D. Martène , idem, pag
« généreux projet : il a déchaîné les Sarrasins de Lucera con-
* tre les villes et les campagnes dont il ne pouvait soustraire t les habitants au joug si léger et si suave de l'Eglise, ni à « force de sollicitations, ni par ses procédés vexatoires, ni « même à prix d'argent. Pour flatter 'es passions de ces hordes « brutales, et en faire les fidèles exécuteurs de ses desseins « sacrilèges, il a donné libre carrière à leurs instincts cupides « et sanguinaires. Ils ont parcouru la Sicile, non pas en enne- « mis réguliers, mais en barbaresques débarqués sur la plage, « promenant partout la ruine et la mort1.... »
Ensuite Urbain IV retrace les déplorables suites de l'horrible tyrannie de Manfred. « La rage de ce prince, dit-il, plus furi- « bonde que celle de toutes les bêtes féroces, va toujours croist sant; elle aspire à répandre le sang chrétien et menace d'une « ruine prochaine la religion en Italie, si le clergé et les fidèles « du monde catholique ne s'unissent et ne viennent réprimer « la témérité présomptueuse et l'ambition forcenée de ce su- « perbe. Il s'est mis en possession de plusieurs Eglises cathé- « drales et de plusieurs monastères, où il protège des intrus. « Il en donne d'autres en commende, comme il lui plaît, tour- « nant les revenus à son usage personnel. 11 a maltraité le « corps de l'Eglise avec une si grande impiété, qu'il l'a réduit « presqu'à rien; car, il l'a déchiré en lambeaux par ses mor- « sures furieuses; il en a dévoré enfin toute la chair; il en a a même rongé les os; bien plus, il en a sucé entièrement la « moelle. Qu'ajoulerais-je ? Les hérésies pullulent presque par « toute l'Italie; la foi catholique est déprimée; le service di-
* vin diminué; les droits et les libertés ecclésiastiques foulés « aux pieds. Les prélats et les clercs sont envoyés en exil, jet tés dans des prisons, mutilés ou mis à mort. Les lieux con-
1. ... Liquet namque omnibus qualilcr à diebus quondàm Fredcrici olirn Romauorura imperatoris, Siciliae regnum yim patitur, et viperea ejus geueratio prœdatione illud diripit violenta, quouiam idem Frcdcricus ejusque oati et posteri aliorum tyrannorum tyrannidemexuedenles, gravioribus illud affeeerunt iojuriis. Epistola Urbani IV ad archiepiscopos, abbales, priores Franciœ, etc. D. Martène, Tiesaurus novus anecdolorum, tom. II, pag. 54.
t sacrés à Dieu sont dépouillés de leurs biens et convertis à « des usages profanes. On force quelques prêtres à célébrer les « adorables mystères dans des lieux interdits et à administrer t les sacrements à des excommuniés. L'autorité apostolique et « la puissance pontificale sont vilipendées; les censures cano- « niques sont méprisées; les âmes périssent; les corps sont « massacrés; les villes livrées aux flammes; les châteaux dé- « truils de fond en comble; la sécurité des asiles de la paix « s'est évanouie ; les voyageurs et les pèlerins sont dévalisés « sur les routes. On préfère les Sarrasins et les schismatiques « aux chrétiens fidèles ; les hérétiques sont tellement soutenus t qu'en certaines localités nous n'osons pas procéder contre « eux1. »
Urbain IV après avoir cherché consciencieusement les moyens de délivrer l'Eglise romaine de tant de calamités, annonce, dans la même bulle du mois de mai 1264, qu'il a tourné ses regards pleins d'espérance vers Charles d'Anjou, issu de cette race royale d'où l'Eglise a toujours tiré ses fils de bénédiction et de joie. « Ce prince courageux, habile, fidèle, ajoute-t-il, est « un de ces fils puissants en oeuvres et en renommée, fils en « qui l'Eglise goûte la suave douceur d'un respect filial et « respire le parfum d'une dévotion native. Mais il ne pour- « rait effectuer la délivrance du royaume de Sicile, entreprise « aussi ardue que périlleuse, sans des secours prompts et effi- « caces. Nous nous adressons donc à vous en toute confiance, « frères vénérables et fils bien-aimés, à vous bases immobiles « sur lesquelles s'élô\c et s'affermit l'admirable structure de « l'édifice de l'Eglise. Nous vous enjoignons de la manière la « plus pressante, nous vous conjurons par l'effusion du sang de « Jésus-Christ, par tant de gémissements plaintifsquimonlent « du fond de la terre, par tant de larmes amères qui coulent « des yeux de victimes innocentes., nous vous conjurons d'a-
1. ... Quid plura? lanlâ inipiclale corpus ibidem obtrectavit Ecclesia;, quod ferè ad nihilum jàrn rcdegil. Nàm illud nibiosis dmiembrans mor.-ibus, lotam demùm carnem voravi», ip&iuscorrosit cliam os&a, et insuper medullas cxsuxit... Epislola UrbanilV, lococitato.
« voir compassion de vos semblables et de venir en aide par
« des subsides au noble comte, intrépide champion du catho-
e licisme et futur libérateur de tant de malheureux. Du suc-
« ces de sa conquête, dépend, non-seulement le salut du
« royaume de Sicile, mais encore l'exaltation de la foi ortho-
« doxe, l'amélioration du sorldes fidèles et l'agrandissement
« du culte divin i. »
Dans ces extrémités, Urbain IV prêcha le Verbe de la Croix contre l'implacable fils de Frédéric; il assimila celte expédition à la croisade contre les infidèles; il dispensa les nouveaux croisés du voyage de Jérusalem, pourvu qu'ils fissent celui des Deux-Siciles: il leur promit une indulgence plénièrc et le pardon de leurs fautes. « Que les fidèles, écrivait le pape auv « cardinal-légat, prennent la croix et volent au secours de « l'Eglise opprimée; qu'ils châtient l'insolence de l'infâme « Manfred et la brutalité des Sarrasins de Lucera. Tous ceux « qui le feront en personne et à leurs dépens auront la pleine « rémission de tous les péchés qu'ils auront confessés avec une « vraie contrition. Ceux qui entretiendront à leurs frais des « gens de service, ou qui serviront eux-mêmes pour le compte « d'autrui, gagneront la même indulgence; ceux qui conlri- « hueront de leurs deniers la gagneront à proportion du se- « cours qu'ils procureront à la guerre sacrée. Les personnes « et les biens des croisés demeureront sous la protection de « l'Eglise, jusqu'à ce qu'on soit assuré de leur retour ou de « leur mort. Tous les prélats et les ecclésiastiques, les princes « et les seigneurs, les habitants des villes et des campagnes « seront exhortés à fournir un nombre compétent de gens « d'armes, entretenus pour trois ans selon leurs facultés. Les « barons et les chevaliers qui n'iront pas en personne a la « croisade, feront la même prestation; les cités maritimes « fourniront des vaisseaux. Ce que nous exigeons des autres, t nous l'accomplirons nous-mêmes. »
I. ... Pullulant ferè ubique per Italiam hajrcses, cullus divinus minuilur, fides ratholica premilur, immô depremitur, cl opprimilur stalus» fUelium, anr.il-
De nouvelles et plus pressantes instances furent faites à Louis IX par le cardinal de Sainte-Cécile au nom d'Urbain IV; le légat exposa la série des crimes imputés à Manfred ; il montra l'hérésie partout en honneur ; la religion mise en péril ; les prêtres torturés, attachés au gibet ; le Souverain Pontife aux abois. Ce lamentable tableau impressionna vivement le pieux monarque. Urbain IV écrivit en même temps à la reine de France pour amener entre elle et Charles d'Anjou un accommodement. La cause de leur mésintelligence est demeurée assez obscure ; il paraît qu'il était question de droits sur la Provence. Marguerite prétendait en jouir comme aînée de la femme du comte d'Anjou; celui-ci était bien éloigné de les lui reconnaî tre. Malgré les vœux de saint Louis, qui souhaitait fort l'apaisement de cette querelle, on y avait échoué jusqu'alors. Le cardinal-légat parvint, sinon à rapprocher les esprits, du moins à suspendre les démêlés par une espèce de trêve.
Le pape s'adressa encore au comte Alphonse de Poitiers qui se disposait à partir pour les plaines de l'Idumée; il le supplia d'appliquer à la guerre de Sicile le serment qu'il avait fait de se rendre dans la Terre Sainte. Quelques membres du haut baronage et du haut clergé voyaient avec un mécontentement secret le Saint-Siège attacher plus d'importance aux affaires de l'Italie qu'à la grande croisade de l'Orient. Cette préférence élait pourtant indiquée, imposée même par l'état de l'Europe. C'est à Naplcs, en effet, que le Saint-Siège était menacé, nonseulement dans sa dignité, dans son pouvoir, mais dans son existence. Aussi, avec une hauteur de vue et un sens politique qui n'étonnent pas dans Urbain IV, ce pape lui-même proclamait solennellement que, parmi les préoccupations si tristes et si graves qui assiégeaient sa pensée, qui torturaient son esprit, qui pénétraient son âme de la plus amère douleur, l'affaire de Sicile était incomparablement la plus urgente.
Sur ces entrefaites, des agents secrets de Manfred avaient
lantur ccclesiœ liberlates, et jura ecclcsiaslica conculcantur... Epistola Urbani IV, loco citato.
franchi les Alpes pour venir ôter la vie à Charles d'Anjou par le poison. En Lombardie, en Toscane, jusque dans le patrimoine de saint Pierre, le comte d'Anjou s'appuyait sur une force qui lui était propre. II était maître de places importantes en Piémont, telles qu'Alba, Mondovi, Coni, Chierasque, Savillan, qui s'étaient données à lui par des traités en lui abandonnant la sonveraineté, mais en stipulant avec soin le maintien de leurs libertés communales. Allié, en outre, au marquis de Monlferrat, si puissant dans l'Italie septentrionale, il tenait la clef des Alpes. A Rome il exerçait déjà un grand ascendant. On pouvait le considérer comme le chef réel des Guelfes de la Péninsule. Aussi Manfred cherchait-il à le faire assassiner ou empoisonner. Le pape s'empressa d'en informer le comte d'Anjou.
« Nous avons appris, par la révélation de quelques uns des « familiers les plus intimes de Manfred, que cet ancien prince « de Tarente a envoyé en France, sous la conduite du duc de « Bourgogne, un nommé Cavalcanti, apostat de l'Ordre de la « milice de Saint-Jacques, accompagné de deux assassins et por- « teur de cinquante sortes de poisons. Nous avons cru devoir « vous prévenir, sans délai, de cette odieuse tentative, afin que « vous redoubliez de vigilance, et que vous preniez toutes les « précautions nécessaires pour vous soustraire à la perpélra- « tion de ce noir forfait. Nous ne pouvons pas vous dissimuler « que ce même Manfred profite du peu de distance des lieux « entre lui et nous, pour essayer à chaque instant, de nous faire « périr par de semblables moyens de destruction. Mais le Dieu « tout-puissant, qui lient en sa main la vie et la mort, nous a « préservé, jusqu'à présent, de toutes ses perfides machina- « tions. Ne souffrez pas que ce prince, avide de s'emparer des « terres de l'Église, poursuive aujourd'hui son projet sacri- « lège. Vous auriez alors mille fois plus de peine à l'expulser « qu'à conquérir le royaume de Naples.
« Nous faisons, quant à nous, tous nos efforts pour conser- « ver le patrimoine de saint Pierre; et, grâce à Dieu, nous
46i URBAIN IV
« n'en avons rien perdu encore. Les troupes y sont entretet nues à nos frais ainsi qu'en Toscane, dans le duché de Spot lète et dans la Marche d'Ancône. Nous sommes en étal de « continuer ces sacrifices jusqu'à la prochaine fête de saint « Michel; nous espérons qu'à cette époque vous viendrez à « notre secours avec une formidable armée. Ne tardez point « nous vous en prions, nous vous en conjurons; que nous ne « soyons pas trompé dans nos espérances; et, si, ce qu'à Dieu - ne plaise, vous n'arrivez pas au temps marqué, nous ne « pourrions suffire à tant de dépenses ; nous serions forcé t d'abandonner le pays et de prendre d'autres mesures, afin « de pourvoir à notre sûreté i. »
Manfred avait compris que Charles de France était son ennemi le plus redoutable; il se prépara à le combattre, résolu d'appeler indifféremment à sa défense l'or et le fer, la ruse et la force. Il ordonna à Thibaldi Annibaldi, jeune romain qui s'était attaché à lui avec passion, de s'emparer du port d'Oslie, à l'embouchure du Tibre, pour fermer la mer Tyrrhénienne aux Guelfes. Dans l'intérieur, le génois Parcivallod'O. ria, qui commandait une troupe de Sarrasins, opéra sa jonction avec Pierre de Vico qui se trouvait à Gervelri, en Toscane, à la tête d'une nombreuse cavalerie allemande, pour marcher ensemble sur Rome, et de là sur Orvielo, surprendre Urbain IV avec tout le Sacré-Collège et les amener captifs dans le royaume de Naples. Là, Manfred garderait comme otage le pape vivant et prisonnier, ou, en cas de mort, ii lui donnerait un successeur de son choix. Des intelligences secrètes, tant dans la campagne romaine que dans la ville même, rendaient probable le succès de ce complot, qui fut néanmoins déjoué.
I. Fili per quosdam de major ibus familiaribus Manfrcdi quoudàm principis Tarenlini nobis innotuit , quùd idem Manfredus quemdam apostaiam ordinis militiae sancti Jacobi nominc Cav<\leanlum cum duobus asisinis cl quinquagiota geoeribus veoenorum scu loxicorum iusiriialurum vilae tuœ sub spe, ac conduclu nobilis ducis Burguudiœ in Franeiam jàm Iransmisit ; propter quod digoum fore providimus reddere super hoc aciem lu« circumpeclionis allenlam... Epislola Urbani IV ad Carolum Andegaviœ el Provinciœ comilem. D. Martènk , Thésaurus novus anecdotorum , lom. Il, pag. 86.
Dès que cette conjuration fut connue de Gantelin, lieutenant de Charles d'Anjou, il rallia son petit nombre d'hommes d'armes français et provençaux aux milices romaines et marcha contre Sutri que le traître Pierre de Vico avait pris par escalade. Le peuple était, au fond du cœur, partisan du Souverain Pontife ; aussi se.tourna-t-il aussitôt contre les soldats de Manfred, qui se dispersèrent épouvantés. Pierre se réfugia dans sa forteresse de Vico. Gantelin, brave guerrier, secondé par Giovanni Savelli, l'un des chefs du patriciat romain, tenta inutilement d'assiéger le capitaine gibelin. Les pluies torrentielles qui rendaient les alentours impraticables, le temps des moissons qui approchait, le besoin de recruter des auxiliaires, le forcèrent à lever le siège. D'ailleurs, le vicaire royal apprit que la retraite allait lui être coupée par deux corps de troupes siciliennes; et, voyant la plupart de ses soldats l'abandonner, il retourna précipitamment à Rome.
Manfred, frémissant de rage, se disposaità reprendre l'offensive, si l'occasion s'offrait à lui, ou au moins à empêcher ses ennemis de se fortifier dans l'Italie centrale. Dans un parlement convoqué à Naples, il obtint de ses barons les secours dont il avait besoin pour une invasion dans les terres de l'Eglise. Un corps d'armée fut concentré dans la marche d'Ancône. Le comte Percivallo d'Oria fut envoyé dans le duché de Spolète avec un grand nombre d'hommes d'armes et d'archers sarrasins. Manfred s'avança lui-même jusqu'à la frontière du territoire pontifical. Leur intention était toujours de tenter un coup de main sur Orvielo où résidait alors Urbain IV.
Mais le pape, de son côté, avait fait publier, à trois reprises différentes, la croisade dans la Péninsule. Les Français venus avec l'intrépide Gantelin et beaucoup d'Italiens prirent la croix. L'évêque élu de Vérone, qui commandait dans la Marche d'Ancône, tomba au pouvoir de Pandolphe; Simon, cardinal-prêtre du titre de Saint-Martin, le remplaça on lui envoya cinq cents lances payées par la chambre apostolique, avec un pareil nombre d'hommes des communes. Mathieu, cardinal-diacre du titre de Sainte- Marie-au-Porlique, s'opposa aux incursions désastreuses
de Pierre de Vico sur les terres de l'Eglise. Ottobon, cardinaldiacre du titre de Saint-Adrien, prêcha, de concert avec d'autres membres éminents du clergé d'Italie, la croisade contre Manfred dans les villes de Nardi, ïodi, Assise, Pérouse, Spoletto. Le maréchal Boniface de Canossa conduisit contre le farouche Percivallo d'Oria huit cents chevaliers et deux cents balislaires tout nouvellement soldés4.
Percivallo d'Oria, démoralisé par son insuccès contre les troupes pontificales, était venu asseoir son camp sur les confins du royaume de Naples, près de Tivoli, devant le château de Cella, dans l'espoir de relever sa faction à Rome, de renverser du Gapilole le vicaire royal de Charles d'Anjou et de s'emparer de la dignité sénatoriale. Ses guerriers, revêtus de leur brillante armure, se tenaient aux aguets; les casques des nombreuses sentinelles placées sur les rivages de la mer reflétaient les feux élincelants du soleil; les trompettes étaient prêtes à sonner l'heure du combat. Les Allemands, les Sarrasins, les Italiens pouvaient à peine maîtriser leur ardeur martiale; et leurs bannières fastueusement arborées flottaient au souffle d'une victoire présumée. MaisGantelin, à qui Urbain IV avait envoyé deux cents hommes d'armes, paralysa les efforts du lieutenant de Manfred.
Percivallo d'Oria s'aperçut bientôt qu'il avait perdu un temps précieux devant Cella; il prit la route de Rieti, en traversa le territoire sans y causer aucun dommage, et arriva devant la citadelle d'Arron, dans le diocèse de Spolète. Il trouva la Néra considérablement grossie par les pluies; il voulut cependant en essayer le passage. Ses cavaliers, montés sur des chevaux richement caparaçonnés, ne purent franchir la rivière à cause de la rapidité des eaux. Emporté par l'indignation, Percivallo d'Oria proféra d'horribles blasphèmes et s'élança à travers le
4. Ad reprimeodos intereà Manfredi conatus poniifex, dùm externa opperibatur auxilia , très legatos cura amplissimâ potestate creavit , Simoucm nimirùm tituli sancti Martini presbyterum in Piceno... Mathaeum sanctaj Mariae in Porticu diaconum in Tusciû... Atque ottobouum sancti Adriani diaconumi Perusino comitatu... Annal, eccles., Raynald., lom. XIV, ann. I20i
torrent de la Néra. Son destrier s'abattit dans les flots et se noya; le seigneur Pandolphe était déjà parvenu sur l'autre rive avec son escadron, lorsque Percivallo s'enfonça comme le plomb et disparut sous l'onde. Jean de Mareira, qui prit le commandement à sa place, eut bientôt à repousser les attaques des croisés pontificaux. Une put lutter contre des forces supérieures, et le coup de main contre Orviélo échouai.
Le comte d'Anguillara crut l'instant favorable de prendre l'offensive contre Manfred ; mais, dès le premier choc, les Lombards tournèrent le dos, les Romains tombèrent sous les coups redoublés des Allemands, ou moururent suffoqués par l'excessive chaleur; le courageux d'Anguillara, après des prodiges de valeur, fut lui-même fait prisonnier. Urbain IV n'en ressentit pas moins une grande joie de la mort de d'Oria. Il en rendit à Dieu de solennelles actions de grâce. Des hymnes de triomphe retentirent sous les voûtes des églises d'Orvieto. On y compara Percivallo au superbe Pharaon et la Néra à la mer Rouge. Les contemporains crurent à un miracle, comme on peut s'en convaincre par le récit de Thierry, poète de Vaucouleurss.
Les choses étaient en cet état, lorsque Manfred, à son grand étonnement, vit arriver près de lui un cardinal, de l'Ordre des frères. Mineurs, chargé de lui réclamer la liberté de l'évêque de Vérone. Ce cardinal était porteur d'une lettre remplie de reproches sur le passé, mais qui admettait pourtant la possibilité de quelque indulgence pour l'avenir. Urbain IV accusait Manfred d'avoir blasphémé le saint nom de Dieu et persécuté l'Eglise romaine. Il lui rappelait ses offenses envers Innocent IV et Alexandre I\\ son peu de soin de sa réputation en ce monde et de son salut dans l'autre; mais il laissait entendre que le prince de Tarente, si coupable qu'il fût, pourrait encore acquérir des droits à la bienveillance du Saint-Siège, en relâ-