Annales ecclesiast., Raynald., loco citaio
Constantinople; il était précédé dans sa marche par l'image de la Sainte-Vierge, surnommée la Conductrice, qu'on disait peinte par saint Luc; et, loin de se montrer en triomphe, il avait traversé la ville à pied, tête nue, et sans aucun des ornements impériaux. Il se hâta d'armer des flottes , d'augmenter son armée, et de réparer les fortifications de sa capitale reconquise. Inquiet des murmures du clergé, il rappela le patriarche grec, Arsène, déposé précédemment par lui; et, pour récompenser dignement l'heureuse témérité du césar Stratégopul, il lui permit de porter toute sa vie une couronne de pierreries, et son nom fat joint à celui de l'empereur dans les prières publiques. Le patriarche couronna une seconde fois, à Sainte-Sophie, Michel Paléologue; mais déjà les faveurs de la fortune et la coupe de la gloire avaient enivré l'empereur de leurs poisons: on dirait que plus les hommes s'élèvent, plus ils s'éloignent de la vertu. Michel, devenu ingrat et barbare, fit brûler les yeux du jeune Lascaris qui fut enfermé dans le château de Dacybize. Cette exécution inhumaine était le dernier terme où avait tendu insensiblement, de degré en degré, un usurpateur hypocrite qui, ne sacrifiant qu'à l'ambition, voulait passer pour religieux.
Un traitement si cruel indigna le peuple; mais la douleur publique fut réduite au silence; on punissait le plus léger murmure comme crime de lèse-majesté. Le féroce Michel fit couper le nez d'un jeune grec, nommé Holobole, compagnon d'enfance de Lascaris, qui se distinguait de tous les autres par l'amertume de sa tristesse. Au milieu de la stupeur générale, le patriarche Arsène montra seul un ferme courage ; il prononça la sentence d'excommunication contre l'empereur. Cependant il retrancha de la formule ordinaire les paroles qui excluaient le coupable de la participation aux prières des fidèles. Cette inconséquence, assez habituelle dans sa conduite* était encore un ménagemeul politique, pour ne pas pousser le prince aux dernières extrémités. Michel lui sut gré de celte modération; il parut courber la tête et se soumettre à l'anathême sans murmurer. Il s'efforça seulement d'excuser un
crime qu'il savait bien être inexcusable, et manda au patriarche, qu'après avoir donné des marques sensibles de repentir, il espérait obtenir le pardon ; il envoya des ambassadeurs à Urbain IV pour déférer à son arbitrage ses droits et ceux de Baudouin1.
Si l'on considère le caractère de Michel Paléologue, il y a toute apparence que la politique avait plus de part à celte démarche, qu'un désir sincère de se réunir à l'Église romaine. Excommunié par le patriarche, il lui voulait faire craindre que la soumission au Saint-Siège ne lui enlevât les prérogatives usurpées depuis longtemps par ses prédécesseurs. De plus, les grands préparatifs des puissances occidentales pour le rétablissement de Baudouin, lui donnaient de l'inquiétude. Il savait que le Souverain Pontife, capable de mettre en mouvement tous les princes de la chrétienté, les sollicitait avec ardeur, et il redoutait une croisade. Il s'empressa d'envoyer à la cour pontificale deux députés : le chroniqueur bysantin Georges Pachymère les nomme Nicéphorize et Alubarde; anciennement secrétaires de Baudouin, ilss'étaient mis, après son expulsion, au service de Michel. Aussi, à leur arrivée en Italie, les reçut-on comme des traîtres : Nicéphorize fut écorché vif, Alubarde n'échappa au même supplice que par une prompte fuite. D'autres envoyés, Maxime Alufarde, Andronic Muzalon et Michel Abalante partirent aussitôt pour Rome; ils présentèrent au pape la lettre de leur maître, qui offrait de s'en rapporter au jugement de sa sainteté, au sujet de l'empire de Constantinople. Urbain IV, disposé à entrer dans toutes les voies qui pourraient conduire à la réunion, reçut les trois députés avec honneur ; il répondit à Paléologue qu'il lui adresserait incessamment des nonces pour terminer celte importante affaire2.