‹ Histoire du Pape Urbaith IV et de son temps, 1185-1264Chapitre 26 sur 42 · AmpliMtima coUeclio, D. Martini, looociUlo · texte numérisé non relu

AmpliMtima coUeclio, D. Martini, looociUlo

leur science et par leur verta , jeta Henri de Fisting dans une si grande exaspération que, non-seulement il n'en supporta point la lecture, mais qu'il fit lacérer la pièce; ses satellites allèrent même jusqu'à frapper le signataire de l'appel, Jean Philomène, clerc de Tabbé de Saint-Malhias. Le lendemain, 4 mai 1263, on renouvela solennellement la proclamation de l'appel, en présence de plusieurs prélats, abbés, chanoines et religieux de la province. Au sortir de la séance, le prieur fut renversé de cheval par les émissaires de l'archevêque; ils se jetèrent sur lui comme des tigres sur une proie, l'accablèrent de coups de bâtons et le laissèrent à demi-mort sur la terre. Lesjéchevins et les autres habitants de Trêves accoururent au secours de l'infortuné prieur, vieillard languissant et débile; puis ils se saisirent de l'un des persécuteurs, et dans leur indignation extrême, ils lui infligèrent les châtiments les plus atroces.

Au milieu de cette effervescence des esprits, l'abbé Thierry, ,pour ne pas exposer son monaslère aux profanations désastreuses des seîdes de l'archevêque, et redoutant aussi pour luimême les mauvais traitements que venait d'essuyer le courageux prieur,se retira sur les terresde son parent Ferry III, duc de Lorraine et de la Marche; il le pria de lui accorder l'hospitalité jusqu'à ce que la querelle qu'il avait avec Henri de Fisting fût entièrement vidée. Le duc l'accueillit avec cordialité et magnificence : < Toutes les choses que vous voudrez a c que vous demanderez dans mon district, dit-il à Tabbé, vous • seront données avec empressement; consolez-vous et n'ayez c point de crainte; car toutes vos adversités et tous vos périls c auront une fin heureuse, au gré de vos désirs. » A ces mots pleine de générosité, le vénérable proscrit, rassuré, alla s'établir dans la forteresse de Sierk, d'où il put suivre attentivement les péripéties de l'agitation religieuse de l'Eglise de Trêves.

Cependant les députés franciscains rapportèrent de Rome les lettres d'interdit lancées par Urbain lY contre l'indigne

archevêque; elles élaienl adressées, en date de Viterbe 1262, au chanlre de l'église de Trêves et à l'abbé de Saint-Marlin» du diocèse de Helz. Comme elles annulaient toutes les procédures et toutes les sentences de Henri de FisUng contre l'abbé de Saint-Hathias, on les publia en présence de tous les dignitairesecclésiastiquesde la province. L'archevéqueetses partisans révoquèrent en doute leur authenticité et poussèrent même l'audace jusqu'à les tourner en dérision. Les exécuteurs du bref pontifical n'en destituèrent pas moins, en vertu de leur délégation apostolique, les intrus, Guillaume de Meysemburg qui administrait l'abbaye de Saint-Euchcr, et Gilles de Manderscheit à qui on avait illégitimement confié la gestion du temporel de Sainte Marie-aux-Martyrs; puis, ils réintégrèrent dans leurs fonctions abbatiales Thierry et Robert; enfin, ils avertirent l'archevêque élu de ne point faire de résistance au Vicaire de Jésus-Christ et de se soumettre respectueusement à ses décisions.

Henri de Fisting, obstiné dans sa révolte, méprisa la sentence du pape et les représentations respectueusement énergiques de ses plénipotentiaires. Dès l'année suivante, 1263, le jour de la fête de saint Marc, il voulut imposer un abbé intrus aux moines de Saint-Mathias ; il employa pour cela la force armée ; des hommes soudoyés brisèrent les portes du monastère, envahirent les cellules, y placèrent des soldats, des munitions et des vivres, et maltraitèrent les bons religieux. Ceux-ci se réfugièrent avec leurs serviteurs dans la chapelle claustrale, exhalèrent de douloureux gémissements au pied de l'autel et chantèrent d'un ton lamentable l'antienne média vita in morte sumus. Ensuite, ils se prosternèrent le visage contre terre, psalmodièrent les psaumes de la pénitence, et implorèrent avec larmes le Dieu qui protège les innocents et les opprimés. Au moment de cette scène émouvante, l'un des moines rebelles, plus ébonté que les autres, lança, sur celui qui lisait la collecte, une pierre qui faillit le tuer. Tous les pauvres cénobites, saisis d'épouvante, se sauvèrent à la cathédrale où les

chanoines les reçurent avec les marques de la plus généreuse sympathie ; alors le lugubre bourdonnement des cloches accompagna les chants plaintifs qu'ils firent entendre sous les voûtes sonores de la vaste métropole et annonça au loin le deuil des Franciscains de Saint-Mathias.

Pendant que les pieux fugitifs trouvaient un refuge honorable chez les chanoines de Trêves, leur abbaye devenait le théâtre d'orgies sacrilèges. Les satellites de l'archevêque prévaricateur pillaient les caves, dévastaient les granges, ravageaient les enclos et transformaient les cellules en lieux de débauche. C'était au milieu des horreurs de la nuit ; les joyeux convives, en murmurant des chants impies, se saturaient des vins cl des mets qui couvraient la table du festin qu'ils avaient préparé avec les produits du monastère; bientôt, appesantis par la bonne chère, ils tombèrent plongés dans le sommeil de rivrcssc; ils dormaient profondément, lorsqu'un incendie éclata et se propagea avec une telle rapidité que, sans la miséricordieuse protection du ciel, tous les bâtiments du monastère auraient été la proie des flammes. Dès le malin, toute la ville retentit du bruit de ce sinistre; les uns raltribuaient à l'ivresse des profanateurs du couvent; les autres, au contraire, disaienl que les moines, qui avaient quitté forcément leur saint asile, avaient voulu se venger de leurs persécuteurs en y mettant le feu.

L'archevêque rebelle, moins soucieux de ce malheur que de l'anathème qui pesait sur lui, chercha, par tous les moyens imaginables, à se faire absoudre; mais Urbain IV. qui connaissait les sourdes menées de ce prélat, consulta les cardinaux; et, sur leur avis, il écrivit aux exécuteurs de ses sentences, Jean de Glandièrc et Jean, chantre de la cathédrale de Trêves, pour leur recommander la prudence: c Car, dit-il, les lèvres c trompeuses des détracteurs percent souvent de leurs traits c cachés l'homme intègre et sans tache ; elles déversent souvent c le venin de l'aspic sur l'innocent, et mettent une ruse abo- < minable à le souiller de leur souffle calomnieux, i Ensuite,

il leur dévoile les artiOces sataniques qu'Henri de Fisling ose employer pour gagner à sa cause les mercenaires toujours préls à seconder dans leurs desseins les chefs qui les comblent de largesses. L'archevêque, furieux de celle révélation humiliante pour lui, défendit aux habilanls de Trêves de procurer des secours aux religieux de Saint-Mathias. Un des échevins de la ville, ami Adèle cl dévoué des Franciscains, ne craignit pas de dire à rillustrc excommunié : c Maître, vous n*avez pas c le droit d'empêcher les habitants des paroisses de fournir des

< subsides aux religieux persécutés; quant à moi, jusqu'à c présent, je n'ai cessé de pourvoir à leur subsistance; et, c malgré vos ordres, je continuerai, comme par le passé, de c les soulager dans leurs besoins, autant qu'il sera en mon c pouvoir, i

Urbain IV, toujours attentif â l'affligeant spectacle qu'offrait FEglise de Trêves, ne négligeait aucun moyen de protéger les religieux qui vivaientdans l'observation exacte de la discipline, comme aussi d'y ramener ceux qui avaient eu le malheur de s'en écarter. Il ordonna de rétablir les moines de Sainl-Mathias dans leur abbaye et défendit aux suffragants de l'archevêché de Trêves dVnirclenir des rclalions avec le prélal révolté : € Parce que nous avons appris, dii il aux Trèvires, que vous c étiez animés de la crainte du Seigneur cl enflammés de zèle c pour la liberté ecclésiastique, nous vous adressons avec con* c fiance des prières conformes à la volonté divine pour implo- « rer de vous la défense de la cause de l'Eglise. Certes, entre c toutes les blessures qui Iransperceni notre âme, il n'en est

< pas de plus cruelle que les horribles excès commis avec une c infernale témérité contre nos chers fils, les abbés de Saintec Marie et de Saint-Mathias de Trêves... Nous vous conjurons c donc de prêter en temps et lieu votre appui à nos délégués, c par déférence pour nous-mêmes et par dévouement pour le c Siège apostolique. »

Tant de censures canoniques et tant de cérémonies expiatoires avaient enfln excité le repentir au cœur de l'archevêque;

26i URBAIN IV

il fit publiquement amende honorable, et alla, contrit et humilié, solliciter du pape Urbain IV Tabsolution de ses crimes. Le Souverain-Ponlife, sévère et implacable pour le péché, mais doux et compatissant pour le pécheur, n'hésita pas à pardonner, et il leva les anatbémes qui pesaient sur Henri de Fisting. En même temps, il écrivit au comte de Luxemburg pour l'engager à prêter main-forlc aux commissaires qu'il avait chargés du recouvrement des biens de Saint-Malhias que l'intrus Guillaume ne voulait point restituer. Le comte, empressé d'obéir aux vœux du pape, enjoignit au seigneur du château de FalconPlerre de faire remettre aux moines franciscains leurs livres, leurs vases sacrés et leurs ornements: Le châtelain, après quelques tergiversations, se rendit aux injonctions de son suzerain, et tous les objets qu'il recelait dans sa forteresse furent rapportés au couvent de Saint-Mathias de Trêves*.

Le clergé séculier du Moyen- Age contrastait d'une manière frappante avec le clergé régulier. Les évêques, comme tous les feudataires de la couronne, abandonnés à eux-mêmes sous des rois impuissants, environnés de turbulents seigneurs, avaient été emportés forcément dans le mouvement du monde. Réduits à se défendre par leurs propres armes, ils échangeaient souvent la lance contre la crosse, le casque contre la mitre, et la pacifique mule contre le léger destrier. On les voyait déployer un grand luxe comme princes temporels, faire argent de tout pour se soutenir; et, au milieu des dissipations de cette vie agitée, laisser entrer un autre amour dans leurs cœurs vides de l'amour de Dieu. La régularité, la ferveur, le dévouement, toutes les vertus sacerdotales avaient leur foyer presqu'exclusif dans les monastères. C'est pourquoi Urbain IV favorisait de tout son pouvoir l'établissement de ces cloîtres d'où jaillissait, comme de la profondeur du cœur, le sang qui restaure les organes et renouvelle tout le corps du sacerdoce catholique. Vers 1215, Barthélémy, évêque de Cinq-Eglises en Hon-

1. Mclionnaire encyclopédique de la Ihédogie catholique^ par Tabbé GosGun, cof». VIII.

grie, avait réuni soas une règle commune une foule d*ermitcs dispersés dans son diocèse, el leur avail donné pour demeure le couvent de Saint-Jacques de Patach. Eusèbe, issu d'une famille noble, chanoine de la cathédrale de Gran, avaii de la même manière réuni les ermites de Pisilie sous l'invocation de la sainte Croix. L'an 1250, les deux congrégations érémiliques ne formèrent plus qu'une société. Eusèbc vint solliciter en cour de Rome l'autorisation exigée par le concile de Latran. Urbain IV chargea l'évéque de Wesprim, suffragant de Strigonie, de faire une enquête. Le prélat constata que les ermites de Saint- Paul n'avaient pas assez de ressources pécuniaires pour vivre selon la règle de saint Augustin. Le pape leur prescrivit une autre constitution, en 1263.

Dès lors les Pauliniens, comme on les appelait souvent, se propagèrent dans toute l'Europe centrale; la France, l'Allemagne, la Pologne, l'Istrie et la Suède accueillirent avec vénération ces anges de la solitude qui leur offrirent en retour le triomphe des joies les plus pures et des instincts les plus généreux de la nature humaine sur les sens et sur les passions. Us pouvaient établir leurs couvents dans les villes jou dans les campagnes; mais ceux-là seuls avaient le droit de se retirer dans ces dernières, qui avaient déjà fait deux années de profession. Us soignaient les malades, pourvoyaient à leurs besoins physiques etspirituels, inhumaient les morts, visitaient les prisonniers, et accompagnaient les condamnés au lieu d'exécution. Tous leurs autres exercices leur rendaient familière la pensée de la mort. Quand ils se rencontraient, ils se saluaient en se disant : c Mémento moriy pensez à la mort, i Avant de prendre leur repas, ils baisaient une tête de mort; il y en avait toujours une sur leurs tables. Lorsqu'un religieux faisait profession, ses confrères le mettaient dans un cercueil; chacun Taspergeait d'eau bénite, tandis que le chœur chantait le Deprofundis. Ainsi le mépris de la vie, ce secret des héros, y était enseigné et pratiqué à chaque instant du jour.

Le sacrifice de soi est le principe du courage militaire; il

renferme la raison do ce prestige qui s'altache à la gloire du guerrier par-dessus toutes les autres gloires humaines ; de même, dans l'ordre spirituel, le sacriQce quotidien de soi par le triple yœu monastique exprime la suprême estime que l'Eglise accorda aux ordres religieux et chevaleresques. Urbain IV affectionnait beaucoup les Templiers qui eurent pour fondateur un preux des environs de Troyes. Chaque Ordre, suscité de Dieu dans TEgiise, a sa mission spéciale. Sans doute la chevalerie, dans son mélange de dévotion sentimentale et d'amours romanesques, avait été parfois une digue contre la corruption générale des mœurs; au fond, clic n'était qu'un jeu, produisant quelques éraolions de piélé qui n'ont jamais sauvegardé personne contre la lutte des passions et des sens. L'institution des Templiers fut d'abord un moyen de discipliner cette chevalerie mondaine, d'en relever le sérieux moral, d'y développer les vertus chrétiennes, ensuite de culliver le caraclère encore rude et d'affiner les mœurs encore grossières des populations germaniques et septentrionales.

La création du royaume de Jérusalem avait permis aux chrétientés occidentales d'envoyer des masses de pèlerins en Terre-Sainte; mais ce royaume, isolé au milieu des infidèles, en face de la haine fanatique de l'Orient exaspéré, demandait à êlre énergiquement et constamment soutenu. En admettant que les Templiers, par la fondation de leur Ordrc^ n'eurent d'autre intention que de préserver les routes infestées de brigands et de combattre les Sarrasins toujours menaçants, on ne peut nier que ce but restreint devait subir les lois du développement historique, qui amena les chevaliers du Temple à devenir l'âme des expéditions armées de l'Europe contre l'Asie. Non-seulement ils formèrent, avec les chevaliers de Saint- Jean-de-Jérusalem, le noyau des croisades et leur fournirent des chefs et des guides; mais encore, par leurs provinces et leurs maisons en Occident, ils rappelèrent haulement et sans relâche aux nations catholiques qu'elles ne devaient pas abandonner le tombeau du Sauveur. Leur rôle semble avoir été de maintenir, pendant deux siècles, pure et vivante, l'idée des

croisades, de recruter pour elles des arméeSi et de les diriger dans leurs expédiltons lointaines. Ils avaient une mission plus grande encore.

De même que les Templiers formaient le lien vivant entre le monde occidental et le divin Sépulcre, de môme ils représentèrent, jusqu'au moment de leur apogée, la chaîne vivante qui relie la Jérusalem terrestre à la Jérusalem des cieux. Le Moyen-Age, dans son cssort relig'icux, sMdcntiOait de plus en plus avec Tamour de la croix, et comme les combats livrés pour la possession du berceau du christianisme devaient, malgré la valeur de la chevalerie, demeurer sans résultats, si les guerriers n'étaient en même temps animés des vertus qu'inspire la croix, le moine et le militaire, unis dans la personne du Templier, représentaient le légitime croisé, le véritable soldat de Jésus - Christ. L'Ordre du Te^nple oITrait à ses membres, au moment où les croisades restaient suspendues, un refuge assuré pour travailler au salut de leur âme. En entrant dans un couvent ordinaire, le chevalier devait se dépo^uiller de son armure; le simple moine paraissait souvent au riche et lier baron un personnage aussi pauvre que méprisable. Mais un Ordre où l'on ne déposait pas les armes, et où cependant l'âme trouvait, par les pratiques austères du monachisme, l'occasion et la facilité do se sanctifier, fut le moyen humain dont la Providence se servit pour retirer des milliers de seigneurs du tumulte de ce monde, pour leur faire éviter le dérèglement, pour les attirer vers la croix, pour les préparer chrétiennement à l'heure de leur mort. Aussi, lorsque l'Europe entendit parier des exploits de ces nouveaux athlètes du Christ, écuyers et chevaliers de toutes nations s'empressèrent de s'associer à cette sainte et glorieuse ligue ; et, sous le pontificat d'Urbain IV, l'Ordre, riche, nombreux, puissant, jouissait d'une grande considération.

Cette influence des chevaliers du Temple fut puissamment secondée par la faveur que le Saint-Siège leur témoigna. Urbain IV confirma leurs privilèges; il proclama formellement

qu'il bilail s'ioléresser à celte milice, vaillaiite jusqu'à la mort, précieuse à toute la chrétienté, et dont les services étaient connus non-seulement des Orientaux, mais des peuples les plus éloignés, c Je tous en supplie, écrit -il à Louis IX, c arrêtez vos regards sur les chevaliers du Temple et faite3 c participer les défenseurs de TEglise aux trésors de votre c bienveillance, car il sera agréable à Dieu et aux hommes c que vous portiez dans votre cœur ceux qui exposent leur € vie pour leurs frères, i Le noyau de cette noble association était formé par les chevaliers. A côté d'^ux étaient les frères servants. L'autel était desservi par les chapelains. A la tête de rOrdre étaient le grand-maitre et les hauts dignitaires : le sénéchal f le maréchal^ \e majordome^ le drapier, le turcopolier, 'les commandeurs. Les provinces de l'Ordre étaient soumises aux grands-précepteurs y les simples couvents aux baillis. Le costume consistait en un manteau blanc, marqué d'une croix rouge à huit branches. L'étendard du combat était la bannière blancITe et noire, avec Tinscriplion : Non nobis^ Domine^ non nobis, sed nomini tuo da gloriam.

Le grand-précepteur de France résidait au Temple, à Paris. Cette résidjence était si vaste qu'elle occupait plus de place que Timmensc palais du roi, et que, suivant un auteur anglais, elle aurait pu loger une armée nombreuse. Louis IX désirait confier cette charge au brave et iidèle Americ. Urbain IV joignit aux sollicitations du monarque des lettres apostoliques qu'il adressa aux Templiers, c L'Eglise universelle, leur ditc il, met ses plus douces complaisances en la personne de i'iit lustre roi des Francs, notre fils bien-aimé; elle y trouve de c quoi tressaillir de joie et faire éclater ses trafisports dans c des hymmes et des cantiques sacrés. Il n'est pas une seule c association religieuse dont les membres, par reconnaissance < pour ses bontés, ne chantent en chœur le nom du Seigneur • Jésus et ne proclament ses louanges avec le psaltérion et c d'autres instruments de musique. Son royal cœur, en effet, c rempli de la grâce céleste, épanche les richesses de sa piété

ET SON TEMPS. tm

« snr tontes les Eglises de Tanivers et sur le clergé, principa-

< lemenl sur les religienx, avec une telle abondance qu'il n'y

< a pas un jour où la religion chréilennc n'éprouve tout parc liculièrement son secours, et où la liberté ecclésiastique ne c ressente son appui spécial. Quant à vous, des motifs en

< quelque sorte personnels vous invitent à vous réjouir en

< Jésus-Christ. Si, en effet, vous considérez attentivement • avec quel soin ce même roi des Francs protège votre Ordre

< et veille à la conservation de ses droits, si vous reconnaissez f les marques de sympathique bienveillance qu'il vous a pro- € diguées, à vous et à tous les bienfaiteurs de votre Ordre, c certes, vous vous empresserez d'accueillir sa demande et d'y € répondre favorablement, d'autant plus qu'il y va de vos c plus chers intérêts et de votre prospérités >

Mais, en 1264, un fâcheux débat s'éleva entre ces chevaliers et Urbain IV. L'habit blanc des Templiers symbolisait l'innocence dans laquelle ils désiraient vivre. La croix rouge signifiait le martyre auquel les vouait leur engagement de défendre la Terre- Sainte. Leur étendard indiquait, par la couleur blanche, qu'ils devaient être loyaux envers les serviteurs de Jésus-Christ; et, par la couleur noire, qu'ils devaient se montrer terribles aux ennemis de la foi. Etienne de Sissi, maréchal de l'Ordre, avait manqué à quelques-unes des graves obligations dont il portail les emblèmes. Urbain IV le destitua et l'excommunia. Déjà les Templiers, par l'excès même de leur opulence, par les habitudes d'une vie toute militaire, et par la fréquentation des infidèles, oubliaient qu'ils étaient des reli- ^ gieux, aussi bien que des hommes de guerre. Le pape, dans l'intérêt do leur Ordre, n'hésita point à réprimer leur orgueil et leurs débordements qui pouvaient précipiter leur ruine. Les chevaliers du Temple prirent naturellement fait et cause pour

I. ...Habel, ÎDqait pooliFei, ODiversalis Ecclesia in cbarissimo io Chrislo filio Dostro rege Francorani illastri , oodè io rege aoo Cbristo iesu caolieis et hymots eioltet. Habent io Chrislo religioois cajosqne callores , oodè Domioi nomeo io cboro laodeot ac lympaoo, ei psallario paaihot ei,.. Vo» autem io eo ad siogobris jabili caoticam caosa siogularis iofiut... Epislola Vrbani IV ad Templarioi, apmd AnnaL eceUs,<» RAYnàLD., ion. XIV. I

leur maréchal contre le Souverain-Pontife. Ce difTérend ne s'apaisa qne sous Clément lY, successeur d'Urbain, qui accorda l'absolution à Etienne de Sissî, tout en censuranl les chefs de l'Ordre.

Urbain IV ne se contentait pas de s'appliquer à faire revivre dans les ordres religieux et militaires une vie pure et une sévère discipline, sources fécondes d'où sortent les grands hommes et les grandes choses; il entreprit d'inscrire au catalogue des saints les pieux personnages qui avaient pratiqué les vertus du christianisme dans un degré héroïque.

La canonisation des saints est une institution qui a ses racines dans les dogmes catholiques et les sentiments sociaux. Bien que surnaturelle dans son principe et son but, elle tient, sous un autre rapport, à une loi qui régit toute nation civilisée. Chaque peuple glorifie d'une manière authentique ses hommes illustres. Leurs tombeaux sont honorés; leurs noms flgurent dans les fastes publics, quelquefois même sur des arcsdetriomphe. Les poésies nationales redisent ce qu'ils ont fait de plus éclatant. La peinture traduit dans son langage une partie âe celte histoire, et l'on cherche à leur donner par des statues de marbre et d'airain, une sorte de présence perpétuelle au milieu de leurs concitoyens. Lorsque cette glorification ne se trompe pas dans son objet, elle est, par rapport au passé, un juste hommage de reconnaissance pour les services rendus, et, pour l'avenir, une exhortation à imiter de beaux exemples. Elle serait marquée d'un triste signe de décadence, la société au sein de laquelle s'éteindraient les sentiments qui inspirent, comme disait Urbain IV, ce culte humain, cette espèce de canonisation civile.

Qu'on transporte cette apothéose dans une sphère supérieure et qu'on la fasse passer de l'ordre de la nature dans l'ordre de la grâce, on aura la canonisation des saints. L'Eglise a ses héros; elle sait les reconnaître dans l'humilité d'une vie obscure comme dans l'éclat des grandes actions, dans les camps et dans les ateliers, sous la pourpre et sous la bure. Elle leur

rend les glorieux hommages qu'ils n*0Ql pas cherchés. Elle

inscrit leurs noms dans le livre auguste où se trouvent contenues les prières de l'adorable sacrifice qu'elle offre en tous

lieux. Des temples, où la piët6 allume des flambeaux et brûle

des parfums devant leurs images séculaires, sont placés sous

leur invocation. De tous les points de la terre s'exhalent des

hymmcs à leur louange; et, pouf comble d*honneurs, leur

tombeau est un autel.

Richard de Wiche était digne de cette suprême glorification.

C'était un enfant de bénédiction, venu au monde avec cet attrait du bien, cet instinct de piété, ce sérieux de la vie, qui

sont comme le sceau des élus. Des accidents de famille et des

revers de fortune lui préparèrent une dure jeunesse. Il profita

de ces épreuves pour s'accoutumer à une vie austère ; de

l'eau et du pain étaient alors et continuèrent d'être longtemps ses seuls aliments. Le travail des mains, l'étude des lettres et des sciences, la ferveur dans ses prières, une tendre compassion pour les nécessiteux remplirent ses premières années. Lorsqu'il suivait les cours de l'université d'Oxfort, il ressentit cruellement l'aiguillon de la pauvreté. Il logeait dans une cabane de bois avec deux autres étudiants aussi misérables que lui. Ils n'avaient qu'un manteau pour trois. Quand l'un d'eux en était revêtu pour assister aux leçons publiques, les deux autre> attendaient qu'il fut revenu, afin de s'en couvrir à leur tour. Il passa sept ans à Oxfort dans l'étude des lettres et sept ans à Bologne dans Tétude du droit canon, dont les maximes positives allaient à son caractère. 11 refusa deux brillants mariages; et les plus belles offres de fortune ne purent le détourner du dessein, dès longtemps arrêté dans son cœur, de se consacrer à Dieu. Il professait comme docteur, en 1235, avec une grande renommée, lorsque deux requêtes lui arrivèrent à la foisi.

1. ...LaudfDt eum in veoerands memori» bealo Ricbardo... lo aabjeciioois j

su la , quasi sielta inatatina promiscail ia medio nelMils, dùm io ifMO jufenilis j

atiaiis igooraoUâ, ionoceoliai firmaio vestigio imiiaodo viiit exemplo i

EpUl. Urbani IV ad archicpUcopos , etc., apud Amales ecclesiasi,^ j

Biovics, lom. XIII.

t7« URBAIN IV

L'une ëtail de Roberl Grosse-Téle, évéque de Lincoln, son ancien maître à l'université d'Oxforl; l'autre venait de l'archevêque de Cantorbëry. Les deux prélats se disputaient Richard comme un trésor et voulaient se l'attacher. Edme l'emporta. Comme il avait toujours remarqué dans Richard des qualités éminentes pour l'administration, il lui remit entre les mains les sceaux de chancelier, el se déchargea sur lui d'une partie des soins de son diocèse. La tendresse qui unissait les deux hommes de Dieu leur rendit communes jusqu'à la mort les joies et les tristesses. Richard demeura fldële à son maître hien-aimé jusqu'au-delà de la tombe. Il s'exila avec lui à Poniigny où ils menèrent ensemble la vie monastique; il l'accompagna au prieuré de Notre-Dame de Soisy, reçut son testament et lui ferma les yeux l'an 1240. Libre de ses engagements, il alla étudier la théologie à Orléans, dans le couvent des Dominicains. Il reçut les ordres sacrés et la prêtrise; puis, il retourna en Angleterre pour soigner son troupeau ; car il avait été pourvu d'une cure*.

Sur ces entrefaites, venait de mourir Raoul Nevil, évéque de Chichester. Henri III, proposa une de ses créatures, le chanoine Robert Passeiew, qui fut jugé incapable et rejeté comme indigne. Alors tous les regards se portèrent sur le chancelier Richard. Le roi, extrêmement piqué de cette élection, saisit tout le temporel du nouvel évéque. Le saint homme, sans asile, sans ressource, fut réduit à la condition des apôtres, ne vivant que d'aumônes; il espérait recueillir dans la joie ce qu'il semait maintenant dins les larmes. II visitait les paroisses de son diocèse, annonçait les vérités du salut aux populations des villes et des campagnes, et leur administrait les sacrements. Il s'estimait heureux de souffrir la faim, la soif, le froid, le chaud, les intempéries des saisons, les diflicultés des chemins, toutes les tribulations que lui suscitait l'implacable vengeance de Henri HI. Les menaces d'Innocent IV, appuyées par tous les prélats d'Angleterre, forcèrent ce prince furieux à rétablir

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