‹ Histoire du Pape Urbaith IV et de son temps, 1185-1264Chapitre 28 sur 42 · ÀnnaUi êecluUM.^ Ratnald., Ioco ciisto · texte numérisé non relu

ÀnnaUi êecluUM.^ Ratnald., Ioco ciisto

Gonstantinople ; il élait précédé dans sa marche par l'image de la Saiûte-Yierge, surnommée la Conductrice, qu'on disait peinte par saint Luc; et, loin de se montrer en triomphe, il ayait traversé la Tille à pied, léte nue, et sans aucun des orne* ments impériaux. Il se hâta d'armer des flottes, d'augmenter son armée, et de réparer les fortifications de sa capitale reconquise. Inquiet dies murmures du clergé, il rappela le patriarche grec, Arsène, déposé précédemment par Itfi ; et, pour récompenser dignement l'heureuse témérité du césar Stratégopul, il lui permit de porter toute sa vie une couronne de pierreries, et son nom fut joint à celui de l'empereur dans les prières publiques. Le patriarche couronna une seconde fois, à Sainte-Sophie, Michel Paléologue; mais déjà les faveurs de la fortune et la coupe de la gloire avaient enivré l'empereur de leurs poisons: on dirait que plus les hommes s'élèvent, plus ils s'éloignent de la vertu. Michel, devenu ingrat et barbare, fit brûler les jeux du jeune Lascaris qui fut enfermé dans le château de Dacybize. Cette exécution inhumaine était le dernier terme où avait tendu insensiblement, de degré en degré, un usurpateur hypocrite qui, ne sacrifiant qu'à l'ambition, voulait passer pour religieux.

Un traitement si cruel indigna le peuple; mais la douleur publique fut réduite au silence; on punissait le plus léger murmure comme crime de lèse-majesté. Le féroce Michel fit couper le nez d'un jeune grec, nommé Holobole, compagnon d'enfance de Lascaris, qui se distinguait de tous les autres par l'amertume de sa tristesse. Au milieu de la stupeur générale, le patriarche Arsène montra seul un ferme courage ; il prononça la sentence d'excommunication contre l'empereur. Cependant il retrancha de la formule ordinaire les paroles qui excluaient le coupable de la participation aux prières des fidèles. Cette inconséquence, assez habituelle dans sa conduite* élait encore un ménagement politique, pour ne pas pousser le prince aux dernières extrémités. Michel lui sut gré de cette modération; il parut courber la tête et se soumetlre à l'anathème sans murmurer. !t s'efforça seulement d'excuser un

tn URBAIN IV

crime qu'il savail bien élre inexcusable, jt manda au patriarche, qu'après avoir donné des marquas sensibles de repentir, il espérait obtenir le pardon; il en/oya des ambassadeurs à Urbain IV pour déférer à son arb^lrage ses droits et ceux de Baudouin ^

Si l'on considère le caractère de Michel Paléologue, il y a toute apparence que la politique avait plus de part à celte démarre, qu'un désir sincère de se réunir à TÉglise romaine. Excommunié par le patriarche, il lui voulait faire craindre que la soumission au Saint-Siège ne lui enlevât les prérogatives usurpées depuis longtemps par ses prédécesseurs. De plus, les grands préparatifs des puissances occidentales pour le rétablissement de Baudouin, lui donnaient de l'inquiétude. Il savait que le Souverain Pontife, capable de mettre en mouvement tous les princes de la chrétienté, les sollicitait avec ardeur, et il redoutait une croisade. Il s'empressa d'envoyer à la cour pontificale deux députés : le chroniqueur bysantin Georges Pachymère les nomme Nicëphorize et AI ubarde; anciennement secrétaires de Baudouin , ilss'ëtaient mis, après son expulsion, au service de Michel. Aussi, à leur arrivée en Italie, les reçut-on comme des traîtres : Nicéphorize fut écorché vif, Alubarde n'échappa au mémo supplice que par une prompte fuite. D'autres envoyés, Maxime Alnfarde, Andronic Huzalon et Michel Abalante partirent aussitôt pour Rome; ils présentèrent au pape la lettre de leur maître, qui offrait de s'en rapporter au jugement de sa sainteté, au sujet de l'empire de Constantinople. Urbain lY, disposé à entrer dans toutes les voies qui pourraient conduire à la réunion, reçutMes trois députés avec honneur; il répondit à Paléologue qu'il lui adresserait incessamment des nonces pour terminer cette importante affaire^.

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