SUITE
EPENDANT, le chancelier Poyet , devançant la Le chancelier
cour, était venu se looer à Saint-Georses-de-Bos- P^yet/i l'a J'haye
*^ ~ de Saint-Georges
cherville , chez Jean de Gagny, abbé de ce monas- "^^ Boscherviiie.
X ,, A . Des députés
tere , 1 un des aumôniers du roi, membre de son du Parlement
conseil. Une députation du Parlement s 'étant hâtée d^qïineurTit';
d'aller l'y saluer ( le 20 août ) , il alla , en se prome- ^fP^of ««
"' ^ y ^ tr qu il adresse
nant, à la chaussée , où les députés du Parlement » •» compagnie.
, . 20 août 1540.
avaient reçu 1 ordre de le suivre. Là , congédiant sa suite, et demeuré .seul avec les magistrats, il leur tint un langage bien propre à confirmer les
bruits de disgrâce qui couraient depuis quelque temps. «Les cours souveraines, créées (dit-il ) pour estre l'exemple et la lumière des autres, debvoient estre composées de gens de bien , vertueux , sçavantz et expérimentez, discrels, modestes, tant en mœurs et laçons de vivre qu'en habitz, dont souvent despend , en la plus grande partie , la réputation. )) De ce préambule, il vint à la censure de la conduite des magistrats de Rouen , hors le palais. Redire cette censure, ce serait répéter tout ce que nous ont appris déjà les mercuriales; ce serait reproduire les autres reproches adressés au Parlement, et c[ue nous n'avons point dissimulés. Arrivant, ensuite, à la conduite de ces magistrats dans le palais , après avoir dit que « les arrestz et jugements rendus par une cour souveraine dévoient estre bien digérez et la formalité bien gardée en iceulx, en sorte qu'on ne les peust impugner» , il allégua les arrêts de Maillart, de Sainte-Mère-Eglise , du prieuré deLyons, et beaucoup d'autres encore. « Il n'y a ( dit-il ), // n'y a scucschal ny juge inférieur, de qui on roulusl porter les senleneeSj si elles avoient esté données semblibles. » — Vint le chapitre de divers édits restés là sans enregistrement , malgré dix lettres de jussion ; l'ordonnance de Yillers-Cotteréts (la Guillemine ) , entre autres, dont l'enregistrement simulé avait indigné François I"^; car c'était le monarque lui-même qui. à
deux jours diflérents, étant à l'abbaye de Bonport, avait dit à Poyet, non sans l'étonner beaucoup, que l'ordonnance deVillers-Cotterêts n'était point encore enregistrée à Rouen; et, comme ce chancelier s'était vivement récrié , ne le pouvant croire : «iVwz, vous dls-Je (avait répliqué le monarque), euf/Licrcz-voits en liardiemenl , et , pour certain , vous ne trouverez que l' ordonnance aye esté enregistrée à Fwuen. » Alors, sur des ordres nouveaux, qu'il avait envoyés , en hâte, de Bonport , l'ordonnance n'ayant été encore enregistrée qu'en partie , et l'annotation du Parlement annonçant , toutefois, un enregistrement intégral, « cette publication, mandait Poyet, ne contenoil-elle pas quelque espèce de faulx?» Soit que le premier président ne se fût 2:)oint tenu prêt à combattre toutes ces graves accusations, soit qu'il n'eut rien de bien péremptoire à répondre , la censure du chancelier demeura, ce jour-là, tout entière. « C'estoit ( dit Marcillac ) la chose la plus griefve pour la court de Parlement de Rouen, que le roy eust quelque mal contentement sur elle. » Il supplia le chan- lc Parlement celier «de vouloir bien estre moyen d'apaiser le audace ^JeTes mal contentement que le roy en pouvoit avoir. » ennemis. 11 remontra « le grand proufict et utilité qui venoit au roy et à la chose publique de son pays de Normandie , à raison du Parlement. Plusieurs des gentilshommes et personnages de ce pays, non ayant
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4 rAP.LEMENT DE NOllMA.NDIE.
agrt'al)le l'orection de la court, s'estoieiit oflbrcéz d'en médire en leurs propos, pour en cuider donner quelque mesconlentement, pour autant qu'ilz n'avoient plus l'auctorilé qu'ils avoient eue auparavant que la couri ne l'eust érigée. Ne veuillez, je vous en supplie ( dit-il en finissant ), adjouler foy
(juaîid telles plaintes et r/uerinionies viendront
Dès ceste lieure , souùz umbre qu'il est bruiet de {/uel(/ue mal contentement du roy, nous présidents et les conseilliers de ceParlement ne sommes plus libres ^ mais menacez de toutes personnes indifféremment , et tellement que l'oi\ nous demande la justice , l'espée AU poing. »
Dans une autre audience que Marcillac et le président De Monfault eurent du chancelier, deux jours après, et où ils coinl)atlirent comme ils purent les reproches laits à leur compaguie , ils le supjDlièrent « de ne se vouloir prévenir conta*e icelle , à l'apjDCtit d'aucuns qui en pouvoient faire de mauvais ra{)ports, meus qu'ils estoient de leurs affections privées , et , possible ^ mal contents des arrestz donnez contre eulx; à moins ( ajoutait ]Marcillac ) (ju'il feust allégué des faicts de concussion ou dol , au quel cas la comj^aignie ne vouldroit dissimuler, ains désireroit que punition en feusl faicte. » Le chancelier s'était hâté de protester « qu'il n'avoit point recongnu qu'il y eust aucun du Parlement de Normandie, noté d'aucune concussiou nv dolosité
(fraude j» . Pour l'ordonnance de Yillers-Cotterèts , Le paiiement
^i/i\ 1 1 '1 •! eniegistre, enfin,
les députes déclarèrent que la volonté du roi leur loidonnance
/, , I f • 1 • 11 tl'' Villeis-
etant, désormais, bien connue, parce que le chance- cotteiêts. lier leur en avait dit , le Parlement allait , au premier jour, enregistrer l'édit tout entier'. En efl'et, le 26 août, l'ordonnance de Yillers-Cotterôts et les autres ajournées jusque-là, furent enregistrées, et publiées dans une audience à huis ouverts. Mais il était trop tard; et cette lenteur de la compagnie , dans l'enregistrement des édits, était, d'ailleurs, comme on l'a vu , le moindre des griefs que l'on eût contre elle alors. On vojait bien que toutes ces soumissions ne servaient de rien. Poyet était impénétrable ; le peu qu'il disait^ toutefois^ semblait ne présager que des rigueurs.
François P' étant arrivé à Rouen, sur ces entre- François i