Àtmaiê* HcUHaUiei, aydon Ommugo RAfiu&ao, umb. XI Y
crels de la vie des peuples : commander el obéir. Jacques PanUléon avait celle habilude du commandemenl, cette volonté forte et douce qui sait dompter les oppositions, celte habileté à manier les esprits que le prêtre possède ordinairement à un plus haut degré, parce qu'il a lu plus profondément dans les consciences. Il savait vouloir, grande science quand on gouverne; il avait le sentiment des droits de son autorité, sentiment qu'il faut éprouver pour Tinspirer aux autresi.
Dans les circonstances les plus graves, Jacques Pantaléon employa avec avantage rintervention du Souverain Pontife, toujours prêt à frapper de ses foudres les rebelles qui persistaient opiniâtrement dans leur insubordination, et Tinfluence puissante du champenois Geoffroy de Sertiges qui, après avoir combattu pendant irenle années les infidèles, était devenu, dans sa vieillesse, vice-roi de Jérusalem. On ne saurait se faire une idée des ressources que le patriarche trouva dans cette double assistance. Quelque grand politique qu'il fût, Jacques Pantaléon n'aurait jamais pu gouverner la Terre- Sainte avec tant d'éclat, si la majeslueuse figure de la papauté n'avait pas été debout, à côté de lui, pendant toute son administration en Palestine, et si l'ascendant populaire du vieux baron sénonais n'avait imposé silence aux bruyantes querelles des chevaliers.
Une des premières œuvres, que le nouveau patriarche tenta d'accomplir, fut la restauration du culte dans l'église du Saint- Sépulcre. Durant le long intervalle qui s'écoula depuis la prtse de Jérusalem jusqu'au temps de Jacques Pantaléon, la garde du divin Tombeau avait été confiée à des religieux qui
1. La reoomméG de ses boDoes oeuvres, passant les montagnes et les mers, arriva finalement jasqoe dans la Terre-Sainte, où elle esmeut tellement les eoors des habitants de ce pa;s-ll , qn*tls le déclarèrent patriarche de Jérusalem. Eq celte façon , Jacqaes de Troyes parvint à la chaire de saint Jacques» frère du Seigneur, et la régit avec tant de douceur et de bénignité que les étrangers el ceui du pays se réjouirent d'avoir un père et pasteur aymahle. Do CnsNi, BiiMre du Papu el Souverains chefs de VÈglUe, tom. Il, pig. 198.
remidissaient leur pieuse mission au milieu de difficultés sans nombre et de dangers toiûours renaissants. Ce furent les disciples de saint François d'Assise. A côté de ces pères franciscains, il y avait des chanoines institués non-seulement pour assister Tévéque dans les cérémonies pontificales, e\ pour former son conseil, mais encore pour réciter Tofflce en commun dans le chœur de l'église sépulcrale. Ils étaient demeurés séculiers jusqu'en 1114. A cette époque, ils avaient été obligés, par le patriarche Arnould, à embrasser la règle de s.iint Augustin. Quand Jérusalem tomba au pouvoir de Saladin, ils s'étaient retirés dans leurs domaines d'Europe; Ils y accordaient l'hospitalité aux pèlerins qui allaient en Palestine ou qui en revenaient. Plus tard , ces chanoines avaient élé réunis à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem; quelques débris échappèrent avec leurs biens à cette réunion; la discipline et la ferveur parmi eux avaient perdu de leur vigueur primitive. La majesté et la régularité des offices en étaient troublées. Pour rendre aux solennitésdu Saint-Sépulcre leur éclat et à ses gardiens leur piété première, Jacques Pantaléon augmenta de six membres I^ congrégation de ces chanoines réguliers et y introduisit de salutaires réformes^
Un soin d'un autre genre préoccupait encore le zélé patriarche; c'était de faire remettre en étatde défense lesvillesetde fortifier la plupart des places de guerre possédées en Syrie par les chrétiens. Jaffa ou Joppé, bâti en amphiléâtre sur le plateau d'un isthme, vit ses murailles et ses hautes tours réparées. Cette belle cité, avec titre de comté, jadis apanage de Théritier du trône de Jérusalem, avait alors pour châtelain un brave champenois, Gauthier IV de Brienne, beau-frère du roi de Chypre et de la princesse d'Antioche. Sans cesse le haubert en tête et le cimeterre au poing, il ne laissait échapper aucune occasion de détrousser les Sarrasins. Du haut de son doqjon,
1. Càm ÎQ Mero sepolcri Domioici templo divioos caltos tbiolesceret , Jacobo hierasol jmitâDO patriarcluB, illias reslilaeodi copido, potesiatem cootulil Aleitoder papa, oC canoDiconim oumenim alioram mi sapplemeoid aogercl. AtmaUs eceleiioêtiei , auclore Odokico Ratnaldo, ioib. XIV, aoo. It56.
100 JACQUES PAMf ALÉON
rœil pârcodnit au loin la plaine qui condait à Saint-Jeand'Acre, et les jardins qui forment, autour de Jaffa, comme une ceinture de grenadiers, de citronniers, d'orangers et de palmiers. Aucune caravane ne pouvait se dérober aux regards du comte; naguère, il en était tombé entre ses mains une entière chargée de draps d*or et de soie qu'il s'empressa de distribuer à ses bannerets. Chez lui, la générosité accompagnait toujours la vaillance. Une foi vive remplissait aussi son âme : quand le soir était venu, et les portes bien barricadées, le sire de Brienne s'enfermait dans sa chapelle et y demeurait longtemps seul en oraison '.
Craignait^l parfois que les Turcs n'interrompissent par leurs attaques ses heures de dévotions? Il imaginait de faire paraître sa forteresse toute garnie de combattants. Plus de cinq cents boucliers d'or, à la croix pâtée de gueules, brillaient à chacun des crénaux comme autant d'hommes d'armes immobiles. Il 7 faisait également suspendre autant de pannoncels blasonnés à l'écude Brienne, qui, de loin comme de près, étaient chose belle et formidable à regarder.
La position de ce vieux castel avait frappé Louis IX lors de son séjour en Syrie; reconnaissant l'importance militaire de Jaffa, il avait prescrit à Eudes de Montreuil de tracer tout autour une enceinte et un faubourg bien fortifiés; il avait fait élever, en outre, du côté de la mer, une muraille flanquée de vingt-quatre tours, cernées de fossés profonds et larges. Ces travaux s'exécutèrent comme par enchantement, mais non sans des frais très-considérables; le sire de Brienne, chevalier brave et généreux, ne voulut rien épargner pour la solidité de cette citadelle chrétienne.
Jacques Pantaléon, à l'exemple de saint Louis, stimula le zèle et le dévouement des barons d'Orient qui s'occupaient de rétablir leurs chiteaux en ruine. Ses exhortations produisirent on salutaire effet : comme on avait ^vu les chevaliers au milieu
4. Hiiioindêêaint LoMii, roi de France, par le Mabqois di Villbniovc-
TfeAM, ton. Il, llTN ▼.
des soldats dans les batailles, on les vit alors, au milieu des ouTriers, aaimant leur ardeur au travail; souvent, pour l'enflammer encore davantage , ils prenaient la pioche du terrassier et la truelle du maçon. Aussi, les places maritimes les plus fortes de la Palestine, construites avec une rare activité, ^parurent bientôt à l'abri des irruptions des barbares^.
Par suite de ces diverses constructions, plusieurs barons manquèrent bientôt d'argent pour entretenir leurs hommes d'armes. Le comte de Joppë, de l'illustre maison de Brienne, était du nombre de ces nobles appauvris. Jacques Pantaléon lui vint en aide par les ordres d'Alexandre lY. c Le comte de c Joppé, homme de baute distinction, lui dit le pape, a pris c tant à cœur la défense de la Terre-Sainte, qu'il n'a pas craint c de faire d'énormes sacrifices pour mettre en sûreté la place c forte de Joppé; il a dépensé, pour cela, non-seulement tous c ses biens meubles, mais encore |une partie considérable c de son patrimoine, de sorte qu'il est accablé de dettes. * Pour secourir le noble comte dans cette détresse, le patriarche lui fit compter mille marcs qu'il préleva sur seize mille besants d'or sarrasinois que les Templiers de Ptolémals gardaient en réserve pour les frais de la guerre sacrée'.
Pendant qu'il veillait à la restauration des remparts et i
1 . Ne Ter 6 iMrbari Itiios proferreot Tictortas , mooieQdis «reibitt data operâ; oamqae io Joppe propagntcolis, prœtidioqae militari firauiodâ oomea joppeo- »i$ 8U0 profadiaset, pootifex Jacobo patriarch» dédit imperiat Qt mille marchas ei lis aedecim millibas bysaotionim aaraeeoatonim , que apud templarios PtolemajdeiD bflliaacri aampioa asaerbaotiir, oomiti Domerandu corarat. Àimaiêi eeeUiiatiiei, RATMàLO., tom. XIY, aoo. 12S6.
2. Efferati Jaoaeosesae Pisani, matois odiis abicùmqoe, sire terré, sîTemari, io oocideote Tel io orieote, iofestia telis coocorrebaot, trBbebaoïqae io pratiom r«deralos, oiaxioièqoe Veoeti, ob siogolarem corn Jaooeosibos enmiatiooeai, Pisaois soecesaeraol, atqoe Ptolmalde aliiaqoe io portobos simoliates eiercoeraot, ex qaîboa disaidiis eitreoM hierosolamitaQO regoo cladesiounioebat : cùm 000 mode boatiom armis peteretor , verùm eiiàm eoram Tiribos, qoibos iHms defeodeodi mooos iocombebat, laoiaretor. Hia itaquè et aliia impeodeotibvt malis remedium aliqoot allatoras ChristI vicarios, Mesaaoeoacm archiepiseopom io Orieotem oijsit, «e Pisaooe, Jaoneoaea et Tewtos maloo foodendo saogoioi ptieere joaait.
âmtaUi eccUHoit., mclore Opoaioo KAViiALao, tome Xlf, looée 1358.
102 JACQUES PANTALÉOM
rachërement des forteresses, Jacques Panlaléon ne cessait de s'employer à mettre ea liberté les captifs, encore si nombreux aux mains des musulmans età ramener à leur ancienne croyance ceux des croisés qui avaient été assez faibles pour se faire renégats : la délivrance des corps torturés dans les cachots et le salut des âmes tombées dans l'erreur, étaient une des plus grandes préoccupations du zélé patriarche. Malheureusement les sanglantes rivalités des Génois et des Pisans, les scanda* leuses discordes des Templiers et des Hospitaliers, entravaient son apostolat.
Les fldéles de la Palestine désespéraient presque de voir le sage et prudent Jacques Pantaléon réussir dans ses entreprises de conciliation^ lorsqu'intervint le pape Alexandre lY. Ce pontife, informé de la situation, se hâta d'envoyer en Terre- Sainte l'archevêque de Messine, avec les lettres les plus pressantes. Il y accusait les Génois, les Pisans, les Vénitiens, peuples mercantiles qui se disputaient l'empire de la mer, de préférer les richesses de leur commerce aux sentiments de la foi et de l'honneur ; il y peignait des couleurs les plus sombres les dangers auxquels les mauvaises passions humaines exposeraient le royaume de Jérusalem, s'ils continuaient à se faire la guerre les uns aux autres ^
Avec franchise, avec cordialité, Jacques Pantaléon accueillit dans sa demeure et admit dans son intimité le nonce apostolique. Tous deux se concertèrent pour calmer l'irritation des républiques rivales; ils leur représentèrent de nouveau combien leurs implacables jalousies allaient nuire au triomphe de la croix, en privant les expéditions d'outre-mer du secours de trois nations marchandes suzeraines de toute navigation. Ils enjoignirent aux Vénitiens, victorieux dans plusieurs rencontres navales, de briser les fers des Génois faits prisonniers; ils les exhortèrent à respecter les quartiers qu'ils occupaient et
4. Haodamasat, eotemporequo legatos, seu onotios apostoltca sedis ad parles ahramaiioas accesserit, procoratorea veslri, ad refomiatioDein pads et ad omoiaqne necessana aoDt ad eam, io civiute Aoeooeoai oomptreaDl oorfcm co... EpûtQl. AUxand. /F, apud Batnald., locociialo.
les privilèges dont ils jouissaient dans les villes maritimes du royaume; ils leur firent jurer de n'avoir plus d'autres ennemis que ceux du Christ ^
Le cœur navré des maux qui affligeaient les populations confiées à sa sollicitude, l'intrépide patriarche oubliait ses propres souffrances pour ne songer qu'au moyen d'imposer silence aux bruyantes querelles des factions, lorsqu'il eût la douleur de voir renaître les anciennes animosités des Templiers et des Hospitaliers. Entre ces deux ordres, qui se voyaient parvenus au faite de leur gloire, de leur puissance, de leur renommée, l'irritation et la haine étaient devenues telles, qu'ils se livraient des combats acharnés partout où ils se rencontraient. Les historiens racontent qu'en 12S9, il y eut une bataille si sanglante entre ces deux confraternités belliqueuses, qu'il n'échappa qu'un seul chevalier du Temple pour porter dans les places de son ordre la nouvelle de l'affreuse défaite. Les Templiers de la Terre-Sainte ne se sentant pas assez forts pour en tirer vengeance, appelèrent, par une citation générale, leurs frères d'Occident. Jacques Pantaléon s'efforça d'assoupir cette espèce de guerre civile où l'animosilé régnait avec tant de fureur. Aussi, à part cette vieille jalousie, toujours vivace, qui armait les Templiers et les Hospitaliers lés uns contre les autres, on trouvait encore dans leurs maisons le même esprit de charité pour les pauvres et les pèlerins, le même zèle et la même émulation pour la défense des chrétiens de la Palestine^.
Alors de grands événements se préparaient en Asie ; et, du côté de la Perse, il se formait un orage menaçant à la fois les musulmans et les chrétiens. Les Mongols, conduits par le prince Houlagou, chef de la dynastie persane des Gengiskanides, avaient roulé leurs hordes guerrières jusque dans les murs de
t. Cîrca uegotiam, inquil, Terresaocl» Dobilis vir cornes JoppeDsis taoto affecta ducitur, qood ipsc, sicut accepimus, pro custodU castri Joppeosia, non boua sua mobilia, el ooo niod.cam pariein sui patrimooti jkm espeodii, sed eliaoB gravi propter boc premitur sarcioé debi(orum. AnncUeê eccUsiat., loco dta(o.
S. Annales ecctesiastici^ loco dtalo, aoo. 1259.
IM JAGQUeS PANTALËON
]tegib4- Ces Ii«i)t6& QuiriJlles ea brique» aaraîe^i |^ arf èler les Barbare» ; mais il ; avait au^dedans de la âlé ce qui affaiblit toujours les masses : la populatioa, divisée en plusieurs sectes, était plus occupée à se combattre outre elle qu'à repousser au ennemi formidable. A ces divisions Intestines s'ajoutaient la mollesse et tous les enivrements de la volupté. Le kalife Mosiasem, aussi énervé que son peuple, vivait tranquille dans l'orgueil que lui donnaient les vains respects, les bas hommages des musulmans. Il négligea tous les moyens de défense ; il se croyait un dieu ; et sa puissance, on le lui avait souvent répété, était étemelle. Le jour, où toutes ces illusions devaient finir, s'était levé. Les Tartares prirent la ville d'assaut, la livrèrent à toutes les horreurs de la guerre, et le trenteseptième des successeurs d'Aboul-Abbas fut précipité de son trône d'or, si resplendissant de pierreries, que les poètes comparaient son éclat à celui du soleil. Le kalife, enchaîné comme un vil esclave, perdit la vieaumilieu du tumulte, sous le glaive des Mongols. A cette nouvelle, les mamelucks jetèrent un grand cri d'effroi ; et dans leur épouvante, ils élurent, à la place du filsd'Aibek, leur jeune sultan sans expérience, Koutonz, le plus brave et le plus habile des émirs.
De toutes ces révolutions qui se succédaient parmi les sectateurs de l'islamisme, il aurait dû surgir des chances favorables pour les colonies chrétiennes de l'Orient. Le kan des Tartares venait de promettre au roi d'Arménie de pousser ses conquêtes jusqu'aux rives du Nil. Les guerriers arméniens s*étaient même réunis à l'armée des Mongols pour eitermiaer les Turcomans. Les chrétiens virent ces troupes coalisées s'^aparer d'Alep, de Damas et des principales villes de la Syrie. C'était là comme une bonne brise, comme un vent propice pour faire flotter de nouveau l'étendard de la croix. De toutes parts, les adorateurs de Mahomet fuyaient les Tartares; et, chose inouïe, les disciples du Christ étaient protégés par les hordes idolâtres qu'accompagnait partout la victoire. Dans ces sauvages conquérants les anciens croisés se trouvaient ainsi
PATRIàlCBE.
féà^ùHê i f oir 4^ UMr«tofira. Ae pied des «aMa et jusque sur le tombeau même du diyin Saureur , on fit des prières |iaar le triomphe des Hoogots.
Les espérances des chrétiens de la Palestine n'étaient pas sans quelque fondement , car le cher des Tartares, Houlagou, convaincu de la divinité de Jésus- Christ, avait témoigné le désir d'embrasser le catholicisme; il avait même supplié le pape Alexandre IV de lui envoyer un prédicateur pour l'initier à la science de la religion et pour lui administrer le sacrement de baptême. Le Souverain Ponlife se montra d'autant plus sensible i cette démarche qu'il espérait trouver en ce prince un puissant protecteur des chrétientés orientales. Il se hâta de lui écrire une fort belle lettre pour le féliciter de ses bonnes inspirations, c Notre âme glorifie leSeigneur^ lui dit-il, et notre esprit a tressailli d'une grande joie en Dieu son Sauveur, par ce qu'il a daigné, dans son infinie miséricorde, ouvrir les yenx de votre intelligence; si comme iious l'avons appris, la splendeur de la divine lumière vous a tellement illuminé de ses rayons, que vous êtes sincèrement dévoré du zèle de connaître la vraie foi et que vous soupirez ardemment après l'heureux jour où il vous sera donné d'en être instruit. Naguère, en effet, Jean le Hongrois, votre messager, est venu annoncer que, brûlant de faire votre salut, vous vouliez renaître dans l'eau sacrée du baptême, devenir membre de la sainte Eglise romaine, vivre selon les préceptes de l'Evangile, professer la doctrine catholique et être décoré du titre de chrétien. Pour cela, votre nonce nous demandait, de la part de votre Grandeur, un homme jouissant d'une excellente réputation de savoir et de vertu pour vous catéchiser et vous baptiser. Ah I prince magnifique, si vous pouviez lire dans le plus intime de notre cœur, vous Terriez de quelle abondante consolation votre demande l'a inondé , vous y découvririez quel immense sentiment de satisfaction et d'allégresse nous éprouverions.
c s'il était pleinement constaté que telles sont réellement vos c dispositions... ».
En même temps, Alexandre lY chargea Jacques Pantaléon d'exhorter le farouche guerrier à ne pas différer sa conversion el de le préparer à recevoir le sacrement de la régénération spirituelle. < Nous avons confié à notre vénérable frère
< le patriarche de Jérusalem, dit le pape au prince Houlagou, • la mission d'examiner le ferme propos de votre Sérénité et c de nous en rendre compte. C'est un homme d'une grande c autorité, d'une foi inébranlable et d'une probité à toute c épreuve; il est considéré comme l'un des membres les p\^s c nobles, les plus glorieux, les plus illustres de l'Eglise unic verselle; nous avons une entière confiance dans sa prudence, € sa pureté, sa fidélité. Voilà pourquoi nous l'avons choisi c pour remplir à votre égard les fonctions du ministère pasto* c rai. Nous avertissons, nous conjurons, nous engageons sec rieusement voire Grandeur, nous la sollicitons avec iosc tance, pour le bien de votre âme, de révéler à ce digne c patriarche promptement et en toute sécurité le fond de vos c intentions, afin qu'assuré par lui de votre volonté, nous c prenions, dans le délai convenable, toutes les mesures
< nécessaires pour l'accomplissement de vos vœux.^ »
1. NuntiuseimagoitQdiiiis Iikb parte peti>lMi, per nos aliquem virum ido«> oeom deslîoari, qui pricdicle docirios priB|M)Ilens scienliâ, el inuaditiA vil» refulgens, lesuo sacro miuUterio baplismi perducat ad gratiam, el per idem rcgeralionis laTacnim ejusdcm sanci» iiialris Ecclesis socians unitati sacris îds- (raal inslitolis...
EpUl. Alexand. IV ad Haolonum regem Tarlarorum, apud Annales ecclesiasl. tome XIV.
2. Venerabili fratri Doslro palriarcliae liicroHulamitaDO, virô u tique n agods auctortiatis, eiperlae probitali^, el fidei ; viro qucm, tanquèm magnum, nobile ac aoum de prsctpais honorabilibus membris universiuiis Ecclest«. de cujus pradeoliâ, purilate ac Gdclilate, plenim in Domioo fiduciam babcinus, ad boc duiimus cligendum, liltcras nostras dirigimus, ut ip«e &upcr prasmissis Brmum propositum Iojb serenctalU eiploret,iiobisquod iovenerilrescriplurus. Qaocircà magoiuidioem luam monemus, rogamas, cl borlamurattenle, pro anima lua oommodo dcposcenles instaoler, qualeuùs cidem patriarcba de prxdiclis tua ▼olantatis arcanom celeriter rum omni securilaie révèles...
JnnaUi eccUsioii.t auctore Ratnaldo» lome XIV, loco citato.
Jacques Pantaléon, porteur de la lettre pomiflcale, se mit immédiatement en rapport arec le petil-fils du fameux Gengtskan ; et pour ne pas laisser ralentir la ferveur de son catéchumène, il s'empressa, comme un autre saint Rémi, de l'initier aux mystères du christianisme. D'ailleurs, s'il y eut jamais un Tartare à tète dure, répugnant à briser avec les traditions de sa nation et à braver le courroux des dieux do ses pères, un conquérant préoccupé de guerre et de politique plus que de religion, un monarque superbefrémissantàla pensée de descendre dans l'eau et de courber le front sous la main d'un évéque, assurément ce n'était pas Houlagou, prince barbare, mais naturellement chrétien. Aussi , le patriarche de Jérusalem ne tarda point à lui conférer la grâce du baptême ; et le chef des Tartares, comme un autre Clovis, baissa la télé sous le joug du Seigneur ; il adora ce qu'il avait brûlé, et brûla ce qu'il avait adoré ^ .
La nouvelle de cette conversion répandit la joie dans toute la Palestine; les Orientaux accueillirent le royal néophyte avec d'autant plus d'enthousiasme qu'ils semblaient déjà le voir abolissant le culte sacrilège de Mahomet, puis faisant surgir du milieu dessables du désert des villes et des royaumes où la tran. quillité de Tordre régnerait avec h religion du Christ. Mais Houlagou, obligé de retourner sur les bords du Tigre, avait conOé son pouvoir à son lieutenant Ketboga chargé de poursuivre ses conquêtes : c'était encore là un sujet d'espérance pour les chrétiens de Syrie ; peut-être enfln la fortune allaitelle leur sourire, lorsqu'une querelle, suscitée par des croisés allemands, changea tout-à-coup l'état des choses, et révéla que les auxiliairessurlesquelsoncroyait pouvoir compter n'avaient fait que cacher temporairement leur hostilité contre les défenseurs de la croix. Quelques villages musulmans, qui
1. Adortnda hic divioa proTidooiia est, qiUB Tarlaro Imic toi Untasqae Tielorits ad everUodam malioaielicaai aopersltliooeai e«aUilefal, iUuinque diviois iostinetilHU ad liapiiaiiii sacra ampleeleada argetMi. El qaidèoi fidem cliriatia- Dam profesamii esse refert A ytonos.
Àtmatês eeeUsioii. anctore Obouoo RAVNAifto, Icme XIY.
iOB JACQUES PAUTALËON
payaieiU tribut aux Tarlar^, furent livrés au [dUage. Kelboga préteudil ràteair des chrëUeos uoe réparation. Les chrétiens refusèrent ; il s'en suivit une rixe, une contestation armée; le neveu du commandant Mongol périt dans la mêlée.
Cet événement, peu de chose en iui*méme, amena d immenses et calamiteux résultais. Dès ce moment, le chef tartare déclara une guerre ouverte aux chrétiens. Par son ordre, le territoire de Sidon fut ravagé, pillé, incendié ; celui de Ptolémaïs, ou résidait Jacques Paotaléon, fut aussi menacé. Alors toutes les illusions des chrétiens de la Palestine s'évanouirent, et leur désespoir fut aussi profond que leur joie avait été folle. Comme un torrent qui déborde, Tarmée des Mongols avançait toujours et s'étendait comme de grandjes eaux sur les terres du royaume de Jérusalem. Aussitôt le sultan du Caire se leva ; il vint au-devant des hordes qui se précipitaient vers TEgypte. 11 resta trois jours dans le voisinage de Plolémaïs, où il renouvela, sous Tinfluence du patriarche, une trêve avec les soldats de la croix. Dans celle même plaine de Tibériadeoù les croisés avaient fait tant de prodiges de valeur contre les Sarrasins , il se livra une bataille sanglante entre le sultan égyptien et le chef des Tartares. Kelboga y perdit la vie ; et ses nombreuses troupes, battues et dispersées, abandonnèrent la Syrie.
Le sultan victorieux allait faire chèrement payer aux chrétiens les espérances qu'ils avaient mises dans une alliance avec ses ennemis. Déjà, à Damas et dans d'autres villes, les musulmans commençaient à démolir les églises où Ton avait prié pour le succès des Mongols. Les sectateurs les plus fervents de Mahomet trouvaient que le Sultan du Caire usait encore trop de tolérance envers les défenseurs du Christ; et contre lui s'élevaient des cris de malédiction et de haine. On lui reprochait surtout la dernière trêve qu'il venait de conclure avec les croisés.
Tant de dangers ne faisaient qu'accroître le zèle infatigable que déployait Jacques Pantaléon pour améliorer la situation matérielle et morale de son patriarcat ; il s'occupait avec une
soiUdlQde toute particulière de Tordre deschevaliersdeSakit- Jean de Jérasalem. L'état précaire des chrétiens de la Palestine et le besoin qu'ils éprouvaient d'une incessante protection avaient inspiré à la charité catholique cette institution, comme celle des Templiers, deux des plus belles associations qui aient honoré l'Église et rhumanilé.
Les pèlerinages au tombeau du Sanreur étaient devenus extrêmement nombreux et fréquents vers le miliea du onzième siècle; des Italiens, la plupart marchands d'Amalfi» avaient fondé en 1048, à Jérusalem même, tout près de l'église du Saint-Sépnicre, un couvent destmé à recevoir les pèlerins malades; un abbé et des moines bénédictins, devaient y célébrer le culte, suivant le rite latin, et soutenir de leurs aumônes les pauvres qui ne pouvaient payer le droit d'admission. Bientôt après ils avaient bâti, avec rautorisalton du kalife d'Egypte , une église consacrée à la sainte Vierge nommée habituellement Sanrfa Jtfarta de Latina. Plus tard, pour suffire à la multitude des nécessiteux qui se présentaient, les moines avaient construit à côté de leur église un hôpital en l'honneur de saint Jean-Baptiste, d'autres disent en l'honneur de saint Jean-i'Aumônier. Pendant le siège de Jérusalem par Godefroy de Bouillon y l'abbé Gérard » supérieur de l'établissement, y avait reçu, sans distinction de croyance, tous les malades et tous les blessés. Dès cette époque, les hospitaliers se donnèrent une règle qui, outre les vœux monastiques ordinaires, leur imposait l'obligation de soigner les pèlerins, promirent, entre les mains du patriarche, d'exécuter ponctuellement cette règle, et choisirent pour costume de leur ordre une robe noire avec une croix blanche à huit pointes sur la poitrine. Les membres de celte congrégation se nommèrent Frères Hospitaliers, d'après leur destination; frères Saint-Jean, d'après leur patron^
Enhardis par l'exemple des Templiers, la plupart des frères
I. HUioire det Chivaiien UoipUaHert de SaM'Jean de Jérusalem, par Tabbé Vhitot, lome I.
HO JACQDBS PANTALÉON
cheTaliers, c'est-à-dire d'origine noble, résolurent de renplacer le soin des malades par lo service militaire, de combattre pour le Saint-Sépulcre, d'unir de cette fagon le monachisme à la cheyalerie, et de fonder un ordre religieun et chevaleresque h la fois : religieux, parce que ses membres faisaient les vœux monastiques; chevaleresque, parce qu'ils se vouaient à une guerre incessante contre les infidèles* Une partie des frères, mécontents des innovations, se séparèrent de l'ordre, s'imposèrent pour mission exclusive de soigner les lépreux et tirèrent leur nom du mendiant Lazare, sous le patronage duquel ils furent placés. Leur signe distinctif était une croix verte. Le grand-mattre devait toujours avoir été un lépreux, afin qu'il sût aviser au soulagement des maux qu'il avait soufferts luimême. Au moment où Jacques Pantaléon arrivaen Terre-Sainte, ces braves hospitaliers de Saint- Lazare venaient d'être confirmés dans leurs fonctions héroïques par le pape Alexandre IV. Le nouveau patriache favorisa tout spécialement ces laïcs pieux et dévoués qui supportaient, pour l'amour du Christ, de telles saletés, de telles infections^, que nulle mortification au monde ne saurait être comparée à ce martyr si saint et si précieux aux yeux de Dieu. C'est ainsi que la religion du divin Crucifié ennoblissait au Moyen-Age la plus rebutante des maladies, en s'occupant directement d'une des plus grandes misères humaines.
Cependant les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jé« rusalem, appelés depuis chevaliers de Rhodes, et aujourd'hui Chevaliers de Malte, étaient restés en majorité. Leur nombre s'augmenta tellement qu'ils se divisèrent, comme d'ailleurs l'indiquaient naturellement leurs occupations, en trois classes: les chevaliers, les prêtres et les frères servants. Les chevaliers, dont on exigea bientôt qu'ils fussent issus de princes, de comtes, de barons, ou du moins d'une ancienne et pure noblesse, accompagnaient les pauvres pèlerins, combattaient les infidèles, et revenaient soigner les malades, dès qu'ils déposaient les armes. Les prêtres célébraient les offices religieux
PATRIARCHE. ill
dans les hôpitaux et y remplissaient les autres fonctions pastorales. Les frères, qui se distinguaient en frères servants d'armes et frères servants de métiers, devaient, outre le soin des malades et les autres travaux qu'exigeaient leurs maisons, servir les chevaliers à la guerre.
Dans Torigine , ces différentes classes ne se distinguèrent point par leur costume. Ce fut le pape Alexandre lY qui ordonna, en 1259, que les chevaliers seuls porteraient, dans l'intérieur du couvent, un manteau à bec noir, c'est-à-dire un manteau avec un capuchon pointu et le signe de l'ordre sur le côté gauche de la poitrine; en campagne, une cotte d'armes rouge avec une croix blanche, d'après les couleurs de leur bannière. Les frères servants portaient une coite de maille d'une autre couleur. Jacques Pantaléon, alors patriache de Jérusalem, fut chargé de remettre la bulle pontiQcale à ces braves guerriers; il s'estima d'autant plus heureux de leur faire cette communication, qu'Alexandre lY y vantait singulièrement les chevaliers de Saint-Jean : • humbles serviteurs des malades et des pèlerins dans l'intérieur de l'hôpital, disait le pape, ils étaient hors de Jérusalem les glorieux athlètes^ les intrépides champions, les défenseurs d'élite de la Terre- Sainte. > Aussi, pour les récompenser, non seulement Alexandre lY confirma tous les privilèges que ses prédécesseurs avaient accordés à leur ordre, mais encore il leur donna l'abbaye do Saint-Lazare, le prieuré du Mont-Thabor, avec le château de Béthanie où la reine Mélisende, femme du roi Jacques d'Anjou, avait autrefois établi des sœurs hospitalières qui, depuis la prise de Jérusalem, s'étaient retirées en Europei.
Jacques Pantaléon admirait, comme le Souverain Pontife, les
t. ContigU qood Jacobas Pantaléon hierosolymilamus palriarcba, naliooe ireccosJd, qai looc ad curiam papalem pro ecclesi» sac promoTeodia o^iiia aecesserai, discepUturus niroirùio cum bospitalariis, quibus Aleiander mooulerium sancii Lazari Beitiaaic, ordinis Benedicti, coocesseral, non aine gravi ecclesi» bierosolymilanc incoamio Jo ; qoc donalio postée ab ipso pootifiea loin adepto reciiaa est... AnnoUi eceUHaU. auctort Odouoo RAVNALa4^iooi*
lit JAGQOBS ^ANTiLÉON
services éeteunts et maltiptéés qae les cbenlten de f Hi^iA rendaient coDCtnaeiletiieBt à toute la chtètienté d*Orietit; per^ sonne plus qae loi n'aflfiectionnait ces Talilants soldats qu'il considérait comme la terreur des Sarrasins, ia sauvegarde des voyageurs, le rempart de Jérusalem. Hais il ne pouvait tolé* rer la donation qui leur avait été faite du monastère bénédictin de Saint-Lazare; ii prétendait que les intérêts de son église de Jérusalem s*en trouvaient gravement lésés. H adressa des réclamations respectueuses, mais énergiques, au Souverain Pontife relativement à cette affaire. Jacques Pantaléon avait toujours eu auprès d'Alexandre lY, pour défendre sa chaire patriarcale, son noble et franc parler.
Cependant la situation des établissements catholiques en Orient devenait de plus en plus déplorable. Comment en eût-il été autrement? Ces colonies chrétiennes formées par des races étrangères, souvent ennemies, se montraient divisées au milieu des périls communs. Là aussi, la féodalité avait apporté ses inconvénients; il y avait quelqu'analogte entre la situa^ lion des croisés en Palestine et celle des arabes en Espagne, et le morcellement féodal des Franks par fiefs produisait les mêmes conséquences que te morcellement des Arabes en tribus. Ajoutez à cela que les populations de la Terre-Sainte, en rivalité continuelle, voyaient en face d'elles toutes les forces de risiamisme, prêtes à profiter des divisions de cette petite Europe féodale qui reflétait, dans ses discordes, les divisions de la grande Europe, sans avoir ses immenses resources. Jacques Pantaléon crut devoir retourner lui-même en Occident, afin de solliciter les secours nécessaires à l'affranchissement des Orientaux, il s'embarqua pour Venise, où il visita le doge au palais ducal; de là il se rendit, par lerre, à travers les Apennins, dans la partie méridionale des Ëtats de l'Eglise ^
i . Porro cùn pro Terne saoela salwidio et ejdsdem bierasotyuiiuntt eccleftiie oliliboa elarduis oegotiis idem pater oecesse habnîsset sedis apostolics Kmioa vtBilare, navigii sdbsidio maris plasQs naTfigaTit, et ad civitaiia TeoetianuB liilon Teniens, a( ad ehriiaiem Agnanicoacm, obi lune sedes apostolica rasidebil se Iranaalit... Papirii Hassoni, Hbri sex, de episeaifii urbiiqui romananueccUiiam rtxeruni^ folio SS4.
patriarche; 113
Alexandre IV, fuyant épouvanté devant Manfred, qui reprenait une à une toutes les villes du royaume, avait établi provisoirement sa cour pontiHcale dans Anagni. Jacques Panlaléon y fut reçu par le pape et tous les cardinaux avec de grandes marques d'honneur. Il songeait à s'occuper sérieusement des intérêts de son patriarcat, lorsque les mouvement.^, habilement fomentés en Italie par le prince de Tarenle, Tempéchëreut d'obtenir du père commun des fldélcs la prompte solution des difficultés pendantes en Orient. Brancaleone d'Andalo, mal défendu et même abandonné par les plébéiens, sur pris, jeté dans un cachot, allait y périr victime de l'oligarchie victorieuse, lorsqu'une émeute populaire chassa le successeur qu'on lui avait donné, et le fit sortir lui-même de sa prison. Pour premier acte de son pouvoir restauré , il condamna au supplice de la pendaison les»barons Annibaldeschi, deux chefs de l'aristocratie opprimée qui n'espérait plus que dans la papauté. Ensuite il entraîna le peuple en insurrection et marcha contre Anagni, patrie d'Alexandre IV 1.
Les habitants d'Anagni supplièrent le Souverain Pontife d'intercéder pour eux auprès du ^nateurdeRome. Alexandre IV, qui était rentré dans la métropole du catholicisme après l'emprisonnement de Brancaleone, ne put arracher sa ville natale aux dévastations des rebelles romains que par les plus humbles supplications. Puis, saisi de frayeur, il s'enfuit de Rome avec Jacques Pantaléon et les membres du sacré collège jusqu'à Viterbe, au pied du mont Soriano; il méditait même de se réfugier plus loin et de se cacher dans Assise, sous la protection du tombeau récent, mais déjà vénéré, de saint François. Après la mort du despote Brancaleone, 1260, le pape, malgré le roi de Sicile, reprit quelque crédit dans la république romaine ; il conclut avec quatre députés du peuple un accord par lequel nul ne pourrait être nommé sénateur sans le
i. A bons mémorise domioo Alexaodro papa IV, ah rjus fralribus (lomiois rardinalibas et (otâ curie liODoriGcè sasc«p(as et beoigoe traclalus io cAdem civiiale aliquantis leauporibus cooqoievit, sabsidiom terre saocl» et oegotia eclesic bierosolymilaoc felici ooosilio promoveoa et procoraot. Pap. Mass. Ioco cilaCo.
fU JACQWB9 PANTàLÉON
consentemeiit du Souveraiii Pontife. Pendant quelque temps il y eut deax sénateurs; puis, dans une réaction gibeline, par respect pour la mémoire de Brancaleone, on revêtit de la toge sénatoriale un de ses oncles, du même nom que lui.
En ces conjectures difficiles, un des secours les plus singuliers que Dieu suscita au représentant de son Christ, f»t rintervention visible et saisissante de l'Innocence et de 1 a sainteté, du sacrifice et du dévouement, dans une toute jeune fille. Viterbe en fut le théâtre et Jacques Panlaléon un des principaux témoinsi.
Dans les dernières années du règne de Frédéric II vivait à Viterbe une enfant d'une piété prodigieuse : elle se nommait Rose. Elle avait la beauté et l'esprit d'un ange, avec l'amour et le cœur d'un séraphin. On raconte qu'à l'âge de trois ans , elle supplia son père de lui permettre de vivre solitaire dans une petite cellule pour mieux prier. La charité de Jésus- Christ embrasait tellement son âme que souvent , au sein des nuits, elle élait forcée de sortir de son Itt et d'aller en plein air se rafraîchir la poitrine et exhaler en suaves cantiques la flamme céleste dont elle était consumée^.
Elle se senlit poussée en même temps à unir une vie active à cette vie d'oraison. A peine avait-elle atteint sa dixième année, que revêtue de Thabit du tiers-ordre de saint François, elle parcourait, un crucifix à la main, les rues de la ville, prêchait du haut d'une borne contre les hérétiques, appelait les bénédictions du ciel sur les défenseurs de l'Église
1. ...ab infaotiâ cœpit Deam tîmere, el amare io simplicitate cordis, et paerili sinceriiate suas precolas y Doctes aique dies , seeretis latibalis geooneia proraodeos... Tenellam corposculam duro cilicio, crebris flageHis* et multo edomabat jeJQoio, pauperibas mitteos qoam sibi sustrahebat. anooDain... la publicam prosilieos, croce roantbus assumplâ, bsreiioos acrtter iocrepare, liberrimè reprehendere , apertisqae ralkmibas , conviocere doq destitit dooèo ab urbis prefecto, factiosoram persaasioDe , cam (otâ cognalione , éjecta, asperrimo hyemis tempore SoriaDUUi ?eoit... Annal, minor. Wadikg, tom. IL
2. Eodem ver6 Aiesaodro pape qoarlo îo civiute Titerbieosi, ad qaaai eam totâ cttriâ et eodem patriarchâ se Uranatalerat, diem clandeote eitrenran , ipaa romana eccletia Irimettri vacaTit... Pafibii liA»aoNi , Kftt' iea de epUeùpit urbii, folio 324.
PATRIARCHE. itS
romaine et exhortait les habitants de la contrée à la pénitence. Il paraissait évident à tous ceal qui l'entendaient, qae le Saint-Esprit parlait par la bouche de l'éloquente enfant. Les Manichéens, partisans de l'empereur Frédéric II, frémissaient de rage contre elle. Ils lui faisaient les plus terribles menaces pour quelle gardât le silence. La jeune fille n'en parlait qu'avec plus de force; elle employait, pour porter les coupables au repentir, des expressions si énergiques , des considéçations si touchantes, qu'il n'y avait pas de cœurs qui ne fassent émus et subjugués. Jamais peut-être la parole de Dieu, si pénétrante et si efficace, quand elle est maniée par une ftme fervente et pure, n'avait agi avec plus de puissance sur les masses du peuple. Par une de ces mesures vexatoires que l'irritation conseille à un pouvoir menacé , le préfet impérial de Yiterbe avait banni la jeune fille avec toute sa^ famille. C'était au fort d'un rude hiver. L'innocente eiilëe , avec ses pauvres parents, se retira dans les âpres montagnes de Soriano, d'où elle alla continuer dans d'autres villes d'Italie ses prédications et ses miracles.
Il y avaft peu d'années qu'elle était morte, lorsqu'on 1260 les habitants de Yiterbe virent un jour le pape Alexandre lY s'avancer processionnellement, suivi de quatre cardinaux, de Jacques Pantaléon, patriarche de Jérusalem, et de plusieurs évéques, vers le couvent de Sante*Harie de Podio, où Rose reposait ensevelie^ Averti par une vision trois fois répétée, le Souverain Pontife fit exhumer le virginal cadavre, il le transporta en grande pompe à l'église où les nombreux miracles qui s'opérèrent sur sa tombe et la parfaite conservation de son corps, aujourd'hui encore intact, attirèrent depuis une foule de pieux pèlerins. Ce n'était pas une sainte/ des temps anciens; les concitoyens de Rose avaient vu naître
i, PoDUrei,cum quatuor cardioaliboa , plarimîs episcopîs et fcclenarum prœlalisadwpolchri locoin aœeMit, et revereoter eibomatam iotegrum corpus, ■d bonorificum mtusokBuai anieà prspiratum, in ceelesiam aacraram virgimim, aolemoi funere iraosporuvU. AmuiUi minorum , anctore Luc4 Wa- DMCtom. II,pag. 36.
et vivre parmi eux cette humble et candide servante des pauvres. Ils avaient vu Dieu récompenser par un charmant prodige son ardente charité. Un jour qu'elle portait en secret des morceaux de pain aux indigents, son père la surprit; il voulut savoir ce qu'elle cachait avec tant de soin. Confuse, pile de crainte, elle ouvre son tablier. Il n'y avait plus de pain, mais des fleurs vermeilles et fraîches, dont l'odeur délicieuse embauma les airs. Le père, interdit, demeura immobile d'admiration^ '
D'autres cités avaient contemplé les vertus de cette enfant sublime et recueilli ses accents prophétiques. Une nuit, elle connut par révélation la mort prochaine de Frédéric II. Le lendemain, devant le peuple assemblé, elle s'était écriée: • Fidèles, réjouissez-vous, l'ennemi de Dieu n'est plus, vous c le saurez dans quelques jours. » En effet, à l'heure même où l'angélique prophétesse parlait à la multitude, bien loin de là, au château de Fiorentino, l'empereur Frédéric rendait le dernier soupir. La translation des reliques de la sainte était un triomphe pour les Guelfes de Yiterbe. Les Gibelins n'avaient rien de semblable à y opposer. Que pojivaient leurs théories érudites sur les droits de l'Empire, l'absurde système de leur pyrrhonisme, leur philosophie douteuse et peu assurée d'ellemême; que pouvaient tous ces froids moyens contre l'intervention miraculeuse d'une jeune fille qui prédisait publiquement la chute du persécuteur de l'Ëglise? Mais au moment de ce triomphe, le pape Alexandre lY mourut à Yiterbe même, le 26 mai 1261.
1. Magna argebat Viterbienses framenti inopia» deTattatis arviapcr Frededericom, dùm ponUfei commoraretar Lagdaoi, ejasqae parles tucreotur ¥11»bieoaes; aed paaperibus auccarrebat Rosa virgo, mioistraodo claDealum, qa» poieratex domo paterrâ, dooec, aliqaaodo k pâtre in foribas apprebensa, pinres efferens in aino panes et iolerrogaU, qaid asportareC, respondit : Rosas , nec mentium oaiendit sinus eipansos, plenas rosis odore et visa gratissîmis... Avl nalêt mifionfm, WadimC, lom. II.
Sollkitode do patriarche d« Jérosatom. — 11 dresae am relation de la Terre* gainte. — Elle fut à peo pris eniièrement copiée par Adrichomiut, géographe do XVI«« siècle. — Jacquet Panialéon a'aitriaie de la sitaation lamentahle dea alKiires des Orienuoi. — Il compose la paraphrase do Miserere. — Aealyse de cebeaa commeoulre. -- Ci Ution des princlpaui passages. - Appréciaiion littéraire et théologique de l^oposcole considéré daos son ensemble.
Un des premiers soins de Jacques PantaléoB en Terre-Sainte fut de ramener la concorde autour de lui. L'ascendant de ses vertus, plus encore que celui de son autorité, parvint à imposer silence aux factions intestines; on conçut bientôt de la honte d'aussi longs scandales, et on ne voulut plus même entendre parler de ces luîtes affreuses où l'on se combattait par des vengeances implacables. Pour consommer ce grand acte de conciliation, le vénéré patriarche employa le plus éloquent et le plus persuasif de tous les langages, les œuvres de chanté et les paroles de paix.
Il trouvait sous sa main un ensemble d'institutions qui, réalisant dans sa plénitude l'action moralisatrice de l'Eglise, atteignait tous les besoins et donnait à toutes les âmes des moyens de faire le bien, chacun selon sa mesure de grâce : des vierges avalent un asile spacieux et inviolable dans les monastères de Saint-Lazare, à Béthanie, et de Sainte- Anne, à Jérusalem ; des cénobites vaquaient au travail et à la contemplation dans les cloîtres du mont Thabor, du mont Sion et du mont des Oliviers; d'austères anachorètes s'abritaient à l'ombre des cèdres du Liban, sous les palmiers du désert, aux flancs du Garmel et sur les bords du Jourdain, dans d'étroites cellules où ces abeilles du Seigneur, pour employer la pittoresque expression d'un chroniqueur, fabriquaient un miel d'une douceur entièrement spirituelle ; les malades, les pèlerins, les étrangers étaient reçus dans les vastes salles des hospitaliers de Saint- Jean<Baptiste ; des communautés de clercs se distribuaient les catéchèses des villes et des campagnes, l'organisation des cérémonies du culte et les diverses fonctions pastorales. Des ordres
iiS JACQUES PANTALÉON
religieux et militaires soatenaieDt la guerre contre les infidèles d'Orient, tant pour conserver les lieux saints que pour étendre le règne du christianisme. Au-dessus de ces chevaliers, de ces clercs, de ces moines, de ces vierges, Jacques Panlaléon imprimait à tout la vie et le mouvement.
De pénibles préoccupations, sans cesse renaissances, empêchèrent malheureusement l'actif patriarche d'accomplir toutes les œuvres de réparation que méditait son grand cœur; il lui fut néanmoins possible de visiter les principaux sanctuaires de celte terre privilégiée où tout est miracles et mystères, où tout est reliques et souvenirs, les collines et les vallées, les bois et les fontaines, et jusqu'à la poussière des chemins. Retombées sous le joug des farouches sectateurs de Mahomet, les voies de Sion gémissaient dans leur solitude, parce qu'il n'était personne qui viàt consoler dans ses augustes infortunes cette reine dépouillée de ses antiques splendeurs. A peine de rares caravanes amenaient alors , par intervalle , dans ses rues désolées , quelques timides adorateurs. A peine quelques cantiques chantés à demi - voix , par la crainte des musulmans, interrompaient de loin en loin les cris blasphématoires de l'ennemi et réveillaient l'écho des églises profanées. Au milieu de ces ruines sacrées, entassées çà et là par la justice de Dieu, les lamentations d'Isaïe et de Jérémie semblaient encore résonner aux oreilles de Jacques Pantaléon ; il se disait : c Si ces prophètes revenaient dans ce monde, aui raient-ils en ces jours de désastre et de deuil, moins de i raison qu'autrefois d'inviter le peuple à'pleurersur les malc heurs de Jérusalem? auraient-ils à faire entendre des
< accents moins plaintifs et moins déchirants ? Ah t ils ne sec raient pas les seuls dont les yeux fussent deux sources de
< larmes!... »
Malgré les scandales et les sacrilèges dont il était le malheureux témoin, Jacques Pantaléon n'en considérait pas moinsles lieux où se sont opérées les merveilles de la Rédemption, comme des reliques plus précieuses que tous les trésors^. Par
1. Jérusalem, cirilas Dei clecla, saDCta et gloriosa , fondata io montibus saoctis , loci emiocotia , cœli solique felicilale cuDclas muudi orbes superaos ,
cela même qu'ils lai remémoraient les œuvres d'un Dieu fait homme pour nous sauver, ils formaient pour son cœur l'objet le plus cher de ses affections pieuses, et il leur offrait le tendre hommage de sa plus pure vénération. Pouvait il en être autrement? La Palestine l'emportait à ses yeux sur tous les pays du monde : elle était sainte à mille titres. Sainte pour avoir été foulée par les patriarches, les prophètes, les justes de rAncien-Testamenl; sainte pour avoir été le berceau des apdtres, des martyrs, des docteurs, et d'autres héros du Christianisme; plus sainte pour avoir donné le jour à l'incomparable Marie et à son très-chaste époux Joseph ; beaucoup plus sainte encore pour avoir été le théâtre de la vie et de la mort, de la résurreotion et de l'ascension de Jésus-Christ.
A mesure que le fervent patriarche visitait les sanctuaires où son divin Mattre se montra avec tant d'amour et tant de gloire, les lieux saints lui inspiraient un inlérél plussaississant et semblaient ouvrir dans son âme des^ sources plus abondantes de gratitude, d'amour et d'adoration. Il promena ses méditations pieuses dans toutes les régions où le Verbe incarné s'est rendu visible aux mortels par les paroles de Téterneile sagesse et par les œuvres ineffables de sa toute puissance. Il dirigea ses pas vers la grande ville du sacriflce ; et, aprps avoir arrosé de ses larmes la grotte de Gethsémani, il se souvint des outrages du Prétoire ; il fit avec douleur les stations de la Voie d'amertume où marcha la Victime chargée du poids des péchés du monde ; enfin, il alla se prosterner dans la poussière sur les hauteurs du Golgotha et baisa l'empreinte qu'a laissée de son sanglant passage le Rédempteur qui
ÎQ totius arbis et JuJen medio, ceu ceotrum et umbelicos lerrs, siu est. Tao* quàm rfgia ioter omoes accolas, velot capot io ooipore, emioet, spleodidisqoe «dificiis, sicot sol, pre csteris locet. Taolâqae gloriâ illustrator, Qt siogutori qoodam privilegio ooicus esset locus à Deo clecius. Ac noo taotùm fidelis coJQsque anima , verùm etiam elects Cbristi ecclesias in lerrâ mililaniis, deoiqaè et beats illias in cœlo triumphaniis eilsteret figura. Crbistian. ADUGBoaiDS, JenucUem iieul Chriili lempare HoruU el êuburbanorum, ituigmortunque hUloriarum ejus brevii deseriptio, CoUmim égrippinm txeudebfU Goobfbidos kcmpensi* anno 1581.
nous a ouvert, par son dernier soupir, les portes du salut.
Son pèlerinage achevé, il recommençait en esprit, dans ses heures de réflexion, plusd*une fois son voyage; il récapitulait ensuite dans son intelligence et daus son cœur, le trésor des idées et des sentiments qu'il avait puisé aux saints lieux; il sentait sa foi fortifiée, ses espérances de plus en plus raffermies ; et, l'âme sereine, le cœur tranquille, l'esprit éclairé par le vif et doux souvenir de la mystérieuse Jérusalem, il laissait, dans une résignation héroïque, s'écouler ses jours de labeur à travers les tristesses et les adversités inhérentes à la situation déplorable de la Judée. Ce sont ces impressions intimes que le pèlerin consigna dans une relation ample, détaillée, tellemen'^ exacte qu'elle fut presqu'entièremcnt copiée par l'abbé Christian Adrichomius, géographe du seizième siècle, dans son ouvrage le plus célèbre, intitulé : Theatrum Terrœ Sanctœ et hiblicarum hisloriarum cum tabnlis geographicis œre expressis; CoLONiiE Agrippin.*:, in-folio^
Il ne serait peutéire pas sansinlérétde donner une esquisse des éludes topographiques, que [le docte prêtre d'Allemagne a faites sur la Palestine à l'aide du livre de Jacques Pantaléon qu'on ne rencontre nulle part. Il doit y avoir, dans la rédaction du statisticien allemand, du reste meilleur géographe qu'historien, comme un reflet de l'érudition sacrée et des saintes émotions du savant patriarche. Qu'il suffise de dire (jue les pèlerins des temps modernes ont consulté avec avantage, pour composer leurs brillants itinéraires, l'ouvrage d'Adrichomius, petit chef-d'œuvre de critique et de clarté. Plusieurs de ces illustres voyageurs sont venus là, uniquement peut-être avec l'intention d'y chercher des couleurs pour leurs tableaux, des impressions pour leurs âmes d'artis^tes; mais subjugués soudain par ce sentiment de foi spontanée que Tertullien appelle le témoignage de l'âme naturellement chrétienne, cl comme frappés par la sainte terreur de Dieu apparaissant à leurs yeux sur cette terre de prodiges, ces mômes hommes
1. ScripMlaulèiD, cùm e&sel patriarcha, de Tcrrâ S^octâ libram, quo usos eftt Adricbomtus in conseribcndo Theatro Terrs Saocte. Annaliutn Cardinalis Baronii conlinualio, per Uenricdm Spondanum, lom. 1, pag. 223.
ont été vus s'inclinant, avec respect, devant les stations de la voie des divines douleurs, et leurs plus belles pages sont dues à Tinspiralion qu'a suscitée en eux leur passsage par les senliers du Calvaire; tant est puissante la majesté dessouve* nirs imprimée à ce coin de terre consacrée par les souffrances de l'Homme-Dieu*.
C'est probablement à Tombre des sanctuaires de la Palestine, non loin du Palais de David, que Jacques Pantatéon composa la paraphrase du Miserere^ publiée dans la bibliothèque des Pères, sous le titre de Frucluosa Urbani IV pontificis maxinii expositio sive tnetaphrasis in psalmum quinquagesimum. Ce psaume où le royal pénitent dépeint ses tourments et ses humiliations comme de justes conséquences de ses fautes, comme des punitions méritées, et demande avec instance la rémission des châtiments qu'entraîne le péché, présente un beau modèle d'oraison el un excellent exemple de repentir. Le vertueux patriarche, en commentant les versets de cette hymne du pardon révèle à quelles émotions douloureuses son âme s'est trouvée en proie pendant son séjour en Terre Sainte. ' Jamais peut-être le cœur humain n'exhala de plus éloquentes lamentations ; jamais les misères morales de notre condition présente ne furent exprimées en plaintes plus touchantes et en accents plus pieux ^.
c 0 Dieu très-fort, auteur des âmes de tous les hommes, • s'écrie-t-il, vous qui ne pouvez être vaincu, parce que vous c êtes tout puissant; vous qui ne pouvez être trompé, par
t. Adricbom dit h la Gn de sa descriplion de Jérusalem : Catalogué auclorum quibus in concinnandâ delinealione el descriplione hierosolymi^ land sum usus. Vuis il éoamèrc les écrivains qu'il a coosuttés; il cite Jacques Pautaléon en ces termes : Jacobi Panlaleonis Galli, Palriarchœ hierosolymitanilibcr de Teird Sancld, qui claruil anno ChrisU 1^247. Il ajoute : Hi ferè êUïU prœcipui a'uclores ex eorum numéro, qui hoc argumenlum exprofesso Iraclaverunl , el quorum specialem fado meniioncm.
2. Bibliolhecœ velerum palrum el auclorum ecclesiaslicorum lomi novem^ per MiBGiRiNUM dk la Digne y ex almd Sorbonœ êcold Theologum Ooclorem parisiensem collecli. Edilio quarla, Parisiis. 162 i. — Frucluosa Urbani quarli pontificis aMiimi eiposilio, sive meiapbrasis io psalmuni quinquagesimum. Tom. I, pag. 109, opère citato.
ÎM JACQUES PANTALÉON
ce q«e ▼oofrétes lafinimeiit sage, et qae tous sondez les reins et les GQBors; TOUS qu'on ne peul corrompre, parce que tous éfes jusie el que tous aimez la justice; tous qui n'épargnez personne, et qui ne tous laisserez fléchir par aucune supplication, ni aucune offrande, au jour des Tengeances. Me Toici, coupable et malheureux pécheur, en présence de TOtre diTÎne majesté; je confesse que mes iniquités se sont multipliées et qu'elles surpassent le nombre des grains de sable qui couTrent les riTages de la mer. Je suis tellement courbé sous les chaînes de ma Tolonté de fer, qu'à peine puis-je respirer. Dans cette extrémité, j'IUToque TOtre miséricorde et je me réfugie dans son sein ; n'entrez pas en jugement avec Tolre serviteur ; prévenez-moi, au contraire, et accompagnez-moi de votre paternelle tendresse. Je mets sous votre protection mes pensées, mes sentiments, mes actes; et du fond de mon cœur contrit et humilié Je vous crie^ :
c Miserere^ ayez pitié. —C'est le temps de la compassion et non do jugement, ô vous qui avez dit que vous n*étes point venu pour condamner le monde, mais pour le sauver. Je me confie en votre bonté, j'en appelle à votre mansuétude et je me prosterne tout tremblant au pied du trône de votre clémence; je sais qu'elle est au-dessus de toutes vos autres perfections ; c'est pourquoi j'ai l'espoir que vous obtempérerez k mes humbles prières ; et parce que je ne suis qu'un misérable, je répète avec gémissement :
1. Fortissimè Deos spiriloam uoiverss carois : qui vinci non potes qaià es omoipotens et rex poteos; falli qoq potes quià sapiens es, srulaos corda et reoes Deas; cornimpi dod potes quii justa^DomiDus et sempcr justifias dileiisli; qui 000 paroes io die viodictc uec acquiesces cujnsqu^m preabus, œc respicies pro redempliooe dons plurima. Ego reus el miser peccator io coospectu dirine majestatis tu*» ; in quâ qui verè cooGietur. absolvitur; recosaosco quii peccavi super Dumernin areo» maris et mulliplicals sunt ioiquitates mr«; incorvatas snm miilto vîdcoIo mee ferrée voluotatis, el ooo est roibi respiratio. Et quià ex indisaeto proressu oegolii vit» mea;, seutio quia tua jûstilia io extremo tuo judicio maDîfeslè debeat me gravare ; ab ipsâ taoqaèm meriiè Biliî aospectâ, ad laaai miaericordiam ooofugto et appello... Bibtioiheeœ velerumPatrum^ lom. t, pag. 409.
PATRIARCHC:.
lit
€ Miêenre^ ayez|ritié. — YoUre miséricorde, comme une chat* se Ubëralrice, peut seule retirer les malhevreux de l'abime des ténèbres ei de la corrapiion. lies misères iitérleares et eitérienres oDt dèBgoré en ^moi l'image de Dieu ; mais, cmnme votre regard miséricordieux considéra moins le mérite qne la misère de Thomme, de la proftmdeur des flots d'iniquité o& je suis plongé, je pousse avec les larmes du repenlTir ma plaintive prière :
f Miserere mei, ayez pitié de moi. —Je tais mon nom; car si je vous le disais, peut-être ne me reconnattriez-vouspas, en raison de ce qu'après avoir recouvré, comme je l'espère, mon innocence baptismale, je me suis imprudemment éloigné de votre douce et bienveillante intimité; autrefois, lorsque je m'élevais jusqu'à vous sur la montagne de la prière, vous me permettiez de m'entrelenir familièrement avec vous, comme un ami, avec son ami. Plus d'une fois vous avez daigné m'accneillir avec bonté ; alors vous me connaissiez moi-même avec Moïse d'après le nom. Je me réjouissais en vous avec vos autres serviteurs dont les ninns sont écrits dans les cieux ; alors mon nom était honorable aux yeux de votre infinie grandeur. Maintenant mes péchés l'ont effacé du livre des vivants ; il n'est plus inscrit sur la liste des justes; je n'ose plus le prononcer, ni le rappeler à votre mémoire , comme cet homme que vous avez trouvé selon votre cœur, qui se recommandait en toute confiance à votre bienheureux souvenir, en disant: Seigneur, souvenez-vous de David et de toute sa douceur. Mais, profondément affligé d'avoir excité votre colère contre moi, j'exhale de nouveau, avec de longs soupirs, mon invocation lamentable ^
1. Et gaudebiin m le cam ilits serris luis (|ooroin scripU oomioa gunt io eœiis, et erat corkm le, booorabile oomeo meoiD. Nooc aalèm quoniAm peccala Domen niram de libro tivealrom dele? erant el cam josljs ooo est scriplooi i, idf 6 ilhid 000 Mideo oomioare vel ad loan meiooriaoi reTocare ; skot ille Tir liealos qaeni ioveoisti vtram secuodum car tuam, qui etoooMO&uQoi et niaoaôelodioem soaai lus bealc memorûB fldocialiter commeodaliat : nieiiieolo, Doawie, DiTid, et ooMia nMoraetadiois ejus. Fmetwua Ubmâm IV ponli/lcta
ÎU JACQUES PAl^TALÉON
c MmrereMin^ Ikus^ Dieu, ayez pitiéde moi. — Je n'ose pas dire : mon Dieu. Assurément, je reconnais que vous êtes Diea; mais je n'ai pas ia prësomplion de vous appeler : mon Dieu. Lorsque vous éliez tout pelit enfant dans la crèche de Bethléem où vous êtes né pour moi, vous m'avez été donné par votre Père céleste qui a tant aimé le monde qu'il vous a saoriflé, vous son fiis unique, pour le sauver; vous m'avez été donné par votre sainte Mère qui, comme une autre Samaritaine, vous a préparé dans le feu de son amour, pour que voussoyiez ma nourriture dans le sacrement de l'autef, lorsque je serais pressé par la faim; vous m'avez été donné par vous même, qui vous êtes livré à moi pour me purifler de loute souillure et pour me racheter de la mort éternelle. Par ces différents dons, vous étiez proprement mon Dieu. Mais, infortuné que je suis, je vous ai perdu à cause de mes péchés ; et en vo\is perdant, j'ai tout perdu ; bien plus, je me suis perdu moi-même. C*est de moi et des autres pécheurs dont vous vous plaignez, lorsque vous dites : les pécheurs m'ont attendu pour me perdre. Mais, Seigneur Jésus, vous qui êtes devenu pour moi, par ma coupable imprudence, comme un trésor perdu, vous qui, par un effet de votre grande miséricorde, avez permis que voire mère désolée vous retrouvât dans le temple, pour ne plus jamais vous perdre, mais, au contraire, vous garder avec une inquiète sollicitude, je vous en supplie* :
t Miserere mei , Deus^ secundum magnam misericordiam tuam, ayez pitié de moi, Seigneur, selon la grandeur de vos miséricordes. — Je ne dis pas selon mes misères, mais selon
\naximi exposUio sive metaphrasis in psalmum quinquagesimum, apud Bibliothcam velerum pcUrum el auctorum ecclesiatlicorum. tom. I, per aiARGARiNux DE LA UiGNE, cdilio quarlB, Pariâiis, lG2f .
I. CùiD, inquam, sic esses ab omoibus quorum iotererat, niîbi dalus; el idcô propriè proprius Deus meus ; ego iurdix propler peccala mea te perdidi ; nhm le îltuin e»se veraciler rccognosco qui ccoquerrudo de me et aliis pcccatoribiis dicis : Aie eipcclaveruot ut perdirent me. Et si te perdidi , omoia perdidi, atque etiam me ipsum... Bibliolhec, velerum palrum, loco cilalo, p. no, tom. I.
« Tos miséricordes qui snrpasseot infiniment mes misères. Je « ne sollicite pas votre bonté selon mes mérites , ni selon mes « désirs, ni selon mes éBuvres qui, malheureusement, m*ont <« trop éloigné de vous ; mais selon votre miséricorde sans i bornes. Je vous demande selon la grandeur de votre c miséricorde, parce qu'il ne convient pas à votre ma* c gnificence de donner peu ; je serais même indigne d'être < exaucé, si je demandais peu à celui qui peut donner • beaucoup. Car je vous considère comjfue un autre grand t Alexandre, vous qui prenez garde, non à ce qu'il faut que je c reçoive, mais à ce qu'il convient que vous me donniez. Et € certes, en demandant beaucoup, je ne présume pas de mes c mérites ; je me confie en Timmensité de votre miséricorde c qui est sortie avec vous des chastes entrailles de votre c mère, et qui, comme une compagne fidèle, comme une sœur « affectueuse et dévouée, a grandi avec vous, depuis votre c enfance. Je serais dans une détresseextrème, Seigneur, si je « ne connaissais vos bontés i. n
Jacques Pantaléon expose, avec une persuasion intime, jointe à une attendrissante onction, les trois degrés de bonté qui caractérisent, selon lui, la miséricorde divine. D*abord, Dieu ne saisit pas à l'instant même l'occasion du crime pour le punir; il patiente, il diffère sa vengeance pour donner au coupable le temps de revenir à lui par la pénitence. Ensuite, Dieu environne le pécheur de toutes parts, il ne cesse point de le suivre dans ses égarements et de l'appeler au repentir; il lui reproche Tobstination de son cœur impénitent, il l'excite à
4. Non dîco secaodùm mearo miseriaro, sed secondùm luam magnam miselicordiam. que longé major eslqaém mea roiseria magna nim». Non peio secun-
dùm meriium meum josiitiam loam vei meam, sive secundîim opéra mea quibas ,
ego miser deviavi à (e ; sed secundum magnam misericordiam tuam. Magnam |
qacro misericordiam, qniâi non decet inam magnificcnliam |tarva dare. Imô eiao- |
diri dignus non essem, si h magno parva peterem. Ego enim te illam allerum |
magnam eiistimo Aleiandmm , qui non attendis qaid me oporteat accipere , sed qnid deceat le dare. Nec magna peleos , de meriiis meis prssumo ; sed confido de tuâ misericordiâ roagnâ , qu« quasi soror (na, ab infantii, lecuro cre?it , et de utero malris tu» egressa est lecnm... BiblUHhec. velerum Pa- Irum , loco cilalo, tom. I.
iM JACQVfiS FARTAftÉON
rompre ptr nm gteèrénf efltori les habitades crimineliiBs qnr le relieUBeol dans l'escIsTâge. Eofiii qurnl, par ses aimables pMrsQiles et ses teadres soHicitattons, Dieo est parrena à^ rtmener dnis le bercaii la brebis perdue, 11 la fertifie dMis ses bonnes résolutions, il lai répond du secours tout paissant de son bras qui la soutiendra parmi les écueUs et It préservera de nonreaui égarements.
Mais dire : Dieu ne veut pas me perdre, il est bon, il est miséricordieux; et, en conséquence de ce principe, se cotiflrmer dans son péché et devenir plus libre à le commettre, c*esl se rendre tout à la fois coupable de la confiance la plus outrageante envers Dieu et de la confliance la plus trompeuse envers soi-même. Ést-il, en effet, une dureté de cœur pareille à celle d*utt pécbeur qui veut vivre dans un état de guerre avec Dieu, parcequ'il sait que Dieu l'aime assez pour être toujours disposé à le recevoir et à lui pardonner. Quel plus abominable renversement! Le péché que la grâce de Dieu doit effacer, un pécheur la fait servir & le fomenter et à le perpétuer, il compte sur une miséricorde dont il se rend spécialement indigne, et il s'expose, pàr^aconBance présomptueuse et chimérique, aux châtiments les plus rigoureux. Combien de fois Dieu, également jaloux de tous ses attributs, a^-il montré aut hommes, par des coups éclatants, qu'autant il est libéral et bienfaisant dans ses dons, autant est-il sévère et terrible dans ses vengeances. Jacques Pantaléon conclut qu'il faut, comme le prophète royail,. espérer et trembler de telle sorte que notre confiance soutienne notre crainte qui pourrait nous abattre, et que notre crainte modère notre confiance qui pourrait trop nous élever ; puis il ajoute :
i Ei secundum mtêlîitndinem miserationum liiurtim, et selon i la multitude de vosbontés, effacez mon iniquité... » ~Pour nous donner une idée de ces inépuisables bontés du Dieu d'Israél, le vénérable exégète nous représente le peuple hébreu tour à tour glorieux ou humilié, libre sons le ciel de la patrie ou captif sur des rives étrangères, selon que ce peuple de-
PATMARGHE. MTT
Meiirail fidèle à Jéhova ou qu'un esprit de désordre l'excitail à la rëToite ; il montre, d'un côté, les prévaricafions multipliées de Jérusalem, et les épouvantables calamilës qui en étaient la conséquence ; de l'autre, les miséricordes înfiiites et les faveurs sans nombre qui ne manquaient pas au peuple rebelle, dès que le repentir et l'infortune le ramenaient dans tes sentiers de la justice et de la sainteté^ Au- souvenir de ces prodiges de grâce, Jacques Pantalëon s'écrie en toute confiance : c Dele iniquitaiem îMom^ selon la multitude de vos bontés, € Seigneur, effacez mon iniquité. — Hélas ! cette iniquité m'ar « effacé du livre de vie. 0 mon Dieu, vous qui détruisez 1^ c nom des impies, enlevez l'iniquité de mon âme, comme c vous faites disparaître la boue des places publiques, afin que c mon nom soit de nouveau inscrit, en caractères indélébiles, c avec les justes, dans le livre des vivants. Déchirez, je vous c en conjure, la sentence prononcée contre moi ; vous aviez « décrété que j'aie à ne pas pécher, si je voulais éviter la c mort; et^ comme j'ai eu le malheur, ô mon Père qui êtes c dans les cieux, d'enfreindre témérairement par pensées et c par actions vos ordres divins, vous avez gravé dans votre € étemelle science et au fond de ma conscience la cédule
< de ma condamnation, afin qu'au grand jour de vos redonc tables jugements, ces deux livres, votre science et ma
< conscience, aiQsiqoe l'autre liVre que l'accusateur du genre c humain a rédigé contre moi, soient ouverts et que ma cau«
t. ...Com, ÎDqaam, popolus ille doras post taoloram magoaliom, loi mirabîlioiD, lot lerribilium salvationis aum bénéficia saloiia, 4]uc ei misericordiier iiupeaderas, obliius esset te, et conlra te superbe ageas cerviceiD darisaimaiD iodurasset, et oe le, qai eom de tenâ ^ypii eduieraa, iogralus popalus adoraret, cum miois el lerroribos, Asroo resisieole, Deos peleos alieoos , vilolo cooflalili , maoè surgeos . boslias obtolisset... Post boe tamèo cùos ad le, io lempore iribulalioDb el anguslie clamaTeraot, lo Deus miaericore el molltt misericordias verai , de ccelo eiaudisti eos secandùm oiiaera- Uonea tuas muiias. Càmqoe rarsas perversos eos , io maoua iuimiconini «uoram iterùm reliquiases , et îpsi ilerùm alqoe itetÙD clamatissent , lu de ccbId liberasii eos io nuaeraUooibos luis mulUs, el io misericordus ptorinis ooo ledaii eos io coosumpliooem , qoooiàin Deoa oiiseraiiooum el clemeoa lo ea... MM. vHêrum Patrwm, looo ciuio, ion. l, pag. lis.
iia JACQUES PANTALËON
i se puisse être instruite d*aprës les pièces qui s'y trouveraient c réunies. 0 mon Dieu, véritable ami des hommes, détruisez c mon iniquité, afin qu'en ce moment terrible je me présente c devant vous pur et sans tache. 0 vous qui ne méprisez pas c les gémissements d'un cœur contrit, vous savez que de même < qu'à l'endroit des lettres effacées il reste toujours quelque ( souillure qui permet encore d'apprécier la valeur des rai (ures et la signification des anciennes lettres, à moins que c les vestiges de ces lettres détruites ne soient radicalement c anéantis; de même l'iniquité que vous avez arrachée démon c âme y laisse encore quelque difformité ; à moins qu'elle c ne soit enliërcment effacée par vous, elle peut encore vous i révéler, à vous qui êtes le scrutateur des consciences et le c confident des secrets, ainsi qu'au perfide accusateur des âmes, € la profondeur du gouffre de misères où j'étais tombée C'est i pourquoi je vous le demande humblement :
i AmpHns lava me ab inquitate meâ, lavez-moi de plus en i plus de mes souillures, 6 céleste Régénérateur.— Vous qui « avez versé les eaux de la grâce divine dans le vase très-pur t de votre chair immaculée, afin de laver toutes nos taches ■ dans votre sang, rendez mon âme tellement brillante et lim-
1. Qaiè ipsa ine« beo t de libro vile delevit; sic et ta Dcos meus qui nomeo impiorum dcicsti , ut luiuro plalcaram dele cam ; ut eà aboliié et dcleiâ, oomco ineum cum justis in libro viventium de quo illud deleverat, indelebiliter rescribatur. Dele, obsecro, omnipotentissiine, illud quod adversùm me est, chirographum decreti tui. Dccreveras coim, Pater, ut si vellem roortcm evaderc, non peccarcin. Et quiji, ego infelix, conirà (uum dccrctum , indiscrète, corde cl corpore pcregi, ad insipienliam magoam mihi, lu, qui scicntiarum es Drus, indè chirogra})hum memoride, in tuâ scicnUâ et mcâ conscientià cons* cripsisli; utcùmscderct iremendura judicium tuum magnum aperirentur isti scicntia: tus et conscienliœ nlcde libri et alius iilc liber qucm ha bel contre me humani generis accusator; cl ei bis qns invcnireniur in istis codicibus, judicaret. Sed, ne (une invcnialur in me iniquilas, anialor hominum Deus, dcle iniquilatem meam, qui sempcr ioiquos odio habuisii, quoniim non Deus vnlens.iniquiiatem tu es. Sed, Domine, qui non despicis gemilus conirtiorum tu nosfi quod, sicut super delctas tilleras quaeJam ex ipsâ liUerâ reroanet turpitudo per quam adhuc perpendi possint ipsarum detetarum vcsiigia, et siguificaiio litteraram, nisi ips» litters peoitùs eradanlur : itA et deleia ^ le îDiqaiUa... Biblioiec. velerum Patrum , lom. I, pag. 112.
c pide qu'il n'y reste pltrs aucune trace de péché. 0 humble c sublimité, 6 sublime humilité, qui, pour représenter cette
• lotion intérieure de l'âme que je réclame» avez abaissé voc tre grandeur jusqu'à laver les pieds de vos disciples t lavezc moi afin que j'aie éternellement part avec vous; lavez, non-
< seulement les pieds de mes affections, mais encore les mains c de mes œuvres et la- tête de mes sentiments; et parce que « mon âme s'est avilie en se laissant emporter en des voies
< mauvaises, enlevez de mon cœur les germes de malice qui le c corrompent, de peur que les pensées pernicieuses n'y étac blissent leur demeure; lavez, toutes les nuits, dans le bain
< brûlant et amer des larmes, le lit de ma conscience; puric fiez en moi l'homme intérieur, lavez-le avec le lait de la c dévotion et renouvelez- le parla grâce des sacrements^
c Etapeccato meo munda me^ et purifiez-moi de mon péché, c —Car, qui peut rendre pur ce qui sortd'une source impure, t si ce n'est vous, bon Jésus, très-doux médecin, qui d'un seul
• mot restaurez toutes choses. Je le sais, et j'aime à le procla* c mer, si vous le voulez, vous pouvez me guérir. Donc, Dieu c de bonté, Seigneur Jésus, je vous en conjure, par votre inflc nie miséricorde, dites à mon âme infectée de la lèpre d'in-
• nombrables péchés, dites-lui : je veux vous purifier. Enc suite, brûlez en moi, coupez en moi jusqu'aux moindres rac cines du mal, afin que, lorsque vous viendrez vanner dans
• votre aire et scruter le fond de mon âme avec un examen sé-
c vère, vous me trouviez parfaitement nettoyé et orné d'une
c vraie pénitence. Cependant, pour me purifier, j'irai me mon-
c trer aux prêtres; mais, préalablement, je crois devoir me
f présenter à vous qui êtes l'éternel et souverain Prêtre.
t O baoïilis sobrimitas et sublimis bumflilas, qae ad desigoanclâm il-
Itm lotionpni intcriorem aDime qaam requiro, osque ad lavacram pedam diacipaloram taoram luam altitudiDero ioclioasti, lava me ut in eteraum babeam paricm tecam ; lava ooo sotumpfdescffeclaain meoram, sed etiam maoos operum et caput seosuorn. Et qaooiàm anima mea vilis facta est, iterans peasimas via3 suas, lava h maliliè cor ipsius, ut in eo cogitaiiones noiic non roorentor; bva, iacrymanim iiiivio calido et amaro, per aiogulas nocies, conscientue me» atratnm ; lava pedea interioris mei bominit, balyro devolionla lava et rénova ■acramentia... Loeo tuttrà cUalo.
laO JACQUES PANTALÉON
€ Quoniam imqvitatem meam ego cognosco^ parce qae J6 connais mon iniquité.— Dans l'explication de ce quatrième verset, Jacques Pantaléon s'arrête à montrer que ce n*est point assez pour le pécheur d'éprouver une douleur passagère et d'exhaler quelques gémissements; il faut que, pour satisfaire à la justice de Dieu, qu'il a si cruellement outragée, il connaisse bien toute l'étendue de son ingratitude, toute l'audace de sa révolte; il faut que, pour fournir sans cesse à son repentir un nouvel aliment, il examine la malice de son péché, et qu'il en sonde la profondeur. C'est encore peu, pour le vrai pénitent, de consacrer de longues heures à cette douloureuse étude, à cette humiliante méditation ; la pensée de ses offenses envers Dieu ne doit l'abandonner jamais; je connais mon iniquité, doit-il se dire intérieurement, et mon péché est sans cesse devant mes yeux^
c Oui, Seigneur, je connais mon iniquité, mais je ne la con- < nais qu'en partie et non comme vous la connaissez vousc même , ni comme je suis connu de vous, dont les regards, c beaucoup plus lumineux et plus perçants que les rayons du c soleil, parcourent tous les lieux du monde, les espaces les c plus reculés comme les abtmes les plus profonds, et pénèc trent dans les retraites les plus cachées du cœur humain, c Mais mon cœur est impénétrable, et je ne le connais pas c moi-même. Vous seul, Seigneur, avez connu ma fragilité ; c vous lisez au plus intime de mon âme et vous y voyez mon c iniquité, telle qu'elle est. Ah! si l'intérieur de ma conscience
t. Cogoosco, Domine, iniqailatem meam; sed ex parte cogoosco , et non aicot ta cogooscit eim, oeqae sicat fgo cognilas sam à te cajus oculi soDt muliô lacidiores sole , circomspicieDtee vias homioam et profuodum abysai, hominom corda ÎDloeotes. Cor auièm meum par?um est cl iascrotabile , nec ego ipse cogoosco iilud ; sed tu, Domioe, qai cognovi^ti figmeotom nostrum, et iotaeris abyasos, cogoo^cis iilad, et ioiquiutem meam qu» io eo est et sicoti est. Quam si ego iiè nudè etapertè cognovissem, aicot et tu aotè cujos oculos omoia ouda suot et aperta, certè erampereot lacrymn de veois iotimis eordis mei, et cootioere ooo possem quiu sQper me ipsom flerem ne tu, Deas patieoiis et solatii , saper me fleres. Qai olim in dietus caroia lu» , sub figuré illius matarialia Jeraaalem, vidiati civiuiem aoîmA me«.... Loco citalo^ pag. US.
se manifestait à moi dans toute la clarté de l'évidence, comme il se manifeste à vos yea\ auxquels rien n'échappe , assurément^ des torrents de larmes jailliraient de toutes les veines de mon cœur ; je ne pourrais m'empécher de pleurer sur moi-même, de peur que vous, qui êtes le Dieu de pa. tience et de consolation, ne pleuriez vous-même sur moi. Autrefois, dans les jours de votre vie mortelle, vousa^ez vu dans la Jérusalem terrestre la figure do ia cité de mon âme ; et, connaissant mon iniquité, vous en avez été touché de compassion et vous avez pleuré sur elle, en disant : si tu savais, même en ces jours de la vie présente, c« qui peut l'apporter la paix ! En effets si je connaissais mon indignité comme vous la connaissez, ôDieu qu'on n'invoque jamais en vain, je vous demanderais d'ouvrir les cataractes de ma tête et de faire abonder le déluge de mes larmes, afin que toute mon âme soit toute fondue en eau et que mon iniquité s'y noie comme dans un océan d'amertume, c Mais maintenant mes maux sont cachés à mes yeux, car mes ennemis spirituels m'ont environné de mille occupations mondaines comme de tranchées qui partagent mon esprit, tellement que je ne puis ni agir, ni méditer avec profit. Us m'ont pressé de toute part, ils m'ont enfermé dans toutes sortes d'angoisses et de détresse ; le lit de ma conscience, par suite de ces serrements de cœur, est devenu trop étroit pour y tenir deux ensemble ; il faut choisir entre vous, ô mon Dieu, qui êtes l'époux légitime de mon âme, et le monde adultère que j'ai introduit près de vous dans la même couche, bien que je susse que vous étiez un Dieu jaloux. L'amour des choses matérielles m'a renversé par terre, moi et mes enfants, les pensées, les affections, qui sont en moi ; je puis donc redire cette lamentable parole de Jérémie : mon cœur s'est répandu en terre! je devrais m'élever comme la pierre du témoignage dressée sur le bord du chemin, pour indiquer la route aux voyageurs; mais la pierre du bon exemple n'est pas demeurée en moi sur la pierre delà vertu. Tous ces maux me sont arrivés, parce que je n'ai pas connu
le temps où vous m'avez yisilë, lorsque, soleil levant, vous êtes venu d'en haut, sous une forme sensible, illuminer les intelligences. Les soins de votre délicieuse visite ont conservé mon esprit; voilà pourquoi je connais mon iniquité assez pour que vous, ô mon Dieu, qui seul remettez les péchés, vous me la pardonniez.
• Et peccatum meum contra me estsemper^ et mon crime est toujours devant moi.— 0 vous à qui appartiennent le ciel et la terre, vous le savez, j'ai appris dans ma jeunesse que mien et tien sont des pronoms possessifs; par conséquent, mon péché est réellement ma propriété. Mais, hélas) quelle misérable propriété que celle qui rend malheureux son propriétaire ! 0 mon péché t comment ai-je enduré, sans en parler^ sans même y faire attention, comment ai-je pu souffrir que tu me possédasses plutôt toi-même ? Car, tu es mien, non pas comme ma chape est mienne; et je ne te possède pas de la même manière que je possède ma chape dont je puis me déposséder entièrement en une seule fois. Tu m'appartiens de telle sorte que, bien que je t'aie abandonné, tu ne veux pas cesser d'avoir mon âme en la possession; tu la cherches, tu la poursuis môme par la porte très-étroite de la mort, pour la livrer aux flammes et aux tourments éternels^
c 0 mon péché, comment es- tu mien, si ce n'est parce que je t'ai fait? Tu m'appartiens donc comme l'ouvrage appartient à l'ouvrier. 0 horrible et abominable fait dont je suis l'auteur! 0 mon péché pourquoi l'ai-je commis? Pourquoi me suis-je servi de toi comme d'un instrument meurtrier pour donner la mort à mon âme? Quelle folie me poussait!
1. O possessor cœli et terra, la scis qoèd ego ia meâ didici javentule quàd nieam et iuam sont prooomioa possessiva ; uodè si meum est peccatum, ut meum possideo peccalum meum. Sed, heul qnkin misera possessio peccati roei, qu« suum fecit miserum possessorem! O peccatum meum, quomoJè sustîDui, quomodè silui, quomodè dissimulavi ut tu me poiiùs possideres? Nou euim sic meum es peccatum meum , sicul mea est , cappa mea ; aeque lîà te possideo, quompdè poasideo capfiam meam cujus possesstooem et proprielateni omoioè possam à me eicoiere aoA vioe... Loeo eUalo, pag. 113.
« quelle farie m'emportait! Car je n'ignorais pas que la f mort est la solde avec laquelle le péché paye ceux qui combat- < teot sons ses enseignes; je savais également que le péché c consommé engendre la mort, non-seulement la mort mo* i mentanée du corps introduite dans le monde par le péché c lui-même, mais la mort de l'âme, en nous privant de la vie c présente de la grâce et de la vie future de la gloire. 0 éter* f nelle vie, mettez devant mon âme cette mort éternelle que c le péché donne à l'âme qui ne meurt point, afin que cette c pauvre âme, ayant sans cesse cette mort sous les yeux, la c fuie comme on fuirait un serpenta. .
c TiH soKpeccavi^ et malum coràm te feci^ j'ai péché contre u TOUS seul, et j'ai fait le mal en votre présence. — Malheur c à moi, misérable; malheur à moi parce que je me suis rendu c coupable devant vous de crimes que je n'aurais osé comc mettre devant les hommes. Mais, dans ma grande misère, c je n'ai jamais cessé de reconnaître, 6 mon Dieu, votre miséc ricorde infiniment plus grande encore. Pardonnez - moi, c Seigneur Jésus, pardonnez -moi en considération des gémisc scments pleins d'amertume et des profonds soupirs que m'arc rachent mes sentiments de pénitence. Inaccessible à mes c imperfections et à mes souillures, vous n'en connaissez que c mieux l'argile dont je suis formé ; plus la puissance et la « sainteté vous environnent, plus mon néant et mon péché c vous intéressent ; je vous suis d'autant plus cher, que vous c vous êtes joué en me créant; et telle est votre gloire su- « préme, que tout ce que les hommes donnent à votre tenc dresse, ils l'ajoutent .à votre grandeur.
c Ut jHStificeris in sermonibus tuis^ et rinças cùm judicaris^
1. ...Qoomodè meum es, peecaiom mcam, oisi quià te feci? Et ided meam es, sicut factura est faetoris. Heu! Iiorribileet abomÎDabile factum meuoit Peccalum meum! quarè te feci ? Quarè per te meam aoimam interfeci? Qua iiiMDia me duGebat?Qa» furia me cogebat! Sciebam eniio quod stipendia pfccati mors. Sciebam qu6d peccalum quod coosummatum fuerit, gcoerat roortero, et non-solum momenlaoeam corporis bujus mortem qu» per peccatum intravit in mundum, sed etiam mortem animae per subsiraclionem vite gratis... LocociMo, pag. 114.
134 JACQUES PANTALÊON
< pardoQuez-moi, aflu que vous soyez justifié dans vos proc messes, et que vous triomphiez de quiconque osera Tousjuc ger. — Me voici, mon Dieu, prosterné devant vous dans la c crainte et le tremblement; le passé me consterne, l'avenir c m'épouvante. Seigneur, ayez pitié de moi; mais quelle pitié t pouvez-vous avoir d'un malheureux qui, trop longtemps,
< abusa de toutes vos grâces? Ne vous devez-vous pas à vousc môme la vengeance d'une si monstrueuse ingratitude? Oui, c je le reconnais, mon Dieu, je suis indigne de miséricorde,
< indigne de pardon : n'importe, Seigneur, ayez pitié de moi, c pardonnez -moi; vous êtes assez puissant pour me remettre c tous mes péchés, et assez bon, assez miséricordieux pour t le vouloir.
c Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum, et in peccatis c conr^epit me mater mea, considérez que j'ai été conçu dans t l'iniquité, et que ma mère m'a enfanté dans le péché. » — De tous les commentaires qui ont été faits sur cev verset, le plus onctueux se rencontre dans la paraphrase de Jacques Pantaléon. Il emprunte à la sainte Écriture son langage pour peindre l'homme, cet être étonnant, mélange inconcevable d'orgueil et de misères, de passions basses et de désirs célestes, esclave du vice avec l'amour de la vertu, altéré de bonheur et se contentant du plaisir. 11 montre l'homme auteur du mal moral par l'abus de sa liberté et justement puni par le mal physique, pour rentrer par le châtiment dans l'ordre dont îl s'était écarté par le crime ; il le représente déchu d'un état primitif où tout était bien, être dégradé, roi détrôné, mais qui toutefois, dans sa disgrâce, conserve encore des rayons de sa première majesté. 11 ne s'agit donc pas de faire l'homme tout grand et tout bon, malgré le sentiment qu'il a de sa faib'essc et de sa corruption; celle opinion ne pourrait que l'enivrer de l'amour de lui-même. Il ne s'agit pas non plus de le faire toutméchanl et tout méprisable, malgré le sentiment qu'il a de sa noblesse et de sa dignilé; celte opinion, en le ravalaiit, ne pourrait que le jeter dans les voluptés les plus grossières.
La doctriDe que développe Jacques Panialéon tient le milieu entre ces deux extrêmes; elle nous fait voir dans l'homme l'image de Dieu dëOgurée, mais non effacée, et lui apprend à se défier de lui-même, sans délruire les hautes idées qu'il doit pourtant en avoir. Elle nous enseigne que la race humaine, tombée de si haut, impuissante à se relever d'elle-même, appelait un médiateur qui la rétablit avec Dieu dans les rapports que le péché d'origine avait brisés; un homme-Dieu qui réconciliât le ciel avec la terre, et fit embrasser dans sa personne la justice et la miséricorde, le pardon et le repentir.
c Ecce enim vetitatem dilexUti ; incerta et occulta sapientiœ c tuœ manifestali mt'At, vous. Seigneur, vous aimez la vérité ; c vous m'avez manifesté les secrets de votre sagesse. • — Ici, le savant patriarche expose comment la vérité s'est révélée en ce monde par l'incarnation du Verbe. C'est un grand mystère que celui d'un Dieu qui daigne s'unir à notre nature ; mais il fait admirablement ressortir les attributs divins et l'excellence de notre âme. Qu'elle est redoutable, celte justice, qui n'a voulu être apaisée que par les humiliations et les souffrances de Jésus-Christ t Qu'elle est énorme, la malice du péché, qui a dû être expiée par une telle viclimet Hais aussi qu'elle est ineffable, la bonté qui a bien voulu s'abaisser d'une manière si prodigieuse ; et quelle n'est pas Texcellence de nos âmes rachetées à un si haut prix! Combien ces pensées sont capables de nous enflammer d'amour et de reconnaissance pour Dieu ; combien elles doivent nous pénétrer d'horreur pour le péché qui l'offense, en même temps qu'il nous dégrade !
< Asperges mehyssopo^ et mundabor^ arrosez-moi avecThy- € sope et je serai purifié. — Vos saints docteurs, 6 mon Dieu,
< nous apprennent que Thysopc est une plante humble et
< médicinale, dont les racines, dit-on, s'attachent aux fentes c des rochers; elle est douée de propriétés purgatives et calme c l'inflammation des poumons. D'où je conclus. Seigneur Jef sus, qu'en parlant de cette plante, ^ous avez voulu parler c de rhumilité, vertu modeste, quand on la considère en elle-
i36 JACQUES PANTALËON
f même, mais la {dus grande à vos yeux> et qui, par ses mys»
€ tërieux attraits, charme plus que toutes les autres la cour
i céleste. 0 souverain médecin des âmes, tous avez donné à
€ l'humilité le pouvoir de guérir de l'enflure de l'orgueil ; 6
f vous qui, du haut de votre trône de gloire, daignez regarder
c les humbles et les élever parfois aux honneurs suprêmes,
c vous qui êtes immense et sublime, vous avez abaissé les
c cieux; vous êtes descendu sur la terre revêtant la forme
ff d'esclave, afin d'offrir au genre humain l'exemple de Thu-
« milité, et de remédier, par cette prodigieuse abnégation,
f à l'orgueil des mortels. Quand votre majesté se réduit
c pour notre salut au plus profond anéantissement, n'est-ce
c pas une indignité qu'un vermisseau fasse le superbe et
A s'élève avec arrogance contre vous? Quoi de plus étrange
€ en effet, quoi de plus déteslable, quoi de plus punissable,
c que l'homme qui se glorifie insolemment ici-bas, tandis que
€ le fils de Dieu, le premier dans le royaume des anges, s'hu-
c milie jusqu'à devenir le dernier dans le royaume des
c hommes ^
c 0 mon Jésus, 6 mon maître, vous nous avez ouvert le
c livre de votre humilité, et vous nous avez donné une leçon
€ digne d'être perpétuellement retenue, lorsque vous nous
c avez dit : apprenez de moi que je suis doux et humble
c de cœur! 0 humilité sublime! vous auriez pu dire : appre-
I. Saocli lai, Domioe, per qaos iaas etiim parabolas cdisscre Yuluisii, dicuot Qobis qu6d byssopus est hcrba bumtlis et medicioalis , cujus radii ptVm dicilur adbsrere et iaflammatos reprimere et purgare ; et idée , qaaodô bic loculus es, Domioe, de byssopo, de bumililate intelltgis uobis loqui, qoe in coosideratioue sot est modica , illa virtus qus io coaspcciu (uo et tolius cœlestis curie maiima repatalur. Cui ta, Deus, summus mcdtcus, magoam cootolisii coolrà tumorem superbi« medicinam , quandè (a , qui de eicel.%0 gloris lue (broao haroilia respicis et pools buniiles io subliroi , cùm esses immeosus et excelsus , ioclÎDasli cœlos et desceodisli in (erram , forinam •ervi accipieos, ut bamiliialis eiempluin bumaou gcncri eibiberes, et esaet medicioa tumoris io bomioe, bamiliias tua, Cbrisle. Vh\ eoioa, Domine, tua se eiinanivit majestas, indigaum est ut vento superbie infletur vermiculus et tumescat. Quid eoini magis miraodum, quid aropliùs dctcstaoduni , quid graviùs ponicndum quèm quod videos* Dci filium, summum in regoo cœlo« rum , Dovissimam faclum in rcgoo bominum... Loco cU<Uo, pag. 118.
IdT
nez de moi à former les teintes inimitables de l'aurore , les splendides rayons du soleil et toute la merveilleuse structure de ce vaste univers. Mais parce que la vraie humilité est plus puissante que la vraie grandeur, 6 Docteur incomparable de la vertu, vous avez mieux aimé dire : Apprenez de moi naissant dans une étable, préchant parmi le peuple, opérant des miracles en faveur des malheureux et mourant sur une croix, apprenez que je suis doux et humble de cœur. Si vous répandiez de cette hysope dans le fond de mon cœur, je m'attacherais par toutes les racines de mon être à vous, Jésus-Christ, qui êtes le plus solide fondement de l'Église, je m'y attacherais si entièrement que je ne ferais plus qu'un seul et même esprit avec vous; et4ransporté de joie, je m'écrierais : Il est agréable, il est délicieux de demeurer inviolablement attaché à vous, Seigneur, mon Dieu' t
c Lavabis me et super nivem dealbabor^ lavez-moi et je deviendrai plus blanc que la neige. — Je vous en supplie humblement et dévotement, aspergez- moi à l'intérieur et à l'extérieur avec celte hysope, et je serai entièrement purgé de mon énorme péché qui est l'orgueil, le premier et le plus grand des péchés capitaux. Non content de cette aspersion, purifiez moi par votre sainte grâce dans le baptême de sang de mon âme; oui, régénérez dans le bain de la pénitence celui que vous avez déjà lavé dans le baptême d'eau et de feu, et je deviendrai plus blanc que la neige. J'ose le dire en toute confiance, parce que vous l'avez déclaré vous-même : Quand même vos péchés seraient rouges comme Técarlatc, ils deviendront blancs comme la neige dans
1. ... 0 si cordis mei ÎDltma aspergercs bàc byssopo, ceriè sibi qui es firmissioM pe(ra,Chrisle, to(o corde radiciiùs adha;rcrcni iià quod unusesbeni iecum , et pr« gaudio ciclainarem quèd tibi Doiuiiio Dco mco boouni cài idhaererf... Deprecor bumiliter et devotè dt me intcrius et eitcriùs digneris i»pfrgere bée bytsopo, et moodabor. Ac peuiiùscmundaborà dcliclo mâiiiiio, qo6d est aoperbia, que, iater magna, uod solùm majus, srd primum et uaiioMm est delietiim. Et post emuodationem , lavabis oie, pcr graliam iuam m baptismo sangniois aoîmiB mes... Laco cUalo, pag. 119.
le sacrement de pénitence. Ainsi, par le pur effet de votre miséricorde, les œuvres de sang seront changées en votre vêtement; de telle sorte que vous ferez de moi, avec vos autres éins dont vous êtes orné dans la gloire comme d'un brillant manteau, un vêtement radieux comme celui que vous avez admirablement choisi pour votre transfiguration^ vêtement qui devint d'une blancheur que nul foulon sur la terre ne pourrait jamais égaler.
c Auditui meo dabis gaudium et lœiitiam; et exuUabunt ossa humiliata^ vous ferez retentir à mon oreille les accents de la joie et de Tallégresse, et mes os, qui sont brisés de douleur, tressailleront d'aise, — si jamais vous me permettez d'erflcndre avec ceux qui vous ont vêtu dans votre nudité, celte parole ravissante : venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde. 0 voix de jubilation et de salut qui cause à ceux qui l'entendent une joie éternelle en Jésus-Christ, résonne à mes oreilles! car tu as des accents d'une extrême suavité, et le visage de celui qui les profère est d'une beauté infinie. Par respect pour vous, ô mon Dieu , j'écouterai, silencieux et recueilli, ce que votre Esprit- Saint me dira intérieurement , parce que déjà il ne me parle que de paix, du moins autant que le comportent les bruits de la terre. En l'écoutant, certaines vérités indicibles , qui ne peuvent venir que de votre inspiration, tomberonl goutte à goutte dans mon cœur. 0 Époux le plus secret de mon âme. faites que j'écoute comme l'ami de l'époux, en silence et sans défaillir, au dedans de moi, celle voix mystérieuse; faites que la voix de rÉpoux me ravisse d'allégresse, afin que mon âme, qui ressemble à une neige durcie par la gelée sur la montagne de l'orgueil, se fonde à la chaleur brûlante de votre langage enflammé, et qu'ainsi liquéfiée, elle descende avec joie et promptitude dans la vallée de l'humilité.
c Aterte faciem tnam a peccatis tneis et omnes iniquitates mcas dele^ détournez votre visage de mes péchés et effacez
c loQtes mes iniquités. — Jusqu'à présent, Seigneur, mon c Dieu, je ne vous ai parlé que d'un seul péché el d'une c seule iniquité, c'est-à-dire de mon grand orgueil cl de mon
• excessive présomption; ce qui déjà m'effraie, surtout quand
• je songe que vous n'avez pas épargné les anges superbes; i Lucifer était un modèle achevé de sagesse el de beauté;
• cependant, à cause de son orgueil, vous l'avez précipité c des délices du Paradis dans les horreurs de l'Enfer. Aussi, « Seigneur, vous ai-je demandé instamment de détruire mon f péché, d'effacer mon iniquité, qui ont fait à mon âme une c tache fortement empreinte. Biais comme l'orgueil constitue c le fondement et le commencement de tout péché, el qu'il a
• poussé l'ange et Thorame à la révolte contre vous, il a c engendré en moi , comme une racine empoisonnée , beauc coup d'autres vices nés de la concupiscence. C'est pourquoi € j'implore humblement votre ineffable bonté, je la conjure < de ne pas changer en lamentations el en voix de larmes les f tressaillements de joie que vous avez fait ressentir à mes c os mortifiés. Ne détournez pas de moi votre visage , mais c montrez-le moi, el je serai sauvé. Carvauscontempleret vous € aimer, vous contempler et vous aimer encore, voilà le ciel, c L'âme, ici bas, en reçoit quelquefois unavant-goût. Alors, elle c est dans la jubilation. Ne détournez donc pas de moi les ro* c gards de votre divine bienveillance, mais fermez les yeux sur
• mes péchés, de peur que leur vue n'offense votre sainteté c et que vous ne m'en infligiez le châtiment.
< Cor mûndum créa in me, Deus, et Spiritum rectum in-
I . ... Nunc aulem quii intclligo qti6d ci hoc pcccalo lofo, laaquain & quedam virutmîâ radicc, inuita iii me peccaia ri iniquitalcs alic poilu lavrruDl» cùfii SQperbia rundarocniotn et iniiiuro sil omoia pcrcati« ri angclum cl liomincm aposlatarc à le frc4*ril nimiùm impudcntiT; tdeo imploro buroiliirr tuani Dcu9, ineflabilen] pieuiem, ne Ittlilia cl etuliatio quas aiidilui mco et humilia lalis os$ibu5 oicis inrudissi , in lamcmumel vocem ncnlium cooverialur. A verte facicm luam. ooo-so'ùin ab illo pcccato mco «upcrbis, scd eiiàni ab omnibus IMnrcalis mcis; ilà lanien qu6d à me loam facicm non arcrtas; qui io hAc ¥iiA Yolo quarere luam fdcicm , boc e»l jucoadam prsscotiaui luani , »eroper ; scio ctiim, Domine, quod tua faciès in jubilocontcmplatur; et si cam mihi ostcndcris, salvusero... LococUalo, pag. 120.
iiO JACQUES PilTNTALÉON
nova in visceribus meis^ créez en moi un cœur pur, 6 mon Dieu, et renouvelez l'esprit de droiture au fond de mes entrailles. — 0 Dieu de mon cœur, vous qui donnez rintelligenceaux petits, donnez moi de comprendre ce que je demande, quand je vous demande de créer en moi un cœur pur, de peur que vous me disiez, commeaux (Ils deZébédèe : Vous ne savez pas ce que vous demandez. La splendeur des cieux n'est qu'une ombre en votre présence, et vous trouvez des taches jusque dans vos anges; combien moins l'homme, qui n'est que corruption et pourriture, peut-il dire : Créez en moi un cœur pur. 0 lumière inlelligible, dont les perfections invisibles sont devenues visibles par les merveilleux phénomènes de la création^ instruit par renseignement interne que vous me donnez dans l'école intime de mon cœur, je comprends que, de même que mon corps tire du cœur charnel sa vie et son sentiment, sa joie et sa douleur; tellement qne s'il était séparé de ce cœur, il resterait privé de toutes ces choses; de même, et avec plus de force et de vérité, vous élef^, 6 mon Dieu , le cœur et la vie de mon âme.
c Quand vous y habitez, elle vil de la vie de votre grâce, elle goûte spirituellement les douceurs et les amertumes; car les choses célestes et les vertus lui sont douces, les choses terrestres et les vices lui sont amers. Effectivement , si quelque membre do votre corps mystique triomphe dans la prospérité, les autres s'en réjouissent avec lui: s'il éprouve les atteintes de l'adversité, les autres en souffrent par un sentiment de mutuelle sympathie; c'est ainsi que je sens que mon âme a un cœur; mais si vous vous séparez de mon âme à cause de mes iniquités, alors elle n'a plus aucune sensation; elle est comme morte. Étendue comme un cadavre dans le cercueil de son corps, elle peut dire avec le prophète : Mon cœur m'a abandonné. Oh! qui me rendra l'innocence baptismale? qui me donnera cette aimable pureté qui me consente dans l'union avec mon
c Dieu? Vous seul le pouvez, miséricordieux Seigneur, et je € n'attends cette grâce que de vous. Réprimez le penchant de c ma nature corrompue; créez en moi un cœur pur; versez c sur mes lèvres quelques gouttes de ce vin céleste qui fait c germer les vierges, afln que mes désirs détachés, de la terre,
< ne se reposent qu'en vous, et s'y rassassient éternellement c des délices ineffables que vous réservez à ceux qui ont le € cœur pur. »
Ensuite, Jacques Pantaléon exprime sous les formes les plus vives et les plus tendres, cette componction du cœur qui couvre notre visage d'une honte salutaire, celte contrition intérieure qui remplit notre âme d'une douleur inconsolable, celte confusion spirituelle qui mêle son amertume a toutes les douceurs de la vie, môme les plus innocentes, par la crainte du jugement de Dieu, cette sainte impression d'un cœur pénitent qui baigne sa couche de ses larmes, ce regret sincère et profond de ne pouvoir égaler la satisfaction à la grandeur de l'offense. Au milieu de ces sentiments, il supplie le Seigneur Jésus de renouveler, au fond de ses entrailles, l'esprit de droiture; puis, dirigeant vers le Père des miséricordes ses soupirs et ses gémissements, il s'écrie :
« Ne projicias me à facie tud et spirilum tuum ne auferas à
< me, ne me rejetez pas de votre face et ne retirez pas de moi c votre Esprit-Saint > •— La vue claire de la Divinité, la jouissance intime de ses perfections, voilà ce qui composera éternellement le bonheur des élus, ce qui ravira éternellement leur âme, ce qui fera naître en eux d'incompréhensibles Iransporls, qui se renouvelleront sans cesse parce que sans cesse l'Etre infini leur offrira de nouveaux sujets d'admiration, de louange et d'amour« Détachons- nous donc des choses de la terre et de nous-mêmes; ne vivons plus qu'en Dieu, de Dieu et pour Dieu. Que cherchons-nous hors de lui? Ne renferme-t-il pas tous les biens? Oh quand nous sera-t-il donné de le voir tel qu'il est, face à face, de nous rassasier de son être, de sa gloire infinie 1 hâtons de nos vœux cet heureux jour, jour de la déii-
yrance et de Taliégresse sans fin ; et, dans l'ardeur de nos' désii^, écrions-nous' :
« Bedde mihi lœtiliam salutaris tui et spiritu principali con-
< firma me, rendez-moi la joie de votre salut, et fortifiez-moi € par votre Esprit souverain. — Apprenez-moi à faire mon sa-
< lut par Jésus-Christ, mon Sauveur, qui est ma lumière et c ma vie, ma force et mon refuge, ma joie et ma consolation. € ma gloire et mon bonheur. Vous qui êtes TEspril par ext cellence, vous qui êtes l'immense demeure des esprits bien c heureux, vous en qui reposent les âmes des saints, je vous t ai d'abord invoqué comme un esprit de rectitude, ensuite
< comme un esprit de sainteté, puis comme un esprit de puis- « sance, avec l'intention d'appeler à mon secours les trois perc sonnes divines qui constituent votre être, afin que l'adora- « ble Trinité confirme ce que votre grâce a opéré en moi.,.
t Docebo iniquos vias tuas^ et impii ad te couvert entur^ j'en- ( soignerai vos voies aux méchants, et les impies se conver- « tiront à vous. » — Il arrive que des âmes pécheresses, loin démettre leur confiance en la miséricorde divine, désespèrent de leur salut; elles envisagent le Seigneur comme un juge inexorable qui a déjà peut-être arrêté dans ses décrets leur éternelle réprobation. Jacques Pantalëon, ce grand maître de la vie spirituelle, loin de chercher à intimider ces pauvres âmes déjà trop abattues par la crainte, travaille, dans sa paraphrase, à leur I élever le courage, à leur inspirer une ferme confiance aux mérites de Jésus-Christ; il se donne lui-même pour exemple de l'étendue des miséricordes divines, de la puissance de la gtftce,de la patience extrême avec lesquelles Dieu supporte, éclaire, et convertit les pécheurs c Vous êtes digne d'admirac tion et de louange, dit-il au Seigneur, parce que, d'ignorant c que j'étais vous m'avez fait docteur, de loup que j'étais vous
i, ... O Deus qui es maiimus spirilus, maxiiua regîo spirilDttm bealoram ; in quo sanctorum anima; requiescutu ; le priniô buperius invocavi spirilum rccluni ; secuudè, spirilum saoclnm; terliù spirilum principaiem; inteodeus, lotam quas in le est Triuitaleni, in mMim auxilium invocare ad boc ut quod in me operalus es confirmelur... Loeo eiiaio, p. 429.
c m'avez fait agaeau, de Saul que j'étais voos avez fait de moi c un Pauli. i
ff Libéra me sanguinibus^ Deus^ Deus salutis meœ, et extUtac bU Hngtta mea juslUiam tnam, mon Dieu, Dieu de mon sac lut, délivrez<moi du sang, et ma langue publiera votre jus' ( lice. • — Dans une famille nombreuse, lorsqu'il se irouve un enfant infirme ou mal conformé, un père et une mère sages se gardenl bien de lui témoigner moins de tendresse qu'aux autres; au contraire, par un redoublement de soins et de caresses, ils tâchent de le dédommager des disgrâces de la nature. A Dieu ne plaise que nous supposions en lui moins de sagesse et de bonté que dans les êtres chéris qui nous ont donné la vie. Lui-même se compare à un bon père, à une mère compatissante, pour exciter notre confiance. Lorsque la vue de nos dé fauts, de nos infidélités, de nos chutes, nous trouble, figuronsnous que dansia famille du Seigneur, nofUs sommes ce pauvre enfant maltraité par la nature; nous n'avons que des besoins et des misères à lui présenter. Yoilà justement un motif de sa prédilection pour nous. < Aussi ma langue, ajoute Jacques c Panlaléon, exaltera dans la joie et dans l'allégresse, non pas c celle jqstice sévère qui jugera les justices mêmes, mais cette
< justice pleine de clémence qui sait si admirablement rendre
< â chacun ce qui lui est dû. »
«* Domine^ labia mea aperies^ et os metim annuntiabit laudem c tuam^ Seigneur, vous ouvrirez mes lèvres et ma bouche anc nonceravos louanges.— 0 vous qui avez ouvertia bouchedn • prophète Zacharie, pour qu'elle célébrât vos magnificences;
< vousqui,aucontraire,avezfermélagueule des lions, de peur c qu'elles ne dévorassent Daniel dans leur fosse. Seigneur,
< mon Dieu, ouvrez mes lèvres, non seu Icmcnt les lèvresde mon c corps, mais les lèvres de mon cœur, c'està dire mes désirs et c mes volontés. Carde même qu'aucun aliment ne peut entrer
2. ... la qao tu Deus mcos doces me uUlù, mirabilis aU|ae Uudabilis aprtrebis eô qaod repeolè me doclonm ffceris de igooraole, de lupo agoum, de altéra Saalo Paulom; et alii peccal4Mres Yideotea qaod mibi peperreris, pioficient par eiempltt», et sic verbo et esemplo docebo ioîquos... Loco eiloto, pag. itu
» dans U bouche dacorpset se changer en noorrilore, s'il D'est c préalablement broyé sous les dents; ainsi mon cœur ne saurait c être inondé de délices, s'il ne vous soumet pas entièrement c tous ses désirs et toutes ses volontés. Daignez donc vous inc troduire dans mon cœur, ô vous quiètes ma meilleure nour-
< riture ; venez lui procurer la subsistance spirituelle; mettez- ( là entre les dents des vertus et des fervents désirs de mon f âme. Alors, vous qui avez été brisé pour nos crimes, oppri-
< mez-moi fortement sous le poids de vos bienfaits ; renou-
< vêlez les souvent, de telle sorte que mon âme, remplie des c douceurs de votre indicible bonté, puisse chanter ce verset c du Cantique des cantiques : Rien n'estplus suave que la voix
< de mon bien-aimé qui m'invite à faire de lui l'aliment de c mon cœur et à me désaltérer à cette source pure dont les c eaux rejaillissent dans l'éternelle vie^
• Quoniam si volumes sacrificivm^ dedissem utiquè^ holo-
< caustis non delectaberis, si vous aviez voulu un sacrlGce, je c vous l'aurais offert ; mais les holocaustes ne vous sont point
< agréables.» —Tout ce qu'il y avait de plus imposant, de plus auguste dans les cérémonies de Tancienne alliance, n'était qu'une légère ombre des mystères de l'Homme-Dieu. David célèbre avec pompe le retour de l'arche à Jérusalem; mais celte arche était vide, elle ne renfermait pas le Sauveur du genre humain. Salomon bâtit un temple magnifique; il en fait, en présence du peuple saisi d'un religieux respect, la dédicace' solennelle; des victimes sans nombre sont immolées; mais ces viclimes, qu'est-ce? de vils animaux dont le sang ne peut apaiser la souveraine justice. Le monde demeurait dans l'attente du salut annoncé, lorsque voilà qu'au moment prédit, s'accomplissent les promesses saluées de loin par les patriarches et les prophètes. Le Désiré des nations vient dans son
i, ...Qui aperutsii os Zacharia prophétie, quod nemo claadere poluit quio te beoedicerct dominam suum ; qui , è converso , ora leooum lo lacu ade6 conelosisti qu6d nemo potait illt aperire ut ledereot DanieleiD. Aperi labta niea , Doua, et non solùm lahio corporis mei, aed etièm cordis, que taot ejaa deaiderla el voluDlates. . . loco eiMo^ pag. i23.
PATRIARCHE. i\h
lemple, se repose au fond des tabernacles sous les \oilPs du sanctuaire; le ^rai sacrifice de propitlation remplace à jamais les sacrifices figuratifs ; et comme nulle oblation ne saurait égaler la valeur de celle divine immolation, Jacques PanlaléoD demande à Dieu, avec une sainte imporlunitë, quelle offrande il doit présenter à sa souveraine grandeur. Une voix mystérieuse lui répond du haut des cieux :
t Sacrificium Deo spiritus contribulatus ; cor conlrittim et c humiliatum^ Deus^ non despicies Le sacrifice qui plaît à c Dieu est un esprit brisé de douleur; vous ne dédaignerez c pas, 6 mon Dieu, un cœur contrit et humilié. — La plus c agréable offrande qu'un pécheur puisse vous faire, c'est de
< supporter avec patience les afflictions qui l'accablent et qui t le consument comme une fournaise ardente, c'est de souffrir f avec une entière résignation, avec un abandon sans réserve
< à votre adorable volonté. I^es autres oblations, les autres « sacrifices sont extérieurs; mais le courage dans les Iribulai lions, la résignation dans les épreuves, la soumission aux « décrets de votre Providence, viennent du cœur. Lorsque « l'esprit est rassasié d'opprobres, écrasé sous le poids des an- € goisses, et qu'il n'en demeure pas moins embrasé du feu de c la charité, lorsque rien n'ébranle sa patience, et que loin de c méditer quelque vengeance, il accepte tout sans murmurer,
< alors, Seigneur, vous qui êtes le Dieu de patience et de
< consolation, il s'attache fortement à vous, il s'enchaîne à c vous, il se sacrifie à vous; alors il vous offre en holocauste c des victimes grasses avec la fumée des chairs brûlées d'inf nocents béliers ; et l'odeur de ce suave encens modère les f foudres de votre colère; alors les bœufs de l'enlêtement et c les boucs de l'insolence sont immolés dans l'homme, et il c n'y reste plus rien de la sauvage violence de la béte^
1. ... Cùm eDim spiritas Iribalaliooibas qaatitar, Gootumeliis agitator ; et DÎhilofflioùs soiias caritalis igné succeosos ei virtute patieatis ioiùs io peccatore ioteger reservalas, dod cogilaos de viodictâ; tibi, Domine, qai es Deus pa- |ieotiae et solaiii, inler illatas iojarias leoeinr, restringitur et mactatar ; luiic io furore tao ponitor ibjmiama, tùnc bolocaDsia medullata tibi cum inceoso
U6 JACQUES PANT ALÉON
t Voilà pourquoi vous avez dit, dans le Livre de la Sagesse que rhomme patient vaut mieux que l'homme fort, et que celui qui sait se maîtriser lui-même l'emporte sur celui qui prend des villes d'assaut. En effet, d'innombrables guerriers se sont rencontrés qui subjuguèrent les populations et les cités; mais les hommes qui se domptèrent eux-mêmes sont extrêmement rares. Les victoires des conquérants, quelque brillantes qu'elles soient, ne méritent pas une aussi glorieuse couronne que les victoires que Ton remporte sur soi-même par Texerciccde la patience. Cette vertu triomphe sans armes, souvent même elle sort victorieuse de ses combats contre les hommes armés. Mais hélas! combien de fois, dans le feu des tribulations, n'ai-je pas fait éclater ma colère? Combien de fois, oubliant que vous étiez avec moi au milieu des tourments, mon impatience ne s'est-elle pas enflammée contre mes persécuteurs? Combien de fois ai-je perdu mon cœur dans les mouvements impétueux de ma fureur? Combien de fois, aveuglé par des nuages de tristesse et par je ne sais quels troubles qui s'élevaient du fond de ma nature corrompue, aî-jc cherché en vain la porte de mon cœur pour entrer en moi-même, afin d'en bannir toute agitation, toufo tempête, de peur que mon esprit accablé de maux ne grondât intérieurement comme la foudre, n'étincelat comme l'éclair? Si parfois. Seigneur, mon Dieu, vous m'avez accordé la patience au milieu de ces orages qui troublaient ma tranquillité intérieure, c'est que votre ange, qui jadis descendit avec Azarie dans la fournaise pour en rafraîchir les brûlantes ardeurs, descendait, ce me semble, dans mon cœur pour y répandre la douce rosée de vos consolations... »
Ensuite le vertueux patriarche se recueille en lui-même ; puis avec une humilité profonde et une ferme résolution de se
ioDocentum arielam offerrniur; tanc in horoinc, onini bestiali ferocilale desiructA, bo?e8 toliùs cprvicocitatis, comhireis pelaleolie, iinmolaiur... Loco cilalo, page 124.
PATRIARCHE. ié7
corriger, il confesse ses péchés devant Dieu, il les déteste avec un cœur parfaitement contrit, avec une sincère componction ; il s'afflige moins de s'être exposé à des supplices éternels, que d'avoir été ingrat envers son Créateur, le plus tendre des pères, et d'avoir outragé son Sauveur, le meilleur des amis. Alors son âme, oppressée par la multitude des sentiments, s'exhale en aspirations vives et affectueu^esi :
c Bénigne fac^ Domine^ in bond mluntate tud^ Sto», ut œii- « ficentur mûri Jérusalem. — Dans votre amour, Seigneur,
< répandez vos bénédictions sur Sion, et que Jérusalem voie « relever ses murs. — Oui, comblez de vos grâces la région « supérieure de mon âme, que figure la citadelle de Sion située c autrefois sur la montagne de la Jérusalem terrestre; du
< haut de cette forteresse, la sentinelle vigilante jetait le cri c d'alarme à la vue de l'ennemi. De même, la raison» cette partie « plus élevée de mon être, établie sur le Irâne de mon âme, c se révolte dés qu'elle aperçoit les perfides suggestions qui c viennent assiéger ma Jérusalem intérieure, et ne cesse de c se récrier contre ces ennemis du salut. Pour que la sentic nclle de cette Sion ne dorme ou ne sommeille point en moi, M puisqu'elle doit faire avec vous la garde autour de la cité, « Seigneur, Dieu de clémence, répandez sur elle les bén^dicc tions de votre bonne volonté, c'est-à-dire rendez-moi docile c à vos commandements ; opérez en moi une transformation c par le renouvellement démon esprit, afin que je reconnaisse c quelle est la volonté de Dieu, ce qui lui est agréable, ce qui c est bon, ce qui est parfait. Si vous m'accordez cette faveur, c Dieu de bonté, je m'estimerai mille fois plus heureux que
< si vous me donniez toutes les prébendes et toutes les dignic tés de l'Eglise militante.
1. ...Hocc&C, un sopertori anim» parti, qaa per arccm Sioo olim siUm io emiaentiori loco iUius materialis Jérusalem, desiguatur ; io cujua fastigio, aicat speculaior ezcubans visis hoslibus corporaliliu^, exclamabal. Sic pars illa superior ralioais, quasi in emineoti aaima roee solio coosiiluta, spiriiualet oeqaiiias mcim ioleriorem Jérusalem impogoaoles, veoieoles, provideos, coolrà eas senper remarmoraiei réclamai... Loco cUaio. pag. 126.
i48 JACQUES PANTALÉON
« Qae mon fime, cette iérasalem b&tie comme une cité an- « dedans de moi-même, voie relever ses murs, je vous en sup-
< plie, 6 très-doux Ami des âmes. Je sais que vous êtes d'une
< mansuétude inépuisable, et que votre miséricordieuse bénic gnité se laisse facilement atlendrfr par les peines salisfactoires
< du coupable ; dans celte persuasion, je vous conjure de re- « lever les murs de mon âme et de les asseoir sur le triple fon- « dément d'une fol vive, d'une espérance ferme, d'une sincère c charité; en même temps détruisez de fond en comble, en
< moi, les murailles de cette Jéricho mondaine, symbole de
< mes affeclions déréglées, et qu'elles ne soient plus jamais « relevées. Car le démon a employé à cette construction la c boue de la volupté, la paille de la vanité, le ciment de la
< cupidité. Encore un coup, Seigneur, renversez les murailles c de cette Jéricho ; élevez sur ses ruines ma Jérusalem inlé-
< rieure qui menacerait bientôt de crouler, si vous n'en étiez c vous même l'architecte. Vous seul pouvez, dans mon édifice- « spirituel, poser la foi comme pierre angulaire, ériger l'es-
< pérance comme mur d'appui, établir la charité comme forc teresse inexpugnable ^
€'Tunc acceptabis sacrificium justitiœ^ oblationes et holo-
< causta; tune imponent super altare tuum vitulos. Alors
< vous agréerez le sacrifice de justice, et les offrandes et les • victimes; alors on immolera sur votre autel la chair des
< taureaux. • — Ici le pieux et savant commentateur invoque celui qui possède le sacerdoce éternel, le pontife invisible des biens futurs et célestes; illui offre les sentiments de l'adoration la plus profonde, de l'amour le plus ardent, de la dévotion la plus tendre ; il le conjure de brûler et de consumer tout
2. ...OEdificavit enim diabolus maros istos de lulo voloplatis, paleâ vanitalis , et latere cupidilatia. Per te erg6 , Domiae , mûri istius hiericho destraao lur in ooe , el cdiBceatur Jerosalein sopradicti ; qooa oisi tu ipse «dificaveris , in vaDum laboraveruot qui eos adificare putaut. Tu eaioi, Domine, solus e« qui idem quasi fundamentum rourorum isiorum Infundis ; spem veluti pariete m erigia; chariiatem laoqubm incipugoabiiiapropugnaculaconatruis. Lococitaio^ pig. IM.
ce qui reste de terrestre et de charnel dans son cœur, afin d'en faire un tabernacle digne de la divine Majesté, c Comme vous avez encore d'autres autels, Dieu des vertus, € mon Roi et mon Dieu, dit-il, je supplie votre toute-puis-
< sance d'ordonner à vos anges de porter dans leurs mains « mes oblations, mes louanges et mes prières sur votre ff sublime autel, en votre sainte présence, où les bienheureux f feront retentir, dans les siècles des siècles, votre demeure c de leurs chants les plus mélodieux. • Il termine par une magnifique paraphrase de la petite doxologie qui renferme la louange de l'adorable Trinité. Cette conclusion finale nous semble un solennel acte de foi de Jacques Pantaléon au mystère d'un seul Dieu en trois personnes. Le vénéré patriarche reconnaissait dans ce grand mystère le sommaire de toute la révélation, le centre de tout le christianisme, la source de toute grâce et de toute sainteté.
€ Gloria patri, gloire au Père, — s'écriait-il dans un pieux c transport, gloire au Père incréé, gloire au Père du siècle fuc tur, au Père des pauvres et des orphelins, au Père des conc solalions et des miséricordes, au Père des esprits et des lut mières, gloire au Père trois fois saint qui n'a pas épargné son c propre fils, mais qui l'a livré pour le salut de tous. Celui-là
< seul est vraiment notre père ; son nom date des siècles des sièi clés. 0 mon Père et mon maître, du haut des tabernacles éterc nels où vous habitez et du trOnede gloire où vous êtes assis, c considérez, visitez la vigne de mon âme que vous avez formée c dans le baptême. Où est votre zèle, où est votre force pour c m'arracher avec violence de i'ablme du péché? Malheur à i moi. Seigneur, vos entrailles se sont endurcies à mon égard ! i Pourquoi avez -vous permis que j'errasse loin de vos voies, • et que mon cœur blasé perdit le sentiment de votre crainte? € Maintenant , ô mon Dieu, vous êtes notre Père; nous somc mes tous formés de terre ; vous êtes notre Créateur; et nous c sommes tous l'ouvrage de vos mains. Que votre colère s'ac paise, Seigneur; ne vous souvenez plus de mes iniquités.
150 JACQUES PÂMTALÉON
car tous les objets de mes désirs sont tombés en ruines. Estce que vous resterez insensible à ces choses? Et conlinuerezvous, en silence, à m'affliger des maux les plus cruels? 0 mon Père, j'ai péché contre le ciel et en votre présence , et je ne suis plus digne d'être appelé votre fils; mais votre ineffable tendresse me fait espérer que vous me regarderez au moins comme un dB vos mercenaires. Pour obtenir cette grâce, je me prosterne à vos pieds, 6 Père de mon Seigneur Jésus-Ghrist, d'où procède au ciel et sur la terre toute paternité; accordez-moi, selon les richesses de votre gloire et les trésors de votre bonté, le don de persévérance dans la vertu; obtenez que la foi, fécondée dans mon cœur par l'amour, opère des œuvres qui vous soient agréables. A vous, 6 notre Père souverain, qui pouvez nous dépaitir des faveurs plus précieuses et plus abondantes que nous ne saurions en demander et en concevoir, à vous soit la gloire en Jésus-Christ et dans l'Église, et dans toutes les générations des siècles des siècles M
« Et filio, et au iils. — Votre Fils bien aimé, dont nous avous vu la gloire, la gloire du Fils unique du Père; et quoique personne n'ait jamais vu Dieu, lui cependant qui réside dans le sein du Père, l'a vu. Je crois fermement en lui et je le confesse en toute sincérité ; car celui qui ne croit pas en lui est déjà jugé, parce qu'il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu. En cela, la charité divine s'est manifestée envers nous, parce que le Père céleste a envoyé son fils unique dans le monde, afin que nous vivions par celui qui fut obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. 0 vous donc, Fils unique du Dieu vivant. Rédempteur du monde,
i, ...Glorii pairi iogeailOi patri raturisccali, palri pauperam, pairi orpha- DORim, palri midcricordiarum , patri spiriiaum, palri lumioum, palri sanclo, qui proprio fitio doo peprrcit, sed pro nobis omnibus iradidii illum. Hic verè rt fioloa est palcr ooaler ; k Sftculo nomeo fsl cjua. Alicodc ergô , paler et Domine, attende de cceloet babilaculo sanclo luo et de solio glori« tu», et de fiolîo gloris lus , et vide cl visita viocam anim» me® quœ in baplismo plamasU ubi eit Domine zelus luus et forliiado tua qui me reirabuni violenter et pcoitàsè peoeato... Loco eUtUo , pag. it%.
ayez pilié de moi f Dieu vous a donné le pouvoir de prononcer tout jugement, je vous en supplie, remettez-moi mes péchés avant que vous ne veniez me juger ; et alors, 6 Dieu, jugez- moi de telle sorte que vous sépariez la cause de mon âme de celle d'un peuple impie. Car vous êtes le Fils unique que Dieu le Père a engendré avant l'aurore dans la splendeur des cieux^ vous êtes le premier- né que la bienheureuse Vierge Marie, votre sainte mère, a enfanté sur la terre; et, après vous, elle n'en a plus mis d'autre au monde; vous êtes l'Enfant- Dieu que les anges entourèrent de leurs célestes phalanges à votre berceau; leurs concerts harmonieux ont célébré votre naissance en chantant : gloire à Dieu dans les hauteurs du ciel t
€ Ei spirituisancto el au Saint-Esprit,— ni créé, ni engendré, mais qui procède du Père et du Fils ; qui, au commencement du monde, était porté sur les eaux; qui est le Dieu de tout ce qui respire ; qui a parlé par les prophètes. Esprit de sagesse, d'intelligence et de salut, qui remplit tout l'univers ; qui produit en nous les ineffables gémissements delà prière; qui apparut, sous la formede langues de feu, sur la tète des apôtres et les a comblés de lui-même. 0 Esprit-Saint qui êtes Dieu, vous êtes un feu qui éclaire, sans consumer; un feu qui échauffe, sans brûler ; renouvelez mes reins et mon cœur, afin que je vous serve avec un corps chaste et un cœur pur. 0 feu divin, amour effectif, ardeur inextinguible, charité qui êtes mon Dieu, embrâsez-moi. Venez dans mon cœur, enivrez-le pour que j'oublie tous mes maux, et que je m'attache à vous, mon seul et souverain bien. Ayez pitié de moi. Seigneur, afln que je vous parle, moi qui ne suis que poussière et que cendre! Qui suis-je, pour que vous ordonniez que je vous aime, et que vous vous mettiez en colère contre moi, jusqu'à me menacer d'immenses misères, si je n'obéis pas à vos commandements? 0 Dieu d'amour, qui me promettez beaucoup de biehs, si je vous aime, donnez-vous vous seul, et cela me suffit; ordonnes ce que veus
JACQUES PANTALEON
c commandez, et commandez ce qae voua voulez; je vous de-
< mande cette grâce avec l'amour de votre amour, 6 voqs c qui êtes un esprit infiniment plus délicieux que le mieP.
c A vous donc, Père, Fils et Saint-Esprit, un seul Dieu en c trois personnes. Dieu grand, éternel, tout-puissant et très-
< haut, à vous la gloire et la jubilation, la louange et l'action c de grâces, l'honneur et l'empire dans l'éternité. Sicut erat c in principio comme dès le commencement, et même avant le
< commencement des choses, parce que les montagnes n'étaient c pas assises sur leur base, la terre n'était pas formée, l'unic vers n'existait pas encore que, déjà, depuis les siècles des € siècles, vous étiez, ô mon Dieu, dans les splendeurs de votre c éternelle gloire. Et nunc. et maintenant, car dès à présent c vous êtes glorifié en nous, â vous qui trouvez en vousc même la glorification que vous possédiez avant la création c du monde. A vous appartient l'éclat dont, au moyen de la t foi,' vous rayonnez en moi. Je n'ai qu'un désir, celui de c vous suivre dans toutes les affections démon âme; ne me € confondez pas dans mon attente; mats agissez avec moi selon • votre mansuétude et la grandeur de votre miséricorde; c arracbez-moi de la fournaise du péché, pour me conduire ff dans vos voies admirables ; et que toute la gloire en soit c rendue à votre nom, parce que vous êtes le seul vraiment c digne de gloire dans ce vaste univers.
ff Et semper^ et toujours, parce que toute sagesse émane et c émanera du Seigneur Dieu. Votre force comme votre divinité t n'a point de bornes ; elle pourrait me plonger dans un éter- € nel opprobre; je vous en conjure, au nom de votre toute puis-
< sance, accordez-moi plutôt l'immortelle béatitude, car vous
c êtes étemel, vous qui avez créé les limites de la terre; vous
I. ...Non facto, noo crealo, doo groito, sedà paire cl Glio procedeoU ; qui ferebalur io priacipio super aquss; qui esl Dcua spirilaum omnis carnia; qui eal spirilas sapieulis, luteltigcatis el salutia; qui replevit orlieni lerrarum. qui ditfcipulos Dei el domini oo^lri Jesu-drisli scipao rcplevil, et in lioguia igoia apparuil super eoa. O Spirilus aancte, Deus, qui ea igoia oon coosumena; Md lueeoa; doo comlNireoa aed urena ; ure reoea meos et cor meum; ut Ubj ciiio eorporo aerviam el placeam muodo corde... Uko citato, pag« 1S9.
n'ayez jamais eu de commeDcement, et voas n'aurez jamais de fln; à tous donc l'honneur dans les siècles des siècles; in secula sœculorum. 0 Roi immortel et inyisible des siècles, les saisons se succèdent, les années s'écoulent, les choses fuluresse réalisent ; tout passe, tout change, tout subit denombreuses vicissitudes; mais vous qui avez dit : je suis celui qui suis! vousétes éternellement le même ; car, bien que toutes choses soient de vous, par vous et en vous, cependant elles ne sont pas ce que vous êtes. Votre bienheureux apôtre dit quelque part que nous sommes arrivés à la fln des temps, je supplie, 6 mon Dieu, votre éternité d'accomplir en moi cette parole, afin que la sëcularitë qui a fait de mot un chanoine, ou un moine séculier, tellement que le qualificatif absorbe en moi le substantif, ne m'entraîne plus désormais dans les choses du siècle. Faites qu'exempt de la juridiction de ce monde, je songe aux siècles des siècles, et qu'ensuite je parvienne, avec les vivants et les confesseurs, dans l'éternité bienheureuse. Car j'ai appris que l'expression latine sœ> cula sœculorvm signifie l'éternité, et que la répétition de cette parole transmet de la vie présente à la vie éternelle l'esprit de celui qui en a fait le sujet de ses méditations. Ces siècles sans fin de l'éternité sont les siècles des siècles que les justes posséderont immuablement après leur passage de ce lieu d'exil au séjour de l'immortelle patrie, c Amen! 0 Dieu des Hébreux, vous avez permis que je susse que le mot amen n'était ni latin, ni grec, mais hébreu; et, à cause de son excellence, il n'a été ni traduit, ni modifié, afin qu'il désignât plus parfaitement votre nom admirable et immuable. D'où vous avez voulu qu'il renfermât trois significations : car amen est pris quelquefois dans son sens nominal ; alors il signifie votre nom saint et terrible , comme dans l'Apocalypse où il est écrit : •* Voici ce que dit celui qui est la vérité même, le témoin fidèle et véritable, qui est le principe de la créature de Dieu'. Je
I. ...0 Deus Hebrcoran, scire me volaisli quod, amen , oec gracajo est
réclame de tous, Seigneur, avec toutes les puissances affectives de mon ftme, que, par respect pour votre saint nom, vous inscriviez le mien sur le livre de vie. En second lieu. Amen est pris adverbialement, comme lorsque vous, 6 mon Dieu, conversant sur la terre avecles hommes, vous ajoutiez pour affirmer quelque vérité, amen^ dico vobis.^ c'est-à-dire, je vous assure que cela est vraiment, réellement, ou infailliblement tel que je vous le dis. Parfois amen est répété, pour que celle répétition du même mot exprime plus énergiquemeiit la vérité; d'où je vous en conjure, 6 vous qui êtes la vérité par essence , faites que votre vérité reluise toujours dans mon intelligence, cl que toute fausseté mondaine, toute ruse diabolique soit éloignée de mon cœur. En dernier lieu, amen est souvent pris verbalement, comme dans les prières optalives; alors ce mot veut dire fiât, expression de ceux qui désirent ardemment ou qui souhaitent à d'aulres quelque faveur. Le royal Psalmiste répète dans certains versets de ses chants de douleur, /{al, fiât ; c'est dans ce sens que je termine par Amen ma prière où sont contenus mes désirs et mes vœux. • Cette admirable paraphrase du psaume Miserere^ véritable chef-d'œuvre de spiritualité, fait beaucoup regretter que Jacques Panlaléon n'ait pas légué à la postérité d'autres opuscules du même genre. Nulle part ne se montrent avec plus d'éclat la profondeur de sa doctrine, l'ardeur toute céleste de son âme, l'élévation et l'étendue de son génie ascétique. On a peine à concevoir comment les biographes du pape Urbain IV ont négligé de traduire au moins quelques morceaux de ce traité de haute mysticité. Tout y est frappant : Oraisons jaculatoires, réflexions, sentiments, eiïusions d'un cœur plein de tendresse élans sympathiques, transports de l'âme, qui vont jusqu'à d'inexprimables ravissements pour retomber aus-
occ latinum , 6cd est Hebrxum ; et proptcr sui eiccllcntiam transie (oui dou fuit êb ioterprelilNis vel muimuDi , ut norocD tuum qaod est mirabile et immutabile desigosret ; undè très signiiicatioocs hoc vocabalum voluisli... Loco citaio, pag. 130*
sU6i jusqu'au degré le plus bas de rhumilUé chrétienne, jusque dans le néant profond où la créature doit se confondre devant son Créateur.
Quelles que soient les hauteurs où remportent sa foi inébranlable , ses immortelles espérances et ce feu de rétemelle charité dont Jacques Panlaléon était comme consumé, jamais il ne lui arrive de laisser échapper des expressions erronées ou seulement inexactes; son imagination s'exalte sans jaiOis s'éloigner de la précision Ihéologique; et cette raison supérieure, qui la suit toujours, la ramène aussitôt sur la terre, au moment mémo où il semble qu'elle va se perdre éternellement dans les cieux. On sent que le pieux patriarche de Jérusalem, rafraîchi pour ainsi dire et vivifié par cette rosée de lumière dont parle le prophète, en a imprégné son commentaire; et que c'est encore moins sa parole qu'il nous fait entendre, que la parole de Dieu même, tant son langage se rapproche des saintes Écritures et s'est nourri de leur sève fortifiante.
D'ailleurs, tous les conseils à l'usage des personnes qui aspirent à la perfection, les maximes les plus sages, les avertissements les plus salutaires, les règles les plus éprouvées s'y trouvent présentés avec un charme, un naturel, un air d'amitié et de persuasion qui gagnent la confiance et entraînent Tacquiescemenl. C'est aux hommes selon le cœur de Dieu, tel que Jacques Pantaléon, qu'il appartient singulièrement de parler des mystères de la vie intérieure, et mille raisons nous engagent à tes écouter. Le langage de la piété a bien plus de grâce ^t de vérité dans leur bouche; leurs maximes sont consacrées par l'expérience; toute leur conduite en est la démonstration vivante; jamais l'homme , dans leur personne , ne peut être mis en contradiction avec le prédicateur, parce qu'ils donnent en même temps tes leçons et les exemples. Leurs écrits nous offrent ces mouvements affectifs qui touchent le cœur, cette onction insinuante qui le pénètre, ce pathétique tendre qui achève de le gagner. Il faut convenir qu'il y a dans la paraphrase du vénérable exégète, selon l'es-
prit dominant de ses contemporains, quelques expressions d'une énergie insolite ; mais l'ensemble inspire l'amour divin et montre un génie sublime; les passages que nous n'avons pas craint de traduire, consultant plutôt notre zélé que nos forces, en serontpeut-étre un spécimen de quelqu'attraitpour plusieurs. Quoiqu'il en soit, c'est en paraphrasant le Miserere que l'éloquent patriarche se consolait des malheurs de la Palestine; il sentait son cœur s'éprendre d*une profonde tristesse et ses yeux se mouiller de larmes à la vue de la Terre-Sainte assujettie comme une esclave au pouvoir du stérile et dégradant mahométismc; il méditait sur les miséricordes du Seigneur au moment où le fer et la flamme désolaient les chréliens de Syrie. Ce théâtre de deuil et de désastres était bien fait pour lui inspirer des accents lamentables et de longs soupirs. Lui était il possible de retenir ses gémissements, de refuser ses pleurs à l'aspect de cette cité autrefois la reine des nations, maintenant assise dans la douleur et le veuvage, comme parle le prophète? Quelle morne stupeur devait s'emparer de son âme, lorsque présent aux lieux ou Jérémie exhala ses lamentations, il voyait, comme le sublime chantre des ruines, la ville de Sion, cette reine superbe qui commandait aux nations, devenue maintenant leur tributaire; et ces prêtres qui gémissent entre le vestibule et l'autel de ce que le joug de la servitude a remplacé le diadème que TÉtemel lui-même avait posé sur son front; et ses enfants, poussés au désespoir par les mesures oppressives et les exactions tyraniques des sultans d'Egypte. En considérant ce déplorable état de son église patriarcale, il pouvait s'écrier : c 0 vous tous qui passez par le chemin, voyez s'il est une douleur semblable à la mienne ! » Mais il y a dans les destinées de la Jérusalem terrestre de profonds et mystérieux secrets; c'est pourquoi, si le spectacle de sa misère matérielle transperçait de douleur l'âme de Jacques Pantaléon, la foi vive de ce patriarche rélevait à la contemplation des sublimes vérités que lui révélait la situation désolante de la ville déicide f
vu
JacqoM PaDUléon, élu papa, prand la nom d'Urbain lY. — Modaa aiités pour rélecUon des Souvaraina Pontifai. — Eut da TEaropa an i26i. — Urbain IV notifia ion élaction au monda catboUqua. — A rarchavéqne da Ralmi et k tes inffraganU. ^ A Louis IX et k tonte la famille royale. — Il écrit à sa scrar Agnès, abbesse d*an couTent, près de Péroose. — Et k la ville et an chapitre de L4ion. — Aux religienses de No(re-Daroe-aox-Nonnains et k Tévéque de Troyes. — Il fiie sa résidence k Yiterbe, puis à Orfieto ~ 11 rentre en possession des domaines de saint Pierre. — Rèfleilons à ce sujet.
Durant les trois premiers siècles, depuis ^e successeur immédiat de saint Pierre jusqu'au pape saint Sylvestre, on peut dire que les catacombes de Rome, doublement sacrées comme cimetières et comme temples, furent aussi le lieu habituel où l'on nomma les souverains pontifes, qui semblaient moins appelés à l'honneur de gouverner l'Ëglise naissante, qu'à la gloire d'être plus spécialement désignés à la haine des persécuteurs et au glaive des bourreaux. Les trente premiers papes furent autant d'illustres martyrs, que d'autres prêtres et fidèles choisissaient pour leurs chefs dans ces sombres demeures où la distinction la plus glorieuse de ces vénérables pontifes était un humble siège de pierre au milieu des saintes assemblées, et une tombe particulière, après leur mort, au fond de ces lugubres galeries.
Les gardes qui veillaient autour de ce conclave souterrain ne ressemblaient guère à ceux dont Michel-Ange a dessiné le costume ; ils ne portaient que l'uniforme de la pauvreté. C'étaient des mendiants qui se tenaient sur la voie Appienne pour faire le guet ; on s'adressait quelquefois à eux pour être introduit dans la résidence pontificale. Lorsque sainte Cécile envoya son époux Valérien, converti par elle, auprès du pape Urbain W, dans la crypte de SaintCalixte qui était alors la métropole de la Rome souterraine : • Allez au troisième mille c de la voie Appienne, dit-elle, vous trouverez des pauvresqui c demandent l'aumône aux passants. J'ai toujours en soin
c d'eax, ei ils coanaissent mon secret. Quand vous les aurez c rencontrés, donnez- leur la bénédiction, et dites-leur : Cécile € m'a envoyé vers vous, pour que vous me fassiez voir le c saint vieillard Urbain. ** Il y a quelque charme à rappeler ici que ce vieux pape qui se cachait dans un labyrinthe de tombeaux pour échapper aux empereurs païens, était celui-là même sous le patronage duquel Urbain IV, poursuivi, lui aussi, par 1^ césarisme, devait abriter sa tiare.
Lorsque sous le sceptre protecteur du g^rand Constantin, le christianisme put déployer ses pompes sacrées sous les voûtes des basiliques, l'Église nomma son chef suprême en toute liberté ; l'élévation au siège pontifical continua à être ainsi faite librement par le clergé de Rome avec le consentement du peuple. A la suite de la conversion des empereurs romains, il s'introduisit un élément nouveau dans celte élection ; car ils se tinrent pour aptes à décider dans les cas douteux. Odoacre et Théodoric, roisd'Italie^ changèrent ce droit d'intervention en une véritable nomination. Les successeurs de ces princes se firent compter une certaine somme pour la confirmation 4u pape nouvellement élu. C'est sous cette forme que rinfiuence exercée par les rois ostrogoths passa aux empereurs grecs. Sous Justinien, on notifiait la vacance du Sainl- Siége immédiatement à l'exarque de Ravenne et l'on envoyait l'acte d'élection à l'empereur pour être ratifié. La décadence' de l'autorité des empereurs de Bysancedans les alffaires d'Italie se montra, dès le huitième siècle, en ce qu'on no fit plus guère attention à eux pour remplir la chaire de saint Pierre. Celte espèce d'affranchissement rendit le souverain ponliQcat le jouet des factions de Rome; à ces factions s'étaient peu à peu joints un parti lombard et un parti frank. Le pouvoir des Carlovingiens, en se consolidant en Italie, mit pour un certain laps de temps un terme à ce désordre; mais, à la mort de Charles leGros, la dissolution de la monarchie carlovîngienne rendit de nouveau l'élection papale l'objet des luttes de partis. La nouvelle restauration de l'empire occidental, dans la personne d'Othon-le-Grand, ne changea rien à cette déplorable
situation, qui empira, au contraire, à la suite dc^ démêlés de ce souverain avec Innocent III.
Les troubles que ces factions diverses portèrent trop souvent dans le conclave, et surtout les prétentions des rois et des empereurs, rendirent successivement indispensables plusieurs changements dans le mode d'élection. En 1159, le troisième concile de Latran conféra, par un décret, aux cardinaux, le privilège exclusif de concourir à la nomination du pape. Ce même décret exigea la réunion des deux tiers des suffrages pour la validité de Télection. Aucun lieu spécial n'était déterminé pour l'assemblée des cardinaux. Ils se réunissaient ordinairement dans une des églises de Rome, le plus souvent à Saint-Jeande-Latran ou dans la basilique de Saint-Pierre, à moins que de graves circonstances, la sécurité des.cardinaux et la liberté des suffrages, ne rendissent nécessaire la désignation d'une autre ville. En ce cas, le conclave pouvait avoir lieu dans le palais de la ville où le pape défunt faisait sa résidence avec la cour pontificale, comme il est arrivé pour l'élection d'Urbain lY. A cette époque encore les cardinaux ne s'assemblaient que pour le moment du scrutin ; et, chaque jour, après avoir volé, ils rentraient dans leui*s demeures.
Les formes de l'élection dans l'assemblée des cardinaux étaient les mêmes que dans les chapitres en général : l'acclamation ou quasi inspiration, le compromis, le scrutin et l'sccession. Le jour de l'ouverture du conclave, le doyen du Sacré-Collége célèbre la messe de Spiritn Sancto. C'est à celle messe que s'accomplit une des cérémonies les plus louchantes, la plus digne de la mission sublime, mais redoutable, que ces augustes lepréscnlanls de l'Ëglise sont appelés à remplir : ils s'avancent deux à deux au pied de Tautel, déposent leur croix, prennent une étole blanche, et à genoux, devant le vénérable célébrant, ils reçoivent de ses mains l'adorable Eucharistie. Les opérations électorales commencent sous la grave et sainte impression de ce grand acte de foi, d'espérance et de charité divines. Alors, ou tous les électeurs, sans exception, réunis-
sent, par une acclamalion unanime, leurs voix sur un même candidat; ou les électeurs, dans Tim possibilité de s'entendre pour la réunion des deux tiers des sufTrage'^, s'en remettent d*un commun accord à la haute sagess. Je Tun ou de plusieurs d'entre leurs co-électeurs, ou réleclion s'effectue par la déposition réelle des votes dans un scrutin secret ; ou bien, si le scrutin n'a donné à aucun des cardinaux le nombre voulu de suffrages, on procède à un second vote dans la môme séance; et, par ce second bulletin, on déclare joindre son suffrage à ceux que tel ou tel cardinal a obtenu au premier tour de scrutin.
A la mort d'Alexandre IV, le Sacré-Collégc n'était composé que de neuf membres; Tun d'eux remplissait les fonctions de légat en Allemagne. Huit seulement se trouvaient à Viterbe :
Eude ou Odon de Châteauroux, né au diocès de Bourges, chanoine et chancelier de réglise de Paris, cardinal-évèquedeTusculum.
Etienne^ Hongrois de nation, métropolitain de Strigonie ou de Gran, cardinal-évèque de Palestrine.
Jean Franciogia, natif de la Bourgogne, une des gloiresde l'Ordre de Citeaux, cardinal-prétre du titre de Saint-Laurent.
Hugues de Saint-Cher, célèbre dominicain, cardinal-prctre du titre de Sainte-Sabine.
Richard Annibaldi de Molaria, romain, abbé du Mont-Cassin, cardinal-diacre du titre de Saint -Ange.
Octaviano, né à Horence, de la maison des Ubaldini, évèque de. Bologne, cardinal-diacre du titre de Sainte-Marie.
Jean Gaétan ou Cajetan , de la famille romaine des Ursins ou Orsini, cardinal-diacre du titre de Saint- Nicolas.
Ottobon de Fieschi, noble génois, neveu du pape Innocent IV, cardinal-diacre du titre de Saint- Adrien.
Ces huit cardinaux, réunis à Viterbe, éprouvaient, au moment de décider du sort de la chrétienté, une sorte de terreur religieuse. Le choix du suprême chef de l'Ëglise constitue un événement d'une si haute importance; la mission des cardinaux appelés à y concourir est si sainte ; la liberté des suffrages doit être si complète et tellement à l'abri de toute influence étrangère, qu'aucun esprit sérieux ne s'étonne ni du
grand nombre ni de la minutie apparente des règlements par lesquels la sagesse prévoyante des conciles a cru devoir déterminer jusque dans ses moindres formes tout ce qui se rapporte à Pacte le plus grave, le plus sacré, puisqu'il a pour objet, non pas seulement de conférer une couronne temporelle, mais déporter sur le trOne pontifical le Vicaire de Jésus-Christ même, le souverain pasteur de l'Église onivcrselle. Toutefois, Dieu n'a pas invariablement permis que les cardinaux déposassent sur le seuil du conclave leurs sympathies personnelles et les misères inhérentes à leur humaine nature. Plus d'une fois, on a vu les princes de l'Église susciter, par leurs dissensions, des luttes internationales qui tenaient le monde catholique en suspens. Il ne faut donc pas être surpris, si les trois mois qui précédèrent l'élection d'Urbain IV, s'écoulèrent au milieu de contestations tumultueuses qui portèrent atteinte à la majesté de l'assemblée ^
En ces temps de troubles, l'homme ennemi, disent les chroniques, sema la discorde au sein du conclave ; et les huit cardinaux ne purent s'entendre pour le choix du Père com* mun des fidèles. Enfin, dans un discours plein de chaleur et d'éloquence, le cardinal Cajetan des Ursins retraça la situation critique de l'Église, les luttes d'Alexandre IV contre le parti impérial, son zèle infatigable à réformer le clergé et à pacifier l'Italie ; puis, il représenta la nécessité d'une- prempte délibération et l'urgence de nommer un pontife en qui la science et la sainteté s'unissent à une prudence et à une habileté consommées. Les suffrages se portèrent unanimement sur Jacques Pantaléon ; il n'était pas revêtu de la pourpre , mais tous les membres du sacré Collège connaissaient la doctrine solide, l'héroïque courage et l'éminente piété du patriarche de Jérusalem. Dans son humilité, Jacques Pataléon se crut indigne d'un pareil honneur. Ses amis lui montrèrent l'Eglise menacée d'un immense danger, si le Siège apostolique vaquait
1. ... Ipsa romaoa Ecclesii trimestri vaeivit, euden cardiMiibos, inimico homioc supersetDioaole discordiam, ood Talentiboscoocordare... Papihii Mas- 80M libri ax de epitcopis urbU, folio tU.
pins longtemps. Aussitôt il adhéra au TOte qui l'appelait à ceindre la tiare: et, le 29 août 1261, le plus ûgé des cardinaux ouvrit la fenêtre qui donnait sur la place de Yiterbe, où le peuple attendait le résultat de l'élection ; il parut avec la croix et proclama : t Je vous annonce une heureuse nouvelle. Nous c avons pour Pape le révérendissime seigneur Jacques Pan*
• taléon, patriarche de Jérusalem, qui a pris le nom d'Urbain