‹ Histoire du pape Grégoire VII et de son siècleChapitre 26 sur 31 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Voilà Grégoire tel qu'il nous est dépeint par ses actes. Déjà pendant sa vie mortelle on lui attribuait un grand nombre de miracles. On se plaisait au moyen âge à voir dans un si beau génie, dans un homme si pieux et si saint , quelque chose de surnaturel , de plus élevé que cette terre périssable, en un mot, quelque chose de divin. Ces miracles sont devenus, pour certains historiens, un objet de mépris et quelquefois un sujet d'amères railleries; cependant ils renferment une grande vérité historique : ils déposent en faveur de l'homme auquel on les attribue; ils sont un témoignage irréfragable de sa sainteté , car on ne donne pas une puissance surnaturelle à celui qui n'a pas quelques vertus extraordinaires.

Il n'ei^tre pas dans notre but de parler de l'authenticité et du nombre des biracles attribués à Grégoire *; nous nous contentons de faire observer qu'ils prouvent que ses amis et ses contemporains le considéraient comme un homme doué d'une puissance plus qu'humaine , comme un homme qui disposait des forces secrètes de la nature ^, qui pénétrait dans le cœur et dans la pensée de ses semblables^, qui avait le pouvoir de guérir les maladies % en sorte qu'on alla même

* On en trouve une foule dans Paul Bernr., Chron, Cassin., Lamb. Schaffn, Baron., ^^ma/., etc.

2 En conjurant le feu.

^ En devinant ce qu'un paysan pensait de lui. Paul Bernr., c. 124 , ou c. 18 et 19.

* Paul Bernr.. c. 35.

jusqu'à croire qu'une certaine vertu secrète sortait de ses vêtements \ et qu'il s'opérait des miracles sur son tombeau ^.

Nous étendre davantage sur le caractère de Grégoire , cela nous semble superflu ; sa conduite , ses actes , ses lettres , ses expressions sont là, ils dépeignent son âme, et nous montrent le principe et le but de chacune de ses pensées. Prendre sa défense, ce serait inutile ; nous connaissons sa vie. Cependant nous devons combattre une manière de le juger qui est à la fois peu consciencieuse et peu historique.

Rarement il s'est rencontré un homme qui ait été plus diversement jugé , qui ait reçu plus de blâme d'un côté , et plus d'éloge de l'autre. Les uns voyaient en lui « un homme effronté, méchant, plein de 5» ruses , un novateur téméraire qui pourtant réunissait toute la pru- 5» dence d'un homme d'État, et qui avait le courage, l'énergie et la 5» fermeté d'un héros. Selon eux, il est bas et vil, tout en gardant les :> dehors d'une noble fierté. C'est un prétendu saint , que ses parti- 5» sans ont adoré, et un homme sans religion, sans foi, sans croyance, » qui a été appelé par un de ses amis intimes saint Satan ^. » Les autres nous exposent sa patience et sa douceur inaltérables , sa bonté prévenante et la sainteté de sa vie \ Les premiers admirent la grandeur de son génie, ses qualités extraordinaires, sa rare perspicacité et sa profonde connaissance du cœur humain, et lui reprochent en même temps de la dissimulation , de la perfidie , un orgueil indomptable , une ambition démesurée , une grande audace et de l'opiniâtreté ^. Les seconds le montrent ferme et courageux comme un héros, prudent comme un sénateur, zélé comme un prophète, sévère dans ses mœurs ^.

* BàTon.,Jnnal.f3inn. 1085.

2 Paul Bernr., c. 124. Ainsi des voleurs ayant tenté pendant la nuit de violer son sépulcre pour enlever les riches vêtements qui le couvraient , il s'éleva soudain un vent si violent , que toutes les lampes s^éteignirent dans l'église de Saint-Matthieu , et les voleurs, hors d'eux-mêmes , restèrent si longtemps éperdus que le peuple et le clergé finirent par les découvrir.

5 Henke , Histoire de l'Église chrétienne, 2^ partie , p. 72 et 87.

^ Dissertation du comte Muzzarelli sur Grégoire VII , dans le Magasin pour l'histoire ecclésiastique , par Henke , 25^ vol., p. 524-605 et suivantes.

5 Schrœck, Histoire de l'Église, 2^ partie , p. 524.

s Jean de Muller, f^ofages des papes.

Nous ne voulons pas entrer en discussion sUr ce sujet ; les faits exposés , les pensées , les actions et le but du pontife nous montrent de quel côté est la vérité , et répondent à la partialité de ses juges bien mieux que nous ne pourrions le faire.

Il est impossible de porter sur. Grégoire un jugement qui réunisse tous les suffrages. Sa grande idée, et il n'en avait qu'une seule, est devant nos yeux , c'est Vindépendance de l^ Église. C'est là le point où venaient se grouper toutes ses pensées , tous ses écrits et toutes ses actions , comme autant de rayons lumineux. Vindépendance de r Église y c'est là l'idée qui lui donnait cette activité prodigieuse , c'est à quoi il a sacrifié sa vie; elle était l'âme de toutes ses opérations. Le pouvoir civil cherche à être un , et à devenir un tout homogène et parfait; Grégoire travailla de même à procurer à l'Église une parfaite unité et une supériorité sur tous les autres pouvoirs. L'Église, selon lui , devait être grande , forte et puissante: l'État devait lui être soumis , parce que l'Église est établie de Dieu et que la royauté tire son origine des hommes et n'a qu'un pouvoir Hmité et conditionnel. Arriver à ce point , le consolider, le faire dominer dans tous les siècles et dans tous les pays : tel était le but constant des efforts de Grégoire, et, selon son intime conviction, le devoir de sa charge. C'est ce qui ressort clairement de ses lettres, qui sont, après tout, les meilleures sources qu'on puisse consulter , quand on veut le juger sainement.

Mais que fallait-il pour l'exécution d'un tel plan? presque tout ce que Grégoire a fait. Il devait élever l'Église au-dessus de l'État, afin d'arracher ses ministres à la suprématie temporelle, de soustraire leur élection, leur dignité, leur existence, leur conduite et leur punition à l'autorité des princes. Et qui, dans ces temps obscurs, pouvait le mieux juger du choix des évêques? était-ce l'Éghse ou les princes? Quel était le principal but des rois lorsqu'ils choisissaient des évêques? cherchaient-ils des hommes propres à conduire les âmes, ou plutôt ne cherchaient- ils pas des hommes habiles à manier l'épée? et ces sortes de choix convenaient-ils àl'ÉgUse? Grégoire voulait donc rendre l'Église indépendante y et soustraire les évêques à la suprématie civile.

Il n'était pas seulement important , mais indispensable pour le plan de Grégoire , de faire prévaloir la croyance de la subordination de l'empereur et de toute puissance temporelle à l'Église. Tant que l'idée

contraire était dans les esprits , il lui était impossible de songer au succès de sa grande pensée. Car lorsque l'empereur décidait de Télection du pontife de Rome , lorsqu'il pouvait contrôler et détruire ses décrets, et que la volonté du pontife était subordonnée à celle de l'empereur, il n'y avait aucun espoir de réforme. C'est pourquoi Grégoire insista tant sur la soumission de l'empereur aux décrets de l'Église. Il commença par la douceur ; mais quand la douceur ne lui réussit point, il usa de rigueur. Henri céda. La liberté de l'Église exigeait donc V anéantissement de la subordination du siège de Rome à la puissance impériale.

Si Grégoire éleva des prétentions sur l'Espagne, sur la France, sur le Danemarck, sur la Russie, sur la Dalmatie, sur la Hongrie, sur la Corse et sur la Sardaigne, s'il se crut autorisé à réclamer les deniers de saint Pierre en Angleterre, on peut avancer sans crainte qu'il n'avait en vue que l'indépendance de l'Église. D'après sa profonde conviction, la religion seule pouvait procurer au monde le salut , le bonheur et la paix universelle; il était persuadé que la religion avait pour seul organe l'Église, qui, à ses yeux, était l'interprète des volontés du Très-Haut. Mais pour atteindre ce but, l'Église voulait et devait avoir quelques moyens de subsistance ; plus elle s'éloignait de l'État ou brisait les liens qui jusqu'alors l'y avaient attachée, plus il devenait urgent de pourvoir d'une autre manière à son existence. L'Éghse, rendue à sa liberté, ne pouvait plus compter que sur elle-même, que sur ses propres droits, et non sur les bienfaits de l'État. L'Église se trouvait partout où il y avait des adorateurs du Christ. Jésus-Christ l'avait bâtie sur le roc, sur l'apôtre Pierre ; donc partout où était l'Église, était le droit de Pierre, le droit du vicaire de Jésus-Christ et le pouvoir du pontife.

Quand l'ancienne Rome enchaîne à son char de triomphe les Gaules , l'Espagne , la Bretagne , la Grèce , la Macédoine et la Syrie ; quand elle élève sa puissance sur les ruines de l'Afrique , l'esprit qui présidait à tant d'entreprises , et qui était constamment occupé à égorger, à détruire et à exterminer pour atteindre un tel but, nous l'admirons, parce que nous savons que pour être Romain dans la force du terme, il fallait faire ce qu'on a fait. Pour accroître les grandeurs de Rome, tout était louable, digne d'admiration. Quiconque veut et approuve la politique romaine, doit aussi vouloir les effets de

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cette politique. Quel est pourtant celui dont rame n'est point navrée de douleur et remplie d'indignation quand , avec un sentiment d'humanité , il contemple les fumantes ruines de Carthage, les débris de Numance, la destruction de l'opulente Corinthe ? Mais nos sentiments changent quand nous considérons ce que demandaient la sécurité et l'élévation de Rome! Ainsi, en supposant que Grégoire eût eu, comme l'ancienne Rome, l'idée de dominer sur tous les peuples, oserait-on blâmer les moyens qu'il a employés, surtout quand on considère qu'ils étaient dans l'intérêt des peuples ?

Grégoire était pape , il agissait comme tel ; et , sous ce rapport , il est grand et admirable. Pour porter un juste jugement sur ses actes, il faut considérer son but et ses intentions , il faut examiner ce qui était nécessaire de son temps. Sans doute une généreuse indignation s'empare de l'Allemand quand il voit son empereur humilié à Canosse , ou du Français quand il entend les leçons sévères données à son roi. Mais l'historien qui embrasse la vie des peuples sous un point de vue général , s'élève au-dessus de l'horizon étroit de l'Allemand ou du Français , et trouve fort juste ce qui a été fait, quoique les autres le blâment.

Quiconque veut jouir d'un air pur , doit aussi vouloir les temps orageux , l'éclair et la foudre. Qui a jamais reproché à la flamme électrique les dégâts , les incendies , les ruines qu'elle occasionne ? Dans la nature , la chaleur amasse des orages qui se déchargent ensuite avec grand fracas. Il en est de même dans l'histoire de l'homme. Il se présente , aux regards de l'observateur, des temps où se manifestent des signes précurseurs qui font présager aux peuples des heures de justice où ils expient des crimes depuis longtemps accumulés. Les exemples ne manquent pas au lecteur. Mais ces hommes que la main de Dieu amène , ces hommes destinés à accomplir les desseins que veut la loi suprême , à faire ce qu'exige le cours des événements, nous les appelons grands, parce qu'ils sont les instruments dont Dieu se sert , le bras au moyen duquel le passé agit sur le présent , la voix qui fait entendre les besoins de l'époque.

Pour juger des intentions et des convictions de Grégoire, il faut examiner ses actes et ses écrits ; nous n'avons aucune autre source où il nous soit permis de puiser la vérité. Pour découvrir la source d'un ruisseau ou d'un fleuve, nous sommes obligés de nous arrêter à

la montagne d'où jaillit l'eau ; il ne nous est pas permis d'aller plus loin ni d'examiner les voies secrètes par lesquelles les eaux se rassemblent. Si les eaux sont èlaires, nous les appelons une source pure.

Grégoire a fait assez pour pouvoir être jugé. Il a exposé ses actions à nos regards, il ne les a point cachées. Que prouvent-elles? qu'il avait une seule idée , une seule pensée , un but unique. Si tous ses actes, que l'histoire nous a conservés, sont dirigés vers ce but important ; s'ils ont été mûrement pesés ; s'ils sont sortis d'une conviction profonde , de la conscience de son devoir ; si tous sont l'expression de l'idée principale qui le dominait , nous n'avons plus le droit de jeter du blâme sur les actes accessoires qui concouraient au grand but.

Il ne nous reste donc plus qu'à examiner si le but et la pensée unique de Grégoire méritent nos éloges ou notre censure. Grégoire a eu le sort de tous les grands hommes de l'histoire , on lui a prêté des motifs dont il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de trouver des preuves. On a prétendu qu'il avait cherché à établir un despotisme absolu et universel \ qu'il était conduit par un orgueil insupportable et par une ambition démesurée , qu'il avait tout sacrifié à ces deux passions ^.

Cependant, ceux-là même qui se montrent les ennemis de Grégoire sont obligés d'avouer que l'idée dominante de ce pontife, l'indépendance de l'Éghse , était indispensable pour la propagation de la religion, pour la réforme de la société, et que, pour cet effet, il fallait rompre tous les hens qui jusqu'alors avaient enchaîné l'Éghse à l'État, au grand détriment de la rehgion; l'Église devait être un ensemble , un tout, une en elle-même et par elle-même, une institution divine dont l'influence salutaire à tous les hommes ne devait être arrêtée par aucun prince de la terre. L'Église est la société de Dieu, dont nul mortel ne peut s'attribuer les biens et les privilèges , dont nul prince ne peut sans crime usurper la juridiction. De même qu'il n'y a qu'un Dieu et qu'une foi , de même aussi il n'y a qu'une Église et qu'un chef ^. Les lettres de Grégoire sont pleines de cette idée: il avait la

' Bower, History ofthe Roman Popes , book 6 , p. 560. 2 Sismondi, Histoire des républiques italiennes, t. I, p. 262. •^ Cette expression est remarquable dans la bouche d'un protestant. {Note du Trad. )

DU PAPE GRÉGOIRE Vil. 28li

conviction intime qu'il était appelé à la réaliser- aussi y travailla-t-il de toutes ses forces.

Voudra-t-on lui reprocher d'avoir nourri cette grande pensée ? Attaquera-ton l'idée elle-même , comme bizarre et exagérée ? L'une et l'autre assertion serait injuste et peu sensée. Le génie du despotisme était mort avec les empires asiatiques ; les remuantes républiques d'Athènes et de Rome avaient disparu ; tout tendait, au temps de Grégoire, à se former en monarchie ; tout se modelait dans ce sens ; chacun cherchait d'abord à être quelque chose pour lui-même, afin d'être quelque chose pour le tout. Les ducs entouraient les empereurs, et les princes les ducs ; puis venaient les vassaux , les arrière-vassaux et les feudataires qui se rangeaient autour de leurs seigneurs respectifs. Enfin tout se formait en corporations monarchiques. Pourquoi donc l'Éghse, qui est essentiellement monarchique, n'aurait-elle pas travaillé dans le même sens ? Pourquoi reprocher aux papes d'avoir eu l'esprit de leur époque, et d'avoir suivi l'impulsion générale? Et si alors il se présente un homme qui annonce clairement ce qu'il a conçu clairement , qui agit avec énergie et conformément à ses vues • qui , poussé par de profondes convictions , renverse les obstacles opposés à sa grande pensée, qui élève ce qui la soutient et l'appuie, qui détruit ce qui, à ses yeux, paraît nuisible, et sème ce qui lui semble devoir rapporter de bons fruits; certes, un tel homme mérite nos respects et notre admiration.

Pour que Grégoire n'eût pas la pensée qui l'animait, il eût été nécessaire que Dieu le fît passer par l'école de notre moderne civilisation et de nos doctrines rationalistes ; pour agir avec moins de vigueur et de résolution, il aurait fallu qu'il vécût au miheu de nous ; or , cela n'a point eu lieu. Il vivait dans un siècle grossier, dans un siècle de fer qui n'a rien de commun avec le nôtre : ainsi, ses actes ne peuvent être jugés d'après nos principes et d'après nos mœurs. Il faut nous représenter avant tout le siècle et les circonstances où Grégoire a vécu; il faut se représenter la situation et la constitution de l'Église, ses rapports avec l'État, ses désordres ; il faut examiner sérieusement l'État du clergé, son esprit, sa tendance, sa rudesse, sa dégénération, son oubli de tout devoir et de toute discipline , son ignorance à côté de son orgueil; il faut se former une idée nette de la situation de l'Allemagne, bien comprendre le caractère de Henri son adversaire,

^286 VIE ET POÎSTIFICAT

alors nous pourrons juger Grégoire. En suivant cette marche, en considérant ses pensées, ses actes, ses vœux, ses efforts relativement à son siècle, on arrive alors, quand on est exempt de préjugés, a un jugement tout différent de celui que forment ces hommes qui veulent prescrire au pontife, comme règle, les vues et les idées de leur siècle.

Pour atteindre au but que s'était proposé Grégoire , il ne pouvait guère agir autrement qu'il a fait. Car, enfin, pour être pape, il devait agir comme pape ; il devait agir autrement que la multitude, autrement que ses devanciers, s'il voulait s'élever au-dessus de tous et être un grand homme.

Mais, entendons-nous dire, trouve-t-on réellement en lui cette sincérité, cette conviction intime si vantée de la bonté de sa cause et de la justice de ses prétentions? La ruse et la perfidie n'ont-elles pas présidé à ses opérations? N'a-t-il pas voulu élever sa grande monarchie sur des faits mensongers, sur des inductions peu justes et sur de fausses interprétations de l'Écriture ? Cette opinion , qu'il soutenait comme certaine et qui attribuait au pape un si grand pouvoir, ne mérite-t-elle pas d'être flétrie du nom d'hérésie de Hildebrand? Grégoire n'est-il pas véritablement un hérétique, un hypocrite, un imposteur*? Voici ce qu'on peut répondre à cette objection . Ou Grégoire est l'homme le plus pervers, le plus méchant qui ait jamais paru sur la terre, ou il est tel que le montrent ses actes et ses écrits. Ses lettres sont pleines de vives affections, d'un amour ardent pour la religion, et d'une foi inébranlable en la divinité de Jésus-Christ. Partout nous voyons une administration consciencieuse, une conviction intime de la justice de sa cause et de ses actes, une foi ferme dans les récompenses et les châtiments de l'autre vie. Partout nous découvrons de la noblesse, de la dignité, de la grandeur; partout se trouve le langage le plus pur et le plus expressif de sa piété , de ses nobles desseins et de ses constants efforts vers un but généreux 2. Où sont donc maintenant les preuves qui détruisent ces sortes de témoignages? Sont-ce peut-être ses actes? Cela ne se peut, car il agit comme il parle; les

* Bower, Hisiory of Roman Popes, vol. 6 , p. 563-573 et suiv.

^ Nous indiquerons seulement quelques-unes de ces lettres. YoyezEpisf.. 11, 72 j IV, 28 5 VI, 1,13; VII, 3, 6; viii,21; ix , 1 , 9 , 15, 53; ii, 1 ; iv, 1 , 7,24; v, 5 ; VI, 1, 12.

faits Fattestent, il est impossible de les nier. Grégoire a soutenu, dirat-on, plusieurs choses que l'histoire n'a point reconnues exactes, que ses contemporains et la postérité ont souvent attaquées. Mais est-il donc impossible, ou plutôt n'est-il pas très-vraisemblable que Grégoire les ait regardées comme vraies? Devait-il donc avoir la critique, les connaissances et les idées qui sont nées dans la suite des siècles? Accordons qu'il se soit trompé sans le savoir^ en est-il criminel? il n'a jamais rien inventé de dessein prémédité. Il agissait d'après les idées qu'il pouvait avoir, et dont il avait la conviction ^ Qui oserait lui en prescrire d'autres? Qui a vu son intérieur, qui a lu dans son cœur, qui a sondé les replis de son âme? le condamner de la sorte, c'est se condamner soi-même. Si Grégoire avait choisi des moyens peu propres à réaliser son plan; s'il n'avait pas étudié les circonstances, ni tenu compte de son époque ; s'il eût commis des fautes graves dans l'exécution , on pourrait accuser sa prudence, son jugement, et non son cœur. Mais ce fut précisément son habileté contre laquelle on s'éleva toujours sans vouloir convenir de la bonté de son âme. Le génie de Grégoire embrassait et devait embrasser tout le monde chrétien, parce que l'indépendance de l'Église était une idée générale ; son action devait être énergique , parce qu'il agissait dans son siècle ; sa foi et sa conviction devaient être ce qu'elles étaient, parce que le cours des événements les avait fait naître.

Il est difficile de lui donner des éloges exagérés, car il a jeté partout les fondements d'une gloire solide. Mais chacun doit vouloir qu'on rende justice à celui à qui justice est due ; qu'on ne jette point la pierre à celui qui est innocent ; qu'on respecte et qu'on honore un homme qui a travaillé pour son siècle, selon des vues si grandes et si généreuses. Que celui qui se sent coupable de l'avoir calomnié rentre dans sa propre conscience.

« La véritable vertu consiste à être dans sa position ce qu'on peut être.

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