CHARLES
Contresigné y le baron de Damas. »
Cette lettre remplit de joie le cœur du Saint Père. II. témoigna à Tambassadeur sa vive satisfaction ; celui-ci renouvela en cette occasion la demande du chapeau pour M^^ de Croï, et Fambassadeur, en rendant compte de ce quHl âvoit
fait, dans une dépêche à M. de Damas, s^exprimoit ainsi incidemment, à Foccasion de la demande du chapeau pour M. de Croï :
«( M. le cardinal délia Somaglia in*a dit ce qu'il est de la justice et de mon devoir de rapporter ici, c'est que la demande lui avoit été faite avec insistance gar le chargé d'affaires de France, et qu'en général le gouvernement Ponti'fic&l avôit constamment eu à se louer de ses relations avec cet agent diplomatique. »>
Le Pape, lorsqu^on lui parla de cette sollicitation, dit : (( Quant à M. de Croï, notre for- » tune est. grande de pouvoir faire dans une » seule action quelque chose d^agréable à deux » rois de France •. »
Le premier avoit fait demander le chapeau ; le second renouveloit la demande. Le Pape se souvenoit toujours de Louis XVIII envoyant à Montrouge le cardinal de Perigord savoir des nouvelles de Tarchevêque de Tyr.
Le 2 décembre, le duc de Laval remit ses lettres de créance. Les formalités du cérémonial, furent suivies avec toute la rigueur des temps anciens. Le Pape imposa les mains à Fambassadeur., Pembrassa, et le pria de s'^asseoir sur un siège préparé auprès du trône.
Ensuite Son Excellence se leva et présenta toutes les personnes de Fambassade, en pronon-
çant les noms, excepté celui de Pancien chargé d^afl^ires, redevenu premier secrétaire d\irabassade. Leduc, daps un discours vi^pp^la tout ce quHl y avoit à espérer et à attendre pour TEgli^ de la part du puissant monarque auquel, depuis saint Louis, Pauguste titre de roi très -chrétien n^avoit jamais été plus justement appliqué. Le Saint Père répondit en italien qu^il étoit heureux de recevoir un nouveau témoignage de Taffection filiale du roi, et qu^il se félicitbit aussi que cette noble mission fût confiée au duc de LavaJ-Montmoreney.
Avant que Tambassadeur se retirât, le Pape loi demanda des nouvelles de Findemnité attendue par les émigrés ; le duc répondit que le ministère donnoit tous ses soins, ses jours et ses nuits à cette grande affaire. Sa Sainteté* en témoigna une vive satisfaction (i).
(fl) A propos de cet acte, nous dirons^ parce qu'il fimt être juste même avec les vaincus, que ce n'étoit pas une pensée absolument nouvelle. L'intention du premier consul avoit toujours été de rendre aux émigrés ce que l'Etat possédoit encore des biens à eux appartenant, et tout ce qui nVivoit pas été aliéné à des tiers : dans cette immense question il n'avoit pas songé un seul instant à toucher aux droits acquis, parce qu'il en avoit reconnu tout le danger ; il vouloit même restituer le tiers qui restûit des ttntes confisquées^ excepté les intérêts échos. Cette confiscation des biens aviHt été qualifiée du nom de confusion.
Le premier consul prépara donc son projet selon ses vues et ses intentions : mab , avant de le comm\itiiqoer officiellement au
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M. le marquis de Villena, beaur-fils de M. de Vargas, remplissait a la satisfaction générale ses fonctions de chargé d^affaires d^Espagne par intérim, lorsquMl arriva un courrier qui annon* çoit que M« lé chevalier Courtois étoit nommé ministre de S. M. catholique a Rome, et que M. de Villena, dont on étoit content, iroit remplir les fonctions de chargé d^affaires titulaire à Luoquesy ce qui étoit un avancement de grade. Le roi d^Ëspagne avôit été très-satisfait qu'on n^eùt pas brûlé, comme Favoit ordonné M. djt Vargas, la correspondance royale avec ce mi-
conseil , il convoqua dans son cabinet des Tuileries ceux des conselUéts qu'il avoit jdgé devoir être le pluft opposée à la thesat^. La discussioti fût longue et vive. Napoléon coinbattit avec force les nombreuses objections que l'on fit contre son projet ; on lui répliqua avec la "hiémé chaleur ; mais lorsqu^tl en vint au chapiti^ des rentes confisquées, et qtie pour toute répoiise on' lui dit qu'il y avoit confusion^ alors il ne garda phls de ménageniens.
« Allons donc f s'écrià-t-il avec emportement, votre mot de confié- » sion n'a été iùvènté que pour couvrir le dol, la fraude, la spo^ y> Uaiion, le vol,' la banqueroute et toutes les infamies financière à » dont le dernier gouvernement (le Directoire] s'est si souvent » rendu coupable : ce mot, pris dans l'accefition que vous lui donnez, )> ne devroit se trouter que dans Id vocabulaire des bâtions bar^ 3> bares. Que diriéz-vous d'un homnie qui auroit dérobé un sac de » 1 ,3oo francs, qui l'auroit mis avec cent sacs pareils, et qui ré- » pondroit à celui qui viendroit le réclamer légitimement : Oui, foi y> bien voire s fie, mais Je ne puis le recànnoUre, ily a confusion? — 70 Au fait, il n'y àuroit rien à objecter, dit un des assistans.— Par> D donnez-moi, répliqua Napoléon, il y auroit ce<ii à répondre h » l'homme aux sacs : Vous êtes un voleur. »
Sur cette ei^ressioti du premier consul, tout le monde se récria,
nistre, et les lettres adressées au même M. de Vargas par Finfant don Carlos. Ces dernières lettres étoient signalées par quelques Espagnols éminens comme renfermant un secret politique, et ils avoient voulu lire ces lettres à Rome, ce qui étoit une indiscrétion punissable. M. de Villena avoit pensé d^abord qu?il étoit niiçux de les envoyer au roi : la . réputation de sagesse, de dévouement à son frère, dont jouissoit don Carlos, dev(Ht faire rejeter tout soupçon injurieux. Pour £»oustraire ces lettres à la connoissance des personnes étrangères aux affaires
mais, lui, mit fin à cette conférence en disant : oc Hé bien, à la bonne » heure, je comprends : on veut bien rappeler lea victimes de la ré- » yolution, mais on prétend garder leurs dépoxtiUef,-»
Si Bonaparte avoit la grandeur d'ame de parler ainsi des émigrés qui avoient combattu contre lui, que ne dévoient pas faire les princes pour qui lés émigrés avoient pris les armes! 11 faut savoir remarquer dans l'histoire, que parfois il y a plus A^audace de vertu et de justice chez «eux qui pourroient passer pour ne rien devoir, que chez ceu;L-là même qui doivent : Bonaparte a donc plus tenté que n'a fait la restauration; et que de cris contre la, restauration qui peut-être ne remplissoit pas toutes ses obligations ! Remercions-la cependant et remercions M. de Villèle que nous avons vu attacher son nom à ce grand acte, qui empêchera sans doute aiUeurs de formuler si complaisamment, et avec tant de cynisme, l'odieux principe que la confiscation est un droit qui va tout seul, et dont ne peut se passer la victoire : comme si en semant à plaisir VhumiliQiùtn et la misère dans des cœurs généreux, on ne devoit pas moissonner la fureur et la vengeance !
Ce fait est rapporté dans la Gazette des Tribunaux le 18 octobre 18^2, et dans la France, le 20 octobre suivant.
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politiques d^Ëspagne, et précisément parce que ces personnes étoient espagnoles, on m^avoi^-proposé de placer ces papiers sous les scellés des deux légations ; j^y a vois consenti avec d^autant plus d^empressement, que. je connoissois ces lettres dont M. de.Vargas m^avoit communicpé une partie. Celles du roi étoient d^ua ton familier, expansif, et livré en confidences f- ^es traitoient des malheurs du temps, avant la prison de. Cadix, des espéiances de Ferdinand dans ses alliés, et principalement dans la France. Celles de don Carlos étoient tendres, polies , amicales comme dévoient être des lettres adressées au meilleur ami du roi et de sa cause ; on remarquoit à chaque ligne la prudence, Faffliction sincère, Tamour de^ FEspagne, le dévouement du sujet pour le roi son seigneur, des élans de religion douce • Il réyéroit son frèse malheureux, comgie le comte d^Artois révéroit Louis XVIII dans Fexil^ Je sais que depuis que j^ai vu ces lettres^ j-ai éprouvé pour don Carlos un sentiment d^admiration que je n^ai eu aucune raison pour abaadonner depuis. Le roi, à qui on avoit fait peutrêtre partager des soupçons absurdes, avoit de-r mandé promptementses propres lettres et celle3 de son frère. Lorscpi^elles furent arrivées, il s^empressa, un peu à la manière de Philippe 11^
de rompre les cachets- de ce dépôt que nous avip.tis GOuv«rt de lis sand nombre^ et il-étoit résulté de la lecture ms dernières^ un redoublement d^eslîme pour Finfiint. A la suite de cette affaire^ M. de Villeua étoit donc récom-pensé : en même temps le thargé d^affiûres de France fut nommé commaûdeittr de Tordre de Charles III.
Le . duc de Laval, qui ayoit étudié a ibild la cour de Madrid, chargea un ami d]écrire à M. de Villena t « Monsieur, vous^ avez, été un » homme d^esprit : vous cûnnoissiez bieu le ca- » ractère de votre maitre : vous avez contribué » a conserver la paix dans la famille royale* »
Cet esprit de conciliation- durera^tril toujours entre les deux frères, comme il a duré entre Louis XVIII et le comte d^ Artois? Avant de le sayoir , nous aurons terminé le récit que nous avons entrepris. •
Dans rhistoire de Léon XII, il faut avoir souvent les yeux fixés sur Paris. En ce moment on reçut à Rome la nouvelle qu^il étoit question publiquement à Paris de Tindemnité qu^on devoit accorder aux émigrés ; cette nouvelle fut confirmée plias tard par une lettre de M. le comte Ferrand à tous les journaux.
Après avoir rendu hommage au preux maré^ chai (Macdonald, duc de Tarente) qui proposa
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les indemnités au mois de novembre 18 i4y il dit quHl devoit à la mémoire du sage monarque que Ton pleuroit, de faire connoitre que la pre* mière pensée dés indemnités lui appartenoil (F^. la note de la p. 4o6.) Lorsque M. Ferrand eut Fhonneur de lui proposer la restitution des biens non vendus, le roi se i^endit avec empressement à sa proposition. En même temps ce prince com* prit les regrets naturélsdes anciens propriétaires, et s^afBigea de ne pouvoir leur assigner dans le moment même des indemnités ; mais comme il en avoitrintention, etqu^ilespéroitavoirun jour, lui ou son frère, avec qui il vivoit dans une si grande union de sentimens , le moyen de ^exéc1^ter, il voulut que cet espoir fût présenté dans Pexposé des motifs de la loi sur la restitution des biens non vendus. « Sa justice, s^écrioit M. Fer^ >» rand^ aimoit à préparer cet avenir ; sa sa- )» gesse se refusoit à en assigner le terme, n U aimoit à donner des espérances que nous verrons se réaliser en 1826, et qui auroient été réalisées en i8i5 sans le désastreux événement de 18149 <l^i A coûté à la France plus de seixe cents millions, pour le seul plaisir de faire repa*» roitre pendant cent joursle fantôme dePËmpirev ce cadavre moral qui ne devoit avoir que Tappa**rence de la vie. Comme Thistoire^ après avoir écrit de nobles pages sur une ^oi^e étemelle,.
punira un jour cette désobéissance aux lois de la mort ! U restoit un parti, certainement, mais ce parti, à quelques fidélités près, devoit bientôt en suivre un autre.
Au moment où les seigneurs romains affectionnés à la France vantoient ce vaste projet de Louis XVIII, connue .pour confondre dans leur admiration les deux frères, ils se racontoient le fait suivant*: Dans des présentations de r Académie des sciences à S. M.
Charles X, M. Arago, ce prince des sa vans de FEurope, qui portoit la parole, troublé par son émotion, laissa échapper le mot. de Monseigneur. U alloit se reprendre : « Contiauez, lui » dit le roi avec bonté ; ce titre, je voudirois le j». porter encore. i> Voilà comme des frères doivent s^aimer, même sur le trpne ! ,
Ces sentimens^ applaudis par Iqs seigneurs romains, surtout par ceux à qui on pouvoit rappeler que leur république, en 1799, vouloit leur enlever leurs biens sans autre motif que celui d^avoir de Fargent, ces sentimens étoient encore ceux de Léon XII. Aussi il accueilloit avec bienveillance les tributs de vénération que lui oKroient les -amis du roi de France, et il écri voit une lettre très-flatteuse à M. le vic<»nte Leprévost dUraj, qui lui avoit fait hommage de son poème de, la f^endée.