HENRI
scandaleuses disputes entre eux dans les chaires. Au milieu de ces controverses, le peuple ne savait que croire, et se partageait entre les champions. L'hérésie, cependant, gagnait toujours; la foi au saint sacrement s'affaiblissait à vue d'œil ; le nombre des communiants diminuait d'année en année. Dans telle paroisse de Rouen on avait consommé /iOO hosties de moins; dans telles autres, la différence en moins avait été de huit cents.
Aces plaintes contre les prédicateurs, le premier président De Marcillac répondait que c'était aux archevêques et grands vicaires à les mieux choisir. Il fallait que les orateurs exposassent simplement la sainte Ecriture, sans donner matière et occasion de dispute aux auditeurs, sans plus ramener a tout propos en mémoire le nom cle Luther et des autres héréaiarques j oii, par cy déliant , Hz s'estoyent trop arrestéz ' . »
A la suite de ces conférences, où l'on venait de voir si clairement combien était fausse la marche suivie jusqu'alors par le clergé, et combien peu les nombreux supplices avaient servi, on aimerait à voir la magistrature et l'église n'attendre plus rien que de l'instruction, de lapalience , etsubstituer la lumière qui éclaire à la lumière qui brûle. Mais il n'en devait pas être ainsi de long-temps. Trop souvent
Iteg. secr., 4 et 5 mai 1542.
25e PARLKMEM DL XORMANDIK.
encore, on vit. dans lasaile. les chaires de nos églises tenues comme pays conquis par des religieux criii se les élaient scandaleusement disputées jusque devant les tribunaux (nous en pourrions citer bien des exemples), et qui les faisaient retentir de déclamations et de disputes, bien plus que de ces paroles ([ui apaisent et adoucissent les cœurs. Long-temps encore nos places publiques reflétèrent la lueur lugubre des flammes, et retentirent des cris d'angoisse des malheureux patients.
A l'avènement de Henri 11, je ne sais si l'on avait espéré de voir cesser ou se ralentir du moins ces persécutions et ces rigueuis. Mais comment ce monarque ignorant et borné , gouverné d'ailleurs par le connétable et les Guise, aurait-il pu reconnaître la fausseté des voies où s'était engagé son père, et où , ensuite, on l'avait poussé lui-même? Sous son règne, la politique de François 1"^ continua de régir la France. A l'étranger, chez les Suisses et chez d'autres peuples, les religionnaires, excités, soldés parle roi de France, combattaient sans cesse à main armée contre leurs souverains, qui ne savaient comment les réduire, et se voyaient contraints à leur accorder la liberté de leur culte. En France , les sectaires qu'avait pu tromper cette connivence notoire entre Henri II et leurs co-religionnaires des pays voisins, portaient infailliblement la peine d'avoir pu croire à une politique si
IIKNRI II. 2:.7
fausse el si docevaiite; et Henri II entra ouverte- } ment dans ce chemin de brCilcincnts que lui avait ■ montré son père, comme parle Brantôme.
Il semble que le Parlement de Normandie s'était senti, à la fin, pris de pitié pour ces hommes qui se succédaient ainsi incessamment à sa barre. Tout en enregistrant le fameux édit de Chateaubriand, si rigoureux contre les religionnaires, il avait ordonné, par une clause expresse de son arrêt , que les individus accusés d'hérésie « seraient veus et entendus par leur bouehe'. » C'était une amélioration, (qui le voudra croire?) et il paraît par là que ces malheureux avaient pu être jugés jusqu'à ce jour sans qu'on eût toujours pris la peine de les voir et de les entendre.
Ainsi poursuivis et traqués, on a peine, en Andace des vérité, à s'expliquer l'audace des religionnaires, et 'ei'sio'maiies les libertés qu'ils osaient prendre jusque sous les sons le règne
, ^ de Henri II.
yeux de ce Parlement qui les ménageait si peu. Leurs échauifourées étaient sans nombre , et l'on n'aurait jamais fini de les dire. Chaque jour, dans : l-es lieux les plus apparents, étaient trouvés des placards « plains d'abominations » ; des chansons infâmes contre les cordeliers et les autres religieux de la ville ; des pamphlets outrageux et menaçants. Les divulguer pour en découvrir plus facilement
' lieg. 24 et 25 septembre lôôl.
2;,3 PAr.I.EMI'.M DK X( »r>MA\niî:.
les ailleurs. (Mil vlv produire . iiuililenieal peiileire . im uiaiid seandale ; ii.s lureiiL donc tenus seerels, |)ar (jr<lre i]i\ i'arlemeiil, d jus(|ues ù ce (juo, [)ar le vouloir de Dieu, ou eusl f[iu'l([ue indice duséniinaleur de zizanie qui Icsavoil alFicliéz, » Mais qu'élait-cc que cela? Une statue de la \ierge tenant l'enfant .lésus, placée à un des angles de l'archcvêclié , et de tout temps en grand honneur dans Rouen , fut l)risée, une nuit, à coups de pierre et de bàlon, ainsi f[uc la lanterne cjui l'éclairail, et on ne put jamais découvrir les coupables. Ils en étaient venus jusqu'à troubler les cérémonies de
Dans rcgiise l'églisc. Eu 1552, le premier novembre, comme I R^., . on célébrait, aux Au2;usluis de Kouen, la solennité
ir prédicateur tje la ïoussaint , Ic prédlcatcur, en chaire , étant
est insulté ■•■
parles vcuu à parler du purgaloirc et de la réncration due
religionnains. , i i' i- • i-
i5r,2. (Uix sauilSj, quelques personnes de l auditou'c ai-
l'ectérent de quitter bruyamment leurs places, et de sortir, avec ^irécipitation , de l'église, témoignant hautemejit que ces discours n'étaient point de leur goût, « d'où s'efisuyvit un çcisme et sédition populaire. » Le lendemain. Jour des Morts j, comme, par l'ordre exprès du cardinal de Yendôme, archevêque de Rouen, le prédicateur voulait traiter de nouveau ces matières , de rechef et avec plus de bruit encore que la veille , sortirent en hâte de l'église « quelque nombre d'hommes qui , arrivés au portail , crièrent : mi fo/I an fol! »
lI]'Xr,I H. 2.-,!)
l'ji môme lomps, une Coule d'entanls qui jouaient là auprès, et auxquels on avait fait la leçon, se mirent à crier et à imiter le miaulement des chats. Toul cela se j>assait clans le quartier le plus populeux (le la ville. Le cardinal de Vendôme avait, assez mal à propos, envoyé là son écuyer et sou maître d'hôtel, c[ui voulurent prendre au collet ceux qui avaient crié : au fol, au fol ! Mais, assaillis d'une grêle de pierres , ces deux ofiiciers du cardinal n'eurent que le temps de se réfugier dans le monastère, où un religieux les cacha dans sa cellule. Les religionnaires qui avaient causé tout ce tapage s'étaient enfuis de leur côté, laissant là par lerre leurs livres, qui étaient tombés pendant la mêlée; et ces livres, regardés de près, ne lais- -sèrent pas de doutes sur leur croyance et sur les desseins qui les avaient conduits au couvent des Augustins. Tout le monde, cependant, dans cette hagarre, était sorti en hâte de l'église, laissant l'olfice inachevé. Les catholiques, émus, provoquaient les religionnaires; ceux-ci résistaient, et il y eut comme une sédition dans la ville '.
La nuit, les catholiques étaient réveillés par les religionnaires chantant dans les rues, sur les places et jusque dans le parvis de Notre-Dame , les psaumes de Marot , mis en musique par Godinel.
' Ffeg. secr. , nov. 1 jj2.
Ua l'Ai! LE MENT DE NoRMAMML'.
Plusieurs lois, à la laveur des ténèbres, des sectaires tentèrent de délivrer leurs co-religionnaires enlérniés dans les prisons de rOlïlcialité , du Bailliage et du Parh'inenl; et, de jour même, ils réussi l'en t parfois à les arracher au supplice.
Tout ce fpi'une police iidiabile encore et dans l'enfance , pouvait fournir de moyens propres à empêcher les désordres , le Parlement l'employait, avec une infatigable activité, à maintenir, autant qu'il était en lui , la ville en repos. De bonne heure , défense avait été faite aux habitants « de porter des espées, poignards, ouaulcuns basions oflensifz ' » , et de sortir de nuit , sans lumière , sous peine de prison. Au milieu de telles conjonctures et d'une fermentation si universelle , on peut juger si , pendant la nuit, les rues de Rouen étaient sûres. Par ordre du Parlement, deux guets de nuit avaient été mis sur pied dans cette ville pour tenir en respect les religionnaires et les calholicpies les plus remuants. L'un était composé de bourgeois ; l'autre de serviteurs de Justice. Tous deux fournissaient des bandes de trente hommes , parcourant alternativement les quartiers qu'on leur avait assignés. Mais encore fallait-il que l'on y vît dans les rues. Première idée J)q tout tcuii^s , clIcs avaicut été jusqu'alors aban-
tlfs léveiiKics
A Riui.n. données aux ténèbres, ou aux lueurs capricieuses
* • Bpq. , 1 1 et 12 j.-invicr 1552.
IIKMII IT. ^r,î
de la lune ; et on n'aurait jamais fini de lacoiiler les meurtres qui s'y étaient commis. Depuis peu, par ordre du Parlement, des lanternes venaient d'être attachées à la plupart des maisons, en lieu apparent ; et ordre avait été donné à tous les chefs d'oslcl, d'y mettre, à certaines heures, des chandelles (illwnces. . . M ais , comme la nécessité est mère des inventions, «on. congneut par expérience qu'une seule lanterne mise au parmy (milieu) de la rue, attachée à une corde aux maisons, traversant par dessus la rue , rendoit une lumière plus claire et certaine que douze lanternes pendantes contre les maisons. » Injonction fut donc faite aux bourgeois de se cotiser à six ou plus, de fournir , à frais communs, « une lanterne pendue comme dict s est, à une corde, et bailler, chacun à son tour, chandelle allumée, ce qui leur seroit de moindre despence '. » C'est ici l'enfance des réverbères'; et ces détails de mœurs ne devaient point être omis dans cette histoire d'une compagnie que regardait la grande police de la cité. Tout cela n'aurait pu suffire encore au zèle de Henri II, non moins ar- Hemi iicxciie dent que celui de François I". En plus d'une ren- de jNonnandie contre, il avait excité le Parlement à sévir contre ='S(n""<^ontiTies
religionnaires.
les sectaires. Lors d'une audience qu'il donna, dans le château de Gaillon, à cinq députés de cette
• Rrg. secr., Il et 12 janvier lj,")2.
2C2 rAP.LEMEXT DE NOP.MAXDIE.
L<' l'aiiciii.iit , coinpajiiiit' (jiii ly ('talenl venus visiter, il leur dit
en lin seul jour. , •ci • • i t« i
<<)u(i;iiimc " 4'i II ;i\<)il lorl Ijonne opinion de son Parlement nuicii .icu.T. ^'*' ivouen, et ([u il leur recommandoit sa justice <'/ a i.i porcncp , lu fay, » Le couuétaljie Monlmorencv , qui se fron-
.sept an fuuct ' ' ^ J.
et an yalt là, Commentant les paroles du monarque, dit
bannissement. , .,,,,.
« qu il y avoit des lieresies assez ailleurs, sans y eu avoir en jNoruiaudie. » Puis, lecouduisant les députés, il les pressa « d'exhorter leur compaignye à iairc son debvoir pour se maintenir en la bonne grâce du roy , si doulx , gracieux et bénin '. »
Le Parlement n'avait plus tant besoin, maintenant , (ju'on excitât son zèle. Sur le faux bruit qu'un cliat avait été trouvé pendu à une croix, dans la ville d'Argentan , il n'avait pas eu honte d'envoyer à Caen le procureur-général et un président, qui revinrent bientôt lui reprocher de les avoir ainsi livrés à la risée du monde'. Peu de temps après l'avènement de Henri II , on l'avait vu , pour un seul \ jour, laiiT' mourir trois luthériens, et en faire l fouetter s<^pt autres à tous les carrefours. A la vérité » i l'alfairene manquait pas de gravité. Un imposteur, ' nommé Jean Filleul, voyant le bas peuple de Rouen si crédule, avait été assez osé pour s'offrir à lui comme un npàlre , un enraye de Dieu ^ en com-
' Reg. 28 riOVCinI)rc 1.")Ô5.
' Antiquitcz et Recherches de Neiistrie , par Do Bras de Bourgiicvillc, T partie, p. L'î".
in:.\Ri II.
merco babil uel avec les anges et avec Dieu luimême ; d'où on en était venu à l'appeler l'Ange de Dieu. Des dupes en grand nombre l'allaient trouver dans des lieux à l'écart , près de Rouen , où , par ses visions, il leur tournait la tête, au point qu'ils n'avaient plus le moindre doute sur sa céleste mission , et n'attendaient qu'un signe de lui pour se livrer à tous les excès. Ils furent donc bien en peine quand ils le virent, dans les prisons du Parlement , près de paraître sur la sellette, avec quelques-uns de ses principaux disciples, qu'on avait arrêtés avec lui. Toutefois, se ravisant, ils entreprirent de les tirer des prisons à main armée ; mais leur dessein ayant transpiré , des soldats embusqués se saisirent d'eux au moment où ils arrivaient au palais , et les renfermèrent eux-mêmes dans ces prisons qu'ils avaient voulu forcer. La conciergerie étant, pour l'heure, remplie de religionnaires, on était impatient d'en finir avec eux, dans la crainte d'un nouveau coup de main , qui aurait pu être plus heureux que le premier. Mais c'était dans les temps qui précèdent la fête de l'Ascension; et le privilège de Saint-Romain ayant été récemment insinué, c'est-à-dire notifié dans tous les tribunaux, un usage antique et sacré semblait s'opposer à ce qu'aucun procès put être instruit, ni aucun prisonnier interrogé jusqu'après la fêle. On pressentit donc le chapitre de Notre-Dame, qui s'empressa
264 PAULEMEM DL AORilANDIE.
de déclarer «(ju'il n'y avoit celiiy d'entre eiilx ([ui voiilust seulement avoir pense à nommer, pour 1 lever la Finir, iin [)ri.S()niiver accusé d'hérésie; ; (ju'en cas si exécrabie (pio celuy-là, ilz n'enlen- | doient empescher qu'il ne leust vacqué à faire et j ])arfaire les procedz des prisonnyers , et mesmes j d'y donner arrest, à condition , toutefois, que Vexé- | eut ion seroit sursise , aucinie exécution ne devant se : faire à dater de l'insinualion jusqu'après la fêle \ « j Les procédures avaient donc été continuées activement ; et, dès le lendemain de cette fête où un meurtrier avait été vu sur une place publique de Rouen, soulevant la sainte châsse dont le contact dounait la vie, des bûchers allumés sur une autre place attendaient leur proie, qui ne leur manqua pas. h' Ange seul avait été condamné au feu, et il fut brûlé tout vif; de ses disciples, il y en eut deux qui furent pendus près du bûcher, et sept autres qui en furent quittes pour le fouet et le baimissement. Ce n'était encore là qu'un prélude; il en était resté une foule d'autres dans les prisons, qui eurent leur tour ; les bourreaux , dans ce temps-là , ne pouvaient sulTue à l'ouvrage.
Des conseillers du Parlement avaient été envoyés dans les sept grands bailliages de son ressort, avec
' Brg. 2 mai 15.10. — Chroniqiu' fie Dr la ^!a^(•. — Journal iiis. de nrrthrlin ; V,\\A. \n\h. do P.ourn.
IIENT.I 11. -nrh
la mission d'y rechercher les reîigiomiaires , de procéder contre eux avec toute rigueur; et l'on voit assez qu'ils ne s'y étaiejit point oubliés. Le con- ivs
senler Anlonie Postel des Mmieres, et 1 avocat du du PinUmcni
. T i T>' 1 1 T'i -1 M • I- 'i' de Noimaiulie ,
roi J.aurcnt iiigot de llidjermesnil, avaient ete en- ^.^^^^ ^^^^^ i^ voy es au Havre , qu'on appelait encore la ville Fran- '"«'s'oi' i"fu''»ei-
'' ->■ '- '- contre les
foyscde Grâce, ou simplement Francoyse-Villc , du leiigionnaires. nom de François 1" son fondateur ; et on ne saurait croire combien ils trouvèrent de religionnaires tlans ces contrées. Le conseiller Le Georgelier du ])ois, et l'avocat-général Péricard n'en trouvèrent guère moins à Caen et dans les environs, où on les avait envoyés '. Il en coûta beaucoup au trésor \ du roi pom' fournir aux frais de ces procédures ; | mais Henri II avait la cliose à cœur; et, tant qu'il ])ut, il répondit, par des envois de fonds, aux demandes fréquentes que le Parlement lui envoyait faire par des députés.
Mais , il eût fallu des sommes énormes pour fournir aux frais de ces procédures sans nombre, ainsi qu'à la solde des troupes nécessaires pour assister la justice dans des missions qui, nous le verrons bientôt, n'étaient pas toujours sans péril. Henri II, à la fin, n'y put plus suiïlre , le trésor! étant épuisé par les guerres; et il fallut laisser en ■ paix, pour un temps, ceux des religionnaires qu'on i
Bfg. srcr. , VI juillet I J42, et aliàs paSHiiu.
n'avaitpas arrrirs loul d'abord. C.elto s>randc chasse conh'(> les sectaires échoua donc à inoilié, hmle des fonds nécessaires. Long-temps encore après, le Parlement ne se pouvait consoler qu'on eût manqué cette giandc entreprise. En 15G2, cette cour, racontant à Charles I\ et à son conseil, ce qu'avaient l'ait ses commissaires on une si importante conjoncture, se plaignait « qu'ilz n'avoient esté secourus, en l'exécution de leur mandement, de forces et de deniers nécessaires ; au moyen de quoy ( disait-elle ) les assemblées de la nouvelle religion s'estoient augmentées ' . »
Toujours ces recherches dans les bailliages et dans Rouen avaient-elles rempli les prisons du Parlement; et on vit encore bien des supplices. Ce n'est point ici un martyrologe des partisans de la réforme ; et on ne s'attend pas , sans doute , à nous voir énumérer tous les religionnaires qui périrent, alors, au gibet ou sur des bûchers; qu'il nous suffise d'en citer quelqiies-uns. La réforme continuait toujours de trouver des prosélytes dans les rangs du clergé. Un prêtre de Fontenay-le- Pesnel , près Caen , après avoir été quelque temps en Angleterre, était venu à Rouen, où il fut trouvé saisi de grand nombre de livres réprouvèZj qu'il colportait dans la ville. Par arrêt du Parlement,
■ Bei!. secr. du 12 août 1J62.
de Rouen
lIEXlll II. 207
après avoir eu la langue coupée dans la cour du palais, il fut conduit au Marclié-aux-Veaux j lycii destiné à faire telles exécutions. Là, il fat giiyndé liault à l'engyn, puis gecté vif au feu, d'où il fut retiré jusqu'à trois fois, et où, enfin, il fut ars et consommé en cendres \
11 y eut un autre prêtre dont le supplice dut Suppiico étrange
/ " 1 1 • > T. lin curé
étonner davantage , et produire a nouen une sensa- ^e saint-oenis lion douloureuse et profonde. J'entends parler de Pierre Gruslé, curé de Saint-Denis, église paroissiale de Rouen , sise auprès de la Vieille-Tour , et dont les ruines mêmes n'existent plus aujourd'hui. Son crime étrange semblait tenir moins de l'hérésie que de la démence. La veille delà Pentecôte, dans son église , au maître autel, pendant l'ofllce , en présence de tous, il avait pris sur les corporaux une hostie consacrée, l'avoit rompue et Jectée contre terre. Son supplice eut quelque chose d'étrange, comme son crime. Des prisons il fut mené au maîtreautel de Saint-Denis , son ancienne église. Là , à genoux, nu-pieds, nu-tête, en chemise, tenant une torche de cire jaune, du poids de cinq livres, du haut de laquelle s'élançaient cinq cierges ardents, en préscjice du Saint-Sacrement solennellement exposé , il demanda /j^/yY/(?y/ et niercy à Dieu ,
' Reg. du 10 août lôô4.— Livre rouge de la ïournclle.— De Bèzc , édit. de 1580, t. I, p. 95.
•>G,s PAnU':Mi;NT de noumandie.
(tu roy (i àsd/uslirr; loiil le clergé de sou église était là en costume; les prêtres cl chapelains chantaient VhymnG Avf Vf rinn 3 et trois d'entre eux, en chape, encensaient ce Saint-Sacrement que le condamné avait si outrageusement insulté. Après qu'on lui eut pris sa torche, qui fut laissée dans l'église «pour y ardoir durant les grandes messes, en lieu émynent du chœur, » on le traîna sur une claie à la place de la Vieille-Tour, voisine de son église. Là, il fut attaché à un poteau; et, après y avoir senti le feu, il fut étranglé et suffoqué; puis son corpsfut jeté au feu et réduit en cendres '.
Un autre supplice , qui dut encore émouvoir la pitié des assistants, fut celui d'une femme, Gillette d'Avenecourt, contre laquelle avaient procédé les commissaires envoyés au Havre. Cette malheureuse, mariée en Angleterre, « y avoit vescu à la façon dudict pays, cjuant à la religion » ; puis, de retour en Normandie , en 1553 , peu avant la Pentecôte, elle ne s'était pas confessée, n'avait pas communié , et avoit mal parlé de la vénération des images. A la fin, cependant, voyant quel traitement essuyaient en France les religionnaires, elle avait promis de se confesser et de communier à la Toussaint ; mais il était trop tard; elle fut arrêtée et mise en jugement. AuParlement,cinqvoix voulaient qu'on
' Brg. I.) décembre cl S mars I,")Ô7.
HENRI n. 209
IseLornàl à lai faire faire amende honorable cl à Ini
appliquer cpielques peines temporaires; mais, six
I autres juges avaient opiné pour la peine du feu ;
lleur avis dut prévaloir, et cette malheureuse périt
dans les flammes \
Quelquefois, un bûcher allumé, où allaient expirer d€s condamnés, devenait un but pour une procession générale, à laquelle ne rougissaient j)as d'assister les magistrats eux-mêmes. On voudrait que la capi laie eût vu, seule, ces horreurs; mais notre ville en eut sa part. Le 16 octobre 1553, eut lieu, par ordre du Parlement , une procession générale pour les luthériens; et, (ajoute le registre) «en fut bruslé deux au Neuf-Marché. » De Bèze parle d'une autre procession générale qui eut lieu à Rouen en 1559, li dura)tt l'exécution de deux luthériens, et qui passa au Marché devant les flambes de ces pauvres hommes bruslants, alln de mieux animer le peuple '. »
(les rigueurs du Parlement de Piouen , et mille Hemi ii lonc
le Parlement
autres que nous n'aurions jamais fini de raconter, cieNonnaïuiie,
1» . , 1 1 ' tT • TT • •■ lie ses rii,'ucin;i
lavaient rendu cher a nenn 11, qui ne se pouvait envers les lasser de lui prodiguer des éloges. Pendant toutes lei'S'on'ianes. les procédures du Havre , M. deLantier, procureur
' Ileg. 12 octobre et 15 novembre 1553.
- Th. de Bèze , Histoire des Églises réfnrnu'es de Frarfe , t. I , p. 199, édit. de 1580.
.,:,) l'ARLEMKNT DK N( »r.AI AXDIK.
îi/'iicral , qui ('i;iil en cour, avant roiidii coniplcau roi de ce (\no faisaionl les commissaires dans <•<> pays, Henri II l('nioi<ina «qu'il tronvoil lr«''s l>oii ce qui avoit esté faic! . et loua fort le Parlemoni de Rouen. Je u' (ly Parlement (dit-il) de f/ffo}' Je j me (-(Utlcutc mienix que de eelily deVioiien , tnul pour \ l(t fox f/iie pour i:urder lu justice j, et je veulx (juOa luy baille tant d'argenl qu'il en conviendra pourles commissions contre hérétiques. » Au conseil , le cardinal de Vendôme , archevêque de Rouen . « portoit grande louange du Pai'lenKMit de Normandye , par plusieurs foys et à haulte voix'.» Une autrefois, ce prélat étant à Rouen, venait, avec le duc d'Enghien , visiter le Parlement, et remerciait la compagnie « de la bonne et Ijriefve justice qu'elle luy faisoit journellement en matière d'hérésye " » On souffre de voir le Parlement se glorifier de semblables éloges; et puis, quel fut l'effet de toutes ces rigueurs dont on le félicitait si fort?
l ne chose, surtout, avait dû plaire au roi dans la conduite de celte compagnie ; je veux parler de < l'exclusion qu'elle prononça contre plusieurs de ses membres, accusés de s'être laissé aller aux opinions nouvelles. L'eût-on jamais cru possible, après le fameux édit de 15/to, qui, érigeant en loi de l'État une profession de foi en vingt-cinq articles,
' Rrs;. sccr., 8 octobre 1550. '' Rcg. secr. , 0 mai 1553.
tlrc.ss('c par la lacullé de ihcologic tie Paris , ne pernicUait d'adinettre dans les fonctions judiciaires qne ceux qui y auraient adhéré solennellement et sous la loi du serment ' ? Sans compter que, depuis <[ue les nouvelles opinions avaient cours, les récipiendaires subissaient, à l'avance, sur l'article de la loi , l'examen le plus sévère , le chancelier Po) et , et le garde des sceaux Monlholon après lui, avant l'crit cent fois au Parlement « de bien veoir et enquérir si les pourveus d'offices estoient suspects et atteints de quelque mauvaise secte et doctrine', » le conseil privé du roi accusait le Parlement de Rouen d être bigarré j, nous l'avons vu ; et l'amiral d'Annebaut disait que « lesungs estoient pour Dieu et les aultres gaidclies , pour ne pas dire pirement^. » En 1551 , dans une mercuriale tenue en décembre , après que le premier président Pvémon eut déploré amèrement les progrès de l'hérésie, il avait juré , et avec lui tous les meml)res du Parlement assemblé, « cju'ilz n'avoient congnoissance aucune de ceulx qui faisoient profession d'hérésie, erreurs et nouvelles doctrines, ni qui en feûssent soupçonnez, et qu'ilz le diroient à la cour, si, par
' Recueil des anciennes Lois françaises , t. XII, p. 820; et Rrg. lin Parlement de Rouen , 3 novembre 1.V13.
' Reg. secr., 18 avril 1543.
^ Reg. secr. , 9 août l.')4fi.
-r,'). PARLEMENT DE Xor.MAXDIE.
cy-api'èz , ilz eu avoient coiigiioissance '. » ^N'élail-
ce pas là une profession de foi des plus expresses,
Lecaniinai q\^ jgg plus solennelIcs en même temps? Toutefois,
<le Bourbon, * *■
mal renseigné le Cardinal de Bourl)on, archevêque de llouen
jiar ses
grands vicaires, n'y avait poiut voulu croirc ; et, un jour que les
prétend qu'il y a ^ , ,, t r- T 1 T> • i.
des ii(réii<|ues conseilicns Uc la JL'lace, Le ueorgelier du liois, et
parmi les l'eiis i> . i • t , t) • . , i. > T> •
du roi ' avocat du roi Laurent Jîigot , se trouvant a Pans,
«lu Parieaicnf. lY.|jij(.nt alU's visilcr, il leur dit « avoir entendu
Di'nienti ecl. liant
qne donne quc, dans Icur Parlement, mesmc parmy les gens
l'avocat do roi
Laurent Bigot du l'oy , y avoit aucuns suspeclz d'/icrcsic » , laissant généraux cutrevoir qu'il tenait cet avis des vicaires-généraux ( evani les | ^^^^ diocèsc. Lcs dcux conscillcrs se conten-
chaniores
assemblées. lèrcnt de sc plaindre que ces vicaires-généraux n'eussent jamais fait part au Parlement de leurs soupçons, jurant que cette compagnie n'aurait pas manqué de faire justice des coupables trouvés dans son sein. Mais Laurent Bigol le prit sur un ton plus haut : « Monseigneur, dit-il au cardinal, je feray si bonne diligence , qu'il fauldra bien que vos vicaires généraux exhibent les preuves qu'ilz peuvent avoir de ce qu'ilz advancent. Quant à moy , s'il plaist au roy de faire informer de ce qui me touche , je ne récuseray aucun grand vicaire, officiai, ou autre officier de la cour d'église". » Il lint parole ; et les trois députés étaient à peine de retour à Rouen , que les vicaires généraux de l'archevêché, l'inqui-
neg. secr. , 2 <lércinl)i'c lôjl. ^ Brg. secr. , 9 février 1 j.Vl.
siteur de la foi, le promoteur, l'official, le doyen de la chrélienté , furent mandés devant le Parlement, dont les chambres s'étaient extraordinairement assemblées, sur la demande expresse des gens du roi. Le premier président De Saint-Anlhot , interpellant ces prêtres et religieux d'un ton sévère : « Mes pères, (leur dit-il), l'on faict courre ung bruict qu'aucuns particuliers de la court et du parquet des gens du roy sont luthériens et mal sentans de la foy ; cela est allé jusqu'aux oreilles du rov... Qu'en pensez-vous? » Il faisait beau, lors, voir ces pèî'cs se défendre à l'envi d'avoir rien cru de semblable du Parlement. « Nous n'avons jamais ouy parler (s'écriaient-ils tous ensemble) qu'aucuns de ceste compaignye se sentissent de la secte luthérienne, ny qu'ilz feûssent aucunement suspectz d'hérésye; et, veu les condanmacions de mort f/iie la court rend et faict exécuter contre les licrétif/ues j il n'y a vérisimilitude de soupçon d'hérésye contre la compaignye'. » Le Parlement, à vrai dire, n'était que trop justifié. Toutefois , le premier président De Saint-Anthot, soit qu'il voulût faire taire à jamais les zélés, toujours prêts à hasarder l'accusation d'hérésie, soit qu'il eût reçu du roi des ordres exprès , assemblait quelquefois sa compagnie pour la faire se purger sur le faict
' Beg. secr. mars 15.")3.
ti. 18
d'Iiércsyc; c'c'lait, do la part de tous ses membres, jurer qu'ils étaient demeurés fidèles à l'ancienne croyance. Le jour même où les grands vicaires et l'inquisiteur avaient été mandés au palais, après leur départ, chacun des membres du Parlement jura « qu'il n'esloil pas hérétique, et qu'il ne congnoissoit personne dans la compaignye qui fust suspect d'hérésye ; » le premier président Saint-Anthot l'avait voulu ainsi. Une autre fois , dans une grande mercuriale, il se plaignit du progrès de la nouvelle religion, et de ce «qu'elle s'estendoit jusqnes dans la compaignye , dont plusieurs membres estoient suspectz. » 11 parlait même de faire apporter au palais le bras de sainct Antoine (relique révérée que l'on y avait déjàvue plus d'une fois) , pour faire jurer à tous les oiïiciers du Parlement qu'ils révéleraient ceux qu'ils connaissaient entachés d'hécinq conseillers, résic '. Cela u'avait pas pris pour l'heure; mais, à la fin , il se trouva que cinq des conseillers du Parlement professaient ou goûtaient tout au moins la doctrine de Calvin. C'étaient Jean de Ouièvremont, sieur de Heudreville ; Jérôme Maynet , sieur de la Yallée ; Antoine de Civile, sieur de Bouville; Charles Le Verrier; Robert Le Roux, sieur de L'Eprevier. Reçus tous cinq depuis le fameux édit
' Mémoires de Michel de Castelnau, mec les ohseivntinns de Le Laboureur, t'dit. de Bruxelles, in-folio, 1. 1, p. 840-
sectateurs de la réforme,
sont exclus du Parlement.
de 1543, après avoir fait toutes les professions de foi et prêté tous les serments qu'imposait cet édit à cpii voulait exercer un olïice de judicature , ils s'étaient engagés de bonne foi , il le faut croire pour leur honneur; puis, les nouvelles doctrines se propageant chaque jour davantage, ils s'y étaient laissés prendre. Ces cinq n'étaientpas des moindres du Parlement; car, comme le remarque le conseiller LaRoche-Flavyn ( et on en peut croire un si bon catholique ), « c'estoient les plus beaux esprits tant de l'églize, justice, qu'autres de France, qui s'estoient laissez empoisonner et infecter de ceste opinion calvinienne'. » Lorsque leur défection, à la fin, fut devenue notoire, la rigueur des édits, et sans doute les cris des zélés du Parlement, ne leur permettant plus d'exercer leurs offices, ils furent exclus tous cinq de la compagnie; et, à la Saint-Martin qui suivit la décision rendue pour les en bannir, leurs noms furent omis exprès au moment de l'appel, sur le rôle des magistrats composant le Parlement" ; l'entrée du palais leur était interdite; on ne les y devait revoir que quatorze ans après , à la suite de l'édit de pacification du mois d'août 1570. Un seul d^entre eux, le sieur de Civile deBouville, devait , plus tard, revenir à la foi de ses pères.
■ Les trèze LU'res des Parlements de Frome,V\\ . \i, cli. 15, n°\1. ^ Reg. secr. , 3 noveinl)rc l5ôf>.
27f, rARLKMENT DE NOr.MANDIi: .
Duranl toutes ces procédures, ces supplices , ces exclusions, le nombre des rclig'ronnaires croissait toujours; el les assemblées irrégulières ne leur poiivanl plus, mainlenaiil . sulllre, il s'était formé des églises, (lelle de Paiis avait été dressée en 1555; celle de Rouen le lut en 1557; La Jonchée et Jacques Trouillet des Roclies en furent les premiers pasteurs'. L'église de Dieppe, fondée dans le même temps, comptait un assez grand nombre (l'adliérents pour tenir les catholiques en crainte ", (k'Ile de Caen, le croira-t-on? dut surtout son établissement à la nudadresse du gouvernement, qui écrasait le clergé d'impôts, ('/est De Bras de Bourgueville qui nous l'apprend, et le témoignage d'un auleur si pieux et si bien informé ne saurait être suspect. «Lesdécimesestoientsihaul (dil-il) que les curez et vicaires se rendoyent fugiliiz, pour crainte d'estre emprisonnez; et ne se disoit ])lus le service divin en grand nomljie de jiaroisses prochaines de ceste ville de Caen, comme aux villages de Plumetot, Périers , Séqueville , Pulot, Soliers, et autres plusieurs. Quoy voyans, aucuns prédicans sortis de Genève se saisissoyent des temples et
' Histoire des Églises réformces , par Théodore deBèze, t. I, p. 112, édit. de 1580.
' Mémoires chronologiques sur Dieppe , par Des Marqiiets , t. I , p. \'M et suiv.
églises ' . » A Caen , le prêche se faisait au Tripot ou halle au blé, et dans un grenier de la rue Guille- i bert. Pierre Pinchon , Vincent Le Bas , et un Flamand nommé Cousin , furent leurs premiers pasteurs'.
On voit que, cependant, la misère était grande Misère
-.j ,. 1 1 1 T> de la ÎS'orinandip
en iNormandie, comme, sans doute , dansla brance sous Hemi n. tout entière. « Les impostz et subsides estoient si 1 excessifz , qu'en plusieurs villages on ne faisoit plus \ aucunes assiettes de tailles. « C'est encore De Bras / de Bourgueville qui nous l'apprend ; et il entend parler des villages voisins de la ville de Caen , qu'il habitait, et où il exerçait les fonctions de lieutenant général au bailliage. « De ce temps ( dit-il ailleurs), furent mis sus de si grandz subsides et impostz à tailles, que le pauvre peuple ne pouvoit vivre... dont la pluspart furent contrainctz d'abandonner leurs maisons et mandier; dont survint des maladies mortelles'. »
En allait-il autrement pour la Haute-Normandie? Hélas! « pour les excessives taxes des tailles , tous les habitansde vingt-cinq ou vingt-six villages voisins de Kouen avoient abandonné leur pays , chose pitoyable! ^ » C'est le connétable Anne de
' De Bras de Bourgueville , 2® partie , p. 162.
^ De Bras de Bourgueville, 2^ partie , p. 1C8. -
^ De V>v&% de Bourgueville , 2"" partie, p. 162.
■^ Reg. de V hôtel-de-ville de Rouen , 8 octobre 1555,
Montmorency qui le disait en plein conseil ; el j'en crois ce grand personnage, qui était à la tète des all'aires, et possédait, d'ailleurs, près de Rouen, de vastes domaines. Dans Rouen même, celte ville naguère si populeuse et si commerçante, « plusieurs, et la plusparl des liabitans, avoient
délaissé le commerce et traficq de marchandise
Les estrangers avoient désisté de fréquenter la dicte ville. Les habitans estoient du tout espuiséz d'or et d'argent, et prestz d'abandonner le pays '. »
Ainsi , tandis que les persécutions religieuses de Henri lï avaient désolé une classe de Français , ses guerres désastreuses avaient ruiné l'autre. Au mois d'avril 1559, fut signée la paix de Cateau-Cambrésis, entre la France et Philippe IL Le manque d'argent avait bien pu amener Henri II à celte paix; mais, surtout, il avait en tête d'autres desseins. A Paris, en plein Parlement, on vint les dire nettement en son nom ; et ce fut le cardinal de Lorraine, que, certes, l'on en pouvait bien croire, nul n'étant mieux informé que lui de ce qui se tramait contre la réforme. Il déclara donc que « l'opinion du roy a voit esté de faire la paix à quelque prix et condition que ce feust, pour,
' Reg. de l'/nkel-de-vi/le de Rouen , 23 novembre 1555.
HEMII II. 27!»
de là en avant , vacquer plus à son aise à l'exlermiitacion el bannissement de l'hérésie de Calvin ' . » Mais, à trois mois de là au pins, atteint d'un coup mortel , à la fleur de l'âge , Henri II ne put même commencer l'accomplissement de ses desseins.
• Est. Pasqiiier , liv. iv , lettre 3*^
UÈGNE
ENRT II ne fut pas pliilôl mort , qu'on put voir
Avèneraont de François II , ^ \ i ^ ■
iigé de seize ans quels immcnses pro«2;res la reforme avait faits du-
Les j. > T» • i • '
reii-'ionnaires, ^''^"t son règne. Kigoureusemeiit comprimée par
ne se
eontraignent
plus. 15Ô9.
plus nombreux, j^j, cleux derniers rois, lorsqu'elle vit monter sur le trône un prince âgé de seize ans, elle ne voulut plus se contraindre, et menaça tout d'abord ce trône même rpii naguère lui faisait tant de peur. ; Les opinions nouvelles ^ long-temps concentrées dans les ateliers, avaient gagné la bourgeoisie, puis les liantes classes, et trouvé d'ardents prosélytes
jusqu'au sein de la cour, parmi les plus grands seigneurs et les princes même du sang royal. Sous Henri 11 . il n en avait rien paru ; mais il eut à peine fermé les yeux , que les dissidents levèrent le masque; et on les vit se rendre aux prêches , avant à leur tête Antoine de Bourbon, roi de Navarre, Dandelot, et le prince de Condé '. Ce fut comme un signal pour tous les religionnaires, qu'avaient irrités les rigueurs des deux derniers règnes, et qui ne respiraient que vengeance et liberté. Aussitôt, ils s'émurent de toutes parts, bravèrent les magistrats, insultèrent leurs ennemis; et alors commencèrent, entre eux et les catholiques, ces collisions incessantes, ces luttes violentes qui devaient iMcntôt les mener sur les champs de bataille.
De nouveaux commissaires du Parlement de Normandie , envoyés , dans les bailliages de son ressort, à la recherche des hérétiques qui pullulaient toujours, purent reconnaître à quel degré d'audace en étaient venus ces hommes naguère fugitifs et tremblants. On ne voit j3as comment fut accueilli , . dans le pays de Caux, le conseiller De la Place, | qui v était allé « pour procéder contre les prédi- | cants et dogmatisants, contre leurs faulteurs et \ sectateurs, et tous autres entachez des dictes er-
Kii Basse-Normandie, les religionnaires insultent des nonimissaires du Parlement, envoyés pour réprimer leurs excès.
■ Histoire des Fninçais , par Simonde de Sisniondi , t. XVIII, p. 74.
reurs et faulses doclriiios' » ; mais le conseiller de Bordeaux et l'avocat du roi Péricard , envoyés dans le (jotentin pour le même objet, n'y furent pas plutôt arrives, f[ue les habitants, en grand nombre, tumulluairenient assemblés, envoyèrent des huissiers leur déclarer qu'on ne voulait point les reconnaître pour juges, les récuser , en un mot, au nom de tous '. On ne s'en devait point tenir à ces procédures ; et les deux magistrats surent qu'en tous lieux les religion uaires avaient pris les armes pour les empêcher d'exécuter leur commission. Dans un laubourg de Saiut-l^o, arrivaient, de toutes parts, des gens inconnus, à l'air hagard, suspect et menaçant. Dans une seule maison , réputée n'être habitée que par trois persoimes, il y avait plus de trente ou quarante de ces Iwrzins, « tous garniz d'armes, » Par quelques paroles qu'entendirent les deux magistrats, ils comprirent que ces rebelles avaient des iutelligences avec les Anglais; et , en ellet , la reine Elisabeth les favorisait sous main. Un arrêt du Parlement, rendu à la demande des deux magistrats menacés , et publié dans les carrefours de Saint-Lô, avait défendu aux habitants « de faire aucun schisme, division . esmotion
' Reg. , îî novcinljif I j5!).
' AVt;., Rapports chil s , 'Vi jan\ier l.),)9.
armes.
FRANÇ(JIS H. 283
OU assemblée illicite , sur peine de la hait » , et leur enjoignait même « de prester main forte aux commissaires de la court \ » Mais que pouvaient ces arrêts contre des hommes armés, résolus, confiants et prêts à tout? La justice avait dû céder à la force; et il avait fallu que les deux commissaires revinssent à Rouen, sans avoir rien pu faire.
A Caen , dans une si grande ville , remplie de ma- a. Caen, des
commissaires
gistrals , d'officiers de toutes sortes , et où , quelques du Parlement
, . , ,. . , . sont assiégés
mois avant , de si hardies entreprises n auraient jg,,^ 1^^. jamais paru possibles , le conseiller Le Georgelier du hoteiiene, Bois, et l'avocat du roi Damours avaient couru un rcUgionnaires plus grand péril encore. Les rebelles, en grand nombre, armez et embastonnéz , jurant et blasphémant, osèrent bien venir, à dix heures du soir, assaillir la maison où ces magistrats étaient logés ; tenter d'en enfoncer les portes ; frapper de leurs épées des voisins venus en aide à justice, des serviteurs qui refusaient de leur ouvrir, et jeter des pierres à d'autres qui, du haut des fenêtres, appelaient du secours. A la fin, cependant, le bruit de cette espèce d'assaut s'étant répandu parla ville, et tous les catholiques, armés en hâte, se mettant en marche pour venir faire cesser des violences si inouïes, ces audacieux mutins s'étaient retirés, mais non toutefois sans laisser des traces de leur visite; et, le lendemain matin, on lisait
' Reg., 23 janvier i:)J9.
aflichos par la ville, à la porte surtouL et sur les murailles (le la maison (pi'ils n'avaient pu forcer, des jîlacards j)l('iiis de blasphèmes, d'insultes, décolère et de menaces. 11 v en avait qui « contenoient leur l'ov et créance contre le sainct sacrement de l'autel , et puissance des papes et des prestres. » Un autre, en vers, était outrageant pour les deux magistrats. Rapportons cette pièce, si propre à donner une exacte idée des passions de ce temps-là.
Le Gcorjj;clier et 1 ad vocal: Dainoiirs
Ont rapporté au roy souverain jjriiicc
Que Caën ostoit plain de folles amours,
Gens vicieux plus qu'es autres [)rovinces ,
Ne craignans Dieu , abondans en malice ;
Par tel rajjjwii faulx , et d'affection ,
D^en informer ont eu commission ;
Seront-ils creus si , par belles enquestes ,
Tels ilz nous l'ont ? Non , car ils seroient bestes
S'ilz ne pruuvoient (avant papier et ancre)
Leurs laulx rapports , pour ne perdre leurs testes.
Mais Dieu nous gard', le quel est, seul , nostre ayde ;
Car les malins à grand's troupes cheminent ;
Deçà, delà tout est plain d'inhumains,
Lors(pie d'iceulx les plus meschauts dominent ,
Et qu'esleve/. sont contre les humains '.
Sans forces imposantes qui les pussent protéger contre ces insultes de tous les jours, les deux ma-
' Keg. sccr. , ?.8 février 1,kj9.
«ristials étaient retournés à Rouen ; et ils firent à leur comjDagnie des rapports qui lui donnaient à penser.
Au reste, le Parlement lui-même, dans la capi- Un huguenot,
, , , . 1 1 I- 1 condamné
taie de la provmce. dans le lieu auguste de ses pour actions séances, n'imposait plus, maintenant, à ces fac- , ^^''''''^'"f^*'.,
' A ' a être l)nile vif,
tienx. On les voyait s'attrouper, menaçants et est délivré,
■^ ^ ' ^ i\ main armée,
hurlants, autour du Palais, lorsqu'on y jugeait par ses coquel qu'un des leurs, dont le crime trop éclatant ^Tis repris ' n'avait pu rester impuni. Bientôt ils osèrent plus bientôt.
Il 1 et exécute.
encore. Le Parlement venait de condamner un is et 29 janvier
nommé François Lemonnier « héréticque , scismatique, sacramentaire, et perturbateur de la république )' ; c'était à dire que, ne se contentant pas de vivre à sa mode , il s'était signalé dans quelquesuns de ces mouvements séditieux qui commençaient, dès-lors, à n'être plus rares. Aussi avaitil été condamné à être ùrusié tout vif. On l'avait donc jeté dans un banneau où étaient avec lui. outre l'exécuteur des hantes œuvi'es, denx religieux carmes, qui le pressaient de revenir à la foi. Mais comme le lugubre cortège arrivait au carrefour de la Crosse^ tout-à-coup sortirent de la foule plusieurs hommes inconnus, armés jusqu'aux dents, qui, profitant de ce que les sergents avaient pris les devants, marchèrent droit au banneau, en précipitèrent les deux carmes et le bourreau, coupèrent vite les cordes dont était lié le patient, et i
se mircMil on devoir de s'enfuir avec lui. Les sergents, re\enus en haie sur leurs pas, l'épée à la main, voulurent, avec l'aide de plusieurs bourgeois qui étaient là, résister aux mutins et leur arracher le condamné; mais ces séditieux étaient armés, pour la plupart; et une boutique d'armurier, qu'ils pillèrent, fournit des armes à ceux d'entre eux qui n'en avaient pas apporté ; à joindre qu'il s'en trouvait des leurs dans la foule, qui augmentèrent , à dessein , la confusion , pour favoriser la délivrance du condamné. Force fut donc aux sergents de fuir devant les rebelles, qui les poursuivirent, leur jetant des pierres. Tous ces officiers, presque, avaient été blessés, ainsi que les bourgeois qui leur avaient voulu venir en aide. La foule, alors, se sépara lentement; la justice avail perdu sa proie.
Cependant, le Parlement, assemblé en hâte au palais , au premier bruit d'un attentat si hardi , avait fait fermer aussitôt les portes de la ville. Un arrêt, publié à son de trompe, dans toutes les rues de Rouen, enjoignait à tous d'indiquer le lieu où s'était caché le condamné, de dénoncer ceux qui l'avaient délivré. La somme de cent écus d'or était promise au révélateur, somme fort considérable alors, et qui montrait combien le Parlement avait senti les conséquences que devait avoir dans l'esprit du peuple ému l'impunité d'un acte si hardi.
Aussi, dès le soir même, le Parlement eut-il la réponse à son arrêt. Dans le tumulte de cette mêlée , le condamné s'était glissé, sans être aperçu, dans l'hôtellerie de la Crosse, à l'insu du maître, qui, à la fin, l'y ayant découvert et fait metlre en lieu de sûreté , courut au palais en donner secrètement avis au Parlement encore assemblé. Des mesures avaient été prises pour empêcher le fugitif de s'évader; et , dans la nuit , des sergents , envoyés pour le prendre, purent, sans empêchement, le ramener à la conciergerie du palais. Le lendemain, une force armée imposante était sur pied, dès le matin, par l'ordre exprès du Parlement, toutes les portes de Rouen étaient demeurées closes; le tombereau partit, de nouveau, de la conciergerie, portant Lemonnier, les deux carmes et le bourreau ; ce triste cortège « refit le tour qu'il avoit encommencé le jour précédent » ; le Parlement l'avait expressément ordonné ainsi par un arrêt, pour montrer au peuple la justice rentrée dans sa pleine et libre puissance, après un court moment d'échec. Au reste, des forces imposantes escortaient, ce jour-là, le condamne. Tous les sergents armés, à cheval, ayant le lieutenant criminel du bailliage à leur tête, la cinquantaine, les cent quatre arquebusiers, et grand nombre d'hommes armés de piques , de hallebardes et de pertuisaneSj avaient été requis pour donner
main foile à juslico. Nul, oa le pense bien, ne fut assez osé , ce jour-là , pour tenter une nouvelle rf tousse ' ; le palienl lui mené sans obstacle jusqu'au Mdrchc-iiii.r-Vetntx, où le bûcber élait prêt, et où l'attendait la mort. A quatre beures après midi, c'en était l'ait, et on rouvrit toutes les portes de la ville". L'audace de ceux qui avaient lait la rccoussc^ appelant un cbâtinient énergique et prompt, uu autre arrêt du Parlement, publié à son de trompe, avait promis cent cscus-solz à ceux qui les feraient connaître à la justice.
Malgré ces rigueurs, les religioiuiaires de Rouen ne se contraignaient ]>lus, et leur insolence crois-
Hardicssc . , . i\ i i ...
des sail Ions les jours. Dans les ueux mois qui sui-
K'iigionnaires yij.çjj^ \^ rccoussc de Lemonuicr, « assemblez sans
tie Rouen. '
cesse en grandes troupes, soubz umbre de religion, tant de jour que de luiict, ilz cbanloient et faisoient prières contre lacoustume, par les rues et places pu])liques de Rouen, aucuns couvertz d'armes, saisiz debastonsde guerres ou de pierres,
' Recoiiasc , rescousse, du mot reciirrere ; d'où rrscussa et rescussiis, «. tiiiiiultiiosa et \\oU'nt:i ervptïo firesfftfi , scucapti, è niaiiibiis « ejti.s qui licite cumdomcepit «lut arestavit.i' Caiig.Gloss., \° Res- CUSSA. — Carpcnticr , Siippl. , v° Rescouare , et v° Rescoussa. — Roquefort, dans son Glossaire de la Langue romane. Je dérive du mot : Recupcrare.
'' lieg. du Parlement des 38 et '.>y janvier I5.)î). — Chronique ms. de la Bibliothèque royale.
Fr.Axc I.; II.
rop.inicc'ari! chaque jour grands excèz cl iiisoiniccs'. » ?>ul cloute que ces mutins, ou leurs chels, Idut au moins , ne fussent dans le secret de la conjiuation d'Amboise, qui couvait alors, et dont on apprit bientôt l'issue malheureuse pour les llugiu^nots. Le Parlement , assemblé sans cesse , veillant jour et nuit à la trancjuillité de la piovince, avait eu les yeux ouverts sur toutes ces démonstrations, et fait rigoureuse justice de cjuelques-iuis des rel)ellcs f[ui tombèrent dans ses mains'. Ou ne pouvait qu'applaudir à la joie c|ue montra cette cour après l'arrestation de La Renaudie, et aux ordres qu'elle donna pour que des cérémonies solennelles eussent lieu à cette occasion. Là , des prédicateurs judicieux, le pénitencier de ÎNotre-Dame entre autres, s'adressant à la multitude accourue de toutes parts, « l'admonestoient de se garder de certains malheureux personnaiges qui ne tendoient cju'à mectre la peste et le feu par tout le royaulme, à la ruvne des gens de bien\ » Quelle meilleure doc- Irine aurait-on pu prêcher à un peuple, que la paix, l'attachement à la foi de ses pères, la soumission au pouvoir légitime? En même temps, des lettres pressantes avaient été expédiées à tous les magistrats du ressort, pour leur enjoindre « d'a-
('onjuraiicn d'Amboise.
' r.eg. 20 août I.i05.
' Idem , i!(i(l.
^ flrs;. (In Parlcineiit , l.i 9.
5C0 PAïïLEîIEXT DE XORMAXDIE.
voir l'œil, chacun en son cndrolct, et prendic uardc ([u'il ne se fist aucune assemblée pour lel'aicî (le la re!ii;ion ny pour aucune anlre occasion. » Dans llouen , un arrêt solennel, placarde en tous lieux, délendait énergi(pjement les assemblées séditieuses, et assurait une récomjîcnseà ceux quien auraient dénoncé quelqu'une auxmagisirats. François II l'avait ainsi pre.'crit , par une lelln^ adressée au Parlement de Rouen, aussitôt api-ès l'arrestation de ].a llenaudie. « Je sçav (écrivait-il à ces magistrats), je seay le zèle grand que vous portez au i'aict de la religion; le bon et soigneux debvoir (.[ne vous y avez faict, et comme vous avez faict p'.mir et cliastier ceuîx qui s'v estoient oubliez '. »
De.i e!éj;n.\'s Cc quc fit cnsuitc Ic Parlement pouvait être
envisage dune autre manière. Lomme , après la découverte de la conspiration d'Amboise, des écrits lîii )ibe:ierc:it distribués en lous lieux par les (luises avaient prêté
II! maison cîe aux conjurés le dessein d'anéantir l'autorité royale et d'établir uue république, des réponses énergiques, répandues aussitôt par les religionnaires, rejetèrent sur les Lorrains tous les malheurs de la France, les présentant comme ayant été les seuls à qui en eussent voulu les conjurés, et les sommant de rendre compte de leur administration dans
' Jieg. sccr. , 2S f;-vricr et 2 ir:ars 1 :)."/.). -— La U-ttrc de l'rannus M est «lu 2.").
• le .>onnat!('i!
voiit oiK'oiir
])Oit('r an roi
i^o; i;ii:ii-.
Fr.AXÇOIS II. 291
une prochaine r.sscmbicc dcsÉials. Ce dcrnicrécrit, rrpandu à profusion , comme le premier , ne pouvait être ignoré des Guises ; et ii semblait que le Parîenu^nt de Paris en avait déjà trop fait en envoyant ses hnissiei'S remettre au cardinal de Lorraine un exemplaire de ce libelle. Mais que dire du Parlement de Piouen, qui , en ayant reçu un aussi , crut devoir le faire porter au roi par une déj>ulalion solennelle envoyée exprès 't Paris! Moyen infaillible, il faut l'avouer, pour (malgré l'intention même de ces magistrats), donner de l'importance, de la réputation au libelle, et rench'c pliis odieux les Guises qui en avaient été l'olyjetî Aussi les avisés Lori'ains ne s'y élaieni-ils pas nîépris; et, par leurs soins, les députés furent renvoyés en haie à Piouen, sans avoir pu être admis auprès du monarque ' ; digne succès d'une démarche inutile et peu convenable, qu'avait inspirée un zèle maladroit <'t outré! Slais, dans le Parlement de Rouen, comme dans tous les autres, les Guises s'étaient fait des séides, dont le zèle exalté les embarrassait quelquefois; et on ne saurait croire combien, dans les registres de ce temps, nous avons trouvé d'arrêts ï'endus contre les auteurs, imprimeurs et colporteurs de libelles et paLuphlets écrits contre ces puis-
Ce 1 hou , Illsloire ufdvcrsclic , iiv. S.S.V.