‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 15 sur 30 · V.Ki\Ï.V.V.V.\ï I)i: XoiniANDIF · texte numérisé non relu

V.Ki\Ï.V.V.V.\ï I)i: XoiniANDIF

sniils L(.)naiiis, ([u'il était plus dangereux , maiiitciiaiil , dOnenser que le roi lui-même.

j'ar un l'-dil. donuc à Amboisc , après la dt'coiiverle du eoniplot, l'iaïuois 11 avait interdit toute vcclierclie contre les l'rançais, au sujet de la reli- ! i(>ii , en jugement ou liors jugement ; et défendu à t()!!s de se rien reprocliei' àce sujet, accordant aux rciigionnaires, liorniis aux prédicants , « pardon. ) émission , et abolition générale de tout le passé ' . « i^manée d'un gouvernement si laible , comment une I (>n!l)la]jle concession , dans de telles conjonctures, ;ii:rail-elle pu ne pas enhardir des hommes rpii, .-vaut cela même , avaient déjà tant osé ! Parlout , en iNormandie , les religionnaires avaient , mainlenani, (î:'s prêches. « 11 n'y avoit quasy bonne ville iiy bon. [■or.vg où il n'y eusl église dressée à l'exemple de llouen, comme, enhe autres lieux, à Dieppe, à Lunerav , ('aen, ^ ire , 8ainct-Lô, l'^vreux'. » Les sectaires avaient élé contents, jusque-là, d'y faire, en secret, leurs cérémonies; mais à peine eut-on publié l'édit d'Andjoise, qu'aussitôt il leur l'allut des prêches. Dieppe, Caen , Sainl-Lô , toutes les villes, presque, de la province, ne ])urent empêclicr ce culte pu]>lic des religionnaires, affreux

' (.-iit (l"Ani!)oisc , mars l.^JO.

' Pf r>:''/C , Histoire ccclrsidstiquc , ('dit. de IJSO , t. I , p. fî^O.

Fr.Axrois II. 2;k!

scandale aux veux des hommes demeurés inébran- Ial)les dans la foi de leurs pères.

Nul doute que les jeligionnalres paisibles ne sentissent tout le prix d'une liberté si inespérée, et pour eux si nouvelle. Mais combien s'él aient glissés parmi eux d'hommes violents, séditieux, pour qui la religion n'était qu'un prétexte de remuement et de désordre? Chose remarquable! Les religionnaires, maintenant, avaient, partout presque, des prêches publics, nous venons de le dire, et jamais, toutefois, on ne les avait vus si séditieux. De Bèze est forcé de le reconnaître , et ses termes méritent qu'on les rapporte : « En Normandie (ditil , n'y ayant ville qui n'eust église dressée, les esmeutes y furent grandes du temps de ce règne, quoique les ministres s'efforçassent de modérer les ESToURDis, jusques à les forelorre de l'assemblée '. y> Delièze, à chaque page, qualifie ainsi iVcslourdis des gens qui se permettaient d'étranges violences , nous le pourrons bien voir dans la suite, si déjà, toutefois , le mol esmeutes grandes j qu'il emploie lui-même, n'en dit pas assez. Redisons encore qu'eji Normandie, devers Caen surtout, « les décimes (impôt sur les ecclésiastiques) estoieut si haut, que les curez et vicaires ?e rendoient fugitifs, pour crainte d'estre emprisonnez; (]ue le

' De I^czc , Hislnire ecclrsia.stiqup , ('dit. (\c \:AC, , t. I , p. .'!0.i.

2«ji rARLEMENT DE NORMANDIE.

service divin ne se disoit plus en grand noniLre de parroisses prochaines de la ville de Caen , à Plumelot, par exemple, à Périers, Séqueville , Solicrs, Putot — ^Jtioy voyant aucuns prédicanls sortis de Genève, se saisissoyent des temples et églises. » Dans Caen, il y avait jusqu'à trois prédicants, qui prêchaient en plein jour, à la halle au l)!c et dans la rue Guillehert ' ; c'est un témoin oculaire, le lieutenant-général du bailliage de Caen. De Bras de Bourgueviile, homme des plus graves de son temps, qui nous révèle ces détails. Le Pniidiinit Si, au Commencement, Pvouen ne vit point de

obtioiU des i i • • • \ ^

leiigioiinaiics ccs prèchcs puLlics qui ne se pouvaient guère éla-

qu'il.s ne lassent ii-i • i-ii i>'

point '^'"' ^''^"^ ^*i'^' ■''J grancie ville sans y causer cl e-

de inéciies irauges mouvements, elle le dut à son Parlement, qui, moins par contrainte, à la vérité, que par persuasion, sut contenir les religionnaires, assez enclins , on le conçoit , à faire comme les autres , cl ({ui déjà même se mettaient en devoir de tenir prêches en plein jour, au milieu de la ville. Mais « ils furent retenus (dit De Bèze) par l'instante prière de quelques présidents et conseillers, qui les fiirorhoioit et exhortoient à se jjorter plus couvertement, sans rien allentcr de nonveaii , ains à se conlciiler de leur estât paisible» Le président Lal-

' Lf'i nrchrrchrs et Jnliquiféz de la province de Aeitstrie, par De Bras de iiourguc\iliC. Caen, 1588 , 2<; partie , p. 103.

FiiANÇ as H. 2D5

IcQiant otail un de ces magislrals qui, en leur promettant un peu de liberté, les déterminèrent à se contenir'. « De vray (ajoute-t-il) ceste cour passoit sous connivence leurs assemblées; et n'estoit aucun contrainct d'aller à la messe , ne de rien faire contre sa conscience. » Ainsi persuadés, les ministres et anciens de la nouvelle église de Rouen convinrent de demeurer eals'.

Accorder ainsi à des dissidents , et encore lenr l'aire valoir ce qu'après tout il aurait éîé maintenant bien difficile au Parlement de leur dénier ; empêcher par là les troubles iiu'vilablcs que n'aurait pu manquer d'amener, à Rouen, la publicité des prêches, c'était montrer une prudence , une sagesse dignes de la première cour souveraine de la province.

Pourquoi fallait-il cru'il y eût, dans uu sénat si ''''' '"""■

• lU- ciiichjiu'.s

sage, ainsi que parmi les principaux du clergé. numbiTs quelques hommes exaltes, toujours prêts a metlio en avant des exigences bien peu propres, assurément, dans des temps si difficiles, à faire aimer cette église qu'ils avaient tant à cœur de faire prévaloir? Raoullin de Longpaon , conseiller laïque, et René des Buatz, conseiller-clerc, chanoine de Notre-Dame de Rouen, grand vicaire de l'arche-

' Théodore de Bèze , Histoire ecclésiastique , t. ii , p. G.»l.

^ Théodore de Bèze , Histoire ecclésiastique , t. I , p. 3()j , 306.

v.e, rAni.EMi-xT di; xoi'.M.WDir.

\r(]iM*, ('liiiL'iil les j)lus (•cliaiillrs |)ai'n!i les zél/'s de cello compagiiio; raccusalion (riicii'sic ''lail loiijoui's prric à soilir tic leur l)()iicli(*, mal à p!()])<>s la phiparl (.\u lem[)s; cl ce serait allonger démesurément celle liisloiie, que de redire toutes les scènes que causèrent, dans le Parlement, ces accusations qu'ils hasardaient souvent avec une légèreté bien coupable. Cette imputation , lâchée ainsi un jour par Longpaon, en pleines chambres asseml)lées, contre le chanoine Antoine de Croismare, récemment pourvu d'un odice de conseiller-clerc , avait vivement ému deux ou trois parents que ce chaiioine avait dans la compagnie; de gros mois avaient ('té échangés, et le premier président eut bien du mal à rétablir l'ordre dans l'assemblée'. An B.iiii.sc Pq^,. ]^, conseiller-clerc René des Buatz , ne s'é-

(le Rouen, '

on ronnupnce iait-i| pas avisé , en 1559, deconcert avec les autres

lies pinceihiies '■

<<iniie ceux grands vicaires du cardinal , d'eiîjoindre à tous les

(les li;il)it:inls

<ie la ville cui('s dc lloucn dc (Ircsscr des listes de tous ceux

qni n'Hvaieiit . . . , . .....

point fait (le leurs paroissiens qui n auraient point iait leurs î.'"i>aii('nicnt Pi'iques , ct (Ic remettre ces listes aux juges qui, de paTscrôuiie ""'"■'' ^^<''''' ' dcvaicut pi'océdcr criminellement conire les calhorK[nes trouvés en défaut! Yillebon d'l*]sl()iilc\ i!!c . giaiid bailli de Rouen, un exalté comme eux. y a\aii donné les mains ; non. toutelois, (pi'on ne l'eût d'avanc<^ bien avcrli ; car le

' Rrg. sccr. , ".'.S jan\ icr Ij.ii.

picsidcMît Pctremol, inslruil de cet impriulent dv'ssein, lui avait dit que « les Pasqucs ne regardoienl pouU le juge lay,el Ji' estaient pohit de lajurisdicthm séculière , ains de l' ecclésiastique. » Yillebon d'Ivtouteville, liardi capitaine et brave homme de guerre, mais catholique des plus ardents et des plus emportés qu'on put voir, au point qu'il y avait gagné l'épithète de Boute-feu^ , n'était pas homme à se payer de semblables raisons. Recueillant en hâte les trente-six listes dressées pour les trente-six paroisses de Rouen, il s'empressa de les remettre au lieutenant criminel et au procureur du loi , avec l'ordre formel « d'instruire, informer et procéder, toutes ciioscs post-posées j contre les personnes dénommées es dictes estice/uettesn ; en sorte qu'il ne s'agissait de rien moins que de faire un procès aux nombreux suspects qui avaient fait défaut à la sainte table. Heureusement, le lieutenant criminel, ne voulant rien faire que de l'avis du Parlement, s'était rendu tout d'abord au palais avec les trentesix listes que Aillebon lui avait remises. Dire quelle explosion cette échauflburée fit dans le Parlement, serait une chose malaisée. Plusieurs des membres de la compagnie, inscrits sur ces listes de proscription , prouvaient invinciblement qu'ils avaient fait leurs Pâques , soit dans des églises

' Rrantôinc , Discours du mareschal dt T'icifteiilte.

convenluellcs où il leur clait permis de les (aiie, soit dans leurs terres, où, d'ordinaire, ils allaient passer la semaine sainte et les fêtes de Pâques, de tout temps chômées au palais. Mais, en eux, le ma- «ijislrat supérieur méconnu et outragé, ne s'offensait pas moins que le catholique injustemenl accusé d'hérésie. Car, en cas de crime même, les membres des Parlements pouvaient-ils être tenus de répondre ailleurs que devant leur compagnie , les chambres assemblées? L'un d'eux surtout, (Claude Boullenc, conseiller, sut l'aire sévère justice de ces odieuses menées. Seigneur el patron de Glisolles et de Garambouville , dans le diocèse d'Evreux , où « il avoit mesnages , gens, domestiques, chapelles et chapelains qui, à ses fraiz, gagez par Iny, chaque jour chantoient messes, luy absent ou présent, il y avoit reçeu son créateur. Avec luy, l'avoient reçeu toute sa famille, ses domestiques et ses vassaux. Esdictz lieux (ajoutait-il) ne se trouvera (iul~ cun qui jamays ait esté suspect d'hérèsye , iiy f/uij à grand' peine, en ait oï parler. » Celait là sa justification comme catholique dénoncé pour prétendue contravention aux prescriptions de l'église. Mais, comme membre d'une cour souveraine . déféré mal à propos au bailliage: « Je ne doibs conq^te (disait-il) de mes actions qu'au Parlement; la conduite du bailly et des grandz vicaires est luie grande injure à MM. de la court compris es diclz

billctz , les quelz ne peuvent ny doibvent eslre au!cimement soupçonnez de maulvaise vie. En tout cas, la congnoissance de la matière appartient-elle au bailly et à ses lieutenants? Combien que, de première face, à entendre M. des Buatz , il semblast que ce ne feust chose d'imj3ortance , mais raisonnable et facile à faire , si est-elle de merveilleux et grand poids; et il peut y avoir f/aelf/iie chose de dangereux caché soubz la queue de ces te délibération assez inconsultement (imprudemment) faicte sans l'auctoritede la court. Quelque chose que les grands vicaires puissent dire, entrer en train de procedz extraordinaire , comme de comparence personnelle, souflrir l'examen et interrogatoire du juge, alléguer les justificalions et les establir, c'est un procedz entier faict à ung homme soul.)z couleur et emuiiellenient de petites choses. » — Ajouteronsnous que ces listes étaient infidèles, et qu'on y avait omis à dessein « plusieurs gros personnaiges de Rouen qui n'avoient point faict leurs Pasquesen ceste ville, combien qu'ils y résidassent » et v fussent notoirement au temps de la fête?

On pense bien que de pareilles menées, signalées au Parlement, y devaient honteusement échouer. Le conseiller-clerc Des Buatz , l'un d(\s ardeiils promoteurs de l'affaire, avait reçu l'ordre de sorlir de la grand'chambre, pendant la délil)ération de la compagnie à ce sujet. La résolution Cin Parle-

.ioo î'\r.i.r.MENT Di: xoraf wnir..

nionl lui lolle (jii'on avait dû rallciidro de lui; et collo cour la uolifia, le jour mémo, au lieutenant criminel , mandé à sa barre. « La court (lui dit-on) a l'aict un décret pour advertir le roi, et l'asseùrer ([u'il n'y a celuy, céans, qui ne soit sans soupçon ; elle vous enjoinct d'informer contre ceulx du j)euple qui sont suspicionnéz de la irsconssc du vingt-huict janvier , contre aullres du dict populaire , comme n'ayant faict baptiser leurs enfants; contre tous ceulx, enfin, qui vous sont dénoncez comme coulpables de quelques crimes, mais non contre ceulx f/iic l'on accuse de n avoir point faict Pasqties ;

IL n'y a r.IEN EN CELA DE LA .Tl P.ISDICTION. Si leS

juges d'esglisenousenvoyent quelques prisonniers, la court fera son debvoir ; de mesme , s'il v a des appels comme d'abus contre ces juges, la court les jugera. » Le conseiller-clerc Des Buatz, cause première de toute cette esclandre , mourut à peu de temps de là (29 octobre 1560). du chagrin, ])eut-être, de s'être ainsi commis, et de n'avoir recueilli que honte et reproches, là où il avait rêvé louanges et gloire.

Profession Cc (lécrct , dont le premier président parlait au

. n" 1°' . lieutenant criminel, élait une solennelle profession

du Paiieincnt ' ^ "^ ' 1

de Kormandie. de foi, qu'avai t cru sc (Icvoir à elle-même nuc com- ])agnie dont plusieurs membres venaient d'être si indignement calomniés. Dans ces temps de dissensions religieuses, où la croyance de chacun était

Fr.AXC IS II.

sans cesse mise en question , les professions (!e loi catholique étaient continuellement à l'ordre (lu jour, comme l'ont été plus lard les professions de loi politique. Déjà nous en aA'ons mentionné plusieurs ; dans la suite nous en verrons d'autres encore ; celle-ci nous a paru mériter d'être conservée tout entière. « La cour (y était-il dit), la cour déclare , atteste , et affirme sur sa loyauté , conscience et serment qu'elle doibtau roy son souverain seigneur, qu'il n'y a personne des présidents et conseillers de ladictecour, soit en général ou en particulier, qui ne soit fidèle subject et très-obéissant de sa majesté, bien sentant de la foy catholique et religion chrestienne, soit de ceulx qui ont lait leurs Pasques en ceste ville, ou de ceulx qui en esioient absents pour la nécessité de leurs aflaires ; dont la cour a fait certaine démonstration et preuve en général par plusieurs arrêts et provisions par elle donnez , et en particulier par les procédures faictes par les dicls présidents et conseillers, chacun en son regard, des nouvelles doctrines, avec tel tempérament qu'il est requis en telle affaire,; de fiiroii que les tumuUes et petites esinotious etdesoùeissances populaires j qui avaient pris commeneement , semblent j pour le prèse)it , estre apaisées*. »

Par ces derniers mots, le Parlement avait en vue

' Hr". sccr. du 17 mai 1560.

:>m rARLEMENT DE XOriMANDIE.

(.les vloKuices sans nombre commises récomment (Inns loiile la province, à MonlivilHers, à Caudebec, à Neurchalel, où des églises avaient été envahies et pillées, les geôles forcées, les prisonniers mis en liberté; les magistrats, les prêtres, les religieux frappés et accablés d'outrages'. ]\Iais il faisait al'ii.'ion, srirlout, à des scènes Jumulhu^uses qui avaient agité Rouen (|uelf]ues jours avant Pâques, et auxquelles avaient donné lieu les prédications séditieuses d'un illuminé. Caria déférence des ministres et des anciens de l'église calviniste de Rouen p,our le Parlement; la promesse faite par eux de ]ie point prêcher publiquement et de se tenir cois, n'avaient pas été long-temps du goût de tous, des mutins surtout qui n'aspii-aient qu'au désordre , des brouillons du parti, de ceux, enfin, que De Bèzc , dans son indulgent langage, veut bien ne qualifier que â'cstourdis. A Piouen, pen^ dant les fcries de Pasqucs , des hommes, des femmes en grand nombre s'étaient assemblés, tant de jour (]ue de nuit, dans les rues et les places, chantant et faisant ckanlcr pur les enfants, des psalmes de Marot".

Bientôt s'était rencontré un fou , un illuminé , plus audacieux encore que ce Filleul dit YAnge^ dont nous avons parlé plus haut. Ce nouveau fanatique,

' Beg. 20 août lôG?.. -- Reg. rapports ch-ils, 23 aM-il lôOO.

nomme (Jollin , né clans un viliaj-o près de Gisors,

avait élé minisîre à Ccnève , d'où il s'était fait chasser

pour avoir professé les doctrines des anabapiisies.

Défense lui avait été faite, par les ministres et Un ii!nmin<^

les anciens de sareliiiion, d exercer aucune loncîiou d,.

s cxtrava-

g.i lires , t se l'iit si: ivre

de son nîinistère. Mais, réfugié à Rouen , il ne

tarda "uère à se mettre en crédit ])armi les jeunes '"'''' '<?P<'"ri«',

° i J qu'il excite

gens et les fous du parti, en se déchaînant contre ;> i-i sédiiion. les ministres, qui consentaient à ne point prêcher publiquement, et en les accusant de laclieté et de prévarication. Il se fit bientôt suivre dans les campagnes voisines de Rouen et dans les faubourgs môme, où il débitait en p;;]ïlic les plus folles rêveries et les doctiines les pins séditieuses. De jour en jour, son auditoire grossissait; et l'on y voyait , outre les brouillons, bon nombre de reli^ionnaircs honnêtes cpi détestaient ses doctrines , mais que la curiosité entraînait à sa suite. On ose à peine redire les folies qu'il leur débitait du ton inspiré d'un prophète. Dieu, à l'entendre , lui révélait des ' choses admirables : l'Antéchrist serait précipité de son troue par la force des armes; le seigneur l'avait choisi, lui, pour clief de cette armée, à la tète de laquelle il devait exterminer tous les méchants ; il avait ordre d'anéantir les mauvais princes et les magistrats inicjues. Dieu lui avait accordé, par une grâce singulière, de ne mourir qu'après avoir créé un monde nou', eau où régnerait l'inno-

2n'i rA'i.T' .:y:xT Dr: yav^^wm".

criiCO cl d'où tout péché serait banni. Si, onfuî, l'eiilroprise d'Amboise avait échoué, c'était qu'on ne l'avait ])oint mis du complot. Ajouterons-nous cpi'en débitant ces discours, il s'agitait comme nn homme qu'aurait tourmenté et mis hors de lui une inspiration surnaturelle; fermant la bouche et les veux, se démenant en tous sens, puis se laissant choir à terre , s'y roulant avec mille contorsions, tout hors d'haleine, écumant comme un homme qui tombe du haut mal? Que tant d'inepties et de jongleries agréassent à tous ses auditeurs, on ne le saurait croire; mais, enfin, beaucoup s'y laissaient prendre, et,échaufrésparces déclamations, étaient prêts à tout faire, à tout oser sur sa parole. ^ ouvent, à la suite de ces prédications, s'il est permis de donner ce nom à de si dangereuses extravagances, «on les voyoit, en grand nombre, couvertz , par le visaige, de leurs chappeaulx et manteaulx, rentrer dans Rouen par dessus le pont , en ordre comme de procession , chantans et submurmurans les pseaulmes et cantiques de David tradnictz en langaige vulgaire et rithmes par Clément Marot'. » Son audace croissant chaque jour avec le nombre de ses auditeurs, « il exhortoit chacun de proulre les armes ^ disant que, pour certain, ' ses prédictions (c'était à dire ses prophéties) ad-

' Chronique iiis. du xvi^ siècle.

viencîrolent en bref. » Il y avait quelque temps Le Parlement

iTji i.'**t j 11 y niet ordre.

que le rarlement opiait ces dangereux rassemblements; il en avait écrit au cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen, en le pressant de venir à Rouen concerter avec les magistrats des mesures propres à faire cesser un si grand scandale. Mais comme le prélat, parti en hiite de Gaillon pour cet objet, arrivait à Rouen, d'un champ près duquel passait sa voiture partirent des vociférations contre lui et s'élancèrent en foule nombre d'hommes qui semblaient le vouloir poursuivre et lui faire un mauvais parti, (tétaient les cstourdis de la bande de Cottin; ce furieux leur avait désigné le cardinal , en le qualifiant diasne rouge ^ et le prélat n'eut que le temps d'entrer dans Rouen et de se mettre en lieu sûr, en précipitant la marche de ses chevaux. Heureusement, le Parlement avait écrit aussi au bailli Yillebon d'Estouteville, absent depuis quelque temps; ce guerrier redouté arriva bientôt avec sa compagnie de cinquante lances, et on vit bien que les tumultueuses prédications de Cottin touchaient à leur terme. Ce dangereux fou s'était

! caché , sachant qu'on le cherchait en tous lieux ; il . fut bientôt 2:>ris par le prévôt, et son procès ne dura

I guère ; on le condamna à la peine du feu ; deux de ses cousins, qu'il avait séduits, qui le logeaient

' Chronique ras. du xvi^ siècle.

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