‹ Histoire du Parlement de NormandieChapitre 10 sur 35 · MENT, CE SEROIT FAIRE GRACE A UN DES PLUS RICHES · texte numérisé non relu

MENT, CE SEROIT FAIRE GRACE A UN DES PLUS RICHES

rr des plus endurcis '. j» Que pouvait donc faire vexations

, . , inouïes coni

ce dur intendant, ainsi renseigne et excite, que îesreiigionna

d'ordonner des vexations à outrance à ces gens qui rt des envir<

lai en suggéraient de plus âpres, dont il ne s'était

point avisé de lui-même? Dans notre ville donc,

comme livrée au pillage , on pressura les pauvres

et les malaisés ; et l'on traita les riches en sorte

qu'ils ne pouvaient manquer de devenir bientôt

pauvres à leur tour. Aux bourgeois demeurés en

ville , étaient envoyés un capitaine , un lieutenant

et six cavaliers, qui leur coûtaient, pour un seul

jour, 108 livres, et souvent davantage. On ouvrait

les maisons des absents , et on vendait leurs meubles

îi la porte , pour subvenir à la nourriture et à la

4 Arrhites de l'hôtel-de-ville de Rouen , liasse 405.

TI. Il

solde des cavaliers « mis au cabaret, à leurs dépens1 .» « Il fault ( mandait Marillac) chercher les biens de ceux qui ont abandonné, et les faire payer partout où l'on les trouvera2 .... » — • Quett devenu ( écrivait-il ) , l'avocat Cardel, taxi par moi à 90 livres ? * — * Il a ( répondaient les échevins ) remis sa maison au propriétaire; depuis , il n'a reparu en cette ville; il est en un petit jardin , à Oissel, sans meubles de valeur ; son bien est en Basse-Normandie. » — À quoi Marillac se hâta de répondre : « // fault envoyer* à Oissel , tout saisir, jusqu'à son pot; il y a bien peu de meubles s'iln yen a pour9Q livres; il fault charger un huissier pour aller exécuter en Basse-Normandie; il fault faire vendre et faire payer le fermier... Il est important de faire payer ces gens-la... » Ainsi firent aussitôt les échevins, qui, à peu de jours de là, mandaient h l'intendant Marillac : «Nous avons envoyé à Oissel» saisir les meubles, et faire arrest es mains du fermier, pour ce qu'il doibt3.» Que si les rel légionnaires fugitifs étaient insolvables, force était aux résidents solvables de payer pour eux, en sus de ce qu'on avait exigé d'eux pour leur propre compte. Marillac l'ordonna par cent jugements»

1 Archives de l'hôtel -de-ville de Rouen, liasses 398 , 405.

7 Lettre du 26 novembre 1685 , aux échevins de Rouen (datée du Havre. )

3 Archives de. l'hôtel -de-ville, liasse 405.

LOUIS XIV. i63

et en avait fait une règle de jurisprudence , qu'il osa notifier aux échevins , qui n'avaient pas de honte d'y obéir1. Dans Rouen, donc, devenu un lamentable théâtre de violence et de douleur, triomphait la soldatesque et retentissait le sabre ; là se gorgeaient et blasphémaient les cavaliers chez le bourgeois ou à l'auberge ; tandis que , de porte en porte , l'huissier, de sa voix glapissante, criait, à l'encan, à un prix misérable, les meubles du malheureux condamné à les nourrir. De soldats ainsi autorisés , et excités même à mal faire, il ne fallait attendre d'égards ni pour le sexe, ni pour l'âge. Tout, donc , était en proie, les échevins prenant des soins infinis, non point pour protéger les opprimés, mais pour qu'il n'y eût d'opprimés que ceux-là seulement qui ne se voudraient point rendre. Aux gafnisaires logés chez ces opiniâtres, et appliqués à les vexer, s'en venaient joindre d'autres, délogés de la maison du voisin, qui s'était converti , à moins qu'on n oubliât de les en ôter , ce qui arriva quelquefois2. Au milieu d'un semblable tumulte, ces officiers ne manquèrent point de travail. A un an de là, s'en sou-

1 « Les différents jugements que je rendis , sur cela, furent qu'on finit payer aux gens de la religion pour les insolvables abitSTS; qu'on prendrait des mesures pour faire payer les solvabies ibtents. » Lettre de Marillac aux échevins de Rouen (Havre, 26 novenbre 1685. ) Archives de l'hôtcl-de-ville de Rouen , liasse 396.

' Archives de l'hôtel-de-ville de Rouen , liasse 405.

venant encore, « le logement des cuyrassiers chez les religionnaires de cette ville, pendant deux mois ( disaient-ils ), nous a donné plus d'exercice et de

FATIGUE, QUE DE DEPENSE, que HOUS aVOfiS tûSché

d' espar gner a la ville, tant que nous avons pu9. » A la ville ! Comment donc l'entendaient-ils, ômon Dieu ! Et la ville, pour eux , ne devait-ce pas être ses malheureux habitans opprimés, plutôt qu'un coffre d'argent , qu'on allait vider joyeusement et en hâte , pour régaler et faire danser la première femme de gouverneur et de lieutenant de roi, qui viendrait à Rouen faire , en grande pompe , une inutile et ruineuse entrée ! Tout cela, il est vrai, avaiteu, avec le temps, le succès désiré. Derechef, les conversions fourmillèrent ; et les lauriers de Beuvron n'empêchaient plus nos échevins de Rouen de dormir. Maintenant, ils recevaient de M ar il lac des lettres flatteuses. L'intendant se réjouissait de ce que « quelques-uns de leurs endurcis commençoient à s'ébranler»; et (ajoutait-il) •j'envoie l'ordre de vendre les meubles des opiniastres2. » — «M. de Beuvron m'a dit toutce qui se passe à Rouen, dont je suis satisfait 3. » — « Je suis fort ayse d'ap-

1 Rcg. de délibérations de l1 hôtel-de-vil le de Rouen , 4 juillet 1686.

* Lettre de Marillac ( Havre, 16 décembre 1685) aux échevins de Rouen. ( Archives de l'hôtel-de-ville de Rouen , liasse 398. )

3 Lettre du 21 novembre 168 >. (Archives de l'hotel-de-ville de Rouen , liasse 398.)

prendre vos conversions ( écrivait-il encore ) f . » C'est qu'en effet, parmi le peuple surtout , elles avaient été fort nombreuses , et surtout fort volontaires , faites qu'elles étaient sous le sabre du dragon , à l'aspect de l'huissier venu pour saisir et vendre , et au milieu de scènes incessantes de violence, de brutalité , d'exactions ruineuses , de menaces , de voies de fait, de pillage !

Et dans le siècle où s'accomplirent ces horreurs, Ces violence

•i > m \ envers les

aucune voix libre ne s eleve ( le croira-t-on ) pour reiigionnain les flétrir ! Au grand Bossuet lui-même, n'ont ap- par tons ie"éc paru, dans tout ceci, « qu'une hérésie invétérée, aê' Louis xr tombant tout-à-coup, des troupeaux égarés revenant eu foule , des faux pasteurs les abandonnant , tans même en attendre l'ordre; et, enfin, tout lui a paru calme dans un si grand mouvement2 . » Le froid La Bruyère loue Louis XIV « d'avoir banni du royaume un culte faux , suspect , et ennemi de la souveraineté 3. » Jean La Fontaine s'évertue , à son tour, et lui qui a su faire parler les bêtes avec tant d'esprit, il vient, dans son discours de réception à l'Académie française , féliciter le grand roi « d'avoir réduit l'hérésie aux derniers abois4. » Taisons ici,

1 Lettre du 21 décembre 1685.

* Oraison funèbre du chancelier Le Tellier , par Bossuet.

3 La Bruyère, Caractères , chap. 10 : Du Souverain ou de la Répàbtiquc.

4 La Fontaine, Discours de réception à l'Académie française, lui I6S4.

puisque personne ne les ignore , les vives louange^ prodiguées à ces rigueurs par le comte de Bussy- Rabutin , par madame de Scudéry , qui les célèbre comme une œuvre chrétienne et royale* 3 et, enfin, hélas! par madame de Sévigné, non point une fois, mais dans plusieurs lettres, dont une, pleine de souci pour son gendre Grignan , pour sa fatigue épouvantable dans les montagnes du Dauphiné , où il est allé exterminer les huguenots* ne décèle pas un petit mouvement de pitié pour ces misérables qu'on traque et qu on tue comme des hyènes *. Plaignons enfin Massillon de trouver encore des louanges pour ces cruautés , jusque devant le cercueil de l'abusé monarque qui les avait ordonnées3. :ombicn l'esprit Indigné , pour moi, de ces horreurs, et au milieu htéuennèg,était c'e ces étonnantes apologies prodiguées par le grand contraire à ces siècle à des actes qu'il eût dû flétrir , à la vérité éter-

vexations et ±

ces violences, nelle je demande ce qu'on en doit croire; et je l'entends, pour toute réponse, me dépeindre le fils de Dieu ( au nom de qui on fut alors si tracassier, si implacable et si méchant ) , je l'entends me répondre, en m annonçant Jésus-Christ, le fils de Dieu : « Je répandrai mon esprit sur lui; il annon-

■ Voir leurs lettres, parmi celles de madame de Sévigné , édition de M. Mon mer que, 1818, in-8° , t. VU, p. 353 , et passlni.

3 Lettres du ?8 octobre 1G85, 16 mars 1689, et autres.

J Massillon, Oraison funèbre de Louis XIV ', V partie.

cera ma loi aux nations , il ne parlera point avec hauteur* il n'élèvera point la voix avec emportement 3 Une brisera point le roseau cassé , il n'éteindra pas la mèche qui fume encore l . » Puis, quand il est veau , ce fils annoncé , et que, des peuples le voulant éconduire, ses disciples indignés parlent de faire tomber sur ces opiniâtres le feu du ciel , je l'entends qui reproche vivement à ces hommes emportés leur esprit vindicatif et leur zèle amer2. À l'aspect d'un champ où, avec le froment, croît, confondue , l'ivraie qu'une main méchante y a jetée la nuit, au serviteur qui la voudrait arracher, il ordonne de la laisser croître jusqu'à la moisson , parce qu'il sera temps , alors , de brûler les herbes mauvaises , et de mettre le froment en réserve 3.

Sur toutes ces violences , donc , ne demandons Le* religion plus ce qu'on doit croire. Mais le catholicisme, "^^^îî qu'on l'entende, n'eut point le privilège de Tinto- <•«*»» le» tem

et dans les Im

lérance et des rigueurs ; il faudrait n'avoir point lu où îisa'éuie

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