‹ Histoire du Pape Urbaith IV et de son temps, 1185-1264Chapitre 24 sur 42 · Qui legis Aocberam dura sob mariuore cUudi · texte numérisé non relu

Qui legis Aocberam dura sob mariuore cUudi

Si nescis, audi : qaem nece perdis hcram,

Trcca parit pueruni, Laudunum dal sibt clerum ;

Cardioe Praiedis litolatur et ibtias «dis.

Défait in se lis ; largus fuit atque fiddis.

Demoois k tclît scrva. Ikas, huoc cape cslis.

A 000 milieoo ceolàm bis et octaageoo

Seilo, deeesslt bic prima lace ooTembris. Bickirchet hUloriquet et archMogiquei tur Ui rtiies morieU du pape VrbaiH IV, par M. Tabbé Goppinbt, cbanoioede Troyes, apud Mémoireide ia SoeUU académique de VAube, année 1857.

den. Arrivé en Danemarck, il fit mettre en liberté rarchevôque de Lunden, qui était retemi en prison depuis Tavènemcnt du roi Christophe 1er, et leva Tinterdit qui pesait sur ce royaume. Ce prélat mourut en 1273, peu d*années après son retour en Italie.

Guillaume de Bray, homme lettré, né dans la ville de ce nom, au diocèse de Sens, fut doyen de Laon, archidiacre de Reims, puis, en 12G2, cardinal-prMre de Saint-Marc ; il mouiut à Orviéto le 19 avril 1282. Son épitaphe, (pi'on voit au c(niv«»nt des Dominic^iins d' Orviéto, apprend que ce cardinal était jurisconsulte, mathématicien et poète.

AxNiBALDi d'Annebaid, né à Rome, d'une famille distinguée, prit rhabit dans TOrdre de saint Dominique ; il se livra avec ardeur à f étude de la Sainte Ecriture et professa à Paris la théologie avec un grand succès. Il se fit aussi connaître à Rome où il fut pourvu de roflfice de maître du sacré palais ; il s'en acquitta si bien sous Alexandre IV et Urbain IV, que ce dernier le créa cardinal-prétre du titre des Saints-Douze- Apôtres. Clément IV le choisit pour assister au couronnement de Charles d'Anjou, en 1266. Annibaldi, homme docte et pieux, doué d'une rare perspicacité, apte à résoudre les problèmes les plus ardus, était lié d'amitié avec saint Thomas-d'Aquin. C'est à lui que l'Ange de l'École dédia la deuxième partie de ses Coinmcti- (aires sur les Évangiles. Ce canlinal a laissé lui-même un savant Commentaire sur les quatre livres du maître des sentences, vx>mmentaire qui a été imprimé dans les œuvres du docteur Angélique. 11 mourut en 1272, à Onieto, où il ftit inhumé chez les Dominicains.

Jourdain Conti, issu de l'ancienne maison de Conti, naquit à Terracine. Élevé dès sa plus tendiv jeunesse à la cour pontificale, il se distingua dans les fonctions de viri»-chancelier de l'Église, sous Alexandre IV et Urbain IV. CnV» cardinal-diacre du titre de Saint- Cosme et de Saint-Daniien, il eut le gouvernement de la campagne de Rome et souscrivit aux lettres do Clément IV pour rinvestitui'c du royaume de Naples. Il mourut en 1269.

Mattiiiku-le-Ruloe i»KS UnsiNs, *réé cardinal-diacre de Sainte- Marie au Portitpie, sortait d'une maison des plus iUustres et des plus anciennes de l'Italie, qui protluisit un grand nombre d'hommes distingués dans tous les genres. La sainteté de sa vie et la profondeur de sa science lui avaient gagné Testlme particulière de l'Ange

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de TEcole. Il fut succe3siveinent archiprêtre de Saint-Pierre au Vatican, directeur de Thôpital du Saint-Esprit en Saxe, gouverneur des terres pontificales et patron de Tordre des Frères mineurs. En lui confiant cette dernière charge, Urbain lui dit avec effusion : « Si nous vous avons comblé de nombreux bienfaits, il n'en est au- « cun cependant où nous vous ayons donné des arrhes de la vie « éternelle, comme dans celui que nous venons de vous accorder; a car nous vous donnons ce qui peut vous conduire au Paradis , à « savoir : les mérites des saints religieux de cet ordre ; mieux que « cela, nous vous donnons ce que nous avons de plus précieux, ce « que nous aimons de toute la puissance affective de notre âme et « ce à quoi nous tenons comme à la prunelle de notre œil. )> A ces paroles, prononcées avec émotion, les yeux du pontife se mouillèrent de larmes ; puis il lui présenta son anneau en lui disant : « Nous vous confions l'Ordre des Franciscains, et bien qu'ils n'aient (ji besoin ni de votre direction , ni de votre correction , cependant, « comme ils sont pauvres et faibles , et qu'ils ont des ennemis , il <x est utile , il est nécessaire qu'ils soient abrités sous votre haute « protection, d Matthieu des Ursins mourut en 1306.

Ces quatorze cardinaux remplirent le vide qu'avaient fait dans le Sacrë-CoUége les malheurs des temps. Ils réunissaient les qualités que réclament leurs importantes fondions. Urbain IV exprime en style imagé, dans une lettre à Gui, archevêque de Narbonne, la joie et l'espérance que ces deux promotians doivent répandre dans le monde catholique ^ Il comprit qu'à l'aide de ces princes de l'Église, il devait avant tout s'appliquer à corriger les mœurs, à détruire les abus, à faire observer les lois divines. Il avait celte constance dans les desseins

1. Profundis mediiaiioaibus laboriosi&quc vigiliis urgeos eccles'ie gencraliâ non dissiniulauda nccessitas, nos et fraires nostros reddit aaxios ia eiquircudis viris sccuudiim cor nosirum idooeisad carilinalalùs prae.'iniumliam assumcodis. Opus cnim e:»!, cùm de lalibus agilar, curam assiduam, sollicilam opcrani, et vigile aludium adhibcri, ul iasignieodi tanlae lituio digoitatis babcreotur devolionis iromensitate prafiilgidi, cousilii maiurilale coo^picui, discrclioais bonestalcdecorip magtiaiiimiiatc sublimesi el virtulibus praH^elleoies. lo cardinc quidcm pr«<*nitneotis apostolalûsdivinâprovideDiiâ taies voluit conscdere ministres, eosquc lanti prierogaiiva sublimavil hoooris , ut taroquèin membra io uduoi corpus convf aicQiia, sumuio poaiifici velat proprio C4ipiti deservirent, et eiistenic!i ejusdeiu ccclebiae columott praacipuft, ipsius onera supportent... Episi. Vrbani IV ad Guidonem archiepiêcopum Narbonensem^ apud Velerum icrip' iorum amplisa, eoîUci.<^ D. IIartèm, iom. II.

et cette Tolontë ferme qui brisent tous les obstacles. Ses habitudes austères inspiraient aux grands et aux petits une crainte salutaire. Il avait surtout cette sainteté de vie qui imprime le respect et qui communique aux discours une autorité sans bornes. Les réformes ne sont guère possibles, quand l'exemple ne vienl pas d'en haut; mais, quand celui qui réprimande est le modèle de toutes les vertus, on l'admire, on l'écoute, on l'imiie, et les améliorations morales s'opèrent naturellement et avec facilité.

Les hauts barons et les hommes d'origine féodale, en arrivant à l'épiscopat par la faveur ou la vénalité, avaient introduit dans l'Église des dérèglements de tous genres. Déjà les papes, incorruptibles gardiens de la discipline, avaient poursuivi avec une implacable sévérité les abus jusque dans leur source; mais cette source, un instant comprimée, refluait de toutes parts. Urbain IV reprit ce difficile labeur et y apporta toute la prudence, toute la longanimité dont l'empreinte se retrouve dans ses traits. Le diocèse de Salzbourg, une des gloires de la haute Autriche, était devenu un foyer de discordes. A la mort de l'archevêque Éberhard II, en 1246, les chanoines avaient élu Philippe, frère de Bernard, duc de la Carinthie, de la Styrie et de la Carniole. Le nouvel archei^éque se fourvoya par la trop grande complaisance qu'il mit à confirmer d'anciens privilèges ; il se créa ainsi des vassaux complaisants ; mais il prépara à son successeur des serviteurs entêtés et mécontents. En outre, il entreprit audacieuscment de s'attribuer la Marche de Styrie formée d'une partie de la Norique et de la Pannonie ; il se conduisit d'une manière déloyale envers la Bohême et ta Hongrie; il dissipa les revenus du diocèse et méprisa tous les avertissements ; enfin , il fit pousser un cri de détresse à tout le pays.

Sa déposition, prononcée par Alexandre IV, et la noinination de Ulric de Seckau à sa place, amenèrent la dévastation de ce vaste et beau diocèse. Tan 1257. Les partisans des deux prélats en vinrent aux mains. Henri de Bavière envahit et ravagea toute la partie droite de Salzbourg. L'autre partie n'é-

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chappa au ter et aux flammes que par suile d*un phénomène atmosphérique. Un orage lerrible éclata sur les assaillanls; à réclal des armes se mêla la lueur sinistre des éclairs; tous les Bavarois, épouvantés par le fracas du tonnerre qui grondait sur leurs tètes, prirent la fuite. Urbain IV, informé de ces désastres, plaça l'Eglise de Salsbourg sous la protection armée d'Ollocar, le plus illustre des rois de Bohême de race slave. Ulric fut excommunié, Philippe emprisonné; ce qui ne modifia guère la situation. Les deux partis n'abandonnèrent pas la résolution de rester maîtres de rarchevêché. Ils lottèreoiavec une implacable fureur jusqu'au moment où Ulrtc se désista volontairement de son litre, en 1264, et où Philippe renonça à toutes ses prétentions, par une nouvelle intervention d'Urbain IV.

Quelques incidents non moins graves attirèrent aussi la sollicitude du pape sur l'Ëglise de Cologne. Aucune ville d'Allemagne ne pouvait être comparée à cette antique cité, non seulement quant à la grandeur, à la richesse, à la magniflcence de ses édifices, mais encore quant à son importance ecclésiastique, politique, artistique, scientifique et commerciale. On disait proverbialement : t Qui n'a pas vu Cologne, n'a pas • vu l'Allemagne. • Les poètes du Moyen- Age répétaient dans leur langage : < Cologne, la couronne des villes, est belle € parmi toutes ses sœurs • Albert-le-Grand, le profond docteur de la scolastique, Thomas d'Aquin, l'Ange de l'Ecole, Duns Scot, le plus subtil des penseurs, professaient h son université et y élisaient aflluer les savants de toute l'Europe. En même temps, Cologne élait le carrefour des grandes routes qui, de Venise et de Gênes, allaient, à travers les Alpes, sur les bords du Rhin, et portaient du nord en Occident, par les villes de Westphalie, les riches produits de l'Orient; c'était de plus l'entrepôt des marchandises que l'Angleterre envoyait dans le Levant par la France septentrionale et les Pays-Bas. Des trésors immenses s'étaient accumulés entre les mains de ses négociants; Rodolphe d'Ems pouvait dire à juste titre.

ET SON TEMPS. 2t3

qu'une fille de roi ne serait pas malheureuse d'épouser le fils d'un marchand de Cologne. Elle comptait, parmi soâ habitants, un nombre considérable de familles patriciennes, puissantes et renommées, qui formaient la fleur de la bourgeoisie. Elle déployait, dans les solennités, un luxe et une pompe extraordinaires. Autour de celte opulente commune , marchande par son industrie, militaire par sa position, marinière par son fleuve, s'étendait dans tous les sens une plaine fertile, toute peuplée de légendes populaires et de traditions merveilleuses.

Les longues querelles des archevêques et des bourgeois, au sujet des franchises locales, vinrent détruire en partie cette splendeur et cette prospérité de la Rome de T Allemagne. Cologne s'était placée à la léte de la ligue des villes qui aspiraient à la liberté. Dans le milieu du treizième siècle, elle entra, contre ses trois archevêques successifs, Conrad de Hochsleden, Engelbert de Falkemburg, Sifrid de Weslemburg, dans une grande lutte pour conquérir son indépendance. Engelbert II avait été sacré et confirmé dans son siège archiépiscopal par Urbain IV, en 126i. L'année suivante, au moment où il activait les travaux de sa cathédrale, incomparable chef-d'œuvre de l'architecture gothique, qui commençait à s'élever majestueusement avec ses rampes aériennes et ses roses flambloyantes, l'ingrate populace envahit le palais, porta ses mains sacrilèges sur le pacifique pontife, le traîna ignominieusement à travers les rues et sur les places publiques; puis elle le jeta, avec le seigneur de Falkemburg, son frère, au fond d'un noir et humide cachot^

i. Conjurant Colonieoses in Eogelberlom arcbiepiscopooi, quem saperiori anno sacratom ab Urbano IV, aiqoc in el sede conGrmatani ostendunt liilers pootificiae; ac praBSulem nihil cogitaniem, repenlinâ impressione fiicfâ io palatio, ceperant. prosciderant conlumeliis, per plaleaa rapiarant; denique une com ip6iu8 fratre domino è Falkember in carccrem compcgeraut. Sed cùm merilom scelcris supplicium imminere prcaagirent, câ legc ipsum carcere eduière, ut saeramento aese dcYîocirei, nunquàm deacccptisinjuriiacooqueflluram, ultionemve expetitonim; quo audilo Urbauus, aacramenlum, fraude vique eitorlum, convulsit ; alque arcbiepiscopo in eos, qui divioa pr^sentibua fis, qui

%i% URBAIN IV

Au bout d'une vioglaine de jours, les conjurés, dans l'appréhension d'un chàliment juslemenl mérité, délivrèrent Tarchevêque, à condition qu'il jurerait de ne jamais se plaindre ni se venger des outrages reçus. L'illustre persécuté, affaissé sous le poids de la douleur, promit silence et pardon. Urbain lY, instruit de riiorriblc attentat, délia l'archevcque du serment que la fureur populaire lui avait arraché. Il ordonna de punir sévèrement les prêtres indignes qui avaient célébré les saints mystères en présence des factieux, c Nous regardons comme € faites à nous-mémc les offenses commises à l'égard des

• évéques, nos vénérables frères et nos chers coopérateurs,

• écrivit-il à l'archevêque de Cologne, le 8 mars 1263, les

• injures si odieuses, si atroces, si énormes que vous avez suf bies ne portent pas seulement atteinte à votre propre perc sonne et à votre caractère sacré, mais encore à la divine f majesté de Celui qui a dit en parlant de ses ministres : Ceux

• qui vous méprisent, me méprisent. Considérant donc le gra-

• ve dommage qui en résulte pour la liberté de l'Eglise en

• général, non moins que pour celle du diocèse de Cologne en € particulier, nous vous enjoignons, par ces lettres apostoli-

• ques, de procéder canoniquement contre vos diocésains, c clercs ou laïcs. La sollicitude pastorale avec laquelle nous c veillons sur le troupeau du Seigneur nous fait craindre que, c le monde croissant de jour en jour en malice, les hommes ne c prennent l'habitude d« crime et ne le commettent impunéc ment*.... »

Au point de vue de la morale adoptée par le droit canon, un serment promissoire ne fonde une action en accomplissement de la promesse que dans le cas où celle-ci n'a pas été obtenue parruse etparfraude, ou arrachée par menace et par contrainte.

untum admiâeraot scelus, ccicbraraai, aoiniadvertere imperavit... Annales ec» clesicuL RAYNiLD, tom. XIV.

. 1. Nos qui fratruiii et coepiscoporam noslrorum offeusas proprias reputamas iltaïas libi Um graves, tàm afroces, et eoormes ïDJurias non tèin in (uum opprobriatn, quam in illius contemptum cedere, qui cvaogelicâ vcrilale lesiaole, se in suis mioistris recipi tesfaiar et sperui... Episl, Urbani /F, apud AnnaL *c€leu Ratnald., loco cUato.

Cependant celai qui a prêté serment ne peut pas se considérer comme libéré de sa promesse, simplement parce qu'une promesse ainsi faile sans les conditions d'intelligence et de liberté exigées, ne donne pas le droit d'intenter une action. Il s'est, par son serment, rendu responsable devant sa conscience et devant Dieu ; il ne saurait, en tant que partie obligée, être juge dans sa propre cause, vu la partialité probable de son jugement, même quand il serait pleinement convaincu qu'il existe un défaut essentiel qui frappe sa promesse d'invalidité. C'est pourquoi Urbain IV, en vertu de la puissance des clefs, déclara nul l'engagement de l'archevêque de Cologne; et, pour que les évéques de Liège et de Munster, le duc de Luxembourg et le comte de Gueidres, accourus au secours de l'infortuné prélat, ne fussent tenus en aucune manière à embrasser la cause des rebelles, il prononça aussi la relaxation de leur serment et anathématisa lesCoIonais. En dépit des foudres pontificales justement encourues, Engelbert fut repris encore dans la bataille que Guillaume, comte de Juliers, livra, en 1267, dans la province rhénane, sous les murs de Lechenich. Le malheureux'prélat resta captif à Nideggen jusqu'au 13 mai 1271. Ce ne fut qu'au quatorzième siècle que Cunon de Falkeinsten, archevêque de Trêves et administrateur de Cologne, rétablit l'ordre dans les affaires civiles et religieuses des domaines archiépiscopaux.

Au milieu de ces péripéties qui tenaient divisés les archevêques et les bourgeois de Cologne, une guerre de rivalité entre l'Alsace et la Lorraine attira l'attention d'Urbain IV. L'évêque de Metz, Gauthier, d'un caractère résolu et belliqueux, défendait vaillamment ses droits; il s'était retranché dans son château de Darkwesten. Des troupes strasbourgeoises vinrent l'y assiéger et le provoquer au combat; elles étalent armées de haches danoises qui brisaient tout, casques, boucliers, cuirasses. Plusieurs soldats du seigneur-évêque tombèrent au pouvoir des assiégeants ; d'autres, après une résistance héroïque, expirèrent épuisés par leurs blessures. Le pontifie lui-même, grand homme de guerre, perdit son cheval

de bataille; il eut la douleur de trouver son frère, un de plus braves chevaliers de l'Alsace, étendu sans vie parmi les morts. On transporta les cadavres à Thôpilal de Thoroholtz où ils reçurent les honneurs de la sépulture ecclésiastique. Le prélat, consumé de chagrin et accablé d'infirmités, après avoir vu ses domaines affreusement ravagés par Tennemi , rendit son âme à Dieu.

L'élection de Philippe, son successeur, fut entravée par les intrigues du comle de Bar-le-Duc. Celui-ci, qui connaissait particulièrement le pape Urbain IV, alla le trouver à Rome où il fut accueilli avec beaucoup de bienveillance. Il ne voulait pas porter directement des plaintes contre Tcvéque de Metz. Il l'accusa de simonie par l'intermédiaire de quelques chanoines; il obtint que le Souverain-Pontife nommât l'archevêque de Reims inquisiteur de cette affaire. L'enquête traîna en longueur; enfin le métropolitain envoya au pape un mémoire rédigé en faveur du comte de Bar. La mort surprit Urbain IV au moment où il allait terminer le différend. Alors, l'évéque Philippe, pour sauvegarder l'honneur de son administration temporelle et spirituelle, et aussi parce que Frédé* ric-le- Jeune, ducde Lorraine, le persécutait de toutes manières, confia son évêché au comte de Bar. A cette nouvelle, le duc de Lorraine se concerta avec les parents de l'évéque Philippe, s'empara de quelques châteaux épiscopaux, tels que Hombork et Trikectei, et courut à Cologne pour y chercher des secours contre son adversaire; le comle de Bar n'avait pas encore pris possession de la garde de l'évéché de Metz, lorsque le comte Wadismond envahit les terres épiscopales avec ses satellites. Les troupes du duc de Lorraine et celles du comte de Bar se livrèrent une sanglante bataille près de la ville de Wassoncourt. Le comle Wadismond fut vaincu; et pour se venger de sa défaite, il appela à son aide nn brigand de la Bourgogne qui dévasta horriblement le diocèse de Metz.

Vers cette époque, une importante question électorale fut tranchée par Urbain IV. L'Église de Trêves passe pour la plus

ancienne de l'Allemagne. Son archevêché acquit insensiblement une grande supériorité territoriale après Textinclion de la maison de Saxe. Le titulaire, qui était archichancelier deTEmpirc daiisles Gaules, comptait, en outre, parmi les sept électeurs auxquels était confié le choix de l'empereur. Ses domaines, compris dans le cercle du Bas-Rhin, avaient pour bornes le duché de Luxembourg à l'ouest, celui de Lorraine au sud, Cologne au nord, HesseReinfels et Nassau à l'est. On conçoit qu'un siège archiépiscopal de cette importance, devenu vacant par la mort d'ArnolJ en 1259, ail élé ardemment convoité. Une scission éclata entre les membres du clergé convoqués pour l'élection d'un successeur; chacun s'opiniâtrait à faire prévaloir son candidat; il en résulta une discorde longue et préjudiciable au diocèse. Pour en finir, Urbain IV nomma, de son propre mouvement, Henri de Wiltingcn, chanoine de Metz, alors en pèlerinage à Rome. Les Trévirois accueillirent leur nouvel archevêque avec un empressement qui prit les proportions d'une réception triomphale. Mais quelques intrigants le calomnièrent auprès du pape. Celui-ci donna pleins pouvoirs aux frères mineurs Guillaume de Waltmanshuse et Robert de Warneaperg, pour connaître de cette affaire. Les religieux se laissèrent circonvenir par des influences contraires à l'esprit de soumission due au Saint-Siège ; ils ajournèrent l'exécution de leur mandat apostolique. Urbain IV leur écrivit une seconde fois pour leur témoigner son mécontentement et leur enjoignit de s'acquitter le plus promptement possible Je leur commission. Les deux frères mineurs se mirent à Tœuvre, et la procédure révéla toute la fausseté des accusations formulées contre l'élu du Souverain Pontife ^ Une nouvelle occasion de rentre justice ne tarda pas à

1. Vacante ecclesiâ Trcvirensi aono 1259 pcr morlcoi Arnold i II, discordantibus f l<n:loribus , duobusque io discordià creatis , Ilcnricus accundas de Witliogeo, decanus mclcnsis, laoc Rom» eiislens, neqtie digaifalcm ambieos, ab Urbano IV pro arcbiepiacopaiu profKMiiuir. Cùm auleni aub cpiscopalibus iosignibus Trevirim veoiaset, ab omnibus officiossissimè eiceplos est... AnncUes minorum, Wading , lom. II.

8*offrir. Uq fâcheux démêlé ëlait survenu entre le cardinal Ottobon, grand archidiacre de Kelms, et le chapitre , pendant la vacance du siège archiépiscopal. La querelle avait commencé par de vives altercations entre les officiers de l'archidiacre et les serviteurs de plusieurs chanoines. L'offlcial, après une information minutieuse» avait jeté l'interdit sur les terres de la juridiction du chapitre. Celui-ci en appela au Saint- Siège. Le pape leva la censure à Ja sollicitation du cardinal qui voulut répondre à une injure par un bienfait. Le chapitre n'en témoigna aucune reconnaissance; au contraire, Ottobon, en vertu de son droit archidiaconal, ayant convoqué, pendant la vacance, le synode de Pâques, les chanoines s'opposèrent plus vigoureusement que jamais à ses desseins; ils prétendirent que toute la juridiction ecclésiastique leur appartenait exclusivement à tout autre ; ilsmenaçèrcnt d'excommunication Ottobon et son officiai: ils contraignirent mémo les adhérents de Tofficial à sortir de Tëglise. Urbain lY désapprouva énergiquement ces violents procédés contre une personne du SacrëCollége nullement sujette à la juridiction des chanoines.

• Vous conGrmez, écrivit-il au chapitre de Reims, ce que t Texpérience nous apprend tous les jours : Que l'impunité < engendre l'audace; et l'audace, les excès. Les bontés que f notre cher fils le cardinal de Saint-Adrien, votre archic diacre, a eues pour vous, chapitre orgueilleux, n'ont fait c qu'augmenter votre présomption; et, au vice d'ingratitude,

• vous joignez encore l'ignorance et une insolente témérité... > Le reste de la lettre n'est pas moins mortifiant. Urbain lY

termine en déclarant que Texcommunication fulminée par le chapitre était abusive et de nul effet. Il enjoint ensuite aux plus opiniâtres, dont il laisse ic discernement â l'archidiacre , de comparaître à sa cour, avec Galterus de Brecis et ses complices, pour recevoir la peine de lcur.> démérites. Il y a apparence que le chapitre se soumit à la décision pontificale. Mais on se souvint à Rome de sa résistance, et les députés qu'il envoya au pape l'année suivante pour demander exemption

de la dtme imposée à l'occasion de la guerre de Sicile , furent très-froidement accueillis , malgré leur requête pleine de respect. Ces disgrâces firent sans doute souhaiter aux chanoines un protecteur assez puissant pour les mettre à Tabri de nouveaux malheurs. Ils le trouvèrent dans la personne de Jean de Courtenay, archevêque de Reims^

La conduite ferme et prudente d'Urbain IV ne se révélait pas moins dans ses rapports avec les chefs des nations que dans ses relations avec les principaux membres du clergé. Jacques, fils d'Erland, prévôt de Téglise métropolitaine de Lunden, avait été délégué par le roi Éric, avec Pierre, archidiacre d'Arhuse, pour assister au concile général de Lyon, en 1245. Il y avait gagné l'amitié d'Innocent IV par la profondeur de sa doctrine et Tamënilé de ses mœurs. Vers le même temps, Nicolas Strigoth, évéque de Rotschild, avait encouru l'indignation du monarque danois. Il s'était retiré en France, au monastère de Clairvaux , l'asile des illustres malheureux. Jacques Erland lui avait succédé sur le siège de Rotschild; mais deux ans après, il fut transféré à celui de Lunden, vacant par la mort de l'archevêque UfTo. Pour procéder à l'installation du titulaire, il fallait le bon plaisir royal qui se faisait toujours attendre. Les mois, les années s'écoulaient pour le bénéfice de la couronne, et ce n'était ordinairement qu'après des retards indéfinis qu'on parvenait à placer le prélat élu à la tète de son Église. Pendant ces longs intervalles d'anarchie , les fidèles vivaient à l'abandon comme un troupeau sans pasteur. Pour prévenir ce désordre, Jacques Erland se contenta de la confirmation du pape, dont il avait

1. Capituli rerocobis nova el inaodiia prftsumplk), &i consonenl fada relalibus, otcndtt nobts in eipfrienlis libro quod legiior : impuni lis luso ni parit, «usas eicelsom. De percepli namque ii nobis, et dilfcto filio nostro Otiobooo Saiicil-Adriani diacono cardiaali,archidiaroao remensi, benignitale, idem capitu'uro superbi» concepisse videiur audaciam, el iniquifateoi de sibi etbibilâ mansuetodine pariurivit ; in eo se notabilius eshibens, quod ingritudinb viiio» cooi ignorantiae muliie noté, insolenlic teforrilatem adjecil... KplWol* Urbani IV, apud D. Marlot. ^ Histoire de la viUe de Reims , loni. III , ptg. 811.

conservé les bonnes grâces, el ne demanda point l'agrémenl de Christophe de Waldemar qui régnait alors en Danemarck.

Ce prince en fut irrité, ainsi que d'un concile tenu à Weile ou Wedel , où le prélat rédigea d'importants règlements pour sa métropole et publia un décret sur les violences exercées contre les évéques. Aussi, dans une assemblée de la nation, proposa-til plusieurs chefs d'accusalion contre l'archevêque de Lunden. Il se réconcilia toutefois avec lui en 1257. Bientôt il se brouilla de nouveau, à l'occasion d'une dame de race noble que Jacques Erland avait excommuniée; il le cita pour comparaître à sa cour. En cela , sans aucun doute , Christophe usurpait les droits du sacerdoce. L'archevêque comparut par esprit de modération; mais il déclara publiquement qu'il ne reconnaissait point le roi pour juge en matière spirituelle. Christophe indigné d'une réponse aussi franche et aussi raisonnable, révoqua tous les privilèges que les rois de Danemarck avaient accordés au diocèse de Lunden. Le peuple prit le parti de l'archevêque qui fil enlendrc plus.éncrgiquemcnt que jamais ses plaintes et ses protestations. Le monarque , aigri de plus en plus, emprisonna dans îin château le courageux pontife, l'archidiacre et le prévôt de Lunden, avec Eskil, évêque de Ripen. L'évéque de Rotschild se sauva dans l'Ile de Rugen; celui d'Odensëe sortit du royaume ; puis tous deux déclarèrent que le Danemarck avait encourru l'interdiction prononcée au concile de Vedel. La sentence, confirmée par Alexandre IV, fut observée dans les diocèses de Lunden, d'Odensée et de Rotschild ; mais elle ne produisit pas une vive impression dans le Julland.

Sur ces entrefaites, Christophe l^^ mourut, laissant pour successeur son fils Eric VI, surnommé Glipping, âgé seulement de dix ans. Au commencement de 1260, la reine Marguerite, régente du royaume, tint une grande assemblée nationale où le jeune prince fut couronné. Les seigneurs profilèrent de ravénemcnt d'Eric au trône pour solliciler la réintégration de l'archevêque de Lunden. LMJlustre pri-

ET SON TEMPS. «il

sonnier ne voulut point rentrer dans son diocèse; il passa en Suède , dont il était le primat. Delà il soumit sa cause au jugement d'Urbain lY, avec une solennelle protestation contre les violentes oppressions dont il était victime. De son côté , le nouveau monarque envoya une ambassade à la cour pontiOcale pour prier instamment le pape de délivrer son royaume de l'archevêque de Lunden. Il articulait un grand nombre de plaintes contre lui et les deux évéqucs de Botschild et d'Odensée; il les accusait spécialement d'être les auteurs de la guerre qu'ils venaient de soutenir contre Jarmar, prince de l'tle de Rngen. Urbain lY chargea Gérard, son chapelain, d'aller rétablir la paix entre l'archevêque et le roi. Malheureusement, les dénonciations réitérées du royal plaignant avaient quelque fondement. Jacquesd'Erlandn'était pas unperturbateur du repos public; mais il avait tronqué le texte de l'Oraison dominicale et altéré le sens orthodoxe du Symbole des apôtres. Le Souverain Pontife en paraissait persuadé ; il l'engagea fermement à renoncer au siège de Lunden.

Les ennemis de l'archevêque triomphaient lorsqu'en 1268, Clément lY, mieux informé, écrivit au roi Eric YI, qui, enhardi par le .^uccèç, continuait le cours de ses vexations; il le conjura de ne pas $'exposer davantage, par ses violations sacrilèges, àattirer sur lui-même et sur son royaume la colère de Dieu. < Rappelez en votre mémoire, lui dit-il, le secours c que l'Eglise vous a donné pour apaiser la tempête qui s'était € élevée contre vous. Gérard, notre chapelain, a soutenu vos c droits de tout son pouvoir. Ensuite, vous et la reine votre € mère ayant été pris par vos ennemis, Urbain lY, notre mé. c morabl^ prédécesseur, Gt tous ses efforts, par l'intermé-

< diaire du même Gérard, pour procurer votre délivrance.

< Comme preuve de. notre affection paternelle, nous vous c avons envoyé pour légat le cardinal Gui , du titre de i Saint-Laurent. Toutefois, depuis qu'il est arrivé dans votre « royaume nous avons appris que vous souffrez qu'on y viole « les libertés de l'Ëglise ; vous-même, vous continuez à perc sécutcr quelques prélats et d'autres membres du clergé ,

€ sans vouloir leur faire justice. Ah! songez à quel péril vous c vous exposez, si vous attendez que nous exercions contre c vous les rigueurs canoniques... > Ce ne fut qu'en 1274, au f concile de Lyon, que Grégoire X régla définitivement ces c interminables démêlés ^ .

Si la papauté parlait aux rois avec tant de force, elle savait aussi tenir aux évéques un langage sévère, quand ils négligeaient leurs devoirs. Urbain' IV avait appris qu'en Corse et en Sardaigne la religion perdait de sa vigueur primitive par la faute de quelques prélats. Il envoya dans ces lies de la Méditerrannée l'archevêque Turritan. Ce légat devait user de ménagements, traiter avec déférence tous les dignitaires ecclésiastiques, s'informer quels étaient les hommes capables de remplir les charges pastorales et rédiger un exposé précis de la situation des personnes et des choses, t S'il arrive quelt quefois, ajoutait Urbain IV, que des prêtres, placés par la c Providence sur le trône ëpiscopal, comme un flambeau sur c le chandelier, afin de montrer aux autres, par les lumières i de leur doctrine, le chemin de la vérité, et de les diriger i dans les voies du salut par la pratique de leurs bonnes œuf vres, viennent à tomber dans l'égarement, vous leur rapc pelletez que la gravité des fautes est proportionnée à la c position sociale qu'on occupe; ils sont assurément d'autant c plus coupables qu'ils tiennent un rang plus élevé; leur i chute devient d'autant plus dangereuse qu'elle les entraîne c dans un abtme plus profond, et leur mauvaise conduite c tourne à la ruine de leurs subordonnés. En effet, poussés € par l'ennemi du genre humain, ils lâchent la bride aux pasc sions, se plongent eux-mêmes dans le lac de la misère, et se

3. ...Niynqaid de toa et ipsius matris memoria oblilerovU oblivîo, qualiter le ae maire prcdicla in hostiles inimicoram iocurrootibas manus, et insidiosè captivilatis ab eis, reooleod» memorie Urbanus papa prsdecessor noster, tôils conalibus, promptisqae stodiis ad (uam et ipsias matris Uberaiiooem ioteodif, laboravit attenliùs , et omoia qoas poluit, remédia eiqoisivit, memo« rati eapellaoi Gerardiad id aactoritalem moDieos et solliciludinem excitans... EpUid, CUmeniis iV, apad Annates eccUsiasl. Ratnald. , lom. XIV, aoQ. 1265.

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€ TaiHrent dans la fange du crime; en sorte que ceux qui

< avaient été chargés de gouverner les peuples, devenus pour

< ces mêmes peuples une cause de perdition, se rendent dignes • de mort autant de fuis qu'ils leur donnent de pernicieux

< exemples. •

Avant de pourvoir aux sièges épiscopaux, Urbain IV voulait s'instruire des mœurs et delà doctrine de ceux que lui présentaient les princes et les peuples. A cet effet, il avait, dans toutes les universités de France, ditalie, d'Espagne et d'Allemagne, des hommes qui lui rendaient compte du savoir et de la piété des étudiants. Lesclercsqui aimaient l'Eglise et se montraient capables de la servir parleurs talents, étaient sûrs d'être discernés dans la foule par le regard pénétrant du pontife. Hais ccuxquincjoignaientpas à leur vertu la science nécessaire pour bien gouverner, étaient rejclés sans miséricorde. Urbain IV n'avait égard nia l'éclat de la fortune, ni aux recommandations de hautparage; la prière des rois eux-mêmes ne pouvait ébranler sa résolution. En Lombard ic, l'Eglise de Milan étaitdevenue un foyer d'agitations électorales qui compromettaient gravement l'ordre et la discipline. Le siège de cette ville, vacant par la mort du vaillant archevêqueLéon de Périgo, étaitdisputëavecacharnement par deux familles puissantes^

L'une prpposait Raymond Délia Torre, archiprétre de Honza; l'autre, Pràncesco de Settala. Ce dernier avait plus de mérite, mais moins de crédit. Urbain IV rejeta les deux compétiteurs, et nomma Otion Degli Visconti, plus guerrier et plus homme d'Eiat qu'évêque, mais d'un mérite supérieur comme tel. Par cette promotion, le pape frayait à la célèbre famille des Visconti la voie de la souveraineté de Milan. Les princes Oberto et Martino se hâtèrent d'occuper les châteaux et les

1. Mcdiolaneoaes ei bac caasâ lurbabaolar : morloo Leone arcbiepiscopo, per discepUlioocm civium duos pariter arcbiepiscopos elegeraol, Rajmuiidoni Turrensem et Seplalam. Dùm aotcm alteri coolrà alieros lumaltaarenlur, re ad aedis aposioUcc subselliadelalâ, Urbanas pootifei eleciionein civium abrogavil, et OKooem.. arcbiepiscopo i Mediolaoeosi ecclesi» proefecii AtmaL ecelettotl., •oclore Bzovio, tom. XUl.

m URBAIN IV

ûets de rarcbcYéchë. Ollon Degli Yisconti parvint nèamoios, après l'excommanicalion lancée contre les Milanais, à s'emparer de la forteresse d*Arona. Mais» assiégé par terre et par mer, menacé an sein même de la ville où ses ennemis comptaient beaucoup de partisans, il fut contraint de fuir et d'attendre en exil l'heure de la Providence ; elle ne tarda par à sonner. Le 20 janvier 1277, il y eut un rude combat où les Délia Torre, assaillis de toutes parts, couverts de blessures, épuisés de sang, succombèrent sans retour; Tarcbevéquc vainqueur rentra triomphalement dans sondiocèse; il alla chanter à l'église de Saint-Ambroise un Te Detm d'actions de grâce ; mais il eut encore à combattre les débris du parti ennemi.

Les citoyens d'Auximum ou Ozimo de la marche d'Ancônc s'étaient attachés au parti gibelin ; ils avaient élé privés de leur siège épiscopal ; bientdt, mieux inspirés, ils revinrent à résipiscence. Urbain leur restitua leur évéché ; il leur donna pour évéque Benevenuto de Scotivoles, frère mineur, archidiacre et administrateur d'Ozimo. C'était un homme d'un grand mérite. Il avait fait son droit à l'université de Bologne où il avait obtenu le grade de docteur. Il avait eu pour condisciple et ami le bienheureux Sylvestre Guzzolino , fondateur de la congrégation des Sylvestrins. Urbain iV, qui connaissait l'éminence de ses vertus,' s'était lié intimement avec lui. Benevenulo, plein d'estime pour la vie religieuse, avait embrassé la règle et revélu l'habit de saint François. Devenu évéque, il ne voulut pas quitter sa robe de moine. Toutes lesnnils, il dormait sur la rude couche que prescrivent les statuts desFrères mineurs. Chacun pouvait l'aborder libre, ment, lui dire ses peines, lui raconter les injustices qu'il avait à subir. Quand il apercevait à son audience des pauvres que son entourage, par un excès de prudence, voulait éloigner, il les appelait, les accueillait avec une doucebienveillance, écoutait leurs demandes et les congédiait avec des paroles de paternelle bonté. Pendant les quatorze ans de son épiscopat, il opéra de fréquents miracles qui répandirent au loin sa ré-

puUlioB de saiDif U. Lorsque Dieu lui eût révélé l'approche de ses derniers momeots, à l'exemple du pairiarche des franciscains, il se fil porler dans l'église et déposer i terre ; il eût de la peine à admettre qu'on le couvrit d'un vêtement ; il se réjouissait de ne rien posséder même dans la mort. Le 23 mars 1276, environné d'un grand nombre de ses prêtres qui psalmodiaient d'une voix émue les prières des agonisants, il rendit son âme à Dieu ^

Pendant qu'Urbain IV s'altaehait sans relâche à l'amélioration du corps sacerdotal, il vit arriver deux messagers ecclésiastiques, le bâton à la main, la besace au dos, tout poudreux et fatigués d'une longue route rendue encore plus périlleuse par les ravages de la guerre et la fureur des impériaux. C'étaient Thomas, trésorier, et Pierre, ckianoine de la cathédrale de Sirmium ou Sirmich ; ils apportaient du fond de la Pannonie une lettre d'Olivier, leur évéque : le vieux prélat, épuisé par une maladie de langueur, suppliait humblement sa Sainteté de lui permettre de se retirer au couvent des Frères mineurss.

En ces âges de foi, toutes les grandeurs, usées par la souf- > france on meurtries par l'infortune, venaient demander â l'ombre sainte du cloître une hospitalité qui convint àleur douleur. Entre l'âme de ces grands hommes profondément religieux et l'existence austère des cénobites, il y avait une secrète harmonie qui les attirait par son charme, charme mystérieux qui atteignait même les heureux du monde, avidcsde respirer l'air plus pur de la solitude et la bonne odeur do la sainteté. Hais

1. Hocauoo 4363 restiloil Urbanus Aaiimalibus io Piceoo di^sDltaUm épiseoptlem, que, io sedttiooibus Frtdcrici 11 Glioramquc, quîbas adbvrebaDt, prtvati faeraol ; episcopumqae creavit Deneveoalum de Scolivolis miDoritain, ADCODiUoom priùs archidiacooum et Uarclii» rcctorcin... AnnaUi minorum, Wadmg, lom. 11.

2. Scripsit hoc aooo Urbaona ad archirpîscopaiii Coloee nsem Hangaria, sea PaoDODQicc ioferioris inelropdiiaai, ut aiamioarel ciroanMianiiaa et ratione^ que movcbaot Oliverium eptscopum Sirmii« Miom in eâdcm PaoDOoiâ sulTragtocttiD, ut epiacopatui renunciare, et ad ordineoi miooruni vcUct traosire... AmnaUt mjiionijii, loeo eUalo.

les heureux ne faisaient que passer ; les mi|j|heureux reslaient seuls : le recueillement et la paix, la mort des sens et la vie de l'âme, le silence perpétuel avec les hommes et les continutlles communications avecDieu trompaient l'amertume des'souTenirs et berçaient les cœurs endoloris dans une atmosphère divine où se pressentait le calme du ciel. C'est ainsi que révoque Oliverius préféra aux splendeurs de son palais une cellule dans un monastère; il voulait pas^er ses derniers jours avec les disciples de saint François et mourir dans leurs bras. Urbain IV lui accorda l'autorisation et le remplaça par un évéquc selon le cœur de Dieu.

Urbain IV, en appelant des disciples de saint François aux sièges épiscopaux, se proposait, non-seulement de récompenser les services que ces moines avaient rendus à l'Église, mais encore il comptait sur l'influence de leurs vertus pour ramener peu à peu les mœurs à leur pureté primitive. Cette pensée était presgue toujours couronnée de succès; seulement, les princes goûtaient peu ces choix, parce que les clercs, élevés au milieu des scandales du monde, se prêtaient mieux que les moines aux calculs de leur ambition et offraient plus de prise aux séductions du pouvoir et des richesses. C'est ainsi que la vacance de rôvôché du lac de Chiem ou Chiemsée se prolongeait par les intrigues dé quelques seigneurs cupides cl licencieux. Il y avait à peine un demi-siècle qu'Eberhad II, archevêque de Salzbourg, l'avait fondé avec les biens et les revenus de sa cathédrale. Son projet d'érection, soumis en 1215 au concile de Latrnn, avait oblcnu l'assentinicnt d'Innocent 111, sous la condition que l'établissement du nouvel évéché se ferait sans préjudice pour l'institut des chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui florissait alors dans les plus grands ildts de Chiemsée, au sud de la Bavière.

Ce diocèse comprenait les cures d'Eckstâtt, de Hernchiem, de Prien, de Sôihuben, de Kirchdorf, de Saint- Jean, avec le mont Streichen, le Leukental,le Grassauerlhal, jusqu'au sommet du Jochberg, dans une longueur de huit milles sur une lar-

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geor de quatre milles avec les paroisses de Pillersée, de Brichen et l'Elmao. Le prévôt et le chapitre ne pouvaient jamais élire l'évéque; sa nomination appartenait exclusivement et à perpétuité au métropolitain de Salzbourg. L'évéque nommé devait prêter hommage et serment de fidélité à l'archevêque qui lui donnait l'investiture. Le prévôt de la cathédrale de Salzbourg avait le pas sur l'évéque de Chiemsée. Toutefois celuici, en l'absence de l'archevêque, ou en vertu d'une mission spéciale, pouvait olGcier poniificalement dans l'église métropolilaine de Safzbourg. Il résidait presque toujours dans une dépendance du palais archiépiscopal ; mais, afin d'avoir, dans son propre diocèse, un lieu où il pût s'arrêter de temps à autre, tenir des synodes et remplir les autres fonctions épiscopales, on lui fit don de l'église paroissiale de Saint-Jean, dans le bèogenthal.

La nomination et la confirmation des évêques de Chiemsée, faites par les archevêques de Salzbourg, avait pour effet de donner immédiatement aux évoques ainsi nommés et confirmés le rang de princes de l'Empire ; aussi lorsque le siège devenait vacant, si le successeur du défunt ne convenait pas aux barons, ceux-ci ne manquaient jamais de prétextes pour retarder l'élection, et même ils ne craignaient pas de recourir à la ruse ou à la violence pour l'annuler. L'opposition était si flagrante, au mois de février 1264, qu'une intervention du Souverain Pontife parut nécessaire. Urbain IV transféra au siège èpiscopal de Chiemsée le franciscain Henri qui occupait alors l'évêché de Caronien, en Transylvanici.

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