‹ Histoire du Pape Urbaith IV et de son temps, 1185-1264Chapitre 4 sur 42 · Hic hiUrîs valto, ONdiocris corpore, corde · texte numérisé non relu

Hic hiUrîs valto, ONdiocris corpore, corde

Fort», ia aspectu dalcis, honoris «naos, Teoastas fiicie» clarâ quoqae voce perkos Caoltt, qaem gratoin musica voiqae dédit.

TnoDORicos Valligoloris, in vi(d UrbanilV.apud Papirium-MasMomm, folio 2tS, veno.

3. Il Ail, dès tes jraaes aos, uaturelkmeot porté à rétade , el, pour eo avoir

Bientôt le studieux lôvrte eut embrassé toutes les coonaissances sacrées ou profanes qui composaient le programme de l'enseignement de sa ville natale. Le chapitre de la cathédrale, quifondait sur lui de grandes espérances, l'envoya poursuivre ses cours à l'Université de France. Il était généralement admis que, nulle part au monde, la jeunesse ne recevait la science de tout genre, et surtout la science théologique, avec autant d'étendue et de splendeur qu'à Paris. La science élail alors la voie par où il était donné aux enfants du peuple et de la petilc bourgeoisie de s'élever au niveau des classes supérieures; c'est elle qui appelait à l'émancipation et à la conquête des hautes positions sociales ceux que le hasard de la naissance et de la fortune en avait injustement déshérités. Quiconque se sentait blessé par ce hasard n'avait qu'à demander une place dans la démocratie chrétienne; sur la foi de sa vocation, il avait le droit de tout espérer dans la hiérarchie ecclésiastique ; car, sous l'empire du catholicisme, non seulement il y avait une issue pour toutes les pensées d'affranchissement, un domaine ouvert à toutes !es ambitions légitimes, une satisfaction pour tous les instincts de sage liberté, mais encore avec le seul travail, le mérite et la vertu pouvaient atteindre au faite de toutes les grandeurs.

C'était alors un vaste foyer de lumière que l'Université de France, et ce foyer attirait tout à la fois les plus habiles maîtres, assurés d'y acquérir la gloire el la fortune, et les plus fervents disciples, certains d'y puiser toutes les connaissances divines ou humaines avec l'illustration qu'elles ont coutume de procurer. Le personnel des élèves et des professeurs y était divisé en quatre nations ou provinces. Les divers membres s'y groupaient, selon leur lieu de naissance, soit pour discuter en dernier ressort leurs intérêts particuliers, soit pour concourir aux décisions supérieures de la communauté

les principes, il apprit & lire et d écrire chez les chanoines de la cathédrale de Trojes» qui prirent plaisir li Tiustruire rharilablemcnt. parccqu'iU n*avoient pas gnod peine k iuy faire comprendre ce qu'ils lay vouloieol eoseigoer. DuaisNE, Hiitoire des cardinaux françait, p. 210.

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universitaire. Les ëtades, également distribuées en quatre facultés, comprenaient : la théologie, le droit civil, le droit canon et les arts. Chacune d'elles avait ses classes, son conseil et son doyen à part, sous Tautorité du recteur. Lorsque Jacques Pantaléon y arriva, les écoles de Paris étaient devenues, pour l'Europe entière, le sanctuaire privilégié de la doctrine. L'enthousiasme était si grand que les poètes du temps célébraient Paris comme la source de toute sagesse, comme l'arbre de la science dans le paradis terrestre, comme le candélabre resplendissant dans le temple de Salomon. Aussi les jeunes gens heureusement doués y affluaient-ils de tous les pays de la terre, apportant tous, à ce centre commun, ce qu'ils avaient reçu de talent et acquis de connaissances dans leurs différentes patries; c'était la fleur du sang et du génie do l'univers catholique. Le flis du chausselier de Troyes ne s'y trouvait pas déplacé.

Mais ce Paris, si délicieux par Tinfinie variété de ses agréments, si célèbre par la sainte vie et l'érudition profonde de ses docteurs, par les privilèges et les hoijneurs accordés à ses innombrables étudiants, n'était pas un séjour sans dangers; au concert d'éloges prodigués à celle nouvelle Athènes, se mêlaient de légitimes inquiétudes et des plaintes fondées. Des hommes qui menaient la vertu au-dessus des lettres, et qui regardaient la pureté des mœurs comme le premier bien de la jeunesseetson plus bel ornement, s'écriaient douloureusement avec le champenois Pierre de Celles : t Paris repaire de tous c les vices, source de tous les crimes, flèche de l'cnrer, hélas! c comme tu perces le cœur des insensés! > Au milieu de celte effroyable corruption qui l'enveloppait comme d'une almosphère pestilentielle. Jacques Pantaléon conserva son innocence; il savait discerner, parmi ses compagnons d'étude, les plus fervents et les plus laborieux, pour en faire ses amis et ses confldents. Leurs vies coulaient ensemble calmes et pures dans les mêmes peines et les mémos joies; et ils trouvaient réciproquement, dans leurs communications de chaque jour, les

ÉTUDIANT. it

6paBcbeineDls de la famille qui semblent devenir plus précieux à mesure que le cœur en est plus sevré*.

Celle conduile sévère et recueillie, loin de nuire à l'dude des sciences, des lettres et des arls, la favorisail au conlrairc puissamment; l'inlelligence de Jacques Pantaléon se forliûaii do tout ce qu'elle refusait au corps; aussi surpassait-il^ par ses progrès, les plus illustres de ses condisciples. Tandis que d'autres laissent s'égarer dans les sens et se perdre dans de viles passions le fleuve abondant de vie qui déborde naturellement des jeunes et grandes âmes, le Qls du cbaussctier de Troycs le dirigeait entièrement vers Dieu, d'où il redescendait en effusion de lumière et d'amour. Ses éludes sérieuses, poussées avec un ardent labeur, lui méritèrent bienlét les degrés de malire-ès-arls et de docteur en droit canon. Dès-lors il cessa d'élre enseigné pour enseigner les autres^ distinction assez bonorablepour être avidement rccberchée par les plus beaux génies du moyen-âge'.

En ce temps là, les universités élrangère's échangeaient leurs tilres, ainsi que cela se pratique aujourd'hui pour les Sociétés savantes. D'après un manuscrit assez authentique, Jacques Pantaléon aurait été, sans déplacement, agrégé à l'université de Bologne, car rien ne démontre que le brillant lauréat ait, à celle époque^ fait un voyage en Italie. Cette agrégation ne

1. Fuîl Tir vil» veaerabilis Jacobas Domine, qui ab ipso puéril ie sa» tcmpore cor gercos seoile, juità sui iotcprctalioQcni oomioiâ, peccata el viUasupplaotavil,ct viriutes ipse plaotans el ioscrens, el gradalim de virlute io Yirtutem ascendens... Idem vir dilectus dco et bominibus dùm adbuc essct puerulu». Pansus miuilnr, al ibi, armariolom pori pectoris, scholaslicis imbucrci disdpltnis. Papiiui SIassoni, Ubri sex de episcopit urbis qui romanam ecclesiam rexerunl, p. 224.

2. Après avoir demeuré quelque lemps d^os la coorersalloo des clianeiucs de Troyes, avec lesquels il fil tous les progrès que l'on peul faire dans les prcmiéies tciotures des lellres, it prit congé d'eux pour venir à Parts, le plus beau séjour des muses, se renfermer en son universilé, et se donner toot enlier aui livres qu'il caressa de si près, qu*il fil, à moins de deui ou trots ans, on avancement considtfable aui Arts-Libéraoi et en la science du DroictCa non, jusqu'au poiocl qu'il en mérita te litre de Docteur. Fb. Ducusmi, HitMre des Cardinaux (rançaiê^ p. 240.

inanquail pas d'importance au Moyen-Âge : en ce temps là, les grandes écoles resplendissaient du plus vif éclat ; TEurope catholique possédait un nombre considérable de florissantes universités où chacun allait s'abreuver à longs traits aux sources de la science; mais toutes les nations se donnaient principalement rendez-vous dans celles de Paris et de Bologne.

Les fonctions do professeur, dont Jacques Pantaléon se trouvait investi, n'étaient pas seulement un honneur; pour un ^ homme avide, elles seraient devenues une source de fortune et d'élévation. Les richesses et la considération affluaient avec les disciples à l'école des maîtres renommés qui comptaient leurs auditeurs par milliers, tant le goût des sciences et l'éveil dos études étaient universellement répandus à celle époque. Mais, loin d'être pour lui une occasion de lucre, son entrée dans les charges universitaires fut, au contraire , le moment opportun de satisfaire ce détachement du monde et ce besoin de Dieu qui s'emparent des jeunes hommes sérieux aux approches de l'âge mûr. Sans doute, dans l'enseignement d'Aristote, son esprit, si profondément chrélicn, savait retrouver Dieu, mais il n'en éprouvait pas moins le malaise d'être trop détourné des choses surnaturelles devenues son élément; il souffrait d'être obligé de quitter sans cosse les hauteurs de la science sacrée pour revenir sur la terre habiler les basses régions de la science profane *.

Le jeune professeur aspirait à se livrer tout entier aux études Ihéologiques. La pénétration naturelle d'un esprit supérieur, secondée d'un travail opiniâlrc, accrue en outre de toutes les lumières que communique à rintelligence la pureté du cœur, l'initia rapidement à toutes les notions dogmatiques,

1. Sic laudabjtcr priiiiô in libcralibus artibus posUnodùtD io sciealiâ juris caoooici, superni nuiniois beocdiclionc, profccit, quôJ iu u (risque caiheJrali pfomeruit tttolo iusigoiri. Cùtnquc ipsius cxceltontis ingeiiii, alliludo roAJorum profunda requircrci racultatam, ad iheologie sludium se convcr(!l. la qaA sic laudabiliier dignoscitur profecissc, quod liogua ejus scribas calamus prédication» vcrbo singulos confovebai. Papirii Massuni, Librisex de epUcopis urbii qui romanam ecclesiam rcscrwU, p. 323, verso.

morales, liturgiques et disciplinaires du catholicisme. Aussi, ses maîtres de Paris, comme ceux de Troyes, ne lardèrent pas à le distinguer de la multitude; ils relevèrent au grade de docteur en théologie. Pour obtenir ce noble titre, il fallait subir des épreuves nombreuses, des examens sévères, qui en fermaient l'accès à la foule des incapables et des ambitieux'.

A peine Jacques Pantaléon fut-il revêtu de la dignité de docteur, qu'on lui confia la charge d'expliquer TEcrilurp sainte et d'enseigner la Théologie. Il s'acquilla do cette double mission avec le succès qu'on devait attendre de l'élude approfondie qu'il avait faite de la Bible, de la Tradition, des Conciles et des Pères de rÉglise. Ces fonctions nouvelles, en ouvrant un libre essor à son génie, révélèrent en lui des richesses ignorées. Les trésors de science qui s'amassaient depuis tant d'années dans sa jeune lêle, trouvant enfin une issue, s'épanchaient en enseignements lumineux et solides. Dans sa bouche, les leçons théologiques, qui semblent n'avoir d'autre but que d'instruire, embrasaient le cœur en même temps qu'ils éclairaient l'esprit des auditeurs. Armé de tontes les ressources de la logique, orné des couleurs de l'éloquence, il alliait la grâce du langage à la force de l'argumentation, et parlait avec une abondance, une pureté bien rares parmi les docteurs de son temps. Il se montrait dans la recherche de la vérité, dans l'art de réfuter l'erreur, dans la solution des questions les plus épineuses, conférencier subtile et habile dialecticien.

Dieu préparait, dès ici-bas, une couronne à tant de mériles: cette couronne du sacerdoce, la plus auguste, mais aussi la plus pesante, la plus sublime, mais aussi la plus redoutable, celle qui déchire davantage les fronts dignes de la porter. Ce fut pendant son séjour à Paris que Jacques Panta'éon reçut les ordres sacrés. La première fois qu'il lui fut donné de monter à

1 . Nallooe GaUus, |ui(riâ Treceo&is, pâtre salore veteramcnlario, sed litleris ac jure canooico et ihcologiâ apprimc crudifus, aoimiqnc magoiiudioe, conâiiio eimorum graviistc coospicnus... Hcnriccs Spond4M]$, Annalium eardinalit Baronii ronlinuaiio, tnmvs II. pag. 304.

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l'autel et d'immoler l'adorable Victime, soD cœur s'efltr'oavrit sous le coup de si vives ëmotioDS, que ses yeux se changèrent en deux sources d'où les larmes coulaient d'elles-mêmes et comme à son insu. Plus tard, dans les âmes ordinaires, cette source des pleurs, ouverte au jour du sacerdoce, se ferme trop vite; mais dans les âmes d'élite, elle ne tarit plus. Ainsi en fut* il de Jacques Pantalëon, qui n'offrait jamais le saint sacrifice sans mêler ses larmes au sang de Jésus-Christs

Muni du grade de docteur et consacré par l'onction du sacerdoce, il résolut de rapporter à sa patrie le tribut des sciences acquises et de son ministère nouveau. Il revint fixer son séjour au milieu du clergé de Troyes. Il y a dans le ciel qu'ont vu nos yeux en s'ouvranl à la lumière, il y a dans l'air que nous avons respiré d'une poitrine jeune et joyeuse, un charme qu'aucun autre ciel ne peut rendre,'et qu'on ressent avec plus de vivacité, la première fois qu'après une longue absence on revoit le pays natal : ce charme d'une suavité inexprimable, Jacques Panlaiéon sut, à l'exemple du divin Maître, le surnaturaliser sans le délruire : c'est le sol où s'offraient à chaque pas les souvenirs de .son heureuse enfance, c'est la capitale de la Champagne qu'il voulut féconder de ses bénédictions de prêtre et de ses sueurs d'apétre.

Troyes vit la foule accourir dans les églises avec un- empressement inaccoutumé, et se presser recueillie autour de la chaire qui retentissait encore des accents de saint Loup et de saint Prudence. A cette multitude émue et suspendue à ses lèvres, Jacques Pantaléon offrait toutes les séductions de l'art oratoire. Aux charmes d'un débit enlratûant, il joignait les agréments d'une heureuse physionomie et d'une voix harmonieuse et sonore; aux trésors de doctrine qui s'échappaient si abondamment de sa bouche éloquente se mêlaient d'intarissables effusions de zèle apostolique. Les paroles qu'il lançait

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