Annalet ecdetiatlici, auctore Ouorico Ratnaldo, tom. XIV
ÉYÊQUE. 83
Ils s*appayaient sur les prophéties de Joachim pour annoncer la ruine prochaine de i'Église et sa glorieuse restauration. Joachim n'avait jamais prédit la chute du christianisme; il ayait seulement annoncé la venue d'un âge ^'or, aussi court que splendide, dès que l'Église romaine serait puriQée par les justes châtiments du ciel'.
Ces doctrines joachimiciques, adoptées et développées parle parti extrême des Franciscains, furent exploitées par le princî* pal adversaire des Ordres mendiants , Guillaume de Saint- Amour, dans son traité des Périls des derniers temps ^ pamphlet débordant de fiel qui, au milieu de quelques vérités brutalement exprimées, ne prouvait guère autre chose, sinon qu'il est dans la destinée des meilleures institutions de dégénérer insensiblement, quand elles perdent de vue leur but primitif. Le docteur franc-comtois y accusait les Franciscains et les Dominicains de se mêler indûment du ministère des âmes spécialement confié au clergé séculier et paroissial, notamment de s'emparer des chaires et des confessionnaux; de détourner les populations de leurs ëvéques et supérieurs légitimes par leurs prédications sans mandat, aussi ambitieuses qu'insinuantes ; de préparer, 'par l'extension toujours croissante de leur influence, un schisme inévitable ; de s'être illégalement atiribuô le professorat dans les écoles publiques et les Universités; de prétendre être reçus dans la compagnie académique des docteurs laïcs sans le consentement formel de ceux-ci; d'inspirer aux princes, par leurs louanges de la pauvreté et de rhumilitë du clergé, le désir de s'arroger toute la juridiction temporelle de l'Église, sous prétexte que celle-ci n'a droit qu'à la juridiction spirituelle; de se livrer à la mendicité défendue par l'Écriture sainte comme par les lois civiles, et de donner par une présomption pharisaïque, le nom de religion i leur manière de vivre^.
Les controverses ardentes soulevées par F Évangile étemel
1. Nèandkr, UiUoitê univeneUe de la religion chrélienne^ l. Y. 9. Alsxanmr Nataus, Uiiloria eecUtiœ, t. Xiii.
et par les Périls des derniers temps^ excitaient partout, sous bien des rapports, du trouble et du scandale. Alexandre lY, qui avait parmi ses conseillers Tëvêque de Verdun, remit les deux ouvrages à un comité d'hommes ëminents par leur savoir et par leur vertu. Jacques de Troyes, un des principaux examinateurs, eut une part très active comme jurisconsulte et comme théologien, aux travaux de la commission. Il fut reconnu que les deux livres incriminés renfermaient maintes propositions erronaées, pernicieuses et inadmissibles. En consëquence, au mois d'octobre 1256,1e pape, qui résidait alors dans la ville' d'Agnani, condamna le système apocalyptique de V Évangile étemel et le libelle satirique des Périls des derniers temps; il les fit brûler l'un publiquement et l'autre en secret. Plusieurs docteurs de Paris se soumirent à ces avertissements, entre autres maître Nicolas de Bar-sur Aubei.
Ce célèbre compatriote de Jacques Pantaléon, doyen de la collégiale de Saint- Maclou de Bar-sur-Aube, docteur de Sorbonne et professeur de l'Université de Paris, avait soutenu avec chaleur les doctrines de Guillaume de Saint-Amour. Il se rendit à Agnani pour se rétracter en présence du pape. Il fut obligé comme les autres : l^ de promettre, sous serment, de faire tout ce qui dépendrait de lui pour que les troubles universitaires fussent apaisés et que les Dominicains et les Franciscains, notamment les frères Thomas d'Aquin et Bonaventure, fussent reçus dans la corporation des maîtres de l'Université ; i^ de déclarer ouvertement qu'il reconnaissait au pape tout pouvoir d'envoyer des prédicateurs et des confesseurs partout, même sans le consentement des prélats et des curés; 2^ enfin de proclamer que la mendicité au nom de Jésus- Christ constituait un état de sainteté et de perfection, et qu'il était par conséquent permis aux pauvres religieux, qui quittent tout pour j'amour de Difiu, de se procurer leur entretien par les aumônes et sans le travail des mains. Tandis que Nicolas de Barsur-Aube et ses collègues renonçaient ainsi à leur hostilité contre les Instituts de saint François et de saint