AmuUit ecclcHatL Rayn4Lo., lom. XIV
Richard dans tous les biens de son Eglise. Débarrassé de ses inquiétudes temporelles, le saint évoque se dévoua avec une nouvelle ardeur aux soins de son peuple.
Lecreusetde la persécution, par laquelle Dieu l'avait faitpasserpour purifier encore sa vertu, ne servit qu'à le rendre plus humble et plus fervent, plus charitable et plus résigné. Un jour, son frère alnë, intendant de sa maison, lui représentait que ses revenus ne suffiraient jamais à ses immenses aumônes.
< Il vaut mieux vendre mon cheval et ma vaisselle d'argent, f répondit-il, que de laisser dans la misère les pauvres, les ( membres de Jésus-Christ, i Une autre fois, on lui annonça que le feu avait dévoré une de ses plus belles métairies : c La Providence, dit-il, Ta permis sans doute pour nous déta-
< cher davantage des biens de la terre. > El au lieu de diminuer ses aumônes, il les rendit encore plus abondantes. Voilà comme parlent, voilà comme agissent les saints ^
Déjà, sur des instances qui lui furent faites, Alexandre IV avait accordé, en la restreignant à certains lieux, une permission liturgique d'honorer publiquement le bienheureux évéque de Chichester. Celte cause restait, depuis quelques années, enveloppée d'un profond silence, lorsqu'une pensée, descendue d'en haut dans l'âme d'Urbain IV, lui persuada que le jugement en avait été réservé pour son pontificat. Il crut qu'au milieu des persécutions, il était bien à propos de rappeler solennellement au clergé et aux fidèles de grands exemples de fermeté dans la foi et de courage dans les épreuves.
Toutefois, ce n'est pas seulement la pratique des vertus chrétiennes au plus haut degré que le pape exige pour proclamer qu'un serviteur de Dieu doit élre considéré comme
t Ipse vocatas ad regimen ecclesias ciccstreasis faclus est solitoloogè
magis vigil ad curam, non segnis ad «pus, suavis ad mores ; ei (une ei fuit paaperum cura major, liabilus objeclior, geslus et affectus humMior. Et tùoc ipse io pcrsecuiionum per^tessione fortior, in liberlalis ecclesiasiics defeosiooe cooslaotior, to jasiil» censuré ioflciibilior, in oraiione ferventior, io eleeroosjnariim largitione profasior, in proprii corports casiigatione rigidior... Epistol. Vrbani IV, apud AtmaL eecUsiail. Ratnald.. tom. XIV, ann. 4262.
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saint. Il demande aassi des signes miraculeux comme indices de la volonté divine. En présence des documents irrécusables que le siège apostolique rassemble, des précautions vigilantes dont il s'entoure, du long et sévère examen qui précède son jugement, on ne saurait s'expliquer l'incrédulité de certains esprits chrétiens. Que des sceptiques, assez malheureux pour douter de Dieu, ne croient pas à la toute-puissance; que des panthéistes, réduisant leur Dieu à n'être que le monde, ne trouvent point, dans la nature déifiée, une place pour le surnaturel; leurs.dénégations anticipées ne sont que le corollaire de leurs absurdes systèmes. Mais il se rencontre des hommes qui ne nient point les miracles de l'Evangile, et qui veulent absolument qu'il n'y en ait plus d'autres. D'où savent-ils que le pouvoir surhumain accordé pair Jésus-Christ à ses premiers disciples s'est épuisé dans le berceau du catholicisme? Qui leur a dit que Dieu a repris irrévocablement à son Eglise ce don primitif? Comment prouveraient-ils que la race des âmes d'élite, préparées à le recevoir, a disparu?
Des pensées meilleures planaient sur les générations contemporaines d'Urbain IV. t Que la troupe céleste des anges très- € saille d'allégresse, s'écrie- til , dans la bulle de canonisation c adressée, en mars 1262, à toute la chrétienté; que la joie c éclate dans nos divins mystères, car la victoire du Souverain < Roi et les effets de sa salutaire passion reluisent dans la c créature humaine. Que les saints se livrent à des transports c de joie dans le séjour de la gloire ; un nouveau concitoyen c leur arrive. Habitant naguère une maison de boue assisesur c un fondement terrestre, il a triomphé de la chair et de ses c concupiscences, du monde et de ses délices; puis, délivré c de ta prison du corps, il a été admis dans les brillantes dec meures de l'éternité, où il jouit d'un repos immuable. Que c l'Église, notre mère, se réjouisse d'avoir produit un fils si f grand qui dirige ses frères par l'exemple de sa sainte vie et f leur offre, dans la couronne de béatitude qu'il a déjà reçue, c une espérance assurée du salut; qu'elle célèbre le Dieu tout-
«poittant; il Torne de miracles; il rillumine par d'ad-
< mirables exemples, afin de confondre l'hérésie, d'affermir les c cœurs des fidèles sur le rocher de la foi, de les retirer de c l'abîme du péché et d'accroilre leurs vertus. Que l'Anglec terre s'abandonne toute entière à la jubilation en songeant € à la gloire qu'elle a eue d'enfanter un homme angëlique, un c nouveau collègue des esprits bienheureux. Que l'Église de t Chichester, qui a mérité d'avoir un si digne pasteur, unisse i ses transports à ceux des {les britanniques, à la vue de ce t pontife devenu le compatriote des saints; qu'elle se livre c à la vive joie de posséder un nouveau patron et un interc cesseur paissant auprès de Dieu. Que tous les peuples cathoc liqnes chantent à Dieu un cantique de louanges, parce qu'il f convient que les fidèles honorent sur la terre, avec le zèle t d'une sincère dévotion, ceux que le Dieu de justice et de i miséricorde couronne de l'immortelle bëatitude^ »
Ensuite, Urbain lY trace un magnifique tableau des mérites de saint Richard ; il termine, en disant : « Nous, après une c enquête rigoureuse et la discu)>sion d'un sévère examen, « avons acquis l'entière certitude de la sainteté de la vie, l'auc thenlicitë des miracles de saint Richard; alors du commun
< conseil et consentement de nos frères, et de tous les prélats
< assistant le Siège Apostolique, nous avons résolu de
< rinscrire, ou plutôt d'annoncer qu'il a été inscrit en traits
< ineffaçables dans les dyptiques sacrés le lundi 3 avril, jour c de sa mori que, dans son doux langage, l'Ëglise appelle le c jour natal, parce que la mort est pour les justes leur nais-
< sance au ciel. C'est pourquoi nous vous mandons à tous, par c ces lettres, que le 3 avril, jour où son âme bienheureuse est c entrée en possession des délices du paradis, vous, nos frères,
< les archevêques et évéques, vous fassiez célébrer sa fête c avec dévotion par les fidèles de vos diocèses, afin que vous c puissiez, par sa pieuse intercession, être délivrés ici-bas des
1 . Eiultet aogelica larba cœlorom, exaltent divina najsleria, summi oamquè régis vtctorii, et salataris sac passionis effectos in bumani relaceot geoeris crealurâ... EjHH. Vrbaniir^ apud Annales eecUs, Bzovics, lom.Xlll.
c dangers qai vous menacent, et acquérir pour Tavenir la f récompense du salut étemeP >.
Urbain IV eut voulu accorder le même honneur au bienheureux Jean, seigneur de Montmirail, et à sainle Hedwige, duchesse de Pologne. Il commença les procédures juridiques relatives à la canonisation de ces deux illustres personnages.
Jean, surnommé l'Humble, était issu de la célèbre famille de Montmirail; il naquit en 1165, la même année que Philippe* Auguste dont il fut l'ami. C'était l'un des plus grands, des plus magniQques et des plus vaillants seigneurs d'un siècle de bravoure. Il prit part aux croisades, s'illustra en maints combats et porta glorieusement l'épéede connétable. Mais, par un rare prodige, quand tout paraissait l'enchaîner aux vanités du monde, comme Paul, sur le chemin de Damas, touché tout-àcoup par la grâce, il renonça aux splendeurs de la terre ; le fier suzerain de tant de fiefs devint l'humble serviteur de ses serfs et de ses vassaux ; puis, quand il aura détruit en lui le vieil homme, il ira frapper à \a porte d'une abbaye où il troquera la cotte d'armes et la lance contre le froc et le cilice, la vaine gloire contre le silence et l'obscurité, et il méritera, à force d'abnégation et d'humilité, d'être élevé par l'Eglise au nombre de ceux qu'elle propose à l'universelle vénéralion *.
Sainte Hedwige, fille de Berlhold III, comte d'Andech et du Tyrol, ducdeCorinlhie et d'Istrie, avait été élevée au couvent de Lutzingen en Franconie; elle dut, d*aprè$ le désir de ses parents, se marier, dès l'âge de douze ans, avec Henrile Barbu, duc de Silésie et de Pologne. Cette jeune et sainte princesse
1. Hocanoo Urbanus calitaœ catalogo agregavit B. Richardam episcopom cice&trenseiD, cajus miraculoram glorta gùid lalè pervagata esseï, Aogliaregis proceramque precibus adductus Aleiaoder cdiias cjast oper» divioiius admîraodas rea ia publicas tabulas referri . atque examioc ecclesiastico diâcati Jasserai. Annales eeeles. Ratnald., loco citalo.
2. Idem quôqae regnum prodocit vîros egregtos, barooes, plarimosqae ma* gnaies, et geoerosi saogaiois, et elegaolis probitaiis oobilitale prasclaros, apud aedem eamdem saomm gratià meritorum accepios .. EpUi. Urbani IV, Am» piiêsima eoUeelio veierum tcriptorum, D. BlAEiiNE, tom. II.
avorta l'exemple de toutes les vertus à son époux, à ses enfants, à sa cour, à tout son pays. Henri, digne de sa pieuse compagne, manifesta ses sentiments religieux par toutes sortes de bonnes œuvres : il fonda des monastères, accorda des privilèges aux églises, créa des institutions de bienfaisance, et mena une vie modeste, quoique toujours conforme à son rang. 11 apprit de sa femme à prier avec persévérance; elle le décida à l'abstinence de toute joie sensible les vendredis et les samedis; elle obtint, après lui avoir donné six enfants, qu'il se vouât, avec elle, devant l'évéque de Breslau, à une perpétuelle continence; elle rétablit en grâce auprès de lui ceux qui avaient eu le malheur de lui déplaire et de le desservir; elle adoucit son cœur à l'égard des condamnés, fil atténuer leurs peines, délivrer des prisonniers, le plus souvent commuer la sentence de mort.
Lorsque Tabbaye de Trebnilz eut été bâtie en faveur des religieuses cisterciennes, qui devaient perpétuellement y exercer l'hospitalité, elle se retira de temps à autre dans cette solitude. Elle nourrissait tous les jours, dans son palais, treize pauvres, en l'honneur de Jésus-Christ et de ses douze apôtres, les servait à table, et souvent même à genoux, avant qu'elle n'eut pris son repas. Elle lavait les ulcères des lépreux. Elle allait si loin sous ce rapport que sa belle-fille, la princesse Anna, témoin de ses actions, put dire : c Je connais la vie de beaucoup de saints, je n'ai jamais rien vu d'aussi dur que la vie d'Edwig. > Elle ajoutait à ces mortifications corporelles une dévotion qui semblaitappartenir plus au ciel qu'à la terre. Elle ne s'approchait de la sainte Table qu'en versant des larmes et dQnnant les signes de la plus profonde adoration. Quand des gens connus par leur piété, des pauvres on des ecclésiastiques, s'étaient tenus quelque temps ou avaient prié en un endroit, elle se mettait à genoux et baisait leurs traces avec une humble dévotion^
1. Hedwigis sancUtaiis gloria... adto eicrevit, ut Polonia proccies ad Urba- Diim IV oratores miscrini, qui ab ipso flagiiaront at eam S. S. aibo ad^criberaU Annal, êccles. Hatnald., tom. XIV, ano. 1262.
Urbain IV , sollicité de canoniser cette duchesse de Pologne chargea Tévéque de Breslau de s'adjoindre le provincial des Dominicains pour procéder, selon la forme prescrite, au informations canoniques. En France, le cardinal légat, Simon de Brie , reçut du pape une mission semblable pour préparer la canonisation du bienheureux Jean, seigneur de Montmirail. Ainsi, tant que TEglise, mère indéfectible et toujours féconde, aura des enfants, il y aura pour les saints une fête de famille, des prières sur leurs tombeaux, un hommage à leur mémoire, des héritiers de leurs noms, des imitateurs de leurs vertus.
Urbain IV déplore Veitinctton de Tempire latin de ConiUntlDople. — Il traTaille k fon réublissement — Il s'afflige de la séparation de TEgUse grecqae. — U tente de ramener TOrient dans le giron de TEglise romaine. —Il écrit k Louis IX. ~ Aaxpréiau de France, d'Angleterre et d'Espagne.— Procédés tyranniqoes de Michel Paléologue.— Urbain lui écrit ponr la réunion de TÉglise grecque. — Il tâche d'apaiser les querelles des Génois et des Vénitiens. — Il encourage la guerre de Guillaume de Villehardonin, prince d'Achaïe, contre les Grecs. — Lettre remarquable qu'il adresse à Michel Paléologue. — Noofelle lettre de l'empereur; noBvelia réponse du pape.
Occupée par les Grecs, Constantinople a peui-élre fait plus de mal au christianisme que Constantinople occupée par les Turcs. C'est dans son sein que prirent naissance ou que se développèrent toutes les grandes hérésies qui, résumées dans le mahométisme, ont perverti les nations, entravé la civilisation européenne et déchiré l'univers religieui. Aussi tout le monde regarda-t-il la prise de Constantinople, en 1204, comme une juste punition infligée par la Providence à l'Orient schismatique et dégénéré. Le chroniqueur de ce dramatique événement, Geoffroy de Yillehardouin, natif des bords de l'Aube, en a raconté, dans un style nerveux et saisissant, les mille péripéties. Les principaux chevaliers, comme l'historien de cette quatrième croisade, appartenaient à la noblesse champenoise. Le comte Thibaut de Troyes avait même été désigné pour en être le chef. La province natale d'Urbain IV mérite donc une large part de l'honneur que fit rejaillir sur les Vénitiens et sur les Français la conquête de l'empire grec.
L'élection d'un patriarche occidental et catholique avait suivi de près celle d'un empereur également catholique et occidental. Le pape Innocent III, qui d'abord avait frappé d'excommunication les guerriers de la Croix, se trouva, d'une nuBière inattendue, parvenu au but ardemment désiré par ses prédécesseurs depais Léon IX. Lorsque la longue querelle entre le S^/cerdoce et TEmpiriU avait édaé en Occident, l'Orient
avait vu naître le schisme déplorable qui le sépara de TEglise latine. La chute de la seconde capitale du monde romain avait réussi du même coup à terminer la querelle ei le schisme; un florissant avenir semblait s'ouvrir pour la civilisation européenne.
Baudouin, à peine couronné avec Marie de Champagne, son épouse, dans la basilique de Sainte-Sophie, sollicita les secours de tous les princes de la chrétienté; il les pria d'engager leurs sujets à se rendre à Bysance pour soutenir, par de larges colonisations, l'empire latin que les croisés venaient de fonder; mais il ne fut pas donné à Baudouin d'en établir solidement les bases; il tomba au pouvoir des Bulgares. Joannice, son féroce vainqueur, lui fit couper les bras et les jambes. Le tronc vivant de l'infortuné monarque, exposé aux oiseaux de proie au fond d'une fosse, ne mourut qu'au bout de trois jours au milieu d'horribles tortures; et son crâne, enchâssé dans de l'or, servit de coupe au sauvage roi de Bulgarie dans ses festins.
Henri, frère et successeur de Baudouin, conciliant et ferme, actif sans précipitation et brave sans témérité, avait toutes les qualités nécessaires pour régner, dans des temps difficiles, avec éclat et sagesse. Il soutint dignement sa couronne, et surmonta les obstacles sans nombre que lui opposaient la haine des grecs, le fanatisme des musulmans et la vaillance des Bulgares. Le désir d'accorder quelque repos à ses sujets l'emporta sur tout autre sentiment; il épousa une proche parente de Joannice, de ce tyran qui avait mutilé son frère Baudouin. Une jouit pas longtemps de la paix. On l'empoisonna à Thessaloniquc le 11 juin 1216.
Les. suffrages se fixèrent sur Pierre de Courtenay, comte d'Âuxerre, beau-frère do Henri. Dès que le prince élu, cousin-germain de Philippe-Auguste, fut instruit de son élévation au trône, il alla recevoir la couronne impériale des mains du pape. A son retour, il s'engagea imprudemment dans les défilés des montagnes de l'Albanie; pour s'en tirer, il se confia aux lieutenants de Théodore Comnène qui, par une insigne
perfldie, le flrent assassiner. Yolande de Flandres, sa veuve, nommée régente, ne lui survécut qu'un an. Les barons déférèrent la régence à Conon de Bëthune, sénéchal de Remanie; puis, ils envoyèrent en France des députés à Philippe, fils aîné de Pierre de Courtenay, pour l'inviter à venir prendre possession du sceptre. Philippe préféra son tranquille comté de Namur à un empire orageux. Son frère Robert, élu à sa place, hésitait à se charger d'un si lourd fardeau. Il avait raison ; car il mourut en 1228, méprisé également des Latins et des Grecs pour son indolence et son incapacité.
Baudouin II, son frère et son héritier, n'était encore qu'un enfant; il eut pour tuteur le champenois Jean de Biienne. La nécessité de donner à l'empire latin de Constanlinople un administrateur expérimenté, un appui ferme, un chef vaillant, avait fait choisir ce vieillard qui conservait, à quatre-vingts ans, le courage et la force de la jeunesse. Destiné par ses parents à l'état ecclésiastique, et par son caractère aux combats, il avait quitté la soutane pourla cuirasse, le sanctuaire pour lescamps, la France pour la Palestine. Tandis que son pupille parcourait les cours de l'Europe pour solliciter des secours, Jean de Brienne, environné d'ennemis formidables, se hâtait de cueillir quelques lauriers pour honorer sa tombe; sa bravoure lui valut deux couronnes. Seul, debout sur les ruines d'un trône écroulant, il défendit ses débris en héros; et les exploits de ce Nestor chrétien furent dans l'Orient les plus splendides rayons de gloire des croisés.
L'allemand Frédéric II avait dépouillé du royaume de Jérusalem Jean de Brienne, son gendre; il visait i enlever l'empire de Constantinople au jeune Baudouin II, comme il cherchait i confisquer la souveraineté spirituelle du Vicaire de Jésus- Christ, afin d'être lui-même le seul pape et le seul empereur sur la terre. Il voulait réduire tous les autres rois à être ses très- humbles vassaux et tous les peuples à être ses sujets trèssoumis. Le bulgare Asan et le grec Yatace avaient exploité ces dispositions de Frédéric II pour agrandir leurs conquêtes.
BandoaiQ, réduit à sa capitale, avait encore beaucoup de soldats pour la défendre, mais point d'argent pour tes payer. Dans celte extrémité, il faisait fondre le plomb et l'or des églises et des palais pour subvenir aux frais de la guerre, lorsqu'au mépris de la foi jurée, le césar Alexis Stratégopule s'empara de Constantinople dans la nuit du 25 juillet 1261. Michel, averti par la rumeur publique des succès de son général, n'y ajouta foi que quand il eut reçu les insignes de l'empereur détrôné : c'est-à-dire les brodequins de pourpre, Tépée à fourreau de soie cramoisie, le sceptre ou bâton de justice, le chapeau pyramidal de couleur rouge, surmonté d'un gros rubis.
Urbain lY déplorait amèrement cette chute de l'empire latin de Constantinople; il voyait dans le maintien de la domination franque en Orient une garantie de la conquête de la Terre- Sainte et un moyen de rétablir l'unilé de l'Eglise, qui , semblable à la robe du Christ, devait être sans couture ni division. En effet, si les successeurs de l'empereur Baudouin fussent restés maîtres de Byzance, de celte dangereuse barrière que les armées de la Croix trouvaient sans cesse devant elles, que de malheurs ils eussent épargné à ces troupes innombrables qui couvrirent les chemins de la Palestine, et qui périrent victimes de la perfldie des Grecs. Toutes les roules auraient été libres pour les pèlerins comme pour les guerriers; des communications faciles se seraient établies entre les peuples d'Europe et les colonies chrétiennes de Syrie; et il n'est pas douteux que les expéditions d'outre-mer n'eussent eu un succès plus complets
1. Res Orientis io malo se habebiol, postqakm Mkhaël Palttol^gui vi et ■rte urbem CoosUotiuopolim obliouit^ fogeruolque io ^cideolem BalduioQs secundus iinpera(or,etPaDUleoJastiaDus veneUis, dov» Rom« palriarcha. CogiUruot imperator et dui Venelusde resarciendis latiDorum îd Oriente jacltiris, iterùoMiae rocQperaodo imperio, quod per quioqaagîQla aoDoramapaiinmohlioueraDt. lolerim Palcolosas laliiioa eugiiabal, aeviUam io plures eiercebat, imperium (yranoicè atabiliebat; quarèpootirex Urbaous de adjuvaodis Gallisek Yeoelis eiercitiiffl copiosom oimis pro aubTeoiendts laliDi8,mitteotibu8,aoxi«» oflipiteogiiara...iliiMal0i «inortmi, Wading» lom. 1%, pag. Sil.
A ces suiles funestes du renversement de Tempire latiade Constantinople venaient se joindre les effets, plus funestes encore, du schisme grec, ce qui compliquait la situation périlleuse de rOrient qu'Urbain lY aurait voulut pouvoir régénérer. Les patriarches bizantins avaient acquis une grande imporlance par la translation du trône impérial de Rome à Constantinople. Ils étaient devenus, pour ainsi dire, les ministres des affaires ecclésiastiques, les intermédiaires naturels entre le souverain et les autres évéques, entre le pape même et le chef de TEmpire, entre les Orientaux et les Occidentaux. Ces prélats, si hauts placés par leur influence, aspirèrent bientôt à n*ôtre plus obligés de céder le pas, dans l'ordre hiérarchique, aux patriarches, aux exarques et aux métropolitains. Les Pères du premier concile général de Constantinople décidèrent que l'évéque de celte nouvelle Rome aurait la primauté d'honneur après le successeur de saint Pierre. Le canon qui établissait cette prérogative, bien qu'elle n'impliquât aucune extension d'autorité juridictionnelle en faveur du siège de Constantinople, n'en portait pas moins atteinte à tous* les décrets antérieurs des papes. Les évéques de Byzance s'appuyèrent même sur cette base pour accroître leur juridiction, et pour se faire déclarer patriarches universels. Il n'est pas étonnant que, dans de pareilles circonstances, Rome s'attachât plus directement aux peuples franco-germaniques, et posât la couronne impériale sur la tète de Charlemagne, en 800; quoique ce grave événement augmentât la jalousie des despotes de Byzance et élargit l'abîme entre l'Orient et l'Occident.
Le premier patriarche, qui se déclara formellement contre la primauté du pape, fut Photius, élevé au siège de Constantinople par la plus scandaleuse intrusion. Le patrice Bardas, oncle de l'empereur Michel III, le Néron du Bas-Empire, se croyait tout permis parce qu'il régnait sous le nom de ce monstre. Ignace, patriarche légitime, s'opposa énergiquemcnt aux violences et au commerce adultère de Bardas. Le césar courroucé, qui savait combien il est peu de consciences incor*
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rapljbles, ne s'inquiéta point des remontrances du vertueux vieillard; il convoqua un synode où les évêques^ fascinés par les belles promesses du bigame impérial, déposèrent l'intrépide défenseur de l'inviolabilité du lien conjugal et proclamèrent à sa place Photius, la plus haute personnification du faux esprit de cette époque. Le pape Nicolas !«' protesta solennellement, en face de l'univers chréitien, contre l'iniquité commise à l'égard du courageux Ignace. Photius, irrité, arbora effrontément l'étendard de la révolte contre sa condamnation. Il déploya tout ce qa'il possédait d'habileté sophistique et d'éloquence 'astucieuse, pour nier la croyance traditionnelle de l'Eglise sur la procession du Saint-Esprit. A une insatiable ambition, appuyée sur une naissance illustre, soutenue par un indomptable orgueil, servie par le génie de la ruse, il joignait tous les talents de la nature intellectuelle la plus heureusement douée. Par une assiduité infatigable à l'étude, il était devenu l'homme le plus savant de son temps ; son éloquence était vive et aussi brillante que sa science était étendue et profonde. Il abusa de tous ces dons pour arracher l'Eglise grecque à l'unité de l'Eglise romaine.
De Photius à Michel Cérularius, son continuateur, quinze prélats se succédèrent sur le siège de Constanlinople; et, entre tous, pas un homme vraiment distingué par le savoir ou par la vertu; la plupart furent médiocres par l'esprit, plus médiocres encore par le cœur. Pontifes raisonneurs et superbes, sans doctrine et sans dignité, ils portaient impatiemment l'autorité paternelle du pape et tendaient lâchement la tète au joug impérial La vitalité persistante delà scission du rebelle Photius, scission qui a été la principale brèche par où le Croissant a fait invasion dans l'antique domaine de la Croix, ne s'explique que par cette décadence morale. Si les Grecs n'ont pas opposé à l'islamisme le courage que les Espagnols ont puisé, pour le salut spirituel et temporel de leur patrie, dans la pureté vigoureuse de leur foi ; si l'Eglise orientale est restée comme frappée d'impuissance et de stérilité depuis Photius, c*est que ce
trop fameux imposlear, qui agissait en scélérat et parlait en saint, loi a légué son esprit avant de descendre dans la tombe, où il demeure sous le poids des anathëmes prononcés contre lui par neuf papes.
Michel Cérularius, second fondateur du schisme grec, avait été promu, malgré la défense expresse du huitième concile œcuménique, de l'état laïc i la dignité patriarcale de Constanlinople. Il résulte clairement de la conduite de ce nouveau Phoiius, que l'orgueil et l'ambition, depuis longtemps favorisés par les circonstances politiques, furent les sources de la scission orientale. Les objections faites à la doctrine comme à la discipline n'étaient que des prétextes pour s'élever contre Rome, échapper à son autorité souveraine et couvrir les véritables intentions des promoteurs du schisme. Aussi, dans ces provinces bysanlines, autrefois si célèbres par leursv saints pontifes et leurs docteurs illustres, la civilisation chrétienne ne laissa d'elle-même que des mœurs plus corrompues, une ignorance plus présomptueuse, des peuples plus faciles à Tasservissement, des princes mieux dressés à la tyrannie. Tout le pouvoir se concentrait dans l'autocrate qui, en sa qualité d'autorité suprême au spirituel comme au temporel, était considéré comme le représentant du Sauveur sur la terre. Il portait la croix au sommet de son sceptre et de sa couronne , il régnait d'une manière absolue dans l'Eglise et dans l'Etat. Ce qui li:i appartenait, ce qu'il touchait, ce qui émanait de lut était sacré; c'était un sacrilège de douter même de la capacité d'un fonctionnaire nommé par l'empereur. Il n'y avait pas à Byzance d'organisation -des Etats, pas de charte constitutionnelle, pas de droit canon garanti par les foudres de l'excommunication papale qu'on pûl opposer au despote qui commandait, non i des vassaux, mais à des mercenaires; il n'aurait craint personne au monde si de fréquentes séditions, de nombreux détrônemenls, remplissant les lacunes de la constitution byzantine, n'avaient rappelé aux sages la loi de la modération, aux imprudents l'expiolion fatale des droits violés. Pour remédier à ce dépérissement du monde oriental, Ur-
bain !Y ne voyait pas de moyens plas efiScaces que le rétablissement de l'empire latin de Constantinople et la réunion de TÉglise grecque an Saint-Siège, source de la vie divine et centre de Tunilë catholique. Il apprit que les Vénitiens et les Français cherchaient à rentrer dans les possessions territoriales dont on venait de les expulser. Pour seconder ce mouvement, qui avait pour but de réinlégrer Baudouin sur le irône, il écrivit au provincial des Frères-Mineurs en France; il rengagea fortement à faire prêcher une croisade contre Michel Palèologue. c Un grand sujet de trouble et d'affliction, I lui dit-il, nous est venu du fond de la Remanie; des traits c déchirants, lancés de cette contrée, onl transpercé notre cœur c de leurs pointes cruelles, et porté l'amertume jusque dans c ses replis les plus intimes. Yoilà que le glaive des schismat tiques est levé contre le peuple fidèle; une violente persé- € cution s'ouvre contre les catholiques de Constantinople; c de toutes parts ils ont à essuyer de sanglants outrages. Le c fourbe Palèologue les accable inhumainement de ses fureurs I tyranniques; ligué avec sa perfide nation, il emploie toutes c les ressources de sa malice pour anéantir TËglise romaine c dans ses États, il ose se. flatter d'étendre ainsi sa domina- I lion sur toutes les principautés du monde oriental... «
Ensuite Urbain lY gémit sur la gloire de l'Église obscurcie par l'entière destruction de l'empire des Latins : c Dans quelle € immense désolation fut plongée l'Église romaine, notre mère; c quels profonds soupirs elle poussa ; que de larmes amères elle c répandit, lorsqu'elle perdit celle ville brillante, qui, en dec meurant dans l'unité catholique, jetait encore un plus vif • éclat. Elle se ressouvint qu'Innocent III, notre prédécesseur, c n'avait ramené celte cité impériale dans le giron de l'unité c qu'au prix des plus laborieux efforts ; et, la voyant honteuc sèment séparée de son obédience et violemment enlevée à sa c tendresse maternelle, il n'est pas d'expression qui puisse ren- € dre sa douleur. Cependant elle n'a pas perdu l'espérance de c rentrer dans sa conquête; elle s'en remet au Dieu des miséri*
c cordes ; elle compte qu'après Taroir éproHTèe par iattt de c tribulations, il daignera lui accorder, en temps opportun, les c remëdesdelaconsolation.Encela se manifeste la foi de l'Eglise, € toujours inébranlable, parce qu'elle a son indestructible fonc dément en Jésus-Christ qui a promis d'être avec elle jusqu*à c la consommation des siècles... i
Le pape termine en informant le Provincial des magniflques armements que l'infortuné Baudouin et le noble d oge de Venise avaient déjà préparés sur terre et sur mer, de concert avec les barons de l'Achaïe; en même temps il acccorde aux guerriers de la croisade les mêmes indulgences que pour les eipédilions de la Terre-Sainte ; il ajoute quarante ou cent jour^ d'indulgences pour les fidèles qui viendraient entendre les prédications. Aussitôt des missionnaires franciscains allèrent de ville en ville, de bourgade en bourgade ; mais les efforts de leur zèle ne furent pas très-fructueux. Les passions héroïques du Moyen-Age commençaient à s'éteindre ; tous les intérêts se concentraient de plus en plus dans la patrie temporelle, et l'on s'habituait à la perte de ces établissements lointains, où pourtant vivaient encore les fils de nos pieux chevaliers i.'
Un seul homme avait conservé, dans toute sa pureté primitive, les sentiments religieux et militaires des âges de foi; c'était saint Louis. Il ne pouvait rester tranquille en son beau royaume de France, alors qu'on égorgeait les chrétiens de l'Orient. Le cri des victimes venait le troubler jusque dans le silence de sesnuilset le recueillement de ses prières^ il témoigna au nonce Albert de Parme un grand désir de relever l'empire
1. Oria est nobisde partibas RomaDÎA mulia larbatioDÛ materii, etetiode prosilieraol j«eala, qo« diris pooctnris âifcceruot, et affieiuot ioliuui cordis 009tri. Eoce stquidem in regiooe illâ coolra fldelem populum schismaticoruoi erer. lus est gladios, uodiqaè ad subverteodam calbolicorum slatum grafis persecolionis (urbo prorapit, propter quod collores fidei orthodoïc bostilibos ioibi qoatioQlor îDsoliibos, et cbristiaiia religio fariis adferftkmibas impognalar. Pa- Ifiologns oàmqoe scbismaticus, qui Grsscoram imperatorem se fecil» poslquim illias perfidie geDlisobiÎDOît priacipaiam, coolrà populam Latinoram, qui in ittis parlibosGOTODioratiir, cœpH furoris lyraooidem inhumaoîter eiercere... EpUt, Urbani IV, Anmla minomm, Wainng, locociltlo.
laltn de ConstanliDople. Une letlre d'Urbain IV l'encouragea dans ses généreuses et nobles tendances. < Si l'Église, notre mère, lui écrit-il, a souvent recours à vous, notre très-cher fils, et à votre royaume très-chrétien, dans ses jours d'adversité comme dans ses jours de prospérité, c'est qu'elle espère obtenir les salutaires soulagements qu'elle a droit d'attendre de votre filiale et constante piété qui ne s'est jamais démentie à son égard. Sans doute, l'Église catholique renferme dans son sein une nombreuse race de rois et de princes devenus ses enfants par le baptême ; ces princes et ces rois ont plus d'une fois considéré avec une sincère et compatissante affection les tortures de l'Église, leur mère. Pins d'une fois ils ont prêté une oreille attentive aux accents de sa douleur; mais vous êtes le seul qui savez égaler vos consolations à l'immensité de ses angoisses. Vigoureux athlète de la foi, vaillant soldat du Christ, intrépide champion de l'Église, votre secours prompt et efficace permet à la repu* blique chrétienne de respirer sous le poids de ses tribulations.
« C'est donc à juste titre que la mystique Epouse du Roi immortel des siècles a mis sa confiance en vous, le plus excellent de tous les souverains catholiques du monde; oui, c'est avec raison qu'elle a placé son espoir en vous; elle attend avec certitude des secours de voire royaume selon l'exigence et la gravité des circonstances. Dernièrement, l'horrible nouvelle de la prise de Constantinople nous a frappé comme un coup de foudre ; et dans la profonde affliction où nous étions plongé, nous avons adressé de ferventes prières au Très-Haut, afin d'apaiser sa colère provoquée f eut-étre par les crimes du peuple chrétien. Nous l'avons conjuré instamment de nous donner la prudence et la vigueur nécessaires pour réparer cette mutilation d'un membre si noble et pour guérir cette plaie douloureuse faite à l'Église. Puis, au milieu des agitations de notre esprit et des tiraillements de notre cœur, nous avons enfin tourné nos regards vers vous. Notre âme, fatiguée de tant d'inquiétudes, s'est reposée snr l'entier dévouement de votre
c royale personne et sur les ressources inépuisables de voire c gouvernement.
• Depuis que nous avons envoyé Tévéque d'Agen, Guil- € laume de Pontoise, pour traiter, avec vous et avec les prélats « de votre royaume, du projet que nous avons conçu de reconc quérir Constantinople, notre tristesse a été cruellement • renouvelée par l'arrivée de Terapereur Baudouin, des amc bassadeurs du duc Rainier Zéno, de la commune de Venise, c et de plusieurs autres Latins de Romanie. La face de TËglise c s'est couverte de confusion et d'ignominie à l'aspect de notre c bien-aimé fils en Jésus-Christ déchu de sa. puissance impëc riale depuis la sinistre catastrophe de Byzance. A peine c pouvons-nous retenir nos larmes en songeant aux inforc tunes de notre trùs-fidéle empereur renversé de son trône c par les Grecs schismaliques, à Téternelle honte des Latins, c Or, nous désirons ardemment lui procurer une prompte asc sistance^ parce qu'il y va des intérêts de la Terre-Sainte. Les « hauts feudataires, encore maîtres des principautés d'Achaîe, c de Morée et des lies voisines, se montrent en mesure de s*opc poser par terre aux usurpateurs, tandis que les Yéoitiens se t disposent à les attaquer par mer avec une flotte considérac ble; ils offrent même un passage gratuit à tous les chevaliers c de la croisade. Nous vous envoyons donc notre chapelain c André de Spoléte, archidiacre de Paphos, pour vous prier c de donner votre bienveillant concours à la restauration de c l'empire français de Constantinople, et d'exciter les évéques < de votre royaume à y contribuer généreusement par des c subsides pécuniaires ^... »
1. ... Digoè igitur de te, cbrisiianissime princeps, ioler cctoros catholicos mundi principes* Rcgis sterai spooM coofidit ; mcritô in tuo prfisidio spes firmavit, ctauiilium à te, cùm Icinporis oppormoilâs soggeril, coufideiiter ripetit, eliudubi!aoler cipectat... Saoè olim dùm nioxNr horribilis de ami^iooe civitatis ConstaDlinopolilaïUD Dosinim percoisil auditain... nos ei ramore bujusmodi, velati ei quodam terrifico sonila vchemcoter atloniti» ei immcnsi acerbitate mœroris^slupidos sensimus seosus ooslros, deTolas preces effuodeolea Atlissimo, ot cccicsiam manu qaam ejus indignalîo coolioois c brisiiani popali peccatîs laceasita , io matilalioiieiii membri tàm oobilia Oagelbri permi'
De plus Urbain lY ordonna qu'on levftt des décimes en France, en Angleterre et en Espagne. Dès le commencement des croisades, l'opinion s*élait généralement établie qu'une guerre sainte devait être défrayée en grande partie par les hommes attachés aux sanctuaires et voués aux autels de Jésus- Christ. Sans doute, pour une cause si sacrée, il convenait que tout chrétien apportât son obole; mais les prêtres devaient venir en première ligne, et, avant tous les autres, déposer leurs offrandes pour subvenir aux frais des expéditions chrétiennes. Pour être vrai, il faut dire qu'en 126S les prélats des divers royaumes, où la cour de Rome voulait prélever cet impôt, nese montrèrent pas disposés à obtempérer aux vœux du Saint- Père. Ils envoyèrent à Urbain IV des députés pour lui exposer la profonde misère à laquelle leursnations se trouvaient rédnites par de fréquentes et lourdes charges. Le pape tint peu de compte de ces observations, du haut du trône pontifical, il reprocha aux représentants du clergé leur indifférence pour la cause de la religion. Il accusa d'imprudence ceux qui attribuaient les pertes de TÉglise catholique à l'imposition des décimes, comme si Dieu ne permettait pas que les justes fussent quelquefois éprouvés par l'adversité comme récompensés par les succès, c Le schisme d'Orient, continue-t-il, n'a été occasionné que t par l'ingratitude et la perfidie de Pholius. » L'archevêque de Rouen et Tévêque d'Agen, excités par les lettres chaleureuses qu'Urbain IV leur adressa, prêchèrent l'obéissance à la volonté suprême du Vicaire de Jésus-Christ. Les prélats de Castille et de Léon imitèrent leur exemple. Ceux d'Angleterre refusèrent de concourir de leurs deniers à la restauration de l'empire latin de Constantinople ; ils alléguèrent pour raison que les lies Britanniques, désolées par des séditions perpétuelles, avaient elles-mêmes besoin du secours étranger i.
Cependant Michel Paléologue, maître de l'empire parla ruse autant que par la force, avait fait son entrée solennelle dans
sent... ei sus dulcediou porrigeret ubera... ^ffuia^ fccteftoil. Raînald.. lom. XIV. aon. 1362.