IJ
Tous les
religionnairet
du Havre
se convertissent
ensemble , le même jour.
Résistance des
religionnaires
de Dieppe.
avaient été logés des dragons, dont l'aspect et surtout les manières de faire eurent bientôt vaincu les résistances1. Au Havre, les religionnaires , avertis de ce que cette soldatesque savait faire , s'étaient convertis , le même jour , tous ensemble. « Cette ville en a mieux usé que les autres ( écrivait Marillac ) : tout s'y est converty , sans souffrir de logement2* a Mais, au contraire, à Dieppe, où les religionnaires étaient en fort grand nombre, tous s'opiniâtraient; et nulle part, en Normandie, la réforme ne devait opposer pi us de résistance. L'archevêque de Rouen y avait pris les devants, espérant, par sa présence et ses discours , persuader ses vassaux 3 ; car cette ville était du domaine de l'archevêque et le reconnaissait pour seigneur *. Toutefois , on ne l'y voulut point écouter ; et, en douie jours qu'il y passa , faisant mille efforts , et ne s'épargnanl en aucune sorte , il y avait converti, en tout, une seule personne; encore était-ce un enfant de douze ans*. Après même l'arrivée des troupes, le
1 Lettres de l'intendant Marillac et du marquis de Beuvron, 26 novembre 1683. ( Archives de l'hôtel-de-villc de Rouen , liasse 398.)
" Même lettre.
3 Reg. secr.) 13 novembre 1686.
• Description de la Hait te- Normandie, par D. Toussaint Ou Piessis , t. I, n° l.ti. — Mémoires chronologiques pour sennrà r histoire de Dieppe , par De» Marqueta, 1 , 24.
5 Lettre irrite de Dieppe ( le 12 novembre 1685), par LcCouteulx, érhevin de Rouen. xAi rimes de l'iiôtel-dc-villc de Rouen, liasse 398.)
marquis de Beuvron, qui avait mandé chez lai quarante des principaux religionnaires, qu'il voulait persuader, les entendit lui répondre € qu'ils ne changeraient* pour rien 3 de religion ; que le roy avait pouvoir sur leurs corps et sur leurs biens 3 mais qu'il n 'avoit point de pouvoir sur leurs consciences ' . » MarîUac était là, indigné , « accablé d'affaires2 » et, Beuvron et Ma-
, i . i -n 1.1 î .. ri 1 lac annoncent
aux echevins de Rouen, dont les lettres sans auxéchevin» nombre venaient lui peindre l'opiniâtreté des re- deRoncn
r r de nouvelles
ligionnaires de leur cité et le presser de leur venir troupes, qui
iront vaincre
en aide, «77 est estrange (répondait-il) de voir l'opiniâtreté des tog bourgeois , de la religion (qui en restent) si Recette vuîeT dors. Ceux-cy (de Dieppe) leur ressemblent; et je crois qu'ils s'entendent. Mais c'est à leur préjudice; car ils ne nous lasseront pas3. » — « J'aprend ytevos conversions se ralantisse (écrivait Choiseul Beaupré ) ;je cognais 3 par là> que ceux de laR. P. R. feulent estre sollicites ; ce qui sera facile , en augmentant le nombre des troupes qu'ils ont chez eux*. » — * Il faudra retomber sur vos opiniâtres s quand nous aurons fait ailleurs » (écrivait Marillac ) ; et il leur annonçait huit compagnies du Royal étranger *.
' La même lettre*.
' Lettre de Marillac, 26 novembre 1685; métnc collection.
3 Lettre du 14 novembre 1685. (Archives de l'hôtel-de-ville de taies, liasse 398. )
* Letre écrite de Dieppe, le 14 novembre 168.*». (Archives de l'hôt?me»ville de Rouen, liasse 398. )
' Lettre du I.» novembre 1f>85 ; même dépôt.
— « Vos opiniâtres de Rouen ('mandait Beuvron ) y attireront encore toutes ces douze compagnies du régiment des cuirassiers. Faites recherche exacte de ce qu'il y a encore dans Rouen, de gens de la R. P. R. Apportez tous vos soins et vostre application à finir celle affaire, afin d'éviter d'avoir des garnisons tout l'hiver '. »
Moyen par A Rouen , en un mot, arrivaient chaque jour
lequel le mar- ^ x *
qois de Beuvron des ordres rigoureux , mais dont l'efficacité put des religion. ' paraître douteuse , datés qu'ils étaient de Dieppe,
"322^ où, en présence de l'intendant de la généralité et
du gouverneur de la province , les religionnaires continuaient d'opposer une résistance que , jusqu'à ce jour, ni la persuasion, ni les menaces» ni les rigueurs n'avaient pu vaincre. Mais, quand on apprit, enfin, que ces Dieppois si entêtés venaient d'abjurer presque tous, de compagnie, et que, dans des lettres du marquis de Beuvron ( auteur d'un changement si prompt , si inopiné , ) on trouva amplement indiqué le moyen de conversion qui, en cette occurrence, lui avait si heureusement ré us* si3 , il ne resta plus , aux échevins de Rouen émerveillés, que de s'en bien pénétrer et de le suivre. Il avait fallu se procurer , d'abord , les noms de tous
1 Lettre du 26 novembre 1685; même ri<;pôt.
1 Lettres du marquis de Beuvron, novembre 1685, aux écheiiui de Koucn. (Archives de l'hôtel-dc-villc de Rouen, liasse 398.)
les huguenots de la ville et du Pollet. Pour cela , avaient été requis tous les gagne-pain du port; et trente sous étant promis par chaque huguenot ignoré qu'ils auraient fait connaître , on ne tarda guère à avoir, sur ce point, tous les renseignements désirables. Alors, Dieppe ayant été partagé en plusieurs quartiers, dans chacun d'eux fut envoyée une bande de sept ou huit hommes , tant cavaliers qu'autres personnes, toujours commandée, soit par un des échevins, soit par un capitaine, soit par un des premiers magistrats de la ville. Charge leur avait été donnée d'aller de demeure en demeure, en visiter exactement toutes les chambres, pour savoir le nombre de ceux qui restaient encore à convertir, d'inscrire les noms sur un registre , avec indication du logis et de la chambre , pour y envoyer des garnisaires à ceux qui pourraient supporter logement, et forcer à contribution ceux qui ne pourraient loger de garnisaires. Mais, à ces troupes diverses , mission avait été surtout donnée de faire *uxdiss\denïsto\itesles remontrances possibles, pour les porter à abjurer, et de menacer les opiniâtres ; de recevoir, enfin , les déclarations de ceux qui , volontairement, voudraient abjurer leur erreur. Cet ingénieux et déterminant moyen , employé surtout à l'égard de la populace , avait eu , avec elle , plus de succès qu'on ne pourrait dire. À ces cavaliers si éloquents, apparemment, à ces me-
naces, toujours suivies d'effet, quels cœurs si endurcis auraient pu résister? Des abjurations sans nombre furent donc consignées aux registres. « La plus grande partie , et presque toute cette populace s'est rendue en deux jours ( écrivait auxéchevins le secrétaire du marquis de Beuvron ), de manière qu'il m reste très peu à convertir, et qui , assevrément, se convertira, y venant continuellement faire abjuration. Voilà l'ordre qu'a tenu icy le marquis* à l'égard de la menue populace de la R. P. R., afin de les intimider, et les porter à faire plustost leurs abjurations ; M* le marquisde Beuvron m 9a ordonné de vous le mander* . • Mariiiac et Ben- Beuvron et Mari 11 ac , ennuyés de l'opiniâtreté V^\mase" des huguenots de Rouen , et impatients qu'on en à regard des j*njt avec eux vantaient sans cesse leurs succès de
religionnaires
opiniâtres de Dieppe , et , dans leurs dépèches aux échevins de moyen qui a en Rouen, les pressèrent vivement de suivre un si bel
lanàDiepp«.Cè8 exemP'e* * Comme il y a encore de semblable populace, à Rouen, à convertir (leur écrivait le secrétaire du marquis de Beuvron), monseigneur dèsireroit que vous en fissiez faire la mesme chose par quelquesuns devos officiers de la ville , accompagnés de quelques officiers de la garnison2. » — * Vous devez ( mandait
1 Lettre de Camay, secrétaire du marquis de Beuvron, 27 novembre 1665. (Archives de rhôtel-de-vjllc de Rouen, liasse 398.)
* Lettre de Carnay, secrétaire du marquisde Beuvron, aui échevins de Rouen, 27 novembre 1ft85. (Archives de ï 'hôtcl-dc-vitlc do Rouen, liasse 396.)
LOUIS XIV. tiî)
3farillac), vous devez faire une recherclie très exacte cl nouvelle des religionnaires. Qu'on aille de maisons tn maisons j comme j'ay fait faire à Dieppe , et cela. Messieurs , est de vostre application. Donnez-en la liste à M. de Beuvron s et envoyez-la moy. Mais qu'on cherche diligemment. Promettez de donner, comme on a fait à Dieppe 3 jusque s à trente sols, a qui vous découvrira un huguenot caché;**// a bien de petites gens qui en découvriront. Quand vous dépenserez à cela cent francs 9 ou cinquante escus, je tous les feray retrouver ; cela se doit dire en cherchant*. » ( Et , à la vérité, pour un si désirable résultai, ce n'était point une excessive dépense. ) « Travaillez 9 Messieurs 9à finir cette affaire. Comme on scait, par expérience s qu'il n'est pas bon de les
ÉPARGNER , IL FAULT, s' il VOUS plaît s DÈS LE MOMENT QU'IL SEN CONVERTIST UN , ENVOYER LES CAVALIERS
qu'il avoit chez les plus opiniâtres. Car, un de ceux-là prenant le bon party* il entraisneroit 3 sans doute y bien d'autres avec luy2. » — « Mettez les cavalière chez les meilleurs bourgeois* les mieux en état
■ Lettre de M ar il lac ( 28 décembre 1685), datée du Havre , adressée aux échevins de Rouen. ( Archives de l'hôtel-de-ville de Rouen , feue 398. )
' Lettre de Descombes, secrétaire de l'intendant Marillac, aux fckevinsde Rouen, Dieppe, 13 novembre 1685. (Archives de l'hôtel fr ville de Rouen , liasse 398. )
Les échevins »t officiers de trille de Rouen lignaient eoxmémes leurs
administrés religionnaires
aox rigueurs de l'intendant
de les loger y et les plus endurcis; car c'est entrer