CHAPITRE Vit
LB nOUVKAU PÀYft EÈtOm LA. TIARE ; DBS FÉLICITÀTtOMt, Dis MIEBBS UE tfOBGBNT A l'aCGBPTER. IL PRBND lIC NQIe DB LÉON XII. IL ADRESSE AU CARDINAL CASTIGLIOMI DES PAROLES OBUGEAJîTBS. ET IL ANNONCE TOUT BAS AU CAR- DINAL DELLA SOIlAGLIA Qu'iL EST NOMME SECRETAIRE b'ÉTAT. LE CARDINAL PACCA MET AU DOIGT DU SOUVERAIN
' ikMhflFB l'anneau du PÊCHEUR. LA NOMINATION DU PAPE BSir AltfNONfcÉB AU PEUPLE DÉ ROME» PREMIERE ET SECONDE
• ADOBAYIONDBS cardinaux, le PAPB ENTRE DANS SAINT- PIERRE. TJIOISIÈME ADORATION SUR LE MAITRE-AUTEL. SIC TRjiNSIT GLOBIÂ jdUNDI, MONSIGNOR CRISTALDI, QUI AVOIT IRRITE LE CARDINAL DELLA GENGA, EST CONFIRMÉ fàisdRlEil-^éNéRAL. CONSALVI, RÉDUIT A LA PLACE DE itCtlitAlRB M^ 1»REFS. 1LBS FRANÇAIS OBTIENNENT DE MODTXAUX SUCCÈS MIUTAIEBS DANS LA GUERRE d'eSPA^ GNE, ENTREPRISE POUR DÉUYRER FERDUÏAND VII DE LA TYRANNIE DES CORTES.
■ XiA/mtoire^ quelle qu^elle fût^ devoit être un bofolieiir pour la Cour romaine ; mais on n^avoit pas prévu les difficultés que feroit le cardinal élu< Ici commence le développement libre et généreux du beau caractère et de la bonne foi du cardinal délia Genga^ sommé d^accepter la tiare. Le cardinal délia Somaglia
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etle cardinal camerlingue Pacca, s^approchè^ rentde lui, et le premier lui dit : n Acceptas-ne^ electionem de te canonicè factam in summum PorUificem ? — Acceptez^ous V élection qu^ona faite de vous pour souverain Pontifa ? » Le cap« dinal délia Genga , en versant des larmes, leur rappela que, dans une entrevue, il avoit soulevé sa robe pour leur montrer ses jambes enflées : u N^insistez pas , avoit-il dit , vous élisez un cadavre. » Des félicitations, des encouragemens , des partis pris de toutes parts , Tinterrompirent. On alla mettre en ordre , derrière Fautel, les habits qui sont préparés pour en vêtir le Pape nommé. Il y en a de plusieurs formes; il falloit choisir les plus grands, parce que le cardinal délia Genga étoit d^une taille élevée. Il déclara enfin que, puisqu^on vouloit le voir accepter sans hésiter, il obéissoit. Le doyen et le camerlingue lui demandèrent alors quel nom il entendoit porter comme Pape « LVluse donne ordinairement celui du Pape qui Ta créé cardinal ; cependant le choix est libre. Le cardinal délia Genga , encore plus ému , répondit qu^il prenoit le nom de Léon XII ; ensuite il adressa au cardinal Castiglioni des paroles obligeantes où respiroit encore une sorte de regret d'avoir été préféré , et il ajouta qu^il étoit malheureux qu^on nVût pas suivi le vœu de Pie VII , qui
appeloit son ami Castiglioni Pie VIII ( il le fat en effet plus tard); qu^au surplus le nouveau Pape étant accablé d^infirmités, et n^ayant que peu de temps à passer sur cette terre d^amer-tumeset de souffrances , le cardinal Castiglioni seroit indubitablement Pie VIII, son successeur. Il y avoit donc encore un, mouvement de délicatesse exquise dans le choix du nom que prenoit le Pontife. L^ choix une fois connu^ le premier maître des cérémonies dressa un acte de Félection et de toutes ses circonstances* Cet acte terminéy le Pontife élu, accompagné des deux premiers cardinaux-diacres présens, Ruffo et Consalvi^ se dirigea vers Fautel, au pied duquel il s^agenpuilla, et fit u^e courte prière. Ensuite , passant derrière le maitre-autel ^ il y quitta ses habits de cardinal pour revêtir les habits ponti%aux : ils consistent en bas blancs^ en souliers de velours rouge dont Fempeigne est décorée d^une croix brodée len or, soutane de moire ^abisée blanche , ceinjture garnie de glands dW, rochet, mosette, étole et calotte
blanche.
Sa Sainteté, revêtue de j&es habits de Pontife par ses conclavistes , Tabbé Vincent Marfani , comme secrétaire, Nicolas Moccaviui, comme camérier , et Vincent Conti , prêtre romain , q;u^aidoient 1/es maîtres des cérémonies, re-
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eondtiite jiap les daix preiniet% earctinaciXK diacres , Fabrice Ruffo et Conâalvi , s^'ayançs^ ven Faotel, se plaça sùp un Mége prépaie, et reçut la première obédience ou euiùràtioft ^éé$ cardinaux, avéclebaisement de la main ëtVeih'^ brassement sur les deux joues. Tous les cardi^ naux^ alors au nombre de quaraùte-^huit , se présentèreiit un à Un, reyètùs, eoitime il^ rétoienf, de la soutane violette, du rœhet, âe la mosette et du mianteau. Quand le cardinal délia Somaglia eût faitson obédience, lé nouveau Pape lui dit tout bas : <c Votre Emineùcemms servira en qualité de secrétaire d^tat. ^ Ce prér mier acte de Léon Xil fut admirable. BéHa Somaglia , quoique dévoué à Pinstlint de 1^ lection, hii avoit été peût-^tre plus contraire que favorable. Baiis le premiei* momëiit^ vaincre ainsi une répugnance à ^^inè éteiMe^ c^est up effort de Pâme qui nVppàrtieiit^s wàti hommes ordinaires. Le cardinal Pàcca, cattùet*^ lingue , après avoir fait Tobédience à son raiig\ mit au doigt du Pape Panneau du pécheur, et lé Pape le remit à M^' Zucchè, pour qu^il y fît grti^ ver le nom de Léon XII. Cependant le cardinal Fabrice Ruffî) , premier diacre, demanda à "iSii Sainteté la permission 'd^aller annoncer sôû exaltation, et accompagné d^n maître des cérémonies qui portoit lia croit papale élevée, il se
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rendu à.Ja £mèUre de la grande galerie qui donne sur la place du Quirinal et qui Tenoit d^êtjte. QUF^tepap les maçons du conclave. Là, Son Eminenoe , ayant mis la barrette ^ annonça à haute voix Félectidû en ces termes : Annunr tià vobU gàucUum rfiagnum : Papam hahemus Em^uic. Mfiif. D. Armûmlemy tùuJi. S. MarUe trans Tûferimypre^byteT%im S.R.E. cardinalem délia G&jLgay qui sihiimposuit nomen Léo XII. ic Je vous annonce une grande joie : Nous » avons pour Pape l^Ëminentisâime et Révéren- » dissin^e Annibal, du titre de Sainte-Marie au- » delà^u Tibre , prèti*e de la Sainte Eglise ro- » maine, cardinal dell^ Genga, qui s^est donné ))Je.BOB[i de Léon XII • »> . Totute la place du Quirinal étoit remplie de peuple et de yoitures , 1^ nouvelle s^étant ré- {Muaudue rapidement dans la ville.. On se rap-» p^la qu^un des révolutionnaires qui accompag^ioit le général Radet lors de Fenlèvement du Bap6 Pie Vil, je 6 juillet 1809, lui disoit à cette . mâme porte , s^u-dessous de laquelle le cardinal Ruffo avoit annoncé le gaudium ma-gnum ; a Général, nous enlevons le dernier Pape; iln^en aura plus. » Ce fatal augure étoit publiquement démenti, le 28 septembre i823, qui^iorze fi|ns et quelques mois après.
La noblesse et le peuple confondoient leurs
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acclamations auxquelles se joignoient les décharges d'^artillerie du château Saint- Ange, de la mousqueterie des gardes stationnés au Quirinal, et le son des cloches des églises de la ville.
Les cardinaux devenus libres, étoient retournés à leurs palais respectif. Le soir, sur Favis du préfet des cérémonies, quarante-six car4inaux (deux étoient un peu indisposés) se trouvèrent au palais du Vatican, et se placèrent suivant leur rang dans la chapelle Sixtine. Les cardinaux Opizzoni et Gravina, qui avoient pour voisin habituel le cardinal délia Genga, ne purent s^empêcher de sourire en voyant que leur voisin ordinaire n'^étoit plus à son rang. Pendant ce temps Sa Sainteté arrivoit du Quirinal, ayant dans sa voiture les cardinaux délia Somaglia et Pacca.* Après avoir pris ses habits pontificaux que lui présentèrent les cardinaux Ruffo et Consalvi,. dans la sacristie contiguë à la chapelle, le Pape entra dans cette chapelle, y fit une courte prière, et se plaça sur Fautel. Là eut lieu le second hommage ou adoration^ avec le baisement du pied et de la main sousia chappe, et les embrassemens sur les joues.'
Monsignoi; Bofondi, auditeur de Rote , arriva avec la croix, et la procession composée de tous les prélats se mit en marche pour descendre à la basilique de Saint-Pierre ; les mu-
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siciens efaantoient : JEece Sacerdos magnus.
Après les prélats venoieAt les cardinaux, chacun à leur rang, moins les deux premiers diacres, puis les conservateurs du ffeuple romain, Mc^ Bemetti , gouverneur de Rome*, que Ton s6 montroit et qu^on auroit- voulu applaudir comme ayant maintenu sagenfient la police dans la ville pendant les vingt-cinq jours de conclave , le prince Altiéri, sèna'teur de Rome, et les deux premiers cardinaux-diacres ; eofin paroissoitle Saint Péris porté sur la ^^dfia gestàioriaj entouré de la garde noble, de la garde suisse, de «es officiers et du commandant-général Bracci^ honoré depuis quelque temps; par Louis XVIII ^ du cordon rougede France. La procession étoit fermée païf l'auditeur dcla'cdïambre, le» trésorier Cristaldi, le majoixlome^ le maestro di caméra j les prélats assistans au trône* et les protonotaires apostoliques*
Sa Sainteté étant entrée dans la basili({ue, fut conduite à Fautel du Saiçt-Sacrement, où elle descendit de la sedia et fit une courte prière. La procession ne^ tarda pas à se diriger vers Fautel pontifical. Le Pape remonta suThisedia^ reprit la mitre ; arrivé à Fautel il*^ pria encore, et s^ assit sur un coussin. Le cardinal-doyen entonna le Te Deum.^ pendant lequel le saint Père reçut la troisième adoration. Le Te Deum
ft|t suivi des versets et des oraisons pour le nourveau Pantijk. Le Pape alors descendit de Tau* tel, et debout sur lies degrés, donna sa première bénédiction apostolique au peuple immense qui remplissoit la basilique. On sait que pendant ces cérémonies, un maître des cérémonies brûle trois fois de^étoupes devant le Pape, en lni« disant à haute voix .: Vnter sanctè^ sic transit gloria mundi. Saint Père y- la gloire du monde passé ainsi.
Lelendeiùain de la troisième adoration, il régnoit à Home mm sorte de préoccupation re-» lativement à ce qui concemoit le trésorier-général. Cette place est là, comme partout, à peu prè^ la plus importante. Pat les sedtin^ens que Léoi> XII manifi^steroit à Fégard de monsignor Cristaldi,on alloit porter un jugement sur le caractère que Sa Sainteté déploieroit conune Pape* Le cpédit du prélat de voit être ébral^lé. Il avoit véritablement parlé au cardinal ddla Genga en termes peu convenables'. La puissance rapide^ ment survenue chez Toffi^nsé, ajoutoit encore à Fintensité deTinsulte; du moins, tous les flat^ leurs le disoient ainsi . Il étoit difficile que r>offensé ne s^en souvint pas. It sVn souvenoit en effet, mais la constantei intégrité du fonction^naire, ses vues droites, touleè religieuses et sauges, sa garde assidue aux portes du trésor., sur«
tout cette maxime de sévérité pour toutes les de* mandes qui peuvent une fois être justes, mais qui aussi peuvent ne pas Vétre souvent , un ton de liberté, d^assurance, de franchise, qui sied- bien à tous les honnêtes gens ; ces mille considérations ne tardèrent pas à éveiiler.chez le Paped^autres senttmens. Ce qui distinguoit éminemment Sa Sainteté^ c^étoitTamour du bien public, et ilen trouvoit un digne défenseur dans le trésorier, qui avoit pu ne pas redouter un membre du Sacré Collège. Le Pape déclara nettement qu^il lui paroissoit évident <]ue dans la querelle-, le cardinal délia Genga avoit eu des torts. Il détailla ces torts, il les aggrava peut-^étre, et mon* signor Cristaldi conserva sa placci.
Dans ses* rapports avec les Français, relati-^ vement aux intérêts dus sur les dotations fondées par Napoléon, monsignor Cristaldi fut assez facile, et ne voulut adojpter aucune voie oblique et détournée. Il annonça ses propositions, ne les réduisit pas lorsqu^on les eut acceptées, et nous avons eu à nous louer de sa droiture, et même , ce qui est rare dans ce pays ^ de sa célérité.
Après de tels procédés avec Cristaldi, les hommes qui savent tout s^écrièrent : « Ce sera Consalvi qui- paiera pour les deux! » Nous virons plus tard ce qui doit advenir ; en atten-
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dîlnt, pour ieâ* curiosités empressées et avides, hous peuYons dire cfue Léoti XII étoit éminem-^ ment vindicatif à sa manière.
Dans le moment même où le Pape avoit été élu, les Français poursui voient avec constance leur glorieuse campagne dans la péninsule ibérique. Le cardinal délia Somagiia, doyen du Sacré Collège,' qui avpit été un des partisane lôs plus dévoués' des zelanti^ remplissoit la place -de secrétaire <f Etat, et Consàlvi étoit induit à son emploi de secrétaire des brefs et de chef de Ja consulta ^ dont les attributions re^ treiutes ne peuvent pas être assimilées à celles de la secrétairerie d'Etat. La surveillance et la révision des .régfcmens- sur Tétat sanitaire du pays^ ne pouvoient pas, ne dévoient pas suffire à lin esprit jusqu^alors occupé d'intérêts im^ menses qui embrassoient la politique de TEurôpe et des quatre autres parties du monde.