CHAPITRE XLIII
Condé n'avait nul reproche à se faire, et le roi seul avait tort. Il n'y avait point encore de guerre entre la France et l'Espagne; ainsi on ne pouvait reprocher au prince de s'être retiré chez les ennemis. Mais apparemment il y a pour ceux du sang royal des lois qui ne sont pas pour les autres hommes. Henri IV alla lui-même au parlement sans pompe, sans cérémonie, s'assit aux bas sièges , le parquet étant gardé par les huissiers ordinaires; là il fit rendre un arrêt par lequel le prince était condamné a subir tel châtiment qu' il plairait a sa majesté d'ordonner. Le parlement était sûr, sans doute, que le roi n'en ordonnerait aucun; mais par l'énoncé il semblait que le roi fût en droit d'ordonner la peine de mort. Cependant l'équité naturelle et le respect pour le genre humain ne doivent laisser, un tel pouvoir à personne , fût-ce à un Henri IV.
Heureusement il est très faux que ce grand roi ait ajouté à sa faiblesse celle de vouloir, à son âge, faire la guerre pour arracher une jeune femme a son mari; il n'était capable ni d'une si grande injustice ni d'un tel ridicule. Vittorio Siri l'en accuse; mais cet Italien, attaché à Marie de Médicis, ne l'était pas à Henri IV*. Ce qui n'est que
* Henri IV s'était préparé depuis long-temps à cette guerre. Il voyait que, si la maison d'Autriche réussissait dans le projet de s'emparer de tous les petits états d'Allemagne et d'Italie , la France ,
HIST. DU PARLEM. l6
trop vrai, c'est que cette aventure nuisit beaucoup à sa réputation. Les restes de la Ligue, les factions italienne et espagnole qui dominaient dans le royaume, le décrièrent; son économie nécessaire fut taxée d'avarice , sa prudence d'ingratitude, ses amours ne le firent pas estimer; il ne fut point connu tanfqu'il vécut , il le disait lui-même , et on ne l'aima qu'après sa mort déplorable.