‹ Histoire du pape Léon xiiChapitre 8 sur 37 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

USAGES, DROITÇ, PRETENTIONS QUE L ON SIGNALE DANS LES CONCLAVES. ElPUCATIONS DETAILLEES DE CE QUI CONCERNE' LE FAIT DÉ l'eXCLUSION^ DÉCLARATION DU CAR|HMAL ALBANJ QUI EXCLUT LÉ CARDINAL SÉVÉROLI. MÉpONTENTEMENT DE LA PRESQUE TOTAUTÉ DU SACQÉ COLLEGE. LE COMTE APPONT, AMBASSADEUR EXTERIEUR. D^ AUTRICHE, ADRESSE UNE NOTE POUR SOUTENIR LA DÉ- CLARATION DU CARDINAL ALBANI. INSTRUCTIONS REÇUES PAR M. LE DUC DE LAVAL. OPINIONS DE CET AMBASSADEUR SUR M. LE CHE VALUE DE VARGÀS, MINISTRE D^^SPAGNS, DANS LES GiaCONSTANCBS OU SE TROUVE LE CONCLAVE. LE CARDINAL DBLLA GSNGA EST ÉLU PAPE. '

Actuellement il est nécessaire de rapporter quelques autres circonstances des usages, des droits, des prétentions, que Ton signsde souvent dans les conclaves. La France, PËsps^gne et FAytriche , indépendamment- des calculs de Y exclusse ou de Vincluswej se reconnoissent un droit d^e^clusion qui est à part, c^est-à--dire que, lorsque les voix paroissent se diriger sur un candidat qui n^est pas agréable à une de ces cours , chacune déciles exerce le droit dVxclure

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un candidat, mais un seul, qui seroit près d^avoir les deux tiers des voix exigées , pourvu toutefois quHl. ne fût pas encore élu. Cette exclusion se prononce sur une probabilité qui semble fondée et ^redoutable , et non pas sur une certitude. L^exdusion de cette sorte, qu^en général on ne regarde pas à Rome comme un droit positif, étant une fois employée par une des trois puissances susnommées, cette puissance est obligée d^accepter le choix qu^on fait ensuite, à moins qu'aune autre des Cours privilégiées ne donne une autre exclusion ; mais alors cette eji^clusion peut porter quelquefois sur un sujet que les deux autres cotirs ne repoussent pas. Il est i*su^ que les motifs de répugnance soient les mêmes pour les trois Cours, et bien qu^on les voie unies, on peut remarquer qu'acnés se font la guerre dans la paix (je prends ces détails dans le premier volume de la Dominicale^ page 202 ; je les prends avec d^autant plus de IHierté^ que c^est moi qui les y ai insérés). Je répète que cette prétention d^exclusion est contestée a Rome; mais elle y est respectée.

Le cardinal Albani , ambassadeur intérieur de FAutriche au conclave dont il est ici question , exerça ce droit contre le cardinal Sévéroli au profit du cardinal Castiglioni. Le plus grand nombre de;s Italiens pprtoient , ainsi qu^on Ta

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dit, le Q^tàinal Sévéroli. On préteadoil qm^A coauoissoit les plans, les allures de la cmirdé Vienne ; il y avoit ré$idé comme qonoe ; mâib )e d^yoir d^ua Pape est bien aiftre (jue celui à^un nonce. Le 21 septembre, T Autriche doûtia rexclp^îpn à ce cardinal , parce qu^il eiit vingtsix voix le malin , et qu^à Télection àa soir il y avoit lieu de croire qu^il obtiendroit le nombre suffisant de voix, qui, vu le nombre des cardinauxalors présens, étoit de trente-trois, formant les deux tiers des voix , saps y comprendre la voix du candidat , qui ne peut compter pour lui ; en effet, lorsque Ton reconnoit qu^un cardinal a obtenu les deux tiers des voix , on ouvre Ips bulletins pour voir si le candidat ne se sçroit pas donné sa voix, ce qui n^arrive jamais. Avant le scrutin du 21 soir^ il y eut une réiinion d^ôpposans où se trouvèrent les cardinaux Albani, Fabrice Rufib, Solaro, Haefielin; ils pensèrent qu'ail n^ &voit pas un moment à perdre pour déclarer Fexclusion at|. nom de F Autriche. Le cardinal Albani remit une note au moment où Ton alloit commencer à signer les cédules ; elle étoit ainsi conçue :

u En ma qualité d'ambassadeur extraordinaire d'Autriche près le Sacré Collège réuni en conclave , laquelle qualité a été notifiée à Vos Emihences et portée à leur coiinoissance, tant par le moyen de la lettre à

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eUe«-Wm«ieiHur;S^M; L etR», que par la déclaraikm {aile à Yçm Bmnc»oe9 par l^împérial el royal ani'^ faaasadeur d'Autriche, et ifi plus en venu des inatruo* ti<m8 qui m'ont été données ^ je remplis le devoir déplaisant pour moi de déclarer que l'impériale et royale Coiîr de Vienne ne peut accepter pour souverain Pontifief S. Bm. M^ le cardinal Sévéroli , et lin donne une excliisîoii; formefie, ce %t étpHembre* 1829'. -

'.m Signé'; ALBAÏfi. »'

L^etfet immédiat de cette exclusion fut d^'exaspérer pitësque tout le Sacré Collège et surtçut lé parti italien. Le cardinal Castiglioni sW ressentit^ et au lieu de dix-sept voix qu^il avoi^t eues le matin , il n^en eut le sou* que huit au sëratin et deux ^Vuccesso.

Les cardinaux français firent à ce sujet des représentations à rambassadeur. Ils remarquèrent que le soir du 21 , deUa Somâglia aroit eu huit voixy Arezzoj sept, délia Genga, sept, Sévéroli, huit ; les autres voix s'^étoient partagées àTàyentore» Les motifs de délicatesse , que Tambâssadeur étoit plus quW autre capable d^apprécier, et la rigueur extrême des surveillances ne permettoient pas aux Eminences françaises d^essayer de tranfimettve le dépouillement journalier dessemtins.

Leurs Eminences les cardinaux de Ciermont- Tonnerre et de la Fare, s^attachoient josqu'^alors à soutenir avec persévérance le parti du cardi-

te . lUSiToiiiii:; [ins]

nal iCastigUoni, et même à le faire prospérer; mais elles avoient à eon^attre^ de fortes ré^ pugnances. Il en étoft dé même pour ce qui concemôirlè cardînâlKlbyen.-

L^un et Fatitre aVoient été spécialement re^^ commandés par le roi et p^r son. ministre; mais apr^jfîette indication, on s^en é toit généralement .remis ;aD zèle des Emineuces fran-* çaiseS) à leur prudence , aux connojissances qu'^elles pourroient recueillir dans le conclave.

Cependant plusieurs cardinjaux traitoient avec sévérité le cardinal Albani; peut-être, dans la déclaration, les termes eussent-ils pu être plus doux ! On alloit jusqu'^à contester au cardinal le droit personpel de prononcer ^exclusion, droit qiii lie pobvoit, dispit-on, être reconnu que dans ]ff« Appony. Celui-ci, qui ne pouvoit doutçi" ^ ^authenticité des instructions données à Albani, jugea à propos d^adresser au Sacré Collège , le 24 septen^bre , la note suivante :

« Le ^ussignë apprend qu'il circule dans Rome des bruits injurieux à S. Eih. M. le cardinal Albani. Il a suffisamment été accrédité jprès le Sacré CoHéger, tant par ses lettres de] condoléance de S. M. l'empereur d'Autriche , que par sa lettre de créance que le soussigné a eu l'honneur de remettre à cette auguste assemblée , qui elle-même a reconnu politiquement le cardinal Albani dans dés qualités que S. M. I. et ti.. A. a

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cm devoir lui confier. — De ces circonstances, il ne oera que plus facile de reconnoltre l'inconnstance des bruits dont le but seroit de faire supposer que M, le cardinal Albapi , dans des notifications et déclari^tions qu'il à été dans le cas de faire au Sacré Collège , eût agi contre ses instructions. Youlant prévenir les impressions sinistres que pourroit occasionner la circulation de bruits aussi mal fondés , le soussigné, qui a connoissance des instructions données à S. Em. le cardinal Albani par la Cour de Vienne (j^es Instructions lui étant même communes) , croiroit manquer à ses devoirs et à un coll^;ue aussi respectable , à l'abri de toute exception par le caractère dont il est revêtu , s*il ne fai- MRt connottre ici , à toute bonne fin , que les déclarations et les notifications que M. le cardinal Albani 2| faites aii nom de S. M. I. et R. A. au Sacré Collège , sont conformes aux instructions de S. M. , et qu'en conséquence le soussigné n'hésite pas d'y donner son entière et parfaite adhééion en sa qualité d'ambassadeur extraordinaire de S. M. I. et R. A. près le Saint Si^e. — S: Sm. le cardinal délia Somaglia appréciera aisément* tes motifs qui portent l'ambassadeur à avoir rhonneur d'entrer, yis^-vis de S. Em., dans ces détails. Du reste, en priant M. le cardinal-doyen de vouloir bien conttnimiquer le présent office au Sacré Collège, il a l'honneur d'oflrir à S. Em. les assurances de sa très-'haUte considération.

»^me, 24 septembre 1S23.

» Appony. »

Cette notification ne diminua aucun des sentimens de mécontentement du parti italien r

Dans ces circofnstances , ràmbassadeur de France crat ^i^nveiiable de faire coûnoitre anx eardinatix français de nouvelles instructions quHl avoit reçue$ de Paris, à la date du io septembre. On ne sôupçonnoit pas encore la marche quWoient suivie les af&ir^.

«. Il pardt que ^Autriche vouloit faire élire un Pape dont la politique ressemblât à celle qae le cardinal Gonsalvi a fait suivre au Pape défunt. Les zdàmUy le puti italien sont trop italiens pour elle. C'est cela que rAutriche redoute plus que la rigidité des principes dont il ne semble pas qu'elle ait rien à redouter.

*»NouSy au contraire, nous- voulons un membre du parti italien, du parti modéré, capable d'être agréé par tous les partis. Tout ce que nous lui demandons, c'est de ne point troubler nos afiaires ecclàiastiques ; mais nous n'avons rien de politique à exiger de lui ) il nous in^povte peu que l'on conserve ou que l'on modifie l'administration du cardinal Gonsalri, pourvu toutefois que l'on ne cause pas, par un excès de rigidité, une explosion qui foumiroit à l'Autriche un prétexte de faire ^Tancer des troupes, et d'intervenir.

« Ainsi, monsieur le duc, vous connoissez à fond les vues du gouvernement du roi dans la grande affiiîre dont vous êtes chargé. Il se repose avec confiance sur votre zèle et votre prudence. »

A la communication de ces instructions^ Tambassadeur ajouta les réflexions suivantes :

« J'appelle les plus sérieuses méditations de. Vos

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Emûieiices sur cette partie de mes instructions. Ce sopt, pour ma direction, des ordres positifs de Sa Ma* jesté, transmis par Torgane de sou ministre , M. de Chateaubriand.

M Je le demande, est*il possible d'après ces oixlres, d'espérer raisonnablement d'atteindre notre but par le moyen du cardinal Cîonsalyi ?

» Je n'ignore pas tout ce qu'il vous^ aura dit sur ses préventions contre le parti italien, ses craintes de réacticm contre tout ce qui fut fait sons les deux derniers Pontificats^ èe qu'il vous aura dit en faveur du èardinal Arezio, et peutr>étre de Beirtazzoli ; ce qu'il vous a dit, il me l'a dit, il me là répété plusieurs fois. Soyez assurés qu'il ne veut sincèrement ni du cardinal-doyen ni de CasCiglioni ; au besoin il créerait des obstacles.

» Je conçois^ je sais à fond le cardinal Gonsalvi. Il aime effectivement la France, et même il n'aime fâà l'Autriche, mais 11 aime encore mieux son propre ouvrage^ le fruit de vingts-quatre ans de trovAtix, de pou- Toir jet ni£iB6 de gldire. Je reconnois ses talens, la pureté de ms vues, les services qu'il nous a rendus, ceiaxxju'il veut «M^ore nous rendre. Personnellement, l'ai à me louer de ses procédés, de son amitié, et c^ést sans doute l'homme que j'aiitie le mieux dans Rome. Mais malheureusement, par la complication des afiair^, ses intérêts ne sont pas les nôtres en cette grande circcmstance. Je le demande à Vos Eminences, pourquoi ne pas tenter de se rapprocher des zidanii modérés qui doivent être nos amis?

I» Il faudroit leur adresser ce discours que je puise encore dans ces instructions. C'est par cette raison que je l'offre avec confiance à Vos Eminences, dans l'espérance qu'eUes^voudront bien en faire usage.

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