‹ Histoire du pape Léon xiiChapitre 7 sur 37 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA VRANCE ET l'aUTHICHS PORTOIBNT LE MEME CAN1MDAT. EXP|.I€ATIOW.SUR LA FOBMAÏIQN DU SAÇEB COIXÉGE. ïJlV* CU7SIYE. l'exclusive. OPINION DU CARDINAL O^ 9BRNIf SUR l'eXCLUS1(¥£. QUATRAINS PCIBLIES A ROME. DIS- COURS DU DUC DE LAVAL-MONTMORENCT, AMBASSADEUR DE FRANCE, DEVANT LES CARDINAUX ASSEMBLES EN CONGRE- GATION. RÉPONSE DU CARDINAL-DOYEN. LETTRE DU ROI LOUIS XVIII AUX CARDINAUX ASSEMBLES EN CONCLAVE. DIS- COURS DU DUC DE LAVAL, PRONONCE AU GUICHET DU CONCLAVE. REPONSE DU CARDINAL GALEFFI. LES FRANÇAIS SONT VAINQUEURS EN ESPAGNE.

Alors la France et F Autriche, qui nefsont pas toujours d'*accord dans des occasions semblables, se réunissoient ostensiblement à d^autres cours, pour faire élire le tiardinal Castigiioni. On sait que les Papes sont élus à la majorité des deux tiers des voix, sans qu'ion puisse compter dans ce nombre celle du candidat. Le Sacré Collège se compose, quand il est au complet, de soixante-dix cardinaux : i° six cardinaux, dits éi^eques suburbicaires^ cVst-à-dire évêques de

Vélétri^ de Porto-Sainte-Ilufine et Civita-Vecchia, de Frascati, d^Albano^ de Palestrîne et de Sabine ;2'' cinquante cardinaux-prêtres^ parmi lesquels se trouTept une foule d-évêques et d^archevêques de tous les pays; 3° quatorze cardinauxrdiacres y mais parmi lesquels plusieurs sont prêtres. Ce nombre de soixante*dix n^est jamais rempli ; il y a quelquefois de cinquante-quatre à soixante cardinaux (il y en a soixante aujourd'hui, octobre 1842) : rien n'empêche quHl vlj en ait un plus gi^and nombre; mais habituellement on n^en compte jamais soixante-dix. Le cardinal-doyen du Sacré Collège est le chef de TOrdre des évêqûes. Le plus ancien cardinal-prêtre est le chef de FOrdre des prêtres. Le. plus ancien cardinal-diacre est le chef deFOrdre des diacres.

Pour bien juger les opérations d^un conclave, on commence par ^compter le nombre des car^ dmaux de tout pays à qui Fàge, la santé^ la distance des lieux^permettront de se renfermer dans le Gonclaye. C^est t^ qu^a voient fait avec soiq M. le duc de Laval, ambassadeur de Franoe« et Mi le c6mte Appony, amba;S5adeur d^Autridhe.

Ensuite on cherche à trouver où sera Vincluswe^ et comment pourra se former Vexcluswe. L'huer clusine cotnprend un nombre de cardinaux parmi lesquels on entend choisir le Pape. LV.r-

32 RISTiHRE [1823]

claswe{i) comprend une assez grande quantité de voix pour que Vtncluswê ne piiisse se suffire à elle-même et décider le choix. Supposons que le conclave soit composé de soixante cardinaux : les deux ti^s de toixante sont quarante ; si à ces quarante on joint une voix de plus, puisijue celle de Félu ne peut compter, on a formé Pmcluswey et dans le cas où Ton n^ait pas à craindre dedéfection,onestassurédelanominatien.L^e2% chtswe, par opposition, doit tendre à se composer au moins du tiers des voix restantes, et pour être plus sûr de son calcul, d^une voix de plus, parce que vingt-une* empêchent les trente-neuf autres de nommer. Ge sont toujours les cardinaux italiens qui forment le germe dé Vincïuswe. Cest parmi eux, selon leur opinion qui a quelque chose de très-raisonnable, que Fou doit trouver le Pape. L^expérience prouve que cette marche et ce système sont dW avantage très-évident pour la gloire du Saint-Siège. Aussi on assure tju^il ne reste aux puissances qu^^à organiser VexcluswBj en y appelant leurs cardinaux nationaux et les cardinaux soumis à leur influence, ou tout-à-fait libres, et ceux enfin

(i) Voici on passage dHia Mémoire joint à une dépêche du cardinal de Bemis à M. de Vergennes, en date du mois d'octobre 1774* ^ ^ ^g'^® inckuive, n'exclut aucun sujet, et propose celui « qui lui plait : la ligne exclusive, exclut, se rend odieuse, et souc( yent est jouée. t> C'est ce qui ya arriyer.

[1833] DU PA9fi^ UBON XIL 33

qui ne veulent pas ^e prononcer immédiate-^ ment dans Fesipressîon de leurs sentimens.

Après cdaf il faut énittles rkicimvéniens que signale le-çardinal dç Ben&id (i).

Les publications o^pdinaires dans un genre satirique ou louangeur qçà %se £3nt en temps de conclave^ et qui sont partienlières à Fesprit de Rome (2), commençoient'à se répandre. Tous les cardinaux sans exception sont, passés en revue. Je rapporterai les quatrains' en vers blancs qui.peuvjent être admis dans un livre grave.

La' BoUa célèbre

Di Fontaineblo

Il'Berieizzolî fS)

Camtterizzo,

fi) Voyez, plut haut, la 1MM9 de la page 3a.

(a) M. Nodari paiîe de ces libertés . inomaînes , qu'il appelle SiUta ilomaitortim y dans un écsit inXUu\é\Viiœ,Poniificum roma- »anm PU VJ, PU VU, Leonit JCIf] oddUê Commèntario de Gregthri» XVI, iii-S«, gadoue, 1840.  prc^)os du traité de Telentino qui «ûgea tant de contributions de Ilonie>- M. JVodari ûiit remarquer le méiQond>le jempbBssement, des neyeux de Pie VI | qui stmpoailQM d'énoriiei ,^'erifices. Voici comnient s'exprime Tauteor : « PU Vlnepotês «o. kwffior^s vifi, rçuo moi^afior adprojnaim romamarum àalet. qcvpido^ ooeasio fvii. M.^N.odari-.p^le <9,n8A, page SSy.des JSattfricaê orgwHqs, que Consalvi trouva à Rome, après aToir aîgiié en Franoç leConcordatde i^l . JEe (ûterai plusieurs fob ce liyre de M. Nodari, qui se distingue par la grâce et. la forée d'une latinité j^lég^te et énergique. Les tours familiers à; Tacite y sont einji^jés avec un talent rare de nos jpurs.

(3) Le cardinal SertazzoU, prélat, peuçtot l'exil à Fontaine-^

34 mSTOIRE [18231

Œi vuol che tolgasi TatUagraMagUu

{^lèe^ctwpre U Tempio,

Scelga Soméj^Ua^Çi). . . .

Potr^bbe'ekggei^ . •. . * PmdenàsmêMB . '• • '

In tal frangerUt.

Fà punto : eii tielà Priego p ci sali^i, :

Du un uomù despotuo Quai e Cbnsali^i (3).

' Çhi vuol che il Pûpa^^ .

Ci rQoconsoli ' . •

/ voti porga Pçr Severoli (4).

Chi vuqI ckelPordine In tufto venga, - *.; Preghi ché scelgasi Il délia Genga (S).

blean, pa'fli&ott pour aToir donné à Pie Vlldes conseils dont fl eût lien de se repentir. (Voyez HisU de PU VÏl^ t. III, page 38, ^ édit]

(i) Le cardinal^oyen dq Sacré ColJfége, hoiBimô d'oitire, dont il serft be^nconp paflé dans cette histoire. !

(à^ .Le Cardinal Oahsffi jonissolt d'ilne konorable répatAtio^i.

(3) L'ancien secrétaire d^tat , dont on oublioit trop tôt les éex^ Tiees, et qae l'on accnsoit^d'nn grttye tort , qui peut-être ayoit été nécessaire.

(4) 11 avoit contre lui rAutriche, 'par suite de contestations survenues pendant qu'il étoit nonce auprès de François I*''.

(5) C'est le cardiiial dont nous esqui^ns l'histoire.

' Se iji bando voglionsi

Tanti Bricconi Pregàte, ^ popolîy Per Opizzoni (f ).

On reconnoitr^ abément pms tard que ces jagemens émanaient d^un ami des zelanti, •

.Je .ne rapporte pas ceux .'du parti contraire, et encore moins ceux ndu parti' cpii aiine les révolutions] ; partout il 7 a des esprits ou contradicteurs,' \ou viod^eus, ou* pervers, ou. présomptueux. Ce qUe j^ai cité .suffit pour faire connoitre ces ^bus, non pas.d^laj9r^^^, mais de la nouvelle à la main, qui tourinente Rome dans ces temps dWages.

Il est d^usage.que le^ ambassadeurs et lés ministres, pendant les noçèn^ialif aillent yisjtér les cardinaux réunis en congrégation générale ^ sous la présidence du cardinal-doyen. M. le duc. de Laval^Montmorency , ambassadeur de Frailoe,. alla remplir ce devoir, le 29 août, et il prononça le discours suivant : ^

« Ambassadeur, du Roi très-chrétîen ,. j'ai l'honnenr depréseifliier à V<w E^nences un témoigiiage anticipé deJaprotoide affliction dont aura été pénétré Iç fib aîné de rEglise, en apprenant la déplorable perte du

(1) Le cartlinal O^zoni est encore archeyâque de Bologne . c'est on cardinal d^on haut mérite.

36 HlâTOIRE [18251

souveraÎD Pontife qui à mérite rad^niràtion de l'univers par l'éclat de ses vertus' sur le trôné , et par sa constance dans Tadversité. Yos Eminetices avoient la garantie de ces sentimens. Ellc^.ne peuvent ignorer encore avec quelle piété véritablement filiale s'étoit manifës.tée la teiidresse ,du Roi trèsr-chrétien > Içrsque ce grand prince , toitt occupa 4^'il étoit dVne guerre, et des embarras 'cle la victoire dont le Gel couronne ses magnanimes desseins , ^ut encore la pensée'délieate d^idlëger les «oiiffr^ces*qa'énâuFoit lé Saint. Père sur 8om lit da douleurs. Mais les décrets de la divine Pfovidençe ont appelé daios son sein notre Père commun. Aujourd'hui nos consolations se fondent sur ce concert imposant ^e talens*, def lumières , d'expériences, d'élan ptir et religieux réunis dans eette eneeîntei

»' Voûtes ùo^ espérances '^'attachent à cet esprit évangélique , céleste liérîtage *que Vos Eminente» ont rieoueiUi sur la tombe du saint; objet de. nos regrets. — Vos cçlUguef , nés Frajiçais» se hâtent d'accourir où leur mission les appelle. Ils vont arriver incessantinent pour s'associer à vos pieuses inspirations. — AjM'és avoir rempli ce ti*iste et honorable dévdir, qu'il me soit permis d'offrir à Tos Efiiinences l'hommage

particulier de ma yénération pour le Saci1& Collège! >»

A cette audience, les chefs d^Ordre n^avoient

pas de place distincte^ les cardinauic; étoient classés chacun dans Fun des trois Ordres des évêques, des prêtres et des diacres, et pa:r rang d^ancienneté. -

Le cardinal-doyen Répondit en 'substance que le Sacré Collège, qans sa douleur, éprou-

[1823] DU PAP£ liÉOJN XU. 37

voit d^ véritaUes c^nsplatioas par Façsuraiice anticipée dés sentimens de Sa Majesté très-chrétieane* Il s^teodit avec éloges sur la piété de la maison de Pdurbon, son attachement constioit auSaint Siège, ses glbriaux efForts contre -l^im-^ piété) la Élusse philosophie^ disoit-il. Le doyen parla avec admiration de la magnanimité du roi dans son entreprise, pour arracher un prince de son sang à de cruels ennemis; de la gloire de ses armées rétablissant dans la Péninsule la religioti sur àe3 autels, la monarchie susses bases : les vrjaisemblances laissoient penser que Tarrivée prochaine des cardinaux francois permettroit au Sacré Collège de donner en cette occasion une preuve de déférence et de respect pour les vœui du Roi très-chrétien. Le cardinal termina par des paroles flatteuses sur les . pi^neipes religieux, politiques, et sur le nom de Tainbassadeurdu roi.

Il avoit .éléconvenu que le conclave, au lieu, d^avoir lieu au Vatican, se , rêuniroit au Quiriaal,,dans là longue aile du palais qui borde la belle. rue conduisante la Porta Pia.

A cet effet , on avoit barré cette rue vers la partie qui regarde le midi, et de Tautre côté', \eTS les Quatre fontaines^ au nord. Quant à 1;^ partie iptëriètire 4u conclav^ , il -i^t convenq quele mur qui entoure le jai^din.du Pape ser

38 UISTQIAE 1%9SS\

roit la limite, et que la jouissance du jar()m se»teroit interditèi toutes les personnes renfermée au Conclave,. même au3( cardiaaux<^ pour soivFe scrupuleusement les intentions dès Ponti£es,qui avoient pour bpt de- Tendre leplus^cléidaîsant possible le séjour ducenclayé, et aÎQsSc'dè Mter r^lection • - .' * .

Le 2 septembre^ les cardinaux entrèrent au condave.

JLes aidobassadeurs allèrent Les visiter Fun après Tautre dans leurs cellules. A trois beores de nuit^ (trois heures de* nui^ à cette époque répondoient à peu prèâ à.neuf heuries du soir), le condaye fut fermé.

Le 3 septembre, les cardinaux revétqs de la ewccia (long manteau* violet), commencèrent leurs opérations. .

Ils étoient presque tous arrivés le t4'$e}H tembre ; ce jour-là le duc de Laval porta en grande cérémcmie au condave deux lettres du Roi au Sacré Collège; nous rapporterons ici cdle qui est en réponse à la notification du décès de Pie VU, et qui fut signifiée d^abord^ en copie, au secrétaire monsignorMàzio^

« Très^chers et très-aimés cousins , l'archevêque' de Nisibi (Monsijgnor. IV^acchi') nous a retnis la lettre par laquelle TOUS nbus informez du/décès de notre Saint Père le Pape Pie YII. Ce fâcheux évënemekit nous a

ittm} BU fAJfM. îÉOff XII. 89

CMuëime TOtejfflyntwii» e^ Iça ^«grett.que. ii««s en

renenfpiis et ^pie nous deyoïi^ pliHi. partiepli/àireai/eiit à 9& mémoire , .obus , âb «fnë de ITglise ^doivent être recotmiis coinihe â*autant plus sinéeres , gu ik sont uii hoiAiiiage rende «ùx. émineAèes vertas ,' aux lurtiëres «qpéricrire » et an. eocyeage iiiëbrânkble -que ^ee ^digne iuccatfpur df sai^t.Pierre a toaJMuni;ni«iitrAi.ltt aein c^M gsaiides et i&opobreuses adversitët qui oint mffkàié sc^ jPontificat^ Nous n'oublierons jamais les obligations partîcuuères' que nous lui aydhs pour lu tendre sollidtode UTec laquelle Sa Siânteté s'e^t otmpée de tout ce iqnixôncenidit lè Uenjde FEglise dé notre royamne, et-ce ae^iyonr Août rend sa perte etiQore>plui sensible. ÇqNnidaat 90ut poisons ihn|^«ifd motif de çons<^tiondan^ l'espérance qjiie .Dieu 4i»ignera vous aider de ses inspirations eu procédant, au choix que .tous allez fiiire d'un nouveau Pontife.. Vous nomn^erez pour successeur à* celui que .nous 'règrettdnS/une personne également capable' de bien goùyernér, et qui conduira les affilîres de l'Ëglise avec -l'esprit de eoncSiation , de jasticcr et.de':sécurité qui deh toe le principal apanage du Père eommua' des fidèles* Celui qiû est ni/esliné à remplir ce ministère., le plus gfand de ceux auxquels il plaise à Dieu 4'appeler les hommes , .est entre vous. Nous faisons dès vœux pour que l'Esprit ssdnt vous remplisse' dé ses lumières et «vous dirige dans une élec* tkm à laquelle nous prenons le pltis vif intérêt. Nous nous empressons de ssosir cette occasion .po«r vous assurer de notre ûncère estime' et de notre parfaite affection. Sur ce , nous prions Dieu qu'A vous èît, trèschérs et très^aimés cousins, en sa ssdnte et digne gafde. Edrit à Pàri^; le 5 septembre 1823. / LOUIS.

Contresigné, Cratia-Ubruno. »

40 HIStCMIlfi [ltt8]

Iffoiis dirons T[uelqHes mots de la cérémôfitie (jai ëtit lièû lOrs de la {nHè^entàtion de 'bette réponse é\ des lettres àe^vQvèmç^ 4ê Timâbâssadeqr. Le cprt^ de JML* le. jà^c^ de. l^iak précéfié paruneveilHiô que K premier. secrétaire d^mbassadê oooap^iit 'seol, et oà il ponpit fes léWtès àë Sa Misijèsté plàôieis sur nn consi^in de yelôor|S ôràmotsi, avpît* parcouru ùriê partie ^e la viUe avant d arriver au palaî$( qu' Quiri^al; Son Ëi^pc^Ui^ce fiit.;i^çue par Je prince Ch^i, maréchal perpétuel du ^conclave, puis tDonduit au^haut dit «grand escalier à un guichet aissez gk^and^ fermé par de larges grilles" oà 'se ti'ouvoîènt les trois chefs d'Oi'dre in jour (i^. La, Tambs^^aideur prononça le di^ours qui suit :

M Eminentissiiiies Seigneurs, le service du Rch moiL Mattre me ramène une seconde fois devant Yos Eibinences réupies. Sa Majesté très^rétienne *me

(i) PttQdant le ç^fH^ave, le gouvemement 9{>{^rtiea(: /à troM cardinaux : un cardinal de l'Ordre des ëvécnies , uû cardinal de l*0fdre ^és prêtres, on cardinal de l'Ordre des diacres. Ce geàyernement dore' ifols JQtirs. Il a d^ibord été confié au d^en chef idb l'Ordre des évéopes, au doyen des fnrêtres, -et an doyen déa diacres : pois Tiennent le second -évéque, le 8ec0n4 .pi^^> le-seconid dia<^y et ainsi de suit^ On. voit bien (pie Ips évéques n'étant que six y et les diacres ne se tisenvant habitpiellieijc^ent qu'^iu nombre' de neuf ou dix j le gouvernement revieiU aux éyétpies et aux diacre^ plus fréquemment qu'aux prêtres, qui souvent sont au nombre de trentetrois ou de quarante.

[1S23] DU PAPE UâCNN XU. 41

comUe d'un nofiyeaqL Wc^^t, en m'ordonnaut de présenter ces lettres au âacrë Collège assemblé en condaye. La première jeejïffiymfi. un auguste témoignage de l'affflctidn*^ du. Roi tr^-chréàen et de ses regrets, partagés pai* trente' natilliokis de F'raii^is. Ce seroit nuire aux sentimens de ce prince que d'ayoir la témérité d'ajouter à ses èx^essions, si noblement et'si religieusement inspirées. -^ La seconde lettre de Sa JM(^jesté est rehtÎTe à'ia conèancê dont 'elle a daigna Tn^ôQorer, en in^tfntorisant à suivre prè» deVès Eminences lès travainr de m» mission, à vous faire èonnottrelesirceux duRoî en'ces diitconMttiçes^ qui répandent- une -sorte d'effincH par leurs' conséquence pour la * société tout entière; ta .piété du fils se découvre, ttXk quelle-est, dans W tnagnifiques paroles' q^'il adresse à Vos Eminences sur. l'élection du successeur de ^ini Pictrre : « CebiCjuiesi destiné à remplir te mù\istère, ie^plUi grand » de etiâx tàixquels il plaise à TXiiu ttappeter tés kômnies, » est entre vous. » '

;• Le. Prince très-chrétien fait des. vœux pour que TEsprit saint vous* remp^sse de i^es lumières et vpus dirige vers i^He élection qui rende promptement à la chrétiéntéle Père dont elle est orpheline. Les temps , les.pçuples/ve^ulent dû repos à la suite dés tempêtes. Us demandent un Pape dont .la -sagesse soit étendue comme Fempire de. lajrpligion, dont la charité, vaste comme le me^adlSf attire les plus, éloignés > touche, les pluareb^ks ; un Pape qui préserve, qui guérisse, qui conô&e. TeuSle le ciel choisir .enfin par votre organe un dign^ b^tier de ces deux Poirtifes qui , apjrès une longue^carri^ei ont djrsparu.ayecce je ne sais qiloi d'a^ chevé que les malheurs ajoutent aux grandes vertus ! »

4i HISTOIBE £l«t8]

On voit que PwnbasMdeœ» s'étoit -âupitié'de Bosquet. •■•- •■'•' • ■." '■'

Le cardinal Galeffi, chef d^Ordre des éTèqnés. répondit p$r 1q discours s^iyant :. ^

dèur.^ «elon Tordre de soa aouvfram L9W.X¥III^le Sacré^ÇoUége , au nom dti^taiél j'ai l'Uipiineur àa parkr, reconnaît les seii^ânejis aies antiquef qt yigyiitt Sop»yeraips de laiFrahce, à qui Içur ;ièle et.leut. ajMiiQliieméat pour la religioit catholique ont jQi»tei|i(ù|t ^i^té le titre àç Rois trèsn^hréUens et di/à fih afnés 4^V JifUn. I^e^.larjmes que donne Louis XYIII à la perte doiU^^ reuse que irions a^ond faite dans la personne (iu P^qie Pie yil, attestent la sincérité de l'affisctioii filiale qu'il li|i poitoijL 9 et , si j'.ose le dire, <:es' larâies étpient dues à la mémoire du Pasteikr suprême dont Sa Maje^t^ et toute la nation française ont reçu taiijt de témoignages de tendresse paternelle.

t Le- Sacré Collège agrée avec la* plus vive satisfaction et avec- là plus*sincère et la plus respectueuse retcmncassance, l'expres^n àe^ vosux de Sa Majesté trèschrétienne qui Ifii-estc^èirte par M^ Tamilassadëur , mais il*est imposiûhle au Sacré GpUégéde rite ajouter à la haute estime et à la .grande opinion dont il est \ péàétré pour l'auguste personner^e ce mimarque.

>» Les faits glorieux et les nc^les entreprises de Sa Majesté pour soutenir la religion, nbn?*seuleiiiènt dans ses .vastes JÊtats , mais eiicore en pays étranger, ont invinciblement pirouvé à l'ipiiTers entief' le* Véritable déyouement de Sa Majc^ité enversr la sainte Eglise , et sa yive et royale résolution de soutenir, de tout son

[1823] DU PiPS lipN XU. 43

pQUYWr, les droits de F^i^ud et du trône. La postérité la ]ilua reculée en gardera Tét^nel souyenir. »

Ici le C|iràilial'6aleffi se tourna en souiiant dcmoement rets le cardinal dëlla Genga;, qui ce jour-là représentôit FOrdre des prêtres, et qui avoit dû prendre part àla rédaction du discours. I^ cardinal deÛa Cénga, lé plus en vue après le cardinal (ialeffi^ à la droite duquel il étoit placé, to.ut en s^imposant d'^abôrd la 'plus profonde Immobilité, ne put s'^empêcheir de manifester un assenJtiinent qui a fait croire qu'^l avoit demande lui-même* IHnserttoù de ce& dernières paroles; * •

Le cardinal Xîàdeffi avaticant ensuite la tête yèr$ le guichet 6ù FamBassadeur attendoit la lin du discouTSy continua e)i ces tet*mes :

« Le Sacré GoU^e. doit aussi manifester sa pleine .satisfiction à M. l'ambassadeur^ de la noble mission extraoïdinâire dont il a été honoré par son souverain. IKgne béritier.delVfattbièu IT,* connétable de Montmorency, qui , par son invincible courage et sa singulière prudence^ mérita le titre de Grand, M. l'ambassadeur en a parfaitement imité les glorieux exemples. SiFuja> fidèle aux 4eToirsde la religion ^t dévoué à Louis yi^I, obtint toute sa confiance, jijisqu'à se voir destiné. à servir de tuteur à son auguste rejeton (1) , l'aûitre ^

(i) n y- a ici {>eat-4tre une légère inexactitade. Ittatthiett II ne fot pot tatMir du ûh de Louis VIII ( Louis IX) .la tutelle et la

également copstant dans -^a^ religion et dans sa fidélité à son roi , au milrçtt-des ioii|;oe8 iiifortu^es dé cette

royale famille, a obtenu pareilleinent toute la confiance de BOû Soliterain qui la fait Miàter dans les ndiiles missions dont il rhonoMi Qve ie Ciel con^rye.un si digne, monarque^ ejt un si digne ministre r»

Le duc de. Là\s9(l éprouva un vif attendrissemeQt^.: ensuite il s^entretint avec presque tous les cardinaux qui parôissoient sueces^ivêmeiit 4eiTière le guichet. L;e cardinal délia Qenga adressa, deux^ jfbis A M. de Lav^l d^s paroles très-obligeantçs pour le Roi, ^ pria r^mbàsjsia* deurd^ofirir à Sa Majesté Texpression d'aune particulière et vieille reçonnpissance deMontrouge. L^ambassiideur répondit avec sa grâce s^ccoutumée. Cétoit. un speciaçle. singulier «que ces conversations animées à travers une grille. Il j eut tin moment oùxin plus grand nombre de cardinaux s^apprdchèrent' de irès-près et présqu^en foule, parce que Fàml^a^sadeur qui ne pou voit pas les quitter leui" adressoit quelques

régeilice furent déyolues à Bljinche de Castille, mère de Louis IX. Mais il est constant que, lorsque les grands ' vassfiul de làcouroiAie crurent pouvoir profiter delà minorité du r<6i 'et de hi régente d'une femme, pour se soideyer, Blanche de tastiBe,' aidée des conseils dû légat du- P^pe, et surtcftit de la vaiUante épée de Matthieu H de Montmorency, connétjtl)le, réduisit' les rebelles k l'obéissance, et conserva, dans, toute son inlogrité, le pouvoir légitime de son fils.

explications plus détaillées, et sembloit avoir repris la parole f hors des règles, sèvres de Fétiquette. Il disoif d^a^eurs des cbosea qui prbduisoient une vive itnpressioi^.

« Messieurs tes catdinanix, Yos Eminêiice» savent que dè^grands ef. de terribles éyénpmenâ pour yôùfli-et pour nous ont porté dès coups funestes à toutes les institutions, à toutes les e^cistences précédentes , et cependant (Dieu Ta voulu ainsi) la présence d'un ministre duHoidan» un conclave n'a jauius été troiUblée, nidansxelui jpi-donna KeVi à. l'Eglise, aii dans le dernier à Yenise, qui vous fit don de Fii?Ylï. Ce dro^t, le seul'qm ^t, échappé pendant tous les désastres || s'éxérce .donc atijourd^hui côinme dané*!^ *femps 'calmes* de Thistoire; C'est la nième dignité de mœurs sous la pourpre , le tnémie amour dans le Roi 'de' France , qui a toujours été présent parmi vous , le même triomj>he pour . notre culte , la même protection.de Dieu pour l'Eglise universelle. V€;^prit de la révolution n'a pénétré dans aucune réunion pareille« Les rois .très-cbrétiqns ont toujours eu un organe libre dans vos assemblées. La révolution ' française , messieurs les Cardinaux , à mis le pied partout, sur le continent , excejjté dans un 6onclave (1). » '

(f) lin 1775, le cardinal de Bemis étoit ambassadeur intérÛBur de Louis XVl dans le.cpndaVe. iln 1800., le caidinal Mauiy repréaflDtoit Louis XVlll « il est vrai , avec rései^ve, mais cependant assez directement. Quant au premier Consul , qui alors gouvemoit la Vnace, U n'^yt pas la moindre influence an conclave, et tout t'y passa sans que PaHtOrité consulaire y pût prendre la moindre part. Voyez Histoire du Pape Pic VÎT, tomel, page 77, troisième édition.

46 fltSTflIkHB . CtSSS]

Un màrmure . âattéi»' accueillit ces deiiiiiers

inots prononiïés avec wt laisser aller plein d^une^téadre sàtisfacâôn. ~ . '

Le duc de JLaval réiovknB. à* son palais précédé du mênidB cortège, qui ^e. déploya dans les plus' somptueux quartiers d^' la ville, et il alla prendre à la .place del-Popphr^ Ve CorsOy pour le trayei*ser tout entier en se rendant au pajiais Sitnonetti. • *

- Il étoît arrivé des nouvelles <]td'sqinonçoi6nt nos çuccès en -Espagne. Le bàii^et .qui suivit

la cérémonie fiit magnifique, et toute la no-

blesse de Rome vint le sdirféUciter.râmbflssadeor sur nos victoires et sur ton disckïûts. -

[1823] DU PAPE LÉON Xn. 47

^AFITRE V.

DISCOIlkS DE H. LE COMTE APPONT AU CONCLAVE. ftipONSE

DU CARDINAL AI^ZSO.' ^UARANTE-NEUP CARDINAUX SONT 1>|L^ENS AU 'SCRUTIN EJ A iJjCCESSO. DIVERS MODES tt'éLÉOrtON'. FQRMALlTâS pAEPARA'tOIRSS. SCRUtAtEURS'. arFllHlflIRS. FèiftME DES.C^bvtES;. <SER]f£NT;. lnMft ET 'ftipODIIXlIltlNlf DBi fl«:|t1UTlNS.^

M. * le oonit^- At^Kpony^ - ambMsadeup dl4u'^ tricbe, aHa'dçiubjioitrs aprèeuprésénter ses lettres (fe êréiBC6,*iP«sec ûa eortégé imposant, qu^ ne le cédait- fsai' liatt à>ieèkii da duc dellavak

La fettretde coriodoléai^oe adiiisséè par Tempereni^ Françoia^sùr I9 m^rt de Pie YlIVconf»noit Im* louanges dues à ses >gràndiBs. yèrtas, et suitotit' à k' &rcèd^âme du suprèm» hié« rarqtte.. tJne autre' lettre de* Sa Majesté annonçoitqii^ii^dépendammentduvcardinalAlbam, le comte Appdny arpit été désigné pour être riti-^ terpritô des pensées de Saltfajesté Pempereur etiioi, près le Sacré Collège, ^t chsû^gé.de PhoiK)rable mission de taanîfester t^es pensées aux cardinaux. Sa Majesté désiroit tjue* cette ^ambassade témoignât publiquement et solennellement son religieux respect pour FEglise ca-

48 ^ mSTOIRS [1«S3]

iholique et le Saiut Siège apostolique/ L^empereur offi^it à tout événement son appui, ainsi que celui de ses Eu^t afin que la sûreté des cardinaux-sélecteurs fiiit défendue, et que la liberté des suffi9g?s fût assunêe dans le côticlove. Par-dessus 'toute autre cobsidéi^tiQn, Pauguste Çé3ar 4cmandoH .qu'ion éjnt {>èiir successeur à Pie ¥11, un çnjet qui^ dans la diflQlcile <VE>iiâition des tiçmps,' brillât par sa«pîété, par ^on amour pour la justice, par sa science, par sa prudence et sion p^ni^hant poiir la paix et la concorde ; un pontife quî sincèrement adhérât au * principe salutaire 4e Tallianee^ européenne (il y a^oit là. une mention indirecte dé là sainte alliânce qui pdrlMtdanf œa iemps •les^phi& |iiiis^ sans; prince», à oonservw el à soutenir, le légitime<Mrdre des ciioaieis).; im Pape enfin otné des qualités^, qui doivent être propres an leeilteur Pasteur de rEglise,* loii^ de taule pàrliaiilé, et qui caractérisent lé Père comnnm. des fidèles.

L^ambassadeur dédaroit qtf il s^agissbit; d!on intérêt trèi*^^Te^ que Penqiâreinr se fioit aux ▼evtns et à la prud^oe des cardinaux-éliecteiirs, ^ prom^iettoit son pldn assentiment « Télection qui satisferoitles avantages de la religion^ Phonnexu* du Saint "Siège romain, le repos'tle PRalie et du Monde, les vœux de toute FEglise et Pat-^ tente de tous les peuples.

A ce discours ep langue latine, prononcé avec dignité) le cardinal Arezzo, chef dX)rdre des éyêques du jour, répondit au nom de tous les cardinaux présens, qu'ails remercioient Fempereur i^eses généreuses et nobles propositions relatives à la sûreté et à la liberté du conclave. Il terminoit en remarquant que le Sacré Collège vivait dans la plus entière confiance, voyant qae Dieu, non sans une bienveillante intention de honte, avoit réservé pour les jours d^une pacification universelle en Europe, la grande œuvre de Telection du Souverain Pontife.

On voulut trouver extraoïsdinaire le discours de 91. Appony; il falloit être alors malveillant et ne . pas connoitre Jes faits anciens. Le discours du comte étoit à peu près dans les mêmes termes que celui qui avoit été prononcé par M« de Kaûnitz au conclave de 1 774 .

Il ne sera pas mal de parler ici des cardia aaux qui,, après diverses tentatives pour se réparer ou pour s^entendre , alloient procéder, au*, choix dW successeur de Pie VII.

CQrdjao .des cardinaux-évéques suburbioaires étoit complet. . Il se çomppsoit des cardinaux ddJa Somaglia, doyen, Pacca, sous-dpyen et Quoerlingùe, Spina,, Galeffi, Are^o et CastigUoni. L^Qrdre des cardinaux-prêtres, qui doit se composer de cinquante,' n^en comptoit que

trente-trois présens. L'Ordre des diacres, qui doit se composer de quatorze cardinaux, n^en comptoit que dk. Il y avoit donc en toutquarente-neuf yotans. Je donnerai plus bas une lis[te génériale des cardinaux qui firent Télec^ tion ; on y verra le nombre des votes qu'obtinrent les divers candidats : i"* à Félection du matin, ensuite kYaccesso qui suit le premier scrutin ; 2"" au scrutin du soir,, et à Vaccesso qui suit ce seeond scrutin D'après ce tableau complet, que j'ai rapporté de Rome, on connoîtra les chances diverses des candidats, et l'on suivra le développement des votes jusqu'à l'élection définitive, et le nombre des votes à mesure que de no.uveaux cardinaux entroient au conclave.

Tout le monde sait ce que c'est qu'un scrutin ordinaire, mais on ne sait pas peut-être aussi bien de qu'est Vaccesso dans un conclave : c'est le complément du scrutin, lorsqu'il n'a pas amené un résultat. Je vais reprendre à mon His'fy)ire étitalie (page 2g5), un passage dont, je crois Ja reproduction nécessaire^ avec quelques informations de plus, et que je n'ai pas inséré dans mon Histoire de Pie VII. Ce morceau expliqitera complètement, je pense, ce qui se passe dans un conclave le matin et le soir à propos du scrutin et de Maccesso.

Il y avoit autrefois trois modeâ d^élection : i* Vadoration ; c^éloit un acëord général pour nommer sur-le-champ un sujet, sans aucune contradictiou et sans scrutin; on en avoit vu des exemples pour le Pape Grégoire XIII et pour Sixte V ; 2* le compromis : on en avoit vu un exemple pour le Pape Clément V, Français; 3° le i5cn^«n, c^esl la forme habituelle. Il y a deux serutins par jour. Le premier scrutin est suivi de Vaccessù qui en est le complément, si le scrutin n^est pas définitif. Dans le cas où on n^anroit pas fait Félection le matin, le soir on procède à un second scrutin suivi d^uu autre acc^^,;o.

Pour se former une idée exacte des formalités préparatoires du scrutin, diaprés les ré^ glemeas de Grégoire XV, il convient de savoir que Ton prépare des cédules ou billets imprimés^'afin que chacun donne son voted^une manière uniforme. Le matin, les maîtres des cérémonies (c^est une charge très-importante à Rome que celle de maître des cérémonies) avertissent les cardinaux qu'ail est temps de se rendre à la chapelle dft Seigneur^ eti disant ces mots : ^ ^d capellam Domini. » Les. cardinaux s Y rident à lestant ï Ife premier jour, le cardinal decanOi ^doyen (le plus ancien des six cardi]iaux-'*^êqiies) , célèbre une messe du Saint- Esprit à laquelle les cardinaux communient, en

allant à Pautel deux à deux. Chaque cardinal est revêtu dWe Idnguerobe de sergetle violette, vêtement particulier des réunions * collégiales^ Les autres jours, la messe est célébrée par le sagrùta assisté de deux maîtres des oéfémonié»^ La messe finie, on lit un extrait assez détaillé des huilés du cérémonial de Grégoire XV. On place ensuite devant Fautel une tahle/ où figure en gros caractères, }e texte dû serment que chaque cardinal doit prêter. Là sont aussi placés deux calices et deux hassins, ou krgés coupes^'

On procède par la voie du sort à la nomination de trois- cardinaux scrutateurs et des cardinaux infirmiers, dont nous expliquerons les fonctions. Chaque cardinal est averti de se préparer à recevoir une cédule, et à écrire son suffrage de sa propre main .

Quoique toutes les démarches et* le nombre de voix à donner* de telle ou de telle manière aient été convenus d^avance, on profite de ce dernier moment pour rassureif et soutenir les cardinaux chancelans. Il faut toujours être prêt à recevoir un échec, parce qu^on perd une voix promise, sans connoitre le coupable, ou à profiter d^un heureux changement, si Ton acquiert une voix imprévue. Du reste, les chefs desJàctionSy cVst-à-dire des partis, ont naturellement les yeux fixés sur leurs partisans, el

vice ^ersd. Enfin j la plus grande politesse et un. sentiment égal d^affectionet de respect règne dans toutes les relations. On sait que les scm^ Uteurs et les infirmiers, puisqu'ils sont tirés au sort, appartiennent à tous les partis, et qu'ils doirent tenir une conduite très-réservée ^

Les cédules ont environ huit pouces de longueur sur . quatre de largeur, et sont divisées par différentes lignes parallèles, formant des cases inégales, mais dont chacune a sa destination-particulière. * ^

Nous allons donner le modèle exact, absolumejntccmfbrme aux cédules qu'on imprime pour les eondaves.

Ego CardinalU,

pli.

G Cachet.

Cachet.

Eligo in summum Pontifieem Rev, Dom, meum D. eard^, . .

E Cac^l.

Cachet.

pli.

p tJn numéro quelconque.

■ Un nassaffe de FÉcriture.

Dai]t^,l# premier espace A, chaque cardinal

écrit son nom après ces mots ego cardinalis. Le second espace B. est réservé pour le premier pli du papier. Le troisième espace C reçoit deux cachet$ qui assujétissent le pli avec de la cire-^ molle . il faut pour ces cachets que les cardinaux se pourvoient' d^uue quantité considérable d^empreintes diverses qu^il ne sait pas facile de reconnoitre, et qui scellent d^une manière sûre le premier pli. Sur le quatri^ne espace D^ le cardinal-^élécteur écrit le nom du cardinal quHl élit, après les mots Res^^ Z>. meum^ D.

cardinalem.Le cinquième espace £ reçoit deux autres empreintes pour couvrir le nom de Télu, puis on fait un pli F. Le sixième espace G contient un numéro, par exemple, gS, ou 17, ou tout autre, et des paroles tirées de PEcriture, telles que ^^^[lï^rj^^,' Domine} Dominus dixiti

dimitte servum; omnia vanàas. Ici on plie la cédule en' dessous. Le dernier espacé reste en blanc.

Le revers dubilletest décoré de deux vignettes, pour masquer Pécriture du dedans et empêcher qu'Hun œil pénétrant ne lise, à la Êiveur de quelque transparence du papier, une écriture fortement appuyée par une main peu sûre.

La première opération du scrutin çonsisie, comme on Fa dit, dans la nomination de trois scrutateurs, auxquels on ajoute un pareil nom-

[1823] DU PAP£ LÉON XII. ôô

bre, s^il y a X\&i^iX infirmiers cbargéacTaller recevoir les votes des .cardinaux infirmes, et re^* tenus au lit ou dan^ leurs cellules*. Les cardi<naux scrutateurs et les cardiisiaux infirmiers sont désignés par le sort. Cest le dernier cardinal-diacre qui tire d\m sac de damas violet, a{)rès les avoir agitées et mêlées, lés boules où sont inscrits les noms de tous les cardinaux présens au. oonçlave. Dès que les scrutateurs et les infirmiers sont nommés, ils vont prendre pkce devant la table du scrutin, où est aussi déposée une cassette destinée à recevoir les vdtes des cardinaux infirmes. On y introduit ces viKes par une lente pratiquée au milieu du couvercle. Les scrutateurs ouvrent cette boite, la renversent .en montrant Tintérieur , * et prouvent ainsi qu^ellé est entièrement -vide; puis ils la refeirment à clef, et la ' remettent entre les mains des cardinaux infirmiers.. .

Le cardinal decano se présente le premier à la table du scrutm, prend une cédule dans le premier bassin, ^e dirige vers une des autres tables disposées dans le pourtour de la chapelle, y écrit son j^pre nom^ plie le bulletin, le scelle de la première et de la. seconde empreinte, écrit le nom de Félu, scelle de la troisième et de la quatrième empreinte^ fait un second pli, é^ri^ le numéro et le passage de r£-

criturequ'il a choisis^el fait le dernier pli. Cette opération s^achève assez jpromptement âans les derai^s jours d'un conclave, patx^ qu^on Ta faite déjà quati^ fois par jonr depuis que le contlave. est commencé. Il faut d^ailleurs faire observer que les maîtres des cérémonies ont garni d^avance les'cédules de cire molle rouge, aux quatre endroits indiqués dans les espacés C et £ pour recevdir les empreintes*des cachets. Quand i>n est sorti de la chapelle et que le scruimei Vaccesso ont é)té moins longs qu^à Tordinaire, on se dit quelquefois , entre voisins , Adesso siamo ' pratici^ «c Actuellement nous » sommes exercés^ expérimentés^ nous savons ^ comment oela se fait. »

Lorsque chaque cardinal, diaprés son rang, c'est-à-dire, d'abord les cardinaux-évêques, puis les cardinaux-prêtres, puis les cardinauxdiacres; lorsque chaque cardinal a écrit sotf bulletin, \e decano prend le sieh avec deux doigts seulement, Félève de manière qu'il peut être vu de tous, se dirige vers Fautël, s'agenouille, fait une courte prière, et après s'être levé, prononcé le serment inscrit en gros Caractères, comme on l'a dit, sur la table devant l'autel. Ce serment est ainsi conçu : a Testor M Dominum qui me judicaturus estj m,e eligere » quem, secundumDeumjjudicoeligideberej et

» quod idem m^èccessu pnesutbo^ <( Je prends à » témoin Dieaqoiâoit me juger, que j^élis cekti «^ que selon Dieu je pense devoir étreéhi; ee que » je ferai également dans Tacc^^j^o. » Le serment prononcé, il pose la cédnle sur la piatè^e dW des calices, la verse de la patène dans le calice;^ et retourne à sa 'place; Immédiatement s^rès le deoanoj les cardinaux infirmiers; qimquè leur rang ne les appelle peut-être pas, portent leur bulletin à Fautel, et il^ font tout ce^Q'* f^itle decano^ Puis ils sortent pour aller plus tôt chercher les bulletinsdes infirmes. Après les infirmiers, chaque cardinal s^avance versPautel à s<m rangv prête le serment comme le de-^ cano et les infirmiers, et dépose son vote. On a prévu le oasoù un cardinal présent qui a bien pu se iietire conduire, mais qui ne peut pas &cilemeat se déplacer, n^est pas en état d^aller près delà table, écrire le vote, le tenir en Pair S¥ec deux doigts, et lé porter à FâuteL Dans ce cas, le scrutateur dernier proclamé va auprès dece cardinal, lui. présente les cédules préparées^ reçoit le bulletin écrit, plié et cacheté, entend le, serment, et vd mettre la cédnle, en la le?ant eh Tair, dans le calice où elle est réunie à celle des atitres votans. *

Les cardinaux infirmiers qui ont voté après le decano, s^étknt rendus dans la cellule de

58 m^TOIlUt: [1823]

leurs collègues infirmes^ leuir remettent une cedule préparée et une copiée sermeîtt. Les infirmes écrivent,. plieaQL.t et scellent leiu* buUetin dans la forme prescrite, et ils observent, à Taide des infirmiers qui doivent toujours être présens, les mêmes formalités quWt observées les autres cardinaux dans la chapelle, S^il arrive qû^un infirme ne puisse pas écrire, il lui est permis d^em** prunter Paide d^un tiers à son^ choix; celui-ci S^engage à garder religieusement le secret éo vote. La cassette, reportée dans la chapelle, est ouverte par les scrutateurs ; ils r-econnob* sent s^il j a autant de votes que de cardinaux malades. Cette récognition faite , ils placent la cédule des infirmes une à une datis le calice. . Alors le premier cardinal scrutateur agite les votes dans le calice couvert de la patène^ et les tire Fun après Fautre, en les comptant, pour les déposer dans Fautre calice. Si le nombre des cédules ne correspond pas au nombre dès osp-rdinaux votans , tous les bulletins sont brûlés sur-le-champ sans iratre forme. Dans là situation que nous décrivons, quelques jours après Fouverture du conclave, il y avoit quaranteneuf cardinaux présens; il falloit trouver quarante-neuf cédules. Dans le cas ou le nombre des qédules égale celui ^dea votans, il est procédé à Fouverture du scrutin.

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Le piieroiei* scrutateur extrait un bulletin du calice, Touvre au milieu en brisant les cachets C, pour découvrir Fespace D où est écrit le nom de relu j lit ce nom tout bas , en prend note , passe }e billet aiasi ouvert au second scrutateur, qui prend note du nom ; ce n^est que le troisième scrutateur qui prononce le nom à haute woix. Dans le même. instant, cliaque cardinal, pourvu d^avance dHine feuille imprimée conteoant les noms de tous les cardinaux, sans ex^ ception, composant le Sacré Collège, absensou présexis , marque^ au nom prononcé, le vote qu^il vient d^obtenin L^ouverture de chaque cédule extraite du second calice*, est accompagnée et suivie des mêmes formalités. pratiquées pour la première cédule.

S'il arrive qti'en ouvrant les scrutins, le premier scrutateur çn trouve deux plies ensemble -et unis à Fintérieur de telle façon qu'ils puis^ sent étre.présumés appartenir à un seul votant, ils n^ont de valeur que poijr un suffrage ; quand ils aont tous deux en faveur d'un même sujet ^ ou s'ils contiennent deux noms distincts , tous deux sont considérés comme nuls. Cette cir- Qonstance ne change rien à la validité du reste du scrutin; il est valable comme si la circonstance des4^ux bulletins n'eut pas existé. Aussitôt que -le dernier scrutateur a lu tout hau^t

60 HISTOIIUp: [18»]

une cédule , il Tenfile avec. une aiguiUp garnie d^un cordon de soie, par la partie D^, où est im^ primé le mot eligo. Lorsque tous les billets sont .ainsi enfilés, le m^e scrutateur noué les deux bouts du cordon , et dépose le paquet dans Fautre calice placé sur la table du scrutin, çt qui ^ servi à recevoir les. votes la première fois^ S^il résulte de cette premièrje publication un nombre de votes qui. égale en faveur dW n^ine sujet les deux tiers des cardinaux présens au conclave, le Pape est canpniquement élu.

Dans ce cas , tout se termine par une vérification exacte ^es cédules par chacun des scruta-* teurs, qui confrontent les sceaux^ le numérp et la devise, ainsi que par une autre formalité qui sera rapportée plus bas, etr^lection est consommée.

Si un même nom ne réunit pas les deux tiers des voix, on passe à Vaccessoy qui est, comme nous Pavons dit , une sorte de complément du scrutin lorsqu^il n^a pas sunené un résultat.

Uaccesso, est annopcé. Chaquci cardinal va immédiatement prendre dans le second bassin une des cédules, distinctes préparées pour Faccesso, dans lesquelles le mot accedo ^ ]* accède ^ est substitué au mot eli^, î^élis. Du reste, le cadre des bulletins est absolument le même que dans les premiers, et présente les mêmes subdi-

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visions. A la suite de ce protocole, accedo rei^erenâissimodom.meo D. Cardinali^ rélecteur écrit le nom du cardinal auquel il accède, en ayant soin de nommer tout aiitre que celui qu^il a choisi au scrutin, ce qui est d^étroite obligation, et de s^abstenir de désigner un sujet qui n^ait pas eu au moins un suffrage «ivacttracc^^^o. SMl né veut absolument que celui auquel il a préalablement accordé son su£Prage, il ajoute au mot accedo f le mot nemini^ je rCaccède à personne^ et plie son billet de la même manière quelesprécédens. On voit que IWc^^^o est une sorte de ballottage d^une autre forme; tout ce \3pk s^est ' pratiqué pour la ré^ière formation et le dépouillement du scrutin, y compris la visite auk infirmes, se répète pour Facc^^^p, sauf le serment, qui n'est pas renouvelé.

Les cédules étant extraites du calice, les votes de Vojccesso étant notés et publiés ainsi qu^il est dit ci-dessus, les suffrages donnés par les deux votés sont comptés et rapprochés pour chaque sujet désigné /Si les votes àxk scrutin réunis à ceux de Xfaxicesso sont, en faveur d^un cairdinal^ égaux en nombre aux deux tiers, alors le premier scrutateur , sous les yeux de ses collègues , examina la validité des cédules à&Xaccesso. Prenant le paquet enfilé du scru-^ tin y il confronte les sceaux , les numéros et les

HISTOIBE [lgS3]

devises des oédoks qa^ ocMitienty ayec les billels correspondans de Vaccesso^ et Fidentité une fois recMume par.lui^ il passe les biUets aa second scrntatenr^ qui Eut le même trayail; enfin le tmsieme scmlateor commence la troisième Térification. Le nom de Fâa forme aussi FoJbjet d^m^ examen rigonreoz, snrtoat s^il y a deux cardinaux dumême nom, deux Barbeiini, deux Borgfaèse, deux Rufib, deuxDiHÎa. Le Tofe est nul, s^il s^applique dans le sentim et dans Focix^uo à la même personne ; s^ilest diflSsrent, et conséquemment valable, le troisième schn tatenr, prodamant à liante toîx le nom de Fâu, dédare ^alocoent quel est le sceau , qod est le numéro et quelle est la devise de chacpie éledeur. Il enregistre aussitôt cette dédaration. On procède ensuite a Fénumération des su^ frages rapprocfaés dans. les deux modes, celui du scrutai et cdm de Vaccesso. Si le même cardinal n^a pas obtenu dans les rotes réunis le nombre de voix prescrit, les deux tiers^ sans que la voix de ce cardinal j soit comprise, ce qui a été fait est considéré comme non avenu, et Fœuvre de Félection est a recommencer (i);

(i) Alors Un» ksbaUciiiis aoDt hrèlcs. Les RomuBs qm aoot mf la place sont attentif poor Toir s^ sort de la famée '«Fim layan bien couiiii , où Fod brûle Tes bulletiiis. S11 y a la fumata, il n'y a pas iPélectioD , et ^acm se retire.

mais si le dépouillement composé du scrutin et de Vaccesso donne ce nombre de voix , les deux tiers, toujours, moins la voix du cardinal qui se seroit élu lui-même (circonstance qui fait croire à qujelques personnes quHl faut les deux tiers des voix, plus une), alors le Pape est élu etPélection est canoniquement effectuée. Dans ce cas-, trois cardinaux diacres désignés par la voie du sort, sont immédiatement investis des fonctions de féc6gniteurs<m réviseurs ; ils vérifient une dernière fois Topération des scrutateurs. Toutes cboses étant trouvées régulières, Félection est annoncée et les cédules sont toutes brùléôs sans exception, comme elles Pont été à chaque scrutin suivi de Vaccesso ^ lorsque les deux tiers des voix n^ont été acquis à personne. Aussitôt après une élection reconnue, le dernier des cardinaux-diacres agite une sonnette ; les maîtres des cérémonies et le secrétaire du Sacre Collège entrent à ce isignal. La chapelle se referme. Le cardinal decano et le cardinal camerlingue , si aucun d^eux n^est Pélu , s^avancent ensemble vers le cardinal nommé , qui, depuis beaucoup de temps, a toujours été un cardinal présent, et lui demandent sHl accepte son élection. Nous dirons le reste du cérémonial , qtiand Pélectîon dont nous rappolrtons lliistoire aura été consommée .

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