VI
*ftU*ctb>.. «tarer* dans le* manése*. loaears de vàtonmaai « apprentis, domestiques. Il ne leur allait [*Ujv **w loisible de sertir, ni d'être servis1. Ce tt <fca& p» pour les tolérer dans les offices, dans ceux ittrifw* qu'ils remplissaient le mieux. Ordre leur vtudri! donc , chaque jour . de les résigner à des catfrvtaviœs2; et , dans les annales du temps, on ne wit autre chose *. Hélas ! ces dures vexations contre le* réformés aTaient . il le faut dire , commencé «Jbasles Parlements ; et celui de Rouen s> était montré plus âpre que tous les autres. Ses registres sont pleins des arrêts que , chaque jour « on le voyait rendre pour défendre de recevoir des religion naires dans les communautés de merciers-grossiers , d'orfèvres , et dans toutes les autres , jusqu a ce que te nombre des maîtres de cette religion fut réduit à la quinzième partie de la communauté tout entière \ Les catholiques de tous les métiers , bien supérieurs en nombre , jaloux de l'habileté des maîtres huguenots , obsédaient de leurs envieuses requêtes le Parlement , qui ne savait pas s'en dé-
1 Déclarations 20 février 1680, 13 mai 1681 , 21 août 1684, 12 janvier, 3 juillet 1685, et beaucoup d'autres.
* Histoire de tÉdit de Nantes , t. IV , p. 430.
5 Histoire de rÉdit de Nantes, t. 111, p. 297 ; t. IV , p. 28 , 430.
4 Reg.y 13, 15 juillet 1664; 13 juillet, 24 novembre 1665. — « Histoire de VÉdit de Nantes , t. IV, p. 253. — rie de Pierre Dm Bosc, ministre du saint Évangile, p. 54.
fendre ; et bientôt Ton ne vit plus, dans toutes les professions, que deux ou trois religionnaires, comme pour mémoire , et qui, encore, ne devaient pas y être long-temps soufferts.
La médecine , le barreau , ces professions toutes Lors d'une peste de liberté , de lumière , de choix et de confiance , dépeuplait semblaient, du moins, devoir demeurer libres, ïln2I'#î! ^H^T
77 7 cin de ta conta-
rien ne paraissant plus juste que de laisser les re- #'0/1 venant à
* x "■• mourir, un habile
ligionnaires confier à qui ils voudraient le soin de médecin, reiileur santé et la direction de leurs affaires. Mais, pour le remplaces \ 6ft9 , dans Rouen , il s'était passé , à cet égard , 2^lj££ un fait assez étrange. La peste , alors , désolant cette mais reP°ass<1
0 * par le Parlement,
grande ville, les hôpitaux et toutes les maisons, -vusaniigion presque, regorgeant d'inficiés, un sieur Bance, médecin de la contagion* soldé par la ville , succomba, frappé à son tour; et la difficulté était de le remplacer par un médecin aussi capable , aussi zélé, résolu , de plus , à affronter le péril. Dans tout le collège des médecins de Rouen, assemblé pour l'élection , un seul s'étant rencontré , habile et renommé autant que Bance, et prêt, comme lui, à se dévouer et à mourir, il fut désigné tout d'une voix par ce collège. Mais ce médecin était de . la religion ; et aux députés du collège des médecins, venus à la grand'chambre pour lui faire connaître son choix, « Taschez ( disait le Parlement ) d'en trouver un catholique romain j pour la conséquence. » — « Mais ( répliquaient ces docteurs ,
tous bons ca tholi ques ), c'est un homme très capable*
dont on ne peut dire que du bien et de l'honneur* ;
sans compter que le fléau sévissait pendant ces
pourparlers, infectant çà et là les demeures, et en
moissonnant sans merci les malheureux habitants.
N'importe, il valait mieux qu'Israël pérît; on prit
son temps à Taise ; et, lorsqu 'enfin arriva de Paris un
médecin catholique, je ne sais s'il restait encore dans
Rouen des inficiés à visiter et des morts à ensevelir * .
Parlement En 1663 , ce zèle intolérant étant encore en
yau pin» progrès , en l'absence de lois exclusives des méde-
txrctigion- c;ns religionnaires , on rendait, au Parlement de
es dans le °
g? desmé- Rouen , des arrêts pour en diminuer le nombre. À la vérité , les réformés , exclus de vingt carrières , croyant trouver dans celle-ci la liberté bannie des autres , se venaient présenter au collège ; et de là les alarmes, les réclamations des anciens auprès des juges, trop enclins à y déférer2. Un habile docteur, entr'autres, nommé De Caux, religionnaire, demandant qu'on l'admît, c'avait été un cri de tout le collège , cri qui , dans la grand'chambre , eut de l'écho ; nombre d'arrêts y furent rendus, coup sur coup , pour défendre que , dans Rouen , il y eût plus de deux médecins religionnaires 3 ; et , en cour ,
1 Reg. secr., 13, 18 septembre 1649.
1 Histoire de rEdit de Nantes , t. III, p. 560.
3 Reg>* 5 juin 1663, 7 février 1664, 4 décembre 1669.
l'idée ayant paru bonne , des lettres patentes devaient être bientôt promulguées, qui, de ces durs arrêts , firent une loi du royaume 4 , en attendant celle qui , plus tard , ne devait plus souffrir de religion n aires dans le collège. Les avocats religionnaires n'ayant que faire au lit des malades , et, par là, étant bien moins suspects , assurément, que les médecins, ne devaient pas , pour cela, être plus épargnés. Dans le barreau , il est vrai , comme dans la faculté de médecine, la jalousie, faisant son office, demandait des rigueurs, des exclusions, qu'hélas! on ne lui refusa pas2. Dès 1664 > un arrêt avait été rendu à Rouen , à la grand'chambre , pour réduire le nombre des avocats religionnaires à dix pour le Parlement, à deux dans chacun des Bailliages, à un seul dans les vicomtes3. C'était à dire que , de plus de cinquante ans, aucun religionnaire ne serait reçu dans ce collège 4 ! Aucune loi , néanmoins , ne donnant ouverture à ce dur arrêt , le premier de cette espèce qui eût été rendu dans tout le royaume5 , il était demeuré au secret du registre 9 sans être (du moins publiquement) notifié aux ju-
Efforts du Parlement de Normandie pour restreindre, dans tontes les juridictions de son ressort, le nombre des avocats religion?
naires.Undeses arrêts , en cette matière, est cassé par le Conseil.
1 Lettres patentes, 25 mai 1670.
* Histoire de VÊdit de Nantes, t. IV, p. 198. 3 Reg., 3 décembre 1664.
* Vie de Pierre Du Bosc , ministre du saint Évangile , p. 232, 233. 3 Vie de Pierre Du Bosc , ministre du saint Évangile, p. 116.
„t PARLEMENT DE NoIMA>DIE.
t u lie lions inférieures du ressort ', libres, a cemojen. %elonque des sujets leur seraient ou non agréables, de le* admettre ou de les exclure. Le Parlement, tout le premier , s ejouissant du secret de son arrêt , ne refusait point les licenciés religionnaires , bien recommandés; et un Paul Le Ferre avait été ainsi admis , « tan* ( du reste ) tirer à conséquence, et farce qu'un autre de la II. P. II. ne ter oit reçeu, avant que le nombre fmt réduit à dix 2. » Mais, dans les juridictions inférieures, refuser était le plus sûr. L'avocat général LeGuerchois ne pouvait endurer ces admissions d'avocats religionnaires; et ainsi le licencié Le Sage (huguenot) , s'étant fait recevoir au Bailliage de (Jaen , malgré l'opposition des avocats orthodoxes , ceux-ci , en appelant au Parlement , avaient obtenu un arrôl pleinement conûrmatif de celui du S décembre 1664 > et qui , de plus, permettant dajournei Le Sage à sa barre, lui c défendait expressément de se mêler de la profession d avocat, jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné'. » Mais, cette fois, c'était, à force de zèle , avoir dépassé le degré de mauvais vouloir qu'il plût à la cour de laisser paraître encore. « Je m'étonne (disait le chancelier Le Tellier au ministre
' Histoire de l'Édit de Nantes, t. IV, p. 198. » Heg. secr.t 10, 14 juillet 167 fi.
1 A<v?., 18 juin 1671.
DuBosc , qui se plaignait de cet arrêt ) je m'étonne du Parlement de Rouen, qui se montre beaucoup plus rigoureux que les autres ; comme dans cette limitation qu'il a faite des avocats , qui ne se voit point ailleurs. Je suis étonné de Vanimosité de ce Parlement s n 'y ayant pas là plus de dévotion qu 'ailleurs * . »
Le Sage, qui s'était pourvu au Conseil , y obtint une décision, qui cassait celle de Rouen, et qui, sans avoir égard aux arrêts que le Parlement de Normandie avait pu rendre , lui permettait d'exercer la profession d'avocat , et défendait de se servir du prétexte de la religion pour l'en empêcher.
Alors, au barreau de Rouen , florissait et régnait L'illustre
, un avocat religiounaire, Henri Basnage2 , le docte mentatenî^d!
commentateur de la Coutume de Normandie, vénéré Coa^mede*
7 manche, ave
de toute une province , qu'il avait servie en cent an Paiement
i i» «• • » i Rouen, éta
rencontres , dans 1 affaire , entr autres , du tiers-et- reiigionnair danger, dont il avait hâté la conclusion par de doctes mémoires; la lumière de la Normandie, en matière de droit et de coutume ; lumière que Paris avait su connaître , à laquelle les ministres du roi , même les plus prévenus , aimaient à rendre un public hommage. Éloquent et admiré auxaudiences de la grand chambre 3 , dans sa demeure, consulté
1 Vie de Pierre Du Bosc, ministre du saint Évangile, p. 110.
a Né à Sainte-Mère-Église, le 16 octobre 1615. — Bayle, au nom : Basnagb (Henri).
3 Cela a été contesté. — « M. Bayle s'est trompé, quand il a dit,
déclaration de 1656, n'étaient occupés qu'à entendre aux plaintes du clergé séculier et régulier , des curés et des abbés , que gênait toujours quelque prêche voisin , établi sans droit , suivant eux , et dans lequel avait immanquablement eu lieu ( à les entendre ) quelque contravention propre à en entraîner la clôture1. Le commissaire protestant, nommé parles ministres du roi , et nommé souvent parce qu'ils le savaient intéressé , ambitieux et faible, mal soutenu , en tous cas , parles intendants» le Parlement et la cour, ne servait de rien aux prêches qu'on avait entrepris de clore ; et il y en eut grand nombre d'interdits , malgré tout ce que les plus zélés de ces commissaires avaient pu dire 2. Les noms de ceux que la Normandie vit fermer ainsi se pressent sous mes yeux , mais trop nombreux pour être transcrits dans cette histoire '. Ils étaient clos , tantôt par ordre du commissaire
1 Factum pour Me Antoine Gaulde, syndic du clergé de la province de Normandie, contre les ministres, anciens, et autres de la R. P. R.; in-4° de 45 pages. Bibl. publ. de Rouen (Recueil de pièces sur la Normandie. )
a Histoire de VÉdit de Nantes, passlm.
3 Je cite, au hasard , ceux de Lindebeuf , d'Oogerville, deSénitot, de Vire , de Sainte-Mère-Église , de Fresnes , Condé-sur-Nolreau , Géfosse , Criqueville, Beanmont, les Véi, Maupertuis , Boscroger, Quillebeuf, Luneray, Honneur, Herman ville , Croci , Fontaines, Mcsnil-Imbert , Montcriquet , Bacqueville , Oiquetot , Lintot , Vauxcelles , etc.
catholique, de l'intendant, du Conseil, et surtout du Parlement, qui , en Normandie, nés y épargnait pas. Ces suppressions de prêches lui étaient un doux passe-temps ; et rien n est plus commun dans ses registres. Ainsi disparurent, en assez peu de temps , ceux de Ougerville , de Maupertuis , de Bacqueville , de Luneray , de Lintot , de Criquetot , de Sénitot, de Bois-Roger, de Quillebeuf; mais le moyen , encore une fois , de les nommer tous ? Le syndic du clergé n'avait qu'à dire , et aussitôt le Parlement les faisait clore ou jeter bas. Celui de Montcriquet abattu , comme ayant été ( disait-on ) bâti sur un terrain appartenant à une abbaye , ne put ( quoique le dit en eût ordonné ) , être reconstruit ailleurs , sa réédification étant empêchée par ceux-là même qui lavaient su faire abattre 4. Celui du château de la Mésangère (non loin du Bourgtheroulde ) , fut supprimé ( en 1682 ) , Scott de la Mésangère , seigneur du lieu , n'y habitant point d'ordinaire , obligé qu'il était de résider à Rouen, pour remplir ses fonctions au Parlement, dont il était membre 2. Les protestants d'Alençon , au lieu du prêche qu'ils avaient dans cette ville , et qu'on parvint à faire interdire , s'estimèrent heureux encore qu'il leur fut permis d'en élever un autre,
1 Histoire de l'Édit de Nantes, t. III, p. 289 et 337. 1 Histoire de l'Édit de Nantes , t. IV , p. 519.
vait être qu'une apostasie à leurs yeux ! En Normandie seulement, les ministres DuBosc, Méhérenc de la Conseillère , Cairon , De Baillehache , Basnage de Flottemanville (mais il faudrait les nommer tous) , dénoncés chaque jour, incessamment par les chemins pour se défendre , manquaient , pendant ce temps-là, dans leur église; et c'était ce qu'on avait surtout désiré4. Thirel , ministre à Gavray , pour une promenade à Jersey , d'où il était revenu dès le soir même, accusé d'être sorti du royaume sans permission , et pour une récréation que se donnaient , comme lui , dans l'été , tous les habitants du pays , demeura , huit ans durant , à Rouen , dans la conciergerie du palais , la hardiesse ayant manqué pour l'envoyer aux galères , comme le Parlement de Normandie l'avait ordonné par un arrêt rendu à la Tournelle a. Les faits fourmillent, et nous ne pouvons que glisser. Jugés criminels , pour avoir seulement confirmé leurs frères, que fut-ce quand ils furent accusés de propagande , de suborner , induire , et allicier les catholiques à leur croyance ? Que si on imputait bien à des négociants , réformés , de Rouen , de faire des prosélytes, en donnant de l'argent et des
1 Histoire de VÉdit de Nantes , t. IV , p. 99 , 4>22 et suiv. — t. V, p. 771. — Reg. du Parlement , 27 juin 1684.
a Histoire de VÉdit de Nantes , t. V, p. 771.
de ce qu'il fallait pour leur nourriture , cheminaient, dès la veille , et durant la nuit , pour se trouver aux prières , aux instructions du dimanche. Dans ce pays pauvre , point d'hôtelleries, point de refuges contre l'air et la faim ; mais le prêche ouvert , et , dès le soir de la vigile , un ministre assis en sa chaire , y attendant l'aurore, consolant par sa présence, édifiant, par ses instructions, ces pauvres hommes travaillés de fatigue , mais fortifiés par la parole , et fort exacts, tant que ce prêche fut debout , à la venir entendre , de loin , sans y manquer jamais. Ainsi , avait-on vu les fidèles , aux premiers temps de l'église , et au moyen-âge encore , veiller et prier dans les temples, pendant toute la nuit qui précédait Pâques et les autres fêtes solennelles, si chères aux chrétiens l !
Pour disperser ces troupeaux fidèles , on frappait souvent les pasteurs. Dans le prêche , hors du prêche , suspects , dénoncés , calomniés , les ministres avaient sans cesse à répondre aux juges de ce qu'ils avaient dit ou omis de dire , à se défendre d'actions innocentes, qu'on leur imputait à crime. Exhorter les leurs à persévérer, c'était ( disait-on ) les empêcher de se convertir ; et partant , résister aux ordres du roi * comme si on se fût attendu à les voir exhorter leurs auditoires à ce qui ne pou-
Vexations persécution auxquelles ministres rc gionnaires se sans cesse , < batte.
1 Cang. Gloss. med. et inf. latinitatis, v° Vigilije.
étaient abusivement détorquées contre un passé qui ne les regardait pas4. La terreur planait sur la réforme. Ministres, anciens, fidèles, tout fuyait, tout était en crainte. Une nouvelle déclaration, cependant, ayant paru, qui ne se prêtait point à tous les excès qu'avait semblé autoriser la dernière; quelques religion naires, plus hardis, osèrent dé* noncerau bailliage de Rouen ce dénonciateur d office, qui les tenait tous, depuis si long-temps, sous le glaive de ses accusations trop souvent calomnieuses. Là, les juges, ouvrant les yeux un peu tard, avaient défendu de s'attacher, dans ces procédures contre les réformés, aux faits antérieurs à la nouvelle déclaration royale. Défense, surtout , avait été intimée à Hellot de plus s'attaquer aux ministres non plus qu'aux protestants ; et injonction expresse lui était faite de retourner à son métier qu'il n'eût dû quitter jamais. Les juges l'avaient privé du salaire à lui alloué, d'ordinaire, pour chaque dénonciation dont on lui était redevable. On pouvait croire , en un mot, que c'en était fait pour toujours des calomnies de Hellot, et que le temps des délateurs était passé , lorsque se répandit tout-à-coup un arrêt
1 « Leges et constitutions futuris certain est dare formam nego* tiis, non ad facta praeterita reTocari. » Leg. 7; Cod. de legibus, et constitua princip. et edictts.
LOUIS XIV. fi5
du Parlement , croyable , à peine , mais, hélas! trop véritable , qui , cassant la sentence du bailli , permettait à Hellot de donner toujours des mémoires contre les religionnaires embaucheurs; ordonnant aux juges d'informer d'après ces mémoires; autorisant, en un mot, authentiquement et à découvert, cette infâme profession de délateur, dont l'admirable institution des gens du roi avait paru devoir préserver à jamais la France1 . Puis , des paroles, en venant vite aux effets, les procédures aussitôt recommencèrent. Deux ans durant, les juges, renseignés par Hellot, travaillent de concert avec ce vil auxiliaire. Des particuliers, dénoncés, se voient en butte à cent recherches, et décrétés de prise de corps ; leurs biens ont été annotés et saisis. Les ministres de Rouen , Jansse , De Langle, Le Moine, et treize ou quatorze membres du Consistoire sont ajournés à la barre; nombre de religionnaires ont fui, n'y ayant point d'innocent que de telles procédures ne puissent convaincre de crime; jusqu'à ce qu'enfin le Conseil, averti, bien tard , de ce qui se passe , et de la nouvelle inquisition dont on veut établir les fondements, enjoint au Parlement de Rouen de faire cesser ses poursuites. Mais ces ordres secrets ont été ignorés de ceux que la crainte a fait fuir; on ne les leur
Reg., 7 juillet 1670.
ru
fait point connaître ; et , bien long-temps après que la cause de leur fuite a cessé , ils se cachent et tremblent encore1.
Cette faculté, telle quelle, à eux laissée, de prier dans le peu de temples ouverts encore , en combien de façons, chaque jour, on ose y porter atteinte ! Au palais, sont cassées des donations régulières, ayant pour but de leur donner les moyens de subvenir aux frais du culte2. Ce culte, on l'entrave, autant qu'il se peut, sur terre et jusque sur mer3. En 1682, partout, en France, les ministres et les anciens , réunis au consistoire , se voient signifier , parles intendants, accompagnés de gardes, un avertissement pastorale /' assemblée du clergé * qui les presse impérieusement d'abjurer et de se
une déclaration convertir4. Après qu'une déclaration leur a dédur oi défendait *» j • i> ji ti j r.
aux ministres, tendu, sous peine d amende honorable, de ban- ( sous peine de rudement perpétuel et de confiscation de biens,
l'amende hono- * *
rabie, do de laisser des cat ko tiques entrer dans leurs temples *,
bannissement A . , A .
perpétuel et de parait bientôt une déclaration nouvelle , qui près-
deTa^/en^; «il tout autre chose. On a jugé utile que « des
le* catholiques ~em savanis aillent aux temples des religionnaires,
dans leurs ° r o
temples.
' Histoire de VÊdit de Nantes, t. IV, p. 251 et suiv. 7 Reg. du Parlement, 27 juin 1668.
3 Reg, du Parlement, 6 mars 1669.
4 Histoire de VÉdit de Nantes, t. IV, p. 550 et suivantes.
5 Déclaration royale de mars 1683.
pour y entendre ce que tes ministres y diront dans leurs prédications y les pouvoir réfuter, s' il est besoin, et les empêcher , par leur présence , d'avancer aucune chose contraire au respect dû à la religion catholique y apostolique et romaine, et au bien du service du roi. » En conséquence, le nouvel édit ordonne Unenoarciie
déclaration
que, « dans tous les temples réformés, il y aura, ordonne que, à J avenir, un lieu marqué, où pourront se mettre ^^^^e les catholiques qui, portés d'un zèle pour l'accroisse- P,ace 8cra réser"
... vée pour les
ment de la religion , désireront assister aux prêches » ,• catholiques , et on ne pourra, désormais, leur objecter la décla- ^mrreninte* ration rendue naguère pour le défendre, ni leur ministres dans
° r f leurs prédica-
appliquer les peines rigoureuses qu'elle avait tions. - 11 en ré
... ai i sulta des scènes
prononcées . Autant eut valu avertir, au son du tumultueuses, tocsin , la populace , toujours si haineuse pour la d^™J1li7tr^nr réforme, de courir aux prêches, et de s'y presser en tumulte , de troubler le culte et insulter les ministres; ainsi, en effet, en devait-il arriver, d'abord , en tous lieux; et ce furent partout des attroupements bruyants, tumultueux, de gens grossiers, malveillants, avides de voir le prêche, y poussant d'insolentes clameurs, y commettant des actions deshonnêtes ; et l'on n'aurait jamais fini de dire ce qu'il en résulta de désordres et de violences , ni combien de fois la vie des religionn aires fut en péril2 ! Pour ne parler que de Quevilly , on avait
1 Déclaration du 22 mai 1683.
a Histoire de VEAU de Nantes, t. IV, p. 606.
Désordres qui vu s'y porter, de Rouen , avec la lie du peuple ,
er,an prêche" tout ce que cette ville renfermait d'écoliers, de
de Queviiiy. jeunesse ej je laquais ; ce monde entrer, comme
d'assaut , clans le prêche , au nombre de quatre ou
cinq mille, s'y emparant de toutes les places, en
sorte qu'à peine en restait-il pour les réformés; et,
parleurscris et leurs manières de faire, troubler les
Le Parlement cérémoniesdu prêche4. Après quelques scènes de ce
nx cathoHques genre , il avait bien fallu s'occuper, enfin, au palais,
\\ani*u prêche j'y pOUrvojr . « rfe telles personnes y assemblées en si
ccnper d'autres grand nombre (se disait-on à la grand'chambre) ,
laces que celles ..... .
qui leur y ont pouvant, par indiscrétion et par (es mouvements
té réservées , et ,, u • •/»» % a j jj j
aux gens du « un z^e inconsidéré y exciter de grands desordres pmpïe de s'y entre te8 catholiques et ceux de ta II P. R. » C'était
rendre en '
troupes. montrer comme possible, seulement, et à craindre, ce qui était effectivement arrivé déjà. Un arrêt, enfin, fut rendu, faisant « défense à tous écoliers, laquais , et autres personnes n 'ayant qualité pour disputer de la religion j pour désabuser les prétendus réformés j ni autorité pour les retenir dans leur devoir (suivant l'intention de la déclaration du 22 mai )9de s 'attrouper pour aller aux prêches, ny y occuper autres places que celles désignées pour les catholiques2. » Bientôt, des ordres secrets étant venus, de la cour, pour que dix catholiques* seulement, pussent as-
1 fieg. du Parlement, 23 juillet 1683.
> Arrêt do Parlement de Rouen, 7.3 juillet 1A83.
sister aux prêches, aux places que leur aurait assignées l'intendant1, le choix de cette place, dans le temple de Quevilly , devint la plus sérieuse affaire. Les conseillers Brice et Jubert de De nouveaux Bonnemare , envoyés au prêche à cet effet, avec le £nt™u ™!£™ê, procureur général Le Guerchois , avaient paru pou- l* présence de
r o i i dix catholiques
voir la conclure. Mais la foule s'y étant portée à seulement, i»m-
. i.i ixi tendant, le pro-
leur suite , on eut toutes les peines du monde a Ja cnrenr-générai
dissiper, et il fallut feindre de partir, pour revenir ^e^^cntent1 après la dispersion de la foule. Après quoi , ce longuement, à
* x l x Quevilly, sur la
furent de longs et vifs débats sur le choix du lieu place qu'il conet la forme du banc, le procureur général voulant, gner à ces compour mieux incommoder la réforme, que le banc missalrei dn rOK des commissaires fut placé au milieu du temple, devant la chaire, sous les yeux du ministre, et les deux autres magistrats indiquant le banc naguère occupé par les trois conseillers religionnaires institués par l'édit de Nantes , et qui , en effet , était le plus honorable de l'église. Il fallut, à la fin, que l'intendant vînt , en personne , vider ce partage. Le banc une fois bien désigné , le procureur gênénal y avait fait apposer les armes du roi ; du roi , au nom de qui s'allait exercer cette intolérable censure8. Des commissaires peu bienveillantsavaient été
' Histoire de fÉdit de Nantes, t. IV , p. 606.
' Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen , sur la fin Ju dernier siècle. Rotterdam , 1704, in- 12, p. 3 et 4.
Paroles notables do conseiller Voisin de ïfen- >osc , en opinant mr la déclaraion royale qui ivait ouvert anx catholiques les
portes des prêches.
désignés pour Quevilly, le jésuite Baudran , entre autres , qui n'y manquait jamais. Les catholiques y affluèrent toujours , quelques arrêts qu'on eût pu rendre pour les en éloigner; et si ce n'était pluscette multitudeinnombrableetinsolente qui s'y était ruée tout d'abord , on y vit des catholiques curieux, trop attentifs, peut-être, aux discours des ministres, et à descérémonies qui , pour eux, étaient nouvelles* . On l'eut bien dû prévoir; et Voisin de Neubosc, conseiller au Parlement , entendant lire à la grand9 chambre la déclaration du 22 mai 1683, qui appelait les catholiques au prêche, « Cette déclaration ( avait-il dit) ne me paroit bonne à rien. Ce sera * ou de la canaille* ou des gens d'esprit * qui occuperont ces places réservées aux catholiques. Si c est de la ca-< naille , il y naîtra des séditions; si ce sont des gens d'esprit > ils se mettront des choses dans la tète* dont ils ne se déferont pas quand ils voudront2. » AQuevilly , donc , après qu'il y eut eu sédition par la canaille , il y eut péril pour les gens de bonne compagnie ; et ainsi s'accomplissait la prédiction du conseiller Voisin de Neubosc. Pour le jésuite Baudran, assidu au banc du roi* voyant peuple et
' Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen , sur la fin du dernier siècle. Rotterdam, 1704, in -12, p. 7.
- fie de Pierre Du Bosc, ministre du saint Éfangile. Rotterdam, i ii-12, |>. 135.
bourgeois de Rouen se porter au prêche à sa suite , et y être plus attentifs et plus paisibles, peut-être, qu'il ne l'eût désiré, il n'aspirait plus qu'à fermer ce temple détesté '.
Au sortir des temples, où ils s'étaient vus trou- Les reiigioi
1111*1 •> i \ naires, rené
oler dans leur culte, en cent manières, et ou à tranties. Sac grand'peine avaient-ils pu prier , on voulut bien- ^ntd'e^^ tôt que les réformés fissent acte de religion catho- (*uivantie»j
^ & mien édita)
lique , dans les points même qui leur répugnaient se retirer, «
se découvrit
davantage , qu ils se missentà genoux, par exemple, seulement, ;■ devant le saint Sacrement porté dans la rue. Le ™*tno roi , toutefois , avait rendu , à cet égard , une déclaration qui paraissait sage. « Les religionnaires , rencontrant le saint Sacrement dans la rue* seront tenus de se retirer ( disait-elle) ; sinon , ils se mettront en état de respect* en ôtant (par les hommes ) leurs chapeaux2. » Ce n'était point déroger à l'édît de Nantes, qui, en disposant « que ceux delà R. P. R. ne pourroient estre astreints à faire chose, pour le fait de la religion, contre leur conscience* » , n'avait , assurément, pas entendu permettre qu'en présence de l'hostie et au milieu d'une population prosternée , des dissidents , venus là peut-être par
' Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen , sur la fin dm dernier siècle, Rotterdam, 1704, in-12, p. 7.
1 Déclaration du 1 avril 1666, article 35.
* Édit de Nantes, article 6.
72 1»ARLEMENT DE NORMANDIE.
bravade, insultassent, le chapeau sur la tête, un sacrement, objet des adorations de tous. Aux hommes donc de se retirer, alors, suivant cette déclaration, ou de mettre chapeau bas; et on ne parlait point des femmes, en possession immémoriale de demeurer, la tête couverte , jusque dans les c"i écm^Par- ^guses* Mais, cette déclaration, arrivée à Rouen , îement <ie cj po^e au palais , les zélés du Parlement , et des
Rouen ( l'arche- * '
véque Hariay de conseillers-clercs, entre les autres, allèrent s'aviser
Chanvallon y . ,
séant) ose or- que , pour le saint sacrement , la présence des reh- ^ré^ence'du" gionnaires , nu-tête seulement, et debout , serait un s. sacrement; intolérable outrage. L'archevêque deRouen, Hariay
rencontré dans ° *
la me, les reii- de Chanvallon , en devait juger de même;et, au jour
devron"*!^!* ne °11 'a déclaration allait être lue à la grand chambre,
«e retirent,^ on vjt je prt^|at précédé de sa croix, arriver en
meure en même ■ *
étatde respect grande cérémonie au palais, où, ordinairement, il
que tes catholi- s s
v"<rM cestà dire ne venait guère. Le maître des requêtes Bartn de
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la Gahssonniere y était aussi venu. A ce jour, il est vrai, avait été renvoyée la lecture de divers édits contrôles jureurs, les blasphémateurs , les relaps, et contre ces religionnaires, enfin , au culte desquels étaient encore apportées des entraves nouvelles. Sur tout cela ( bien dur déjà ) , ou vit , toutefois, le Parlement renchérir encore par des arrêts d'enregistrement , plus restrictifs de la liberté que les édits même , et extensifs des rigueurs qu'ils apportaient. Mais venant le tour de la déclaration du 2 avril 1066. dont l'article S5,nr portait que « les
rtligionnaires y rencontrant le saint Sacrement dans les rues, ser oient tenus de se retirer, sinon se mettraient en état de respect, les hommes en ôtant leurs chapeaux » , on entendit le premier président prononcer que i ceux de le R. P. R. , rencontrant le saint Sacrement, seroient tenus de se mettre en