CHAPITRE XLII. :i3j
mission des jésuites était dangereuse; mais Henri lui ferma la bouche en lui disant : « Ils seront bien a plus dangereux encore si je les réduis au désesc( poir; me répondez-vous, dit-il, de ma personne, « et ne vaut-il pas mieux s'abandonner une fois à a eux que d'avoir toujours à les craindre? »
Rien n'est plus étonnant que ce discours; on ne conçoit pas qu'un homme tel que Henri IV rappelât uniquement les jésuites par la crainte d'en être assassiné. Il est vrai que depuis le parricide de Jean Chatel , plusieurs moines avaient conspiré pour arracher la vie à ce bon prince. Un jacobin de la ville d'Avesnes s'était offert à le tuer il n'y avait que quatre ans. Il reçut de l'argent de Malvezzi, nonce du pape à Bruxelles; il se présenta ensuite à un jésuite nommé Hocliim, confesseur de sa mère, qui était fort dévote, et qui, ne croyant pas qu'en effet Henri IV fût bon catholique , encourageait son fils à suivre l'exemple du jacobin Jacques Clément. Le jésuite Hodum répondit qu'il fallait un homme plus fort et plus robuste.
Cependant l'assassin , espérant que Dieu lui donnerait la force nécessaire, s'en alla à Paris dans l'intention d'exécuter son crime. Il fut découvert et rompu vif (lôgg).
Dans le même temps , un capucin , nommé Langlois, du diocèse de Toul, ayant été suborné pour le même dessein, expira par le même sup-
plice. Enfin il n'y eut pas jusqu'à un Chartreux nommé Ouin, qui ne fût atteint de la même fureur. Le roi, fatigué de ces attentats et de ces supplices, s'était contenté de le faire enfermer comme un insensé, et n'avait pas voulu qu'un chartreux fut exécuté comme un parricide.
Comment, après tant de preuves funestes des sentimens horribles qui régnaient alors dans les ordres religieux , pouvait - il en admettre un qui était généralement plus soupçonné que les autres? Il espérait se l'attacher par des bienfaits. Si le roi avait quelquefois parlé en père au parlement, le parlement dans cette occurrence lui parla en fils qui craignait pour les jours d'un père. Il joignait à ce sentiment une grande aversion pour les jésuites. Le premier président de Harlai, animé par ces deux motifs , prononça au Louvre ( i[\ décembre i6o3) des remontrances si pathétiques et si fortes que le roi en parut ébranlé; il remercia le parlement, mais il ne changea point d'avis. « Il « ne faut plus reprocher, dit-il, la Ligue aux jé- « suites; c'était l'injure du temps. Ils croyaient « bien faire, et ont été trompés comme plusieurs ce autres; je veux croire que c'a été avec moindre^ « malice que les autres , et m'assure que la même « conscience, jointe à la grâce que je leur fais, les « rendra autant, voire même plus affectionnés à « mon service qu'à la Ligue. L'on dit que le roi
CirAPITRE XLTII. O^C)
« (l'Espagne s'en sert, je dis que je m'en veux ser- « vir, et que la France ne doit pas être de pire « condition que l'Espagne. Puisque tout le monde « les juge utiles, je les tiens nécessaires à mon état ; « et, s'ils y ont été par tolérance, je veux qu'ils y « soient par arrêt. Dieu m'a réservé la gloire de les « y rétablir; ils sont nés en mon royaume et sous <c mon obéissance; je ne veux pas entrer en om- (c brage de mes naturels sujets, et, si l'on craint « qu'ils communiquent mes secrets à mes enne- « mis, je ne leur communiquerai que ce que je « voudrai. Laissez-moi conduire cette affaire, j'en (c ai manié d'autres bien plus difficiles; et ne pence sez plus qu'à faire ce que je dis et ordonne. »
(2 janvier i6o4) Le parlement vérifia enfin avec regret les lettres patentes ; il y mit des restrictions nécessaires, que le crédit des jésuites fit ensuite supprimer.