‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 128 sur 217 · CHAPITRE XLIir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIir

singulier arrêt du parlement contre le prince de Condé, qui avait emmené sa femme à Bruxelles.

Henri IV était le plus grand homme de son temps , et cependant il eut des faiblesses impardonnables. On ne peut l'excuser d'avoir, à l'âge

* Ce chapitre ne se trouvait pas dans la première édition.

de cinquante-sept ans , fait l'amour à la princesse de Condé qu'il venait de marier lui-même. Voici ce que le conseiller d'état, Lenet, nous dit avoir appris de la bouche de cette princesse. Le prince de Condé, son mari, s'était retiré avec elle à l'entrée de la Picardie. Un des confidens de Henri IV, nommé de Trigni, sut engager la mère et la femme du prince à venir voir chasser la meute du roi , et à vouloir bien accepter une collation dans sa maison.

Elles y allèrent : un piqueur de la livrée du roi s'approcha de la portière , avec un emplâtre sur l'œil, sous prétexte de les conduire. C'était Henri IV lui-même. Celle qui était l'objet de cet étrange déguisement avoua depuis à Lenet qu'elle n'en avait pas été fâchée , non qu'elle pût aimer le roi, mais elle était flattée de plaire au souverain , et même de l'avilir. Dès qu'elle fut arrivée au château du sieur de Trigni , elle vit le roi qui l'attendait et qui se jeta à ses pieds. Elle fut effrayée : sa belle-mère eut l'imprudence d'en avertir le prince de Condé, qui bientôt après s'étant plaint inutilement au roi, et l'ayant appelé tyr^n, comme les Mémoires de Sully l'avouent, obligea sa femme de s'enfuir avec lui, et de le suivre en croupe à Bruxelles.

Si on s'en rapporte à toutes les lois de l'honneur, de la bienséance, aux droits de tous les maris , à ceux de la liberté naturelle , le prince de

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