RÈGNE
( 8UITE. )
ences ion
JIl n'avait pas tenu au Parlement de Normandie Consëqn que l'on ne continuât toujours de brûleries sorciers. dc ,a rëvocat
* * de l'édit
Une foi mal éclairée lui avait suggéré, en 1670, de Nantes, pour
. , . n .. . la Normandie.
cette ridicule résistance au Conseil , qui , à toute force , ne voulait plus désormais entendre parler de magie. Et , maintenant , cette foi , toujours mal éclairée , plus mal inspirée que jamais , se va faire l'auxiliaire zélé d'un gouvernement intolérant, acharné à haïr , à persécuter , à ruiner la réforme vaincue , paisible et soumise , fidèle même et dé-
Vf.
vouée. 11 va , en un root , venir en aide à la révocation de Tédit de Nantes , à cette mesure désastreuse que ses tracasseries ont devancée , suggérée ,. que son concours actif et âpre rendra plus cruelle encore, et dont, plus tard , ses acerbes arrôts viendront aggraver et perpétuer les terribles effets, situation de» re- L'édit de Nantes , accordé en 1599, aux reli-
ligionnaires , en „ . lir . A
France, depuis gionnaires , par Henri IV vainqueur et maître,
Tédit de Nantes. i 1 •■. •*• • C 'i '*. *. j 1
semblait avoirajamaishxeleur état dansle royaume. La faculté de demeurer partout en France , d'y faire profession de leur religion, sans être recherchés , sans être contraints à rien que réprouvât leur conscience, de faire partout exercice de leur religion, en particulier, dans leurs demeures, et même publiquement en certains lieux désignés ; de disposer librement de l'éducation de leurs enfants; de pouvoir être admis aux charges et emplois ; de faire juger, en dernier ressort, leurs différends, dans les chambres de VÊdit ; telle , en somme , était la situation que leur avait faite , en France , cet édit perpétuel, irrévocable 3 loi fondamentale dans l'esprit du sage prince qui lavait signée1. Leurs remuements, au milieu du règne qui suivit, ne les en avaient point fait déchoir. En juillet 1629 , après
1 Requête, ou Cahier général , présenté au roi en 1658, par les rcligioDnaircs de France. { Histoire de l'Édit de Nantes, t. III , 23e pièce justificative, page 52 des dites Pièces.)
la rédaction d'Àlais, de Privas, de la Rochelle, Edit de ifm Louis XIII , vainqueur, avait signé, à Nîmes, ce celui de Nan fameux édit, perpétuel et irrévocable aussi, par le- (,ul,,el I62t quel il déclarait vouloir que « ses sujets de la R. P. R. jouissent entièrement de Vèdit de Nantes, et autres édits, articles et déclarations, registres en ses Parlements, et eussent, en conséquence , l'exercice libre de la religion, en tous les lieux où il avoit été concédé par iceux. » A la vérité , il avait paru donner à regret cet édit de grâce , comme il le qualifiait lui-même. 11 exhortait tous ses sujets de la R. P. R. « à se dépouiller de toute passion , pour être plus capables de recevoir les lumières du ciel , et revenir au giron de l'église , désirant leur conversion , pour laquelle il offroit continuellement ses prières à Dieu. » Mais roi, en même temps que catholique* et o désirant, sur toutes choses , voir, à l'avenir , une perpétuelle union entre ses sujets », il avait déclaré « vouloir maintenir en l'exercice libre, tranquille, de la fi. P. fi. , sans aucun trouble 9 ceux qui faisoient profession de cette religion* . »
Paisibles et soumis pendant tout le reste du a ravéneme règne, les religionnaires n'allaient pas perdre , à f^™™t l'avènement de Louis XIV , mineur , en bas âge , les rédit de Nan1
u # et les antres é<
avantages que Louis XIII, vainqueur, leur avait favorables ai laissés ; et au Parlement de Rouen fut enregistrée , (sjmiict 104;
' Histoire de VÊdit de Nantes , t. II , Pièce* , p. 92 et suhr.
. ^ .,. <u *4* awuelle ledit de Nantes ... , .i>..tf Aj^iîicJlKHi étaient confirmes* i^ .-s * -+."u. e< 4«i assurait aux religion- ^:*.v.x « x^cas ilucet entier de laR. P. R. .,« sans w . u*- 1- •'* MtUMnt être troubles ni inquiétés , • #*.*.</m«. ^'»« tt manière que ce fut; * môme, ne vcs4 a>u***< point i» eette simple confirmation, qui M'iUÎLMiil de stricte justice , le gouvernement leur ptvuiclUil « îles témoignages de sa bonté ; de les traiter autant favorablement qu'il lui seroit possible « à mesure qu'ils s'en rendraient dignes par la continuation de leur fidélité et obéissance. . . . Kux se comportant en bons et loyaux sujets, nous jHHtmms (faisait-on dire au roi) leur faire ressentir * en notre conduite , les effets de notre affection envers nia?, et les contenir dans un ferme et assuré repos ' . » Ledit de Nantes parut donc devenu un pacte éternel. Mazarin lui-même ( si toutefois on peut tenir compte de ce que disait ce cardinal ), Mazarin l'avait semblé reconnaître; et, à Saumur, comme, devisant avec le ministre Âmyrault , il se faisait cette question : *Si Henri IV avoit été dans l'obligation de donner cet édit » ; Âmyrault , soutenant vivement l'affirmative , ajouta que, « quand même çauroit été une grâce au commencement* l'observation , aujourd'hui , en étoit devenue une chose né-
1 Déclaration royale, du 8 juillet 1643.
ccssaire. » — « Vous avez raison » ( avait dit Mazarin ) ; et le cardinal allégua même celte maxime du droit, qui veut que « des choses libres au commencement deviennent des nécessités avec le temps1. » Pourquoi, d'ailleurs, aurait-il inquiété des gens soumis, désormais paisibles, et dont lui-même était contraint de dire : m Je n 'ai point à me plaindre du petit troupeau; s* il broute de mauvaises lierbes, du moins Une s'écarte pas2. »
Lorsqu'ensui te, éclatant les troubles de la Fronde, Fidélité, dév< il sembla aux religionnaires qu'en de telles con- reiigionnaii jonctures , la soumission et la fidélité n'étaient plus a^atant assez ; lorsque* venant en aide au roi mineur, que lémoi«n*ge8!
' * 7 ^ ^ * des troubles
les catholiques, que les siens insultaient , on les la Ligue. -Pc vit défendre avec vigueur l'autorité royale attaquée, pelait, alors, soutenir , sur la tête d un monarque en bas âge , J
la couronne de France , qui paraissait chanceler et menacer de choir, il semble qu'on eût dû ne se plus tant soucier de quelques différences dans la manière de prier Dieu , et que c'était le cas, pour l'autorité royale , de se résoudre à laisser à jamais en repos des gens qui , en deux rencontres si importantes, l'avaient si bien su défendre. Car, com-
1 Bayle, Dictionnaire historique et critique , article ÀMIRAULT { Moïse. )
2 De Rulhîcrcs, Éclaircissements historiques sur les causes de ta rc\'ocation de l'Édit de Nantes , rhap. 2.
ment, aussi, pouvoir oublier leur fidélité au temps de la Ligue? Fidélité si notoire , qui , môme, leur avait valu 9 alors, cette énergique et honorable qualification de Tant s'en fault ? Car , fidèles aux rois, en ces temps difficiles, où la plupart des autres Français branlaient au manche , et regardaient toujours de quel côlé le vent viendrait, on les avait appelés « des Tant s'en fault y comme fort éloignés et hors de tout soupçon de la Ligue , ny conjuration contre l'État. » Et ainsi les désignait-on à bon droit, puisqu'au cri: Qui vive? au lieu de répondre : vive Guise ! ou vive la Ligue ! comme oh les y aurait voulu contraindre , ils répondaient : « Tant s* en fault ; vive le roi ! » En sorte qu'à cette question d'un ligueur à un autre ligueur , en lui montrant un huguenot : *Celui-cy est-il des nôtres ?» — « Tant s'en fault ( répondait l'interrogé ) ; c'est un homme de la nouvelle reli- Pendaot les gion* . » Au temps de la Fronde , les religionnaires ronde, les reii- de France se montrant fidèles et dévoués comme endraunroide *eurs pères avaient fait naguère , au temps de la ignaiés et écia- Lieue, de nouveau la qualification de Tant s'en
lants services.
Is refusent leur
concours A [jondé rebelle; d'où il résulte ' La Conférence des édits de Pacification des troubles émus an
ue Cromwel ne royaume de France , pour le fait de la religion ; et Traitiez ou Ré'
fait rien pour Kitments faits par les rois Charles IX et Henri III, et de la déclaee prince. ° J r
ration d'iceiuc du roi Henri IV de France et de Navarre, par Belloi ,
avocat général au Parlement de Toulouse , 1600, p. 112; et 1059,
fault fut donnée à gens qui la méritaient si bien par leur horreur pour les suggestions de l'intrigue , par leur énergique intrépidité à combattre les rebelles ' . Condé , mécontent , les avait en vain voulu séduire ; et à tort s'était-il prévalu de leur concours auprès de Cromwel , qu'il espérait abuser par-là, pour l'engager dans ses desseins.. L'anglais Stouppe , après une exacte tournée en France, où , partout, il avait trouvé les religionnaires contents, fidèles , opposés à toute idée de rébellion , put , à son retour à Londres , compléter les renseignements du Protecteur 9 qui , aussi , refusa tout secours à Condé 2. C'était un premier service rendu à la France par les religionnaires , qui lui en allaient bientôt rendre de plus signalés encore. Ce n'est Lesreiigionpas ici le lieu de redire longuement tout ce que "»i'w«««|fenl
1 0 x an roi plusieurs
firent alors , pour la couronne, plusieurs villes où viiiesimpordominait la réforme ; La Rochelle , par exemple , qui chassa son gouverneur ( favorable au prince ) ; Saint-Jean-d'Angély, que non-seulement ils surent défendre contre les rebelles , mais d'où partirent, pour l'armée royale , des renforts d'officiers et de
tantes du Midi.
1 Histoire de l'Édit de Nantes , par Élie Benoît, ministre réformé, 5 vol. in-4°, t. 111, p. 284.
* Mémoires pour sen'ir à l'histoire de la Grande-Bretagne , sous 1rs règnes de Charles 11 et de Jacques II; Introduction, tom. I , ï> |'i3, édit. de 1725.
soldats servant le roi à leurs dépens ; la ville de Montauban , qui fit que Toulouse se déclara pour le roi , et que Moissac se rendit ; qui , elle-m£me , se fit inexpugnable , élevant des forts auxquels on vit les proposants ' travailler en personne , et envoyant des troupes auxiliaires à l'armée campée devant Bordeaux, qu'à ce moyen elleput aisément réduire. Sept ou huit villes fortes , grandes , peuplées , fixées ainsi dans le devoir par la réforme, avaient assuré au roi la Saintonge , le Languedoc et la Guyenne , réduit à peu l'effort de Condé, et rendu enfin de grands Onreconnaissait, services , qu'alors il fallait bien reconnaître. « La
hautement, en
cour, les couronne chancetoU sur la tête du roi * mais vous
^enalentde l' avez affermie > * disait le comte d'Harcourt aux
rendre iw ministres de Montauban. Le roi lui-même, la ré-
religionnalres.
gente , toute la cour , les remerciaient , les fêtaient,
les comblaient à lenvi. Mazarin , parlant de ceux
de Montauban , ne les appelait plus que ses bons
Les signalés amis 2. Les lettres closes de la régente et du roi
îî^lonMireTsrnt confirmaient les paroles amicales et l'affectueux
solennellement accueil du ministre; et alors, enfin, fut signée cette
reconnus par °
une déclaration fameuse déclaration de mai 1652, où, après avoir i663),pieinement reconnu hautement les services desreligionnaires,
confirmative de... i*.i*./ -at
redît de Nantes, Ie ro1 leur en accordait la juste recompense. « J\os
et destructive
des limitations
et restrictions
quelestribn- , Proposants suppléants des ministres. ( Voir Histoire deVÊdit
nanx y avaient r rr v
apportées. de tfont" , t. I V , p. 537 , 538. )
2 Histoire de t'Éditde Nantes, t. III, p. tôt , 152 et suiv.
sujets de la R. P. R. (disait Louis XIV) nous ont donné des preuves certaines de leur affection et fidélité ( notamment dans les occasions présentes) , dont nous demeurons très satisfaits. Nous voulons donc qu'ils soient maintenus et gardés en la pleine et entière jouissance de Vèdit de Nantes* édits , déclarations , arrêts , règlements , articles et brevets expédiés en leur faveur, registres es Parlements, notamment en l'exercice public de ladite religion, en tous les lieux où il a été accordé par iceux; nonobstant y ( qu'on remarque ces paroles ! ) nonobstant toutes lettres et arrêts , tant de notre Conseil que des cours souveraines, et autres jugements au contraire ; voulant que les contrevenants à nos édits soient punis et châtiés , comme perturbateurs du repos public.» Déclaration notable, où, non content (on le voit) de raviver, d'immortaliser, pour ainsi dire, l'édit de Nantes , le gouvernement ruinait, en même temps, tout ce que, depuis 1599, les Parlements et le Conseil avaient pu faire , sous prétexte d'interprétation , pour modifier , altérer , amoindrir et anéantir, à la fin , cet édit qui leur déplaisait si fort. En sorte que , de long-temps, les réformés n'avaient obtenu une déclaration si favorable, mais qui, aussi, eût excité, parmi les catholiques ardents, plus de réclamations et de rumeur. Les protestants , en un mot, ( que ne le put-on voir alors ? ) ne formaient plus , en France , une faction
Clause notable
de cette
déclaration.
dans l'État , mais seulement une secte dans la religion, secte paisible dans son culte, et ayant tous les droits imaginables à la tolérance et aux égards f . Us religion. La Normandie comptait bien 200,000 religionnai-
iandie, vivaient res , qui ne donnaient point de sujets de plainte. » bonne intei- Les vU|es de Rouen * et de Caen en renfermaient ,
gence avec les 7
catholiques, eues seules , chacune environ 4,000 3 , qui , sous
t étaient protégés par les de sages et doctes ministres , se contenaient paisi-
eg^aVproWnce. blement , tout entiers à leurs pieux exercices, à de
vastes opérations commerciales , à des industries qui faisaient vivre au loin le peuple , et prospérer le pays. Entre eux et les catholiques éclairés, qui ne s'étaient point cru obligés par état de les haïr , existait, maintenant, Punion, et l'amitié quelquefois. « A Caen ( Segrais nous l'atteste ) , il y avoit long-temps, avant larévocation de ledit de Nantes , que les catholiques et les huguenots vivoient dans une si grande intelligence , qu'ils mangeoient , buvoient , jouoient , se divertissoient ensemble , et se quittoient librement , les uns pour aller à la
1 Mémoire du baron de Breteuil , sur l'état des protestons en France, présenté à Louis XVI, en 1786.
3 Abraham Golnitzi , Ulysses Belgico-Gallicus. Lugdun. Batav. , 1631 , p. 212. — Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen. Rotterdam, 1704 , in-12, p. 5 et 6.
3 Lettres de Pierre Du Bosc , ministre de Caen , à la suite de &i Vie, par Le Gendre, p. 364.
messe , et les autres pour aller au prêche , sans aucun scandale , ni d'une part, ni de l'autre \ »
De cette sympathie, existant partout, presque, entre des hommes de cœur, d'intelligence et de goût , étaient nées plusieurs sociétés savantes , formées par les lettrés des deux communions. De là l'Académie française , les Académies de Caen et de Nîmes2. ABayeux, catholiques, réformés, d'accord , bien unis , faisaient l'aumône, à l'envi , sans distinction de culte. A l'entrée solennelle de l'un des évêques , avaient figuré pêle-mêle les gentilshommes religionnaires et les gentilshommes- catholiques; et le ministre calviniste avait harangué l'évêque romain avec une éloquence admirée de tous3. Les gouverneurs de Normandie et les lieutenants généraux au gouvernement , voyant les religionnaires si paisibles, et si utiles en même temps, les traitaient bien , et leur rendaient, en toute rencontre , témoignage. « Le duc de Longueville , qui nous connoissoit , nous faisoit l'honneur de nous aimer,* dirent-ils au duc de Montausier, lorsqu'il
1 Mémoires anecdotes de M. de Scgrais , dans ses Œuvres diverses, éàit. Amsterdam, 1723, 1. 1, p. 197.
- De Rulhières, Éclaircissements historiques sur les causes de la» rtsocation de V Éditât Nantes.
3 Essai historique sur la ville de /Joyeux, par Pluquct, in-8°, I8*>9. p. 3'jG.
fat nommé gouverneur après ce prince f ; mais , Montausier lui-même , religionnairc converti , et que, par cette raison , ils avaient pu craindre , leur devait être , au contraire , en toute occasion , favorable. Cent fois ils dirent publiquement combien ils avaient eu à se louer de lui3. Tel aussi, plus tard , s'était montré à Caen le duc de Roquelaure. « Le zèle ( disait-il ) et la passion que j'ai connues dans ceux de la religion, en Guyenne et en Normandie , pour le service de Sa Majesté * est si grand, que je croirois manquer à mon devoir en Guyenne , comme j'aurois fait en Normandie, si je n'étendois point aussi loin qu'Urne sera possible le pouvoir dont S. M. m'a Itonoréy pour les servir en tout ce qui dépendra de moi9. • Tels , enfin , se devaient montrer, et jusque dans les temps les plus durs , les Matignon , les Beuvron , qui , dévoués au roi , protégeaient publiquement des hommes si dévouésaussi , et en même temps si utiles au pays ; et, chrétiens,
1 Compliment de ceux de la religion à monseigneur le marquis de Montausier, gouverneur de Normandie, prononcé le d'août 1663. Ms. Bibliothèque de la ville de Rouen, vol. in-4°, numé-
* rie de Pierre' Du Rose, ministre du saint Évangile, 1710, p. 409 et suiv. — Histoire de l'Édit de Nantes , t. 1 V, p. 272 et suiv , 469 et suiv.
* Vie de Pierre Du liosc , ministre du saint Évangile, p. 420.
croyaient devoir empêcher qu'on ne méfît à des chrétiens1.
Mais qu'était-ce , tant que subsisterait l'impla- L'impardon-
« . . l'ii/ii • nable incarie du
cable mauvais vouloir du cierge , de Ja magistrature ci*rgé ( aux 15» , et du peuple, trop oublieux du véritable esprit de l™Jf£^ cette religion qu'ils voulaient faire prévaloir, trop beanjenàia
. i . . réforme, et en
peu intelligents des saints livres, et opiniâtres à ne avait favorisé les lire qu'exclusion, proscription, anathême , là où Ti^oîaritéi, en ils auraient dû lire : amour, patience et merci ! ?e3ni rega1rde
r la Normandie.
Hélas! cette réforme, tant haie d'eux, était, en un sens, leur ouvrage. À la fin du xvc siècle, au commencement du xvi% les cures avaient été à l'abandon , les troupeaux sans pasteurs, etles peuples sans catéchisme ! Curés de six ou sept paroisses tout ensemble , les chanoines , non seulement ne résidaient dans aucune, mais, en leurs cathédrales même, s en tenaient quittes pour paraître au chœur, à l'entrée de Matines , pour gagner les rétributions quotidiennes et le pain de chapitre , sortir alors, et ne rentrer plus qu'aux derniers versets du cantique Benedictus , à la (in des Laudes. Pendant quoi, dans les villages , les paysans écoutaient , bouche béante , tout ce que des novateurs leur voulaient bien dire; puis, tout près des églises romaines, sans prêtres et sans culte , s'élevèrent des prêches, où , vers un ministre assidu , accoururent des audi-
■ Histoire de VÉdit de Nantes , t. IV , p. 272.
teurs nombreux , dociles, avides de la parole. Parla, naguère, avait pris pied la réforme. Le défaut de prédication, d'instruction, lui avait préparé les voies. La prédication , donc , et l'instruction , pouvaient seules en triompher aujourd'hui ; et, d'abord, il eût fallu se résigner franchement à la résidence. Mais , même sous Louis XIV, qui le pourrait croire? les chanoines des cathédrales, non contents de leurs prébendes , y voulaient encore joindre plusieurs cures, où , non plus que leurs prédécesseurs, on ne les voyait point empressés de paraître. La réforme s'y maintenait donc, grâce à cet égoîsme cupide à la faveur duquel elle s'y était établie naguère. Ce ne sont point là de vains discours; de scandaleux procès, plaides publiquement dans Rouen , à la grand'chambre , entre le procureur général , qui ,* en vertu des édits et des conciles, sommait les curés de résider, et ceux-ci , qui n'avaient pas honte de s'en défendre , nous donnent, sur les facilités que la réforme avait trouvées anciennement en Normandie , sur celles qui l'y fortifiaient encore aujourd'hui , plus de lumières , hélas ! que nous n'en voudrions avoir *.
1 Plaidoyer de M. Le Gucrchois , avocat-général au Parlement de Normandie, prononcé à la grand'chambre, le 14 février 1646. 11 est à la fin du Recueil des édits , déclarations , lettres patentes , etc. Collection in-4°, imprimée à Rouen, chez Nicolas et Richard Lallemant, vol. de 1755, et y tient 51 pages in-4°, imprimées en caractères plus fins que le reste du volume.
En 1665, quoi qu'il en soit , « grand nombre des Arrêt du parie-
cures de Normandie étant possédées par des cha- enjoint à tonsics
noinesqui n'y allaient jamais que pour en percevoir ^^^\^s( '?r*
les fruits et revenus, au temps de la récolte, le «*e bénéfices
t , , r r I •* r •. incompatibles,
procureur gênerai Lourtm les avait fait sommer d'opteremreenx tous d'opter entre leurs canonicats et leurs cures , reT^pTtrw desedéfairederunoudelautrezetaucun. presque, de Roncn» <**-
r * 7 vrenx,deBayeax
n ayant obéi, un arrêt , à la fin , fut rendu , enjoi- etde s<Se* °*«>t gnant à tous curés de « résider en leurs bénéfices, tion a cet arrêt, dans le mois, à peine de saisie des fruits , et à tous ecclésiastiques pourvus de bénéfices incompatibles, d'opter, dans trois mois, entre l'un ou l'autre1. » Et , cependant , chose merveilleuse ! de sept chapitres épiscopaux que comptait la Normandie, il y en eut quatre assez osés pour former opposition à un arrêt si juste; pour demander « à être maintenus en la possession et jouissance de leurs exemptions de résider dans leurs cures, pouvant les posséder ( disaient-ils ) conjointement avec leurs canonicats* suivant les titres, bulles, privilèges, et usages par eux respectivement produits. » Les chanoines de Bayeux , d'Evreux , de Séez , et ceux de Rouen , à leur tête , avaient eu ce triste courage , fondés ( se prétendaient-ils ) sur je ne sais quelles bulles surprises , et quels statuts abusifs , donnés en des temps de désordre et de licence; cause de
1 Reg. 14 décembre IG4:>.
tous ces scandales dont nous venons de parler; ouverture, enfin, aux premières tentatives, aux rapides progrès de la réforme !
Les chapitres d'Àvranches , de Lisieux et de Cou-
tances , assez sages , eux, pour ne se point mettre
de la partie , avaient pressenti , sans doute , quelle
rude guerre le Parlement allait faire aux abus , et
Plaidoyer fort su prévoir quel en serait le succès. L'avocat gé-
enrieoz de Pavo- #its^ i • • n* •
«•at générai Le ne rai Le uuerchois prenait en main cette allai re ;
Cinerchois, dans c>est lo|U dire . Qn j.g eQ|eû(Ju sous Louis XIII,
cette aiiaire*
dans le procès des jésuites; on leva , maintenant, entendre dans celui de la résidence des curés. « C'est la cause de Dieu( s'était-il écrié tout d'abord), la cause la plus importante et la plus nécesm saire de tout le christianisme ; et nous , gens du roi y avons honte d'exhorter ceux qui nous devroient instruire par leurs exemples ! » Sans le suivre pas à pas dans cette forte, solide, savante, mais très longue discussion , où il montra l'obligation de la résidence, fondée sur le droit divin , sur les saints pères , sur la tradition de l'église , sur les ordonnances de nos rois, citons quelques passages de son plaidoyer , traits de mœurs, propres à faire bien connaître, à la (ois, le palais et l'église ! « Un chanoine n 'est pas curé ( disait-il ), qui se lève pour aller aux Matines, par feinte et par manière d* acquit * sortant incontinent après qu'on a chanté le pseaume : Venite , exultemus Domino , ou il a assisté pour ga-
LOUIS XiV. 17
gner sa distribution* et ne retourne en l'église le reste du jour 9 sfil n'est de semaine, se promène en habit court et les cheveux poudrez chante les dames , va en cour * aux comédies * aux bals et banquetz, se trouve aux assemblées du beau monde et aux rendez-vous * et prétend , par là , mériter exemption de résidence , fomentant et entretenant une infâme oisiveté dans son cœur* qui l'embarrasse dans un amour désordonné des créatures* passant son temps lâchement , et se divertissant par la vue de vains spectacles de nuditéz, si non en original , du moins peintures sales ,deshonnestes , lubriques , dissolues et lascives. Nous apprenons qu'il y a beaucoup de paroisses désertes 9 où Dieu est très mal et très indu gnement servi , le peuple mal édifié ; et la fonction du curé et du chanoine n'est faite ni dans l'une ni dans l'autre des églises; et, cependant, la récolte des fruits temporels des deux bénéfices est très exactement et soigneusement recueillie et perçue , parce que c'est la nourriture et l'entretien d'un chanoine, qui doit être richement vêtu et grassement nourry. ...;et le paroissien se trouve dénué de toute assistance spirituelle , et affamé de la parole de Dieu ! Toutefois , on ne demandera pas, au jour du jugement * à ce pasteur délicat, qui se sera dispensé de la loi delà résidence parla loi de son caprice et de son amour propre , s'il a été gentil et de bonne grâce, s'il a bien chanté, discouru et cajolé, s'il a fait de belles
lectures et de belles déclamations, et s'il a fait profession de curieuses doctrines ; mais on lui demandera s'il a bien fait, s'il a bien vécu, et s'il a bien résidé, avec esprit d'assiduité , de charité et d'humilité ?
« Lescurés et pasteurs sont les pierres les plus précieuses et les plus solides du sanctuaire , les pierres carrées qui soutiennent la base et les angles du tabernacle ; et elles veulent sortir et se séparer d'un lieu si saint, pour entrer dans le commerce des hommes! On les trouve dans les académies, dans les foires et dans les marchés ! Ce n'est leur emploi. De môme , l'on n'est pas évêque pour pompifier et fendre l'air de bénédictions, mais pour parler, agir et résider. — Nous sommes étonnez d'apprendre le grand nombre qu'il y a de curez en ceste province, qui ne résident point sur leurs cures; où les hommes vivent, en beaucoup d'endroits, comme des démons. Et dit-on qu'il y a telle cure qui n'a point vu son curé actuellement résider depuis plus d'un siècle ! La chanoinie est, de soi, suffisante pour la nourriture de celui qui la possède. Le moindre chanoine, faisant son devoir au chœur, jouit de près de 2,000 livres de rente , sans compter son gros, qui est, en quelquesuns , de 2,000 livres de rente , aux autres de 1,500 livres, aux autres de 700 livres, sans y comprendre les maisons canoniales, qui leur viennent en leur ordre et en leur tour.
c II n'y a pas long- temps que 1 evêque de Séei faisoit plainte de ce que les chanoines du chapitre de son église , qui sont presque tous curez* ne rendoient aucun devoir ni assistance de service aux bonnes fêtes ; en sorte qu'il étoit contraint de demeurer presque seul en l'office.
« La non résidence fait que beaucoup de chanoines se dispensent d'assister au chœur, aux fêtes communes et jours ouvrables , parce qu'ils se récompensent de la perte de leurs distributions sur le grand revenu qu'ils tirent de leurs cures , dont il y en a qui valent jusqu'à 4,000 livres de rente. ... Le rabbi des juifs réside sur sa synagogue; le ministre de la /?. P. R. réside sur le lieu ou sur les environs de son prêche ; et 3en ce point , l'on pourroit faire reproche que les enfants des ténèbres seroient plus sages que les enfants de lumière ! Un chanoine peut avoir une cure de 2 à 3,000 livres de rente , aux dépens de laquelle il nourrira des chevaux et des chiens , et fera des exercices de chasse, au lieu d'aller résider et faire l* office sur sa cure, ne se contentant pas de 1,500 et 2,000 livres de rente, qui lui viennent nettement de sa chanoinie et maison canoniale. • . L'on verra un autre chanoine , possédant un grand revenu de son patrimoine, avec celui de sa chanoinie et maison, et de sa cure, laquelle il ne visitera que de loin à loin, et très rarement, seulement par manière d'acquit, pour
dire qu'il y va ; et , quand il entrera dans i église , il n'y paraîtra pas avec la robe, le surplis et le bonnet ; car, il croiroit se faire un grand deslwnneur en cet équipage , qui toutefois doit être son habit de religion; mais il marchera botté et éperonné , et peutêtre Vêpèe au côté , comme un soldat et homme de guerre. Et s* informer si l'église est bien entretenue de linge* d'ornements, de luminaires et de couvertures , c'est de quoi ces Iwnnêtes gens ne se donneront pas beaucoup de peine; encore moins de s'informer de l'état de la vie ou de la mort de leurs pauvres paroissiens et paroissiennes ; s'ils sont bien conduits et instruits et assistés par leurs vicaires préposés en leurs nécessitez spirituelles et temporelles. 6Ypendant , ils entendent fort bien à se faire payer de leurs grosses , menues et vertes dixmes et dix mes domestiques; et les pauvres paysans sont contraints de fournir à lf appointement de personnes qui ne leur font aucun office ! Celan'estM pas pitoyable , de voir le revenu de l'église dissipé de la sorte, employé pour nourrir des chasseurs et veneurs , des chevaux et des chiens! MM. les chanoines , ne vous imaginez point que vous puissiez tenir une chanoinie et une cure ensemble; il n'y a qu'un des deux bénéfices qui vous peut appartenir; de sorte que vous estes obligés, en conscience, pour conserver l'un, de quitter l'autre. Sachez que la non-résidence est un des plus grands malheurs qui soit dans l'église; et, après l'hérésie,
on auroit peine à en trouver un plus grand et qui causât plus de trouble et de désordre dans la maison de Dieu. Cependant que vous êtes assis à vos aises en vos cathédrales * dans vos cérémonies et dans vos pompes , vous ne vous souvenez pas que vous êtes curés de paroisses* sur lesquelles vous devez faire pareille et encore plus nécessaire résidence , à cause que vous avez charge d'âmes de nombre de peuples , qui vous sont commis , qui meurent le plus souvent sans consolation , sans confession, sans sacrements ! • Si vous entendez des murmures et contradictions dans les esprits de vos paroissiens , si vous voyez des prêches dressés , bâtis et élevés aux frontispices de vos églises, pensez et dites que vos défauts de résidence en sont la seule cause. Et nous vous disons qu'un jour vous en répondrez devant Dieu , qui vous enjoint et recommande la résidence, et redemandera de vos mains, au jour du jugement , ces pauvres ouailles qui , par votre désertion et mauvaise garde , seront malheureusement péries. Et , pour lors, il ne sera plus question de parler de vos prétendues bulles et privilèges, de vos vieux parchemins, vieux concordats et vieilles possessions et jouissances d'usurpation et d'entreprise , qui ne sont que toutes vieilles ribendelles dont le démon se sert comme de voiles et de nuages, pour vous faire périr éternellement dans vos abus. — Nous demandons et requérons la résidence, pour Tin-
térôt de Dieu , pour l'intérêt du roi , pour l'intérêt du public. Nous vous prions de considérer que tous les abus qui sont survenus dans l'église , qui arrivent journellement, et qui arriveront ci-après, ne procèdent que de la non-résidence des curés ; et il seroit injuste que l'intérêt et l'avarice de quelques particuliers qui débattent ici cette cause prévalût contre le bien et l'avantage de l'universeL . . L'église auroit grand sujet de se plaindre, de se voir environnée de ministres et serviteurs inutiles, hommes grossiers , sensuels et charnels, qui nauroient autre Dieu que leur ventre pour boire et pour manger, et consommer les fruits et revenus, sans résider et sans lui rendre aucun office. Ce seroit une confusion et une honte. Les chapitres des cathédrales de Lisieux, d'Àvranches et de Coulances nevous donnent aucune adjonction en cette cause; ils se taisent; et, par leur silence , vous condamnent. »
Que pouvaient répondre à ces poignants et justes reproches, à ces invincibles raisons, les quatre Chapitres, confus sans doute d'avoir si imprudemment engagé un procès qui les couvrait de AiMe^ropUon honte ! L issue en tut telle qu il avait ete aise de la prévoir. L'arrêt du 14 octobre 1645 , auquel ils t'étaient, si mal à propos, opposés, maintenu par le dément , tout d'une voix , et exécutoire dans les six tout délai, fit une loi expresse à tous
De rechef, le Parlement prescrit anx ares la résteuce, et anx titulaires de
curés de résider désormais dans leurs paroisses, à peine de saisie de leurs fruits, et à tous ecclésiastiques pourvus de bénéfices incompatibles, d'opter, dans trois mois, entre l'un et l'autre1.
Après que le Parlement avait ainsi rappelé au Re,âchemem
1 x l L la dicipline d;
devoir le clergé séculier, il lui fallait s'occuper des les monastèr monastères. Car, « en diverses maisons religieuses Le Pariemeni de la province , le service divin étoit souvent aban- ^"ariéS! donné. La plus grande partie de leurs religieux étoient vagabonds , se retirant et demeurant dans les villes* sans congé ni obédience y sans tonsure et sans aucune marque de religion. En ces lieux , ils n avoient autre emploi que d'y hanter les cabarets et jeux publics2. » A la longue , le mal ayant fait des progrès rapides , le désordre en était venu au point que le Parlement dut recourir aux grands remèdes. Opposée naguère à la réformation des monastères , au point que, dans le Conseil du roi, on s'en scandalisait fort, et qu'en 1640, le pieux conseiller d'état Verlhamont n'avait pas hésité à regarder l'interdiction de ces magistrats comme un châtiment de Dieu , irrité de leur connivence aux désordres des monastères3, cette compagnie, maintenant, appe-
1 Beg. de Rapp. civils , 5 décembre 1C45.
a Beg. secr. et de Bapp. ciV., 27 août 1659.
'• Diaire , ou Journal du chancelier Scguicr, 18 janvier 1640, p. 193, et la note. Rouen, in -8°, 1842.
lait la ré format ion à grands cris , et promettait de la favoriser de tout son pouvoir*. 11 faut déplorer, en un mot , que le clergé , tant séculier que régulier , si hostile à la réforme , et prêt sans cesse à appeler sur elle les rigueurs , n'eût point songé que l'instruction du peuple et le bon exemple étaient les meilleures armes dont les disciples de J.-C. pussent user pour la combattre , et les seules avec imprudent lesquelles on pût espérer de la vaincre. Je serai «deHonflear sobre.de ces faits isolés, peu concluants, çt bous ligionnaires. seulement à montrer l'indiscrétion des enfants perdus des deux partis. Ainsi , sous prétexte de propos soi-disant tenus contre la religion catholique, le curé de Honfleur, lançant, pour cela, du haut de la chaire , des monitoires généraux > pour avoir révélation de tout ce qu'on pourrait savoir, sur ce sujet, contre les religionnaires , n'avait-il point paru , par là, livrer tous les réformés du pays à la passion de leurs ennemis, et ouvrir une large voie aux dénonciations calomnieuses 2 ! Les annales du clergé nous fourniraient plusieurs actions semblables, dont on ne saurait, à bon droit, accuser l'église. De son côté , la réforme avait encore des estourdis (comme, autrefois, les avait appelés De Bèze), dont les sottises ne sauraient, non
1 Beg. secr.t 7 juillet 1667, très notable à cet égard. » Histoire de l'Édit de Nantes , t. 111, p. 568.
plus, être équitablement reprochées à leur communion. Ainsi, en 1645, le dimanche des Ra- insolences de meaux, la procession de Bouquetot (en Caux ) q^0nna*re7!\ allant à ïvetot et à Àutretot, quelques protestants T|if!irdde?
* * * catholiques dans
avaient traversé, plusieurs fois, les rangs, « sans le pays de eaux.
respect quelconque , et avec des paroles de
mépris et de dérision contre 1 église catholique et
le jubilé. » Le jour de Pâques, on les avait vus ar- vn quidam est
*. iv* i .î i» i trouvé attaché,
reter par les chemins ceux des catholiques de ces par dérision, à la paroisses qui venaient de communier, leur adres- ^Jjj^ ^s^raT sant des injures et moqueries1. A Séqueville, près étendus, la tête
. . couronnée
Saint-Sylvin , on voulut imputer aux religionnaires d'épines. seulement une parade inhumaine et sacrilège , fort punissable, sans doute, mais à laquelle avaient pris part des catholiques. Au carrefour de ce village, un nommé François Seigneurie, ayant été trouvé, le matin, attaché à la croix, couronné d'épines, les coupables, tant huguenots que catholiques, furent condamnés à des amendes; et à la place de cette croix de bois, qu'ils avaient profanée, il leur en fallut faire dresser une autre , en pierre , du prix de 200 liv. ; avec défense de commettre jamais pareille insolence, sous peine de la vie 2.
A Rouen , un matin, nombre de pains, en forme Des pains , en
m / / i t i formes d'hostie ,
d hosties, ayant ete trouves attaches aux portes de sont trouvés
attachés aux
portes de
diverses églises ■ Reg de Tournelle, 4 mai 1645. et maisons
J Reg. de Toumelle , 28 juin 1644.
1 église collégiale de Saint-Georges, et de diverses maisons des rues voisines , quelques religionnaires de basse classe furent décrétés de prise de corps et sans doute bientôt, et à bon droit, punis*. Mous tairons mille faits semblables qui fourmillent aux registres, torts mutuels des gens mal élevés des deux églises. Car, de tout cela, que conclure, sinon contre les particuliers dont ces crimes , ou ces insolences étaient le fait isolé, et ne pouvaient être imputés au corps? En un mot, la masse des religionnaires se maintenant paisible, soumise, pleine de réserve et d'égards, peut-être le clergé eût-il dû les laisser jouir en paix du bénéfice des édits. Mais sa passion contre eux avait paru en un temps même où le gouvernement semblait encore leur Dès i64o, les vouloir être favorable. Dès Louis X1I1 , de petites les religion- écoles > que les réformés avaient dans Rouen , bles-
ae iai dans Rouen
.aires avaient sant jeg yeux ju c|erg£ ^ qUJ ^ toutefois , ne put
raient été fer- décider le Parlement à y loucher, à peine cette
nées, à la de- *
andeda clergé coureut-elle été, en 1640, interdite, comme on Ta
de la ville
vu, que le clergé, revenant, aussitôt, à la charge, demanda au chancelier Séguier ( alors à Rouen ) , ce que les magistrats exilés avaient, jusque là, dénié à ses instances. « Les catholiques même (disait le syndic du clergé, dans sa requête au chancelier), n'ayant pas la liberté de tenir écoles* sans la per-
1 Rcg. secr. et de Tournée le , sept. 1647 , 30 mars 1648 et passim.
mission de l'église métropolitaine* tes réformés n'en doivent pas tenir sans permission1 . * L'affaire ayant été portée au Conseil d'État ( alors séant à Rouen ) , qui goûta ces raisons, des arrêts y furent rendus, le 6 février, qui défendaient aux religionnaires d'avoir des écoles dans Rouen , ni dans les autres lieux où ils n'avaient point droit d'exercice2. C'était VcMtions ***•
* quelles sont en
le signal d'une guerre à mort aux écoles de la ré- boite, à Rouen, forme. Les instituteurs catholiques y avaient trop religionnaires d'intérêt pour demeurer inactifs. Ils dénonçaient **?**J ch^eHes' donc; le clergé sehâlait de poursuivre, les juges de- des enfant* de
° \ # religionnaires.
procéder, de condamner toujours; et une famille Ma* - Étranges
i • . . i • . ...... plaidoyers de
met qui , depuis quarante ans , recueillait les jeunes ravocat générai enfants des réformés de Rouen , se vit en butte à Le Gnerchoiades tracasseries auxquelles, à la fin, il fallut céder. Deux demoiselles âgées , derniers restes de cette maison , apprenant à lire et à écrire à de jeunes en* fants , avaient fait ombrage à quelques instituteurs ; le Parlement en prit connaissance, en la chambre de l'édit, où l'avocat-général Le Guerchois vint dire, en pleine audience, que « l'écriture, un art si noble, ne devoit point être enseignée par des femmes. » La religion, on le devine, était le vrai mot de l'affaire. 11 avait bien commencé , sur ce chapitre, disant « qu'on prend plus de mouches avec une
1 Histoire de VÊdit de Nantes, t. Il , p. J89.
3 Dutirr , ou Journal du chancelier Se*guier , 6 février 1640,
cueillerèe de miel qu'avec un baril de vinaigre. » Mais quand, après cela , il alla ajouter * qu'il cloit juste* raisonnable et équitable que la religion catho-
tique ABAISSAT ET HUMILIAT, TANT Qu'lLÉTOlT POSSIBLE,
LA religion réformée » ; quand il cita l'exemple « <V Abraham* mettant hors de sa maison sa servante Agar et son fils » , sa conclusion « qu'il falloit défendre à ces filles huguenotes de tenir écoles» , ne put plus étonner personne ; et l'arrêt, de tous points , conforme à ses désirs, étonna moins encore. Mais, un • second arrêt, rendu à dix mois de là, consommant la ruine de ces malheureuses, vint leur défendre d'enseigner quoi que ce pût ôtre à huit jeunes enfants en bas âge, que des parents huguenots avaient mis chez elles, à demeure '.
a nnstigaiion Quevilly, donc , étant le lieu d'exercice des reutsdeNorman- ligionnaires de Rouen, à eux assuré, après ledit diedemandent je ^Jantes, par les commissaires de Henri IV, en
la suppression L 7
d'un collège exécution de cet édit 2, ils y avaient établi , avec le
onr les enfants
reiigionnaîres, temps, une sorte de collège , où leurs enfants lez Rouen Hi'o/ Pussenl recevoir l'instruction qui leur était si dures du prêche. renient déniée dans la ville. Mais le mécontente-
1 Arrêts de la chambre de l'édit de Rouen , 23 janvier et 26 juin
2 Henri IV, qui, par un brevet du 27 août 1599, avait indiqua Dieppcdallc pour 1 établissement du prêche , revint sur cette dérision , et , par un brevet du 2 novembre suivant , désigna Quevilly. Histoire de la Persécution faite à l'égiise de Rouen , sur la fin du dernier siècle , p. 1 .
ment du clergé de Rouen s'exhala bientôt eo une clause , que son syndic était parvenu à faire insérer, en 4655, dans un supplément aux cahiers des États de la province, t Encore ( disaient-ils) que, par les èdictz de pacification, les gens de la R. P. R. ne puissent tenir que des petites écoles sur les lieux où l'exercice de la dite religion leur est permis, ils ont, depuis quelque temps, entrepris de tenir un collège à diverses classes, ou plus tost un séminaire, où ils reçoivent pensionnaires de tous âges, qu'ils instruisent en toutes sortes de sciences , dans leur créance, et ce à Quevilfy, à la veue de la capitale de votre province de Normandie , par émulation N du collège archiépiscopal de votre ville de Rouen, au scandale de toute l'églize et mépris des édits, lesquels ne leur accordant que la faculté d'instruire à lire et à écrire en maisons privées , sur les lieux de leurs prêches, l'église attend de la piété de V. M. qu'elle condamne cette entreprise, et défende cette académie, sous peine de perturbation durepos public : Sire, défendez l'exercice du collège de Çuevilfy ' . » Le roi, attendant, pour statuer sur cette plainte, les renseignements du commissaire départi Morant du Mesnil-Garnier, avait dû, tout bien considéré, laisser en repos Quevilly et son modeste collège ;
1 Articles des Remontrances faites en la convention des trois Estats de Normandie , tenus à Rouen le 12 février 1655.
puisqu'à seize ans de là encore , le chapitre de la métropole se plaignait au Parlement • des entreprises que faisoient les héréticques en tenant des escholes publiques, pour l'instruction à la langue latine et autres sciences, mesmede ce qu'Uz chantoienl avec cérémonie , en allant à Queyilly, et en en revenant , dans des bateaux, sur la rivière \ » An temps de la Lors fies troubles de la Fronde, l'armée du
Fronde, Tannée *
dn comte d'Har- comte d'Harcourt rôdant sans cesse autour de
dégât an loin au- Rouen , pillant tous les villages de la banlieue, et
^précke^Tï* Qaev*"y 9 enfin, lieu d'exercice , étant en proie aux
demande des soldais Mazarins, c'était le cas (prévu par le 6*
religionnaires, N4 *
est, provisoire- fies articles particuliers de Nantes2) de subvenir
ment, transféré
deQueriiiyau au culte reforme , empêche par force majeure ; et Sew^haM^ Rouen, seul, étant sûr en un pareil péril, les redes Emmurées}, ligjonnaires demandaient à célébrer leurs cérémo-
raalgré la résis- °
tance du clergé, nies dans le. s faubourgs. Le chapitre , cependant ,
s'était assemblé au premier bruit d'une si juste demande. *Ilyva( disait le grand chantre ) , il y va de l'honneur de l'église et du chapitre* comme estant le premier corps de l'église de toute la province* de s'opposer à cette prétention des religionnaires prétendus réformez. Toute l'église se doibt opposer à
1 Beg. capit. Eccles. rothom., 21 augusL 1671.
"■ Articles particuliers, additionnels à l'édit , accordés par le roi , â Nantes, le 2 mai 1598 (article 6). L'édit était d'avril. Henri IV avait ordonné « qu'ils seraient entièrement accomplis et observés , tout ainsi que le contenu de l'édit. »
tels desseins j pour la conservation de la liberté de C église '. » Six chanoines, députés en hâte, étaient donc allés pousser les hauts cris chez le duc de Longueville, qui, toutefois, en tintpeu de compte. Une maison sise au faubourg Saint-Sever, sur la chaussée des Emmurées, et fort isolée, fut mise, par les soins du prince , à la disposition des religionnaires, «pour le temps, seulement, que dureroient les troubles. » Là, six mois durant, se tint le prêche , et eurent lieu les assemblées des religionnaires, qui, du reste, « s'y comportèrent de telle sorte que le peuple ne s'en esmut point 2. »
Cette modération des gouverneurs , peu agréable an clergé, ne Tétait pas davantage aux Parlements, qu'on voit, pendant tout le règne, rivaliser de rigueur, j'aurais pu dire de passion., contre ceux de la religion réformée. Rulhières a dit, et n'a que trop pu dire que • les Parlements, àcette époque, entroient dans les sentiments de l'esprit populaire, toujours haineux pour le protestantisme. » Il leur reproche justement « leur pieuse animosité » , et a raison de dire que , « dès qu'on pouvoit , dans quelque cas particulier, enfreindre l'édit de Nantes, abattre un temple , restreindre un exer-
Disposition
fâcheuses d
Parlement:
à Tégard tl<
religionnaîn
1 Beg. capit. Eccles. Rothom., 13 lévrier 1649.
1 Reg. secr.y févr., mars 1649. — Journal de ce qui s'est passé au Parlement de Rouen , en 1649. Ms. Bibliot. royale, n° 355.
Diverses rconstancesoù Parlement de >rmandie sévit h bon droit, uitredes reli- )nnaires,dont s écrits on les ictions méritaient d'être pnnis avec
rigueur.
cice, ôter un emploi à un protestant, on croyoit remporter une victoire sur l'hérésie1. »
La conduite du Parlement de Normandie ne justifia que trop ces reproches, si même elle n'en mérite point de plus vifs encore. Sans doute, il devait résister aux entreprises de la réforme , et ne laisser point la religion de l'État en butte aux attaques des enfants perdus de la religion tolérée. Ainsi, les réformés publiant, de temps à autre, tant à Quevilly qu'ailleurs, des livres où le catholicisme n'était point assez épargné, et d'autres même où il était attaqué sans mesure , le Parlement condamnait, faisait supprimer ces ouvrages, en ajournait les auteurs à sa barre ; et qui pourrait y trouver à redire? Le grand Jubilé évangéliquc apportant indulgence plénière à tous péchés; la Messe trouvée dans l'escripittre, l'Évèque de cour , le Traité de l'invocation des saints et du culte des images , etc ent autres semblables ouvrages, furent ainsi en butte , tour à tour , à des rigueurs dont ne pourra s'étonner personne2. Les outrages publics à nos saints mystères étaient et devaient être punis plus rigoureusement encore. Ainsi, les ré-
1 De Rulhièrcs , Éclaircissements historiques sur la ré\*ocation de l'Édit de Nantes , chap. 3.
9 Reg. Tournelle, 24 mars 1653, 29 juin 1047 , 14 et 19 mars 1676, 29 janvier 1657 ( ou 1658 ). — Mémoires historiques sur Alençon et ses seigneurs , par Odolant Des Nos, t. II , p. 376.
formés Néel elBoète, amenés à la grand chambre, et là , à genoux , en chemise , faisant amende honorable, la corde au cou , la torche au poing, avaient mérité cette peine, • veu les impie téz et irrévérences par eux commises à la feste Dieu , en dérision et mespris de la cérémonie du sainct Sacrement, au bourg de Darnestal lez Rouen f. »
De même, un gentilhomme de la Cerlangue, Viger de la Blondelière, proférant publiquement de sales et exécrables blasphèmes contre l'honneur, la pureté et la virginité de la sainte Vierge > avait mérité d'être puni; et tout au plus pourrait-on trouver le châtiment trop sévère : 100 livres d'amende, une somme de 500 livres à mettre en rente, pour être employée à la fondation ( en l'église de la Cerlangue ) d'une messe à perpétuité , en l'honneur de la sainte Vierge ; 20 livres de dommages intérêts , les frais du procès , n'ayant point paru une peine assez rigoureuse, il lui avait, de plus, fallu faire amende honorable à genoux , devant l'église de Montivilliers, portant au front un écrit eau où l'on pouvait lire : « blasphémateur contre l 'honneur de Dieu , pureté et virginité de la sainte Vierge. » L'arrêt, en outre , lui défendait de récidiver, sous peine de la vie2. Punition rigoureuse, si l'on veut,
1 Reg. secr.j 15 novembre 1667.
* Reg. de Tourne lie , 23 juin 1665.
vu 3
d'une action que , toutefois, un siècle plus tôt , il eût infailliblement payée de sa tête! Et enfin, un sectaire toléré pouvait-il impunément insulter la religion du royaume , et en faire , à la face des catholiques , l'objet de ses invectives et de ses outrages ?
avais vouloir Taisons ici cent autres arrêts ainsi rendus, seu-
îarqné, du
arUwntde lement pour venger la religion catholique insultée,
rmandie pour . » • 1 j • • 1 « . ir •
?« religion- et Polir tenir les dissidents en respect. Mais comres.sesarreu j^en jj s'en rendait aussi sous l'influence d'un
:ontreenx,
ses, quelque- esprit de tracasserie et de chicane, pour défendre,
i, au Conseil. i \ i . 1 i*n •
par exemple , à des pasteurs de se qualifier mt~ nistres du saint Evangile1 ; aux ministres et consistoires « d'user des termes d'église recueillie ou réformée* et les contraindre de se qualifier prétendus réformez2, » accusant ainsi eux-mêmes, arguant de mensonge , et condamnant leur propre église ! Combien de prêches fermés , d'écoles closes , de ministres interdits , sans aucune apparence3, en un temps où le gouvernement, incertain , inclinait déjà peut-être aux rigueurs, mais sans s'ouvrir encore ; au point que plus d'une fois l'injustice de ces décisions étant manifeste, on les annulait au
» Beg secr. et Tournclle, 29 janvier 1657 (ou 1658 ).
» Beg. Bapp. civ.t 7Q juillet 1645.
3 Môme registre, même date, et beaucoup d'autres registres, passlm.
Conseil du roi, peu enclin, toutefois, à favoriser les huguenots !
Le gouvernement , au contraire, trop vite ou- Une déclaration blieux des services rendus parles réformés, au juillet isse, temps de la Fronde, en était à regretter d'avoir ^,7" accordée donné cette favorable déclaration de mai 1652, aux reiigion-
7 naires, en 1662,
que les assemblées du clergé lui reprochaient sans en rémunération
■ a i i r» i/»f^» r i if / de leurs signalés
relâche . lin looo, sous prétexte de I interpréter, services. Elle parut une déclaration nouvelle , qui la ruinait de ^nltethuï*" fond en comble, et frappait de nullité tout ce qui mercl ^iuges* s'en était pu suivre. Toutes ces modifications , ces restrictions , apportées par le Parlement et le Conseil à l'édit de Nantes, pendant un demi-siècle, et que la déclaration de mai 1652 avaient expressément annulées , allaient désormais revivre ; et le gouvernement annulait , au contraire , et cassait tout ce qui avait été fait depuis quatre ans, au préjudice de ces déclarations , de ces arrêts et règlements limitatifs, qui , jugés injustes en 1652, redevenaient équitables aujourd'hui ! Tout cela était déclaré n'avoir eu lieu que par une fausse interprétation de la déclaration de mai 1652 , par laquelle le roi n'a voit entendu rien innover , assurait-il. Les huguenots , rebroussant vers ces temps éloignés où avaient remué leurs pères , rentraient sous le régime de Yédit de grâce ( de 1629 ), sous celui des
' Histoire de VÉdit de Nantes, t. III , p. 202 et suivantes.
arrêts, des règlements , de l'arbitraire, en un mot; et deux commissaires (ainsi l'avait prescrit la déclaration nouvelle), deux commissaires, l'un catholique, l'autre religionnaire, devaient aller dans les provinces , « y établir les choses dans le bon ordre qu'elles dévoient estre , conformément aux édits, déclarations, arrêts, règlements »; et il faudrait que toutes leurs décisions fussent exécutées immé- Anx diatement et sans appel \ Quelle portée avait cet
des religion- édit , donné sous couleur d'en interpréter un autre, oettedéciâra^ ^'^ annu'a*t> en effet, les religion naires l'avaient on, on répond, bien su voir. La réforme, quand il parut, avait
en cour , par l l
des mots. poussé le cri d'alarme. Mais toutes les représentations que ses députés s'étaient hâtés d'aller faire en cour furent à peine écoutées. DeLangle, ministre de l'église de Rouen , La Forêt, gentilhomme normand, admis à l'audience du roi, demandant grâce pour la réforme , qu'on voulait perdre, remportèrent, pour tout fruit de leurs efforts, de mielleuses et vaines paroles du cardinal Mazarin, qui leur parla de sa calotte rouge* de son caractère * se rendit garant de la bonne volonté du roi à leur égard, de sa résolution de leur rendre justice, ajoutant « qu'il leur par bit du bon du cœur. 3 » En preuve de ces bonnes dispositions , dont , pour
1 Déclaration royale du 18 juillet 1656. — Reg.secr., 25 juin 1657. » Histoire de rÉdit de Nantes , t. III , p. 265, 267.
l'heure, on les voulait bien leurrer encore, com- Diverses mencèrent à pleuvoir sur eux les rigueurs dont gouvernement , ledit recelait le eerme fécond. D'abord, on les utiles pour les
° religionn aires.
avait privés de leurs synodes nationaux* tenus, jusque-là , tous les trois ans*. Après cela, parut l'ordonnance des relaps ( 1663), bannissant, à perpétuité, du royaume, tout Français qui, ayant fait une fois abjuration de la religion réformée, pour embrasser la religion catholique, voudrait ensuite retourner à la religion réformée. Ainsi, l'irrésolution allait, maintenant, être un crime, un crime que les Parlements, eux seuls, pourraient juger, qu'encore ils devraient juger ailleurs qu'en la chambre de l'édit 9 à laquelle il avait été expressément interdit d'en connaître 2.
C'est que ces chambres d'exception , créées par Les chambres de ledit de Nantes, allaient être supprimées, avant Da BoscTmiqu'on révoquât formellement l'édit lui-même, Dl?re à Caen'
* * harangue
dont les dispositions étaient ainsi bifiees et an- éioquemment nulées tour-à-tour. Au premier bruit qui en courut , ver»aiiies/ie
les religionnaires avaient vivement réclamé. Pierre
suppliant de maintenir ces
* chambres»
( 27 novembre
• Histoire de rÉdit de Nantes , t. IV , p. 139. — Hénault , Abrégé 1668. ) Louis XIV
chronologique de Vhistoire de France , ann. 1659. — Eu réalité , ce admire Du Bosc,
- ... # . et «opprime les
ne fut qu'en 1683 que fut tenu le dernier synode national des pro- chambres de
testans , en France. II fut tenu au château de Lisy , en Brie. — His~ redit.
toire tle V église de Meaux , par dom Toussaint Du Plessis, t. I, (Janvier i«69. )
p. 479. ( 1731, 2 vol. in-4°. )
a Déclaration d'avril 1663. — De Rulhières , Éclaircissements historiques sur la révocation de VÊdit de Nantes* chap 3.
Du Bosc, célèbre ministre de l'église de Caen , fut admis à entretenir Louis XIV, dans une solennelle audience , au château de Versailles , en présence de toute la cour, qui , ainsi que le monarque luimême, admira vivement la harangue de ce docte et éloquent ministre , le plus beau parleur de son royaume* . Mais , du reste, la démarche du docte pasteur ne devait avoir aucun succès. En vain il s'était efforcé d'établir que l'institution des chambres de ledit était exprimée en des termes qui la rendaient perpétuelle j irrévocable ; que les Parlements étaient des juges suspects, et, partant, récusables; que celui de Rouen, entre autres, avait donné mille preuves de passion et de cruauté ; qu'une fois délivrés de cette chambre, qui les gênait et les contenait encore, les Parlements, se croyant tout permis, ne manqueraient pas de vexer les religionnaires, sans plus se contraindre; que ceux-ci, malmenés , émigreraient , au grand dommage du royaume ; Louis XIV n'en signa pas moins bientôt ( janvier 1669 ) la déclaration suppressive des chambres de redit. La loi nouvelle permettant aux religion naires de récuser deux juges en matière civile, et jusqu'à trois en matière criminelle, leur donnait, peut-être, à cet égard, de suffisantes ga-
1 Fie de Pierre Du liosc, ministre du saint Évangile, par Philippe Le Gemlre , p. ;>4. — Histoire de l'Édit de Mantes, t. IV , p. 103.
ranties de justice. Mais redit de Nantes , dès long- Plainte» des
religionnaires
temps entamé * recevant, parla encore, une nou- contre les Parievelle et notable atteinte, et le dessein du gouver- "^tr/ceiuT nement, de l'annuler graduellement tout entier, ^ Normandie. paraissant à découvert , leurs plaintes s'exhalèrent avec amertume, contre le Parlement de Normandie , surtout , accusé d'avoir toujours montré beaucoup de passion dans les affaires de religion. Dans un écrit , publié alors , douze ou treize faits f étaient allégués , où la mauvaise volonté de cette cour avait paru dans tout son jour, et où il avait fallu réclamer la protection du monarque contre des magistrats si malveillants et si partiaux.
Restaient toujours dans ce Parlement trois ma- Un conseiller
, r , (*% , , an Parlement de
gistrats reformes , titulaires des offices crées par Rouen abjure la ledit de Nantes. Le temps n'étant point venu en- m^efêt'est remcore de les interdire, ils furent répartis dans la P1acéPa,;un
r antre, rehgion-
Tournelle et les Enquêtes. Le Pigné d'Àrques, nairesieur de Lardenières, l'un d'eux2, s'étant converti (1664), avec toute sa famille, à la religion catholique , il n'y eut faveurs , bienfaits , pensions, dont le roine le comblât, ainsi qu'une de ses filles, qu'épousa, en Angleterre, Chardin, cet illustre voya-
1 Cet écrit était ainsi intitulé : Que les Conseillers ecclésiastiques ne peuvent être juges des réformés. ( Histoire de l'Édit de Nantes , t. IV, p. 109.)
1 Reçu conseiller au Parlement, le 8 avril 1647.
4o PARLEMENT DE NORMANDIE.
geur, qui fut fait chevalier en considération de ce mariage1. Une relation avait été imprimée de cette conversion d'un conseiller, et elle fit un bruit in* croyable dans la province2. Comme, toutefois, on gardait encore quelque mesure , Le Pigné d'Arqués Lardenièresprit la place d'un conseiller catholique , qui venait de mourir3, et fut remplacé lui-même par un religionnaire , Michel de Farcy, sieur de Paynel4, auquel devait succéder, plus tard, Coignard du Petit-Camp5, religionnaire aussi, et dont nous dirons le sort dans la suite.
Plus tard , on respectait moins ledit de Nantes, quoique en vigueur encore, selon les apparences. Le conseiller religionnaire Scott delà Mésangère6, étant venu à mourir en 1682, le roi ( d'autorité) déclara sa charge catholique. Injonction fut faîteau
1 Mss. Gaignières , relatifs au Parlement de Rouen. ( Bibl. royale.)
* La Conversion d'une jeune fille de la R. P. R. à ta foi et religion cathol. , apostol. et rom.9 en la ville de Rouen, paroisse de Saint-Maclou ; ensemble la conversion de M. d'Arqués , conseiller au Parlement de Rouen , et de toute sa famille. Rouen , chez Martin Brocard , 1064 , in-4? , 4 pages.
1 11 fut reçu conseiller catholique, le 30 juillet 1664 , en remplacement de Georges Le Roux.
4 Reçu conseiller le 30 juin 1664.
5 Reçu conseiller le 1er décembre 1678. — Plus tard, après le décès du conseiller Scott de la Mésangère , ses héritiers sont contraints de traiter de sa charge avec un catholique.
6 Reçu conseiller le 15 mai 1677 , en remplacement de La Bazogc de Ilcuqueville.
tuteur de ses enfants de vendre à un catholique
l'office du défunt, auquel succéda ainsi (en 1684)
François de Châlon de Crétot1. C'est dire assez
combien ces derniers conseillers religionnaires
étaient vus de mauvais œil. Mais, par ce qui arriva
ao conseiller Samuel Le Sueur de Colleville , on le
devait mieux voir encore. Neveu du conseiller Le La/?/<?rr<? de Mint
Sueur de Petiville, poète latin, dont on a de Romain est levée
1 par plusieurs
beaux vers, fils, lui-même, d'un conseiller qui nouveaux lui avait résigné sa charge2, petit-fils de ce fameux devenus tels seu Samuel Bochart, l'une des lumières de son temps, crTm^quiVnr la gloire de Rouen, qui l'avait vu naître dans. ses a*endl*ce /";"'-
c* 7 * lége nécessaire.
murs , Le Sueur de Colleville avait , dans le Parle- e» i6»3, le jonr
de l'Ascension,
ment, une belle position, qu'il devait perdre, le conseiller Le
»A. . . . i Sueur de Colle-
pour s être trop ouvert en un temps ou , pour Vjne, en opinant, évincer les magistrats religionnaires, on n'attendait „au Palaw' ™
° ° Ion de ces choix,
que des prétextes. La liberté avec laquelle il parla, «'exprime librement , est dé-
au palais , le jour de l'Ascension , à propos du fa- nonce au roi,
..., ê i tt . i • * . î • c* contraint de
menx privilège de la r ierte> devint , contre lui , ce résigner son prétexte qu'on désirait tant. L'usage permettant aux conseillers religionnaires d'opiner sur la délivrance des prisonniers laïques, élus par le chapitre, pour lever la Fierté3, c'était là, sans doute, pour ces magistrats, une tentation dangereuse, et Le
' Reçu le 16 août 1684. Mss. Gaignières, fiibliot. royale. 7 11 fut reçu à la place de Pierre, son père, le 28 nov. 1678. 3 Reg. secr. du Parlement , 16 mai 1602.
office à nn catholique.
Sueur de Colleville n'y sut point résister. À la vérité , toute faveur étant assurée aux religionnaires qui abjuraieut , déjà la Fierté avait été donnée à de nouveaux catholiques > devenus tels, seulement après le crime qui les avait mis dans le cas d'avoir besoin de grâce ; à Daniel d*Eschallou , successeur de Doguey , entre autres , qui , poursuivi pour meurtre, avait abjuré en hâte, puis, en 1670, était accouru à Rouen , solliciter la Fierté* qu'il obtint f . En 1683, ce fut le tour d'un nommé David La Rose, aussi coupable de meurtre. Religionnaire le 24 décembre 1681 , jour du crime , dès janvier 1682, La Rose était catholique. En mai 1683» demandant la Fierté , il avait été élu par le Chapitre , dont le cartel fut porté , suivant l'usage , aux chambres assemblées 2 ; il se trouvait qu'aux années précédentes, des choix du Chapitre, paraissant critiquables, avaient été attaqués au Conseil du roi, par les héritiers des homicides ; que là , avocats , gens du roi , s'en prenant à ce privilège dont on avait si scandaleusement abusé naguère, dont on abusait encore, en contestant la légalité, et en recherchant curieusement l'origine, avaient fort malmené la légende du dragon de saint Romain , la qualifiant de fable. Ce n'était pas d'aujourd'hui
1 Notre Histoire du Privilège de Saint- Romain , t. Il , p. 30. a Même ouvrage, t. Il, p. >0.
que la tradition de la Gargouille était en butte à ces outrages; et, daos le fameux procès qu'entraîna la scandaleuse élection du marquis d'Àlègre , 1 avocat Denis Bouthillier, au Conseil , en pleine audience , s'en était expliqué sans réserve l . Ce que des magistrats et avocats avaient pu faire, en pleine audience du Conseildu roiy non seulement avec impunité , mais , ce semblait, avec l'approbation des juges , Le Sueur de Colleville avait cru se le pouvoir permettre en opinant sur le cartel. « Quel besoin ( avait-il dit tout d'abord), quel besoin Dieu a-t-ilde vos fables, pour l'avancement de sa gloire ? » C'étaient ( notez ce point) les propres paroles proférées à Paris, l'an dernier, par l'avocat au Conseil. Mais ces paroles, qui avaient été applaudies ailleurs, et qui, dix-huit mois.plus tard, devaientêtre redites encore, impunément , en pleine audience du Conseil , par le fameux Sacy , dont la piété n'était pas moins
1 Plaidoyer de Denis Boutli illier , avocat en Parlement , pour la Fierté de Saint-Romain. Paris, 1608, in-8*. — Réponse de Denis Bouthillier sur le prétendu privilège de la Fierté de Saint-Romain, avec les actes intervenus au grand Conseil , contre ledit privilège. Paris, Macé, 1608 , in-8° — Plaidoyers et Réponses concernant le privilège de la Fierté Saint-Romain , par Guillaume de Cerisay , avocat au grand Conseil , Jean de Montréal , avocat au Parlement de Paris , et Denis Bouthillier , aussi avocat au Parlement , avec les arrêts intervenus au grand Conseil, en 1607 et 1608. Paris, Macé, 1608 , in-8*. — Estienne Pasquier , Recherches de la France, liv. ix , cliap. 41. — Le Plaidoyer et la Réponse en faveur de la Fierté Saint-Ro« 1617, in-8°, 2 volumes.
avérée que le savoir ', proférées, à Rouen, par un religionnaire , provoquèrent , dans la grand chambre , une violente explosion de murmures ; et ce qu'ajouta ensuite Le Sueur de Colleville n'était pas fait pour réparer le tort qu'il venait de se donner, de l'avis de tous. Car la récente conversion de La Rose étant alléguée par les magistrats préopinants, comme une circonstance qui le rendait digne de toutes les grâces, Le Sueur de Colleville , au contraire , alla s'en faire un grief contre cet homme, « bien prompt (disait-il) à changer de religion * pour sauver sa vie * et dont le brusque changement paroissoit plus intéressé que sincère. » Sur cela , denouveau , s étaient élevées de violentes clameurs; et le président Poërier d'Àmfreville, interrompant brusquement Le Sueur de Colleville, l'accabla de propos amers et de dures menaces, que l'événement devait n'accomplir que trop tôt. Car, une lettre close de Louis XIV arriva, peu après, qui interdisait à jamais Le Sueur de Colleville, et lui enjoignait de se démettre de sa charge, et de la résigner à un catholique2. Une ordonnance
1 Factum pour Marie du Buisson, veuve d'Antoine Darsy , contre Charles-Marie de Poucques, ccuyer, sieur d'Attigny. ( Recueil de Mémoires, Factums et Harangues, par M. de Sacy , in -4° , 1724 , t. I, p. 1-71.
a Histoire de l'Édit de Nantes, t. V, p. 792. —Histoire de la Persécution faite à l'église réformée de Rouen. Rotterdam , in-12, 1704,
LOUIS XIV. 4â
fondamentale avait dit, en 1477, que nul juge ne pourrait jamais perdre son office que par mort, démission, ou forfaiture, reconnue en jugement; et la déclaration royale du 22 octobre 1648 l'avait redit en termes exprès1. Mais ces ordonnances, qui les aurait osé invoquer, en un temps où la France , pour toute loi , naVait plus que la volonté du monarque? Il fallut se hâter d obéir; et un catholique , Blouët de Camilly, s alla asseoir sur les (leurs de lis, que semblait souiller, maintenant, le contact des magistrats réformés2.
Le gouvernement, on le voit assez, ne gardait Les religion plus , maintenant , de mesure , lorsque la folle ten- ^"^e ^m° tative du chevalier de Rohan lui devint un nouveau connu*étraiig
au complot oo
prétexte, qu'il ne manqua point de saisir. L'arresta- par LaTréai tion , à Rouen , de La Tréaumont 3 , son complice , saisir de Qaii
beuf et intr<
daire en Frai
, les vaisseaux
p. 54, 55. — Abrégé historique, Ms. du Parlement de Normandie, ja Hollande
par le procureur général Pavyot Du Bouillon. — Mss. Gaignières , Bibl. royale. — La Vie de Pierre Du Bosc , ministre du saint Évangile , par Le Gendre.
1 Déclaration du 22 octobre 1648, article 15.
* Il fut reçu le 4 août 1684.
3 Du Hamel de La Tréaumont, d'une famille notable en Normandie , et dont il y eut des membres dans le Parlement et la Chambre des comptes. Le 9 décembre 1637, furent enregistrées, au Parlement de Rouen , des lettres patentes d'érection de fief en fa?eur de Georges Du Hamel de La Tréaumont , maître des comptes à Rouen*. C'était le père du conspirateur, qui, en janvier 1643, étant soldat de la compagnie de Roncherolles , se signala à Rouen , dans une
* Reg. secr. et de Rapp. civ.t 9 décembre 1617.
et sa mort , arrivée , comme il résistait aux gardes deBrissac, qui ('allaient entraîner, sont racontées dans toutes les histoires1. Mais je n'y trouve point ce que le premier président Pellot vint dire aux chambres assemblées , après avoir soigneusement lu les papiers de ce brouillon, et interrogé nombre de personnes suspectes, qu'il avait fait arrêter en toute hâte. La Tréaumont , ayant voulu, de notoriété, livrer Quillebeuf aux Hollandais, dont les vaisseaux rôdaient non loin de nos côtes, il parais* sait malaisé que des Normands, surtout de la religion , n'eussent point connivé à ses desseins. Les papiers de La Tréaumont décelaient , en tous cas, un ardent désir de les attacher à sa cause. Dans des mémoires j écrits de sa main , paraissait son projet de réduire la France en deux ordres seulement , la noblesse et le peuple; de faire établir de nouveaux offices; de faire admettre les religionnaires à toutes les charges; de leur assurer, en
mêlée au collège des Jésuites , où le portier reçut un coup d'épée ; arrêté par les arquebusiers, La Tréaumont fut amené par des huissiers devant le Parlement , où siégeait son oncle , et dut , peut-être , à cette circonstance , de n'être point écroué de suite , mais mis en arrêt seulement , entre les mains d'un huissier. (Reg. secr. , 5 janvier 1643. )
1 Mémoires et réflexions sur les principaux é\*énements du règne de Louis XIV, par M. L. M. D. L. F. Amsterdam, 1734, pag. 129 et suivantes.
tous lieux, le libre exercice de leur religion1. Du besoin qu éprouve tout chef de conspiration d y engager les classes opprimées, en droit de se plaindre , conclure que ces classes lui ont donné sympathie et prêté secours; des projets, même, conçus par ce rebelle pour l'amélioration du sort de ceux qu'il voulait engager dans sa cause, conclure qu'elles lui ont donné aide , ce serait mal raisonner , sans doute. Mais enfin , comme , sous ces trompeuses apparences , on avait pu desservir auprès du roi les religion naires, déjà si mal voulus de lui, Tordre était survenu au gouverneur de Normandie de surveiller de près les réformés de la province. Heureusement , Montausier, Roquelaure , Matignon , étaient des hommes justes, incapables de se faire de fête aux dépens de ces sectaires si haïs. Les trouvant , de tous points, sans reproche, ils surent , sans qu'on les en eût priés , écrire à la cour, en termes qui, vengeant une classe indignement calomniée, ne laissaient au mauvais vouloir aucun prétexte ; et on n'osa plus se faire un grief contre eux de cette affaire2.
Mais la réforme était odieuse à Louis XIV, qui , Louis xiv dans son cœur, aspirait à la détruire. Outre que , d'anéant^a ré-
forme dans son royaume.
1 Reg. secr. , 12 novembre 1674.
* Histoire de tÉdii de Nantes , t. IV, p. 271. — Biographie uniivrselte, au nom : Rohan ( Louis, prince de ).
4g PARLEMENT DE NORMANDIE.
de tout temps , c'avait été le plus ardent désir de nos rois , l'humeur de l'absolu monarque lui fil bien plus vivement goûter ce dessein , qu'il devait avoir le malheur de mener à chef. Enivré de ses pensées d'omnipotence, il s'indignait de ce qu'avaient osé les huguenots au temps des Valois ; et les édits de pacification , sorte de pactes entre les rois de France et leurs sujets rebelles , pesaient durement à son orgueil, comme des chaines qu'il lui tardait de rompre. Des gens pensant , en France, autrement que lui, et priant Dieu d'une autre manière, c'était chose qu'il ne pouvait supporter. Sa foi de chrétien se scandalisait de leur croyance hétérodoxe , comme son orgueil de roi frémissait au souvenir de leurs révoltes passées, et s'indignait en voyant, dans son empire , un autre empire moins dépendant de lui. Catholique, dévot, peu éclairé, mal conseillé , après qu'il crut les jansénistes vaincus, il voulut triompher aussi de la réforme; et, à ce moyen, non-seulement expier de grands scandales, mais s'élever presque au rang d'apôtre. Il se crut assez puissant pour convertir les calvinistes, et eut le tort de ne se le pas croire assez pour les contenir 4 . Roi absolu , sans cesse appliqué à abattre tout ce qui , naguère , avait tenu fort contre les rois, comment aurait-il pu oublier les huguenots?
1 Lettre de Voltaire au maréchal de Richelieu, 16 sept. 1772.
Entêté de ces idées, auxquelles applaudissaient le clergé, les magistrats et le peuple, il ne rêva plus que l'anéantissement de la secte ' ; et les protestants allaient être poussés plus loin sous son règne qu'au temps de Charles IX et de Louis Xlll 2. La guerre, donc , commencée par la déclaration de juillet 1656, par l'édit des relaps, par la suppression des chambres de l'Édit , par vingt autres déclarations où paraissait le plus mauvais vouloir contre la réforme, continua sans relâche par une série non interrompue d'édits hostiles , qui , tombant incessamment sur les religionnaires éplorés , ruinaient, pièce à pièce , leurs privilèges , leurs droits , leur état politique , leur situation sociale , leur culte , leur liberté , et jusqu'à leurs moyens de vivre.
Les exclure des charges et offices, quoique l'édit on interdit aux de Nantes les en eût déclarés capables, était peu, i^profeMions sans doute, auprès de la défense qui finit par leur |<»p,a8in/ln"»i
*■ * * les moins
être intimée , plus tard , d'exercer les professions dépendantes de
, l'action du
les plus indépendantes , jusqu à cette heure , de gouvernement. l'action du gouvernement, et les plus éloignées, de Rouen11 comme les moins dignes de ses regards. Les hu- «e»»*™1**1*™
° ° ces tracasseries.
guenots , donc , n'allaient plus pouvoir , désormais , être épiciers, apothicaires, libraires, imprimeurs,
1 Mémoires du duc de Saint-Simon , édition de 1829, in -8°, t. XIII , p. 113.
' Testament politique de 3/. de Louvois , p. 388.