CHAPITRE XXVIII
UN SEUL HOMME d' ABORD AVOIT YOULl> LE JUBII«é, PUU CETTE CEREMONIE ETOIT DEVENUE LE VOEU DE TOUT LE MONDE. LE ROI DE PRUSSE NOTIFIE AU PAPE LE MARIAGE DE SON FILS AVEC UNE PRINCESSE DE BAVIERE. EDIT SUR LE CtJLTE DIVIN A ROME. DESCRIPTION DE l'oÙVERTURE DE LA PORTE SAINTE. IL n'aRRIVA AUCUN ACCIDENT NI AVANT NI APRÈS LA CÉRÉMONIE. CONFÉRENCES DU COMTE HARROWBY AVEC LE CARDINAL DELIA SOMAGLIA. LE CORPS DIPLOMATIQUE PRESENTE SES HOMMAGES AU PAPE LE PRE- MIER JOUR DE l'année 1S25. MORT DE FERDINAND I^', ROI DU ROYAUME DES DEUX-SICILES. VOYAGE DU ROI FRAN- ÇOIS I®' A ROME. SA BELLE ACTION AVEC UN REFUGIE NA- POLITAIN. DISCUSSION SUR LA QUESTION DE LA HAQUEf^ÉE, ET FAITS A CE SUJET. ENCYCLIQUE OU LE PAPE DEMANDE DES ACMONEÇ POUR HATER LA RECONSTRUCTION DU TEM- PLE DE SAINT-PAUL HORS DES MURS. LOUANGES. DONNÉlQ» AUX ECRITS RELIGIEUX PUBLIES SOUS LÉON XII.
Un seul homme avoit voulu, avoit souteuB en Lion la cause du Jubilé. Puis cette cérémcvnie, si controversée, étoit devenue le vœu dfe tout le mionde. Les' étrangers afBuoient; lord
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Harrowby, le président du conseil des ministres à Londres, revenoit exprès de Naples. On écrivoit de toutes parts aux divers ambassadeurs, de retenir des logeraens. Les pèlerins commençoient à se présenter ; on les accueilloit avec affection et générosité. De nobles princesses la* voient les pieds meurtrie des femmes venues de contrées éloignées ; des princes pieux remplissoient le même devoir auprès des pèlerins qui a'^avoient jamais entendu parler de cte tendres soins que la charité offre à des frères en Jésus- Christ.
Une circonstance en apparence indidS^rente, mais qui ne le fut pas pour le Saint Père, occupa un moment les esprits. Le 9 décembre, le roi de Prusse fit notifier au Saint Siège, par M. Ancillon, le mariage du prince royal, aujourd'hui roi sous le nom de Frédéric-Guillaume IV , avec Elisabeth-Louise, fille du deuxième mariage de Maximilièn-Joseph, rôi de Bavière. Cette comjnunication, faite d'une manière fort amicale, outre qu'elle étoit opportune, parce que la princesse étoit catholique, devenoit encore convenable par suite de l'accueil que ce même prince royal venoit de recevoir de Léon XU et de la noble hospitalité dont le prince Frédério-H^aridiarles, frère du roi, avoit à se louer depuis long-temps à Rome, ou il avoîi fixé son séjour.
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Dans ces premiers momens d^union^ la prin»
cesse catholique, épouse d^m) prince protestanty^ espéroit, surtout diaprés les recommandations du pape, qu^elle ne seroit jamais troublée dans les pratiques de son culte. Malheureusement il faut dire que les -ministres de Frédéric-Guil<^ laume III n^accomplirent pas toutes les condi-^ tions arrêtées. Il appartenoit à Famé magnanime du roi actuel d^adoucir et même de détruire des mesures injustes et désagréables qui dévoient répugner à la conscience de cette reine si douce et si digiie de la réputation de piété qui distingue toute la maison de Bavière.
Le Pape jugea à 'propos, le 20 décembre, de publier un édit en douze articles sur le culte divin et la vénération due aux églises. Après une exhortation sur le respect quW doit mani*" fester dans la maison de Dieu, et sut* le bon exemple que dévoient donner les fidèles de ilome, surtout aiix approches de Tannée sainte, Sa Sainteté rappela Tobservance exacte des canons, constitutions et déerets ^apostoliques. Il sembloit que Léon XII, offensé de quelques accusations injustes publiées avec mauvaise foi par des étrangers contre plusieurs habitudes de Rome où ils avoient oru voir du refroidisse^ ment dans la foi, vouloit présenter aux pèle-* rins une Rome régénérée^ docile, occupée, de
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ses devoirs. Les messes et les offices dévoient êti^e célébrés régulièrement aux heures marquées par les rubriques; les églises seroient fermées au coucher du soleil, sauf quelques louables coutumes et plusieurs privilèges partie culiers. Les fêtes dévoient se célébrer sans in* terventions pro^sines (on nWoit pas osé dire sans divers morceaux de la musique de Rossini) et avec une musique dite de chapeUcy et non avec des instrumens, à moins qu'ion n^exhibât une permission supérieure. Il-étoit défeudu aux pauvres de quêter dans Fintérietir. On recommaudoit aux séculiers de ne point s^entretenir dans Tenceinte du chœur ou dans des chapelles, au temps de Toffice ou pendant les messes. Les étrangers entrés pour examiner les monumens, étoient tenus d^avoir un maintien décent. Les séculiers ne pouvoient se présenter sans raison valable dans la sacristie, ni s'^en servir comme de passage pour entrer dans Téglise ou pour en sertir. On recommandoit de ne pas louer les chaises dans les églises, et de ne pas les transporter avec bruit.
Enfin, le jour du 24 décembre étoit arrivé.
Nous rapporterons le récit officiel qui fut pubUé à Rome, et qui a été inséré dans plusieurs feuilles, et notamment dans le journal de PAmi de la relwion et du roi^ tome xui,
page 3o8 ; nous j ajouterons des détails qu^il nous sera permis de citer, puisque nous avons été témoin oculaire.
Le 23 décembre 1824, Monsignor Perugini, évéque de Porphire et sacrista de Sa Sainteté, avoit fait la bénédiction de Teau dans la chapelle Sixtine. Le 24, vers midi, les cardinaux, moins ceux qui dévoient faire Fouverture des portes saintes de Saint -Jean- de -Latran, de Sainte-Marie-Majeure et de Sainte-Marie in Trasteifere^ substituée à Saint-Paul hors des murs à cause de son état de destruction à la suite de Tincendie de i823, se rendirent au palais du Vatican, où ils trouvèrent 'une quantité de prélats déjà rassemblés. Sa Sainteté, dont heureusement la santé étoit suffisamment raffermie, se revêtit de la chape blanche, fit placer sa mitre sur sa tête, et se rendit processionnellement à la chapelle Sixtine, où le saint Sacrement étoit exposé. Le Pontife encensa le saint Sacrement, et Ton distribua des cierges aux cardinaux, aux prélats et aux magistrats romains.
M. le cardinal Cacciapiatti, premier diacre, présenta au Pape un cierge doré. Sa Sainteté entonna le Veni creator^ qui fut continué par les chantres de la chapelle, et elle se plaça sur la sedia gestatoria pour s^avaiicer sous le dais
et sous lesflabelli par Fescalier royal, vers le
portique , aux deux extrémités duquel sont les statues de Coustantin-le-Grand et de Cfaarlemagne (i). La procession étoit immense : elle se composoit d'^abord des orfimelli^ puis du clergé séculier et régulier des chapitres, de la maison du Pape, des membres des tribunaux, des prélats en charge et des cardinaux. Le Saint Père étoit entouré de Suisses, et plus immédiatement auprès de sa personne, de sa garde noble ( c^est le corps le plus brillant c[u^on puisse voir auprès d^un souverain). Arrivé au portique de l'église, le Pape descendit de la sediagestatoria^ et monta sur un trône préparé pour le recevoir. De la Sa Sainteté, environnée de son cortège, descendit du trône et s^avança près de la Porte sainte. Là Léon XII reçut un marteau d'argent des mains
(i) Nous faisons, nous, un saint de Charlemagne. Les Romains disent qu'il a été \ensis et le cl^peua de l'Eglise, mais <{u'il n'est pas saint. Cependant il a reçu dans l'érection de cette statue sous k portique de Saint- Pierre un insigne honneur qui est bien mérité.
Charlcmagne étoit guerrier et civilisateur. Ses dernières guerres le fatiguoient, parce qu'il étoit tourmenté du désir de civiliser. Aussi c'est lui qui a fermé l'époque de l'invasion et de la brutale conquête, et qui s'est empressé d'ouvrir celle de l'organisation et de la régularité des lob. Dans cette organisation, Rome remplissoit la première |^ce, et cette place, Rome l'a toujours noblement défendue et l'occupera éternellement avec la même puissance. Rome n'avoit que cet avantage à obtenir des hommes, et les Rois qai le lui ont procuré en inclinant avec soumission devant elle un front couronné, n'ont fait qu'accomplir une mission qui leur étoit venuo tt'en haut.
de M. le cardinal Castiglioni, grand- pénitencier, et frappa trois fois le mur de la porte, en entonnant le verset : « Aperite mihi portas justitiœ; » les chantres répondirent : « Ingressus in eas confitebor Domino. » Le Pape continua : <f Introibo in domum tuam^ Domine, n ]^. a Ado* rabo ad.tem.plum sancium in timoré tuo. » Le Pape, avec une voix plus élevée, dit : u Aperite portas^ quoniam.nobiscumDeus, » i^.a Quifècit virtutem in Israël. )> Cela fait, le Pape rendit le marteau au cardinal pénitencier, et remonta sur le trône, d^où il donna lui-même un signal. Alors le mur tomba en dedans de Téglise, et pendant que le Pape, retourné à son trône, récitoit Toraison « Actiones nostras^ » une foule de san Pietrini(ouyners attachés à Téglise de Saint- Pierre ) enlevèrent les décombres de la porte, qui, en peu de minutes, fut dégagée de tout embarras ; immédiatement les pénitenciers lavoient le seuil et les jambages de la porte . Le Pape récita Toraison : « Deus qui per Moysen^ » et, étant retourné à la Porte sainte, il reçut la croix, qui lui fut présentée par le cardinal Cacciapiatti, et le cierge allumé, qui lui fut offert par le cardi* nalVidoni. Alors Sa Sainteté, sansmitre, entonna le Te Deumj et au même moment, au son des cloches se joignirent les décharges de mousqueterie de la partie de la garde suisse qui étoit
en dehors, et de rartillerie da château Saint- Ange. Toute cette cérémonie se passoit en présence d^une foule immense d'^étrangers. Des tribunes avoient été préparées pour la reine Marie-Thérèse de Sardaigne, accompagnée des princesses ses filles, pour le duc de Lucqnes. La tribune diplomatique, placée en face de b Porte sainte, offrit pendant quelque temps une sorte de confusion inexprimable : il y eut un moment ou la duchesse de San Fernando, fiUe d'un frère du roi Charles IV, ne pouvoit qu^attendre sur un escalier assez dangereux ; Tarnbassade française ne manqua pas d'aller délivrer cette cousine germaine du roi catholique. La porte avoit été presque forcée, et des personnes qui n^avoient pas droit à de telles places, s^étoient introduites ; mais Tordre se rétablit, parce que la cérémonie ne dura pas longtemps. Lorsque le Te Deum fîit fini, le Pape entra le premier et seul dans Téglise de Saint- Pierre, et fut suivi des' cardinaux et prélats portant tous un cierge allumé. Sa Sainteté se rendit dans la chapelle (le la Piété y si célèbre par la statue due à Michel-Ange, puis dans la chapeUe Grégorienne, où étoit exposé le saint Sacrement, et enfin au grand antel, où elle entonna les premières vêpres de la fête de Noël, pendant que Ton ouvroit toutes les portes de la basi-
lique, qai depuis le matin étoient restées fer* mées. Après vêpres, le Pape donna la bénédiction pontificale; il reçut les complimens de quelques personnes qui se félicitoient de le voir bien portant, et il se disposa à se retirer dans ses appartemens. On sut qu^il avoit dit au cardinal Vidoni qu^il aimoit beaucoup : « Ben^ le cose sono andate benissimo, » ce Les choses sont allées très-bien. » Et qae le cardinal, célèbre par ses bons mots, lui avoit répondu : « Santo Padre, un* altra volta saremo pratici. » w Saint Père, une autre fois nous saurons comment cela se fait. » Ce rendez-vous donné àLéon XII, en 1 824^ pour Tannée i85o, le fit sourire ; on en rit aussi beaucoup dans toute la ville.
Le Saint Père ne devoit pas avoir un long repos; mais sa santé étant meilleure, il ne re* fusoit aucune fatigue. La nuit de Noël, après avoir béni suivant Tusage le stocco et le bérettone (une épée et un chapeau) destinés à être o£Perts, sHl y a lieu, à un prince ou à un général qui a bien mérité de la religion , il se rendit à la chapelle Sixtine, et y entonna les matines; Sa Sainteté chanta la neuvième leçon, et entendit la grand^messe célébrée par le cardinal Falza* cappa.
Le matin de la fête, Lédn XII se rendit à Saint-Pierre, entouré de la garde noble et de la
garde suisse ; après s'^êlre revêtu de ses habits pontificaux, il moDta, la tiare en tête, sur la secUa gestatoriuj et fui porté à Tautel papal, où il reçut les cardinaux à robédieiice, en tonna les tierces, et commença ensuite la messe solennelle,assistéde M. le cardinal Pacca, commeévêque; de MM. les cardinaux Vidoni et Guerrieri Gonzaga, diacres assistant au trône ; de M. le cardinal Cacciapiatti, diacre de Févangile; de M^ Patrizi, auditeur de Rote, comme sous-diacre, outre le diacre et le sous-^iacre du rite grec. A la communion, Sa Sainteté retourna à son trône, suivant Tusage, et donna la communion aux diacre et sous-diacre latins, et à toutes les personnes qui reçoivent cet honneur dans de telles cérémonies. Après la messe, M. le cardinal Galeffi remit au Pape, au nom du chapitre, Tofirande accoutuniée, et Sa Sainteté s'^étant rendue au balcon ordinaire, donna la bénédiction à la multitude du peuple et de pèlerins rassemblés sur la place, ou qui encombroient les rues par lesquelles on arrive à Saint-Pierre.
Diaprés un rapport du gouverneur, on sut qu^il n^étoit pas arrivé le moindre accident ni avant ni après la cérémonie. Ce Prélat a voit pris des précautions extraordinaires pour que la tranquillité ne fût pas troublée. Les pèlerins reçurent des secours^plus abondans. Ils étoient
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déjà au nombre d^environ deux mille ; quel* ques personnes croient cependant qu'il y en avoit un plus grand nombre.
Dans le même moment à peu près, il se passoit dans le Vatican un événement secret qui a porté ses fruits. Lord Harrowby avoit désiré obtenir quelques informations sur le but de la réunion des fidèles à Foccasion de Tannée sainte, sur les projets ultérieurs de Rome, sur les Jésuites, sur la disposition où pouvoit être le gouvernement pontifical de soutenir, avec plus ou moins de puissance et de vivacité, les catholiques d'Angleterre. Le duc de Laval ménagea une explication entre le ministre anglais et le cardinal délia Somaglia. Ici il faut dire, à Fhonneur du cardinal , que, dans cette entre-^ vue, il s'exprima dans les termes les plus précis, les plus sages, et que le comte Harrowby témoigna une entière satisfaction. Homme d'affaires, homme d'Etat, homme du monde, le cardinal accepta toutes les questions, n'en éluda aucune, alla au-devant de cpelques autres qui étoient plus délicates, ou articulées avec une extrême réserve. Le ministre anglais parut content; il montra une vive gratitude, et après avoir tout demandé, tout obtenu, se retira en répétant toujours qu'il n'avoit aucune mission pour Rome. Si ce ministre n'étoit venu
pour aucune raison politique, s^il devoit ne rien faire^ ne rien voir, ne s^enquérir de rien au nom du ministère britannique, au moins il étoit tourmenté , comme homme privé, d'une curiosité immense. Il ne se le voit pas pour sortir le premier; il écoutoit avec avidité, il sembloit loger commodément dans sa mémoire ce qui lui étoit dit , et le cardinal délia Somaglia, qui ayoit , a coup sûr, P ordre de plaire j eut le bonheur de rçconnoitre chez ce diplomate, si indifférent, si peu occupé des intentions de Rome, que les paroles d^un doyen du sacré collège, qui ne respiroient, après la défense des dogmes, que Famour de Tunion et de la bonne intelligence , répandoient dans ce cœur étranger un sentiment de déférence et de joie sincère, semblable à celui qu'^auroit éprouvé un négociateur réellement chargé d^unfe importante affaire , et qui reporte à ceux qui Font envoyé les annonces de la paix qu^ils désirent, dans le but de ne pas voir troubler un calme dont ils ont besoin pour servir les véritables intérêts de leur Etat.
Le Jubilé a voit été ouvert sous d^heureux auspices. Le Pape s^en félicitoit devant le corps diplomatique qui lui présentoit ses hommages au commencement de Tannée i825.
Peu de jours après, Sa Sainteté fut très-af"*
fligée d^apprendre que Ferdinand r% roi du royaume des Deux-Siciles, étoit mort subitement, la nuit du 3 au 4 janvier. Ce prince, né le 12 janvier i75i, étoit monté sur le trône le 5 octobre i75g, lorsque son père don Carlos passa en Espagne pour succéder à son père Philippe V. Ferdinand avoit épousé l'archiduchesse Marie-Caroliûe, sœur de notre si admirable reine Marie- Aiitoinette. Les vicissitudes qu^a éprouvées Ferdinand sont connues. Il laissoit le trône à son fils François, marié alors a la sœur de Ferdinand , roi d^Espagne ; madame la duchesse de Berry étoit la fille du premier lit du nouveau monarque.
Les pèlerins continuoient d^arriver à Rome, et la plus grande tranquillité régnoit sur les routes et dans la ville : des mesures extraordinaires étoient prises pour qu^il n'y eût aucun accident sur les chemins. Le brigandage avoit dû céder. Rien n'^étoit épargné pour que les Napolitains qui abandonnoient leurs montagnes et se rendoient à Rome, ne fissent pas de rencontres fâcheuses.
Au mois d^avril , le roi de Naples François P' vint à Rome. Le Pape jugea à propos de ne pas troubler la conscience du prince relativement à la haquenée : on accueillit François avec respect : sa franchise et son humanité éclatèrent dans
une scène qui eut lieu à Albano, entre Sa Majesté et un réfugié napolitain. Celui-ci s^approchaduroi, et lui demanda d'hêtre rappelé, en lui peignant sa misère. Le prince ému lui donna sa bourse et lui dit , les larmes aux yeux : *< Si n je ne vous rappelle pas, c^est que je n^en ai » pas le pouvoir. » On ne sut pas dans le temps quelle étoit la crainte qui pouvoit retenir François; il est certain que M. le duc de Blacas, qui étoit alors à Rome, et que Ton savoit être dans la grande confiance de François, dit a Léon XII qu^il le supplioit d^engager le roi à montrer plus de décision et de fermeté pour quelques affaires.
Cependant il fut parlé indirectement de la haquenée : ce ne fut pas le gouvernement pontifical , mais un simple particulier napolitain qui agit en cette occasion.
Il expliqua au roi qu^aux termes d^une convention antérieure, entre M. de Médici et le cardinal Consalvi , la cour de Naples s^étoit engagée à payer au Saint Siège une rente annueUe qui seroit réglée à Tamiable, et demeureroit affectée sur les revenus du clergé napolitain. C'étoit un paiement quelconque qui remplaçoit celui du tribut. Les ambassadeurs de France et d^ Autriche ayant entretenu de cette affaire M. le cardinal délia Soma-
glia, il répondit aux deux ambassadeurs :
a Voici les doctrines du Saint Siège relative- )> ment à ses droits de suzeraineté sur le royaume » de Naples : on a beaucoup fouillé, compulsé )> les archives : on veut bien reconnoitre que le » roi François ne se trouve pas dans la néces- )> site de demander Tinvestiture de ses Etats. » C'étoit un acte qui entroit dans les obligations D du roi Ferdinand , parce que celui-ci , bien )> qu^il succédât à Charles III son père, n^hérî» )> toit cependant pas du trône dans Tordre na- )> turel de primogéniture ; il étoit donc assujéti, j> comme prince et chef d'une ligne collatérale, )» à réclamer de nouveaux titres et à recevoir » Finvestiture. François I", au contraire, suc- )> cède nécessairement a son père. Au décès de )> celui-ci , il monte au trône sans être dans la » nécessité rigoureuse de renouveler les forma- » Utés et les sermens qu^exige le droit dMnves- » titure.
» Il n^en reste pas moins à remplir d^autres » devoirs, tels que la prestation du tribut et de » la haquenée; mais cet hommage-lige se peut )> différer de quelques mois. »
Le Pape, sur ce sujet, répéta à M. Fainbassadeur d^ Autriche ce qu^il avoit dit à M. le duc de Laval : a Nous ne sommes dépositaire de » nos di*oits quVn qualité de prince électif.
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i> Nous sommes pins astreint qn-aocun sonve- » rain de TEurope à ne jamais nous désister I» d^-aucune prén^tive de notre couronne. »
Il sera permis d^ajouter ici qiielques détails authentiques sur plusieurs circonstances rdatives à ce droit de tribut. Monsignor Marino Marini , attaché à Fadministration du Vatican, nous a montré divers documens qui constatent de la part des roiç d^spagne la reconnoissance de la suzeraineté du Saint Siège. Ces documens portent pour les premières lettres un inunense sceau en or massif dW poids considérable.
Plus tard il y a encore le sceau dW, mais le poids est moins fort. Plus tard encore, le sceau n^a plus que la forme et à peu près le poids de deux ou trois quadruples. Le tribut fut payé jusque sous Pie VI. De cette époque jusqu^à nos jours, il n'y a pas eu de prestation, et le Pape a constamment prononcé sa protestation au public , le jour de la fête de Saint-Pierre. Nous rapporterons plus bas les termes précis de cette protestation. Us sont indulgens, délicats, chrétiens et fermes.
Un des avantages du Jubilé étoit la faveur accordée, dans beaucoup de diocèses de France et dltalie, à T Association pour la propagation de la foi. Elle avoit pour but d'étendre les progrès de la religion dans les pays encore ens&-
velis sous les ténèbres de Fidolàtrie. Léon XII ^ quand il étoit cardinal-vicaire, y avoit pris in-^ térêt en 1822 : il existoit un Conseil appelé du Midiy établi à Lyon , cette ville si pieuse, où r Association avoit pris naissance le 3 mai. En 1824^ elle avoit déjà publié quatre numéros, contenant des nouvelles des Missions. Ms^ le grand-*aumônier de France ayant accepté la présidence de Tœuvre, écrivit à tous les évéques pom* la leur recommander. <c Avant la révolu- » tion , disoit-il , la France se distinguoit dans^ » des missions étrangères par dMminens ser- )> vices dont nos traditions conserveront des » souvenirs aussi honorables qu^édifians. Nous » avons vu disparoître les ordres religieux qui M se consacroient à ces apostolats ; il ne nousi n reste plus que quelques débris d^autres insti-' » tutions qui s'y dévoùoient spécialement; et )» tandis que dans des pays séparés de Funité, <( Tesprit du siècle entasse des efforts inouis par )» tout ce que son activité peut lui faire entre- )> prendre, et principalement par des sociétés w bibliques, pour semer Terreur sur toutes les B parties du globe, nous avons la douleur de » voir Textréme insuffisance des moyens mis en » oeuvre parmi nous, pour la propagation de » la vérité. »
Aujourd'hui, en 1842, cette institution est
devenue florissante. On a organisé à Paris, sur le plan de la Société-Mère de Lyon , une institution semblable qui a poussé ses rameaux jusque dans les pays les plus éloignés de FËurope. Le recouvrement des revenus de cette admirable fondation est confié, à Lyon et à Paris, aux soins des personnes les plus respectables pour leur probité et leur exemplaire piété.
Personne n^ignore que la basilique de Saint- Paul hors des murs avoit été la proie d^un incendie en 1823, et que la reconstruction de cette église étoit commencée ; mais il n'^avoit pas été possible de la rétablir assez tôt pour que les cérémonies de Tannée sainte y fussent célébrées. Le Pape jugea convenable de publier une encyclique le 25 janvier, pour inviter tous les patriarches, primats, archevêques et évêques de la chrétienté, à recueillir des aumônes qui seroient consacrées à la continuation des réparations nécessaires pour rendre au culte Téglise de Saint-Paul.
Nous citerons quelques parties de cette encyclique.
« Leone per la dwina Provvidenza Papa XII, Aux calamités terribles et multipliées qui ont tourmenté le mémorable Pontificat de notre glorieux prédécesseur, pour comble de désastre, nous avons vu, à la grande douleur de cette ville et de tous les peuples catholiques^
se joindre Tincendie par lequel un temple si antique, prodige de richesse, d'art et de majesté, élevé en l'honneur de l'Apôtre docteur des nations, monument insigne de la piété et de la magnificence de Constantin-le-Graud qui l'a fondé, de Yalentinien, de Théodose, d'Arcadius et d'Honorius, empereurs, qui l'ont rebâti, et enfin, des Pontifes romains qui l'ont restauré, est devenu rapidement la proie des flammes en peu d'heures d'uoe seule nuit. Notre prédécesseur Pie YII avoit rendu célèbre sa piété envers le saint Apôtre, en commandant que l'on fît les réparations nécessaires à cette basilique, lorsque la violence incroyable des flammes la consuma presque tout entière.
w Après cette douleur, il nous survint à nous et à toute l'Eglise, une autre douleur très-cruelle; ce fut celle de la mort du Pontife lui-même : la volonté de Dieu nous a mis ensuite à sa place, quoiqu'avec des mérites inégaux. Alors sentant dans notre cœur l'événement si funeste qui a privé Renne d'un ornement si admirable, et vénérant les augustes mystères de la Providence divine, au milieu des soins de notre ministère, nous avons porté notre pensée sur ces ruines, et nous avons appelé tous les secours de l'art et de l'industrie, afin que ce qui avoit échappé au feu pût rester debout. Aussi, grâce à notre zèle, nous espérions faire ouvrir dans la prochaine année sainte la porte d'or de cette basilique. C'est pourquoi dans les lettres qui ont publié le Jubilé nous avons nommé la basilique Ostiensis en même temps que les autres basiliques patriarcales qu'il faudroit visiter pour obtenir l'indulgence. Après les premières ruines, il s'en est fonné tant et de si grandes, que nous avons reconnu qu'on ne pourroit y accomplir les cérémonies du Jubilé, ce qui étoit notre
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détir, sans un danger qui excitoit notre effroi : il a fallu abandonner notre pensée, et ordonner de reconstruire nouvellement le temple. Là, nous trouvions pour obstacle la modicité de notre fortune, qui n'étonnera personne après tant de pertes souffertes par cet Etat. Néanmoins, nous n'avons pas perdu cours^, et nous avons entrepris l'œuvre, ne doutant pas que les fidèles ne s'empressassent d'abord de louer notre projet, et ne nous aidassent à l'envi de leui*s propres facultés dans les soins à prendre pour l'accomplir.
» Et qui sera celui qui ne voudra pas faire tout ce qu'il pourra pour seconder nos vœux, s'il considère seulement que nous les avons formés pour la gloire et pour le culte d'un bomme, duquel Jésus-Christ lui-même a dit : « Ceburlà est mon vase (T élection, afin qu'il porte mon » nom aux nations et aux rois! » C'est lui qui depuis ce temps, enflammé par la force de la charité divine, s^étant fait tout pour tous, pour gagner tous au Christ, a parcouru tant de pays dans des voyages si âpres, s'est exposé à tous les périls de terre et de mer, a soutenu avec un courage invincible la pauvreté, les veilles, la faim, les naufrages, les plaies, les lapidations j les trahisons, les misères de tout genre, de manière que, bien que sa modestie y répugnât, il fut forcé par l'inspiration de l'Esprit sadntdedirequ.^ïlaiYoit/atiguéplusqu aucun autre disciple du Christ, Cet Apôtre finalement donnant son sang et sa vie, confirma par un glorieux martyre cette vérité qu'il avoit enseignée par les paroles et par l'exemple, et qui permet d'affirmer que, principalement par son œuvre, nos pères ont été appelés, des ténèbres, à l'admirable lumière de Jésus-Christ. Paul respire et vit encore dans ses épitres. Quand mille autres avantages manqueroient, elles seules suffisent, tant la parole divine s'y
maniffi^ste, pour que les homines croient à rfivangile, fvifet efficace, pius pénétrant que tout glawe à dieux tmnchans, qui arrwe jusque à la division du cœur et de V esprit. » Puisque nous lui avons des obligations qui ne peuvent pas être plus grandes, existera-t-il un homme assez ingrat pour estimer ne pas devoir, autant qu'il est en lui, contribuer à là gloire de l'Apôtre ! • » Paul a été animé d'un amour tel pour JésdpCbrist, ei il à souffert pour lui ses travaux avec tant'de iruit : comment ne doit-on pas juger que sa protection auprès de Dieu est puissante, et qu'il a mérité que tous lui offrent hommage et vénération? Il a son siège placé près de celui de ce haut prince à qui ont été données les clefs des deux. Maintenant, il est devant Dieu, intercesseur pour l'Eglise, et à la fin du monde il jugera, avec Jésus- Ghrist, les douze triàus d^ Israël. Gomme ces deux lumières de l'ËgUse, semblables l'une à l'autre, et qui ont reçu les prémices de t esprit y ont les premiers si^es dans le ciel, de même à toutes deux sur la terre, ont' toujoutîi été. rendus les premiers honneurs. Dieu a accordé 'à chacun sa récompense, de manière que dans ceux qui ont mis leur principale étude à répandre la gloire divine, on voit se vérifier le divin oracle : « Quiconque me glorifie, je le glorifierai. >» Aussi il est arrivé que d'après les exhortations de Boniface IX, de Martin Y, d'Eugène lY, beaucoup de citoyens et des étrangers ont très^ abondamment contribuée restaurer les Basiliques del'un et de l'autre Apôtre ^ aussi il est arrivé qu'en ajoutant^ aux largesses de Jules II et de ses successeurs, les offr^ spontanées faites à Dieu, on a bâti le temple du Yatfcan, le plus ample et le plus magnifique de l'univers. Aussi par les mêmes motifs, nous avons là confiance qu'ils se montreront pieux et généreux (liberali), tous ceux qui T. I. 28
sont fidèles à Jësus-Ghrist et à ce Saint Siège, pendant qu'au nom de Paul, nous demandons une aide à notre pauvreté. Nous devons l'attendre d'un peuple dévoué, d'autant plus qu'il nous semble que de Dieu lui-même nous est venue cette pensée, cette volmité de maintenir la gloire de l'Apôtre : car au milieu de l'ineendie de la voûte tombée sur les ^bris des colonnes de marlVe réduites en cendres, le tombeau de l'Apètre t'estconservé entier, comme, àBabylone, les trois jeunes^ hommes restèrent saufs dans la fournaise ardente.
p II s'élèvera donc sur le même sol, non loin du lieu ou. il a donné sa vie pour Jésus-Qirist, il s'élèvera de nouveau un temple à Paul, compagnon de la gloire de Pierre. Il n'aura plus ces colonnes et ces monumens inappréciables : <m le construira aussi magnifique que les ressources le permettront, et l'on honorera ce tombeau et Fon admirera ce tombeau, vers lequel^ suivant le témoi* gnage du grand Chrysostôme qui déâreit principalement de voir Rome, accouroient les empereurs, les consuls, les chefs d'armées, et vers lequel ne cessoient de se presser) comme à une fontaine éternelle de céleste bienfaisance, des hommes de tout état, de tout ordre, qui entreprenoient de longs pèlerinages.
w tKéu veuille, ô vénérables frères, que cette force et cette noblesse de paroles qui échurent à Chrysostôme pour parler des mérites de Paul, nous ht possédions nousmême pour exciter les esprits des fidèles! Vous, en vous revêtant de son esprit, vous tirerez, de ses merveilleux discours, les argumens les plus puissans, afin que les fidèles commis à vos soins, s'enflamment de vénération et d'amour pour l'Apôtre des nations, poui* Y^pâtre (Teux-m^mes. Qu'ils fassent donc ce qu'ils peuvent pour aider nos efforts ! Ce que nous savons que
Paul a fait pour les fidèles, ne craignons jm» de le Jhire pour lui! Lui, jlartout recueillit des aumânes^ et les ppiiU à Jérusalem pour soulager la pauvreté corporelle des fidèles. Tous, vous recueillerez des aumônes par les-" quelles devant Dieu, avec le secours de T Apôtre, vous secourrez les besoins ^irituels des fidèles. En un mot, nous vous créons ministres^ d'une oeuvre si religieuse t ce ^e vous aurez obtenu de la piété dés fidèléit iàchtÉ de l'envoyer tout à nous. Nous vaus écrivons avec t^uii de confiance dans votre piété et votre volonté, que nous espérons, grâce à vous, que l'attente de notre désir sera surpassée. H y aura un nombre considérable d'imitateurs de cette veuve qui fut digne de la louange particulière de notre Seigneur Jésus-Christ. Elle étoit paut>re^ et malgré sapmivretéj ellemà dans le trésor ^ plus que ceux qui y mirent ce qu'ils atfoient en abondance. Nous espérons donc que la Basilique se relèvera dé sa ruine, telle qu'il convient au nom et à la mémoire du docteur des nations. Dans cette espérance, nous consolons notre douleur ^ nous vous souhaitons les lÂens les plus salutaires, vénérables frères, et nous vous envoyons avec une sincère ailection, la bénédiction apostolique. Ecrit à Rome, près Saint- Pierre, le 25 janvier l'an 1825, de notre Pontificat le second»
Léo pp. XII. ».
Il est à remarquer que Léon XII voyoit, re-»
voyoit, et ornoit toutes les publications qui étoient faites en son nom. Sous Benoit XIV, un des Papes les plus savans, on reconnoissoit toujours son érudition assurée, ses citations histo-^
486 HISTOIRE DU PAjPE LÉON XII. [1825]
riques, fidèlement puisées aux sources, sa logique forte et irrésistible; dans les publications du të^e de Léon XII, il est aisé dé reconnoîlre un sentiment tendre, une adjuration généreuse, iine invitation douce et pressante, wçï courage calme qui regarde devant lui avec dignité (i) : ces qua£tés appartenoient en propre à ce Pontife, et il en empreignoit généralement tous lès èlérils soumis à son approbation .
(i ) A guisa di leoUf quando si posa :
<c A la manière du lion, quand il se repose. » Dante y PiA'gatoire^ chant 6, vers 156.