‹ Histoire du Pape Urbaith IV et de son temps, 1185-1264Chapitre 33 sur 42 · Hinc rùro iractalus simulalos diclus ini&set · texte numérisé non relu

Hinc rùro iractalus simulalos diclus ini&set

Manfredus dicto paire fdveoie lameo.

Nil veri lemiit, iiuè perjaria ver bis

IpMus, H fraudes aclibus cjas eraol.

Gogooscras igilar paicr hcc, orbisque saluli

Compatiens Tcrsai plarima corde suo.

Tbsodoricus Valligoloau, in tiid Urbani IV, apud Par. Masm>n.

c Vous devriez être les fils dévoués de TÉglise, et vous c vous égarez dans les régions de la dissidence ; non seulement t vous dédaignez les moyens par lesquels nous pourrions pro- € curer le salut de vos âmes, selon nos désirs et notre devoir, c mais encore vous travaillez dans un sens tout opposé à ce

< noble but ^ quel sujet de gémissements et de larmes! Ignorez-

• vous que la piélô, utile à toutes choses, possède les promesses € de la vie présente et de la viefulure?Ne connaissez-vous pas € cetle vérité de l'Evangile : bienheureux les miséricordieux, « parce qu'ils obtiendront miséricorde? Ne savez-vous pas c qu'il est écrit que ceux qui ne pardonnent pas, seront jugés

• sans merci? Comment donc traitez- vous inhumainement les t hommes livrés à l'arbitre de votre volonté? Comment agist sez-vous à leur égard avec une cruauté, pour ainsi dire « féroce? Il y a encore chez les animaux une tendresse natu- « relie qui les porte à user d'une sorte de générosité envers f les êtres inoffensifs qu'un premier mouvement les a poussés ff à attaquer. Et vous, 6 honte, plus cruels que les bêles fau<

< ves, vous condamnez à des peines atroces les hommes qu'il t a plu à Dieu de terrasser devant votre face ^ l ■

Urbain IV termine en exhortant avec énergie les Siennois à mettre en liberté leurs captifs, à leur restituer les taxes injustement prélevées, à ne plus leur imposer de tributs, ou du moins à les traiter avec plus de ménagement et de douceur; il les menace d'user de représailles, s'ils ne font pas droit à ses avertissements, et d'ordonner dans toutes les provinces l'arrestation de leurs marchands comme caution; il ajoute que s'ils persistent dans leurs exactions, il sévira, contre eux et leur cité, spirituellement et lemporellement, par la privation de leurs privilèges personnels comme de leurs prérogatives communales.

1. ... Ccrtèadcô ipsisclikm aoimalibas ralionc carcDtibas est insita piclas à nalurâ, qu6d eoruiii aliqud quâdam gcaerositalc prœdiiâ înofTcusos pracicrirc dicuaiur, qiios SDicà impulcrunl : et vos, proh pudor, sic rerariim ferocilaiem cxccdilis, qu6d in eus, quianic facicm vestram, proatdoa[iiooplacoit,cccidere, immanilales mullimodascxcrcctis... Episl, Urbani IV apod Annales eccles. IUtnald., iom. XIV.

Les Pisans s'étaient gravement compromis, à l'époque où le pontife centenaire Grégoire IX soutenait avec une vigueur indomptable la lutte contre Frédéric n. Ce [.rince avait, à plusieurs reprises, demandé un concile universel pour se justifier. Alors la chrétienté retentit de la convocation de tous les évoques à Home. Beaucoup de ceux de France, d'Angleterre, d'Espagne et du nord de l'Italie s'embarquèrent à Gènes. Frédéric II craignit (jue les Pères du concile ne se prononçassent point en sa faveur; il envoya une partie de sa flotte dans les eaux de Pise pour leur interdire le passage. Les deux armées navales se rencontrèrent le 23 mai 1241. Après un rude combat, plusieurs bâtiments génois, avec tous les passagers, tombèrent au pouvoir de la marine impériale. De ce nombre étaient deux cardinaux, une foule de prélats et les députés des villes lombardes. L'empereur souabe les fit conduire à Naples et jeter tous dans des cachots où on les. traita par son ordre comme les plus vils criminels. Grégoire IX lui-même fut menacé de tous côtés dans Rome ; il mourut avec calme, sans avoir fiëchi un instant, léguant avec certitude le triomphe de sa cause à ses successeurs.

Urbain IV, héritier de cette ferme conviction, écrivit aux habitants dePise complicesdeces sanglants aiïronts, pour leur reprocher leur défection, leur noire ingratitude. Déjà il avait chargé Mansuctus le Minorité, Sigerus, de Saxe, prieur des Dominicains, et Guidon, nonce apostolique, de travailler à les ramener à résipiscence. Mais, quelque temps après leur réconciliation avec l'Ëglise, les Pisans s'étaient de nouveau afiiliés à la faction tudesque; ils harcelaient sans cesse par la guerre leurs clients de Lucques, une des républiques guelfes de la Toscane*. • Peuple obstiné, dit le pape aux Pisans, peupfe au cœur « dur, peuple oublieux des bienfaits que tu as reçus de TÉ-

• glise, considère aitenlivement de quelle façon lu t'es rendu

• autrefois l'auxiliaire de ses ennemis ; à dilTérentes époques,

i . locussit similes minas Pi^ani:) Urbaiius, ut ipsos ab inscclantibus Luceiisibas, viribus ex accepta cladc al irilis, abduccrcl» à Matifrcdi pariibus ad Ecclesiam revocarel. Annales ecclesiaslici^ loco ci lato.

c tu as abjuré le respect filial que ta lui dois; lu as porté c des mains sacrilèges sur ses principaux ministres ; tu c as capturé et emprisonné des cardinaux et d'autres prélats, c Mais rÉglise, comme une bonne et tendre mère, n'a pas vouc lu employer la verge du châtiment pour te corriger; elle c s*est contentée de t'invilcr au repentir et de te ramener à < de meilleurs sentiments par de fréquentes réprimandes. « Souviens toi de ses miséricordes et de son inépuisable charité c à ton égard. ■

Au mépris des bulles d'excommunication qu'Urbain IV avait lancées contre Hanfred et des interdits qu'il avait jetés sur les Etats de ce bâtard impérial, les Pisans persistaient à se faire les partisans de la maison deSouabe; ils avaient même expulsé honteusement Gualon, notaire apostolique, que le pape avait envoyé en Toscane pour y défendre la cause pontificale; à cotte grave injure, ils avaient ajouté un fait plus significatif : ils s'étaient associés aux complices de Manfrcd pour combattre les peuples dévoués au Saint-Siège, c Peuple ingrat, s'écria Urbain c ly en terminant sa lettre, ne méprise plus désormais nos rec montrancGs; jusqu'à présent, nous l'avons témoigné la bonté c d'un père; nous avons différé de te punir; reviens à nous c avec un cœur contrit et humilié; n'ajoute pas les ofTenses c aux offenses; n'accumule par les outrages sur les outrages; c prends garde de mettre le comble à la mesure de la colère c divine; s\ lu l'opiniâtrais dans ta rébellion, nous serions c douloureusement obligé de dépouiller ta cité de son titre « archiépiscopaP. •

Les Pisans, sans lenir compte de ces injonctions pressantes

d Urbain IV, continuèrent à persécuter les Lucquois, défenseurs

de la paparuté. Le saint Père écrivît aux habitants de Lucqucs

I. Qaioimô dùiii sedcs apostolica in vol)i8, quos sibi eKhibttioncin taolc gralic lanquAin spéciales filios veiidicabat, srciua quiesccrcl, tos ^laufredo quondèin |iriiicipi Tareoliiio, cicoiumunicalioiiis et iulcrdicli tciilciitiob, quas in adhérentes oidcm, et vos s[)ecialilcr proplcr hoc lâiii nos, quèin dileclus Glius magister Goalo, notarius uos!er, in panibus TusciiB Icgatus. justiliA exigcnte , protulimus, dainiiabiliter contcmncnlcs, contre iiihibiiioncni s>edis aposloticas grave dispendiamadb«sistis... Annales eccUsinsticU loco cilalo.

des lettres de coDSolalion ; il appréhendait qu*eDtraloës par le découragement et la séduction, ils ne se laissassent prendre aux pièges des Gibelins, c Songez, leur dit-il, songez aux c succès dont le Très-Haut a déjà couronné vos efforts, et vous

• supporterez plus facilement les revers que vos soldats ont c récemment essuyés dans un combat contre les Pisans, ennet mis de TÉglise. Vous avez lutté contre eux avec une bra-

• voure digne d'éloges. Vous avez énervé leurs forces et ap- € pauvri leurs trésors. Allons donc, que vos cœurs demeurent t fermes en face de l'adversité. Souvenez-vous avec quelle c constante fidélité vos ancêtres ont intrépidement défendu

< rinJépendanccdeleur patrie. Persévérez dans votre antique c foi. N'écoulez point les fallacieuses suggestions de certains

< hommes qui, jaloux de votre salut et de votre liberté, vous € soumettraient au joug de Manfred. > Les Lucquois n'en succombèrent pas moins aux tentatives du parti gibelin : entourés d'ennemis qui les harcelaient sans cesse, dépossédés de plusieurs forteresses, ils se rendirent dans l'espoir d'obtenir la délivrance de leurs concitoyens que les Siennois retenaient prisonniers depuis la sanglante bataille de l'Arbia ^ .

La défection des habitants de Lucques navra Urbain IV ; mais il eut bientôt un sujet de consolation. Olton de Gualducius, chef de la faction gibeline de Pise, persécutait violemment les partisans de l'Église romaine. Il ne respirait que menaces ' et carnage, lorsque revenu à récipiscence, il conçut la pensée de renoncer entièrement aux vanités du siècle et de passer le teste de ses jours dans les pratiques d'une vie pénitente. Le pape, joyeux de celle conversion, chargea Mansuetus, son chapelain Cl son pénitencier, docte franciscain, apte à la conduite des grandes choses, d'absoudre de toute censure ecclésiastique ce modeste Saul et de le revêtir de l'habit religieux, selon les

1. Fratri Mansucio, viro docto, cl magoîs obeondis relNis idonco, ccpctlano suoetpoDitniiiafio, aDctoriiatemcoinnii&it Urbanus alisolvendr bi ceosuru. et fratribus de Pciiiteolii aggregaodi Oiloneui Gualduccii, prascipuuoi inler Pisa- DOS factionia gibe lliiue, quem moderoum Saulom appellal. Annalei Minorum, aurlore Luc:a Wadinco, loiu. Il, ano. 1263.

désirs de ce blasphémateur audacieux changé en fervent cénobite.

Le même internonce reçut d'Urbain IV une autre mission non moins importante; il s'agissait de consolider la trêve conclue entre les républiques de Fisc et de Lucques, Le pape adjoignit son maréchal, le noble Sigerius de Sassetta, au frère Mansuetus et les envoya comme des anges de paix en Toscane pour établir définilivement la concorde entre les cités rivales. Elles se disputaient la possession du château d'Aginulf, avantageusement silué dans le diocèse maritime de Lunégiano. Les Lucquois avaient mis le siège devant celte place forte qui appartenait aux Pisans. Ceux-ci, furieux de celle atlaque, cherchaient les moyens de se venger. Urbain IV leur écrivit pour les exhorter à Toubli des injures et au pardon des offenses. En même temps, comme le prieur des dominicains de Toscane avail des parents et des amis dans la ville de Lucques, il leur recommanda d'user de toute son influence pour ramener au calme les parties belligérantes*.

Ces inimitiés fratricides qui animaient les unes contre Içs autres les petites républiques de la Péninsule, et qui éclataient avec une aveugle rage dans leurs proscriptions réciproques, se subordonnaient à la grande lutte, passionnée et convulsive, des factions guelfe et gibeline. Les Guelfes, à rencontre de la tendance centralisante des Gibelins qui étaient les représentants des opinions absolutistes et de la souveraineté de TEtat, soutenaient le principe de Tindépendance des races et les droits de la liberté de l'Eglise. Celte division, qui partageait le monde en deux partis, celui du pape et celui de l'empereur, avait pénétré à travers tous les rangs de la société , jusque dans les moindres habitudes de la vie. Cela était vrai surtout dans l'I-

1 . Cuî ctiam simul cum Sigitio de Sassettâ pontiGcio mare«callo commissio- QciD et lilleras (raosmisit Urbaoas, ul Lucanos et Pisanos iotcr se belligeranles pacificarept ; addtdit etiam epislolam ad priorem prasdicalorum io TusciÂ, ut Lucanos, Pisaniâ armis cedeolibus adbùc moleslos, et caslrum AginuIG, qaod Pisaoi possidebaat» ohâidione vallaolcâ, ad paccm ioduceret... Annales mtnorum^ loco citalo.

lalie centrale, théâtre permanent de la lutte du parti ecclésiastique et du parti impérial. Là, l'antagonisme existait à son maximum d'intensité. Les puissances adverses, qui s'y disputaient la prépondérance, n'épargnaient rien pour se créer des partisans, des alliés dans les villes, dans les famille>, parmi les individus. Aussi les communes étaient opposées aux communes, les citoyens à leurs concitoyens; et partout c'était un combat à outrance, une guerre à mort.

A la faveur de ces querelles civiles qui réveillaient tant de haines et entretenaient tant d'animosilés, les hérésies, cause et suite des vices, se propageaient comme une épidémie parmi les fidèles ; partout où les hérésies pénétraient, la sève vivifiante du christianisme se desséchait, la simplicité des mœurs antique.^ disparaissait, une affreuse corruption se répandait au sein de toutes les classes. Quand ces ferments de dépravation ont gâté l'esprit et le cœur des hommes, presque toujours ils troublent la société civile ; ils inspirent aux populations l'orgueil et la révolte. On ne doit pas s'en étonner : l'hérésie, étant une insurrection contre Dieu, pousse naturellement l'homme à s'insurger contre les pouvoirs établis qui sont comme une émanation de ta puissance divine. Quand la société était foncièrement catholique, les papes, qui exerçaient sur elles, pour son bonheur, une magistrature souveraine, poursuivirentavecardeur les hérésies, parcequ'ils y voyaient la ruine de la société humaine. En déployant une sévérité qui a paru excessive à quelques écrivains modernes, ils méritèrent bien de l'Église et de l'État qu'ils préservaient ainsi des troubles et des révolutions.

UrbainlV s'acquitta consciencieusementdecedevoirsacré. Les Patarins, les Paulicicns, les Bulgares, les Cathares pullulaient en Lombardie et dans la marche d'Ancône. Ces différentes sectes, qui ne s'entendaient que dans leur commune hostilité contre TÉglisc romaine, dont ils rejetaient les dogmes, les préceptes et la discipline, faisaient un mal infini à la foi et aux bonnes mœurs. Déjà Alexandre IV, comprenant la gravité de la plaie, avait envoyé dans le nord de l'Italie des frères

Mineurs pour en extirper les hérésies. Urbain ' voulut reprendre l'œuvre de son prédécesseur. Il donna ..lission à des inquisiteurs de l'Ordre de saint Dominique de parcourir toutes les contrées infectées du venin de l'hérésie pour y combattre énergiquement les sectaires. Il leur recommande de ne point se laisser tromper par les dehors d'une pi^té feinte ; il leur enjoint de ne pas accorder l'absolution aux personnes qui donnent à leurs vices les apparences de la vertu. Il leur assigne spécialement toute l'Italie septentrionale, depuis les légations de Bologne et de Ferrare, et la marche de Gènes inclusivement, jusqu'aux frontières les plus reculées des parties supérieures de la province lombarde ^

t Pour que vous puissiez accomplir eflîca cernent vos fonc- € tiens inquisitoriales , leur dit-il , nous laissons à voire € discréljpn et à votre zèle le soin d'exécuter nos prcsc criptions pour l'amour de Dieu , sans crainte des homc mes, tous ensemble ou individuellement, selon l'exigence c des cas. Appliquez-vous, avec une prudente sollicitude, à € détruire la méchanceté hérétique jusque dans ses dernières t racines. Efforcez-vous d'exterminer ces petits renards qui, • parleurs morsures pernicieuses, ravagent la vigne du Sei- € gneur, afin que cette vigne rapporte enfin des fruits de puc reté catholique. Si vous trouvez des gens ou coupables ou € infectés, ou même suspects de la corruption de l'hérésie, c vous procéderez, suivant les règles canoniques, conire eux € et contre ceux qui les accueillent, ks défendent ou les fac vorisent...^ •

Si Urbain IV faisait une rude guerre aux hérésies et défen-

t. Nec Urbanus mode ad defeodenda Ecclesi» jura iocubuit, scd maxime poQlificias curas pro Gde iltilMilâ servaDdâ, alqae erroribos ampaiandis df Giil, ecclesiam revocaret. AnnaUs ecelesicutici, loco cilalo.

t. ... Sic elficaciter proseqai et exequi stadcatis, at per sollicilodinis vesira prodeoUam, de prsdicia lombardia et Marcbia radii iniquitalis h»rc(ics succidalor ; cl vinea Domina exierroioalis vutpeculis, qu» perversis morsibus demolioDlur, tandem frucinsafferatcatholiciB pnritali»... Epist. Urbani IV, apud Annal. eceUs. Bxovioa, tom. XIII.

ET SON TEMPS. Ail

dait rintégrilé de la doctrine avec la vigaeur qui sied à celai qui doit confirmer ses frères dans la foi , il ne faiblissait pas devant les ennemis du domaine temporel. Informé des progrès rapides que les partisans de Hanfred faisaient dans la Sardaigne, il excita contre eux le zèle de Tarchevêque d'Arborea. Ce vénéré prélat encouragea les Sardes à la résistance, invita les hommes capables de porter les armes à s'enrôler sous les drapeaux de l'Ëglisë, et accorda les indulgences de la croisade à tous ceuxqni combattraient les Gibelins. Guillaume, intendant de la petite province d'Arborea, conduisit lui-même des troupes contre les rebelles. En peu de temps, l'tle fut purgée des partisans du tyran sicilien ^

Certaines villes des Etats pontificaux, entre autres Recanati près de l'Adriatique, perdirent le rang de villes épiscopales, parce qu'elles avaient persisté dans leur rébellion. Les consuls des arts et métiers de Florence reçurent ordre d'interrompre toute espèce de transactions avec les excommuniés. Urbain IV, pour attirer les populations dans la cause de l'Eglise romaine, employait tour à tour les procédés les plus bienveillants et les plus sévères menaces. En même temps, pour seconder lesvues du Sonverain-Pontife, les agents secrets du parti guelfe poussaient les peuples à la révolte contre Hanfred. Dans le mois de juin 1261, il y eut à Naples quelques symptômes d'insurrection. Le prince de Tarente était tombé sérieusement malade chez son beau-frère Ricardo d'Aquino, comte de CasertaNuova, dans la Terre de Labour. On profita habilement de celte circonstance pour répandre le bruit de sa mort; mais il se rétablit promptement, et sa présence déjoua le complot.

La Sicile fut témoin d'une autre tentative plus dangereuse contre Hanfred. Un mendiant, nommé Giovanni de Cochleria, qui avait une ressemblance frappante avec Frédéric II, conçut

1. Née solum îd Italie ad religiosam miliiiam, acceplo crocis sjmbolo, pro- GteDdam vocabat fldelea pro defendeudâ Eccicaiâ Urbanas, sed in aliis qaoqae proviociis t io Sardaoia qaidem Arboreons archiepiseopas Sardos cniee loaigQibal, ioter qaos GailleloMis loparcba Arboreosia aacro bello se devovit... Annales eeckêiaUiei, aactore Ratnaldo, tom. XIV, aou- 1203.

ridée de se donner pour Tempereur. Les Siciliens guelfes acceptèrent avidement cette imposture. Des circonstances romanesques achevèrent de l'accréditer parmi le peuple toujours ami du merveilleux. Au lieu de parcourir les villes et les campagnes, le faux empereur s'enfonça dans cette région montagneuse et boisée qui entoure l'Etna d'une verte ceinture et de rochers inexpugnables. Il choisit, au pied du volcan, une grotte pour demeure ; il prit, sans trop d'invraisemblance l'attitude et le langage d'un prince persécuté et méconnu. Manfred avait fondé ses largesses sur des confiscations et des bannissements. Tous ceux qu'il avait dépouillés ou exilés, entre autres les neveux de Ruiïo le calabrais, assassiné à Terracine, s'empressèrent de rendre hommage à l'imposteur, le proclamèrent véritable César, le firent sortir de sa caverne, le revêtirent du costume impérial et le montrèrent de cité en cité. Cette imprudence causa leur perte. Le prétendu Frédéric fut capturé et pendu, comme l'avait été en Flandre le faux Baudouin, autre empereur de fantaisie.

Pour regagner la faveur des populations de la Péninsule, Manfred ordonna à ses agents secrets ou patents de témoigner plus de respect qu'ilsne l'avaient fait jusqu'alors pour les franchises municipales. Il rendit à Naples ses privilèges, en y réunissant les écoles supérieures des autres provinces, à l'exception de l'école de médecine, maintenue à Saleme. Déjà il avait construit un môle dans ce chef-lieu de la principauté citérieure et en avait confié la direction à Jean de Procida. il voulut faire plus encore et fonder un monument digne des Romains. Dans la Gapitanate, le port de Syponto, à l'embouchure du Candelaro, était depuis longtemps encombré par la vase des marais salants et des lagunes. Manfred résolut de l'abandonner et de créer, au pied du Mont Gargano, un nouveau port, sûr et spacieux, auquel il attacha son nom, et qui subsiste encore : c'est Manfredonia.

Pendant que Manfred flattait les habitants de Naples el de Sicile dans leur vague espoir de liberté, l'activité dUrbain lY,

ET SON TBIPS. W9

contré ce redoutable adversaire, ne se ralmtissait p*a. Il publia nne croisade en Italie et en France.. Indulgence plénière était accordée à tons ceux qui prendraient les armes contre Manfred qnaliflé de tyran, d'hérélique, d'ennemi de l'Eglise, dans la sentence d'excommtinication. De tons les capitaines les pins renommés de l'Italie, le premier qui répondit à l'appel dn Sot reraiu-Pontife, fat Roger, de la maison de Sanseyerino. Après une conspiration vraie ou supposée contre l'empereur Frédéric II, cette famille, l'une des principales du royaume, avait été dépouillée de ses biens et proscrite. Grâce à la fidélité d'un serviteur, Roger Sanseverino, encore enfant, avait été porté à Innocent lY, qui réleva avec soin, le combla de bienbits et lui fit épouser une de ses nièces, une descendante des Fiesque. Aigri par l'exil, altéré de vengeance, se sentant soutenu par Urbain IV, Sanseverino ne négligea pas cette occasion d'humilier le fils du persécuteur de ses ancêtres et de témoigner sa reconnaissance à la papauté. Il se mit à la tête d'une guerre sainte au centre de la Péninsule et combattit vaillamment les Gibelins dans le pays des Samnites et dans la Gampanie^

En France, le légat apostolique, chargé de prêcher la croisade, leva un grand nombre de soldats. Parmi les principaux chefs d'armée, on distinguait Bouchard de yenddme,;comtede Lavardin et de Montoir, Guy de Mello, évéque d'Auxerre, l'un des plus hardis capitaines de son temps, et Robert de Béthune- Dampierre, petit-fils de Marguerite de Flandre. Ils passèrent les Alpes sous le commandement nominal du gendre de Charles d'Anjou, le jeune Robert de Béthune-Dampierre, et sous la conduite réelle de Gilles de Traisignles, surnommé le Brun, connétable de France. On conciliait ainsi avec les droits de

1. Exereitîbos Saraceoonim et TeutODom et Gîbelliooraiii ia omoes partes Itolia et SIcilw dimissis, I quibas càm nec ipee CJrbam» se esse taunn existimMet, cracis piam militiam per ooivcfum Ilsliam, proposilâ spe ranMeois peccttoniiD, cmtrà Usofredam et reliqaos ejoa in Lombardiâ adainistros piomolgavil ; Rogerios, cornes Sanseverioas primus fuit, qoi pooiificiset Ecclesia tneod» corâ soscepit» mililes signales scripsil, qoos io Ssmoio et Gampsoiâ Maofrediaois opposait... AnniU. tceUsiasi,^ anctore Luca BzOTiOf looiXlll, aoo. 1M3.

tôO URBAIN IV

l'expérience et de l'âge la dignité d'une naissance souveraine, car Robert n'avait que dix-huit ans. A leur arrivée en Ilalie, l'épouvante se répandit parmi les Gibelins. Hanfred vint se poster entre Agnani et Frosinone, de manière à arrêter les croisés français , soit qu'ils prissent leur route à travers les montagnes et les forêts des Abruzzes, soit qu'ils pénétrassent par les plaines fertiles delà Terre de Labour ^

Urbain IV résidait alors à Vilerbe; il voulut que toute l'armée française traversât la ville; il était heureux de l'encourager par les honneurs d'un éclatant triomphe. Les Guelfes se livrèrent à de grandes démonstrations de joie , tandis que les Gibelins se tenaient renfermés dans leurs maisons. Les membres de la haute noblesse, montés sur des chevaux richement caparaçonnés, accompagnés d'une foule innombrable de clients, escortèrent le long des rues les guerriers de la Croix. Les gens du peuple, jusqu'aux vieillards et aux infirmes, jusqu'aux enfants et aux femmes, agitaient des palmes dans leurs mains et chantaient Vhosanna, Le clergé marchait, bannières déployées, autour du pape qui bénitsolennellementlesdrapeaux et les soldats. Cette magnifique réception anima les chefs de la croisade d'un tel enthousiasme qu'ils poursuivirent avec ardeur les Sarrasins, les chassèrent de la délégation deSpolète; et, sans même s'arrêter un instant dans Rome, vinrent camper en face de Hanfred. Ce dernier n'osa point accepter la bataille; il comprit l'impossibilité de tenir tête à tant d'ennemis en rase campagne. Il s'occupa seulement de fortifier les villes et d'y enfermer ses troupes.

Les impétueux Français allaient franchir le Garigliano, qui séparait les Etals de l'Eglise du royaume de Naples, lorsqu'une révolte éclata toul-à-coup dans Rome. Ce mouvement, secrètement fomenté par Hanfred, avait à sa tête Pierre de Vico, un des plus farouches capitaines d'aventure de toute l'Italie. Urbain IV craignit que tout l'Etat pontifical ne suivit l'exemple

1. Annalium cardinalis Baronii conlinualio^ per Hbnricom Spondanum, lom. I, «on. 1263.

de la grande ville ; il se hâta d'appeler rarmëe fr^çaise à son secours. Comme il tremblait aussi pour sa propre sûreté, il se retira de Vilerbe à Orvieto. Cette jolie petite ville, bâtie dans un site pittoresque, au bord de la Paglia, sur un rocher escarpé, offrait à la papauté une délicieuse résidence et tout ensemble un asile presqu'imprenable. Urbain IV y demeura quelque temps avec les cardinaux et y reçut des magistrats de la cité les marques de la plus vive sympathie^.

Manfred profita de cette diversion ; à peine les croisés eurentils décampé, qu'il passa la rivière ; mais les hauls feudataires du royaume refusèrent de ravager les terres de l'Eglise. Le rusé prince deTarente permit, à tous ceux qui le désireraient, de se retirer; puis, emporté par la colère et la vengeance, il lâcha la bride à ses Sarrasins qui se précipitèrent sur le territoire romain où ils mirent tout à feu et à sang. Les soldats, amenés de France par le légat apostolique , avaient repassé les Alpes, faute d'argent. Le nombre de ceux qui étaient restés devenait insuffisant pour proléger le patrimoine de saint Pierre. Dans cette situation extrêmement périlleuse, Urbain IV, convaincu que l'Eglise avait besoin d'un bras vaillant, d'un dévouement reconnu, d'une renommée éclatante, ne songea plus qu'à faire un appel au'seul prince qui, dans toute la chrétienté, semblait capable et digne de sauvegarder tout à fa fois l'indépendance italienne et la liberté ecclésiastique. Il appela Charles d'Anjou^.

1. Apud urbem veterem peroiaosit Urbaous toci aspeclu et securilale delec- Utus ; ÎD sommo gaio posita, e( ad etpugoaDdum difficillima... VUœ poMiftcum romanorum, auclore ALpaoN50 Ciaoconio. Roinœ^ 1C30.

2. Dcpressa ade6 ecclesiasUca res» crai, ac pooliGcis Taderati, Maofredi potentii, iii eas addacii aoguslias, at cinclas undiqaè pericults Urbaous» externa •aiilia eTocavil... AnnaUs ecelesiaslici, Ratnald., Ioco citalo.

mapporti dM pipes arec \m Nomnids, fondaleon do royauie des Deux-SIcUes.— Orbain lY traTaiUe à rétablissement d'une dynastie française snr le trône do Raples. — U écrit à Henri lU, roi d'Angleterre. - LégaUon de Barthéteni PignatelU, arcbeTéqnede Coseosa.— Lettre d'Orbain lY i Albert de Panne, son légaten France ; — A saint Louis ; — A U reine Margnerile.— Conditions proposées par Vrbain IV dans son traité aToe Charies d'Anjoa relatiYement i la covronne sicilienne. — Urbain IV modifie ses premières exigences. — Bandonin, empereor détrôné de Constantinople, écrit i llanfred. — Urbain IV apprend avec nn doolonrevx étonnement qne Cbat les d'Ai^oa est nommé sénateur de Rome. — n se résigne, dans la crainte devoir Manfred éloTé à celte dignité. — Charles d'Anjon Inl donne des sûretés. — PooToiit très-étendos qu'Urbain IV confère à Simon de Brie, cardinal légat en France* — TentatiTo d'empoisonnement contre Urbain IV^lloit de PerciTaUo d'Oria.-Letire d'Urbain IV i IIattfM.-Urbain IV quille Orrieto.

L'établissement d'une dynastie française sur le trAne de Naples est un des événements les plus importants du Moyen- Age. Urbain lY en fut le plus ardent promoteur. Pour avoir la pleine intelligence de son entreprise, il faut exposer les rapports des Souverains Pontifes avec les Normands, fondateurs du royaume des Deux-Siciles.

Il y avait déjà un demi-siècle que les fils de Tancrède de Hauteville, pauvres, mais vaillants chevaliers de Coutances, s'étaient rendus maîtres de l'Italie méridionale et menaçaient les Etats de l'Église, quand une ligue anti-normande se forma, qui devait chasser de leurs conquêtes ces usurpateurs de toute terre à leur convenance. Le chef intrépide de celte coalition, Léon IX, un allemand de la vieille souche, aux instincts belliqueux, n'obtint de l'empereur Henri-le-Noir qu'une faible partie des troupes demandées ; il leva seul une armée, la mit sous les ordres de deux de ses compatriotes et livra bataille près de Civitella, le 18 juin 1063. Il fut vaincu et fait prisonnier. Toutefois, les vainqueurs, oubliant leur fierté sauvage, traitèrent leur vénérable captif avec beaucoup d'égards; ils l'accompagnèrent dans l'attitude la plus respectueuse jusqu'à Bénévent; là, le saint Pontife tomba d'accord avec eux, en leur donnant T^^vestiture de toutes les conquêtes qu'ils

avaient déjà faites et de toutes celles qu'ils feraient à Tayenir^ en Calabre et en Sicile sur les Sarrasins.

Dans la pensée des papes, les Normands d'Italie étaient les véritables défenseurs de la puissance pontificale; ils tenaient à conserver des relations amicales avec ces héros Scandinaves sur lesquels, en cas de besoin, ils pouvaient s'appuyer. Voilà pourquoi Nicolas II octroya au comte Robert Guiscard le titre de duc de la Fouille et des Calabres; il lui imposa, en retour de ce duché et de la Sicile une fois conquise, un tribut annuel. Robert Guiscard, de son côté, promit, pour lui et pour ses héritiers, en 1059, de servir toujours le pape comme son seigneur, de ne jamais entrer dans aucun complot contre le Saint-Siège, de lui prêter, au contraire, main-forte contre ses ennemis, et surtout de ne jamais s'emparer d'aucune portion du patrimoine de saint Pierre. La princesse Anne Comnène, dans ce livre qu'elle écrivait sur les marches chancelantes du trône paternel, a tracé le portrait de ce terrible Guiscard : ambitieux, mais d'un génie égal à son ambition, il avait l'habileté des politiques, l'audace des conquérants, l'éclair dans le regard, le tonnerre dans la voix.

Grégoire VU confirma, en 1080, les investitures précédentes à Robert Guiscard, qui renouvela son serment. Toutefois, pour réserver les droits du dernier prince de la dynastie lombarde, le pape n'accorda pas, au duc de la Fouille, la possession de Salerne, d'Amalfi et de la Marche de Fermo. Robert Guiscard n'avait qu'un rival, Roger, son frère, jeune et beau, libéral et brave, très-aimé des soldats. Il en fit un de ses capitaines. Urbain il aimait la brusque franchise du comte Roger, dont le zèle à bâtir des églises n'avait d'égal que sa passion pour les armes. La Sicile, la plus brillante de ses conquêtes, lui avait permis de satisfaire ce double penchant ; partout ses victoires frayèrent le chemin à l'Evangile, que les Sarrasins avaient étouffé pendant leur longue domination sur cette lie. En reconnaissance, Urbain II nomma son cher comte légat apostolique dans toute la Sicile. Roger II, fils du comte Roger, et neveu de Robert Guiscard, succéda à leurs droits et recueil-

lit le fruit de leurs travaux; au fond de Tàme, ses penchants étaient durs jusqu'à la férocité « et son visage aurait dû les trahir; mais le jeune Roger était parvenu à se vaincre aa dehors comme au dedans; il savait se montrer le plus généreux, le plus gracieux, le plus courtois des chevaliers et des princes, malgré sa stature de géant et sa face de lion. Il avait reçu en fief d'Honorius II, l'an 1138, l'Apulie et la Calabre; ensuite il avait obtenu de l'antipape Anaclet II la concession du titre de monarque sicilien, avec l'investiture de la principauté de Capoue et du duché de Naples. Hais il perdit bientôt presque toutes ses possessions territoriales. Il fut excommunié, au concile de Latran de 1139, comme le principal fauteur du schisme. Dans la suite, il reconnut le pape légitime. En retour. Innocent II confirma à Roger le titre royal avec l'investiture des duchés de la Fouille, des Calabres et de Capoue.

, De la nombreuse postérité de Roger II , il ne lui était resté qu'un fils, Guillaume I®', flétri plus tard du surnom de Mauvais. Adrien lY lui concéda en 1166, tout ce que ses prédécesseurs avaient accordé à ses ancêtres; et, en outre, il le confirma, lui et toute sa descendance, dans la possession des divers Etats de la Basse-Italie. On peut considérer cette investiture, la cinquième de celles que les Souverains-Pontifes avaient octroyées aux héros Scandinaves, comme la ratification d'un pacte sincère, irrévocable, entre la dynastie siculo-normande et la papauté. C'est ainsi que prit naissance et se développa la suzeraineté du Saint-Siège sur le royaume des Deux-Siciles, suzeraineté que les papes revendiquèrent toujours comme un de leurs droits acquis.

Il s'écoula plus d'un siècle et demi entre l'arrivée des premiers enfants de Tancrèdede Hauteville et le moment où leur race s'éteignit dans les mâles en 1194. Alors, la couronne sicilienne passa, par suite du mariage de l'héritière Constance avec l'empereur Henri IV, dans la maison des Hohenstauffen. Ceux-ci se déclarèrent les ennemis des papes. Longtemps la lutte prit l'Europe entière pour champ de bataille. Mais, dans

la dernière moilié dn treizième siècle, elle sembla transportée à l'extrémité méridionale de l'Italie, et circonscrite dans les belles et riches contrées du royaume de Naples. Pour être réduite à des proportions moins vastes, elle ne perdit rien de son activité, de sa grandeur et de sa force. Loin de s'amoindrir, l'antagonisme du Sacerdoce et de l'Empire conserva le caractère élevé d'une guerre contre les adversaires acharnés de toute civilisation, contre les opiniâtres ennemis du joug libérateur du catholicisme. Les succès des papes du Moyen- Age contre les Césars allemands ne furent pas simplement politiques et militaires; ce furent aussi des succès intellectuels et moraux.

Urbain IV ne s'écarta point du système adopté par ses prédécesseurs pour faire triompher la civilisation chrétienne. Intimement persuadé que l'Eglise romaine avait besoin d'une vaillante épée, d'un dévouement à toute épreuve, d'un prince illustre, afin de protéger la liberté des populations catholiques contre les violences de l'hérétique Manfred, il appela Charles d'Anjou*.

Ce prince, frère de Louis IX et possesseur du plus grand fief de la couronne, marchait alors sans contredit immédiatement après les souverains de l'Europe. Les rivages de l'Egypte et de la Palestine, les comtés de Flandre et de Hainaut, retentissaient du bruit de ses glorieux exploits. Toutefois les commencements de son règne en Provence avaient été orageux. Accoutumés à un gouvernement semi-républicain et tout paternel, les Marseillais surtout ne pouvaient se résoudre à dépendre d'un maître absolu. Les autres Provençaux, depuis la

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