DES VIOLENCES CONSIDÉRABLES
)oaiecomiMr- Modération bien touchante, assurément, et qui
plies de eut' . , .
xssUrs entrent devait aboutir, pour tout , à ménager un peu quatre lln^iifdmîder ou cin<l cents hommes opulents , en en livrant vingt •religionnaire» mille au bon plaisir d'une soldatesque insolente.
et les exciter * ^ *
i abjurer. Le 25 octobre, quoi qu'il en soit, douze compagnies de cuirassiers du roi étant entrées dans Rouen1, c'était le cas de songer à ces conversions par délibération et en masse, qui souriaient tant à Louis XIV et à son ministre! Les chefs des familles religionnaires de Rouen , convoqués à l'hôtel de ville , pour entendre les intentions du roi , s'y étant, le 31 octobre, rendus en très grand nombre, y trouvèrent le marquis de Beuvron , lieutenant général au gou-
1 Lettre du 21 octobre 1685. — Dans les Éclaircissements historiques sur les cotises de la re\*ocation de l'Édit de Nantes , par Oe Rulhicrea, rhap. 15.
1 Archives de l'hotel-de-ville de Rouen , liasse 398.
vernement de la province , et aussi le Irop célèbre intendant Marillac , dont la vue n'avait jamais pronostiqué que des vexations et des douleurs. Beuvron parla le premier; et on a honte de voir de grands seigneurs , des hommes de guerre , jouer , par ordre, ce rôle de prédicateur, qui leur était assigné. Car, ce que dit le marquis aux religionnaires assemblés tenait plus, assurément, du sermon que de la harangue : « Le roi ( leur dit-il ), le roi, toujours rempli d'une tendresse et dune bonté véritablement paternelle envers tous ses sujets, a souffert , avec une douleur sensible , d'en voir une partie engagée , par une funeste fatalité de leur naissance , dans une religion contraire à l'unité et à la pureté de celle de Jésus-Christ. Un attachement indispensable aux affaires successivement arrivées dans ce royaume, l'a empêché, jusques à présent, d'apporter les remèdes qu'il jugeoit convenables pour empêcher le cours de ce malheur. Vous avez pu facilement pénétrer et découvrir son pieux dessein dans les fréquentes déclarations qu'il donnoit contre l'hérésie, pour s'opposer à son progrès. Mais le roi ayant remarqué que cela ne faisoit seulement qu'arrêter le mal sans le guérir, il a cru que , dans la situation tranquille où sont présentement les affaires de son royaume , il ne pouvoit mieux employer ce favorable et bienheureux temps, qu'à détruire l'erreur et l'hérésie,
Tous les chef*
des familles religionnaires de Rouen sont mandés a l'hôte!
de ville, par le marquis de Ben - ▼ron et l'intendant Marillac.
Harangue que leur adresse le marquis de Beuvron , pour les exciter à abjurer.
les véritables ennemis de Dieu , après avoir éloigné et vaincu ceux de son État , et qu'il étoit juste qu'en reconnoissance de tant de bénédictions dont le ciel a comblé ses desseins par tant de succès avantageux et surprenants, couronnés par une paix glorieuse qu'il a donnée à ses sujets avec les hommes , il en procurât une toute chrétienne et spirituelle avec Dieu, à l'égard de ceux qui, étant séparés du corps et de la communion de la véritable église , ne la pouvoient trouver qu'en les réunissant à elle. L'unité incontestable de Dieu ne peut admettre de multiplicité dans la religion , ni dans le culte qui y est inséparablement attaché. Cette unité visible de foi et de culte ne paroît que dans la seule religion catholique, qui a demeuré toujours ferme dans cet état depuis la publication de l'évangile de Jésus-Christ jusques à présent; et ainsy , c'est de ce canal seul duquel peuvent couler et procéder toutes les grâces qui justifient et nous rendent agréables à Dieu. Je vous exhorte donc, Messieurs, de seconder les bonnes intentions de S. M. , et de vous faire une sainte violence pour revenir à notre ancienne et véritable mère. Il est très certain que , si vous voulez vous dépouiller de cette fâcheuse préoccupation que vous ont donnée votre naissance et votre éducation , pour écouter sincèrement la voix de Jésus-Christ, vousconnoîtrez bientôt que la religion romaine est l'unique
en laquelle on peut acquérir la grâce et le salut. Mais , en même temps , soyez persuadés que ceux qui voudront demeurer dans une dure obstination pour leur erreur , nous serons obligés d'employer les moyens qui nous sont envoyés pour tâcher de la surmonter. M. de Marillac, ici présent, et qui a reçu les mêmes ordres que moi sur ce sujet, vous les expliquera aussi de son côté. »
Marillac ne mettait pas tant d'onction dans ses Harangue q
leur adresse
discours : « La volonté du roi (dit-il tout d'à- ensuite, rim
i j\ . »•■ » •« ■ 9 i i* * dant Marilla
bord) , est qu il ny ait plus qu une seule religion dans son royaume; il y va de la gloire de Dieu et de l'intérêt de l'État. La diversité des sentiments sur les matières de la foi, cause indispensablement le même effet dans toutes les affaires civiles. Il est impossible de supprimer cette différence d'intérêts, sans réunir les cœurs dans une même créance, afin que, n'étant plus animés que d'un même esprit, ils n'aient plus , en toutes choses , qu'une même fin et qu'un même but. Ceux de vous qui voudront revenir de bonne foi à la religion romaine seront traités par S. M. comme ses fidèles sujets, et parlui comblés de bienfaits. Mais ceux qui persisteront dans une opiniâtreté criminelle seront considérés comme des sujets rebelles à Dieu et au roi, envers lesquels nous serons contraints d'user des expédients qui nous sont envoyés pour forcer leur malheureuse obstination , et de mettre des troupes
Beaucoup de religionnaires intimidés abjurent. — On loge des cuirassiers chez ceux qui s'y refnsent.
— Le président De Brnmare applaudit à ces violences.
chez eux , jusques à ce qu'ils aienl renoncé à leurs erreurs. On ne prétend pas vous obliger de faire ce changement en un instant. 11 suffira que vous passiez une déclaration par laquelle vous vous engagerez de faire vostre abjuration ; et , cette déclaration , vous aurez le temps de la donner .jusques à deux heures après midi. »
M. de Beuvron, reprenant la parole, leur dit qu'il pourraient faire cette déclaration , soit à l'hôtel de ville, soit au bailliage, soit entre les mains des curés, soit enfin devant lui ou M. de Marillac, même l'envoyer écrite par quelque ami \
Deux heures j encore une fois, leur étaient accordées pour une résolution si grave, ravalée, parlà, aux proportions de la plus mesquine affaire dont on se pût aviser! C'était ne vouloir que des semblants; et aussi, déjà, aux greffes de l'hôtel de ville et du bailliage, à l'intendance et chez les curés, des scribes attendaient, la plume à la main, les abjurations , qui ne pouvaient manquer de venir en foule. A l'hôtel de ville , en effet, dès l'heure même, et après le départ de Marillac et de Beuvron , * un très grand nombre de personnes de la 11. P. R. se présentèrent au greffe, où ils passèrent et signèrent leur déclaration de faire abju-
1 Hr.g. des délibérations de l' hôtel-dwille de Rouen , 31 octobre
ration de leur hérésie ' » . et rentrer dans le bon chemûr, comme parlait le président DeBrumare. « Mais d'autres (continue ce président), d'autres étant demeurés fermes et opiniastres dans cette fausse religion* CELA OBLIGEA DE LOGER CHEZ EUX CES TROUPES, QUI NE RESPIROIENT QUE D ESTRE EMPLOYÉES POUR LE
service de notre monarque2 » , c était à dire de se signaler par mille excès; ce qu'aussi ils ne manquèrent point de faire, on le peut croire , Rouen étant livré comme en proie à ces sbires ; et ce n'étaient plus, en tous lieux, qu'excès et ravages; cette ville et la Normandie tout entière étant traitées en pays conquis9. « Cela fit un très bon effet (remarque le président De Brumare); car, en quatre jours * cinq cents familles firent abjuration 4. » Résultat bien concluant, assurément, obtenu déjà sur mille points divers du royaume , et qu'avait su si bien apprécier D'Aguesseau? C'est qu'en Languedoc , aussi , a la vue des légions armées de Louvois , l'hérésie avait paru tomber aux pieds de Louis XIV et de son redouté ministre. Là, aussi, on avait vu des abjurations , c non plus une à une , mais des corps ,
• Reg. des délibérations, hôtel-de-ville de Rouen, 31 octobre 1685. ' Reg. secr. du Parlement, 13 novembre 1685.
3 Histoire de FÉdit de Nantes , V, 849. — Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen , p. 74.
4 Reg. secr. du Parlement , 13 novembre 168à.
des communautés entières s'étoient convertis par délibération, tant la crainte a voit fait d'impression sur les esprits, ou plutôt tant ils comptoient peu tenir ce qu'ils promettoient avec tant de facilité !» Aussi, l'intendant D'Aguesseau, le saint et vertueux pore du saint et vertueux chancelier, avait, non point triomphé, mais gémi, mais pleuré sur ces conversions à la foule, que suivirent de près, il est vrai, de soudains et brusques retours1.
Le sage et saint Fcnélon , lui aussi , voyant, daus l'Aunis et dans la Sainlonge, des milliers de religion n aires soudainement convertis* par la survenue de quelques compagnies de dragons, en avait franchement dit sa pensée. « Si on voulait (écrivait-il à Bossuet) leur faire abjurer le Christianisme et suivre l'Alcorun* il n'y aurait qu'à leur montrer des dragons2. »
<>» timixr com- A lloucii , quoi qu*il en soit, émerveillé qu'on était de ces conversions (par troupes) , des douze compagnies de cuirassiers récemment venues, on
i* roiivcmons en renvoya dix , « croyant que le reste de ces relià-coiip. gionnaires suivroient le bon exemple qui leuravoit
cuirassiers L'IllMMà Rouen, ixtMunt purtic.<i,
1 Discours sur la vie et la mort de M. tV A gués seau , conseiller d'Ktat, par M. d'Aguesscau , chancelier, son fils; Œuvres du chancelier d'Agucsscaii , Mit, in-4°, t. XIII, p. 53.
1 Cette lettre est dans les autres de Bossuet , édit. de D. Déforis, in- 4°, t. IX , p. à?.
LOUIS XiV.
été donné par les anciens d'entre eux1. » C'était avoir eu trop de hâte ; car, il en faut bien croire, sur ce point, le président De Brumare, lui qui s était persuadé que tous, jusqu'au dernier, s'allaient ainsi convertir! « Mais, au contraire ( dit-il avec une naïveté qui fait sourire), les troupes parties , plus de conversions s et un endurcissement non pareil2. » En un mot, c'était à recommencer. De Rouen, donc, on en écrivait sans cesse à Beuvron et à Mari 11 ac , qui , ayant cru tout fini dans cette ville, étaient allés prêcher, delà même sorte, le pays de Caux, rempli, naguère, de réformés, et qui en comptait un grand nombre encore. Vingt-quatre compagnies du régiment rayai , et du régiment royal étranger 3 les suivaient, commandées par le marquis de Choiseul-Beaupré , et eurent, partout, presque, un grand succès3. Au secrétaire de l'intendant Marillac étaient échus en partage Bolbec, Motteville et les environs , où « il travailbit tant qu il pouvoit 3 pour la conversion des huguenots de ce pays-là , ayant en sa queue deux compagnies de cavalerie*. » A Harfleur, à Montivilliers ,
Des troupes c
sidérables
marchent da
le pays de Cai
où les religio
naires étaic
nombreux
1 Reg. secr.y 13 novembre 1685.
1 Même registre.
' Même registre.
« Lettre de Le Couteulx , cchevin de Rouen (datée de Dieppe, 12 Mnembre 1685), à Bulteau , autre écheviu à Rouen. ( Archives de IMtel-de- ville de Rouen, liasse 398. )
Conversion
à Harfleur,
à Montmllie