerre \ » On chercha aussi à soulever le peuple contre l'impératrice ; tout tendait à enlever le jeune prince à la direction de l'évèque d'Augsbourg et de sa mère ^. Mais le peuple était dévoué à l'impératrice, car un gouvernement doux et pacifique plait toujours au peuple^. C'est pourquoi les princes ambitieux, mettant de côté toute prudence et toute réflexion, employèrent la ruse avec des mesures promptes et énergiques. , Dans cette vue l'archevêque de Cologne fit faire un vaisseau richement travaillé, orné de tapis, de tenture d'or et d'argent, de tableaux et de sculptures, et de tout ce qui pouvait piquer la curiosité ; puis il descendit le Rhin jusqu'à l'île de Saint -Suitgard ^ Le roi, accompagné de sa mère, était en voyage pour aller passer les fêtes de Pâques à Nimègue; il venait d'arriver à la charmante île du Rhin. Il s'y trouvait une foule de monde. Un jour que Henri montrait au milieu d'un festin une gaieté extraordinaire, le prélat se mit à parler du vaisseau merveilleux qu'il avait fait construire et qui se trouvait au rivage. 11 piqua

* A\enl., Jnn, Boiorum.

* Suivant Beûzo, ce fut Godefroi qui conseilla cet acte de violence. Ce qui est fort vraisemblable quand on connaît le caractère honorable d'Annon.

* Aven t., Ann. Boior»

^ Maintenant Kaiserwerth.

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[1062] DU PAPE GREGOiaE VII. W

la curiosité du jeune prince, qui voulut le voir, ne pensant à rien moins qu'à la ruse et à la perfidie. On sortit au milieu d'une foule de peuple : le roi monte sur le vaisseau. Sur-le-champ des rameurs, avisés par l'archevêque, font voler, à un sij gnal donné, les avirons. Dans le premier moment l'archevêque amusa l'enfant par de faux prétextes; cependant, effrayé par l'inquiète précipitation et le tumulte, Henri' craint pour ses jours ^ Soudain il s'élance dans le fleuve et disparait dans les flots; mais le comte Ecbert se jette après lui, le ramène à bord du vaisseau, et à force caresse et de douceur, on le conduit à Cologne. Le peuple accourut en foule au rivage, jetant de hauts cris, et menaçant de venger, par le glaive, l'injure faite à la majesté royale. Ânnon essaya tout pour apaiser la colère de la multitude, et s'offrit à rendre compte de sa conduite. À cet effet, il convoqua un synode* où il se justifia, en disant qu'il n'avait rien fait pour son avantage particulier, mais tout pour le bien de l'Allemagne; car l'archevêque, dans le diocèse duquel le roi allait se trouver, veillera sur le salut et la sécurité du royaume ', et réglera toutes les affaires qui seront soumises au jeune monarque \

* Lamb. et Aventin.

» Peat-élre à Osbor, où se trouvaient beaucoup de prélats italiens et antres.

» Ne quid detrimenti res publica caperetur. Lamb.

* Statuil ut ponlif. Max. Germanise sex curiis, jiixla nu-

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M VIE ET PONTIFICAT [JQfâ]

Si les princes avaient eu réellement le projet de soigner l'éducation de Henri, ils auraient trouvé à développer une grande capacité et des

roerum arcbimyslarum Gerraaniae rem consociaret, siogiili publica muoia obirenl, Imperiuraque pci* otnikes in orbem iret, fiuirclur. Aventin,

Lescbroniqueurs/aiosi que le remarque Baronius {Jnn.^ ann* 1062), ne sont pas d'accord sur les motifsqui portèrent AQiiDD à cette action. Lambert, qu'oo a suivi dans le texte (Lebmapo's Speyers, Càroç,^ p. 370), doppe pour raison certaine : « Ut eo modo regoi regimen auterretur a raatre et abîUis, qui ab em ejus administrationi pr»f«cti erant, quo« rum arbitrio capota malemiscerenti^r^jitque plane auditpi nefanda perpetrarentur. » On verra par la suite &i ce fut pour \e mieux. Pierre Damien, de son c6lé,louele prélat 4^e^ acte de vigueur : « Servasti, veoerabiU§ pater, dit-il, relîctum tuismanibus puerum,firmasti regpum,restituisti, pupille pateroi juris imperium *. »

* Ces paroles de Pierre Damien sont d'aatant plus frappantes qii^tl avait pour Agnèski plus faaute ▼ënëratioB, et qu'il aurait dû, ce ipe semble, être opposé à upe mesure qui lui enlevait la régence d'une manière si violente. En outre, le caractère d' Annon de Oolegae se montre partout si beau, sa droiture lui attira «1 publiqpement ^'inimitié de (Henri , que nous d^von^ hésiter de le confondre avec le» autres dans une commune accusation. 0 p^raMrait, d'^f^rèf garonius, qu^ ||i ? ériMl^ ç^p^ç ^ cet enlèvement était de le soustraire à Vinfluence de plusieurs mauvais eonseillers, en qni ' Pimpératrice avait trop de confiance. De ce QOmbre était surtoyi^ Guibert de P^irme, qui fiû^jjk^ït C$idalv0& et qui, entre autres choses, lui suggéra l'idée de tenir à BâJe ui^ oûncilialuile contre le saint Père. Or, Aanoa travailla elfieacement à ruiiier Tantipape, ainsi que ^e prpi^ve j^ie lettip de Pa? mienj il est donc facile de comprendre et sa conduite et les paroles du vénérable Pierre. Baronius dit «îUevr»» an ^ailaAt i^e oa fait : <i Quod licet audax Annonius facinus hactenus intenta tu m, tamen a laudatis viris laudatum invenimua «t inter alios a Petf^ Damiaai, dum ^oc anno in Galliis legatiop^ pontificia fungeretur. » 11 était donc à même d'être bien informé. Au reste, nous ne faisops ici qu'hasarder une conjecture» Annoi^ ayant pu céder comme les autres au désir de dominer. {Audley.)

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diçpp^tion^ heureuses^ Maî^ h^r^ çffi>?l^ i^Btl? nuela pQur s'emparer (iui pouvoir ne lei^r perçai^ rent pas de doi^aer à $on ^ducatio^ lesi mm. §§&<dus <)ue demandait la vivacité de son e§prît. Q'est dans ç^tte éducation négligée qm fî^da le principe de tous les malheurs qui empoisonnèrent le rçste de sa vie. Car la sévérité Qi^tr^e ne produit pas des effets ayssi funestes, ni aus^ du<^ râbles, que l'excessive indulgence, ou 1% trop grande liberté. Si les grands s^ sont plaipts naguère ^ns fondement de |a manière ^ont H'SPératrioe élevait Je jeune pri»ce, on pouvait les Wâmer , à plus ji^ste titre, de ne lui avoir donné a^ciine éducation, et de l'avoir éloigné à dessein de toute participation aux affaires publiques. Us ne per*^ çqettaienî à personne de l'approcher, ni de Iç visiter sans leur autorisation ^ Sous prétexta çle ménager sa tendre jeunesse, ils le livraient OR^n tîèrement à la chasse et aux plaisirs. Coigitenl» d'avoir seuls en main les rênes du gouvernement et de diriger les affaires d'après leurs qa^prices, ils le laissaient faire ce qu'il voulait; tout Revenait vén^l» honneurs et n^^^traturei^; tQu| teDdajt à augioefiter le^rs riphctsi^^ çt l^rs jaul^n

gant : neiuioi ^dire, oemioi s^dutarç Çaes^r^ip,. «eç bqio quidem salutare quempiam, nisi ex praescripto pripdpiiai licuit. Aventin.

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sances, et TEtat tombait dans des maux sans ûn\ Â mesure que Henri avançait en âge et en intel- Hgencey ces circonstances firent sur son esprit des impressions extrêmement fâcheuses. Mais bientôt éclatèrent d'autres scandales au sein du clergé, au milieu duquel il vivait depuis plusieurs années, scandales qui lui firent perdre, pour les ecclésiastiques, ce respect qu'on voulut exiger de lui dans la suite.

A Noël de Tan 1063, Henri se trouvait à Goslar avec un grand nombre d'ecclésiastiques. Or, lorsque le soir on se rendait à la messe de minuit, il s'éleva une rixe violente entre les gens de la maison de Bezelin,évèquedeHildesheim^, et ceux de Widerad, abbé de Fulde, au sujet de la préséance. Des injures on en vint aux coups, et sans doute le sang eût coulé, si Othon, duc de Bavière, qui prit la défense des intérêts de l'abbé, n'eût interposé son autorité. La querelle avait pour principe un ancien usage qui, dans les réunions d'évêques, plaçait l'abbé de Fulde immédiatement après Tarchevêque deMayence. L'évêquedeHildesheim, qui était très-riche, ne voulait pas souffrir un tel privilège dans son église. Aussi n'a-t-il pas craint,

* Foy, Aventio, dans plusieurs endroits, et surtout Lambert, ann. 1064. Le roi faisait tout ce qu'on lui ordonnait : « Rege ad omnia, quœ jussus fuisset, pueriii facililate annuente. »

* Suivant Lambert,il se nommait Hecelo.

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en présence même du roi, de commander à ses gens de changer l'ordre des sièges. Cependant cet incident ne fut encore que le prélude de ce qui devait arriver, quelque temps après, aux fêtes de la Pentecôte. Comme le roi et lesévêques allaient ensemble aux vêpres % une dispute s'éleva sur le même sujet, et, cette fois, le scandale était prévu et prémédité. L'évêque de Hildesheim, piqué de son premier affront, avait caché avant Toffice et derrière Tau tel, le comte Ecbert avec une troupe choisie. Dès que la querelle fut engagée entre les serviteurs des deux partis , les gens armés s'élancèrent comme d'une embuscade, et culbutèrent les partisans de l'abbé de Fulde. L'effusion du sang répandit aussitôt la confusion et le trouble, les Fuldiens coururent aux armes. Un grand nombre pénétra de vive force dans la maison de Dieu Fépée à la main; le chœur devint le théâtre d'une scène sanglante. Les cris des mourants surpassaient presque le cliquetis des armes. Le sang coulait en abondance, et l'évèque de Hildesheim, s'étant emparé d'un lieu élevé, exhor^ tait les siens à résister avec courage, et chercha, par ses promesses et par son ascendant, à leur faire oublier la sainteté du lieu ^. Beaucoup

* « Ad vesperas cantandas, y> dit Herrm. Corn., Chron. — Ad vespertinalem syntaxim, decantatioDçm horarum ad vespertam. Lamb, • « Reli||;ioni loci vel Ëcclesiœ aut altarium non parcant,

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furent mft^sacrés, entré autres Regenbôde, porteétendard des Fuldieiis, et Bero, vassal dû comte Ecberf. Le toi criait dé son côté, conjurant lés uns et les autres de mettre fin à cette lutte; mais ce fut en vain. Ceux qui entouraient le roi lui conseillêt'ent de se rétirer; à peine put-il se frayer un chemin à travers la multitude. Enfin, après une grande éfAision dé sang, Tatantdgâ demeura aux partisans de l'évêque d'Hildesheim, parce que les gefas de Fuldé, pris à Timprovîste, n^avaiént pas eu le temps de prendre leurs précautions. Ils furent donc chassés de l'église, dont on ferma aussitôt les portes. Mkîs leur fiireur he fit que s'accroître; ils coururent chercher des armes plus propres à leur^ dessins, leurs rangs se grossirent; ils se rangèrent en ordre dé bataille au cimetière, dans l'intention d'attaquer avec une nouvelle vigueur celix qii! sortîraieiil de l'église. Heureusement la nuît empêcha tin second massacre. Le lendemain, ôh fil une enquête sévère; le comte Eébert parvînt à ie justifier, non par la justice de sa catise, ihais par le crédit du roi dont il était le cousin gérmâi/i. Tout le poids de l'accusation tomba sur l'abbé, cdmme ayant agi de dessein prémédité, comme étant le premier auteur d'un événement qui avait mis en émoi toute la cour. Celte i^cîène, où l'on avait vu, à 1^

su» aiicloritatû p^rioulunpt obtendeos. Herrm. Qorn. Chron, Item Lamb.

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{îdÉaj DU J^APE GRÉGOIRE VII. i(A

%^ âès itanpés aguerries, d'un odeé nu évè(}ue, de l'àtitf^ un abbé, jeta tin gt*and discrédit sur tout ViStùifè iSàcèrdortal ^ . L'abbé fut o^ndûmné k une fbne amende, et à des excusée au tm^ à ses amii^ et S l'étêque. Quant à la somme^ on ne sait pais pfêcîséttteûl â <^tnbieh ette se pôrtiiit % tnaîs éAè hit èi tbttè que le trésor de i'abbaye dte F^uld^ *, jusqtft'âlôi* trés-rfché, ftit épuisé} l'abb^ fut ^t€fnu à Goslar jusqu*à (3e€(ô'ôri eût pdyé fômende\ Ettfiii, il s'en retourna â Fuldé profondé* idiem affligé dti malheur qu'il tenait d'éprouTôr. Ses religieux lui firent une réceptiotfpeù amicale, et rôntîpathîè qu'avait déjà exeUée aupar^atant sa conduite dure et arrogante, se changea en haine amêre. D^ailleurs Tabbé chercha, ^r iltt nëage iltégitifhe des bienë de Sdn église et en pi^itënC Idè moitiés d'une partie de la hoiirriture qtië leur avaient dôUnéé ses prédécesseurs, à- réparer les pertes qu'il tenait défaire. Tous les jotirs m entendait des thurmures^ tous les J6urs( il y avait quelque nouvelle dissension dans l'intérieur du couvent. Cependant le mécontentement ii'éela*tait pas ettcore, parce qu'on craignait que lé rdi et

' &m qtti f Isftéra cette église rifiâëe veD^ra kiH j^làisii^ rQ«\eFlDrc pi^' laquelle le diable aolmait les »ieJ}s^au eombal, et qui pe put être renourée que IprsquHm ëvéqûe plus i^^ifpëctablè y éUt appliqué uiië bible. •

* Cautum enim fuerat, ne passîm vulgaretur. Lamb.

* Lamb. ^

* Id,

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les grands ne prétassent leur appui àVabbé* Enfin, la nouvelle qu'ils eurent de révénement de Goslar causa uneexplosion. Se rappelanttousleurs anciens griefs, les religieux résolurent de se délivrer, eux et leur monastère, d'un ennemi acharné qui s'intitulait leur père. Une nouvelle circonstance vint augmenter leur indignation. GemèmeRegenbode, qui a péri à Goslar, avait donné aux frères de Fulde un cheval de prix ^ dont Tabbé fit présent à un laïque sans leur autorisation. Ils vinrent donc lui demander ce cheval avec fierté, le menaçant en même temps de ne plus se soumettre à ses volontés tyranniques, et lui intimant Tordre de leur rendre tout ce qu'il avait enlevé. L'abbé, surpris, les pria au nom de Dieu, et avec larmes, de ne pas rouvrir de vieilles plaies par de nouvelles douleurs, et promit de restituer tout ce qu'il avait pris. Les plus âgés se contentèrent de ces promesses, mais les jeunes n'en furent pas satisfaits; ils pi'essèrent l'abbé avec une telle vivacité qu'il s'enfuit près du roi, après avoir laissé à quelques-uns de ses affidés l'ordre secret de réprimer Tesprit turbulent des jeunes, soit par la sévérité, soit par la douceur. Mais ce fut en vain : on trouve, en effet, que dans une communauté, comme dans une république, les partis les plus difficiles à vaincre sont ceux que l'intérêt de

* Ob recorda tionem animai suœ. .

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leur réunion maintient constamment dans la limite de leurs droits'. Des chefs se mirent à leur tête, tout le monastère fut entraîné dans la révolte, et on prit la résolution de sortir du cloître pour aller demander, au plus tôt, protection au souverain contre l'impitoyable abbé. Les anciens s'opposaient à cette mesure, et demandaient avec instance qu'on s'abstint d'une démarche qui pouvait amener la ruine du couvent. Tout fut inutile : la croix en tête, et au chant des psaumes, seize religieux se mirent en route ; les plus âgés les suivirent de loin en gémissant, comme s'ils allaient à l'enterrement d'un de leurs frères. Pour mieux disposer le roi en leur faveur, ils lui envoyèrent un messager à cheval, chargé de lui donner une relation écrite de leur malheureuse position, et de lui expliquer le motif de leur démarche. Lorsque le messager arriva et que le rapport fut examiné, tout le palais se souleva d'indignation et d'horreur; on ne pouvait assez s'étonner d'une semblable conduite de la part des hommes qui devaient vivre d'une manière apostolique. On résolut de les punir vsévèrement. D'après le conseil de l'archevêque de Cologne et d'Othon de Bavière, le roi ordonna que le messager et trois autres principaux auteurs de la sédition fussent enfermés dans différents cloîtres. L'abbé eut un détachement de troupes pour

* Foyez Rome, les Pays-Bas, la Suisse^ etCi*

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106 VIÉ Et PONtlPlfiAT [lèéij

fâîre ramener les antres, qui avaient Ordre de l'attendre en dehors des murs. Il les suivit aussitôt, et convoqua une réunion de ses confrères, où l'on arrêta que ceux qui sont laïques, et qui ont mépirisë d'une manière s) étrange les régies dd l'ordre, seraient livrés aux tribunaux séculiers. L'abbé fit fustiger deux des coupables, qu'où chassa du monastère, après leur avoir rasé la tête t les autres i»eçurent aussi des corrections et ftirent placés dans des monastères voisitis. En général, on était persuadé que l'abbé avait usé d'une trop grande i^igueur. 11 en résulta, pour le couvent, un discrédit qui ne s'effaça pas de sitôt.

Ces soi^tes de scènes, qui montraient au piilblic la honteuse plaie du clergé, faisaient gémir tous les gens de bien. L'impératrice Agnès était vivement émue du scandale de Goslar ^; d'ailleurs, depuis l'enlèvement de filenri, et l'atroce calomnie dont elle était la victime, elle n'avait paé goûté un jour de bonheur ; un noir chagrin empoisonnait sa vie. Dans sa douleur, elle se confia à un homme * qui ne ressentait pas moins vivement les vices de son siècle, et qui les pleurait avec autant d*amertume, mais dont l'âme virile supportait le malheur avec fermeté : c'est Pierre Daffiien. Il écrivit à l'impératrice plusieurs lettï^es consolantes, où brillent à la fois une grande noblesse de i^ëti-

' Aventin., Jnn.

* BaroD., Jnn., anh. 1063.

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[ibèS] DU PA?È (iRfiGÔffiÉ flL m

timeut et un esprit vraiment chrétien^; U chercha à élever Tesprit d'Agnès au-dessus des peines de cette vie ^, et à le diriger vers des choses qui consolent mieux que les biens de ce mondé. Ori voit par ces lettres que le cœur de cette princesse était en proie à un violent chagrin, et qu'elle ressentait vivement d'être si peu honorée parmi les siens '. Elle résolut donc de renonceif aux joies et aux plaisirs du monde, pour se consacrer entièrement à Dieu ^ Pénétrée de douleur et de repentir d'avoir été la première cause des troubles de l'Eglise, elle se rendit en Italie vers la fin de l'année 1062, pour expier ses fautes par la pénitence, et oublier les malheurs de sa maison par les soins de son sainte Dans de pareilles pensées, elle arriva à Rome et confessa ses péchés aux tombeaux des apôtres*.

* Suivant Baronius, daus le courant de cette année.

* Plusieurs de ces lettres se trouvent dans le septième livre de ses épltres.

^ Quod censu sublraclo, reddita pauperior esset, et quod vilis habita cum nulUus aestimationis apud suos esse cognosceret.

* Lamb.,ann. 1062.

* Foy. quelques extraits des lettres de Damien à Timpëratrice, Pièces justifie, note F.

L'histoire ecclésiastique nous représente Agnès comme une sainte. Arrivée à Rome, elle fit à l'évéque Damien, à Tautel de S. Pierre, une confession générale depuis Tâge de cinq ans, où.

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elle fit entrer noD*8eiilement ses actions mauTaises, mais même ses pensées, ses paroles inutiles et tous ses muutements déréglés du cœur. Elle mena ensuite une fie édifiante et austère, partageant ses biens avec les pauvres. Pleine de bonnes œuvres, elle mourut Tan 1077. Sa conversion est l'ouTrage de Pierre Damien qui nous donne ces détails. {Note du trad,)

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