‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 113 sur 217 · CHAPITRE XXXVI. * 9. 1 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI. * 9. 1 I

souvent à les faire commettre. C'est un malheur attaché à la confession auriculaire.

Le grand prévôt se saisit d'abord de ce misérable; mais Auguste de Thou, l'historien, obtint que le parlement fut son juge. Le coupable ayant avoué dans son interrogatoire qu'il avait étudié chez les jésuites, qu'il se confessait à eux, qu'il était de ieur congrégation, le parlement fit saisir et examiner leurs papiers. On trouva dans ceux du jésuite Jean Guignard ces paroles : « On a fait « une grande faute à la Saint- Barthélemi de ne « point saigner la veine basilique : » basilique veut dire royale, et cela signifiait qu'on aurait dû exterminer Henri et le prince de Condé. Ensuite on trouvait ces mots : « Faut-il donner le nom de roi « de France à un Sardanapale , à un Néron , à un « renard de Béarn ? L'acte de Jacques Clément est « héroïque. Si on peut faire la guerre au Béarnois , « il faut le guerroyer; sinon, qu'on l'assassine. »

Chatel fut écartelé, le jésuite Guignard fut pendu; et ce qui est bien étrange, Jouvenci, dans son Histoire des jésuites, le regarde comme un martyr, et le compare à Jésus -Christ. Le régent de Chatel, nommé Guéret, et un autre jésuite, nommé Haj, ne furent condamnés qu'à un bannissement perpétuel.

Les jésuites avaient dans ce temps-là même un grand procès au parlement contre la Sorbonne,

qui avait conclu à les chasser du royaume ^ Le parlement les chassa en effet par un arrêt solennel qui fut exécuté dans tout le ressort de Paris, et dans celui de Rouen et de Dijon. Cette exécution ne devait pas plaire au pape, que du Perron et d'Ossat sollicitaient alors de donner au roi cette absolution si long -temps refusée; mais ce prince remportait tous les jours de si grands avantages, et commençait à réunir avec tant de prudence les membres de la France déchirée, que le pape ne pouvait plus être inflexible. D'Ossat lui mandait : « Faites bien vos affaires de par delà, et je vous « réponds de celles de par deçà. » Henri IV suivait parfaitement ce conseil. Clément VIII, pourtant, mettait d'abord à la prétendue grâce qu'il fesait, des conditions qu'il était impossible d'accepter. Il voulait que le roi fît serment de renoncer à tous ses droits à la couronne, si jamais il retombait dans l'erreur, et de faire la guerre aux Turcs au lieu de la faire à Philippe IL Ces deux propositions extravagantes furent rejetées; et enfin le pape se borna à exiger qu'il réciterait son

' Il faut lire avec beaucoup de défiance tout ce qui regarde les jésuites, dans les remarques de l'abbé de L'Ecluse sur les Mémoires fie Sullj. Non seulemeîit L'Ecluse a falsifié les Mémoires de Sully eu plusieurs endroits, mais comme il imprimait en 1740» et que les jésuites étaient alors fort puissans, il les flattait lâcbement. 11 cite toujours mal à propos, en fait de finances , le Testament attribué au cardinal de Richelieu, ouvrage d'un faussaire ignorant qui ne savait pas même l'arithmétique.

ciiAPiTiii': XXXV r. 12 1.)

chapelet tous les jours, les litanies le mercredi, et le rosaire de la Vierge Marie le samedi.

Clément prétendit encore insérer dans sa bulle que « le roi, en vertu de l'absolution papale, était « réhabilité dans ses droits au royaume. » Cette clause, qu'on glissait adroitement dans l'acte, était plus sérieuse que l'injonction de réciter le rosaire.

D'Ossat, qui ne manqua pas de s'en apercevoir, fit réformer la bulle; mais ni lui ni du Perron ne purent se soustraire à la cérémonie de s'étendre le ventre à terre, et de recevoir des coups de baguettes sur le dos au nom du roi, pendant quoii chantait le miserere.

La fatalité des événemens avait mis aux pieds d'un autre pape un autre Henri IV, il y avait plus de cinq cents ans.

L'empereur Henri IV , ressemblant en beaucoup de choses au roi de France, valeureux, galant, entreprenant, et sachant plier comme lui, s'était vu dans une posture encore plus humiliante; il s'était prosterné pieds nus, et couvert d'un cilice , aux genoux de Grégoire VII. L'un et l'autre prince furent la victime de la superstition, et moururent de la manière la plus déplorable.

al4 HISTOIRE DU PARLEMENT DE PARIS.

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