CHAPITRE XLVÏ
Il suffisait d'avoir passé dans la rue de la Ferronnerie, et d'avoir jeté un regard sur Tendroit fatal où Henri IV fut assassiné , pour ne pas frémir de voir la proposition du tiers-état combattue.
Le cardinal du Perron, qui devait tout ce qu'il était à ce même Henri IV, intrigua, harangua dans les trois chambres pour empêcher que l'indépendance et la sûreté des souverains, établie par tous les droits de la nature , ne le fut par une loi du royaume. Il convenait qu'il n'est pas permis d'assassiner son prince ; mais il disait qu'il est de foi que l'église peut le déposer.
Cet homme, si indigne de la réputation qu'il avait usurpée, devait bien voir qu'en donnant à des prêtres ce droit absurde et affreux de dépouiller les rois, c'était en effet les livrer aux assassins; car il est bien rare d'ôter à un roi sa couronne sans lui ôter la vie. Etant déposé , il n'est plus roi; s'il combat pour son trône , il est un rebelle digne de mort. Du Perron devait voir encore que c'était la cause du genre humain qu'il combattait; et que, si l'église pouvait dépouiller un souverain, elle pouvait à plus forte raison dépouiller le reste des hommes.
« Mais, disait du Perron dans ses harangues, si « un roi qui a juré à son sacre d'être catholique se (c fesait arien ou musulman , ne faudrait-il pas le « déposer? » Ces paroles étonnèrent et confon-
dirent le corps de la noblesse. Elle pouvait aisément répondre que le sacre ne donne pas la royauté, que Henri IV calviniste avait été reconnu roi par la plus saine partie de cette même noblesse, par quelques évéques même, par la république de Venise, par le duc de Florence, par l'Angleterre, par les rois du Nord, par tous les princes qui n'étaient pas dans les fers du pape et de la maison d'Autriche. Tous les chrétiens avaient obéi autrefois à des empereurs ariens. Ils ne se révoltèrent point contre Julien-le-Philosophe devenu païen, qu'ils appelaient apostat, La religion n'a rien de commun avec les droits civils. Un homme , pour être mahométan, n'en doit pas moins être l'héritier de son père. Deux cent mille chrétiens de la religion grecque , établis dans Constantinople, reconnaissent le sultan turc. En un mot, la terre entière devait élever sa voix contre le cardinal du Perron.
Cependant lui et ses collègues persuadèrent à la chambre de la noblesse qu'on avait besoin de la cour de Rome, qu'il ne fallait pas la choquer par des questions épineuses, qui au moins étaient inutiles ; et que dans tout état il y a des mystères qu'on doit laisser derrière un voile. Ces funestes harangues éblouirent la noblesse, d'ailleurs mécontente du tiers-état.
La nation, rebutée dans ceux qui portaient ses